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Full text of "Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers, publiés par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique"

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MÉMOIRES COURONNÉS 


ET 


MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS 


PUBLIÉS PAR 


L'ACADÉMIE ROYALE 


DES SCIENCES. DES LETTRES ET DES BEAUX=—ARTS DE BELGIQUE. 


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MÉMOIRES COURONNÉES 


ET 


MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS 


PUBLIÉS PAR 


L'ACADÉMIE ROYALE 


DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 


ee me © 


TOME XLIV. 


BRUXELLES, 


F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE, 


rue de Louvain, 108. 


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1882 


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TABLE _ 


DES 


MÉMOIRES CONTENUS DANS LE TOME XLIV. 


CLASSE DES SCIENCES. 


4 1. Étude des élassoïdes ou des surfaccs à courbure moyenne nulle (Mémoire couronné); par 
Albert Ribaucour. 


2. Mémoire sur les phénomènes d'altération des dépôts superficiels par l'infiltration des eaux 
météoriques étudiés dans leurs rapports avce la géologie stratigraphique; par Ernest 
Van den Broeck (avec 1 planche). 


ÿ 5. Recherches sur les annélides recueillies par M. le professeur Édouard Van Bencden pendant 
son voyage au Brésil et à la Plata; par Armauer Hansen (avec 7 planches). 


y #. Exposition critique de la méthode de Wronski pour la résolution des problèmes de méca- 
nique céleste; par C. Lagrange. 


V5. Verzcichniss der von Prof. D° Ed. Van Bencden an der Küste von Brasilien gesammelten 
Echinodermen von Prof. D' Iubert Ludwig. 


CLASSE DES BEAUX-ARTS. 


/ 6. La pcinturc flamande ct son enscignement sous le régime des confréries de S'-Luc (Hémoire 
. couronné); par Edgar Baes. 


. Les reliques ct les reliquaires donnés par Saint Louis, roi de France, au couvent des Domi- 
nicains de Liégc; par Jules Helbig (avec 5 planches). 


ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


OU 


0 — 


SURFACES À COURRURE MOYENNE NULLE 


PAR 


ALBERT RIBAUCOUR, 


(Couronné par l'Académie dans la séance publique du 16 décembre 1880.) 


Tome XLIV. 1 


AVANT-PROPOS. 


La classe des sciences de l'Académie royale de Belgique avait inscrit sur 
son programme de concours de 1880, la question suivante : 


«a TROUVER ET DISCUTER LES ÉQUATIONS DE QUELQUES SURFACES ALGÉBRIQUES 
A COURBURE MOYENNE NULLE. » 


De toutes les applications des mathématiques il n’en est pas qui présentent 
plus de séductions que la théorie des surfaces ; il en est peu qui soient faci- 
lement, comme elle, susceptibles d'élégance et de pittoresque. Laplace a dit : 
«a Cependant les considérations géométriques ne doivent pas être abandon- 
nées, elles sont de la plus grande utilité dans les arts. D'ailleurs, il est curieux 
de se figurer dans l'espace, les divers résultats de l'analyse; et réciproquement, 
de lire toutes les modifications des lignes et des surfaces, et les variations du 
mouvement des corps, dans les équations qui les expriment. Ce rapproche- 
ment de la géométrie et de l'analyse répand un jour nouveau sur ces deux : 
sciences : les opérations intellectuelles de celles-ci, rendues sensibles par les 
images de la première, sont plus faciles à saisir, plus intéressantes à suivre ; 
el quand l'observation réalise ces images et transforme les résultats géomé- 
triques en lois de la nature, la vue de ce sublime spectacle nous fait 
éprouver le plus noble des plaisirs réservés à la nature humaine. » 

La question proposée par l’Académie royale de Belgique, malgré sa limi- 
lation et son caractère particulier, présente, à un certain degré, l'intérêt 
éloquemment défini par Laplace : en effet, depuis qu'entre les mains d'un 
illustre physicien belge « la nature se fait géomètre » ; depuis que chacuu 


11 | AVANT-PROPOS. 


a pu réaliser les lames minces à courbure moyenne nulle, les plus variées, 
Lous ceux que l’exactitude et la perfection enchantent, ne se lassent de vérifier, 
jusque dans ses conséquences les plus délicates, ou les plus imprévues, une 
des lois dérobées au monde moléculaire. 

D'un autre côté, il n’est peut-être pas, dans l'étude des surfaces, de cha- 
pitre plus attachant, dans sa simplicité, que celui où l'on traite des surfaces 
à courbure moyenne nulle. Depuis Lagrange, tous les géomètres, pour ainsi 
dire, les ont étudiées, chacun ajoutant des résultats nouveaux, soit très-géné- 
raux, Soit très-particuliers, également recommandables par leur netteté ou 
leur élégance. | 

L'Académie nous excusera sans doute de prendre pour guide dans notre 
étude plutôt limagination en quête de résultats que la question même soumise 
au concours. | 

C'est un chapitre au sujet des surfaces à courbure moyenne nulle que 
nous écrirons, et, par surcroit, le problème posé recevra sans doute une 
solution suffisamment développée. 

Nous ne pouvons mieux faire, pour indiquer doi quel ordre d'idées nous 
entrainons le lecteur, que de relater dans un historique rapide, les contribu- 
tions successives à la théorie qui nous occupe, apportées par les géomètres, 
comme autant de phrases d’un poëme facile, mais séduisant. 

Lagrange, le premier, a montré que, par un contour fixe, il passe des 
surfaces moins étendues que toutes les surfaces voisines. 

Monge, en étudiant « les surfaces dont les rayons de courbure sont tou- 
jours égaux entre eux et de signes contraires, » trouva l'équation aux diffé- 
rentielles partielles des surfaces à étendue minima. 

Le premier il en donna l'intégrale générale, mais sous une forme compli- 
quée d'imaginaire, qui ne le satisfaisait pas, et qui surtout ne lui paraissait 
pas susceptible de conduire à la construction géométrique qu'il considérait 
comme le complément indispensable d’une étude achevée. Voici comment il 
pose un problème bien digne d'intérêt, en lui-même et par son origine : « Il 


AVANT-PROPOS. vi 


s'agirait actuellement de construire cette intégrale, ou, ce qui revient au 
même, de trouver la génération de la surface. La seule construction à laquelle 
nous soyons encore parvenu, procède par courbes, infiniment voisines, ..……. 
mais elle ne peut être d'aucune utilité dans la pratique. Nous allons néanmoins 
la rapporter, parce qu'elle pourra donner lieu à des efforts plus heureux. » 

Les premières surfaces à élendue minima étudiées le furent par Meusnier 
qui fit connaître celle qui est de révolution, appelée depuis alysséide, par 
Bour, et la surface de vis à filet quarré. La considération des lignes asymp- 
lotiques , introduite par Ch. Dupin, vint donner un attrait nouveau aux sur- 
faces qui nous occupent; car leurs lignes asymptotiques sont rectangulaires. 

M. Catalan fit voir que seule la surface de vis à filet quarré est à la fois 
gauche et à étendue minima. 

M. O. Bonnet démontra, dans une série d’études importantes : 4° qu'on 
peut faire la carte d’une surface à élendue minima sur la sphère, les angles 
étant conservés; 2° que les lignes de courbure et les asymptotiques de ces 
surfaces sont isométriques ainsi que leurs images sphériques; 3° que si l’on 
cherche les surfaces de la famille admettant une ligne sphérique donnée pour 
image de ligne de courbure ou d'asymplolique, on obtient deux surfaces mi- 
nimas, applicables l’une sur l’autre ; 4° que l’on peut écrire l'intégrale des 
surfaces admettant pour ligne de courbure, asymptotique ou géodésique, un 
contour déterminé. 

Le théorème de M. Bonnet, sur les deux surfaces minimas, est doublement 
intéressant, parce qu'il donne un exemple de surfaces applicables, et surtout 
de deux surfaces dont les lignes de courbure de l’une correspondent aux 
lignes asymptotiques de l’autre. | 

Il faut ajouter que M. Bonnet a fait connaître les surfaces minimas dont 
toutes les lignes de courbure sont planes; il a indiqué comment on pourrait 
former des surfaces, de la famille, algébriques ; enfin il a montré comment on 
pouvait éliminer les imaginaires de l'intégrale, et donné des exemples parti- 
culiers. | 


IV AVANT-PROPOS. 


M. Catalan se proposait, au même moment, de former des exemples simples 
de surfaces minimas. Il indiqua plusieurs surfaces algébriques dégagées des 
généralités dont la particularisation seule constitue l'intérêt. Mais il faut 
signaler surtout parmi des surfaces construites élégamment par M. Catalan, 
celle qui présente une double génération par des paraboles et des cycloïdes. 
On verra, par la suite, comment le rapprochement de cette surface remar- 
quable de l'alysséide qui admet parallèlement une double génération par des 
cercles et des chainelles, nous a amené à trouver une singulière propriété, 
tout à fait générale, d'ailleurs, des surfaces à l'étude. 

Il convient, en outre, d'observer que cette surface est la première de la 
famille, transcendante, mais sur laquelle on ait pu tracer des lignes algé- 
briques. M. Schwartz a tiré grand parti de cet exemple, el nous aurons 
l'occasion de montrer comme il est profitable d'en chercher de semblables. 

Nous ne passerons pas sous silence une remarque de M. J. Serret, fort 
importante malgré son apparence de simple curiosité : ce géomètre a fait 
voir que certaines développables imaginaires doivent être considérées comme 
des surfaces à étendue minima. C'était un retour inconscient à l'intégrale de 
Monge et la clef du problème dont il avait laissé la solution à de plus heureux. 

M. Mathet, parmi les géomèétres français, donna une construction diffé- 
rentielle des surfaces miuimas les plus générales, mais sans prétendre à la 
construction intégrale. 

Les études sur la déformation des surfaces mirent en lumière de nouvelles 
propriétés : Bour fit voir qu'une surface minima peut être déformée sans 
perdre son caractère de minimum; déjà M. O. Bonnet en avait donné un 
exemple cité plus haut. Bour montra qu'il est une infinité de surfaces minimas 
applicables sur des surfaces de révolution; il parvint même à donner leur 
intégrale, mais sans particulariser ; il montra que de toutes les surfaces, la 
plus simple au point de vue de la déformation est l’allyséide, à la fois minima 
et de révolution. 

Il est très-remarquable que les surfaces caractérisées par une condition de 


AVANT-PROPOS. v 


minimum le long d'un contour déterminé jouissent d’une définition ponctuelle 
indépendante de ce contour. Ge fait devait amener à reconnaitre que le 
minimum considéré n’est pas absolu et que par un contour donné on peut 
faire passer une infinité de surfaces minimas. On attribue à Bjürling le 
mérite d'avoir établi que si le long du contour on fixe les plans tangents, la 
surface minima est entièrement définie. MM. O. Bonnet et Catalan ont, d’ail- 
leurs, dans leurs mémoires précités, appliqué fréquemment ce lemme. 
: Quoi qu'il en soit, un problème, plus assujetti que celui de Monge, résulte 
de celle remarque : construire géométriquement la surface minima inscrite 
à une développable donnée, le long d'un contour tracé sur cette surface. 
Que si le problème analytique ne présente pas de difficultés réelles, tant 
que l’on reste dans la généralité, la question géométrique, à raison même du 
caractère de minimum qui la domine, présente un intérêt indiscutable. Nous 
montrerons comment elle reçoit une entière solution par l'introduction d’une 
idée féconde due à M. Moutard, je veux parler de la correspondance par 
orthogonalité des éléments. 
Un autre problème tout aussi précis s'impose également : puisque, cette 
fois, la surface est minima minimorum, son aire, limitée au contour, est 
unique el sa mesure doit résuller uniquement des éléments du contour. 
Un très-beau théorème de Riemann a répondu à ce desideratum. H en est 
de ce résultat comme de tous ceux qui sont marqués au coin de la simpli- 
cilé; les considérations les plus simples (à posteriori) permettent de les 
rétablir. Nous en rattacherons la démonstration aux idées de Gauss, en 
essayant une ébauche d’exposé simplement géométrique de la théorie des 
surfaces minimas. 
Si les premiers géomètres qui s’occupèrent des surfaces minimas tendirent 
aux résullats généraux, leurs successeurs devaient s'attacher à particulariser 
et à simplifier; les admirables expériences de M. Plateau devaient amener, 
d'ailleurs, à des recherches plus précises, et, la satisfaction de voir façonner, 
par la nature, des surfaces dont la discussion est parfois hérissée de diffi- 


vI AVANT-PROPOS. 


cultés; de lui voir tracer toutes les singularités calculées, conduisirent à les 
isoler dans des exemples assujettis à diverses conditions de simplicité 
maxima. 

M. Schwartz se proposa de trouver les surfaces minimas admettant une 
géodésique plane donnée; Henneberg fit remarquer, le premier, que si la 
géodésique est la développée d’une courbe algébrique, la surface minima est 
algébrique. 

Geiser démontra que ces surfaces ne coupent le plan de l'infini que suivant 
des droites. | | 

Enfin Weterstrass a donné une méthode pour trouver toutes les surfaces à 
étendue minima, algébriques et réelles. 

Enneper a fait connaitre une surface du neuvième degré et de sixième 
classe, extrêmement remarquable, qui peut, par exemple, étre déformée d’une 
infinité de façons, tout en restant identique à elle-même. 
= Depuis que l’Académie royale de Belgique a posé ce problème qui fait 
l'objet de notre étude, un géomètre du plus grand mérite a successivement 
publié un grand nombre de beaux résultats sur les surfaces minimas : 
M. Sophus Lie a donné la véritable solution du problème de Monge; il a 
montré que les surfaces à courbure moyenne nulle sont de deux façons des 
surfaces moulures ; il a en outre donné, du problème de Bjürling, une solu- 
tion s'appliquant à des cas particuliers intéressants. Enfin il a discuté quelles 
sont les surfaces minimas d'ordre et de classe déterminés. 

Les résultats de M. Sophus Lie viennent ôter le plus grand intérêt à nos 
recherches. S'il nous a élé pénible, après avoir cherché et trouvé la solution 
du problème de Monge et de bien d'autres, de recevoir les communications 
du très-savant géomètre de Christiania, nous n'avons pas moins résolu de 
transmettre à l'Académie royale de Belgique nos recherches en développant 
surtout ce qui s’écarle des propriétés publiées. 

C'est ce qui doit justifier les écarts du mémoire, en dehors de la question 
posée par l’Académie. 


Re me Re age REP er 


ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


: OU 


SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 


CHAPITRE L. 


LOCUTIONS EMPLOYÉES. — PROCÉDÉS DE DÉMONSTRATION. — PÉRIMORPHIE. 
| PROGRAMME. 


S 4. 


Définition du mot élassoide. 


Il faut commencer par s'entendre au sujet des locutions employées dans 
ce mémoire. Î n’est pas commode d'employer constamment l'expression de 
surface à courbure moyenne nulle ni même celle de surface minima, que 
les Allemands ont adoptée, sous le vocable de « Minimälfläche ». D'ailleurs ce 
lerme est impropre, en général, l'aire de la surface n'étant pas, le plus 
souvent, un minimum absolu. 

Nous emploierons le mot Élassoïde formé des deux mots grecs dasour 
(comparatif de wwgos) et de ax (apparence). La substitution de l'o à l'é est 
consacrée par l'usage. Nous dirons donc, conformément à l'avis de Terquem, 

Tome XLIV. 2 


9 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


2 


un élassoïde. Celte locution nous parait réunir les deux avantages d’être 
régulièrement établie et surtout d'être brève. 

À l'exemple de M. O. Bonnet nous dirons que deux élassoïdes sont conju- 
gués quand ils sont applicables l’un sur l’autre et que les lignes de courbure 
de l’un correspondent aux asymptotiques de l'autre. 


S 2. 
Loculions employées. 


La plupart des géomètres appellent congruence de droites, une famille de 
droites analogues aux normales d’une surface et telles que, par un point de 
l'espace, choisi arbitrairement, il passe une droite de la congruence. 

Les focales de la congruence sont deux surfaces, réelles ou imaginaires, 
qui sont touchées par chacune des droites de la famille. 

Les droites d’une congruence, qui rencontrent une courbe donnée, forment 
une surface élémentaire. Les surfaces élémentaires développables forment 
deux familles, ce sont les surfaces principales de la congruence. 

Ces dénominations sont usuelles. Nous conviendrons d'appeler développée 
d'une congruence de normales les deux nappes focales de celte congruence 
prises dans leur ensemble; c’est le lieu des centres de courbure principaux 
d'une famille de surfaces parallèles. 

Sur une droite de la congruence, le point milieu du segment qui se limite 
aux deux foyers sera le point moyen. Le lieu de ces points pour toute con- 
gruence sera la surface moyenne. | 

Le plan perpendiculaire à une droite de la congruence, et mené par le 
point moyen Silué sur celle droite, sera le plun moyen. Tous les plans 
moyens, relatifs aux droites d’unc congruence, touchent une même surface 
que nous appellerons l'enveloppée moyenne. Ce sera la développée moyenne, si 
la famille de droites est une congruence de normales. 

Nous aurons à considérer des congruences dans leurs rapports avec une 
surface déterminée : nous dirons qu'une congruence de droites est harmo- 
nique par rapport à une surface (A), si les surfaces principales de la con- 
gruence découpent, sur (A), un réseau conjugué. 


Ch lee or 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 3 


Lorsqu'une congruence de normales sera harmonique par rapport à une 
surface (A), nous dirons qu’elle constitue une congruence de Dupin (par rap- 
port à celle surface), rappelant ainsi le nom de Charles Dupin qui, le premier, 
a considéré des familles de droites de cette espèce. 

Îl nous reste à rappeler les termes du vocabulaire, adopté dans la géométrie 
des imaginaires, dont nous ferons un constant usage. | 

L'ombilicale est le cercle imaginaire commun à toutes les sphères et silué 
dans le plan de l'infini. 

Une droite isotrope se dira de loute droite rencontrant l’ombilicale. 

Un plan isotrope se dira de tout plan tangent à l’ombilicale. 

Une développable isotrope se dira de toute développable qui contient 
l'ombilicale. 

Une ligne 1sotrope, ou ligne de longucur nulle, sera une courbe, arële de 
rebroussement d'une développable isotrope, dont, par conséquent, toutes les 
langentes seront des droites isotropes. 

Enfin nous appellerons congruence isotrope une famille de droites dont les 
surfaces focales sont des développables isotropes. Ces congruences seront 
réelles toutes les fois que les deux développables isotropes focales seront 
imaginaires conjuguées. 

Ajoutons qu'un réseau de lignes orthogonales (u), (v), tracées sur une 
surface, sera isométrique toutes les fois que le carré de l'élément linéaire de 
la surface rapportée aux lignes (u), (v), pourra s’écrire 


dS® = 1'(du° + dv’), 


en particularisant convenablement les variables w et v. 

On appelle image sphérique d’une surface, en général, la représentation 
sur la sphère de cetle surface (le mode de correspondance étant le paral- 
lélisme des plans tangents de la sphère et de la surface aux points corres- 
pondants). On considérera de la sorte les images sphériques des lignes de 
courbure, des lignes asymptotiques, etc. 


4 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 3. 
Définition de la périmorphie comme procédé de démonstration. 


Les procédés de démonstration que nous emploicrons uniformément dans 
notre étude analytique se rapportent à une méthode particulière que l'on a 
désignée par un néologisme imagé en l'appelant la périmorphie. Dans cette 
géométrie, l’origine des coordonnées est remplacée par une surface dite de 
référence, et les axes de coordonnées sont simplement définis, en chaque 
point de la surface de référence, par des relations où figurent les coordon- 
nées superficielles w et v (à la facon de Gauss) du point, considéré comme 
origine instantanée. 

Dans cette étude, nous considérerons Loujours, comme base de nos calculs, 
un réseau orthogonal des courbes (u), (v) tracé sur une surface de réfé- 
rence (O0) : les courbes (u) correspondront aux différentes valeurs du 


paramètre w, de même, les courbes (v) correspondront aux différentes valeurs 


du paramètre v. 

Le quarré de l'élément linéaire de la surface de référence (0) s’écrira, 

comme d'habitude : 
dS? = fdu? + g'dv*. 

Ceci posé, les axes de coordonnées instantanés seront toujours en un 
point Ou, v) (c'est-à dire en un point O défini par les valeurs w et v des 
paramètres) : 4° OX tangente à la courbe (v); 2° OY tangente à la courbe (u); 
3° OZ normale à la surface. Les trois axes seront ainsi rectangulaires. 

Les calculs de périmorphie réclament l'emploi constant Je six formules 
que nous allons transcrire en les définissant. 


$ 4. 


Six formules fondamentales de périmorphie. 


En périmorphie, on se donne, à chaque instant, les coordonnées Eë, », & 
d'un point M variable avec le point O, coordonnées mesurées sur les axes OX, 
OY, OZ. Ces coordonnées sont des fonctions de u et v. Lorsque l’on donne à 


ne mn rm vo 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. à 


ces paramètres les accroissements du et dv, l'origine se transporte en 0’ et le 
point correspondant de l’espace sera un certain point M’ défini par les 
coordonnées 
Ë + AË, + Ay, © + A, 
comptées sur les axes nouveaux O’X', O'’Y', O'Z'. Mais l'élément MM’, pro- 
jeté sur les trois axes primitifs, donne lieu à trois longueurs, fonctions de 
u, v, du et dv. 
Suivant l’axe OX, on a 
l df l l 
AX — du ++, pe) + d[E - y que) | 
U qu 


du gdx 


suivant l'axe OY,on a 


l df 
AY — du gi / 


| dy dg | 
D cse = (De) + de(s + E+ Qt}; |... ,. 


{)) au 
suivant l'axe OZ, on a 


= (ae me) = an 
AZ = du — PE + [De + dv do + gDE 


Telles sont les trois formules fondamentales de la géométrie considérée. 
Trois autres formules, également nécessaires, s’en déduisent immédiatement : 

Soient X', Y’, Z' les coordonnées d’un point de l'espace, par rapport au 
trièdre instantané ©”, X’, Y’, Z' défini ci-dessus; soient, d’un autre côté, X, 
Y, Z les coordonnées du même point par rapport au trièdre primitif O, X, 
Y,Z. On a 


{_ df ag | 
X — — fau + X 4 Y(— VE du + SE do + Z(—Pdu + gDdv), 
dg df ] (2) 
ll — re Tr se d Dd , 
Y gdu +x| TE PALETTE + Y + Z(— Qdv + fDdu) | 


Z' = X(Pdu — gDdv) + Y(Qdv — fDdu) + Z. 


Ces formules contiennent cinq coefficients : f et g déjà définis, P,Q, D 
tels que : 
——L représente le rayon de courbure de la section normale tangente à OX ; 


6 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


9 représente le rayon de courbure de la section normale tangente à OY ; 


— représente le paramètre de déviation relatif aux deux directions 
rectangulaires OX, OY (BERTRAND). 


$ 9. 
Équations de Codazzi. 


Ces cinq coefficients sont liés par trois équations célèbres, dites équations 
de Codazzi, auxquelles il faut constamment recourir : 


ro— fgn" + + (LE) d (4) 0, 


dv gdv du fiu 
dP dD dg af L 
da op =0,) . . . . . . . (5) 
d dD d d 
Q 2 pp 


dé de De ju 


Les trois groupes d'équations que nous venons de décrire constituent les 
bases de la périmorphie. Quant aux procédés, il serait oiseux de les résumer, 
ils s'indiqueront d'eux-mêmes par les applications que nous en ferons dans 
le cours de ce mémoire ; la simplicité qui les caractérise permettra de les 
exposer, le plus souvent, en détail. 


8 6. 


Programme des recherches comprises dans ce mémoire. 


Il nous reste à indiquer le programme des recherches successivement 
exposées dans ce mémoire. 

Nous avons cru qu'il convenait de rappeler rapidement, mais d’une façon 
synthétique et pour ainsi dire évidente, les résultats connus. L'Académie nous 
permettra de commencer notre étude par un rapide exposé géométrique qui, 
nous l’espérons, intéressera une assemblée où la théorie qui nous occupe a 
recu de si belles contributions. 

Ce sera l’objet du second chapitre et du troisième. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 7 


Voici, d'une façon très-sommaire, la composition des autres chapitres. 


Chapitre IV. Des congruences isotropes, des surfaces d'about ; la surface 
moyenne est le lieu des lignes de striction des surfaces élémentaires ; l’enve- 
loppée moyenne est un élassoïde. 


Chapitre V. Des congruences isotropes qui donnent lieu au même élas- 
soïde central ; construction directe donnant toutes les congruences satisfai- 
santes en fonction d’une première congruence isotrope. 


Chapitre VI. Toute congruence isotrope est définie par une seule surface 
élémentaire; construction des éléments de lPélassoïde central à l’aide d’une 
surface élémentaire donnée. Construction ponctuelle d’un élassoïde en utili- 
sant deux lignes de longueur nulle. 

Chapitre VII. Tout élassoïde est le lieu d’une 5 de courbes lieux des 
centres de courbure de courbes gauches, qui sont les lignes doubles de toutes 
les congruences isotropes salisfaisantes. 


Chapitre VIII. Étude des surfaces moyennes des congruences isotropes ; 
elles s'introduisent en géométrie cinématique; elles correspondent par ortho- 
gonalité des éléments à la sphère. Sur l'élassoïde moyen et la surface 
moyenne les asymplotiques se correspondent; relations entre les courbures 
des deux surfaces. Une surface moyenne ne peut être élassoïde sans être 
une surface de vis à filet quarré. 


Chapitre IX. Formules générales de représentation sphérique. Élassoïdes 
groupés, dérivés d’un réseau isométrique de la sphère; ils sont applicables 
sur l'un d’entre eux. 

Chapitre X. Définition des élassoïdes conjugués, des élassoïdes stratifiés. 
Deux surfaces qui se correspondent par orthogonalité et égalité des éléments 
sont deux élassoïdes conjugués. 

Chapitre XI. Solution du problème de Bjürling. Définition de contours 
conjngués. Une surface gauche arbitraire définit deux contours conjugués. 
Contours correspondants à une ligne plane. 

Chapitre XII. Calculs au sujet de la dérivation des élassoïdes du plan. 
Élassoïdes transcendants à lignes algébriques. 


8 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Chapitre XIII. Lignes de courbure des élassoïdes. Exemples de lignes 
algébriques ou dépendant des fonctions elliptiques. 


Chapitre XIV, On peut mettre simultanément sur un élassoïde les courbes 
pour lesquelles R — + f. Recherche de ces courbes; élassoïdes qui les 
admettent pour géodésiques. Lignes algébriques. 

Chapitre XV. Nouvelles propriétés des congruences isotropes dérivées du 
plan. Courbes de contact de cônes dont les sommets sont en ligne droite. 
Nouvelle définition des élassoïdes. 


Chapitre XVI. Propriétés des lignes de niveau des élassoïdes groupés ; 
rotation des lignes de niveau par déformation. 


Chapitre XVII. Propriété caractéristique des congruences composées des 
génératrices d'une famille de quadriques homofocales. 


Chapitre XVIII. Recherche des élassoïdes algébriques passant par un 
cercle. 


Chapitre XIX. Étude des élassoïdes dérivés des quadriques à centre, 
homofocales. 


Chapitre XX. Étude des élassoïdes dérivés des paraboloïdes du deuxième 
ordre, homofocaux. 


Chapitre XXI. Recherche des élassoïdes applicables sur des surfaces de 
révolution. Equations des élassoïdes du neuvième et du douzième ordre. 


Chapitre XXII. Énoncé de plusieurs propriétés relatives aux élassoïdes. 
Renvoi à la théorie de la correspondance par orthogonalité des éléments. 
Généralisations se rattachant plus directement à la théorie des couples de 
surfaces applicables lune sur l'autre. Sur le problème de la correspondance 
de deux surfaces par correspondance des plans tangents et des lignes 
isotropes. 

Chapitre XXTIT. Conclusions : Desiderata de l'étude entreprise et résultats 
obtenus. 

Telles sont les lignes principales de l'étude que nous allons maintenant 
détailler. 


CHAPITRE II. 


CONSIDÉRATIONS GÉOMÉTRIQUES DIRECTES AU SUJET DES ÉLASSOÏDES. 


$ 7. 
En chaque point d'un élassoïde la courbure moyenne est nulle. 


L'existence des élassoïdes se déduit du problème posé pour la” première 
fois par Lagrange : trouver la surface à étendue ininima limitée à un contour 
déterminé. 

Soit (C) un contour fermé, gauche. Admettons qu'il existe une surface (O0), 
passant par (C), ne présentant à l'intérieur aucune nappe infinie et jouissant 
du caractère de minimum; celui-ci sera réalisé si toute surface (0’), infini- 
ment voisine de (O), et passant comme elle par le contour (C), a une étendue 
comprise à l'intérieur du contour ne différant de l'étendue correspondante 
de la surface (O) que par un infiniment petit du second ordre (les quantités 
qui mesurent l'écart des surfaces (0) et (0’) étant des infiniment petits du 
premier ordre). 

I importe d'observer que le mode de correspondance des surfaces (0) et 
(0') est arbitraire; il doit simplement satisfaire à ces conditions, qu’aux 
points correspondants les plans tangents fassent entre eux des angles infini- 
ment petits du premier ordre et que le contour (C) se corresponde à lui- 
même sur les deux surfaces. En particulier, le long de ce contour, les plans 
tangents correspondants doivent faire des angles infiniment petits du premier 
ordre. 

Ces restrictions préalables vont montrer tout à l’heure pourquoi la solution 

du problème de Lagrange n'est réellement jamais obtenue. 
Toue XLIV. 3 


10 = ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Puisque le mode de correspondance des surfaces (0) et (0’) est arbitraire, 
il est naturel d'avoir recours au suivant : prendre comme points correspon- 
dants a’ et a deux points de (0') et de (0) situés sur une même normale 
à (0). Il est clair que si (0) et (0’) n’ont pas de nappes infinies et sont infi- 
niment voisines, les restrictions obligaloires sont observées. 

Ceci posé, traçons sur (O0) un petit contour fermé (a) et, tout le long, 
menons les normales à la surface (0) : elles vont découper, sur (0'), un con- 
tour fermé (a!), correspondant à (a). La longueur aa’ du segment compté 
sur la normale et limitée aux deux surfaces, pour tous les points du contour, 
est un infiniment petit du premier ordre; sa valeur moyenne peut donc 
s’écrire H .d? (où H est une fonction finie). Désignons donc par d(a) l'aire du 
contour (a), par d8 l'aire sphérique (entendue à la façon de Gauss) de ce 
même contour ; enfin soient R4 et R2 les rayons de courbure principaux 
de (0) pour un point moyen pris à l’intérieur du contour (a). 

D'après un théorème de Gauss, on a 


d(a) —R,.R,d, 
à une quantité infiniment petite près, par rapport à d(a). 
De même façon : | 


d(a’) = (R, + Hde)(R; + Hdp) : 


0 
si à désigne l'angle des plans tangents en a et a!. Mais on doit écrire : 
d(u")= d({a) + Ad(a) 


et comme l'angle : est infiniment petit du premier ordre, on est en droit 
d'écrire, au degré d'approximation précité 


Ada) 


= (Ru +R). Hd + Hdp?, 


Ceci s'applique à deux surfaces infiniment voisines quelconques, et l’on 
voit que Ad(a) est ainsi du troisième ordre infinitésimal, en général. 

Dès lors, l'intégrale des éléments semblables étendue jusqu'au contour (C) 
sera en général une quantité infiniment petite du premier ordre. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 411 


Or, si le minimum a lieu, il faut que cette quantité soit infiniment petite 
du second ordre, et le terme correspondant de Ad(a) doit disparaitre. 
On doit donc avoir, tout d’abord, 


R, + R = 0. 


Ainsi, la première condition du minimum est qu'en chaque point de la 
surface minima, les rayons de courbure principaux soient égaux et de 
signes contraires. 

Cette condition équivaut à l'équation différentielle des élassoïdes ; comme 
elle lie deux éléments de courbure, l'équation est du second ordre et par 
conséquent son intégrale générale ne comporte que deux fonctions arbitraires 
distinctes (on verra plus loin le parti qu’il faut tirer de cette remarque). 


8 8. 


Aire d'une portion d'élassoïde (INTÉGRALE DE RIEMANN). 


Afin de pousser plus avant la solution du problème de Lagrange il importe 
de chercher à évaluer immédiatement l'aire dont on demande le minimum ; 
les considérations qui précèdent rendent cette recherche facile. 

Considérons en effet une famille d'élassoïdes se succédant par variations 
insensibles, commandées par celles d’un paramètre, et soient (0) et (0') 
deux élassoïdes infiniment voisins. Soient (4) et (a!) deux contours fermés, 
correspondants, tracés sur ces deux surfaces, (A) et (A) + A(A) les aires 
limitées à ces contours. Quelle que soit la loi de variation des élassoïdes, il 
est facile de trouver une expression géométrique de A(A). Si, en effet, le long 
de (x), nous menons au premier élassoïde la normalie qu'il détermine, cette 
surface gauche trace sur (0’) un contour fermé (4''), et, d'après ce qui a été 
dit plus haut, l'aire de (O'), limitée au contour (4''), ne diffère de l’aire de (0), 
limitée au contour (x), que d’une quantité infiniment petite du second ordre 
(l'aire étant finie). Par conséquent la variation A(A) est représentée, à un 
infiniment petit du second ordre près, par la couronne comprise entre les 


12 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


contours (a!) et («!'). Ce qui précède indique suffisamment ce qu’il y aurait 
lieu de compter positif ou négatif si les contours se rencontraient. 

Ceci posé, comme on est maitre de considérer telle loi de variation des 
élassoïdes que l’on veut, il convient, pour la recherche de l'aire, de prendre 
la loi de variation la plus simple, savoir celle de la similitude : dans cette 
hypothèse, si # est le paramètre de similitude, on aura 


(A) + A(A)= (A)(1 + dk} = (A)( + 2dk + dk?), 
donc, au degré d'approximation requis, 
A(A) = 2.dk(A); 


si donc l'on parvient à calculer l'aire du ruban compris entre (o') et (a/!), la 
valeur de l’aire (A) en résultera. 

Prenons pour pôle de similitude un point de l’espace S, soit P le plan tan- 
gent à la surface (0'), au point a’, T la tangente au contour (+); projetons 
le point a!’ en 8 sur a'T et S en B sur cette même droite. Il est clair que, 
si do désigne l’élément de courbe («'), on a, pour l'élément d’aire du ruban 
limité aux contours (a’), («’’), 

do.a"8. 


Si « est l'angle du plan P et du plan contenant la droite T et le point S, 


on à 
a'B— af.coso. 


Mais la similitude des triangles SB a! et aBa' donne 


aa’ 
ap = SB-—: 


Sa 
D'un autre côté : 
| aa dk 
Sa’ 1 + dk 


par conséquent on peut écrire : 


A(A) = 2dk (A) — Jde . SB cos wdk, 


nn m— 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 13 


il en résulte 
:do.SB 
= f'É c0e 


C'est l'expression donnée par Riemann. 
L'élément de l'intégrale n'est autre chose que la projection du triangle 
infinitésimal a'a!S sur le plan tangent en a! à l’élassoïde. 


S 9. 
Aire d'une portion finie d'élassoïde inscrile à un cône. 


Signalons en passant le cas où « est constant tout le long du contour (à) : 
Lorsqu'un élassoïide coupe, sous un angle constant, un cône et lorsque la 
portion de surface comprise dans le contour d’intersection est fermée, sans 
nappes infinies, l'aire de cette portion de surface est. proportionnelle à celle 
de la surface du cône limitée au même contour et au sommet. 

Dans le cas où le cône est tangent à l'élassoïde, les deux surfaces sont 
équivalentes. 

L'intégrale donnée ci-dessus montre tout d’abord que l'aire d’un élassoïde, 
et par conséquent la surface elle-même, dépendent non-seulement du con- 
tour donné (4), mais encore des plans tangents en chacun des points de ce 
contour. 1 y a donc une infinité d'élassoïdes passant par un contour donné. 

Il convient de poser, avec Bjürling, le problème de la construction d’un 
élassoïde circonscrit à une développable déterminée le long d'un contour 
tracé sur celle-ci. 


$ 10. 
Intégrale invariante le long d'un contour fermé. 


Remarquons, d’un autre côté, que si la considération d’homothétie a 
disparu de l'intégrale, celle du point fixe dans l’espace a persisté, quoique 
l'aire de l'élassoïde soit indépendante de ce point choisi arbitrairement. Il 


14 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


en résulte que l'expression 


do . SB 
COS 
J 2 


étendue à un contour fermé tracé sur une développable, est invariante, quelle 
que soit la position du point fixe S dans l’espace. 

On trouvera l’expression de l’aire d’une portion d’élassoïde quand on saura 
trouver une famille d’élassoïdes dont les surfaces varieront proportionnel- 
lement, et il n'est pas besoin pour cela que les élassoïdes soient tous sem- 
blables et semblablement placés. 


S 11. 


Définition des problèmes de Monge et de Bjürling. 


Au point où nous en sommes arrivé, on comprend que le problème de 
Lagrange (faire passer par un contour donné une surface d'aire minima) 
sera susceptible de solution, seulement quand on saura construire tous les 
élassoïdes passant par un contour et ne présentant pas de nappes infinies à 
l'intérieur de ce contour. Ainsi est-on amené, par la nécessité, à résoudre suc- 
cessivement les problèmes de Monge et de Bjôrling, savoir : 


PROBLÈME DE MoNGe : Construire toutes les surfaces à courbure moyenne 
nulle (élassoïdes), c'est-à-dire en chaque point desquelles les ruyons de cour- 
bure principaux sont égaux et de signes contraires. 


PROBLÈME DE BJ6RLING : Construire l'élassoïde circonscrit à une surface 
développable donné, le long d'un contour déterminé. 


Leur solution fera l'objet des chapitres qui vont suivre. 


CHAPITRE IIL. 


SOLUTION DU PROBLÈME DE MONGE. 


& 42. 


Sur un élassoïde les lignes de longueur nulle sont toujours conjuguces. 


Trouver un élassoïde c’est découvrir une surface telle qu’en chacun de ses 
points l’indicatrice (*) soit une hyperbole équilatère. La condition d'égalité 
des axes d’une conique s'exprime en disant que celle-ci passe par les 
ombilics de son plan (cercle), de même l'hyberbole équilatère dont les 
carrés des axes sont égaux et de signes contraires, se caractérise par ce fait 
que les diamètres isotropes sont conjugués. 

Cette simple remarque conduit à cette conséquence capitale : si sur un 
élassoïde on trace les deux séries de lignes 1sotropes, arêtes de rebroussement 
des développables isotropes circonscrites à la surface, on obtient deux 
familles de courbes conjuguées. La réciproque n’est pas moins évidente. 

En conséquence toule développable isotrupe doit étre considérée comme 
un élassoide. | 

En effet, sur une développable une génératrice est conjuguée de toute 
direction tangente à la surface et qui la rencontre; elle est aussi à elle-même 
sa propre conjuguée. 

Or, sur une développable isotrope, les deux familles de lignes isotropes 
coïncident entre elles et avec les génératrices ; elles sont à elles-mêmes leurs 


(} 11 s'agit de l’indicatrice de Cuances Dupin, qui donne l’image de la variation des courbures 
dans chaque azimuth. 


— 


16 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


propres conjuguées, donc elles caractérisent les élassoïdes. Ainsi se trouve, 
au début de cette étude, le résultat mis en lumière, pour la première fois, 
par M. J. Serret (Journal de Liouville, t. XI, 1846) et dont nous déduirons 
presque intuitivement la solution du problème de Monge. 


$ 13. 


Propriétés des congruences harmoniques. 


Il convient de faire un moment diversion pour rappeler quelques notions 
très-simples relatives aux congruences harmoniques. 

Soient (A) et (B) deux surfaces arbitraires dont nous ferons correspondre 
les points par parallélisme des plans tangents. Soient À et B deux points 
correspondants, les droites telles que AB engendrent une congruence harmo- 
nique, c'est-à-dire telle que si on la décompose en ses deux familles 
de développables, celles-ci tracent, sur les surfaces (A) et (B), deux familles 
de courbes conjuguées. 

La proposition sera démontrée si l'on fait voir que les indicatrices des 
surfaces (A) et (B) ont toujours deux diamètres conjugués parallèles. M. de 
la Gournerie a donné, de ceci, une démonstration réduite à l'évidence en 
montrant que l’on peut toujours : 1° amener les coniques à avoir même 
centre; 2° en réduire une de telle façon qu’elle devienne doublement tangente 
à l’autre; le diamètre de contact et les tangentes sont manifestement les 
directions cherchées. 

Ainsi, dans le cas qui nous occupe, la congruence est harmonique par 
rapport aux surfaces (A) et (B); il est clair qu'elle l’est également par 
rapport à chacune des surfaces divisant, en segments proportionnels, les 
cordes telles que AB, surfaces correspondant à (A) et (B) par parallélisme 
de leurs plans tangents. 

Particularisons un peu, en supposant développables les surfaces (A) et 
(B), que nous avions prises arbitraires. 

Soient T, et T, les génératrices de ces deux surfaces situées dans deux 
plans tangents parallèles ou non, désignons par (A), (B) les arêtes de rebrous- 


_— 
nn. — 
= 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 17 


sement des deux développables. La congruence des droites AB existe 
toujours, elle se décompose en deux familles de surfaces principales qui sont 
les cônes ayant leurs sommets en tous les points de (A) et contenant (B), 
ou inversement. Les surfaces, lieux des points qui divisent les segments AB 
en parties proportionnelles, existent toujours, les cônes précités les découpent 


suivant deux familles de courbes semblables aux courbes (A) et (B), chaque 


famille se composant de courbes identiques. De plus (et c’est le point prin- 
cipal) ces familles de courbes sont conjuguées. 


$ 14. 


Construction ponctuelle d’un élassoïde avec deux développables isotropes. 


Particularisons davantage et supposons que (A) et (B) sont deux dévelop- 
pables isotropes. 

Dans ce cas les droites T, et T, sont isotropes ; par conséquent elles sont 
parallèles aux droites isotropes de tout plan parallèle à ces deux droites. 

Mais les surfaces divisant en parties proportionnelles les segments tels que 
AB sont coupées par les cônes principaux suivant des courbes identiques (à 
l’homothétie près) aux arêtes de rebroussement (A) et (B), dont par consé- 


. quent les tangentes, comme celles de (A) et de (B), sont isotropes. Ces deux 


familles de courbes (comme dans le cas général) sont conjuguées. 
On peut donc énoncer ce théorème important : 


Soient (A) et (B) les urétes de rebroussement de deux développables 
isotropes arbitraires, si l'on joint de deux en deux les points de (A) et de 
(B) et que l'on divise, en parties proporlionnelles, les segments ainsi 
obtenus, le lieu des points de division est un élassoïde. 


Or, une développable est déterminée quand on se donne deux directrices; 
une développable isotrope, déjà assujettie à contenir l’ombilicale, est définie 
par une seule autre directrice; par conséquent, une développable de celte 
halure correspond à une fonction arbitraire 

Tome XLIV. 4 


18 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Ainsi la construction que nous venons de donner des élassoïdes contient 
deux fonctions arbitraires, elle conduit donc (d’après une remarque du 
chapitre précédent) à l'intégrale générale du problème de Monge. 

Les élassoïdes sont donc, de deux manières, des surfaces moulures ; les 
profils sont imaginaires. Les surfaces peuvent pourtant être réelles, mais à 
condition que les développables isotropes (A) et (B) seront imaginaires 
- conjuguées. En conséquence les élassoïdes réels ne contiennent, dans leur 
définition, qu'une seule fonction arbitraire. 

Nous montrerons plus loin comment nous avions été amené au résultat 
qui précède avant de lire, dans le Bulletin des sciences mathématiques 
(novembre 1879), le résumé des mémoires de M. Sophus Lie. 


$ 15. 


Construction poncluelle d'un élassoïde dérivé de deux élassoïdes. 


Si, dans ce qui précède, on prend pour (A) et (B) deux élassoïdes se 
correspondant par parallélisme de leurs plans tangents, les surfaces divisant, 
en segments proportionnels, le segment variable AB sont encore des élas- 
soïdes, puisque les traces principales de la congruence sur chacune de ces 
surfaces ont leurs tangentes parallèles aux droites isotropes des plans tan- 
gents en À et B à (A) et (B) et qu’en outre ces directions sont conjuguées. 

C'est même en faisant cette observation que nous avons été conduit à 
particulariser les surfaces (A) et (B) dont la définition comporte en appa- 
rence quatre fonctions arbitraires, mais dont en réalité deux sont surabon- 
dantes. 


$ 16. 


Élassoïdes stratifiés. 


Deux développables isotropes arbitraires et arbitrairement placées dans 
l'espace, donnent lieu à une famille d'élassoïdes que nous nommerons 
. stralifiés pour rappeler qu'ils se correspondent par parallélisme de leurs 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 19 


plans tangents. Ces élassoïdes jouissent de propriétés fort singulières; elles 
seront développées dans un chapitre spécial. Ils comprennent comme limites 
les deux surfaces développables (A) et (B) qui ont servi à les engendrer. 
Chacun des élassoïdes de la famille se distingue par la valeur d'un coefficient 
afférent au rapport de division du segment AB, mais il est bien clair qu’on 
ne particularise en aucune façon en supposant le coefficient égal à un 
puisque les deux fonctions arbitraires caractérisant la généralité de la défi- 
nition restent générales. En conséquence on peut dire que tout élassoïde est 
le leu des milieux des segments de droiles limités à la rencontre de deux 
lignes de longueur nulle. 

Il peut se faire que les deux lignes (A) et (B) soient identiques, c'est-à- 
dire appartiennent à une même courbe; dans ce cas, nous dirons, avec 
M. Sophus Lie, que l’élassoïde est double. 


$ 47. 


Le plan de l'infini coupe un élassoïde seulement suivant des drontes. 

Nous déduirons de ce qui précède une seule conséquence : la section d’un 
élassoïde, par le plan de l'infini, se compose de droites (résultat énoncé depuis 
longtemps par Geiser). 

Il est clair en effet qu’on peut substituer aux définitions données précé- 
demment la suivante : 

Tout élassoïde est le lieu d’un point associé sur les droites AB rencontrant 
deux lignes de longueur nulle (A) et (B), au point de l'infini, et tel que Île 
rapport anharmonique des deux points associés et des points À et B ait une 
valeur constante. 

Dans ces conditions, un point de l'élassoïde, situé à l'infini, correspond à 
deux points de (A) et (B) également situés à l'infini; dès lors, le point de 
rencontre de la droite AB, avec le plan de l'infini, est indéterminé, par con- 
séquent la droite, tout entière, appartient à l’élassoïde. 

Nous ne poursuivrons pas dans cette voie les belles conséquences que M. Lie 


20 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


a développées avec un grand talent; désireux d'aborder des considérations 
nouvelles, nous n'entrerons pas dans la discussion des nombres déterminant 
le degré et la classe d'un élassoïde , en fonction des nombres caractéristiques 
de la classe, du degré, du rang et des singularité à l'infini, des développables 
isotropes (A) et (B). 

En terminant ce chapitre, observons que si le problème de Monge est, 
ainsi, complétement résolu, la solution n’est pas dépourvue d’imaginaires. 
Bien que ce desideratum paraisse aujourd’hui assez oiseux, nous montrerons 
plus loin comment on yÿ satisfait par la considération des congruences 
isotropes. 


CHAPITRE IV. 


DES CONGRUENCES ISOTROPES. 


Si nous écrivions un traité didactique, nous serions amené à résoudre en 
ce moment et par des procédés synthétiques, le problème de Bjürling, mais 
il nous parait préférable de suivre la marche d'invention plus féconde en 
aperçus latéraux et par conséquent susceptible, mieux qu'une synthèse 
étroite, de faire apprécier les nombreuses attaches géométriques de pro- 
blèmes relatifs aux élassoïdes. À ce point de vue, il ne sera pas indifférent, 
à raison de la nouveauté et de la précision des résultats, d'indiquer les con- 
sidérations qui nous ont conduit à l'étude des congruences isotropes laquelle 
fera plus spécialement l'objet de ce chapitre. Nous supprimons d’ailleurs 
loute démonstration des résultats étrangers à l'étude proprement dite. 


g 48. 


Courbes symétriques par rapport aux plans tangents d'une surface le long 
d'une courbe unique, correspondant aux premières avec orthogonalité 
des plans langents aux surfaces élémentaires. La courbe unique est 
asymplolique. 


En général, étant données deux surfaces (A) et (B) et une congruence 
arbitraire de droites telles que AB, il y a seulement deux paires de lignes 
(a) et (b) tracées sur (A) et (B) se correspondant une à une et telles que les 
plans tangents aux abouts du segment AB des surfaces gauches élémen- 


& 


29 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


laires ayant pour traces sur (A) et (B) les courbes (a) et (b), soient rectan- 
gulaires. 

Dans ce qui suit, nous appellerons D la droite instantanée de la congruence 
et (D) cette congruence elle-même. 

Si l’on fait réfléchir les rayons D de la congruence sur la surface (A) et 
que l'on considère la surface (C) lieu des points C symétriques des points B 
par rapport aux plans langents de (A), les surfaces (A) et (C) donneront lieu 
comme le couple (A) (B) à deux paires de courbes (a!) et (c) correspon- 
dantes et telles qu'aux abouts du segment AC, les plans tangents aux 
surfaces élémentaires de la congruence (D') réfléchie [ayant pour traces sur 
(A) et (C) les courbes (a’) et (c)] soient rectangulaires. 

En général, les paires de courbes (a) et (a') ne coïncident pas. Lorsqu'elles 
coïncident entre elles, elles sont les lignes asymptotiques de la surface (A). 

Dans ce cas, la position de la droite BC est définie sans quadrature; les 
surfaces (B) et (C) sont uniques, et il suffit de connaître la congruence (D) 
(qui est particulière) indépendamment de la surface (B). 

La congruence (D) et la congruence réfléchie (D') satisfont à une seule 
et même équation différentielle. 


& 49. 


Cas où les deux congruences symétriques sont formées de normales 
à des surfaces. Ce sont des congruences de Dupin. 


Si l’on veut qu'une congruence (D) soit satisfaisante [par cette locution, 
employée généralement dans ce mémoire, nous entendons qu'un système géo- 


* métrique vérifie les conditions du problème dont on s'occupe] et qu’en outre 


elle soit formée de normales à des surfaces, le problème se précise et donne 
lieu aux remarques suivantes : 

4° La droite BC passe par le point de contact du plan d'incidence BAC 
avec l'enveloppée qu'il touche constamment ; 

2° Les traces (a), (a’) sur (A) des paires de développables suivant les- 
quelles un peut décomposer les congruences (D) et (D') coïncident ; 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 23 


3° Ces courbes (x) et (x'), coïncidant entre elles, sont conjuguées. Dès lors, 
les congruences (D) et (D') sont des congruences de Dupin ; 

4° Enfin, st l'on particularise davantage et qu'on veuille que les sur- 
faces (B) et (G) soient trajectoires des droites des congruences (D) et (D'), il 
faut alors que ces surfaces (B) et (C) soient les deux nappes d'une enveloppe 
de sphères ayant leurs centres sur (À) et orthogonales à une sphère fire. 

Ces résultats, où figurent à la fois les lignes asymptotiques, les congruences 
de Dupin et les surfaces anallagmatiques prêtent un véritable intérêt à la 
correspondance par orthogonalité, qui leur donne naissance. 


8 20. 


Génération des normales aux surfaces anallagmaliques du quatrième ordre. 


Une application fort élégante de ce qui précède se rapporte à la généra- 
lion des surfaces anallagmatiques du quatrième ordre indiquée par M. La- 
guerre, dans les termes suivants : 

St par toutes les droites d'un plan on mène, à deux quadriques homo- 
focales, deux plans tangents et que l’on joigne, par une droite, les points de 
contact , la congruence formée par les droites de même génération est aussi 
formée des normales à une surface anallagmatique du quatrième ordre. 

Si nous avons indiqué les résultats précédents, c'est pour montrer comment 
nous avons élé naturellement amené à l'étude des congruences isotropes. 


$ 21. 


Congruences rencontrant deux surfaces suivant une infinilé de courbes 
correspondantes, le long desquelles les plans tangents aux surfaces élémen- 
laires sont reclangulaires. 


Nous avons dit qu’en général, sur deux surfaces (A )et(B) une congruence 
(D) découpe seulement deux paires de courbes (a) et (b) telles qu'aux abouts 


24 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


du segment AB, les plans tangents aux surfaces élémentaires de la congruence 
soient rectangulaires. Mais il peut arriver, en particulier, qu'il y ait plus de 
deux paires de courbes. S'il en est ainsi, il y en a une infinilé. C'est ce que 
nous allons démontrer. | 

Soient (A) et (B) deux surfaces (arbitraires jusqu'à nouvel ordre), soit D 
la droite d’une congruence (D) joignant les points correspondants A, B. 
Si, par les milieux des segments AB, on élève des plans perpendiculaires 
aux cordes AB, ils toucheront une certaine surface (0) que nous prendrons 
pour surface de référence. Même, pour simplifier les calculs, nous sup- 
poserons que les lignes coordonnées (u), (v) sont les lignes de courbure 
de (0). 

Ë,n, & étant les coordonnées instantanées du point À, 

£,n, — & seront les coordonnées instantanées du point B. 

Si l'on suit, sur (O0), une ligne satisfaisante (c'est-à-dire telle que les plans 
langents à la surface élémentaire engendrée par D soient rectangulaires en 
A et B), on aura 

AY, — AY; 


mn LE | 
T'AX, — AX, 


1 


En effet, si 8 désigne l'angle du plan tangent en A, à la surface élémen- 
laire, avec le plan ZOX, on a manifestement 


AY, 
AX, 


(go — 


AX, et AY, ayant les valeurs déduites des formules (4), lorsque l'on parti- 
cularise les axes en supposant que (u) et (v) soient lignes de courbure, 
c’est-à-dire en annulant D. Par conséquent, on suivra sur (0) une ligne 
satisfaisante si 


dur + = + +) + af — # ) [- nr | 


— (. 
| dy dy js mu (hr | _ «| 
+ | do(y + nl du( E] | — Q'r'dv 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 25 


Équation du second degré en D comme nous l’avions annoncé. Dans la 
question qui nous occupe, cette équation doit être identique et alors, suivant 
toutes les directions, les plans tangents aux surfaces élémentaires, aux abouts 
des segments AB, sont rectangulaires. Pour que ces circonstances se réa- 
lisent, il faut écrire 


df dy df 

D f+R+ Ge di qd 
E = ——— = — ——————|, RE (4) 

Q + Te Se dé _dg 

J fdu do fdu” 


en même temps que : 


ee) fume rejet) + (ju) 


V = p' = Q » (5) 


système qui se réduit à trois équations. 


$ 22. 


Équation des foyers et plans principaux d'une congruence formée de droites 
parallèles aux normales de la surface de référence. 


Pour interpréter les relations précédentes, il faut établir les équations des 
foyers et des plans principaux de la congruence (D). 

Conformément à ce qui a élé dit ci-dessus, le plan tangent à la surface 
élémentaire, en un point de D dont l'ordonnée & peut être différente du & du 
point À, est défini par la relation 


do(g + + 20e + Qt) + du(e — e) 


ge dv fdu du  gdv 
dé  df d£ dg \” 
u\f+= TR + dv D — ju” 


où 6 est l’angle de ce plan et du plan ZOX. 
Tome XLIV. ÿ 


26 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


On sait que les plans principaux sont tangents à toutes les surfaces élémen- 
taires, aux foyers; on obtiendra donc les valeurs de tg6, afférentes aux plans 
principaux, et les valeurs de &, afférentes aux foyers, en écrivant que l'équa- 
tion précédente est indépendante de du, dv. 

Le procédé est général : nous l’appliquerons à chaque instant dans ce qui 
suivra, mais sans revenir sur Sa justification. 

On trouve ainsi, pour l'équation des points principaux 


et pour l'équation donnant les Z des foyers 


gdv 
ges + + ae) jar) — past) 
+ (r+ + gdv Fou Hu du  fdu /\du Fr 


Dès lors, si Z et Z, sont les Z des deux foyers, on a toujours 


gr p(s ste) (rie a) | 


re pese) Gear lee pus) 
PQZ = (f+ D + D 1+ nt fau dv fau” du do. 


Si l’on revient au problème, on trouve, en tenant compte des équations (4) 


et (5) 


Lil: = = = de ’ 


première relation qui a lieu dans tous les cas. Faisons maintenant les deux 
hypothèses sur le signe. 


= = 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE, 27 


$ 23. 


La congruence peut étre formée de normales à une surface ; les surfaces 
d'about sont les surfaces focales. 


Première hypothèse : mettons le signe — devant 55 il vient alors : 


mais, si 8, et 8, caractérisent les deux plans tangents principaux, l'équation (6) 
rapprochée de la précédente, montre que celle-ci équivaut à la relation 


14 + (go. 1g0 = 0. 


En conséquence, dans ce cas, la congruence est formée des normales à une 
fanulle de surfaces. 
On a d’ailleurs en même temps 


Cette relation, rapprochée de l'équation (7), conduit à écrire 
Z, + ZL = 0. 

Comme on a en même temps 
Lil = — 1: 


Les deux surfaces d’about (A) et (B) sont les deux surfaces focales de la 


congruence. 
En effet, quelles que soient les surfaces élémentaires isolées dans une con- 
gruence de normales, les plans tangents aux foyers sont rectangulaires. 


28 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 24. 


La congruence est isotrope. 


Deuxième hypothèse : mettons le signe + devant 7 nous avons alors les 
deux équations 


CRC EC 


RIAD. 
(++ nr AIT nu s 


en vertu desquelles l’équation des plans principaux se réduit à 


(go +1—=0, 


à moins que l’on n'ait 


eo | = or # 6: 
PE or nr” st) = 0 


si cette particularité se réalisait, l'équation (6) serait entièrement indéter- 
minée; par conséquent la congruence serait formée de droites parallèles ou 
concourantes. 

Écartant cette dernière hypothèse, on voit que les plans principaux de la 
congruence sont isgtropes. Par conséquent la congruence est isotrope, c'est-à- 
dire qu’elle a pour focales deux développuables 1sotropes. 


On trouve, immédiatement, que les foyers de la congruence sont donnés 
par l'équation 


ils sont naturellement imaginaires. 
Si l'on désigne par ! la distance du pied M de la droite D au milieu du 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 29 


segment focal, et par mY— 1 la valeur du demi-segment focal, on trouve 


dy dg de d 
T'as faut À Pau * quo” 
a po 

dé  dg dy  df 
LL fau” : du  gdv 
— o = : ; 


on en conclut 


$ 25. 


Sur une congruence isotrope les points des surfaces d'about sont conjugués 
par rapport aux foyers. 


Il importe de définir complétement les surfaces d'about (A) et (B) par 
rapport à la congruence isotrope. 
L'équation précédente (si l’on désigne par F le milieu du segment focal) 


équivaut à la relation 
FA.FB = — m°, 


On peut dès lors énoncer cette propriété, qui nous paraît importante : 


Sur les droites d’une congruence isotrope, les points gorrespondants de 
deux surfuces d’about sont conjugués harmoniques par rapport aux foyers 
de la congruence. 


Nous désignons par surfaces d'about, pour abréger, les surfaces (A) et 
(B) jouissant de la propriété de se correspondre par orthogonalité des plans 
langents des surfaces élémentaires de la congruence, aux abouts des 
segments tels que AB. 

On voit aussi que les surfaces d’about sont transformées l’une de l’autre 
Par une loi analogue à celle des figures inverses (transformation par rayons 


30 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


vecteurs réciproques) et que, quelle que soit la congruence isotrope choisie, 
l'une des surfaces est arbitraire. 

Pour donner dès l’abord un exemple des calculs habituels de la péri- 
morphie et pour mettre en évidence un résultat très-général, nous allons 
montrer comment, lorsqu'on se donne arbitrairement la surface de référence 
(O) définie comme l'enveloppée des plans moyens perpendiculaires aux 
segments AB joignant les points de surfaces d'about inconnues, celles-ci 
peuvent être déterminées. 


S 26. 
L'enveloppée moyenne d'une congruence isotrope est un élassoide. 


Ce problème serait identique à la recherche de toutes les congruences 
isotropes dont on ferait correspondre les droites par parallélisme aux 
normales de la surface de référence prise arbitrairement. 

À l’aide des valeurs de / et #, on pent écrire 


dy dg dy df 
dé df dé dg 
— — — Pl y, ———=— — — y, 
hé ns gd” dv su fdu” 


et rien n'empêche de prendre pour variables principales { et m. Exprimant 
que les deux valeurs de - et de + sont égales individuellement et, 
tenant compte des équations de Codazzi (3), il vient simplement : 


dudv dudv 


__ dl dm 

7 Pdu  Qdv 
dl dm 

Æ—— + —: 
Qdv  Pdu 


mais il importe de particulariser, afin de mettre en lumière, sans effort, la 
propriété capitale des congruences isotropes. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 51 


Puisque la surface de référence est arbitraire par rapport à la congruence 
isotrope (D), elle peut coïncider avec l’enveloppée moyenne de la congruence 
(voir $ 2), on réalisera celte hypothèse en annulant £. Il vient alors : 


E — dm 
= Qdv 
” dm 
7 pau 
avec : 
d d d 
= AT ss LIFE 
dv [du du gdv 
dé df dg 
Sn D TON ET 


Substituant les valeurs de £ et x dans les quatre équations différentielles, 
on trouve | 
dm 4 dP dZ 1 dQ dz 


du Pdd Qdud 7 

d { dZ dP dZ 

PU ep 6. du ee à (8 
du Ga) Tama eee ” 
d {dZ dQ dZ 

lens Re ce Z —= 0. 

dv (x) : P'du dv h 


Les deux premières équations entraînant la relation 
"Q + gP = 0, 


on voit, d’après la signification de P et Q ($ 4), que la surface de référence est 
à courbure moyenne nulle. 

Ainsi se trouve établie cette proposition, capitale dans notre étude : 
L'enveloppée moyenne, d’une congruence isotrope, est un élassoïde. 

Avant d'aborder la résolution du groupe d'équations (8), établissons deux 
nouvelles propriétés essentielles des congruences isotropes. 


32 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


& 27. 


La recherche des congruences isotropes est ramencée à celle des 
réseaux isométriques orthogonaux de la sphère. 


Particularisons différemment la surface de référence, en admettant qu'elle 
coïncide avec une sphère. Dans ce cas le réseau (uw, v) sera formé d’un 
réseau orthogonal arbitraire, et rien ne s'oppose à ce que nous le choisissions 
tel que les droites D soient, à chaque instant, situées dans le plan ZOX ; ces 
hypothèses seront réalisées, si l’on fait (*) 


f=a.P, g—0aQ. 
y = 0. 


L'équation donnant la variation du plan tangent le long d’une droite D 
appartenant à une surface élémentaire devient, en appelant » la longueur 
& + a comptée à partir du centre de la sphère 


(9) 


L'équation des plans principaux devient 


df L dg dé 
= = ee — = 
Le fgdv Li fdu TT œ gdv " 


Si la congruence (D) est isotrope, cette équation devra se réduire à 


tg60+1—0. 
Il faut donc que 
dé _ dg 
Edu gdu 
dé df 
Edv L fdv 


(*) a étant le rayon de la sphère. 


OU SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 33 


on doit, en conséquence, avoir 
E—=f=g=2 
et le carré de l'élément linéaire de la sphère peut s'écrire 
ds = }'(du° + dv°). | 


Ainsi la recherche des congruences isotropes est ramenée à celle des 
réseaux isométriques sphériques. 

Soit tracé, sur une sphère, un réseau isométrique arbitraire, que sur 
les tangentes aux courbes de l’une des familles on porte, à partir des 
points de contact, des segments égaux aux valeurs de } en ces points; que, 
par les extrémités des segments, on mène des droites parallèles aux 
normales de la sphère, ces droites engendreront une congruence isotrope. 

Le problème de l'intégration des réseaux isométriques sphériques a été 
résolu par M. Liouville ; on devra donc, de toute façon, trouver l'intégrale 
générale explicite des congruences isotropes ou des élassoïdes. 


$ 28. 


Pour une congruence 1sotrope le paramètre de distribution est fonction 
de droite, et toutes les lignes de striction sont situées sur une surface 


unique. 


Mais revenons à l’équation de la surface élémentaire. Sur chacune des 
droites D, d’une surface élémentaire, existe un point central dont le lieu est 
appelé la ligne de striction de la surface élémentaire; le plan tangent à la 
surface au point central, dit le plan central, est perpendiculaire au plan 
langent à l'infini. Enfin, il y a lieu de considérer ce que M. Chasles a défini 
Paramètre de distribution; par abréviation nous le nommerons paramètre. 
On sait qu'en un point de la droite, distant de x du point central, le plan 
langent fait, avec le plan central, un angle « défini par l'équation 


x —=p.igo, 
où p représente la valeur du paramètre. 
Tous XLIV. | è 


34 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


L'équation de la surface élémentaire doit s'écrire 


= d) 
. du( Nr +74 
al 
— LEE U RES 


Le plan tangent à l'infini s'obtient en faisant L infini, on a donc: 


5 __ du 
Ee—y 


et le plan central lui étant perpendiculaire, on doit avoir pour le déterminer 


et si l’on introduit tg6, ainsi que p, dans l'équation de la surface élémen- 


taire, on trouve 
da _tgo— 180. 


PTT de 1 + ge. ge. 


On voit donc que le paramètre a pour valeur 
d} 
PT) 

mais un fait capital résulte de cette analyse : 

1° Pour toutes les surfaces élémentaires possibles, contenant une droite D, 
le paramètre est le méme. 

2° Le lieu des lignes de striction de toutes les surfaces élémentaires est 
une surface. | 

Il est clair que la position du point central et la valeur du paramètre 
étant invariantes sur chaque droite D, sont liées aux éléments focaux. 

Cherchons l’équation des foyers, elle se réduit ici à | 


CCS 


OU SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 35 


On voit donc qu'il y a lieu d’énoncer les propriétés suivantes : 
Etant donnée une congruence isotrope, 


1° Toutes les lignes de striction des surfaces élémentaires sont situées sur 
la surface moyenne de la congruence (voir $ 2). 
2° Sur chaque droite de la congruence le demi-segment focal est égal au 


produit, par V — 1, du paramètre de toutes les surfaces élémentaires con- 
tenant la droite. 


$ 29. 


Valeur du paramètre d'une congruence isotrope en fonction 
du segment focal. 


Il importe de mettre hors de doute que si, inversement, on trouve une 
congruence où les lignes de striction de toutes les surfaces élémentaires pos- 
sibles soient siluées sur une surface, cette congruence est isotrope. 

L'équation (L), se rapportant à une congruence arbitraire, montre que la 
condition précitée sera réalisée si l'équation en b afférente au point central, 
est indépendante de dv et du. 

Cette équation s'obtient, comme tout à l'heure, en écrivant 


gdv dv 
fdu df ( dg 
Nue Re + 


Pour qu’elle soit identique en du et dv : 


df dE 
fdu Édv 
= 
gdu  Édu 
dE 


36 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Les deux premières équations caractérisent la congruence isotrope, 
comme nous l'avons montré au $ 27. 

L'invariabilité du paramètre nécessile aussi que la congruence soit 
isotrope. 


$ 30. 


Diagramme d'une congruence isotrope imaginé par M. Mannheim. 


Il n'est pas inutile de rapprocher ce qui précède d’un élégant diagramme 
imaginé par M. Mannheim, pour représenter le déplacement du point central 
et la variation du paramètre de distribution sur une droite D d'une con- 
gruence, lorsqu'on envisage toutes les surfaces élémentaires contenant la 
droite (voir Journal de Liouville, 2° série, t. XVIL, 1872, page 123). 

M. Mannheim énonce ainsi la propriété : 


« Si dans un plan passant par un rayon d’un pinceau on porte, sur des 
perpendiculaires à ce rayon élevées des points centraux des sur faces élémen- 
laires et à partir de ces points, des longueurs égales aux paramètres de 
distribution de ces surfaces, les extrémités des longueurs ainsi portées sont 
sur une circonférence CG passant par les foyers du rayon. » 


Chaque droite d’une congruence comporte ainsi un diagramme particulier. 
Dans l'espèce qui nous occupé, la projection du cercle-diagramme sur la 
droite D doit être nulle; par conséquent le cercle se réduit à un point, et 
l'on voit immédiatement que la distance de ce point à la droite D est la 
valeur invariante du paramètre. 

Nous abandonnerons pour un moment la voie qui s'ouvre pour l'étude des 
élassoïdes dans la considération des réseaux sphériques isométriques. Il 
importe avant tout de préciser la connexité des problèmes de recherche d'un 
élassoïde et d’une congruence isotrope. 


CHAPITRE V. 


CONGRUENCES ISOTROPES DONNANT LIEU AU MÊME ÉLASSOIDE. 


a 


8 31. 


Mise en équation du problème de la recherche de toutes les congruences 
isotropes donnant lieu au méme élassoïde moyen. 


Nous avons montré que l’enveloppée moyenne d’une congruence iso- 
trope est un élassoïde. Inversement, étant donné un élassoïde, comment 
trouver les congruences isotropes génératrices? Tel sera le problème 
dont ce chapitre donnera la solution. 

Prenons pour surface de référerrce l’élassoïde donné, et choisissons 
pour réseau (u, v) celui des lignes asymptotiques, qui est rectangulaire. Les 
équations de Codazzi (3) simplifiées par la disparition de P et de Q, qui sont 
nuls, deviennent : 


dD _dg 

—_+92—D—0, 
ere EL 

dD df 

— +2—D—0 

dv dv 


d 2) a sf 
Ps le sn 
[gp — du Fe T d gdv/° 
Les deux premières entrainent 


Dj = V, 
| Df° = U, 


où U et V sont des fonctions arbitraires de # et v, mais le carré de l’élé- 
ment linéaire étant de la forme 


Udu®  Vdv! 


3 — 
ds". D + D 


58 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 
on peut toujours particulariser les variables w el v de telle façon que 
U et V soieut égales à l'unité. Alors 
f=g= Di 
et la troisième équation do Codeni devient 


d'logD  d'logD 
2) + ——— =(, 
Hs du’ " dv? 


Ceci posé si £ et x sont les coordonnées instantanées d’une droite D de la 
congruence, l'équation de la surface élémentaire sera, comme d'habitude : 


do g + À + a e]+ dun À € — joe] 


dE PAC: + af — gnx | | 


gdv dv /fd 
Posant : 
os, 49 6, 
+ ju dE gdv ”” 
dy df, .Nn, _dE  dg 
à de, dv  flu”” 


on trouve, pour l'équation des plans principaux : 
— g°0.gDM + g0(gDN — fDN') + fD.M=0; 
pour l’équation des ordonnées des foyers : 
— € [gD° + £(/DN’ + gDN) + MM’ — NN’ = 0. 
Écrivant que la congruence est isotrope, on obtient : 


gN — fN'=0, 
fM + gM= 0. 


Si la surface de référence est l'enveloppée moyenne, dans l'équation en &, 
le terme du premier degré disparait; par conséquent 


[N' + gN=0. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 39 


En outre, les foyers seront déterminés par l'équation 
EV—1.t4fgD=/fM = — gM'; 


el cette double relation, jointe à la suivante, 


N—N'—0 
régit tout le problème. 
Mais, d'après ce qui a été établi au $ 28, si p désigne le paramètre 
de la droite D, on a en valeur absolue, 


6—=+4 — 4 p, 


par conséquent les équations du problème se réduisent au système 


N—N'—0, 
pD "À. 
J 


qui, développé, après substitution, devient : 


d£  df E  dg 
su Dp = ÉNERP 
/ Ge 2 . dv fdu’ L 
dy d y df 
+ LE gDp— 0, rh 
TT * fd D a EL du  gdv 


$ 32. 


Réduction des équations à un système canonique. 


vole dE : d'y 
Egalant les deux valeurs de das puis de =, en tenant compte des 


Valeurs de f et g en D, on trouve 


+ dp 
£—=D Fu 


40 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


puis, substituant ces valeurs dans les équations du problème, on obtient le 
nouveau système. 


d 
——— —° — — Dp — , . . . . (40) 


d'p dD  dp dD  dp 
dudu 2Ddu dv dv du 


Nous dirons que le problème est rendu canonique, en ce sens que les 
inconnues ë et » sont données explicitement en fonction des paramètres p el 
D et de leurs dérivées. 

Pour résoudre cet ensemble d'équations (10) complété par l'équation de 
Codazzi en D, non identique, nous poserons 


u+V—1.v— 7x, 

u — V1. = ÿ; 
x et y étant les coordonnées symétriques imaginaires habituelles. Le groupe 
se transforme ainsi : | 


+ . (t1) 


$ 33. 
Intégration des équations. 


La première équation a été intégrée par M. Liouville (Notes. — Appli- 
cation de l'analyse à la géométrie); elle donne : 
D 2X'Y 
2. (X + Y} 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 41 


X et Y désignant deux fonctions arbitraires, l’une de x l’autre de y, X' et Y’ 
désignant les dérivées de ces quantités par rapport à æ et y. 

La seconde équation a été intégrée par M. Moutard, dans un très- 
beau mémoire publié dans le XLVe cahier du Journal de l'École polytech- 
nique (page 5). 

X,, Y, désignant deux nouvelles fonctions arbitraires, la valeur la plus 
générale de p est : 


Il s'agit maintenant de déterminer X et Y de telle façon, que les 
deux dernières équations du groupe (10) soient vérifiées. Effectuant la sub- 
slitution, on obtient les deux équations définitives 


ee)" ) î 
TK XX) 


CDR 
y) y) T7 


qui, dans tous les cas, sont ramenées aux quadratures. 


En somme, le carré de l'élément linéaire d’un élassoïde étant mis sous la 
forme 


OO] Wie» 


dS' = D{(du* + dv*) = D!.dx. dy, 


les coordonnées instantanées d’une droite de congruence isotrope satisfai- 
sante auront pour valeurs 


dp . dp 
= Di, = — Ds —, 
6 du . dv 
où 
D 
(X + Y} 
X, Y, 2(X, + Y:) 
En PRO ne PSE LE 42 
x “Y X+Y (12) 
avec 


d 

X=— fax fax fax +ix ee, 
e e 2X 

° dy ’ , ’ 

M=— fav fav [araveuree, 


Tous XLIV. 7 


42 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


où a, b, c, a/, b', c', sont six constantes arbitraires introduites par les inté- 
grations successives. 

Il résulte de cette analyse qu'un élassoïde donné est l'enveloppée moyenne 
d'une infinité de congruences isotropes. 


$ 34. 


Construction géométrique de toutes les congruences isotropes satisfaisantes 


\ 


à l'aide de l'une d'entre elles. 


Nous terminerons ce chapitre en montrant comment on peut déduire, 
d'une congruence isotrope donnée, par une construction géométrique, toutes 
les congruences isotropes satisfaisantes. La liaison de cette infinité de 
congruences est définie analytiquement par les équations (12); mais la loi 
géométrique fort remarquable qui la régit, ne saurait s'en déduire aisément. 
On y parvient, au contraire, sans difficulté en remontant aux équations (10). 

Supposons que p, et p, soient deux valeurs de p satisfaisantes, c’est-à- 
dire donnant lieu à deux congruences isotropes admettant pour enveloppée 
moyenne la surface de référence. £&,, m, &, », étant les coordonnées 
instantanées des droites D,, D, correspondantes, nous aurons 


du du du” 
à 
D-$ (es 7 4 dr 
RE 


en désignant par r la différence p, —p,; chacune de ces quantités p, et p, 
vérifiant les équations (10), r vérifiera le groupe que voici : 


d'r dD dx» dD dr 
D ie = —; .— + Dr —0, 
du?  2Ddu du  2Ddv dv 


D on on “'. je. ce x = . (14) 


d'> dD dr dD dr 
dudo  2Ddu dv  2Ddv du 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 43 


Ceci posé, svient £&, », & les coordonnées instantanées d’un point O’ d'un 
élassoïide identique à l’élassoïde de référence, et transporté parallèlement 
à lui-même dans l’espace. Il est clair que le segment O0! est constant en 
grandeur et en direction; par conséquent, on doit avoir, quels que soient 
du et dv : 

AXO' = fdu, 
AYO’ = gdv, 
AZO' — 0. 


Il faut, par conséquent, que les équations (1) donnent : 


dé  dg 
— — — y — qUt = 
dv fdu ” PR 
dy  df 

ARUe DX — 
du  gdv So Res 


de de 
— = — DE = 0. 
rar Lu a LL 0 
Tenant compte des valeurs de f et de g en fonction de D, le groupe pré- 


cédent se ramène au groupe canonique que voici : 


. dé 
= — Ds —- : 
6 dv 
. dé 
= — D-s: —— 
# An 3 


complété par trois équations ne différant, de celles du groupe (14), que par 
le changement de x en &. 
Les deux problèmes analytiques seront donc identifiés en posant 


Ê— 4 — 1, 
4 — — (£s — 1), 


= T7 


44 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


De là résulte cette transformation géométrique des congruences isotropes 
satisfaisantes : 


Soit D une droite d'une congruence isotrope (D) : transportons-la dans 
l'espace, parallèlement à elle-même, suivant une direction toujours la même, 
el d'une quantité constante, nous obtiendrons ainsi une nouvelle congruence 
(D') superposable à (D). Que l'on fasse tourner chaque droite D' de à autour 
de la droite D correspondante, on engendrera une nouvelle congruence 
(D’'). Cette nouvelle congruence (D'') sera isotrope, elle sera satisfaisante 
comme (D). 


La transformation précédente donne, de la façon la plus générale, avec 
trois constantes arbitraires distinctes, toutes les congruences isotropes satis- 
faisantes dérivées de l’une d’entre elles. Les six constantes du groupe (12) 
ne sont donc pas distinctes. 

En définitive, adoptant une notation très-expressive qui est admise 
aujourd'hui, nous dirons : 


Il existe 5 congruences isotropes distinctes admettant le méme élassoïde 
pour enveloppée moyenne. Elles se déduisent de l’une d'entre elles par 
un procédé cinématique; à un moment déterminé, lous les paramètres de 
ces congruences diffèrent entre eux des mèmes quantités que les distances 


de tous les points fixes de l'espace au plan moyen commun. 


CHAPITRE VI. 


GÉNÉRATION D'UNE CONGRUENCE ISOTROPE ET DE SON ENVELOPPÉE MOYENNE ÉLASSOÏDE. 


Nous avons ramené la recherche des élassoïdes à celle des congruences 
isotropes ; il est vrai que celte seconde recherche conduit à considérer comme 
différentes des congruences donnant lieu au même élassoïde, mais, à l'inverse, 
une congruence considérée donne également naissance à une infinité d’élas- 
soïdes. Pour le moment, il importe d'observer que la recherche des 
élassoïides algébriques est ramenée à celle d'autant de surfaces réglées 
algébriques. 


6 35. 


Une congruence isotrope est définie par une surface élémentaire. 


Il est facile de voir qu'une surface gauche, réglée, considérée comme 
surface élémentaire d’une congruence isotrope, détermine entièrement cetle 
congruence. 

Que l'on considère en effet tous les plans isotropes menés par les géné- 
ratrices de la surface réglée, ces plans auront pour enveloppes deux déve- 
loppables isotropes; car, par chaque génératrice on pourra, en général, 
mencr deux plans isotropes. Ces deux développables peuvent être considérées 
comme les focales d’une congruence isotrope dont la surface réglée origi- 
nelle sera surface élémentaire. 

Les opérations que nous venons de relater sont toutes algébriques; on est 


46 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


donc en droit de conclure que l’enveloppée moyenne de la congruence sera 
algébrique si la surface gauche originelle est algébrique. 

Mais avant de poursuivre, dans la voie qui s'ouvre ainsi, la solution du 
problème mis au concours par l'Académie, nous devons préciser les relations 
de l'enveloppée moyenne élassoïde (que pour abréger nous appellerons 
dorénavant l’élassoïde moyen) avec la congruence isotrope génératrice. 

En outre, les congruences isotropes conduisant à une construction tan- 
gentielle des élassoïdes, il conviendra d'en déduire une génération ponctuelle. 
Telles seront les questions dont nous traiterons dans ce chapitre. 


$ 36. 


Calcul des éléments de l'élassoïide moyen quand on se donne 
une seule surface élémentaire. 


Étant donnée une surface réglée élémentaire (d), si par chacun des points 
centraux on élève des plans perpendiculaires aux génératrices, ces plans 
envelopperont une surface développable circonscrite à l’élassoïde moyen; il 
faut tout d'abord déterminer quelle sera la courbe de contact de la dévelop- 
pable et de l'élassoïde. 

Considérons un point M pris arbitrairement sur chacune des droites D de 
la congruence et voyons ce que deviennent les formules (4) lorsqu'on prend 
pour surface de référence l’élassoïde moyen, dans les conditions spécifiées 
au chapitre précédent. On a pour les coordonnées instantanées £ et » 


dp , dp 
= He — ) = — 1): —: 
ne du” ” dv’ 
& est arbitraire. 
Si l’on tient compte des relations 
[= g = D-3, 


P—Q=0, 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 47 


les formules (4) deviennent 


dp  dD dp  dD , | dp dD dp  dD dp 
ms du DS + 2 + — - d (Re FT EE | 
re T du? 2Ddu du Ÿ 2Ddv du) * dudu 2Dduvdu 2Ddu dv ‘}o 


4{ dp dD dp dD dp d’p  dD dp dD dp 
== sl ———— Ter —— D Ds TA PE. pres À 
EL un dudv bi 2Ddu dv Ag 2Ddv du ue : da 2Ddv dv + 2Dau &) 
dé dr) É dE) 


Mais, si l'on tient compte des équations (10), il vient 


AX = — Di(pdu + tdv), 


AY = D'(pdv — tdu), us 


az = du (SP) + dv 
171 


En particulier s’il s’agit du point central M on a : 


AXy = — Dipdu, 


AYu = Dipdv, 


ÂZy = — du + do. 

Lorsqu'on isolera, dans la congruence, une surface élémentaire, on 
suivra sur l’élassoïde un certain chemin caractérisé par les accroissements 
du, du des paramètres, et ce chemin sera précisément la courbe de contact 
cherchée. 

Pour déterminer le point de contact O, alors qu’on ne dispose que de la 
surface élémentaire (d), il faudra connaître, dans le plan central, deux droites 
s'y rencontrant. 

Deux plans centraux consécutifs se couperont suivant une droite passant 
en O, direction conjuguée sur l'élassoïde, de la tangente à la courbe de 
contact cherchée. On peut considérer cette caractéristique du plan central 
comme connue, car elle résulte directement des éléments de la surface élé- 
mentaire ; ce sera une droite satisfaisante. 


48 _ ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Cherchons à déterminer la droite OM. Le plan passant par la droite D et 
par OM sera tangent à la surface élémentaire en un point défini par la hau- 
teur &'; mais, dans l’espèce, l'équation donnant la variation des plans tan- 
gents le long de D devient [en désignant par 8 l'angle du plan tangent au 
point (£rt) avec le plan ZOX] 


AY pdv — du 
AX  pdu + dv 


tg0 — 


nous exprimerons que ce plan passe par O en écrivant 


dp 

a + 
dp pdu + £'dv 
du 


Conséquemment 
(4 dp | = (Je dp À 
c(LPdu+ do = p a ; 
mais le groupe (16) montre que cette équation peut s’écrire 


&'Ap == P . Zu. 


D'un autre côté, puisque M est le point central, si w désigne l'angle du 
plan NMO avec le plan central, tangent en M à la surface élémentaire : 


b = pig, 
on a donc, en somme 
Au 
RE A ET NE a Te rien) 


Ap est l'accroissement du paramètre de distribution quand on passe de la 
génératrice D à la génératrice infiniment voisine; AZ, n’est autre chose que 
la projection de l'arc infiniment petit de la ligne de striction sur la généra- 
trice D. On voit donc que le plan OMN est entiérement défini à l’aide des 
éléments de la surface élémentaire. 


OS Un me map mm 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 49 


$ 37, 


Construction des éléments de l'élassoïde moyen à l'aide de ceux 
d'une surface élémentaire. 


Si le calcul qui précède est utile (surtout lorsque l’on particularise la 
surface élémentaire), il ne conduit pas à une construction purement géomé- 
trique du point de contact. Pour l'obtenir, portons, de part el d'autre du 
point central, sur la génératrice D, un segment égal à p; les extrémités de 
ces segments seront situées sur deux courbes (p) et (p') que l'on peut sup- 
poser tracées sur la surface élémentaire (d). Cherchons à déterminer les 
équations des plans normaux à ces courbes, aux points P et P/, situés sur D. 
On a pour le point P, par exemple, situé au-dessus du plan XOY 


AX,=— — Dip(du + dv), 
AY, = Dip(dv — du), 


Mais lL’équation du plan normal étant 
| (X — E)AX, + (Y — »)AY, + (Z — AZ, —0, 
devient, après substitution, 
4 4 ; dp dp 
— XDs(du + dv) + YDs(dv — du) + 2] (au + dv) + Pr — du) | = 0. 


Pour obtenir l'équation du plan normal en P”, il faudrait opérer semblable- 
ment sur les valeurs de AXP'’, etc., on trouve 


« ‘ d 
XDs(dv — du) + ADE(E + dv) + a ue — du) — (du + d)|= 0. 


On voit 4° que les deux plans normaux, aux courbes (P) el (P'), passent 
PAT Le point de contact O. 
Que ces plans normaux coupent le plan moyen suivant deux droites 
'langulaires inclinées à 43° sur la caractéristique. 
TouE XLIV. 8 


50 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 38. 


L'élassoïde moyen est le lieu des milieux des cordes rencontrant les arêtes 
de rebroussement des développables focules de la congruence isotrope. 


. On pourra, de la sorte, connaissant une surface élémentaire de la con- 
gruence, déterminer le contour suivant lequel les plans moyens touchent 


l’élassoïde ; mais il est nécessaire de trouver une construction ponctuelle, 


dépendant des développables isotropes, focales de la congruence, afin 
d'obtenir une détermination indépendante des surfaces élémentaires prises 
isolément. À cet effet, il convient de rechercher les génératrices des déve- 
loppables isotropes qui rencontrent la droite D, et, sur ces génératrices, les 
points appartenant aux arêtes de rebroussement. 

Les développables isotropes sont, en somme, les enveloppes des plans 
isotropes passant par D, plans dont les équations peuvent s’écrire 


(Y — ») EX — AV T1 =0, 
ou, si l’on veut : 


, dp 1) — 
Y + Ds — — Di lV—1=0; . . . . ….. 
dv as du (18) 


si l’on suit la surface élémentaire (u et v croissant de du, dv) les équations 
des plans isotropes nouveaux, considérés dans la seconde position du trièdre 
OX'Y'Z', seront 

Y'— y — An (X — 6 — AEV/— 1 —0. 


Les équations (2) donnent (et nous entrons dans le détail de ces calculs, 
courants en périmorphie, parce que c’est la première fois que nous y avons 
recours dans ce mémoire) 
‘ D dD 
X'= — Dridu + X { —— du — —— à | ZDidv, 
MARNE ou doi dv 
dD dD | 
ee ; 
CTP TE ) + Y + ZDsdu, 


L'= — XDi dv — YD$ du + Z. 


(19) 


Y'=— Did + x (+ 


mn ns a ee PE me 


es, man eqerqn 
rs 


si em 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 1 


On en déduit sans difficulté [en tenant compte de (18)] pour les équations 
des caractéristiques des plans isotropes 


ZEpl— 1 —0. 


C'est là une simple vérification, car on savait que ces caractéristiques passent 
par les foyers situés sur D, lesquels sont précisément déterininés par l'équa- 
tion précédente en Z; quant à l’orthogonalité des génératrices des dévelop- 
pables isotropes et de la droite D qui les rencontre, elle résultait du lemme 
suivant, élabli par Poncelel. 


Dans un plan, si deux droites OA, OB sont rectangulaires, elles ren- 
contrent la droite de l'infini en deux points À et B harmoniques conjugués 
par rapport aux ombilics 1 et J. 


Lorsque le plan considéré est isotrope, toute droite OB qu'il contient est 
orthogonale aux droites isotropes; en effet, dans ce cas, les points I et J 
coïncident avec le point A. C'est pourquoi nous pouvons dire que, dans un 
plura esolrope, loute droite du plan est orthugonale à lu direction isotrope 
unigree de ce plan. 

Ce ci posé, cherchons, sur les génératrices des développables isotropes, les 
points appartenant aux arêtes de rebroussement. Rappelons tout d’abord que, 
si des plans passent par les diverses génératrices d’une surface gauche, la 
Cara C£éristique d'un plan rencontre la génératrice contenue dans le plan, 
AU Z2O2nt où celui-ci louche la surface réglée. Dans le cas où la surface est 
développable, le point de rencontre appartient à l’arête de rebroussement. 

Dans le cas qui nous occupe, les plans 


°n des caractéristiques contenues dans les plans 


| L'= +(p + Ap}V/—1, 
U d’après (19) 


___jd do .\, 
Xdv + Ydu+V=1i (du dv } D-i —0, 
du dv 


52 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


soit en éliminant le symbole + — 1 


Xdv + Ydu + 20°: (2 du + D do) = 0. 
pp \du dv 


Comme les points cherchés sont les mêmes, quels que soient du et dv, on 
voit qu’ils sont déterminés par les équations 


x+2D-t P y 2D-#- 0, 
pdv d 


pau 

Ainsi les points de contact, avec les arêtes de rebroussement des généra- 
trices des développables rencontrant D, sont silués sur une droite passant 
par le point de contact O. D'un autre côté, comme les deux génératrices sont 
situées dans des plans parallèles au plan moyen, on voit que : 


L'élassoïde moyen est le lieu des milieux des cordes rencontrant les arêtes 
de rebroussement des deux développables isotropes focales de la congruence. 


Nous retrouvons ainsi la construction ponctuelle des élassoïdes, établie 
synthétiquement au $ 14. 
En fait, constatant que les plans représentés par 


Z=+p—1 


enveloppent des courbes de longueur nulle, et non des surfaces, nous avions 
trouvé la génération ponctuelle des élassoïdes que M. Sophus Lie a publiée 
avant nous. 
Nous aurons l’occasion, plus loin, de vérifier que les arêtes de rebrous- 
sement des développables isotropes sont bien des lignes de longueur nulle. 
Pour le moment, voyons à déduire des conséquences des résultats établis 
dans ce chapitre. 


CHAPITRE VII. 


CONSÉQUENCES RELATIVES À UN ÉLASSOÏDE CONSIDÉRÉ ISOLÉMENT. 


$ 99. 


Construction de tous les couples de lignes isotropes donnant lieu uu méme 
élassoïde moyen. (Elles sont toutes identiques.) 


Puisqu'il y a une œ° de congruences isotropes admettant le même élas- 
soïde moyen ($ 34), il y a œ° manières de considérer l’élassoïde comme 
lieu des milieux des cordes joignant les points de deux lignes isotropes. 
Comme celles-ci sont toujours semblables aux lignes de longueur nulle 
tracées sur l’élassoïde, les arêtes de rebroussement des focales de congruences 
isolropes satisfaisantes forment des couples ou semblables ou identiques. I 
est facile de trancher la question : 

Soient (A) et (B) deux lignes isotropes satisfaisantes ; transportons (A) de 

roïte à gauche, dans l’espace, d'une quantité Aa, suivant une direction arbi- 
traire; de même transportons (B) de gauche à droite parallélement à Aa et 
d'une quantité Bb — Aa, manifestement les licux des milieux des cordes 
telles que AB ou ab sont les mêmes. 

Si donc on fait subir cette transformation (comportant frois constantes 
arbitraires) à un couple satisfaisant de lignes isotropes, on obtiendra le couple 
Salisfaisant le plus général. 

Vérifions cette conséquence par les procédés de périmorphie : des calculs 


4 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


du $ 38, il résulte que les coordonnées instantanées des points À et B sont 
nm.-DHPVET, =D c. VTT, 
dv 
«dp,, — 
= -,d EE — s—= D”: EU ; 
Ma D du Py = |, p D du ] 
E,—=pV —1, Um —=—-pV— 1. 


Mais d’après les calculs du $ 34, x désignant la projection du segment 
Aa sur OZ, les coordonnées du point a sont : 


d dr 
ne LEVZT + =) 


Ma = — D-: dE 1 4 + =) , 
du 


EL —= pV—1 + TT. 
D'ailleurs x satisfait aux équations (14). Posons 
r=V—4(p —p) 
Les coordonnées du point a deviennent 
E = — D-t dp V1, 
dv 


M = — p-# PT, 
du 
L=pmV—1 


et par la façon même dont le groupe (14) a été obtenu, on voit que p, doit 
vérifier le groupe (10). Or ce dernier régit précisément le paramètre le plus 
général des congruences isotropes satisfaisantes ; les coordonnées du point a, 
exprimées en fonction de p,, sont de même forme que les coordonnées du 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 55 


point À exprimées en fonction de p. On peut donc conclure que la transfor- 
mation indiquée ci-dessus est la plus générale. 

La vérification précédente permet de remarquer que si les droites d’une 
congruence isotrope (D) sont réelles, pour obtenir une nouvelle congruence 
isotrope (D') réelle (dont par conséquent le paramètre soit réel), le segment 
constant Aa doit être imaginaire, le segment Bb est aloïs imaginaire conjugué. 

Ces considérations accroissent l'intérêt de la transformation réelle trouvée 
au $ 34 et qui permet de passer d'une congruence isotrope réelle à Loutes les 
congruences Isotropes réelles satisfaisantes. 

Il convient, maintenant, de particulariser les surfaces élémentaires des 
congruences isotropes, afin d'établir diverses propriétés des élassoïdes. 


$ 40. 


L’élassoïide moyen est inscrit dans la polaire de la ligne double d’une con- 
gruence isotrope génératrice le long du lieu des centres de courbure de 
cetle ligne double. 


Un élassoïde réel est engendré ponctuellement par le point milieu de 
wrdes réelles dont les extrémités décrivent deux lignes de longueur nulle, 
imaginaires conjuguées; les deux développables isotropes, lieux des tangentes 
àces Courbes, sont imaginaires conjuguées, elles se coupent mutuellement 
suivant des lignes doubles réelles. La congruence isotrope qui admet ces déve- 
loppables conjuguées pour focales, est réelle. Les droites de la congruence 
qui rencontrent la ligne double, devant toucher à la fois chacune des déve- 
loppables, sont les tangentes de la ligne double. Dès lors /a ligne double réelle 
el l'aréte de rebroussement d'une surface élémentaire développable. Si l'on 
‘ reporte à la formule (17), AZ étant l’arc élémentaire de la ligne double, 
Pélant nul (parce que la plus courte distance de deux génératrices consécu- 
iveS de la surface élémentaire est infiniment petite du troisième ordre et 
ie > est le quotient de cette distance par l'angle de deux génératrices con- 


“tUtives, angle infiniment pelit du premier ordre) Ap est nul et cotge 
esl Nulle. | 


56 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


- Ainsi, le plan NMO est perpendiculaire au plan tangent à la développable, 
le long de la génératrice. La droite MO est donc la normale à la ligne double 
située dans le plan osculateur. Mais ici la caractéristique du plan moyen est la | 
droite polaire, intersection des plans normaux consécutifs. En conséquence 
on peut dire que : 


Tout élassoïde est inscrit à la développable polaire de la ligne double 
réelle , intersection des deux développables isotropes qui servent à l'engen- 
drer ; la courbe de contact est le lieu des centres de courbure de la ligne 
double. | 


8 41. 


Sur un élassoïde donné on peut tracer une © de lignes lieux des centres 
de courbure de courbes doubles. 


Conséquemment, sur un élassoïde quelconque, on peut tracer une © de 
lignes, le long desquelles la surface est tangente aux développables polaires es 
de courbes gauches. 

Si l'élassoïde est algébrique, toutes les congruences isotropes qui l'en- 
gendrent sont algébriques ; donc les courbes gauches, précitées, sont égale- 
ment algébriques. Elles sont du reste, en général, de même degré; car ce 
sont les intersections de deux développables isotropes, déplacées, parallèle- 
ment à elles-mêmes, dans l’espace. | 

Inversement, si l'on prend, pour surface élémentaire d'une congruence 
isotrope, une surface développable, son arête de rebroussement sera ligne 
double (souvent partielle) du couple de développables isotropes satisfaisantes. 
Îl suffira que la développable soit algébrique pour que l'élassoïde moyen 
soit algébrique. | 

C'est le cas de particulariser encore et de considérer une développable 
réduite à un plan : l’arête de rebroussement sera une courbe (C) arbitraire 
de ce plan, la surface polaire devient un cylindre, admettant pour section 
droite la développée (D) de la courbe (C). Cette développée est une géodé- 
sique de l'élassoïde. 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 07 


8 49. 


Elassoide admettant pour géodésique une courbe plane. Vérification 
de la transformation des congruences isotropes satisfaisantes. 


On est donc en droit de dire avec Henneberg : fout élassoïde , qui admet 
pour géodésique une courbe plane, (D), sera algébrique si (D) est la déve- 
loppée d'une courbe algébrique. | 

À cette occasion, nous vérifierons la transformation réelle des congruences 
isotropes satisfaisantes, donnée au $ 34. 

Dans le cas particulier considéré, la surface élémentaire de la congruence 
est formée par les tangentes à une courbe (C) développante de la géodé- 
sique plane (D); on doit pouvoir adopter telle développante que l’on voudra 

et par conséquent la transformation précitée doit transformer les tangentes 
de Ia courbe (C) en tangentes d'une courbe parallèle. C'est ce qui a lieu en 
effet en considérant un déplacement des tangentes de (C) perpendiculaire au 
plars de cette courbe; la rotation de 90° autour des tangentes primitives 
ram &ne les secondes tangentes dans le plan de (C) et à une distance constante 
des premières; les droites transformées enveloppent donc une courbe paral- 


lèle à (C). 
S 43. 


L'élassoiïde moyen el la surface moyenne sont focales d'une même congruence. 


Si dans la formule (17) on annule Ap, col est aussi nulle ; par consé- 
UENL les droites telles que OM sont normales aux surfaces élémentaires 
‘äFACtérisées par la constance du paramètre. Remarquons, à l'inverse, que 
AZ est nu}, les droites telles que OM sont tangentes aux surfaces dons: 
aires ; mais la condition 

AZ = 0 
Tome XLIV. 9 


58 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


emporte que OM soit tangente à la ligne de striction. De ceci résulte une 
conséquence importante : 


1° Les droites joignant le point central M d'une droite D de la congruence 
isotrope, au point de contact O de l'élassoïde et du plan moyen, forment 
une congruence dont les focales sont l'élassoïde moyen et la surface moyenne. 

2° Sur la surface moyenne, les trajectoires orthogonales des courbes 
enveloppes des droites OM (arêtes de rebroussement d’une famille de déve- 
loppables principales) sont les lignes de striction des surfaces élémentaires, 
de la congruence isotrope, dont le paramètre est constant. 


Nous sommes ainsi amenés à étudier les surfaces moyennes ; le prochain 
chapitre fera connaître les singulières propriétés de ces surfaces dont la 
théoriè, si intimement liée à celle des élassoïdes, mettra définitivement en 
lumière toute l’importance des congruences isotropes. 


CHAPITRE VII. 


PROPRIÉTÉS DES SURFACES MOYENNES. 


S 44. 


La surface moyenne d'une congruence tsotrope est le lieu des nulieux de 
cordes égales entre elles dont les extrémités décrivent des surfaces appli- 


cables l’une sur l'autre. 


À un élassoïde donné correspondent autant de surfaces moyennes que de 
Congruences isotropes satisfaisantes, la transformation géométrique du $ (34) 
permet de construire toutes ces surfaces quand on connaît l’une d'entre elles 
et la congruence isotrope lui donnant naissance. 

Démontrons tout d’abord que les surfaces moyennes ont une définition 
propre indépendante des élassoïdes. Dans ce but, reprenons les formules (15) 
qui se rapportent aux Az, Ay, Az d'un point arbitraire N de la droite D et, 
par conséquent, à une surface arbitraire (N) coupant la congruence iso- 
trope (D). . 

Supposons que sur D on porte, à chaque instant, une longueur constante c ; 
l'extrémité du segment décrira une surface (C) caractérisée par le groupe 


AX=— Dé (pdu + cdv), 
AY—= Di (pdv — cdu), 


60 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


el le carré de l'élément linéaire de cette surface a pour valeur 


dS == (p° + c)(du* + dv°) + (TE dv — du) . 

Si sur les droites D, à partir de M, nous portons de haut eu bas, le 
segment c, nous obtiendrons une nouvelle surface (c) dont le carré de 
l'élément linéaire sera identique à celui de (C) puisque cette expression ne 
contient que c?. Conséquemment, les deux surfaces (C) et (C ) sont appli- 
cables l'une sur l’autre. 

On obtiendra ainsi autant de couples de surfaces applicables qu’on donnera 
de valeur au paramètre c. 


$ 45. 


Réciproque de la proposition qui précède énoncée sous forme de théorème 
de géométrie cinématique. 


Réciproquement, si les deux extrémités d’un segment constant de droite 
décrivent deux surfaces (C) et (C!) applicables l’une sur l'autre, la droite 
engendre une congruence isotrope. 

Prenons pour surface de référence la surface que touchent tous les plans 
élevés par les milieux des segments perpendiculairement aux segments 
mêmes, et pour simplifier les calculs, supposons que la droite D joignant les 
points CC’ est constamment située dans le plan des ZOX, ce qui ne parti- 
cularise que les axes (u, v). 

Les coordonnées du point C seront 

ë, O, oc, 

celles du point C’ seront 
E, O, —c. 
Le groupe (1) devient, pour le point C : 


AX, = (Pdu — gDdv) c + du (f+ … + dv ns 


AY, — (— fDdu + Qdv) c — du EE de (+ se e), 


AZ, = du (— PE + fDx) + du (— Qn + gDE). 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 61 


Pour le point C’ il faudrait changer le signe de c. Si les surfaces (C) et (C') 
sont applicables l'une sur l’autre, l'expression du d$? ne contient pas © au 
premier degré. 

Il faut donc que l'équation 


(— [Ddu + Que) | du PE + dv (9 + a )| + (Pau — gDdo)|du (r+ 5) +] 0 


soit identique, quels que soient du et dv. 
Cela entraine le groupe de conditions 


—gp(r+€)-ro(7+ Le) -oLrsrÉ 0 


fd gdv dv 
us P(r+ a 
or Plf , = 0, 
dg d£ 


mais en tenant compte des deux dernières la première peut s’écrire 


FE _ dd ,1_,. 
PO Das — rade]: 


el l’on peut mettre les trois équations de condition sous la forme simple [en 
supposant que (0) n’est pas développable] 


dé df 1 dy fu à 
Edo 9 v_& fgdu Ë fEdu 0) C0) 
D D po —_ L,: D 


D'un autre côté, si nous établissons comme d'habitude l'équation de la 


(’) Chacun des rapports (20) est encore égal au quotient du pAratetre p par 6. On sait 
qu’une conséquence de ces équations doit être l'égalité des De 7 rets. 


62 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


surface élémentaire de la congruence (D), puis celle des plans principaux, 


nous trouvons 
dë & 
: ae D 
tg°0 LE + 9D |f + du | 


+) (94 e)+ ofr+ )+ PS +oite —=0. . . (21) 


+0 TE fD (9 + PL e) 


Enfin, cherchant les équations des foyers, nous trouvons que leurs ordon- 
nées satisfont à la condition 


Z'(fgD'— PQ) 
dé df. dË 
2fp(é) se + Pg + Qf+ Q 1 + P 


pate — (fe) (9 + just) 


dg E 
A — 0. . . (22) 


Si l'équation (21) se réduit à 


tg°0 + 1 — 0, 


et si (22) est privée du terme en Z, la congruence (D) est isotrope et la 
surface de référence est son enveloppée moyenne. Cela donne trois conditions 
identiques à celles du groupe (20). La proposition est donc vérifiée. 

Conséquemment nous énoncerons cette proposition de Géométrie cinéma- 
tique (en adoptant une locution de M. Mannheim). 


Si deux points d'une droite de longueur constante décrivent deux surfaces 
applicables l’une sur l'autre : 1° celte droite engendre une congruence 
isotrope ; 2° le plan mené à égale distance des deux points et perpendicu- 
laire à la droite enveloppe un élassoïde. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 63 


S 46. 
La surface moyenne d'une congruence isotrope correspond 
par orthogonulité des éléments à la sphère. 


Ceci posé, rien n'est plus simple que de définir directement la surface 
moyenne. Soient x, y, z les coordonnées cartésiennes, rectangulaires, prises 
par rapport à des axes fixes, d'un point M de la surface moyenne ; soient, 
d'autre part, x, y, z, les coordonnées d'un point P d’une sphère de rayon c, 
point oblenu en menant par le centre de la sphère un rayon parallèle à la 
droile D de la congruence isotrope passant par M. Il est manifeste que les 
coordonnées des points C et C’ appartenant aux surfaces applicables l’une 
sur l'autre sont : 


pour C 

(+), (y+y) (+) 
pour C' 

(œ— x), (y—y, (2— 2) 


Puisque par hypothèse les surfaces (c) et (e ) sont applicables l’une sur 
l'autre, on a identiquement 


dix + x) + d(y + y) + d(z + 2) — d(x — x) + dfy — y) + d(z — 2), 


d'où résulte 
dx.dx, + dy.dy, + dz.dz, = 0. 


El par conséquent on peut dire que la surface moyenne d’une congruence 
isotrope correspond par orthogonalité des éléments à la sphère. | 

Les points correspondants sont : 1° sur une droite de la congruence, le 
point central; 2° sur la sphère, le point image de la droite. 


64 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


8 471. 


De la correspondance par orthogonalité des éléments entre deux surfaces 


dont l'une est une quadrique. 


Ainsi s’introduit dans la théorie des élassoïdes la considération importante de 
la correspondance par orthogonalité des éléments. Ce mode de correspondance 
qui va jouer un rôle capital dans nos recherches, a été imaginé par M. Moutard. 
Ce géomètre en a fait une très-belle application en donnant l'intégrale avec 
deux fonctions arbitraires et même la construction géométrique des surfaces 
correspondant aux quadriques par orthogonalité des éléments. La théorie qui 
nous occupe en dérive immédiatement puisqu'ici la quadrique se réduit à la 
sphère. Nous aurions pu déduire de l'intégrale de M. Moutard la nature des 
surfaces moyennes des congruences isotropes, mais il importait de tout établir 
directement, et les équations (20) nous serviront tout à l'heure. D'ailleurs 
les procédés de la périmorphie s'appliquent très-simplement au mode de 
correspondance de M. Moutard, ils conduisent à un théorème général, d’une 
grande simplicité, d'où découle avec évidence l'intégrale relative aux qua- 
driques, intégrale qui a été le point de départ d'importantes recherches 
géométriques ou analytiques. 

Les surfaces moyennes sont rattachées aux élassoïdes moyens par d’élé- 
gantes relations où figurent les courbures des deux surfaces; nous allons les 
établir par les procédés de périmorphie, en insistant un peu sur leur emploi 
qui est absolument général. 


$ 48. 


Tout réseau conjugué de la surface moyenne correspond à un réseau 


conjugué de l'élassoide moyen. 


Le groupe (15) donnant les projections du déplacement du point M permet 
d'écrire immédiatement l'équation-du plan tangent à la surface moyenne 


x, y 


dv so Li un le et + 506 5 1129) 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 65 


Cherchons à déterminer la caractéristique du plan tangent à la surface 


moyenne. Le plan tangent au point M’ a pour équation, dans le second 
trièdre, 


, (dp 4 É se) ! : 
A PES - gi PE — | — (lt n- .D'r2Z. 
À Ce + + Y EP (D? p + A.D'h,Z 
Les équations (19) permettent d'écrire pour la caractéristique 
d'p dD : dD dp | 
Rs Lis Ce L + ppla 
ù (Fe 2Ddv du)" * \de  2Ddu du * V]" 


d’ : dD d 
+x|( _ LES Dp}du + cer Pa | = (0. 


du?” 2Ddv dv dudv  2Ddu dv 
{ d D :/d d 
— P Ds = du + Li de) _— =i(# du + "P de) 
Ve) du dv dv 


du 


Éliminant les dérivées secondes de p au moyen des équations du 
groupe (10), on trouve : 


dD dp ê dp | 
x] 5 DD 


dD dp | dD dp,. 
0 — sel Id = TE . + … (24 
” É du Le 9Ddv du de | (24) 
p __:/dD dD _4 (2 dp | 
a | Das — sd — d 
D (TE du + D de D Mr v 


Soient du', du’ les accroissements qu'il faut donner aux paramètres u et v 
Pour que le point M se déplace précisément suivant la caractéristique du 
Chemin correspondant à du, dv, on obtiendra l'équation qui lie du/, dv' à du, 
dv en remplaçant X, Y, Z dans la relation (24) privée de termes constants 
par AX, AY, AZ. Ce sera, si l'on veut, l'équation des directions conjuguées de 
la surface moyenne. 

Les AX, AY, AZ sont donnés par le groupe (16) où du et du sont rem- 

placés par du! et dv’. On trouve après substitution et réduction 


2D(du'dv + dv'du) = 0. 
Tome XLIV. | 10 


66 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Mais il est facile de voir que cette équation n’est autre que celle de direc- 
lions conjuguées tracées sur l'élassoïde, car la caractéristique du plan moyen 
est délerminée par 

4 = Xdv + Ydu —0, 


el comme ici 
AX— Didu, AY— DT td’, 


remplaçant x et y par AX et AY, on trouve en définitive pour l'équation des 
directions conjuguées 


du'dv + du'du=0. . . . . . . . . . . (25) 


Cette analyse établit donc un fait digne de remarque, savoir que, sur la 
surface moyenne ioul réseau conjugué correspond à un réseau conjugué 
tracé sur l'élassoïde moyen. En particulier, les lignes asymptotiques d’une 
surface moyenne correspondent aux lignes asymptotiques de l'élassoïde 
puisqu'une famille d'asymptotiques représente un réseau conjugué dont les 
courbes des deux familles coïncident. 

Le fait est d'autant plus remarquable qu'il y a une 5 de surfaces 
moyennes correspondant à un même élassoïde. 


8 49. 


Sur la surface moyenne et l'élassoïide moyen les lignes asymptotiques 
se correspondent. 


Nous verrons tout à l'heure que l'intégration des lignes asympto- 
tiques d’un élassoïde ne dépend jamais que de quadratures ; on peut donc 
dire que l'intégration des asymplotiques des surfaces correspondant par 
orthogonalité des éléments à la sphère, est toujours ramence aux quu- 
dratures. 

On peut encore conclure pour la projection de la direction conjuguée de 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 67 


l'élément de la surface moyenne correspondant à du, dv (projection effectuée 
sur le plan moyen) 


_: {dp dp 
Xdv — Ydu = DT? du + —- dv 
du de 


Celle équation montre que : si Oo’, Oo’ sont deux directions conjuguées de 
l'élassoïde, si Mm', Mn! sont les projections sur le plan moven des direc- 
tions conjuguées correspondantes de la surface moyenne Oo! et Mn’ sont 
parallèles, Oo!’ et Mn le sont aussi. 


$ 950. 


Calcul des rayons de courbure principaux de la surface moyenne. 


La simplicité des résultats précédents tient à ce qu'on peut, dans les 
calculs, éliminer les différentielles secondes de p chaque fois qu’elles ‘se 
présentent en tenant compte des équations (40). Il en sera de même pour 
lout ce qui lient au second ordre. En particulier il doit exister deux relations 
simples pour déterminer les courbures principales des surfaces moyennes; 
leur recherche nous donnera l'occasion d'appliquer l’une des règles les plus 
utiles de la périmorphie, et de constater une analogie bien remarquable. 

Soit en général (S) une surface, portons sur ces normales une longueur 
Constante {, l'extrémité du segment décrit une surface (5) parallèle à (S); 
soient d(S) et d(Z) les éléments d’aires correspondants des deux surfaces, 
R, et R, désignant les rayons de courbure principaux moyens de l'élément 
d(S); on à, d’après un théorème de Gauss, rappelé au $ (7) : 


(R, + PRe+ 0). 
= S\: 
d(Z) RR, d( 1 


par conséquent 


d(>) [' ( 4 
— = | + + l 
d(S) RR, 


68 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Le rapport ne peut s’annuler que si / égale l’un des rayons de courbure 
principaux; mais ce fait se présentera seulement si d(>) est nul; et cela 
nécessite que les projections de l'élément d’aire d(z) sur les trois plans coor- 
donnés soient nulles. En général, si l'une de ces projections est nulle, les 
deux autres le sont, ct, par conséquent, d(>) s'annule. Il n’y a d'exception 
que dans le cas où la normale à (S) serait parallèle à l’un des plans coor- 
donnés. : 

En périmorphie, on porte, sur les normales à la surface (S), une longueur 
l constante, on calcule, comme d'habitude, les AX, AY, AZ de lextrémité; il 
est visible que la projection de l'élément d(3), sur le plan instantané XOY, 
est proportionnelle à 


AY,.AX, — AY, AX.. 


(En désignant par AX,, AY, les valeurs de AX, AY lorsque u varie seul.) 
Écrivant que l'expression ci-dessus est nulle, on obtiendra une équation du 
second degré en {, qui détermine les rayons de courbure principaux. 

Désignant par > le cosinus de l’angle que fait la normale à la surface 
moyenne avec OZ, on déduit de (23) 


RE) 
eV P 7 D L \du di de) J 


Les coordonnées instantanées du point de la surface parallèle à (M) et 
distante de ! de cette surface, sont 


ë= b 
E —! Ep L dp Ds 
du  pdv | 
' Î , 
#== D: Ph Eh 
dr pdt 


On trouve à l'aide des formules (4) : 


AXu ly È dp dp dy ‘e 
hr ere 
D du P 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 69 


que nous éerirons 


= — f)p + be. — | fe): 
D du pdv du 9 
de même 
AXv y dp (2) 
—idv  P do dv vl |” 
également 
Y by dpd | 
Se: nee — log GI 
D-sdu D? du du Y 
el, enfin, 
D <dv p du dv 4 


ou en conclut, pour l'équation des rayons de courbure principaux, comme il 


a élé dit : 
l'y? Ip d d 
ia ES E ee log (e) — dp ee log (e) 
p dv dv Y du du vl 

dp d (e) dp d (e 
— D se, | LH SRE EE _ 1,2 
cé É du °8 Y du dv ‘8 à M: 


Comme on trouve 


- — 10g — = — — 
du 8 y ; j LE ce) 1 
+ — Es ee 
P D'I \du dv 


el 
dp 
— log — a 0) 
dv | | /dp\' : 
dé P'+ = (e) + (Se) 
D | \du do}. 
il vient, en définitive, 
, D'p* 
l* A = 


70 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Nous en déduirons, en désignant par L, et L, les deux rayons de courbure 
principaux de la surface moyenne 


2 
L, + Mr Der et dé qu JE (Jere dé: 1æ à  _ (26) 
avec 
D°. p° 
O0 
à 
$ 51. 


Relation entre les courbures de lu surface moyenne et de l'élassoïde moyen. 


Laissons de côté provisoirement l'équation (26) et ne nous occupons 
que de (27). 

Si R, et R, sout les rayons de courbure principaux de Pélassoïde, égaux 
d'ailleurs en valeur absolue, on a 


VTRR 


Désignons par V l'angle des normales à la surface moyenne (M) et à 
l'élassoïde moyen (0); on a 


d'un autre côté 


Conséquemment, (27) équivaut à la relation géométrique 


OM 
LL, . RR, DE < 


in Vs (28) 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 71 


$ 92. 


La relation qui précède se retrouve en éludiant les nappes de la développée 
d'une surface dont les rayons de courbure principaux sont liés, el en 
général dans la théorie de la correspondance par orthogonalité des 
éléments. 


C'est ici qu'il convient de faire un rapprochement. 

Nous avons montré que les deux nappes de la développée d'une surface 
dont les rayons de courbure sont liés (surfaces considérées pour la première 
fois par M. Weingarten), se correspondent de telle manière qu'aux asympto- 
tiques de l’une correspondent les asymptotiques de l’autre. M. Halphen a 
ensuite établi que si R,, R, sont les rayons de courbure principaux de l’une 
des nappes, L,, L, ceux de l’autre nappe et OM le segment de normale 
compris entre les deux nappes de la développée, 


L,L,.R,R, — OM. 


Dans l’espèce, la congruence, admettant les deux surfaces considérées 
comme focales, a ses plans principaux rectangulaires; on peut donc dire que 
l'équation (28) régit aussi les relations des deux nappes, puisque sin V est 
égal à l'unité. 

Ces propriétés similaires liennent à des lois beaucoup plus générales se 
rapportant aux liaisons des nappes de congruences particulières. C'est ce que 
nous établirions en rattachant toutes ces théories à celles des couples de 
Surfaces applicables l’une sur l’autre. 

Mais nous devons nous refuser à nous écarter plus longtemps de la théorie 
des élassoïdes ; nous aurons d’ailleurs encore l'occasion de faire allusion à 
plusieurs théorèmes généraux qui trouvent de remarquables applications dans 

la théorie des élassoïdes. (Voir chapitre XXII.) 

Revenons aux surfaces moyennes, et cherchons s’il n'est pas possible 
qu'une surface moyenne soit élassoïde. 


72 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


S 53. 


La surface moyenne ne peut étre un élassoïde réel qu'en coïncidant 
avec une surface de vis à filet quarré qui est aussi l'élassoïde moyen. 


Il faut d'après (26) que 


#u — ÿu = 0. 


La droite OM serait donc toujours tangente à une asymptolique de l’élas- 
soïde (o), mais le résultat s'obtient très-facilement à l'aide des équations (20): 
puisque l'axe des X est une asymptote de l’indicatrice, on doit avoir 


Donc, l'élussoïde est réglé, puisque l'asymptotique (8) est géodésique. 
D'après un théorème dû à M. Catalan, on sait que l’élassoïde (quand il est 
réel) n’est autre chose que la surface de vis à filet quarré. 

Comme il n'est pas sans intérêt de faire connaitre les congruences 
isotropes assez singulières, dont nous venons de signaler l'existence, nous 
établirons, par nos procédés, le résultat de M. Catalan, et nous intégrerons le 
groupe (20). 

Pour éviter les imaginaires, il convient de revenir aux premiers calculs 
du $ 29. De ce que les lignes (8) sont à la fois asymptotiques et géodé- 
siques, | 


f étant pris égal à l'unité. La troisième des équations de Codazzi donne, 
pour déterminer g, 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 75 


dont l'intégrale générale est ici 
g’ = Lu + 2Mu+N, 


moyennant que 
V=—= NL — Mi; 


mais comme on doit avoir 


| Lu’ + 2Mu + N 1 
u” 


D NL—M' 


L, Met N doivent être des constantes. 
Dans le cas où L ne sera pas nal, on changera de variable en prenant 


une nouvelle v définie par 
du, =V'L dv, 


et si l’on prend pour nouvelle variable w, un terme convenable, on voit que 
le carré de l'élément linéaire de la surface peut s’écrire 


ds*= du" + (u°+ Ado. . . . . . . . . . (29) 


Au contraire, dans le cas où L serait nul, on pourrait écrire cette expres- 


sion sous l’une des formes 


ds = du + udv° . (30) 


ds — du* + dv’. 


Cette dernière caractérise le plan. 
Dans l'hypothèse correspondant à l'équation (29), on a 


4 A 
VERR +” 


à 
——. 


les rayons de courbure principaux sont réels puisqu'ils sont égaux et qu'ils 
doivent étre de signes opposés, pour que la surface soit réelle. 


Tome XLIV. 411 


74 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 
Dans l'hypothèse caractérisée par l'équation (30) 


D 1 1 . 
hu RAR, 


donc, pour toute valeur réelle de u, les rayons de courbure principaux seront 
de même signe; la surface est imaginaire. (Les congruences isotropes ne 
peuvent apparaitre dans les présents calculs basés sur l'hypothèse de l'ortho- 
onalité de lignes asymptotiques distinctes). 

Revenons à l'équation (29), on a 


dq u 


gdu u° + A* 


Or, cette expression exprime la courbure géodésique des lignes (u); et 
comme les plans osculateurs sont tangents à l’élassoïde, on voit que Îles 
premières courbures de ces courbes sont constantes tout le long de l’une 
d'entre elles. 

Le rayon de seconde courbure D est dans le mème cas. 

Les lignes (u) sont donc des hélices orthogonales aux génératrices (+); 
l'une de ces hélices se réduit à une droite, au cas où uw s’annule. La surface 
est une surface de vis à filet quarré, comme l'avait indiqué, depuis long- 
temps, M. Catalan. 


S 54. 
Recherche des congruences isotropes dont la surface moyenne est élassoïide. 


Passons à la détermination des congruences isotropes admettant cette 
surface de vis pour surface moyenne. 

Il est clair qu’il doit entrer dans leur définition une constante arbitraire, 
car si l'on opère sur une congruence satisfaisante la transformation du $ 34 
en prenant pour direction fixe celle de Phélice réduite à une droite, on ohtient 
encore une congruence isotrope satisfaisante. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 75 


Ici le groupe (20) se réduit à 


Si u désigne la distance d'un point M' de la génératrice de l’héliçoide à 
l'axe OZ, 6 désignant l'angle de la normale en M’ avec cet axe, on a 


u — À cot6, 
À 
je sin 0° 
el, par conséquent, 
AË \ A‘ 
al : : | NT re , 
sin 6 sin”? 6 
on en conclut 
5 + Acot8 0 
— A log.tg — + C 
sin 8 8-8 9 


Si D est la droite de la congruence isotrope, 
CP — £ + A cot6. 


Nous voulons seulement faire observer que si l’on considère les surfaces 
élémentaires de la congruence admettant pour lignes de striction les généra- 
trices de l'héliçoïde, on aura une famille de surfaces identiques, déplacées 
hélicoïdalement (*). 

La transformation du $ 34, effectuée avec généralité, donnera, avec deux 


() L'équation 
u = sin 0 A 8 Lg - +c) | 


est l'équation de la surface réglée élémentaire. 


76 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


constantes arbitraires, des surfaces moyennes dont les asymptotiques cor- 
respondront aux génératrices et aux hélices orthogonales de la surface 
de vis. 

Enfin, l'équation (28) doit être vérifiée identiquement si l’on prend deux 
points arbitraires, situés sur une même génératrice de l’hélicoïde, sans quoi 
ja relation précitée donnerait l'intégrale des congruences isotropes satisfai- 
santes, chose impossible, puisque la constante fait défaut. La vérification se 
fait immédiatement. | 

Nous ne poursuivrons pas plus loin l'étude des surfaces moyennes qui se 
préterait pourtant à d'intéressants développements. Nous avons désiré faire 
voir, par ce qui précède, combien la considération des congruences isotropes 
est motivée. Nous allons montrer maintenant comment en cherchant à obtenir, 
par les procédés les plus simples, les congruences isotropes, on arrive natu- 
rellement à étendre encore la théorie des élassoïdes. 


CHAPITRE IX. 


CONGRUENCES ISOTROPES DÉRIVÉES DE LA SPHÈRE. 


8 55. 


Formules donnant le ds? d’une surface, ses lignes de courbure et asympto- 
Liques, les rayons de courbure principaux, en fonction des éléments sphé- 


riques de l'image. 


Avant de poursuivre les conséquences des résultats obtenus au $ 28 qui 
rattachent à la théorie des réseaux isométriques sphériques celle des con- 
s'uences isotropes, il est nécessaire d'établir rapidement quelques calculs 
4Yant trait à la représentation sphérique des surfaces, et qui, d’ailleurs, s'ob- 
lennent aisément par les procédés de périmorphie. 

Prenons pour surface de référence une sphère de rayon un, pour réseau 
(u, ©) un réseau isométrique; soit p la distance au plan tangent d’une 
surface arbitraire (A), du centre de la sphère. L’équation instantanée du 


Plan tangent est 
Z—p+i—=0. 


rs Obtiendra le point de contact en cherchant l’enveloppe des caractéris- 
ques _ 


Dans l'espèce, comme 
ds" = )'(du* + dv’), 


P—Q—=)1, D—0, 


78 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


l'équation du plan tangent dans sa seconde position est 
d l 
Z + ax — LE) du + (ax — Æ) do +1—0. 
du dv 


On voit que les coordonnées instantanées du point de contact ont pour 
valeurs 


Si lon suit un chemin caractérisé par les accroissements du, dv sur la 
sphère, le point À de contact décrit une courbe et les normales le long de 
celle-ci, à la surface (A) normales parallèles à celles de la sphère, engendrent 
une surface élémentaire ou normalie (d'après une locution introduite par 
M. Mannheim). On a, comme d'habitude, pour l'équation de la variation du 
plan tangent le long d'une normale appartenant à la surface élémentaire 


are) + dv Ë + A + T6) 


du dv d 1d 
tg 9 SR LE RES . (2 . . e L 1 (31) 
dé d) déË di \ 
du(— + 11+—7» ue 2 
du )d&v dv 1du 


Tenant compte des valeurs de & et de », passant aux coordonnées symé- 
triques imaginaires, et posant 


il vient 


(32) 


équation dans laquelle & est l'angle du plan tangent à la normalie et du plan 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 79 


ZOX, {— 1 est la hauteur au-dessus du plan XOY du point de contact du 
plan tangent précité. 

Puisqu'on a les valeurs instantanées des coordonnées du point de contact 
A, rien n’est plus simple que de former les AX, AY, AZ de ce point. Élevant 
au carré ces expressions et ajoutant, on trouve pour le carré de l'élément 
linéaire de la surface (A) 


dS? 


du db | 
5e = (p + 2c [2 dr + (p + 2c)dx ay ]+ iT. at dy. . (53) 


L'équation (32) permet de trouver l'expression des rayons de courbure 
principaux de la surface (A) ainsi que les équations des images sphériques de 
ses lignes de courbure. Opérant comme nous l'avons déjà fait bien souvent 
dans ce mémoire, on trouve : 4° pour l'équation des images sphériques 


dy dx 
++ 
dx WT (54) 
dy 
2° pour l'équation des rayons de courbure principaux 
: : da db 
R°— PROCEDE VERRE d —=0 . . . . . . (5) 


Enfin, nous exprimerons que deux directions de (A) caractérisées par les 
accroissements dx, dy d'une part, dx’, dy! d'autre part, sont conjuguées, en 
écrivant que le plan tangent en À à la normalie correspondant aux accroisse- 
ments dx’, dy! est le plan central de la normalie correspondant aux accroisse- 
ments dx, dy (théorème de Joachimstal). Nous n'insistons plus sur ces caleuls. 
On trouve ainsi pour l'équation des lignes conjuguées de (A) 


d db 
— dx.dx' + £ + !) (dxdy"+ dydx') + —:dydy'—0 . : . . (36) 
dx dy 


Ien résulte pour l'équation des lignes asymptotiques 


da 


db 
4: e dx? + 2e + — Lu. dy + TU = 0. 


nn 2 mt ds LS . “Es 


80 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


L'importance des calculs qui précèdent tient à ce que la surface (A) est 
arbitraire et à ce que le réseau sphérique (u, v) l’est également (pourvu qu'il 
soit isométrique). 


8 56. 


Equation la plus générale d'un élassoïde en coordonnées sphériques. 


Dans le cas actuel, puisqu'il s'agit d’élassoïdes, nous obtiendrons l'équation 
différentielle de ces surfaces en écrivant, par exemple, que dans l’équation 
(35) le terme du premier degré en R disparait, c’est-à-dire que la courbure 
moyenne de la surface est nulle. Il vient 


2 d° 


p 


l'équation des lignes de courbure ne change pas, mais celle des asymptotiques 
devient | 


da 1 /db 
de / AVS V D dy 0 D pe + (08) 


enfin le carré de l'élément linéaire de l’élassoïde prend la forme remar- 
quable 
dx.dy . . . . . . . . . . (39) 


ds" da db 
j” dx 


— ‘dy 


Rappelons, en dernière analyse, que à satisfait à la troisième équation de 
Codazzi 


x* log 1° 
1 2 == 0 . . . . . . . . . . . 40 
T° dxdy | oo 


Si l’on remplace 2 par D on voit que les équations {37) et (40) coïncident 
avec les deux premières du groupe (11). 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 


Leur intégrale générale est donc 


81 


et ici, les fonctions X, et Y, sont assujetties seulement à être, comme X et Y, 


des fonctions arbitraires des variables x et y. 


8 37. 


Un élassoïde et la sphère image ont toujours leurs lignes isotropes 


correspondantes. 


Déduisons maintenant des conséquences. 


L'équation (39) montre que les lignes isotropes d'un élassoïde ont. pou 


image sphérique les lignes isotropes de la sphère. D'après une théorie bien 


connue, il en résulte que, si l'on fait correspondre un élassoïde et une sphère 


par parallélisme des plans tangents, on a un mode de correspondance dans 
lequel les angles se conservent. 


Ceci démontre que l’élassoïde est la seule surface correspondant de la sorte 
à la sphère. (Théorème dû à M. Ossian Bonnet.) 


6 58. 


Remarque au sujet de la forme explicite des fonctions arbitraires qui entrent 


dans l'équation intégrale d'un élassoïde. 


On vérifie, sur l'équation (38), que les asymptotiques d’un élassoïde sont 
rectangulaires. 


La valeur la plus générale de p, convenant aux élassoïdes, peut s’écrire 
Toue XLIV. 


12 


82 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


sous la forme simple et très-utile 


di | da 
PNR À +Y + 92Y 


41 
PT TA à au y ) 


où ne figurent plus que les deux fonctions arbitraires nécessaires et suffi- 
santes, celles qui caractérisent le réseau isométrique sphérique étant mas- 
quées. 

Inversement, on peut dans la formule qui précède particulariser autant 
que l’on voudra les fonctions arbitraires X et Y, pourvu qu'on laisse à à toute 
la généralité que comportent les deux fonctions arbitraires de son expression 
enxety; on obtiendra encore l'intégrale générale des élassoïdes, seulement 
ils se sépareront en autant de groupes qu'il y a de réseaux isométriques sphé- 
riques distincts. 

Cette conséquence résultait également des calculs du $ 27 relatifs aux 
congruences isotropes. | 


$ 99. 


Remarque sur les réseaux sphériques isométriques et trajectoires 


les uns des autres. 


- 


Avant de déduire, de ce qui précède, les remarquables propriétés des 
élassoïdes groupés, il convient de démontrer un résullat simple et connu, mais 
qui nous importe particulièrement. 

Les trajectoires des courbes (u) sous un angle constant « et les trajectoires 
sous le méme angle des courbes (v) forment un réseau isométrique si le réseau 
sphérique (u, v) est isométrique ; la valeur du à, pour les deux réseaux, est la 
même. 

Soit, en effet, sur une surface qui peut être arbitraire 


dS'— )* (du? + dv°), 


posons 
du — du'cose — dv'sino, 


dv — du’sino + dv’coso, 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 85 


il est clair que 
du? + dv'= du’? + dv’. 


En conséquence, le carré de l'élément linéaire de la surface peut s’écrire 


indifféremment 
dS'= }'(du? + dv*) =’ (du"? + dv”), 


d'où résulte la proposition annoncée. 


8 60. 


D'un réseau sphérique isométrique on peut déduire une infinilé de congruences 


isotropes donnant lieu à une famille d'élassoïdes groupés. 


Ceci posé, si nous nous reportons aux calculs du $ 27, nous voyons 
qu'étant donné un réseau isomélrique sphérique, on en déduira une infinité 
de congruences isotropes, de la façon suivante : le pied M de chacune des 
droites D sera à la distance à de O, et la droite OM fera un angle constant 
avec la tangente OX de la courbe (v). 

Il est clair, d’ailleurs, que le segment OM peut être multiplié par une con- 
Stante ; car on obtiendra ainsi des congruences isotropes, homothétiques par 
rapport au centre de la sphère de référence. 

Chaque congruence isotrope, déduile du réseau isométrique sphérique, 
donnera lieu à un élassoïde moyen; tous ces élassoïdes formeront un groupe 
dont nous allons établir les propriétés. 

Nous avons trouvé, au $ 28, que si l’on porte le segment x sur OX : 

4° Le plan moyen de la congruence isotrope est à la distance p du centre 
de la sphère, marquée par 


dx 
PT idu 


2° Le paramètre de la congruence a pour valeur 


84 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 61. 
Calcul des éléments des élassoïdes groupés. 
Il en résulte que, si nous désignons par p, et p. les valeurs analogues, 


relatives à la congruence isotrope définie par des positions de OM faisant avec 
OX l'angle w, nous aurons 


0 cos se sin ile 49 
= —— —————_ = — © — —— QG) ———  , # . . : L : 
Fo du’ 1du 1dv (82) 
d) _. di d) 
um —— in ———— — COS —_— . e Q . . . . 
Pe >dv' Tr 1dv (43) 


L'équation (42) donnant, en définitive, les distances du centre de la 
sphère de référence aux plans tangents parallèles des élassoïdes groupés 
doit coïncider avec (41) particularisée; passant aux coordonnées symé- 
triques imaginaires, (42) devient 


LA on si | 
— — | — Sin ©) + —— (cos — 
Pc [= So dy US®— 1511 &) 


Et cette équation coïncide avec (41) si l’on fait dans celle-ci 
2X = — (vosw + isin uw), 


QY — — (cosw — isin w). 


Dans l'espèce, adoptant les notations du $ 55, et tenant compte de 
l'équation (40), on trouve : 


Leo | 0 sin co isin 
FE dr (cos® + 1 ) z So &) 


 / E —— 


— b= — ——— (coso — isinw) — Gosse + sin w); 
y 4 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 85 


par conséquent, 
da d f1 d'logà . 
| (cosw + 1sinw), 


7 dx dz\1 dr 
db  d j1 d'logà sè 
= 4 à È a (cos w — isinw). 


$ 62. 


Tous les élassoïides groupés sont applicables sur l'un d'entre eux ; 
ils ne sont pas identiques. 


La formule (33) qui a trait au carré de l'élément linéaire devient en 
conséquence 


1 dx! 


ds’ d fl en d F à 


à dÿ 
résultat qui ne contient plus trace de l'angle w. On peut donc énoncer cet 
important résultat : 
Tous les élassoïdes groupés, dérivés d'un méme réseau isométrique 
sp fe érique, sont applicables sur l’un d'entre eux. 

Mais il pourrait y avoir doute sur leur non-identité quoique l'identité dût 
entrainer des conséquences (en ce qui concerne les valeurs de »,,) à priori 
non réalisées. 

Pour donner une preuve décisive, nous chercherons l'équation de l’image 
Sphérique des lignes de courbure de l’élassoïde du groupe, le plus général, 
et nous ferons voir qu’elle varie avec w. 

On 2, d'après (34), pour l'équation de l’image 


d [1 dlog 
: | e (cos w + isin «) 


dy fab 
dx 1 d'log | 
a ( . (cos © — isin «) 


Ce Qui établit la proposition annoncée. 
.__ On peut méme déduire de celte relation une conséquence géométrique 
M bp orlante. : 


S6 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


S 65. 


Les élassoïdes groupés ont pour images sphériques de leurs lignes de 
courbure des réseaux isométriques trajectoires les uns des autres sous 
des angles constants. 


D'après (32), si lon suit une ligne de courbure de la surface (A), on a 
| 0 = 
dx 
Dès lors, si nous désignons par 6, l'angle que l’image d’une ligne de 
courbure de l'élassoïde général fait avec OX, nous aurons 


COS + Sin w 


eu — e—W60 _ etio etui 


COS& — 1sin« 


d'où résulte simplement 


: 
So — = 5" 

Ainsi les tnages sphériques des lignes de courbure des élassoïdes groupés 
sont trajectoires, sous des angles constants, les unes des autres. 

Prenons, par exemple, deux élassoïdes du groupe caractérisés par des 
valeurs du paramètre « différant d’une constante à, leurs images sphériques 
se couperont mutuellement sous l'angle <. 

Il est bien clair que les résultats qui précèdent s'appliquent également 
aux images sphériques des asymptotiques des divers élassoïdes du groupe. 

Sans chercher à particulariser davantage pour le moment, faisons cette 
observation que les images sphériques des élassoïdes d'un même groupe 
forment sur la sphère un groupe de réseaux isométriques trajectoires, sous 
des angles constants, les uns des autres. [Les équations de Codazzi montrent 
immédiatement que l’image sphérique des lignes de courbure d'un élassoïde 
est isométrique. | 

Si donc on suppose obtenue l'image sphérique des lignes de courbure des 
élassoïdes groupés, on pourra la prendre pour point de départ d’un nouveau 
groupe d'élassoïdès et ainsi de suite. | 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 87 


8 64. 


Biecherche des élassoïdes admettant pour image sphérique de leurs lignes de 
courbure un réseau isométrique déterminé. Intégration des congruences 


isotropes salisfaisantes. 


Inversement, on est conduit à résoudre le problème suivant : éfant donné 
an réseau isomôtrique Sphérique, trouver l'élassoïde qui l’'admet pour image 
de ses lignes de courbure; intégrer ses congruences isotropes généra- 
trices. | 

Nous pourrions déduire la solution, de ce qui REcENes mais il est tout 
aussi simple de l'établir directement. 

Prenons pour réseau (u, v) le réseau isométrique choisi. Soient £ et les 
coordonnées instantanées du pied de la droite D de la congruence isotrope, 
p le paramètre de la congruence, » la distance du plan moyen au centre de 
la sphère de référence. Sans recommencer des calculs identiques à ceux qui 
ont été faits si souvent, nous écrirons immédiatement 


dy di | (2 dA ) dé di ) E d) ] 
dv! du| — — lu] du! 1+— dv | — — 
% dire Te éd du ur + du ul Tan Fo do xd” : 


9 


FT L (du? + dv!) 
d£Ë d) | E d) ] dy dà | e da ) 
d hi. du —— — - du du + — + ——# | PT) RER 
. vu b+T ” dv” ne dv ma SU br . ee, du vd 
ES de 


La congruence étant isotrope, ces expressions doivent être indépendantes 
de du et dv, ce qui entraine 


dy d) dé d) EL 
du  àdv er TFUE 


dy d1 dE d) 
+ — Ë= — + — 
dv )du du 1dv 


88 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Et alors on a, en effet 


dé d) dy d} 
dv du . du  )dv 
= à DOUCE ROUE" 
dy d) dE da 
de. Ode du jdn k 2?dv À 


Prenons pour variables canoniques » et », nous aurons le groupe 


dE da dE dÀ 

du dot do du! 

dy dA dy d) oo 
du do Pr dt id?) 


Opérant comme au $ 34 en tenant compte de l'équation 


d'log1  d'logà 
dut 7 du 


de à 
Het CE 
ds: ( dv/° 


y = ) (+), 


dv du 


+ )° = 0, 


il vient 


Exprimant que ces valeurs de £ et » satisfont au groupe (44), on obtient 
le groupe définitif 


de LE 2 (+. ‘ di ES _ 

du’ dde. adv dv A  adu\du dv ? 

A d) {de Es d} Lu dp 
+ + du \du dx 


Me. (435) 


du® +R" >dv CE TL) -< du 


d'p do d) ue ie dx (+ dp 
= + = 
dv? du adu \du dv idu \dv du 


| 


Les valeurs des £, », et le groupe (#5), définissent, par rapport à la sphère 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 89 


de référence, la congruence isotrope la plus générale. Il s’agit d'exprimer 


maintenant que l’élassoïde central a pour image sphérique le réseau isomé- 
rique (u, v). 


On a 
du 
1 D dx 
dx db 
dy 
En outre, on sait d'avance que 
Re 0 RSR Ne 6e (06) 


Si l’on voulait simplement obtenir l’élassoïde satisfaisant, il faudrait intégrer 
(46) et vérifier la condition 


URLS . 
ab) ba): +++... .. 0 


mais pour obtenir les congruences isotropes correspondantes, il faut vérifier 
le groupe (45); celui-ci se transforme, en passant aux coordonnées symé- 
triques imaginaires, en un groupe qu'il s’agit de former : (45) peut s’écrire 


de de , JP dP | 

Li FR PA ds ei + 21°p —=0, 
(Se Là da db . d\ db . d'p d\ dp dd Æ]—o 
2\du? du) jdv du du du dudu ddu du dv du]  ’ 


(TE +) d} dp d1 dp d’e di dp di do 
du dv/ du du jà1dv er Ter Ts. | 


Il vient, en passant aux coordonnées imaginaires 


2 + ". cp + p =0 
x* dxdy Ho dxdy LB . 
d'o “+ d\ de d) dp . Je . d\ dp  d)1 dp 
+ ia ua a let at do a ul 
tes) dde à, if #) 4, #0 
2\dx* dy’ dx dx àxdy dy 2 \dx*  dy° Ady dy 
Tour XLIV, 15 


—— 


4 
2 


7 1dx dx 


90 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


on en déduit 
d'p .d’p d} (+ de | 
dde id dx +5] —0 
d' ? , 
ee (Pi) 0 Lee … … (48) 
dy dy” Ady \dy dy 
2 d’p 2 d'p 
HEREL 


Ces quatre équations à elles seules régissent le problème des congruences 
isotropes. 

Comme cela devait être, (46) est vérifiée, ce qui démontre une fois de plus 
le théorème fondamental. 

L'équation (47), exprimant la coïncidence de l’image sphérique des lignes 
de courbure de l’élassoïde moyen et du réseau isométrique pris pour origine, 
devient, développée, 


4 /d° d° d\ d 
—_ (Ce —— (s 2) — Lt Dee Le . de = 0 . 0 . . . . . (49) 
2 \dr dy” dx dx 1dy dy 


on voit qu'elle entraine 
1fdp di dp di d 
É ) - PO. . . . . . . (50) 


hu al dd 14 4 


Ainsi se trouve préparé le problème que nous avons en vue. Quant à 
l'intégration, elle ne présente pas de nouvelles difficultés : 

Remplaçons X? par D, nous aurons : 

4° Pour ce qui concerne p 


Comme 


on doit avoir 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 


Mais alors 


CR LE (S) - ) = 
X'/ \X'/° 


dx?  Ddx dx °X' 
de  dD M LE Lips 
ap nd à WW] F)) 
Par conséquent, l’équation (49) ne peut être vérifiée que si 
D -BE-- 07 -(6 
x X'/ \x'7 Y v 


où K désigne une constante arbitraire. 
On conclut facilement de ce qui précède 


‘Kd 

k= fxax [rés [> + aX*+ bX + c, 
Kd 

Y, = fa [ru f + G'Y+O0Y + 0. 


2 En ce qui concerne p, on trouverait semblablement 


avec 


. Kd 
X,= — : Kds fXds _. + aX°+ b,X + 0, 


| d 
Ye= + JÉCTILT Es aY? + bY + ci. 
On voit ainsi que 


Xs — — 1X, + aX" + BX+7, 


Ya + 1Ÿ, + a Y'+ BY + 7. 


91 


Les élassoïdes ainsi trouvés sont en nombre infini, mais il est facile de voir 
que [a variation de la constante k donne des élassoïdes homothétiques par 
FaPport au centre de la sphère de référence, et que les variations des 
ConStantes a, d, c, a’, b', c' donnent lieu à des élassoïdes déplacés dans 


V 
tSpace, parallèlement à eux-mêmes. 


99 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


Considérons, en effet, l'expression du carré de l'élément linéaire de 
l'élassoïde, il a pour valeur, d’après (59) 


ds? 43 ro dD dp 


7 53 dc? Dar dx] dy Ddy dy 


|: d'b dD a] 


soit, à raison de ce qui a été dit ci-dessus, 


gs — CES | 

Les constantes a, b, c, a!, b!, c' ne jouent aucun rôle et £ n’a d'autre 
effet que de rendre proportionnels tous les éléments correspondants des 
élassoïdes satisfaisants. 

Or, les éléments des lignes de courbure parallèles à ceux des courbes 
(u) et (v) conservent des directions invariables, quelles que soient les varia- 
tions des constantes ; conséquemment tous les élassoïdes satisfaisants sont 
identiques où homothétiques. 


$ 635. 


Remarque au sujet de l'expression des paramètres des congruences isotropes 
déduites de réseaux sphériques isomélriques. 


On n'est pas sans avoir constaté la symétrie remarquable qui lie dans tous 
les calculs de ce chapitre les paramètres d'une congruence isotrope et les 
distances du centre de la sphère de référence aux plans moyens; nous 
avons à dessein réservé, pour les grouper, les remarques se présentant à 
chaque pas et qui mettaient naturellement sur la voie d’une très-importante 
propriété des élassoïdes, de celle qui va nous permettre bientôt de résoudre 
le problème de Bjürling; nous voulons parler de la coexistence des élassoïides 
conjugués, signalée pour la première fois par M. Ossian Bonnet. 


CHAPITRE X. 


ÉLASSOÏDES CONJUGUÉS ; ÉLASSOÏDES STRATIFIÉS. 


$ 66. 


Construction des élassoïdes conjugués à l'aile de la représentation sphérique. 
Les lignes de courbure de l’un correspondent aux lignes asymptotiques 
de l'autre. 


Du $ 63 il résulte que, si l’on porte sur les tangentes OX, OY des courbes 
(x) et (u) d'un réseau isométrique se coupant en O (point de la sphère) des 
longueurs OA et OB égales au à du réseau, les droites menées par les extré- 
mités parallèlement au rayon de la sphère engendrent des congruences iso- 
tropes; les élassoïdes moyens de ces congruences sont applicables lun sur 
l'autre; de plus, les images sphériques des lignes de courbure de ces élas- 
soïdes se coupent sous un angle égal à :. 

L'image sphérique des lignes de courbure de l'un des élassoïdes est l’image 
sphérique des lignes asymptotiques de l'autre (puisque 4° les asymptotiques 
d'un élassoïde coupent sous un angle égal à = les lignes de courbure et que 
2 les angles sont conservés dans la correspondance de l'élassoide et de la 
Sphère). 

Nous dirons que les deux élassoïdes correspondant ainsi à deux direc- 
lions rectangulaires isométriques sont conjugués. Tous les élassoïides groupés 
s'accouplent en élassoïdes conjugués. 


YA ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Mais les calculs du $ 28 ayant montré que, si l’on prend une congruence 
isotrope arbitraire (D), on peut toujours tracer sur une sphère donnée un 
réseau isométrique tel que les normales à la sphère soient parallèles aux 
droites de la congruence et que les tangentes aux courbes de l’une des 
familles du réseau rencontrent toujours les droites D, on est en droit 
d'énoncer celte nouvelle proposition : 


$ 67. 


Étant donnée une congruence isotrope définissant un élassoïde moyen, con- 
struire une congruence isotrope donnant lieu à l'élassoïide conjugué. 


La 


Si l’on fait tourner, de =, autour d'un point fixe O les droites D d'une 
congruence tsotrope, de telle facon que les nouvelles droites soient parallèles 
aux premières, on engendre une seconde congruence isotrope; les deux 
classoïdes moyens de ces congruences sont conjugués. 

Désignons uniformément par s, la distance du centre de la sphère de 
référence au plan tangent de l’élassoïde moyen de la congruence (D) et par 
pn le paramètre de cette congruence, on a d’après les calculs du $ 28 : 


EL d) 
Po — Po —= do 
__ da 
un 1du 
$ 68. 


Aux courbes lieux des centres de courbure d’une courbe double de con- 
gruence isotrope correspondent sur l'élussoïde conjugué les courbes de 


contact de cônes. 


On peut, de ces relations, déduire un fait assez important. Nous avons 
montré ($ 41) que l'on peut tracer sur un élassoïde une 5 de lignes, lieux 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 95 


des centres de courbure des lignes doubles des développables isotropes focales 
des congruences isotropes satisfaisantes ; le long de ces courbes le paramètre 
est nul. Ce qui précède montre que ces courbes ont pour transformées, sur 
l'élassoïde conjugué, les courbes de contact des cônes ayant pour sommets 
tous les points de l’espace. En effet p, ne peut s’annuler sans L,., par consé- 
quent, les plans tangents à l'élassoïde conjugué le long de l’une des courbes 
transformées passent par le centre de la sphère de référence (*). 

Ce résultat peut encore se généraliser en considérant les courbes le long 
desquelles p, ou P sont constants: elles sont sur le premier élassoïde les 
trajectoires des droites, telles que OM; sur l'élassoïde conjugué ce sont les 
courbes de contact de développables circonscrites à l’élassoïde et à des 
sphères. 

Si l’on fait tourner les droites D d'une congruence isotrope autour de tous 

les points de l’espace, de la manière indiquée ci-dessus, on obtiendra toutes 
les congruences isotropes salisfaisantes relatives à l’élassoïde conjugué. La 
question a pourtant besoin d'être approfondie, car on peut se demander 
quelles positions occupent dans l’espace les divers élassoïdes moyens des 
congruences isotrapes dérivées des congruences relatives à un même élas- 
soïde moyen choisi à priori. Le calcul nous amënera d’ailleurs à rencontrer 
la propriété capitale, qui domine la théorie des élassoïdes conjugués. 

Reprenons pour surface de référence l'élassoïde moyen d'une congruence 

isOtrope et pour réseau (u, v) celui des asymptotiques. Soit D la droite 
inSta nitanée d’une congruence isotrope (D) et P un point fixe de l'espace. 
Je dis que, si à partir de ce point fixe, on porte sur des parallèles aux nor- 
males de l'élassoïde des longueurs égales aux paramètres des diverses con- 
Ssrue nees isotropes salisfaisantes, les plans perpendiculaires aux normales et 
PaSSaant par les extrémités de ces segments touchent des surfaces identiques. 
Cette propriété résulte déjà de la transformation indiquée au $ 34, mais 
éta D Lissons-la différemment. 


(= : es : 
D Ce centre peut effectivement coïncider avec un point quelconque de l’espace. 


96 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 69. 


Toutes les congruences isotropes conjuguées des congruences engendrant le 
méme élassoïde moyen donnent lieu au même élassoide moyen conjugué 
du précédent. 


Les coordonnées instantanées de la droite D sont 


, dp { dp 
—DT:—, = — Ts — } 
' PR un der 


p satisfaisant aux équations du groupe (10). 

Soient d'un autre côté &, n, &, les coordonnées instantanées du point fixe P, 
écrivant que les AX, AY, AZ du point P sont nuls, quels que soient du et dv, 
on obtient le groupe canonique 


4 dt, 4 dé, 
Es. D 22, D 
é dv 4 du 
d'#, 4 dD dx, 4 dD «dé, 
D ee OO me EE SO me nm 4 = 0 e . 0 L 
dudv 2D du dv 2D dv du (51) 
d’, 4 dD dt, 4 dD dt, d't, De 
— + um = — — 
du’ ‘7 9D du du 2D dv dv dv’ s 


Portons sur &,, à partir de P, une longueur égale au paramètre p et par 
le point obtenu menons un plan parallèle à XOY, nous savons qu'il touchera 
l’élassoïde conjugué de (0); soit Z la distance de ce plan à XOY, on aura 


L=ÈE, — p. 
Combinant les groupes (10) et (51), on trouve que Z satisfait au nouveau 


groupe : 
OZ dD uZ dD dZ 


À 

dudv  2Ddv du  2Ddu dv , 
d'Z _— dD dZ dD dZ PL y \ (32) 
du 7 QDdu du  2Ddv do dd j 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 97 


Quant aux coordonnées instantanées du point de contact, écrivant que le AZ 
est constamment nul, on trouve 


F1 dZ 


ÉD: FR == D-* 


Toys. 
du 

Calculons les valeurs de AX, AY, AZ du point de contact, correspondant 
sur l’élassoïde conjugué de (0) au point O. 

En opérant comme d'habitude, et tenant compte du groupe (52), on voit 
que 


AX = D dv 
AV Da pe da SUR NS 5 41400) 
AZ — 0 


La première conséquence à tirer est que ces éléments seront les mêmes, 
quelle que soit la valeur de p employée; on est donc en droit de dire que 
toutes les surfaces obtenues comme enveloppées des plans situés aux dis- 
tances d'un point fixe, marquées par les différentes valeurs du paramètre, 
sont identiques et même simplement déplacées parallèlement à elles-mêmes 
dans l’espace. 

Désignons dorénavant par (0') l’élassoïde conjugué de (0). Élevant au 
carré les valeurs des AX, AY, et ajoutant, on vérifie de nouveau que les 
élassoïdes conjugués sont applicables l’un sur l'autre. 


$ 70. 


Deux élassoïdes conjugués se correspondent par orthogonalité des éléments. 


Mais le groupe (53) met en relief un résultat beaucoup plus important, 


8 savoir que les élassoides conjugués (O) et (O') se correspondent par ortho- 
Jonalité des éléments. 


Tome XLIV. 14 


98 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Il suffit pour le démontrer de mettre en regard les AX, AY, AZ des points 
0 et O'. 


suR (0) sur (0') 
AX = D du AX'— D dv 
| AZ — 0, . AZ — 0. 
AY = D ‘dv ; AY'= — D du 


On a donc bien, identiquement, quels que soient du et dv : 


AX.AX’ + AY.AY' + AZ.AZ —0. 
Ainsi peut-on énoncer ce théorème : 


À tout élassoïde en correspond un autre, 1° par le parallélisme des plans 
tangents; 2 par égalité des éléments; et, 3° par orthogonalite de ces mêmes 
éléments. 


Nous montrerons tout à l'heure dans quelles conditions de généralité a lieu 
la réciproque. 


8 71. 


Deux segments relatifs aux élassoïdes conjugués sont, en tous points 
correspondants, égaux el rectangulaires. 


On peut encore déduire des calculs qui précèdent un résultat inté- 
ressant : 

Joignons dans le plan tangent à l’élassoïde (O0) le point O au point M de 
la droite D, appartenant à la congruence isotrope. 

Semblablement, dans le plan tangent à l’élassoïde (0’), joignons le point 
O’ au point N, pied de la perpendiculaire abaissée du point fixe P sur le 
plan tangent considéré. | 

Je dis que les segments OM et O'N sont égaux et rectangulaires. 

Formons en effet le tableau des coordonnées instantanées des différents 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 99 


points de la figure : 


POINT O POINT M POINT N POINT 0’ 


« dp _1d, Le Se 4 
= == D: — 3 = D Ci —) = — 4 a , 
Ëo 0, Éy du N dv Ë D dv de 
_4+dp _s«dÿ, _4 (T à 
%o — 0, x D do du D Te 


il en résulte 


Hot —= 44 + Ên) 


ce qui démontre la proposition annoncée. 


$ 72. 


Construction ponctuelle simultanée des élassoïdes conjugues 
et des élassoïdes stratifies. 


Nous allons déduire de nos calculs la construction ponctuelle simultanée 
des élassoïdes conjugués. 

Dans l’ordre d'idées énoncées au $ 46, on peut manifestement déduire des 
surfaces (0) et (0') deux familles de surfaces applicables par couples les 
unes sur les autres. 

Considérons en effet les surfaces (0) et (0') simplement comme deux sur- 
faces applicables l’une sur l’autre; joignons à chaque instant les points O 
et ©’, prenons les points m milieux des segments; puis, portons de part et 
d'autre sur 00! deux segments #0, et mO{ égaux à mO multiplié par une 
Constante #, il est visible que les surfaces, lieux des points O, et O,, sont 
encore applicables l’une sur l’autre. 

Comme les surfaces (O0) et (0’) ont leurs plans tangents parallèles, ces 

Plans seront aussi parallèles aux plans tangents des surfaces (m), (0,), (0!). 


100 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 73. 
Seconde famille d'élassoïdes strunifiés. 


Les considérations du chapitre III montrent même que toutes ces surfaces 
sont des élassoïdes. 

Considérons maintenant les surfaces (0) et (0’) comme correspondantes 
par orthogonalité de leurs éléments. Prenons en outre un point fixe arbitraire 
P dans l’espace. D’après la remarque du $ 46, si l’on joint à chaque instant 
le point P au point 0’, puis, que de part et d'autre du point O on porte 
parallèlement à PO’ des segments OC et OC! égaux au produit de PO’ par 
une constante *, on obtiendra deux surfaces {C) et (C!) applicables l’une sur 
l'autre. 

En donnant à £ toutes les valeurs, on obtiendra une famille de surfaces 
applicables par couples, surfaces qui sont visiblement des élassoïdes. 

Les deux familles ainsi obtenues ne sont pas identiques. C'est ce qui 
résultera de l'étude que nous allons en faire. 

Commençons par la famille dont les élassoïdes ie (O) et (0') font 
partie. 


$ T4. 


Les élassoïdes de la première famille sont tous applicables sur des élussoïdes 
homothétiques à l'un d'entre eux. 


D'après le lableau de coordonnées du $ 714, on obtient immédiatement 
les coordonnées instantanées des points O, et O'; calculons les valeurs des 
AX, AY, AZ de ces points : on a manifestement, pour les AX, par exemple, 


(1 — K) 


i+K 
AXo: = AXo! = ) 


+ AX, 
EUR 


AXo, — AX,: J dE ) 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 101 
d'où l’on conclut : 


ER 5 
AXo: = — [de (1 + K) + du(i — K) |. AY, = 


' ) 


ù 
= 


— [— du (4 + K) + du(i — K)|, 


Di D* 
So [du (1 — K) + du (il + K)], AY,, le du(f —K) + du(i + K)|. 


On en déduit, pour les carrés des éléments linéaires des surfaces (0,) et (0!): 


(1/4 | —s D! 
Se, — 459; —=— (4 + K°) (dut + du. 


Ainsi les deux surfaces (0,) et (0/) sont applicables l’une sur l’autre, et, 
Joutes les surfaces unalogues de la famille, convenablement réduites par 
honmothétie, sont applicables les unes sur les autres. 


$ 75. 


Une famille d'élussoïdes stratifiés comprend toujours 
deux développables isotropes. 


Maïs le fait important à déduire vient de ce que, si 
K—=+V—1, 


le Carré de l'élément linéaire s'annule. ° 

Dans cette hypothèse, les AX ; AY ne s’annulent pas, bien que le dS° se 
ruise à zéro. Dés lors les surfaces (0,) et (0!) se réduisent à deux courbes 
de lon gueur nulle, D'où cette proposition décisive : 


Soient (O) et (0') deux élassoïdes conjugués ; joignez, à chaque instant, 
ks Po&nis correspondants O et O'; portez de part et d'autre des milieux m 
de ces segments, el sur leurs directions, des longueurs égales entre elles et 
produit par V— 1 du demi-segment O0’ ; les lieux des extrémités des 

#9Menis imaginaires, ainsi construits, sont des lignes de longueur nulle. 


102 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 76. 
Les élassoides de la seconde famille sont également stratifiés. 


Occupons-nous maintenant de la seconde famille : comme les plans tan- 
gents sont parallèles, aux points correspondants des surfaces de la famille, il 
résulte de la construction même que leurs distances aux plans tangents de 
l'élassoïde (O0) sont marquées par la valeur du produit de p (paramètre de 
la congruence isotrope originelle) par la constante K. 

On est donc en droit d'énoncer cette proposition : 


Les plans parallèles au plan moyen d'une congruence isotrope et distants 
de ce plan de quantités proportionnelles au paramètre de la congruence, ont 
pour enveloppées des surfaces applicables par couples les unes sur les autres. 


Mais nous avons montré au $ 38 que les plans distants du plan moyen de 
quantités égales à p V— 1 ont pour enveloppées les lignes isotropes, arêtes 
de rebroussement des développables focales de la congruence. 

On voit par conséquent que les deux familles de surfaces auxquelles nous 
avons été conduit, sans être identiques [puisque la seconde ne contient pas 
l'élassoïde (0')], répondent à une même définition : ce sont toujours des 
familles d'élassoïdes obtenus en divisant par segments proportionnels les 
cordes s'appuyant à leurs extrémités sur deux lignes de longueur nulle. 

Mais il faut se souvenir que nous avons déjà déduit des réseaux isomé- 
triques trajectoires les uns des autres une famille d'élassoïdes groupés, tous 
applicables sur l'un d’entre eux. 


$ 71. 


Les familles d'élassoïdes groupés et strathfiés sont composées 
de surfaces semblables. 


Nous montrerons que les diverses familles se composent d’élassoïdes iden- 
tiques ou semblables, de famille à famille, non identiques ni semblables, dans 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 103 


chaque famille, en établissant que les images sphériques des lignes de cour- 
bure de ces diverses surfaces sont, dans tous les cas, trajectoires (sous des 
afgles constants) les unes des autres. 

Nous vérifierons en même temps (ce qui a été prouvé jusqu'à présent, 
seulement, par les considérations directes du chapitre second) que toutes les 
surfaces des familles sont élassoïdes. 

Portons, sur la droite instantanée D d'une congruence isotrope, dont (0) 
est l’élassoïde moyen, un segment MA égal au produit du paramètre p par 
une constante #. Sur chaque surface élémentaire de la congruence les plans 
lngeats en Met À feront entre eux un angle « dont la tangente sera égale 


àK; älest donc naturel de remplacer # par tg «. 
Une surface de la famille que nous voulons étudier est touchée par le plan 


cntemant À et parallèle au plan XOY ; cette surface est donc enveloppée par 
le plan dont l'équation instantanée est 


Z — pigo = 0. 


On cherchera comme d'habitude la caractéristique de ce plan et l’on trouvera 
pour les coordonnées instantanées du point de contact : 


On trouve ensuite pour les AX, AY, AZ du point de contact : 


AX = D (du — kdv), 
AY—D (dv + kdu), 
AZ — 0, 


Par conséquent, 
ds 


cos? w 


dS* = D'(du? + dv) (1 +) — 


A; 2 , e Q ? LE BG e 
NSL l’enveloppée du plan considéré a ses éléments proportionnels à ceux 


de (O). 


104 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Nous suivrons sur (0) l’image d’une ligne de courbure de la surface con- 
sidérée, si le déplacement du point de contact est perpendiculaire à la carac- 
léristique du plan P. Ayant les équations de la caractéristique : 


Z—Kp—0, 


d l 
Ds (Xdv + Ydu) + K (Ce du +“ dv) — 0, 
du dv 


et les AX, AY, AZ, rien de plus facile que de trouver la condition : 


Mais si 4 désigne l'angle que l’image de la ligne de courbure de (P) sur (0) 


fait avec une ligne de courbure de (0), on a : 


puisque les lignes de courbure de (0) sont bissectrices des angles des axes. 
En conséquence, on trouve, en valeur absolue : 


| 
to! € 


Exprimons, au contraire, que le déplacement du point de contact a lieu 
suivant la caractéristique, nous obtiendrons ainsi l'équation différentielle des 
images sur (O) des lignes asymptotiques de la surface (P). On vérifie que les 
directions obtenues sont rectangulaires. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 105 


S 78. 


Construction d’une famille d'élassoïdes stratifiés dérivés d’une congruence 


isolrope déterminée. 


Combinant ces résultats avec les remarques suivantes : 
1° Que les images sur un élassoïde et sur la sphère donnent des angles 


correspondants égaux ; 
2° Qu'en général les lignes asymptotiques d’une surface correspondent 


par Orthogonalité des éléments à leur image sphérique, nous serons en 
droit de dire : 

Les enveloppées des plans tels que P, distants, du plan moyen de la con- 
gruerace 1solrope, de quantités proportionnelles au paramètre, sont des élas- 
sides applicables après réduction par homothétie. Sur l'élassoïde moyen ou 
sw € Sphère, les images de leurs lignes de courbure sont trajectoires, sous 
des angles constunts, des lignes de courbure de l'élassoïde moyen, ou de 
leurs érnages sphériques. | 


On vérifie à l'aide des AX, AY, AZ du point de contact : 


1° Que deux des plans P, également distants du plan moyen, touchent 
deux G£assoïdes applicables l'un sur l'autre sans réduction par homothétie ; 

2° Que parmi les surfaces analogues à (P), il en existe seulement deux 
$ COr2-espondant par orthogonalité des éléments ; elles sont obtenues en éga- 
ant & L'unité la constante k. 


$ 79. 
Caractères distinctifs des familles d'élassoides groupés et stratifiés. 


En résumé ,iln'ya, en réalité, que deux familles d'élassoïdes distinctes 
Parmi les trois, primilivement envisagées. 
La première famille, déduite d'un réseau isométrique sphérique, comprend 
Tos XLIV. 15 


106 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


des élassoïdes tous applicables les uns sur les autres, ce sont les élassoïdes 
groupés. À un point d'un élassoïde correspondent sur les autres élassoïdes 
des points distribués sur une ellipse. 

La seconde famille, déduite d'une congruence isotrope arbitraire, peut 
être identifiée à la précédente en ce sens qu'elle peut être composée avec des 
élassoïdes semblables à ceux de la première famille ; mais #/ faudra toujours 
en laisser un de côté. Nous dirons (pour la distinguer) qu'elle est composée 
d’élassoides stratifiés. 

Une famille d’élassoides groupés se décompose d’une infinité de manières 
en couples d'élassoïdes conjugués. 

Une famille d'élassoïdes stratifiés ne comprend qu'un couple d'élassoides 
conjugués. Les points correspondants sont en ligne droite. 

Enfin la seconde famille comprend toujours comme élassoïdes limites deux 
développables isotropes ; la première famille n'en contient jamais. 


$ 80. 


Quand deux surfaces se correspondent avec réalisation de deux des trois 
conditions : 1° parallélisme des plans tlangents; 2° égalité des éléments ; 
3° orthogonalité des éléments, ce sont deux élassoïdes conjugués. 


Nous terminerons ce chapitre en recherchant s’il est d’autres surfaces que 
les élassoïdes conjugués qui se correspondent par égalité et orthogonalité 
des éléments, avec parallélisme des plans tangents. 

Si l’on exige que les conditions soient réunies toutes les trois, il ne parait 
pas possible d'obtenir autre chose. 

Si l’on n’exige que la réalisation de deux des conditions à la fois, on a trois 
problèmes à résoudre : 

1° Trouver les couples de surfaces se correspondant à la fois par le paral- 
lélisme de leurs plans tangents et l'égalité de leurs éléments. 

2° Obtenir deux surfaces dont les plans tangents sont parallèles deux à 
deux et dont les éléments correspondants sont rectangulaires. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 107 


3° Former les couples de surfaces se correspondant à la fois par égalité 
et orthogonalité des éléments. 

Le premier problème peut être ramené au second, car étant données deux 
surfaces (0) et (0) satisfaisantes, la surface (M), lieu des milieux des cordes 
O0’, a ses plans tangents parallèles à ceux de (0) et de (0’); de ce que ces 
dernières sont applicables l’une sur l’autre il résulte que, si, par un point fixe 
de l’espace, on mène des rayons égaux et parallèles aux demi-segments O0, 
la surface, lieu des extrémités des rayons (R), correspondra par orthogo- 
nalité de ses éléments à (M). Il est en outre visible que les plans tangents 

de (R) sont parallèles à ceux de (0), (0’) et de (M); donc les surfaces (M) 
et (R) donnent la solution du second problème. 

Soient maintenant (M) et (R) ces deux surfaces satisfaisantes. Considérons 
une asymptlotique de (M), son image sur (R), ainsi que sur la sphère (S). 
Nous savons que l’asymptotique de (M) correspond par orthogonalité de ses 
éléments à son image sphérique; il faut donc que celle-ci corresponde par 
parallélisme d'éléments à l’image de l’asymptotique, sur (R); cette image est 
donc une ligne de courbure. Ainsi les asymptotiques de (M) correspondent 
aux lignes de courbure de (R) et réciproquement. Il faut en outre que les 
images sphériques de ces lignes soient rectangulaires (en tant qu'images de 
lignes de courbure). Il en résulte immédiatement que (M) et (R) sont des 
élassoïdes conjugués. 

Reste donc à traiter le troisième problème : les éléments des deux surfaces 
Sont deux à deux égaux et rectangulaires. Considérons sur ces surfaces les 
lignes de longueur nulle; elles se correspondent manifestement, comme étant 

égales éléments à éléments, mais deux éléments correspondants ne peuvent 
être rectangulaires sans que leurs tangentes isotropes rencontrent l’ombilicale 
au même point; dès lors, si les lignes de longueur nulle sont distinctes sur 
les deux surfaces, les plans tangents sont parallèles comme contenant deux 
Couples de droites isotropes parallèles. 

Ainsi, dans tous les cas, on n'obtient que les élassoïdes conjugués. 


108 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


8 81. 


Sur deux élassoïdes conjugués, de deux familles de courbes correspondantes 
dérivent comme lignes conjuguées des lignes qui seraient orthogonales, 


rapportées sur l'une des surfaces. 


= Une conséquence intéressante de la propriété fondamentale des élassoïdes 
conjugués doit être signalée. 

Traçons sur (0) une famille de courbes (u) et sur (0’) les transformées 
des courbes (v) trajectoires orthogonales des courbes (u), les courbes con- 
juguées de lignes (u) sur (0) et des transformées des (v) sur (0') se cor- 
respondent. 

Nous allons maintenant appliquer lés résullats qui précèdent à la solution 
géométrique du problème de Bjürling. 


CHAPITRE XI. 


SOLUTION GÉOMÉTRIQUE DU PROBLÈME DE BJORLING. 


S 82. 


Si on planifie deux développables circonscriles à deux élassoïdes conjugués 
suivant deux contours correspondants, on peut superposer les transfor- 
mces de ces contours, et les transformées des généraitrices seront des 


droites deux à deux rectangulaires. 


Soient (0) et (0/) deux élassoïdes conjugués, considérons, sur ces surfaces, 
deux contours correspondants (C) et (C'); aux points correspondants les 
plans tangents sont parallèles et les développables circonserites le long de (C) 
et de (C’) aux élassoïdes, ont leurs génératrices parallèles. 

D'un autre côté, puisque (O0) et (0’) sont deux surfaces applicables l’une 
Sur l’autre, les courbures géodésiques des courbes correspondantes (C) et (C') 
Sont égales, aux points correspondants. 

Si donc l'on étend les deux développables sur deux plans, les courbes (C) 
et (C') se transformeront en deux courbes (v) et (v!) dont les éléments et les 
rayons de courbure seront égaux; conséquemment, les courbes (v) et (v'), 
transformées, seront superposables. Effectuant la superposition, tous les 
Points correspondants des deux contours coïncideront; quant aux transfor- 
mées rectilignes des génératrices des développables, elles seront deux à deux 


rectangulaires. 


110 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Ceci posé, proposons-nous de construire l’élassoïde inscrit à une dévelop- 
pable donnée (A) le long d’un contour déterminé (C) (c’est-à-dire de résoudre 
le problème Bjürling). 


& 83. 


Construire un élassoïde inscrit dans une développable donnée le long 
d'un contour déterminé (PROBLÈME DE BJÜRLING). 


Les opérations à effectuer comportent trois degrés. 

En premier lieu on déroulera (A) sur un plan et on tracera dans ce plan 
les perpendiculaires aux transformées des génératrices de la développable 
menées par les différents points du contour (C) transformé. Les droites ainsi 
obtenues peuvent être considérées comme les transformées de génératrices 
d’une certaine développable (A') planifiée. 

En second lieu on formera cette seconde développable (4’) en lui donnant 
même cône directeur qu'à (A); et on lui assignera une telle position dans 
l’espace, que les générairices correspondantes des développables (A), (4!) 
soient parallèles. 

En troisième lieu on joindra les points correspondants des contours (C) 
et (C/) transformés; enfin, de part et d'autre des milieux des cordes, et 
sur celle-ci, on parlera des longueurs égales aux produits des demi-cordes 
par V— 1. 

Les courbes imaginaires, lieux des extrémités des segments ainsi construits, 
sont les lignes isotropes génératrices des deux élassoïdes. 

Les deux premières séries d'opérations peuvent conduire à des résultats 
non algébriques, la troisième série ne donne lieu qu’à des opérations algé- 
briques. | 

Les deux premières séries n'entrainent que des opérations essentiellement 
réelles, mais la troisième série introduit nécessairement des constructions 
imaginaires. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 411 


S 84. 
Des contours conjugués. 


En résumé, st l’on veul construire un élassoïde passant par un contour 
donné (C), il faut tout d'abord construire un contour conjugué (C!) corres- 
pondant au premier, par égalité et par orthogonalité des éléments. 

Ce résultat obtenu, des opérations, simplement algébriques, détermineront 
les deux élassoïides conjugués passant par les deux contours. 

Nous avons montré par quelles opérations il faut passer pour obtenir le 
contour (C’) conjugué de (C) lorsqu'on se donne la développable circonscrite 
à l’élassoïde le long de (C), mais rien n’oblige à passer par l’intermédiaire 
du problème de Bjôrling, dans tous les cas. Il est bien clair que, si, par un 
procédé quelconque, on a obtenu deux contours conjugués (C) et (GC), les 
Langentes de ces contours en deux points correspondants, étant situées dans 
deux plans tangenits parallèles, déterminent ces plans eux-mêmes. 


$ 85. 


Etant donnée une surface gauche, construire les contours conjugués 


qu'elle détermine. 


Si l’on veut simplement obtenir des élassoïdes, sans s’assujettir à les faire 
passer par un contour déterminé, le procédé le plus simple est encore celui 
que nous avons déduit de la notion des congruences isotropes, à savoir : 
bPartir d'une surface gauche arbitraire. Nous avons montré au chapitre VII 
comment on doit construire le contour (C) suivant lequel les plans moyens 
touchent l’élassoïde. Il peut paraître intéressant d'indiquer comment s’obtien- 
drait le contour conjugué (C'). 

Par un point fixe P de l’espace on mènerait des parallèles aux génératrices 
de la surface gauche, et, sur ces droites, on porterait des segments PN égaux 
aUXx valeurs des paramètres; par les extrémités on élèverait des plans per 


112 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


pendiculaires aux droites; on obtiendrait ainsi les plans tangents à l’élassoïde 
conjugué le long du contour cherché (C!); celui-ci s’obtiendrait point par 
point en tirant parti de la proportion démontrée au $ (71), en vertu de 
laquelle le segment NC' est égal et perpendiculaire au segment joignant le 
point central d'une génératrice de la surface gauche au point de contact 
correspondant de l’élassoïde sur (C). 

Examinons quelques cas particuliers dans lesquels on peut obtenir immé- 
diatement le contour (C') conjugué d’un contour déterminé. 

Si (C) est le lieu des centres de courbure d’une courbe gauche (C,), (C’) 
est le lieu des extrémités de segments issus d’un point fixe de l’espace égaux 
et perpendiculaires aux rayons de courbure de (C). 

Dans ce cas la surface gauche élémentaire est la développable lieu des 
langentes de (C,). 

Si (C,) est algébrique les deux élassoïdes conjugués sont algébriques. Tout 
cela a déjà été démontré au chapitre VI. 

Dans le cas où (C,) est une courbe plane, le problème prend, naturellement, 
une simplicité toute particulière. 


8 86. 


Contours conjugués d'un contour plan. 


Soit (C!) le contour conjugué de (C); projetons (C') en (}) sur le plan 
de la courbe (CG); appelons Z la hauteur variable du point C' au-dessus du 
plan : pour que les contours soient conjugués il faut que les tangentes à (C) 
et (y) aux points correspondants soient rectangulaires ; en outre 
1: 


az = Vo dv)"; 


en désignant par d(c) et d(}) les éléments d'arc des courbes (C) et (>). 

Si les éléments d(}) et d(c) faisaient entre eux un angle constant, même 
nul, la courbe (C') obtenue deviendrait satisfaisante par une simple rotation 
autour d’un axe perpendiculaire au plan de (C). 

Le problème est, dans tous les cas, ramené aux quadratures. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 115 


Supposons, tout d’abord, que l’on prenne pour (}) un point; (C') se réduit 
à une droite. Le Z de celle-ci est égal à l'arc de (C). Le premier élassoïde 
admet pour géodésique la courbe (C). Si celle-ci est la développée d’une 
courbe algébrique, on pourra algébriquement obtenir la correspondance sur 
la droite (C') et, par conséquent, les deux élassoïdes conjugués seront 
algébriques. 


$ 87. 


Un élassoïde admettant pour ligne de courbure une courbe plane sera 
algébrique en même temps que la développanie de cette courbe. 


Supposons maintenant que (}) soit une courbe semblable à (C); le rapport 
de similitude étant #, on aura 


dZ— d(c)V À — ki, 


Ainsi Z sera proportionnel à l'arc de (C); et, si cet arc peut s'obtenir 
algébriquement, c'est-à-dire si (C) est la développée d’une courbe algébrique, 
la courbe (C') et les deux élassoïdes conjugués seront algébriques. 

Il est facile de pousser plus loin l'étude de ce cas intéressant : en effet, de 
ce que dZ est proportionnel à d(}) résulte que les tangentes à la courbe (C') 
font des angles constants avec la normale au plan de (C). 

Mais les plans tangents le long de (C) ont leur lignes de plus grande pente 
Parallèles aux tangentes de (C'); conséquemment, l’élassoïde passant par (C) 

Coupe le plan de cette courbe sous un angle constant. 

D’après un théorème bien connu, (C) est alors ligne de courbure de 
l’élassoïde. Ainsi, on est en droit d’énoncer cette généralisation du théorème 
d’Henneberg : 


Tout élassoïde, admettunt pour ligne de courbure une courbe plane, 
sera algébrique si cette courbe est la développée d'une courbe algébrique. 


Il n’est pas besoin d’insister pour établir qu’un élassoïde ne pourrait étre 
algébrique sans que son conjugué le fût. Tous les élassoïdes groupés ou 
Sér'atifiés sont algébriques si l’un d’entre eux l’est. 

Tome XLIV, 16 


114 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 88. 


Surfaces dont les lignes asymptotiques et leurs images sphériques 
sont des conlours conjugués. 


Citons un exemple fort curieux de contours conjugués. Soit une surface (S) 
telle qu'en chacun de ses points le produit des rayons de courbure principaux 
soit constant, négatif et égal, en valeur absolue, à a*. Considérons, d’autre 
part, une sphère de rayon « et faisons sur la sphère l’image du réseau des 
asymptotiques de (S). 

Soit déa* l'aire sphérique d'un élément de la surface (S). R, et R, dési- 
gnant les rayons de courbure principaux de (S), on sait d’après Gauss, que 


d(S) — de . RAR, . 


Il en résulte que, dans ce cas, l'aire d'une portion de la surface (S) est égale 
à l'aire sphérique correspondunte, prise sur la sphère de rayon a. 

Manifestement, loutes les fois que deux surfaces se correspondent avec 
conservation des aires, on peut tracer sur elles un double réseau de courbes 
égales par correspondance, et réelles. Il est manifeste également qu’en deux 
points correspondants les courbes de longueur conservée se coupent sous des 
angles supplémentaires (car leurs sinus doivent être égaux, pour que la cor- 
respondance homalographique ait lieu). 

Dans le cas actuel, on voit facilement que les images sphériques des asymp- 
lotiques de (S) (faisant entre elles un angle supplémentaire de celui des 
asymptoliques), sont, sur la sphère, les lignes de longueur conservée. Mais 
nous avons déjà eu l’occasion de faire observer qu'une ligne asymptotique et 
son image sphérique se correspondent toujours par orthogonalité des éléments. 

On voit, par conséquent, qu'une ligne asymptotique de la surface (S) et 
son image, sur la sphère de rayon a, sont deux contours conjugués. 

Les élassoïdes conjugués correspondants sont circonscrils à la surface (S), 
le long de l'asymptotique, et, à la sphère, suivant l’image (”). 


{*) Nous avons démontré que sur (S) quatre asymptotiques quelconques, par deux, de familles 
différentes, forment toujours un parallélogramme courbe, en ce sens que les ScpIene opposés 
sont égaux. Il en est de mème des images sphériques. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 445 


$ 89. 


Élassoïdes conjugués inscrits dans une même développable. 


Peut-il se faire que deux élassoïdes conjugués soient inscrits à une même 
surface développable? 


Si l’on planifie cette développable, les deux courbes de contact doivent 
être superposables, après la transformation, et leurs tangentes aux points 
correspondants doivent être rectangulaires. Rien de plus simple que de les 
Obtenir : choisissons arbitrairement, dans le plan, un point P; de ce point, 
a baissons sur chacune des génératrices limites de la développable, des droites 
faisant avec elles des angles de 45°, les lieux des points de rencontre seront 
des courbes identiques, semblables à la podaire par rapport au point P de 
L’arête de rebroussement planifiée. 

Que l’on forme à nouveau la développable, le point P décrira une courbe 
gauche (P) dont les plans normaux seront tangents à la développable consi- 
dérée; la podaire du point P devient le lieu des centres de courbure de la 
Courbe trajectoire de P. | 

Les élassoïdes conjugués font partie d’une famille d'élassoïdes stralifiés dont 
l’élassoïde moyen est inscrit, le long de la podaire de P, dans la développable 
donnée. 


Ainsi, deux élassoïdes conjugués, inscrits à une même développable, seront 
algébriques si cette développable est l'enveloppe des plans normaux d’une 
Courbe algébrique. 


Dans ce cas, la développable contient les deux lignes de longueur nulle 
Sénératrices des deux élassoïdes, ce sont les transformées des deux droites 
iSOtropes passant par le point P et tracées dans le plan de la développable 
aplatie. 


116 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


S 90. 


Construire deux élassoïdes conjugués inscrits dans deux développables 
ayant même cône directeur. 


On peut, dans la même voie, obtenir un théorème beaucoup plus général : 
soient données deux développables (A) et (A') satisfaisant à la seule condition 
d'avoir même cône directeur; supposons que l’on demande de leur inscrire 
deux élassoïdes conjugués de telle façon qu'elles leur soient tangentes le 
long de contours conjugués. Il s’agit de construire ces contours. 

(A) et (A!) peuvent étre considérées comme les enveloppes des plans 
normaux de deux courbes (P) et (P') dont les tangentes correspondantes 
sont parallèles. 

Amenons le point P' en P, en y faisant coïncider les tangentes de (P) et 
de (P’) transportée : les génératrices correspondantes G, G’ de (A) et de (4’) 
seront alors dans un même plan normal à (P). Faisons tourner autour de la 
tangente à (P) la génératrice G’ de (A!) correspondant au point P', jusqu'à ce 
qu'elle ait pris une position G,, à angle droit sur sa position première, les 
deux droites G, et G se rencontreront en un point M qui appartient au contour 
de contact de (A) et de l’élassoïde satisfaisant. 

On construira, de la sorte, les deux contours conjugués par des opérations 
purement algébriques, pourvu que (P) et (P’) soient obtenues d'avance. 

Nous dirons, en conséquence, que deux élassoïdes conjugués assujettis à 
toucher deux développables données ayant même cône directeur seront algé- 
briques si les deux développables sont les polaires de deux courbes gauches 
algébriques. 

Comme on peut remplacer les points P et P’ par deux points arbitraires 
des plans des deux développables infiniment aplaties, on voit que le problème 
en question est susceptible d’une œ$ de solutions (*). 


(‘) Comme on peut effectuer la rotation autour de P de deux côtés différents, les mêmes 
courbes (P) et (P’) donnent lieu à deux systèmes de contours conjugués; c'est ce qui conduit à 
l’œS de solutions. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 117 


Un cas très-simple se présente lorsque le point P décrit une courbe sphé- 
rique, la surface polaire est un cône et les courbes de contact de ce cône avec 
deux élassoïdes conjugués sont deux cercles géodésiques passant par le sommet 
du cône. 


S 91. 


Construction des deux contours conjugués résultant de la connaissance 
d'une surface gauche. 


Le problème de la recherche des contours conjugués peut être abordé de 
bien des façons; comme il présente en lui-même un réel intérêt, il ne sera pas 
inutile de montrer, avec plus de précision que nous ne Favons encore fait, 
comment la connaissance d'une surface gauche permet de construire deux 
couples de contours conjugués. 

Nous avons indiqué, au $ (37), comment se construisent les points du 
contour le long desquels les plans moyens de la surface gauche touchent 
l'élassoïde moyen, et au $ (85), comment s'obtiennent les points du contour 
conjugué; nous n’y reviendrons pas; mais, rappelons que parmi les élassoïdes 
stratifiés que détermine directement la surface gauche, il en est deux qui 
sont conjugués. Soient (C) et (C') les courbes tracées sur ces élassoïdes et 
correspondant à la surface gauche choisie (comme surface élémentaire de la 
congruence isotrope). Soient C et C' les points correspondant à la généra- 
trice D de la congruence. 

On sait que C et C’ sont dans des plans distants du plan noyer de quan- 
tités égales au paramètre de la droite D. 

Si O est le point:de contact du plan moyen, c et C’ sont sur une droite 
COC' parallèle à la normale à la surface moyenne en M, droite située dans un 
plan perpendiculaire à OM et dans le plan normal à la ligne de striction. 
Les droites CP, C/P’ font des angles de 45° avec le plan mené par D et 


par OM (*). 


(*) Pet P’ sont situés dans les plans tangents aux élassoïdes conjugués et sur la droite D. 


118 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


Nous terminerons cette étude des contours conjugués en montrant comment 
on en peut déduire une infinité de la connaissance d’une surface moyenne de 
congruence isotrope. 


$ 92. 


La connaissance d’une surface moyenne conduit d celle d’une infinité 
de couples de contours conjugués. 


On sait qu'une surface de cette nature correspond par orthogonalité de ses 
éléments à la sphère. Prenant donc une sphère de rayon déterminé, il y aura 
toujours sur la surface une famille double de courbes égales en arc à leurs 
correspondantes sur la sphère, ayant par conséquent ces courbes pour con- 
juguées. Une équation différentielle régit le problème. 

A ce propos, il est intéressant de connaître les surfaces les plus simples 
correspondant à la sphère par orthogonalité des éléments. 

L'élassoïde moyen peut se réduire à un point. Dans ce cas, il faut, d’après 
(28), que la surface moyenne ait sa courbure nulle. La considération de (26) 
montre immédiatement que la surface est plane. 

La correspondance par orthogonalité de la sphère et d’un plan diamétral, 
par exemple, s'obtient en projetant un point de la sphère sur le plan, puis 
en faisant tourner cette projection autour du centre, de 90°. 

Dans ce cas, les contours conjugués sont imaginaires. 

Il convient de signaler que si l'on recherche les élassoïdes groupés, dérivés 
du réseau isométrique formé de cercles orthogonaux passant par un même 
point de la sphère, on trouve seulement des points. | 

On pourrait développer bien davantage, mais il convient de poursuivre 
l'exposé des considérations ee afin d'aborder, sans retard, les mono- 
graphies d’élassoïdes. 

Il est naturel, après avoir cherché à déduire les congruences de 
la sphère, de voir comment on peut les déduire du plan ; c’est ce qui fera 
l’objet du prochain chapitre. 


CHAPITRE XIL 


CONGRUENCES ISOTROPES DÉDUITES DU PLAN. 


S 93. 


Calcul d'un réseau orthogonal plan duquel on peut déduire 
une congruence isotrope. 


Établissons tout d’abord les conditions exprimant qu'une congruence de 
droites émanant des points d’une surface de référence est isotrope. Ce calcul 
nous Sera nécessaire dans sa généralité, un peu plus loin, et, pour notre 
objet actuel, particularisé, il conduira immédiatement au but. 

Nous supposerons toujours que les droites D de la congruence sont situées 
dans les plans ZOX. Désignons par z l'angle de D avec la normale OZ. 

L'équation de la surface élémentaire, établie comme d'habitude, donne 
pour l’angle 8 du plan tangent en un point M de D avec le plan ZOX 


gdv + L | ao GE sini + Qcosi) — du sine + puei) | 


| di di | 
fcosidu + ICE + go) + du = + | 


L'équation des plans focaux, établie comme précédemment, est 


g)— 


2 di (ge di .. .dg . df 
e(—-n.i) de | = & DR . D + tqi — = 0. 
RP lots gl Qfcosi+g cosésini) + D + 191 gdv 


120 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


La congruence sera isotrope si 


, di . .dg 
—— 2 — 4 —— = “ " . . . 4 
gP — fQcos'i + g= — cosi sinie (54) 
en même temps que 
di df 
c—… LE — : ” À . . . . . . . 5 
2Dg— 7 + tgi fé 0 (55) 


Supposons maintenant que (0) se réduise à un plan, il vient (P, Q, D 
étant nuls), 


di 1 dg 
du sinicosi  gdu’ 
di cosi df 


do int fdv 
ou en déduit 
gcoti = V, 


sin? 


Élimioant l'angle 5, on trouve la relation 
ET) 


Inversement, toutes les fois qu'on aura, dans le plan, un réseau ortho- 
gonal caractérisé par l'équation (56), on en déduira une congruence isotrope. 
Les calculs précédents démontrent également cette réciproque. Mais on voit 
facilement que d’un réseau satisfaisant on peut déduire deux congruences 
isotropes définies par les systèmes 


f 


geoti=V, [footo=V 1 U, 
sin? 


On peut même, puisque U et V sont des fonctions indéterminées de w et 
de v, considérer U et V comme de mème signe dans (56), en général, 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 121 


En fait, lorsque les signes de U* et de V* seront tous deux positifs, les 
congruences isotropes seront imaginaires toutes les deux; lorsque les signes 
seront contraires, l’une des congruences sera formée de droites réelles et 
l’autre de droites imaginaires. 

On est également en droit de compter les congruences formées des droites 
symétriques, par rapport au plan, de celles des (D). Donc, en général, d'un 
réseau satisfaisant, on pourra déduire quatre congruences isotropes, symé- 
triques par couple, relativement au plan (O). 

IL est facile de voir qu'il y a seulement quatre plans isotropes focaux pour 
ces quatre congruences, et que ces plans eux-mêmes se groupent par couples 
coupant le plan (0) suivant deux droites imaginaires. 


8 94. 


D'un réseau orthogonal satisfaisant on déduit quatre plans isotropes 
en chaque point du plan, se coupant suivant deux droites de ce plan. 


C’est ce qu'on vérifie sans peine en cherchant en dudv l'équation quadra- 
tique des traces sur (0) des plans focaux de la congruence. On trouve, en 
Sénéral, pour une surface de référence arbitraire 

| di di d 
O—dv! (90 +g<) + dudv (gp — opens +9 - — ensésin 


faf 


+ dui (FDeos' + sinicosi cas) 
Mais, dans l'espèce, il vient. 
g'dv* + f*cos'idu = 0. 
Pour les autres congruences satisfaisantes, on aurait, symétriquement, 


Fdu* + g'cos'wdv* — 0; 
Tome XLIV. 17 


129 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


et ces deux équations sont équivalentes à 


dt + dd —=0. . . .. . . . . . . . (57) 


Ces directions seront imaginaires, lorsque, parmi les congruences, deux 
seront réelles; inversement lorsque ces directions seront réelles toutes les 
congruences isotropes satisfaisantes seront imaginaires. 

On sait par la théorie des congruences isotropes que ces directions imagi- 
naires sont les traces, sur le plan de référence, des plans tangents aux déve- 
loppables isotropes focales des congruences satisfaisantes. Conséquemment, 
les directions en question doivent former dans le plan deux familles de drortes 
imaginaires enveloppant les traces, sur le plan, des deux développables 
isotropes facales. | 


$ 95. 
Définition géométrique du réseau orthogonal satisfaisant. 


Si l’on considère deux développantes des traces focales, le réseau ortho- 
gonal (u, v) est formé par l'ensemble des courbes telles que la somme ou la 
différence des distances de leurs points aux deux développantes soient 
constantes. 

Vérifions au moyen de l'équation (56), que le réseau (uw, v) satisfait 
loujours à la définition précitée. On peut, dans chaque cas, particulariser 
ces variables U et V, et ramener l’expression du carré de l'élément linéaire 


à la forme 
dv? du’ 


Lg PRE RATES D 
cos’ sin? 


qui caractérise d’après M. Weingarten tout réseau orthogonal formé (sur une 
surface arbitraire) par les courbes dont tous les points sont à des distances 
géodésiques de deux courbes fixes dont la somme ou la différence est 
constante (”). 


() M: Ossian Bonnet a donné, de ce fait, une démonstration simple (p. 96 du XLII* cahier 
du Journal de l’Ecole polytechnique). 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 123 


Ici, quand l'angle % est réel, les congruences isotropes sont toutes imagi- 
naires, et inversement. 

Comme vérification, on doit trouver que les lignes définies par l’équa- 
tion (57) sont des géodésiques. 


$ 96. 


Cas où le réseau salisfuisant est isométrique : il est composé 
de coniques homofocales. 


Le réseau (u, v) ne peut, à la fois, être isométrique et étre caractérisé 
Par la relation (56), que si le carré de l'élément linéaire du plan peut se 
mettre sous la forme 

dS? = (U*? — V?) (du* + dr’); 


Mais alors, d'après une théorie bien connue de M. Liouville, l’intégrale des 
Séodésiques du plan peut s’écrire 


Usin*; + Vcos*; —K (*) 


€t chaque valeur de la constante # définira une double famille de géodé- 
Siques, enveloppant, par conséquent, deux courbes. Lorsque les valeurs de 4 
Seront telles que l'angle + soit imaginaire, on déduira des droites ainsi obte- 
nues deux congruences isotropes réelles. 

Ainsi le réseau orthogonal plan, particulier, qui est à la fois isométrique 
C£ de la forme permettant l'intégration des géodésiques, donnera lieu à une œ° 
de congruences isotropes. Nous ne nous arréterons pas à démontrer, après 
M. Liouville, que ce réseau plan, remarquable, est unique et qu’il est formé 
Par des coniques homofocales. 

Dans ce cas les congruences isotropes satisfaisantes ne sont autre chose que 


(") C'est d’ailleurs l'intégrale qu’on obtiendrait immédiatement en cherchant à résoudre (57) 
Qui est l'équation des traces principales des congruences isotropes. 


194 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


l'ensemble des génératrices des hyperboloïdes homofocuux ayant pour trace, 
sur-le plan de référence, les ellipses du réseau (u, v) et dont une quelconque 
de ces ellipses est la focale. | 

Autant on choisira de focales distinctes, autant on obtiendra de con- 
gruences isotropes différentes. 

Nous n'insisions pas davantage sur ces propriétés qui mettent à part les 
congruences isotropes formées des génératrices de quadriques homofocales ; 
dans le chapitre XVII nous montrerons, en effet, comment tout ce qui 
précède est un cas particulier d'une proposition plus générale et pourtant 
caractéristique. | 

Pour obtenir, en termes finis, les équations d’élassoïdes et surtout des 
élassoïdes algébriques dont s'est préoccupée spécialement l’Académie de 
Belgique, il convient d'établir (maintenant que nous avons élucidé les pro- 
priétés des congruences), sous la forme la plus simple, des formules qui 
permettent d'effectuer en langage algébrique, et par avance, les opérations 
géométriques dont nous avons montré l'agencement. Cette nouvelle étude ne 
laissera pas de mettre en relief d’intéressantes propriétés des élassoïdes aux- 
quelles nous n'avons pas encore été conduit. 


S 97. 


Plans isotropes passant par une droite déterminée. 
Equations. 


Soit une congruence de droites. Si, par chaque droite, on mène les deux 
plans isotropes qu'elle détermine, ceux-ci couperont, suivant deux droites, un 
plan fixe arbitraire. 

Inversement si dans un plan on se donne deux droites, on peut en déduire, 
par isotropie, quatre droites dans l’espace. 

Supposons que les droites considérées aient pour équations 


xcoso + ysinp — 0, 


xcoss + ysiny — 0, 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 125 


où les angles + el 4 sont arbitraires et complexes (c’est-à-dire imaginaires, 


conjugués ou non). 
Les plans isotropes, passant par la première droite, ont pour équation 


quadratique 
Xcoss + Ysins +12 — 0. 


De même, les plans isotropes, passant par la seconde droite, sont repré- 
sentés par l'équation à double signe 


X cosy + Y sing t1iZ — 0. 


Les deux doubles signes sont indépendants. 
Les droites d’intersection des plans isotropes (en ne considérant pas les 


Sy métriques) ont pour équations, soit 


iZ(sins — sing) ,  iZ(cos#— cos ;) 
7 sin —+) sin(# — +) 
Soit 
x iZ(sins+siny) ___. tZ(cosy + cos+) 
U sin(p—e) | sin( — +) 


Îl ne faut considérer, naturellement, que les équations pouvant représenter 
des droites réelles quand e el y sont imaginaires conjugués. Posant 


p= a + fi, y= a — fr, 


les deux systèmes d'équations deviennent 


912 c0s « QiZ sin x 
ee DE 
ou 
x 9Z sin « . 2Z cos « 
BL er" ee 


Ainsi la seconde combinaison doit seule être conservée. 


126 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


S 98. 
Intégrale générale analytique d'une congruence 1sotrope. 


Donnons-nous arbitrairement les traces, sur le plan de référence, de deux 
développables isotropes; ces traces peuvent être deux courbes arbitraires, 
imaginaires. On peut toujours les considérer comme les enveloppes de deux 
droites variables définies par les équations 


xCos? + ysinp — F(s) = 0, 


xeosg + ysing — f(4) = 0, 


où F et f sont des fonctions, données, des angles complexes + et 4. D'après 
ce qui vient d'être dit, les droites de la congruence isotrope, dérivant de ces 
courbes imaginaires, sont définies ainsi 


Sins +siny … Fsiny — fsins 
sin( — +) sin(p — 4) 
COSY + COS ? Fcosy — fcoss 
sin(g — #). = sin (ÿ — +) 


(58) 
Y—iZ 


Telle est, si l'on veut, sous une forme simple, l'intégrale générale des 
congruences isolropes. 


$ 99. : 
Calcul du paramètre d'une congruence isotrope. 


Il s'agit maintenant de calculer les équations du plan moyen et la valeur 
du paramètre. 
Soient, en général, 


x—aL+p, y—=btZ+g, 


D 


dE 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 127 


"les équations d’une congruence, où «a, b, p, q sont des fonctions de deux 
para mètres variables. Établissons l'équation de variation des plans tangents 
à une surface élémentaire, le long de la droite D, dont la trace est le point A. 
Soit DAïle plan projetant de la droite D sur le plan de référence ; consi- 
dérons une position D’ de la droite, infiniment voisine de D. Soit M’ un point 
de D’ situé à la hauteur Z; projetons-le en m”, sur le plan DAS et en x sur D. 
8 désignant toujours l'angle du plan tangent à la surface élémentaire avec le 
plan projetant de D, on a 


L’équation du plan projetant est 
b(x — p)— a(y—q)=0, 


les Coordonnées du point M’ (que, pour plus de simplicité, on suppose se 
déplacer dans un plan horizontal) croissent de 


AX = Aa.Z + Ap, 
AY = Ab.Z + Ag. 


On en conclut, par les règles élémentaires, 


b(Aa.Z — Ap) — a(Ab.Z — Ag). 
= (”). 
Va! + b' +1 


M'm — 


D'un autre côté, le plan passant par D, perpendiculaire au au projetant, 
à POur équation 
a(x — aZ — p) + b(y — bZ -— q) = 0, 


4e nest autre chose que la distance de M’ à ce plan. Conséquemment, nous 
__ 4(Aa.Z + Ap) + b(A6.Z + Ao) 
Va? + b°) (4 + a° + b!) 


C3 M'm étant la plus courte distance des deux droites. 


198 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


En définitive, 
__ b(Aa.Z + Ap) — a(Ab.Z + Àg) 


aa nn pren oo 
Ici 
— t(sin g + ou b— t(cos? +- cosy) 
sin(y — 6) sin(ÿ—#) 
__ Fsing — fsins ___ Fcosy—/cos; 
_ sin(y—#) | nn sin(ÿ — 4) | 


Si on laissait arbitraires les variations des paramètres + et Y, les calculs 
seraient longs, mais la théorie générale nous ayant appris que les résultats 
recherchés sont invariables quelles que soient les surfaces élémentaires 
choisies, on est libre de les particulariser et, par exemple, de supposer la 
" relation 

| *—?p—=Kk, 
constamment vérifiée. Comme 


(a* he b°) = — el 
sin”(} — +) 
on voit que, par cet artifice, on a constamment 


aAa + bAb— 0. 
En somme, on obtient 


om me ee | 


[2Z + &(F — f)] [1 + cos(s — +)] + 2[F" + f'] sin(y — +) 


(BE i[F— f'] [1 + cos(y — &)] + i[F + fJsin(y — #) 


(59) 
Z et ig8 sont infinis en même temps. On aura, par conséquent, la 
valeur de Z afférente au pornt central en annulant tg6 : 


sin(y — +) 


229 + i[F —f] + i[F' + f] 1-+ cos(ÿ — +) 


=0. . . . . . (60) 
Le paramètre se trouve dès lors mis en évidence dans l'équation (59), il 
est défini par la relation | 
sin (4 — y) 


ne SALE d'orage 


(61) 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 129 


$ 100. 
Calcul des équations des plans tangents aux élassoïdes conjugués. 


Connaissant le Z du point central, on obtient immédiatement pour l'équa- 
üon du plan moyen 


OO —92X(sins+siny)+2Y(coss+ cos#)+sin(y — 0] — 273 +(F— f)—(F" + f')cot 69) 


La distance de l’origine des coordonnées au plan moyen, distance égale au 
Paramètre d'une congruence isotrope conjuguée de (58), c'est-à-dire ayant 
Pour élassoïde moyen le conjugué de l’élassoiïde défini par (58), a pour 
expression 

Po —(F'+ f')+(F— f)ig TT  . (63) 


Inversement, l'équation (64) donne, pour le plan tangent de l’élassoïde 
COnjugué : 
—— 2X(sin+ sing) + 2Y(c0Sÿ+c054)+1$ sin(y—+)[F+f—22]-+(F'—/f")[1+cos(#—#)] 1 —0. (64) 


Pour obtenir une congruence isotrope génératrice de l’élassoïde conjugué, 
il suffit de faire tourner, de +, la droite (58) autour de l’origine. Nous trou- 
Vons de la sorte par des calculs dont nous supprimons les détails 


ne ONe nt s A 


pe (65) 
Y= g-—-S Z+(F sin y — fcos})A, 
OÙ À?a pour valeur 
2Ff 


CETTE ET ET 
Toue XLIV. L 


La 


130 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Il serait très-facile, s’il y avait intérêt, de former les équations de toules 
les congruences isotropes satisfaisantes, en utilisant la transformation du 
$ (34); mais en général, quand on en aura besoin, ce sera pour chercher 
toutes les surfaces moyennes, et il sera toujours plus rapide d'effectuer la 
transformation sur les congruences particulières définies par des paramètres 
réels. 

Cherchons maintenant à déterminer les coordonnées des points des deux 
élassoïdes, en fonction des paramètres complexes 9 et y. 

Posons pour un instant 


Les équations des plans tangents aux deux élassoïdes deviennent, pour 
l'élassoïde moyen : 


F — F+f 
— XsinB+ YŸ cosf + sin a ui — f cosæ 0, . . (62°) 
2 2 


pour l’élassoïde conjugué 


2 


F F—/f 
—Xain 8 + Y eosg + sine | — 25 | -: HER, . . (64) 


& 1014. 


Coordonnées des points des élassoïdes conjugués. 


N'oublions pas que F et / sont des fonctions de ? et de y individuellement, 
et représentons comme d'habitude, par exemple | 


d'F 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 431 


comme on à 
d d: 
el eh 
da d5 
dy Ÿ 
— — ER — | 
da de dB PM 


on peut considérer maintenant les équations (62') (64!) comme formées de 
fonctions des paramètres + et 8, et chercher les caractéristiques. 
Tout d'abord, pour l’élassoide moyen, on trouve 


Qi (F+F")—(f+ f”), 


en EF" — , F’’ 1 
À cosB + Y sin8 — sinx L + COS - sad 


repassant maintenant aux expressions en 9 et ÿ, il vient, en résumé, 


F'sins + F’'cos; f'sing + f''eosy 
é X + ——— nl | 
ÉLASSOÏDE 9 9 


7 
MOYEN. y_Fooss—Fsins _ f'ooss—f'sins + + + + (66) 


(+ F)— (+ f 


ZL—— 1 
2 


De la même manière on calculera les coordonnées du point correspondant 
de l’élassoïde conjugué; on trouve 


X  F'sino + F’cos3  f'sins + f”cosy 
À ee es ES 


à Fa 0 
ÉLASSOÏDE î 2 2 
CONJUGUÉ. LIEU F'eos ? Fsin ? + F'eosy — sing — 0 ‘ . ; . . (67) 
: 2 
F+Fn+(f+f) 


Z = 5 


Ces deux groupes d'équations fort simples sont susceptibles d'interpréla- 
lions géométriques importantes. 


132 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Soient (A) et (B) les deux courbes imaginaires, sections des deux déve- 
loppables isotropes par le plan de référence, P une origine fixe. Soient A et B 
les points des deux courbes déterminés par les deux valeurs + et 4 des para- 
mètres. Enfin, soient a et b les centres de courbure correspondants. Désignons 
par R,, R, les rayons de courbure de (A) et (B) en A et B. 

On sait que le centre de courbure a, par exemple, est déterminé par 
l'équation de la normale en A à (A) 


— Xsiny + yC08? — F'—0, 
et par celle de la caractéristique qui est la normale de la développée 


— xCOSÿ — ysiny — F”—0. 


$ 102. 
Définition géométrique des points des élassoïdes conjugués. 


Désignons par O et O0’ les points correspondants des deux élassoïdes, par 
w et «' leurs projections sur le plan de référence. 

4° La projection w du point O de l'élassoïde moyen (O) est au milieu 
du segment ab; 

2° Le Z du point O de l'élassoïde moyen (O) est égal à la demi-différence 
des rayons de courbure R, et R;, mullipliée par V— 1; 

3° Si l’on joint l'origine P, fixe, au point «! projection sur le plan de 
référence du point O' de l'élassoïde conjugué (0') le segment Pu' est égal à 
la moitié du segment ab multiplié par V— 1, de plus Pw' et ab sont 


parallèles 
ab 


Pit 
(A) ‘9 


ke LeZ du point O' de l'élassoïde conjugué (0') est égal d la demi-somme 
des rayons de courbure R, et Rs. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE 133 


Les deux premières propriétés sont des conséquences immédiates de la 
construction ponctuelle de lélassoïde moyen comme lieu des milieux des 
cordes s'appuyant à leurs extrémités sur les arêtes de rebroussement de deux 
développables isotropes, si l’on tient compte de cette proposition (énoncée 
pour la première fois par M. Moutard) : La projection de l'arête de rebrous- 
sement d'une développable isotrope, sur un plan donné, est lu développée de 
la section, par le plan, de la développable. 


$ 103. 


Définition des sections planes d'un élassoïde. 


Arrétons-nous un moment, afin de tirer de ce qui précède des consé- 
uences. Supposons que les courbes (A) et (B) se superposent; elles coïnci- 
deront alors avec une courbe (C) qui sera toujours réelle si les élassoïdes 
SOnt réels. 

On sait, et l’on vérifie d’ailleurs à première vue, que la développée (D) de 
la courbe appartient à l'élassoïde moyen, qu’elle est une géodésique de cette 
Surface. On voit de nouveau que le contour conjugué est une droite perpen- 
diculaire au plan de la courbe (C). Pour obtenir le point 0’ de cette droite 
Correspondant à un point D de la développée (D), il suffit de prendre PO’ 
égal à AD. 


Le plan de (C) coupe l’élassoïde moyen suivant une courbe double, lieu des 
Mélieux des cordes joignant les centres de courbure des cercles osculateurs, 
de néme rayon, de la courbe (C). 


Considérons maintenant une courbe (D) symétrique par rapport à une 
droite PP’. Il est clair que tous les couples de points symétriques a et b don- 
neront lieu à un point O situé dans le plan perpendiculaire au plan de (D) 
EE passant par l'axe de symétrie, mais deux cas sont à distinguer, ou (D) 
Coupe l'axe PP’ à angle droit ou elle y présente un rebroussement de pre- 
Mière espèce. 


134 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Dans le premier cas (C) présente en P un rebroussement et les rayons de 
courbure Aa, Bb doivent être considérés comme étant de signe contraire; 
dès lors le point O est dans le plan de symétrie à une hauteur au-dessus de 
w marquée par le produit de la longueur de l'arc imaginaire Pb par V— 1. 
On voit que le plan de symétrie coupera l'élassoïde moyen suivant une nou- 
velle géodésique dont les points réels correspondront aux couples de points 
symétriques, imaginaires, de (D) et inversement. Nous reviendrons plus loin 
sur ce cas particulier. Le contour conjugué n'est antre chose qu’une droite 
perpendiculaire au plan de symétrie. 

Au contraire, si la courbe (D) présente un rebroussement sur l'axe 
de symétrie, la développante (C) coupant cet axe à angle droit en P, les 
rayons de courbure en deux points symétriques ont même signe, leur 
différence est donc nulle. En conséquence, le plan de symétrie de (D) coupe 
l'élassuide moyen suivant l'axe de symétrie PP'. Le contour conjugué 
est, au contraire, une géodésique stiluée dans un plan perpendiculaire à 
l'axe PP". 


$ 104. 


On peut tracer sur des élassoides, même algébriques, des droites 


n'ayant que des parties réelles situées sur ces surfaces. 


Au point de vue de la réalisation physique par le procédé de M. Plateau, 
il convient de faire observer que, toutes les fois qu'un élassoïde, algébrique 
ou non, admettra un plan de symétrie, lui et son conjugué, simultanément 
algébriques, contiendront des droites ; mais il est fort remarquable que cer- 
laines de ces droites soient seulement réelles partiellement. Donnons un 
exemple. 

Soil proposé de construire l'élassoïde admettant pour géodésique la déve- 
loppée d’une ellipse; il est algébrique ainsi que son conjugué, mais, sur 
celui-ci, le contour correspondant à la développée est une droite égale en 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 135 


longueur (nous parlons de la partie réelle) au quart du périmètre total de la 

développée. 

Aussi dans la réalisation physique devra-t-on obtenir des nappes se reliant 
d'elles-mêmes à des segments de droite limités. 

On peut déduire, des formules interprétées ci-dessus, des conséquences 
d'un genre tout différent. 

Si les arcs (a) et (b) des courbes développées de (A) et (B) s'expriment 
algébriquement, les élassoïdes seront algébriques. | 


S 105. 
Élassoïdes transcendants admettant des lignes algébriques. 


Bo rnons-nous à examiner le cas de l’élassoide admettant pour géodésique 
ne Courbe plane (D); si celle-ci n’est pas la développée d’une courbe algé- 
brique (C), les élassoïdes seront transcendants , mais dans certains cas ils 
CON£zendront des courbes algébriques. | 

Les courbes algébriques d’un élassoïde transcendant correspondront aux 
érOu pements de points a et b tels que la différence ou la somme des longueurs 
tOrrespondantes des ares (a) et {b) soient algébriques. 

Un exemple éclaircira : Soit proposé de chercher l'élassoïde admettant 
POU>- géodésique une ellipse donnée (D). Cette surface est transcendante, 
Puisque le Z est proportionnel à la différence des deux arcs de l'ellipse. 

Maïs, considérons les points du plan rangés suivant une hyperbole homo- 
locale (H), ou suivant une ellipse (E) également homofocale à (D). On sait, 

d'aP rés un théorème dû à M. Chasles, que si le point M décrit l’ellipse (E), par 
*Xenn ple, les arcs décrits par les points de contact des tangentes à (D) issues 
© A4 ont une différence algébrique (*). Dès lors, les points de l’élassoïde cor- 
| "ESpondant à ceux de l'ellipse (E) seront situés sur une courbe algébrique. 


C) At façon de compter les arcs, adoptée ci-dessus, il faut dire ici la différence. 


136 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Au contraire, si l’on suit l’hyperbole (H), ce sont les points de lélas- 
soïde conjugué qui se rangent suivant une courbe algébrique. 

Étant donnée la nature des transcendantes déterminant les longueurs 
d’arcs d’ellipse, on voit que sur chacun des deux élassoïdes précités il n’y 
a qu'une famille de courbes algébriques. Au demeurant, s'il y en avait 
deux, les élassoïdes seraient algébriques. 


8 106. 


Les lignes de niveau d'un élassoïde admettant pour géodésique une courbe 
plane algébrique dont l'arc s'exprime par une fonction elliptique de 
première espèce, sont algébriques. 


Soit pris en général pour (D) une courbe algébrique dont l'arc s'exprime 
par une fonction elliptique de première espèce [M. Serret a montré qu’il en 
existe une infinité, toutes unicursales; la plus simple est la lemniscate de 
Bernoulli]. L'élassoïde qui admet (D) pour géodésique, el Son conjugué, 
sont coupés par des plans parallèles à celui de (D) suivant des courbes 
algébriques. 

Il importe d'observer que ces diverses courbes algébriques ne se corres- 
pondent pas d’un élassoïde à l’autre. On sait d’ailleurs qu'en thèse générale, 
si l’on trouve deux contours conjugués algébriques, les élassoïdes conjugués 
sont algébriques. | 

Ajoutons que, le long d'une courbe algébrique d'un élassoïde transcen- 
dant, la développable circonscrite est algébrique. En effet, l'équation (62') 
donne pour la trace du plan tangent à l’élassoïde moyen sur le plan de 
référence 


ps Eerf 


— Xsinf + Ycosf + sina COS a =m (. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 137 


8& 107. 


Sur l'algébricité des développables circonscrites à un élassoïde 
le long de courbes algébriques. 


On peut toujours supposer que l'origine est transportée pour un instant 
au point de rencontre des tangentes en a et b, et que l'axe des X coïncide 
avec la bissectrice de l'angle « M b (car si les points a et b sont imaginaires 
conjugués, l’origine et l'axe seront réels), l'équation précédente devient 
alors 


L = 
Y + sina 


La trace du plan tangent est donc parallèle à la bissectrice de l'angle aMb. 
Parce que la courbe suivie est algébrique, le Z est algébrique, conséquem- 
ment (voir $ 101) | 


F—f+F'—/f", 


est une expression algébrique; or F’' et f’! distance de l’origine aux normales 
en a el b sont manifestement algébriques; dès lors la différence F — f est 
algébrique. 

Conséquemment, les traces des développables circonscrites à un élassoïde 
le long d’un contour algébrique, traces prises sur un plan arbitraire, sont 
algébriques. L’algébricité des développables elles-mêmes est donc compléte- 
ment démontrée. | 

On vérifierait facilement que la trace du plan tangent à l’élassoïde moyen 
passe par le milieu de la corde AB (voir $ 101). On donnerait une définition 
aussi simple du plan tangent à l'élassoïde conjugué. 


Tome XLIV. 19 


138 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


$S 108. 


Lignes de longueur nulle se progetant sur ur plan donné 
suivant des courbes algébriques. Exemples. 


Les considérations précédentes ne sont vraies que si les courbes (a) et (b) 
sont algébriques. Il est d’ailleurs bien facile de former autant d'exemples que 
l'on voudra d'’élassoïdes satisfaisant à cette condition : nous avons montré 
à la page 87 qu'à toute section plane d'un élassoïde correspond un contour 
conjugué dont la projection sur le plan de la courbe peut être arbitraire. Si 
donc la première courbe et la projection de la seconde courbe sont prises 
algébriques, les lignes isotropes des élassoïdes conjugués auront pour pro- 
jections des lignes algébriques. 

Par exemple, si l’on considère l'élassoïde admettant pour ligne de cour- 
bure une conique, on voit facilement que ses lignes isotropes ont pour pro- 
jections sur le plan de la conique deux familles de coniques identiques. 


CHAPITRE XIII. 


LIGNES DE COURBURE OU LIGNES ASYMPTOTIQUES DES ÉLASSOÏDES DÉDUITS DU PLAN. 


$ 109. 
Calcul des éléments d'un élassoïde dépendant du deuxième ordre. 


Déduisons, des calculs précédents, ce qui a trait à l’image sphérique des 
élassoïdes, afin de pouvoir appliquer les résultats obtenus au $ 55. 

La formule (62) fait voir que les coordonnées du point de l’image sphé- 
rique (sur une sphère de rayon R) sont définies par le groupe 


D EE R 
+ Hp  , V—y b—$p 
sin 9 cos 2 sin cos 2 


On en déduit, pour le carré de l'élément linéaire, 


H° 
AS? — dy. de. 
b— 


2 


cos? 


On voit que les lignes isotropes de la sphère correspondent, comme cela 
devait être, aux tangentes des lignes (A) et (B). Nous trouvons 


a=— F— f— F'sin(s — +?) + F'[1 + cos (y — 9]! 


b — 1, F—f— f'sin(y — 8) — P'{1 + cos(y —#)] | 


140 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


el nous en concluons 


d , 11 nn 
ue (Per) 0" 
de 2 2 
db +) _ ,(4—+9) 
% 2 cos T9 : 


Conséquemment, nous déduirons : 
4° pour le carré de l'élément linéaire de l’élassoïde moyen 


dS = (P° + F°") (f + f) eos D dy.d, ...  « . « (68) 


2° pour les rayons de courbure principaux 
R'—(F+F")(f +/f") cost #) de 400) 
3° pour l'équation de directions conjuguées 
(F" + F°') dde + (f + f)dp.d# =0 . . . . . . . (7) 
En particulier, l'équation des lignes de courbure peut s’écrire 


AGENT IAE EL 


8 110. 


Équations des lignes de courbure et des asymptotiques. Introduction des 
mêmes intégrales, en cherchant des élassoïdes passant par un contour 
plan. 


Désignons par R, et R, les rayons de courbure en (a) et (b) des déve- 
loppées de (A) et de (B) projections des arêtes de rebroussement des focales 
isotropes ; l'équation précédente est équivalente à 


dVR=EdVR , :.. ... . . . . . (71) 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 141 


Il est bien clair, également, que les lignes de courbure des élassoïdes 
straifiés, dérivés de l’élassoïde moyen, sont définies par l'équation 


md; V’R, — + ndy VR. 
Si donc les expressions 
JS'dVR, ct J'd; vVR,, 


qui dépendent de quadratures, sont algébriques, les projections des lignes 
de courbure de tous les élassoïdes stratifiés sont toutes algébriques (*). 

Il pourrait se faire que les lignes de courbure d’un seul des élassoïdes 
de la famille fussent algébriques. Ce cas se présenterait si les expressions 
précitées étaient des fonctions elliptiques de première espèce. 

La théorie des contours conjugués conduit aussi à considérer les mêmes 
intégrales à un point de vue tout différent. 

Soient trois courbes planes parallèles etéquidistantes(c) (a) (7); désignons 
par a les distances constantes et égales Ca et ay. 

Cherchons le Z du contour (c!) conjugué de (c) et qui admet pour pro- 
jection sur le plan de la figure la courbe (};), après une rotation de 90° 
autour d’un point du plan. Comme 


d(c) = (R + a)d, 
d(y) = (R — a)ds, 


si R et d8 désignent le rayon de courbure et l'angle de contingence de (a) au 
point a; d'après ce qui a été dit au $ 87 


dz =V'd(c} — d(y}ÿ = V'2a.deVR. 


Conséquemment 
Z—V2a faVR 


(") Les projections sur le plan de (a) et (b) sont alors algébriques parce que l'on suppose (a) 
et (b) algébriques. Les images sphériques des lignes de courbure des élassoïdes dérivés sont 
aussi toutes algébriques, elles peuvent même l'être si les intégrales caractéristiques sont algé- 
briques sans que (a) et (b) le soient. 


149 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Sans entrer dans aucun nouveau détail, nous dirons, par exemple, 
que : | 

Toutes les fois qu'un élassoïde admet une géodésique plane (a) et que les 
projections de ses lignes de courbure, sur le plan de la géodésique, sont 
algébriques, on peut faire passer un élassoïde algébrique par chacune des 
courbes parallèles à (a). 

Arrélons-nous un instant à montrer comment se déterminent les lignes de 
courbure d'élassoïdes simples, algébriques ou non. 


$ 111. 


Les lignes de courbure d'un élassoïde dont une parabole est géodésique 
dépendent des fonctions elliptiques. 


Élassoïde admettant pour géodésique une parabole. ‘ 

L'élassoïde n’est pas algébrique puisque l'arc de la développante de la 
parabole dépend des logarithmes. Prenant pour origine le foyer et pour axe 
polaire l'axe de la courbe, on voit, d'après les propriétés élémentaires de la 
parabole, que 


_ P 
nr 


si p désigne le paramètre de la courbe. Conséquemment l'intégrale carac- 
téristique de l'équation des lignes de courbure (car les deux intégrales sont 
de même forme quand les deux courbes (a) et (b) coïncident) est 


f dé 
cos” 8 


COS 8 — 
C 


posons 


9 
0S2@ 


(*) 8 étant l'angle de la normale avec l'axc de la parabole. : 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 143 
on obtient l'intégrale transformée 
VpV A1 [du V1 — 9 inv. 


Ainsi la détermination des lignes de courbure (ou des asymplotiques) 
dépend des fonctions elliptiques. 


$ 112. 


Lignes de courbure d'un élassoïide admettant pour géodésique la développée 
d'une parabole. (Fonctions elliptiques.) 


Élassoïde admettant pour géodésique la développée d'une parabole. 

Cette surface est algébrique : 

Le rayon de courbure de la développée n'est autre chose que la dérivée du 
rayon de courbure de la développante; on aura donc, en conservant les nota- 
lions précédentes, pour l'intégrale caractéristique, 


de V/sin6 
f Cos® 


1 
COSO = ————— \; 


posons cette fois, 


(cosw + sin«) 


nous obtenons l'intégrale transformée 
Jde VA — 26ino. 


Ainsi, la détermination des lignes de courbure ou des asymptotiques de 
l'élassoide admettant pour géodésique la __— d'une parabole dépend 
aussi des fonctions elliptiques. 


144 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 113. 


Lignes de courbure des élassoïdes admettant pour géodésique une épicycloïde. 
(Fonctions elliptiques.) 


Considérons maintenant tous les élassoïdes admettant pour géodésiques des 
épicycloïdes ou des hypocycloïdes planes. On sait que ces courbes sont sem- 
blables à leurs développées, par conséquent toutes celles qui sont algébriques 
[er il y en a une infinité] donnent lieu à des élassoïdes algébriques. 

R désignant le rayon du cercle, base de l'épicycloïde, et r le rayon de la 
roulette génératrice, p la distance, à la tangente, du centre de la base, wétant 
l'angle de la normale et de l'axe polaire, 


R 
= (R + 2r) sin - — », 
p —=( pierre 


de même, pour une hÿpocycloïde on trouverait 


R 
*— R 2 l 


Conséquemment, d’une façon générale pour les deux genres de courbes, 


p= asinke, 


et les courbes correspondantes seront algébriques chaque fois que k sera un 
nombre commensurable. 
L'intégrale caractéristique des lignes de courbure prend la forme 


Jde V'sinko : 


posons 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 145 


el nous transformerons l’intégrale précédente en celle-ci 


Jde V4 — 2sin'e. 
Donc on peut énoncer cette proposition générale : 


La détermination des lignes de courbure ou des asymptotiques des 


élassoïdes admettant pour géodésiques une épicycloïde ou une hyporycloïde, 
dépend des fonctions elliptiques. | 


$ 114. 


Élassoïde d'Enneper à lignes de courbure algébriques. 


Donnons maintenant des exemples d'élassoïdes dont les lignes de cour- 
bure sont algébriques. 

Considérons l'élassoïide admettant pour géodésique la première poduire 
négative de la parabole, prise par rapport au foyer. 

La podaire de la courbe considérée n’est autre chose que la parabole; 


conséquemment, si p désigne la distance de l’origine à une tangente, et 
6 l'angle de la normale avec l'axe polaire 


on voit que l'intégrale caractéristique a pour valeur 


8 
tg 2° 
Toue XLIV. 20 


146 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


par conséquent l'équation des lignes de courbure est 


! 
gi on ms 6: = constante, 


et l'on voit que les lignes de courbure ou les asymptotiques sont algé- 
briques. | 

D'un autre côté, on aura manifestement une développante de la courbe 
choisie en considérant l'équation tangentielle 


P— /pds, 


où P désigne la distance de l’origine à la tangente de cette développante et o 
l'angle de la tangente et de l'axe polaire. Or, 


8 
P — LS 


La développante est donc algébrique. 

On voit que l'élassoïide qui admet pour géodésique la première podaire 
négative de la parabole prise par rapport au foyer, est algébrique ; il a ses 
lignes de courbure et ses lignes asymptotiques algébriques. 

Nous montrerons plus loin que cet élassoïde a ses lignes de courbure 
planes. Il a été découvert par Enneper. 

Les considérations du $ (109) peuvent être invoquées ; elles montrent que 
par les courbes parallèles à la première podaire négative de la parabole (le 
pôle élant au foyer) on peut faire passer des élassoïdes algébriques. 


$ 445. 


On peut déduire de l'élassoide d'Enneper un nouvel élassoïde algébrique 
dont les lignes de courbure s'intègrent. 


Mais on peut déduire de ce qui précède un nouvel élassoïde algébrique 
dont les lignes de courbure ou les asymptotiques s’intègrent. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 147 


Si nous considérons en effet l’élassoïde admettant pour géodésique la déve- 
loppée de cette première podaire négative de la parabole (surface manifeste- 
ment algébrique), nous trouvons pour l'intégrale caractéristique des lignes de 


courbure 
dé 0 
l mn | 
VA sVus 
COS — 
9 


Dès lors l'intégrale des lignes de courbure ou des asymptotiques est 
donnée par une relation de la forme | 


m C ‘| En let) constante. 


Enfin, ce qui précède met en évidence une application des plus remar- 
quables sur laquelle il convient d’insister. 


$ 4146. 


Deux exemples de lignes de courbure transcendantes. 


La podaire négative dont il vient d’être question est la développée d’une 
courbe algébrique (C) dont l'équation tangentielle est, comme nous l'avons 
montré, 


6 
P — 2a - tg-. 
a 8; 
Les développantes de celles-ci sont à leur tour définies par l'équation 
6 
P'= — talog.cos— + C, 
laquelle est transcendante, par conséquent l’élassoide, qui admet (C) pour 
géodésique, est transcendant. 


Les lignes de courbure et les asymptotiques sont également transcendantes ; 
donc de ce côté il n’y a rien à découvrir au point de vue de l’algébricité. 


148 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Mais il n'en sera pas de même si nous considérons la transformée par 
rayons vecteurs réciproques de la parabole en prenant pour pôle de trans- 
formation le foyer. 

Soit 8 l'angle de la parallèle à la normale en c à la courbe considérée (C). 
Soit P le pied de la perpendiculaire abaissée du foyer F sur la tangente. 
Enfin soit b le point correspondant de la première podaire négative de la 
parabole. On sait que F b est parallèle à la normale en c à (C) etque F, Pet 
b sont en ligne droite. 

On a manifestement 


comme d'ailleurs 
Fb x FP = u°, 


(a? étant pris pour la puissance de transformation) 
L 
6 
FP=— acos° -; 
3 


mais, si l’on forme l'équation de la développante 


P [fs Pre En € i à 
= . — —= — [4 — — sin}. 
9 9 3 5; 


On voit qu'elle est algébrique ; conséquemment : 


L'élassoïde qui admet pour géodésique la transformée par rayons vecteurs 
réciproques d'une parabole (le pôle étant au foyer) est algébrique (*). 

On trouve en opérant comme d'habitude, pour le rayon de courbure 
de (C), 


——. 
=: 4at0s— . 
RE 


(‘) Cette courbe est une cardioïde, variété d’une épicycloïde algébrique; conséquemment, on 
devait prévoir que l'élassoïde serait algébrique, mais ce qui précède conduit à la généralisation 
qu'il importait de signaler. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 149 


Dés lors l'intégrale caractéristique des lignes de courbure et des asympto- 


tiques devient 
7 20 de ._. 8 
| — ose [© À — 2sin*-. 
6 Ô 6 6 


La détermination des lignes de courbure de cet élassoïide dépend encore des 
fonctions elliptiques. 


8 4147. 


Étude d’une famille d'élassoïdes algébriques ou dépendant 
de fonctions circulaires. 


Plus généralement, considérons la courbe (C,) dont l'équation tangentielle 
est 


0 
P;, = acos" : 


on trouve pour son rayon de courbure KR, 


n — 


R,= 4. 


cos". 
n 
Conséquemment la développante serait définie par l'équation 
de ) 
P,,=nu — COS" —, 
n LU 


et l'intégrale caractéristique des lignes de courbure des élassoïdes dérivés de 


(C,) serait 


Si n est impair, 


. 8 10 1-1  ,,9 2.4...(n —3)(n —1) 
Pa, = asin À cos 2 oo rs | + C; 
par conséquent la développante est toujours algébrique. 


Il en résulte, alors, que tout élassoide admettant pour géodésique une 


150 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


courbe (C4) est algébrique. [Nous indiquons par les notations (C,,), 

(C+,) des courbes satisfaisantes pour lesquelles le coefficient » prend des 

valeurs paires et impaires. | 
Si ñn est pair, 


_ 


0 ] — À D si CEE — À (1 
P,, = asin— | cos"! - +- : cos"? + … NE APE) De LE 
n n n—2 n 2.4...(n — #4) (n — 2) 


4.3...(n—3)(n —1) 6 
2.4... (n — 2)n n 


+ C. 


Conséquemment tout élassoïde admettant pour géodésique une courbe (C...) 
dépend des fonctions circulaires. 

Mais il est remarquable que, dans ce cas, les intégrales caractéristiques, et 
par conséquent les lignes de courbure des élassoïdes dérivés dépendent aussi 
seulement des fonctions circulaires. En effet, on a 


n— 4m; ou n—2m, 


suivant que le nombre pair n est ou n’est pas divisible par 4. 
Supposons tout d'abord que n soit divisible par 4 ; il vient alors 


Sd = & f'do.cost=-t, 


dont l'expression intégrale esl algébrique. I en résulte que les projections 
des lignes de courbure et des asymptotiques des élassoïdes dérivés d'une courbe 
(CG), sur le plan de cette courbe, sont algébriques. Les courbes elles-mêmes, 
comme les élassoïdes, dépendent des fonctions circulaires. 

Supposons maintenant que n ne soit divisible que par 2 


[de V’R — k f ducos"-"o, 


et comme la puissance du cosinus est paire, les projections des lignes de 
courbure des élassoïdes dérivés de la courbe (C.) dépendent des fonctions 
circulaires. 

Considérons encore le cas où n est pair et négatif. Soit, par exemple, 


n—— din, où n— — 2m 


— 


: OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 151 
Dans le premier et le second cas 
Po = 4 [ deséc*” _ 
sin na 


2m | ou 0 2m—2 ,,,,0 2.4...(2m—4)(2m—92) 6 
es a =: sec n— ; — hr k RE séc — + C dé 


Dm — Î 


par conséquent les élassoïdes dérivés sont tous algébriques. 
Dansle premier cas [n = — 4m] 


[a VR = k f'ansécrte 


m—1 , 3.5... (2m — 1) | 1.3... (2m —1) 
: 


séc2"—lo ER 2 mure lo É TK 
2m - 2 2.4. (2m—2) Jam BB; 


sin © 


= k 


SÉC?”" 0 + 
2m 


donc les projections des lignes de courbure des élassoïdes dérivés, sur le plan 
de (C_ sn), dépendent des logarithmes. 


Dans le second cas [n = — 2m] 
ave fasse 
2m'— 2.4... (2m — #4) (2m'— 
= k— | set + _ hs 0h /0r7. + C; 
9m'—1 2m —5 4.5... (2m —5) (2m —3) 


par conséquent les lignes de courbure des élassoïdes dérivés de (C_,,) sont 
algébriques. 


S 118. 
Récapitulation de la nature des élassoïdes el de leurs lignes de courbure. 


On peut résumer les résultats établis ci-dessus, dans un tableau récapitu- 
latif, Remarquons tout d’abord que les courbes (C) sont des podaires positives 
ou négatives d’un point fixe (*), que par conséquent une podaire positive et 


(*) Si nest entier seulement. 


152 


ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


la podaire négative de même rang peuvent être considérées comme les trans- 
formées par rayons vecteurs réciproques l'une de l'autre. 


| Valeurs Indices Désignation 
du des podaires de 
coefficient n. | de points. la courbe (C). 

_—8 —9 » 

| —7 _—8 » 
— 6 — 7 » 

| — D — 6 » 
— #4 —5 » 
—3 — 4 » 
— 2 — 3 | Sennépérien 

—4À — 2 Parabole 

| 0 — À Droite 

| +1 0 Point 
+92 +1 Cercle 
+3 +2 Cardioïde 
+ 4 +3 » 
+ +4 » 
+6 +5 » 
+71 +0 » 
+8 +7 » 
+9 + 8 » 


Nature 
des 
élassoïdes dérivés. 


Algébrique 
» 
Algébrique 
» 
Algébrique 
Algébrique 
Logarithmique 
Plan 
Point 
Fonctions circulaires 
Algébrique 
Fonctions circulaires 
Algébrique 
Fonctions circulaires 
Algébrique 
Fonctions circulaires 
Algébrique 


S 119. 


des projections. 


CC 


Fonctions logarithmiques 


» 


Algébriques 


» 
Algébriques 
Fonctions elliptiques 

» 
Fonctions elliptiques 
Fonctions circulaires 
Fonctions elliptiques 

Algébriques 

» 
Fonctions circulaires 

» 


Algébriques 


CR 


Lignes de courbure ou asymptotiques. 


NATURE 


des courbes mêmes. 


. 2 6. 5 + ee + + © ee ee 


Fonctions logarithmiques 


Algébriques 


Fonctions logarithmiques"| Fonctions logarithmiques | 


D 
Algébriques 
De deuxième espèce 
» 
De première espèce 
Fonctions circulaires 
De deuxième espèce 
Fonctions circulaires 
» 
Fonctions circulaires 
» 


Fonctions circulaires 


Autres élassoïdes algébriques à lignes de courbure intégrubles. 


Il serait bien facile de former les équations d'élassoïdes dont les lignes de 
courbure ou les asymptotiques peuvent s'intégrer; démontrons-en simple- 


ment la possibilité. 


Tout élassoïde admettant pour géodésique la développée d’une courbe (C,) 
podaire, positive ou négative d’un point fixe, sera algébrique. Mais puisque 


ô 
cos"? — + 
n 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 155 


on obtient par dérivation pour le rayon de courbure de la développée 


d — — 2 
Lee, LA À cos * sin 2. 
do n° n On 


Conséquemment l'intégrale caractéristique des lignes de courbure du nouvel 
élassoïde sera de la forme 
n—5 
f/asscos T o,sinto, 


qui se ramène immédiatement aux intégrales binômes. En particulier si n est 


égal à 
4x +2 ou 4x +1. 


L'intégration s'effectue complétement, « étant un nombre entier arbitraire. 

À propos de l'étude des élassoïdes applicables sur des surfaces de révolu- 
tion, nous aurons l’occasion de montrer de nouveaux exemples d'élassoïdes 
dont les lignes de courbure sont algébriques. 


$ 120. 


Relations entre deux géodésiques planes réciproques, d'un méme élassoïde. 


Nous terminerons ce chapitre en établissant une propriété fort curieuse 
des élassoïdes admettant un plan de symétrie. Un élassoïde de cette nature 
est coupé par le plan suivant une géodésique; si celle-ci admet un axe de 
symétrie, le plan mené par cet axe perpendiculairement au premier est 
encore plan de symétrie; il coupe donc l'élassoïde suivant une nouvelle 
géodésique et ce sont les relations de ces deux géodésiques réciproques que 
nous allons mettre en évidence. 

Soient pris pour plan des XY et des ZX les deux plans de symétrie, le 
plan des YZ étant pris perpendiculairement aux précédents, et l’origine étant 
arbitraire. | 

Tome XLIV. 21 


154 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Considérons une développable isotrope dont les tangentes sur le plan des 


XY ont pour équation | 
X cos? + Ysinçg — F = 0. 


Soit d’un autre côté pour l'équation des traces des plans tangents de cette 
développable sur le plan des ZX 


X cosa + Zsina — p = 0. 
L'équation du plan tangent isotrope étant 
X cosy + Ysins + 12 — F —Ù, 
sa section par le plan des ZX aura pour équation 
X coss + 1Z—F—0, 


on l’identifiera à la trace déjà considérée en posant 


F —1F 
di isinp sin? 
è ; . 
tga— d'où cosa = + 1coty, 
CcosS$ 


on en déduit 


À — jsins. 
da 


Désignons par (M) et (N) les traces de la développable isotrope sur les 
plans des XY et des XZ, par M et N les points de contact des tangentes corres- 
dantes ; par (m) et (n) les développées respectives de (M) et (N); par m et n 
les points correspondants de ces courbes; enfin par R, et R, ou R,, et R, les 
rayons de courbure des courbes (M) et (N) ou (m) et (n). Comme 
d ’ 

_. — F'— Foots, 

Œp  ..,. | F 
1 i(F’'sinp — F'cos;) + Are 
on voit que 


d' 
R;= p + = 1(F'"sin; — F'cos:). 
œ 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 155 
Pour le rayon de courbure de la développée on obtient de même 


d 
R=T R= — (F'" + F'isin'e. 
Enfin, désignons par m et n les longueurs des normales menées en m et n 


aux courbes (m) et (n) et prolongées l’une jusqu'à la rencontre de l’axe OY, 
l’autre jusqu’à la rencontre de l’axe OZ. Nous trouvons 


n = (F" cosy + F’sins)siny. 
Parallèlement on a 
R, = F'’”’ 4 F', 


F'' cos? + F'sins 


—— 


Sin9 


Le tableau suivant, dans lequel nous avons introduit les coordonnées des 
points m et n, résume l'analyse précédente. 


DANS LE PLAN DEs X, Y. DANS LE PLAN DES X, Z. 
— RP ——— nn 
— 2, = F''eos; + F'sins, — 2%, = F''cosy + F'sin?, 
__PNe: — F'a . À 
+ y, = F'sin; —F'sins, z = i(F’+F), 
F''cos » + F'sine | 
M= == 11 ” . 
. ; n = (F"cosy + F'sins)siny, 
R.=F" + F". R,—= — (F°" + F')sin‘?. 


Prenons pour (m) une courbe réelle et cherchons l’élassoïde qui l’admet 
pour géodésique. Get élassoïde est double; les deux arêtes de rebroussement 
des focales isotropes généralrices coïncident avec une seule ligne de longueur 
nulle dont la projection sur le plan des XY sera (m), comme elle sera (n) 
sur le plan des XZ. Conséquemment le tableau précédent donne les relations 
existant entre deux géodésiques particulières de l'élassoïde. SiS,,, et S,,. dési- 
gnent les longueurs des arcs de ces deux courbes (toutes deux réelles si OX 


156 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


est axe de symétrie) on a 
Z, + Son)» Yn rs 19») 


XL, = XL) 


R, 
a . 


Les deux premières relations sont de simples vérifications de ce fait que 
les courbes (m) et (n) sont les deux projections d’une courbe de longueur 
nulle. 


S 121. 


Géodésiques planes pour lesquelles R = + kn; elles sont toujours associées 
sur un méme élassoïde. 


La troisième relation présente un intérêt tout particulier. Îl est clair qu'aux 
points réels de la courbe (m) correspondent des points imaginaires de (n) et 
inversement ; la relation qui nous occupe n'aurait donc qu'un intérêt secon- 
daire si clle ne caractérisait pour certaines courbes une double propriété 
invariante. 

Considérons en effet une courbe (m) telle que le rapport du rayon de cour- 
bure à la normale (comptée jusqu’à l'axe OY) soit constant et égal à 4. La 
relation précilée exprime que la courbe (n) jouit d’une propriété analogue, 
le rapport du rayon de courbure et de la normale étant cette fois égal à — k. 

L'étude des élassoïdes qui donnent lieu à ces propriétés fera l'objet du 
chapitre qui suit. 


N 


CHAPITRE XIV. 


ÉTUDE D'UNE FAMILLE D'ÉLASSOÏDES PARTICULIERS. —— LIGNES ALGÉBRIQUES. 
LIGNES DE COURBURE. 


8 122. 


Il y a deux élassoïdes satisfaisants déjà connus, l'alysséide et la surface 
de M. Catalan. 


Il convient tout d'abord d'observer que l'on connaît déjà deux élassoïdes 
de la famille. 

L'élassoïde de révolution a pour imnéridienne une chainette qui est une 
ligne géodésique plane; il admet une autre géodésique plane qui est le 
cercle de gorge. Pour cette courbe le rayon de courbure est égal à la normale, 
et, conformément au théorème général, le rayon de courbure de la chainette 
est bien égal et de signe contraire à la normale comptée jusqu’à la base. 
L'élassoïde de révolution est transcendant, mais il admet une famille de lignes 
algébriques qui sont les sections par des plans perpendiculaires à l'axe de 
révolution. 

En second lieu, M. Catalan a fait connaitre un très-bel élassoïde engendré 
par des paraboles et une cycloïde, admettant deux géodésiques planes, l’une 
parabolique, l’autre cycloïdale, comportant aussi une famille de courbes algé- 
briques, les paraboles du second degré. Or la parabole, comme la cycloïde, 
jouit de cette propriété que son rayon de courbure est double de la normale, 


158 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Dans le premier cas, le rapport est négatif (la normale est comptée jusqu’à la 

directrice), dans le second cas, le rapport est positif (la normale est comptée | 

jusqu'à la base). | 
C'est en faisant à prior: ce rapprochement et en cherchant pourquoi s'as- 

socient sur un même élassoïde des courbes algébriques et transcendantes 

disparates, comme la parabole et la cycloïde, que nous avons été amené à 

soupconner le théorème général. 


$ 123. 


Les roulettes génératrices des courbes pour lesquelles Rnb ont 
Lé ® n 8 
pour équation p— acos" =. 


Cherchons les courbes planes (0) pour lesquelles le rayon de courbure 
R, est égal au produit de la normale complée jusqu’à la rencontre d’une 
droite DD’, par un coefficient x arbitraire, mais constant. Bien que le pro- 
blème soit résolu dans tous les traités, il convient pour notre objet d’en don- 
ner une solution fort simple et qui a l'avantage d'introduire à nouveau des 
courhes intéressantes , rencontrées précédemment. 
Considérons la roulette (C) qui, roulant sur DD’, ferait décrire à un point 
O de son plan la courbe satisfaisante (0) : x désignant à chaque instant l’an- Ç 
gle de OC avec DD’, r désignant le rayon de courbure en C de (C), on 
obtient sans difficulté la relation (*) 


P 


= p—rsinp j 
Dans le cas actuel, de ce que 
R = np; 
on déduit 
n —1 
= 7. 
sin p n 


(*) p désigne la distance OC. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 159 


Considérons maintenant la roulette (C) dans son plan, XX’ étant un axe 
fixe passant par le pôle O, « désignant l'angle polaire COX’, 6 l'angle de la 
normale à (G) avec l’axe fixe. On sait que, si d(C) représente l'élément 
d'arc | 


Conséquemment l'équation du problème devient 


n — 1 


= do. 


d6 
ni 


Donc, en choisissant pour XX’ une direction convenable 


n — 1 
0 = 0; 


mais d’un autre côté, on a généralement 


a Tr 
= — = + ©, 
9 B 


ce qui, dans l'espèce, donne 


Il est maintenant facile d'intégrer l'équation des courbes(C). Si p désigne 
la distance OP de l’origine à la tangente, comme l’angle de la tangente à la 
podaire (P) avec OP est égal à x, on sait que 

dp 


nn -7"à 


Il en résulte pour l'équation différentielle des courbes (C) 


re g°= 0. 
P n n 


160 . ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


En définitive 


0 
p — acos” — - 
n 


Ainsi les roulettes (C) sont précisément les courbes étudiées au chapitre pré- 


cédent. 
Si nous revenons aux courbes (0), nous voyons que 


l’'ordonnée y = p, 


l'abscisse x — VA pds; 


car cette dernière intégrale est, comme il a été dit déjà, l'expression de la 
distance de l'origine (0) à la tangente d’une développante (D) de (C), et, la 
courbe (D) entraînée dans le roulement de (C) sur DD’ passe constamment 
par un point fixe qu'on peut prendre pour origine des abscisses. 

Conséquemment la courbe (0) sera algébrique en méme temps que l'élas- 
soïde admettant la roulette correspondante (C) pour géodésique. 


$ 124. 


Les deux roulettes génératrices des courbes pour lesquelles R= + nb 
sont transformées l'une de l'autre par rayons vecteurs réciproques. 


D'après le théorème général qui'a motivé cette étude, l'élassoïde, admet- 
tant (O) pour géodésique, en admet une autre (O') telle qu'en chacun de ses 


points 
Ro = — np. 


Dès lors, la roulette (C') correspondante a pour équation tangentielle 


4 
= 4 COS" —; 
P n 


et l’on a 
pp' = a". 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 161 


Les podaires des roulettes (C), (C') corresponduntes, sont transformées, par 
rayons vecteurs réciproques, l’une de l'autre. 
Le rayon de courbure R, a pour valeur 


pp 8 
R=np= nn —— = nacos"-" -; 
sin n 


ar conséquent l'intégrale caractéristique de l'élassoïde qui admet pour 
P 


géodésique (0) (l'angle de contingence de(O) étant précisément du) a pour 
valeur 


sh 
[ dcos : 


et l'équation des lignes de courbure ou des asymptotiques de l'élassoïde sera 
algébrique toutes les fois que l'intégrale précédente le sera. Les projections 
de ces lignes, ou seulement leurs images sphériques, seront alors algébriques. 

Occupons-nous en premier lieu des courbes (O) seules. D'après ce 
qui vient d’être dit, on voit qu'il convient de distinguer quatre classes de 


courbes (0). 


$S 125. 


Courbes du genre cycloïde. 


Première classe caractérisée par des valeurs paires et positives de n. Les 
points de la courbe correspondant à une valeur du paramètre sont définis 
par les équations simultanées 


y —= aCos"o, 


es ls 1 Re 3.5...(n — 3)(n — 1) te 1.35...(n — 3)(n —1) 2 
—= $SiNo)cC EC RNEREE PEL TRE (A) ne re 
"Un 2.4...(n — 4)(n — 2) 2.4...(n — 2jn 


ces courbes sont périodiques, elles présentent une suite d'ondes cycloïdales ; 
la cycloïde en est le type. 
Tous ALIV. 22 


169 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 126. 


Paraboles du degré n. 


Deuxième classe caractérisée par des valeurs paires et négatives de n. Les 
puints d’une courbe correspondant à une valeur du paramètre (considéré ci- 
après en valeur absolue) sont donnés par les équations simultanées ’ 


en —n 
y =acos "©, 


n | Î n—2 1 er er) 
(g © ——— |. 


n — À 


+ RTE AE 
cos"?  n—3 cos" "to .3...(n — 5)(n — 3) 


VA 
a 


Si l’on donne a y une certaine valeur il n’y a que n valeurs de x correspon- 
dantes, car les valeurs de cosw affectées des signes + donnent le même 
résultat dans la parenthèse et comme 1g« comporte le double signe, on voit 
que les courbes considérées sont algébriques et du n*"° degré. Il faut vérifier 
qu'il n’y a pas de points à l'infini sur les directions parallèles à l'axe des x 
pour que le raisounement qui précède soit légitime ; or pour que x devienne 
infini il faut que 


d'ailleurs comme y est infini en même temps que x, on voit que les courbes 
sont des paraboles de degré n dont la direction asymptotique est perpendi- 
culaire à la directrice ou base. Le type est la parabole du second degré. On 
aura des courbes de la même famille du quatrième, du sixième, du huitième 
degré, en un mot de tous les degrés pairs. 

L'équation de la parabole du quatrième ordre esl 


9 x? : : 
Ets) =12tl 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 165 


& 127. 


Cercles de degré 2n. 
Troisième classe caractérisée par des valeurs impaires et positives de n. 
Les points d’une courhe de la famille sont déterminés par les équations 


y = aCoOS"w, 


n — 1 | TS] 


COS" w + .. 


À =sino| cos" à +  ———— —— —— |. 
a n — 2 1 3...(n — 4)(n — 9) 


Remarquons tout d'abord que ces courbes algébriques sont fermées, car elles 
n'ont d’autres points à l'infini que les ombilices puisque 


lim J LL 
x 


lorsque sins ou cosw tendent vers l'infini, ce qui est nécessaire pour que 
les coordonnées croissent indéfiniment. | | 
L'axe des y est un axe de symétrie ; aussi la courbe est-elle du degré 2n ; 
les degrés de ces courbes seront donc 2 (cercle), 6, 10, 14..., etc. Le cercle 
en est le type. 
Le cercle du sixième degré a pour équation 


(a? + y — 4ka*Ÿ + 27ayt — 0. 


$S 128. 


Courbes transcendantes du genre chainette. 


Quatrième classe caractérisée par des valeurs impaires el négatives du 
paramètre n. On a (en prenant la valeur absolue de n) 


7 æ n ., 1 n —92 À 35..(n— 2) 1 
— — RO 
a n—i cos" lo  (n—3) cos” “x 2.4...(n —5) cos’ 


MCE ( 5: 
2.8..m—2 8 812 4) 


164 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


ces courbes, dont la chainette est le type, sont toutes transcendantes,. 

On voit par cetle énumération qu'aucun des élassoïdes admettant des 
courbes (0) pour géodésiques ne peut être algébrique, car tant que n esl 
entier, à toute courbe (O) algébrique correspond une courbe (0’) transcen- 
dante et inversement. Lorsque n est fractionnaire, aucune des géodésiques 
(O) et (0’) n'est algébrique. 


$ 129. 
Lonquewr's des courbes salisfaisantes. 


Désignons par F’ la distance de l’origine aux tangentes d'une courbe (0), », 
l'angle auxiliaire employé précédemment, est l'angle que fait la normale 
avec la base prise pour axe polaire, on a, en conservant les notations rela- 
tives aux courbes génératrices (C), 


F 
= + nsino f pdu + COS&.p; 
a 


par conséquent 
Fr” : . 
ee cose / cos" o, (lo — sin co. cos" «. 
a 


Soit en intégrant par parties 


F 
= ncoso f| COS" odo + (n + 1) J' cos"+ 0. do. 
a 


Mais d’après la formule de réduction bien connue 

(n + 1) f cos"Flu.du = sinvcos”o + nf cos"-to.da, 
il vient aussi 

F 


-= nf cos" 'o.de + sinwCos"o — ncoso f cos" « . do. 
a 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 165 
On en déduit pour l'arc de la courbe (0) 
So = F - F" — na f cos"-'s.du, 


ce qui peut être considéré comme une vérification. 


$ 130. 


Lignes algébriques des élassoides (E,) et de leurs conjugués (E}). Leurs 
“images sphériques forment un réseau orthogonal de grands et de petits 


cercles. 


Cherchons maintenant à déterminer sur les élassoïdes, admettant une 
courbe (O0) pour géodésique, les lignes algébriques. Les calculs s'applique- 
ront immédiatement aux élassoïdes conjugués en utilisant les formules des 
&$ 101 et 109. | 

Nous désignerons par [E,] et [E!] les élassoïdes dérivés l’un d’une courbe 
(O), dont le paramètre est n, l'autre conjugué du précédent. | 

D'après le théorème sur l'association des géodésiques (0), caractérisées 
par les paramètres + n, il suffira de considérer deux cas : 

4° n positif et pair [(O) est du genre cycloïdal]. Remplaçant « par + et y, 
comme dans la théorie générale, on trouve d’après (66), (67), pour les 
coordonnées de l’élassoïde [E,] | 


n—1 a 3.5...(n — 5)(n — 1) | LR eu D 
2.4...(n — 2)n 


2 SP no cos"! w + 0 —————— COS o 
+ n—2 2.4...(n—4)(n -2) 


ee 
: 5 = A sin] co DE 0 0 1.3...{(n — 5)(n — 3) l’ 


groupe où les symboles 2° et A, représentent les sommes et les différences 


166 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


des deux expressions oblenues en remplaçant successivement « par + et Y, 
dans les expressions régies par ces symboles. 

En ce qui conserne l’élassoïde conjugué du précédent, on trouve pour les 
coordonnées de l’élassoïde [E;] 


! 2r't : n— 3.5...(n—3(n—1) 1.3... (n—3)(n—1) 
ms ? , n—i n—5 SR ————————— &, 
a Aÿ sin cos +49 + "ar. (n—4n—2) | 2.4...(n—2h 
Qy'i 
T° APeos" ©, 
a Ÿ 
2An—1) z ? . Te 2.4...(n —4)(n — 2) 
| n 6. 2 ina] cos sa n— 3 “os 1.5...(n —5)(n —5) 


20 n positif et impair [(O) est du genre circulaire], on a de même, pour 
les coordonnées de l’élassoïde [E,| 


ms 


2 
= Z?sin ao + COS" co + 
a ÿ | n — 2 1.5...(n — #)(n — 2) 


n — | | 


2 
Je; COS" «, 
a 
£ —À ; —9 5 … Fan —! O0 LE Pare __—, 
LL PERS cos" + ne eu M? F2 0 m2 ne 1 
n «a Ÿ n—5 2.4...(n—5)(n—5) 2.4...(n—5)(n—1) 


Pareillement, pour les coordonnées de l’élassoïde [E/] 


| 2x" 


— À 2.4...(n—3)(n —1 
à — Afsina] costa — COS" + +. nee | 


| - 
| 2y i= A} cos"o, 


—92 3.D...(n—4)(n —92 1 5..(n—4)(n—° 
QE Du ina] cos a D Un. Poe ee), 
a + n—5 2.4 .(n—5)(n—3) 2.4..(n—5)(n—1) 


Il est bien entendu que dans ces formules + et 4 représentent des angles 
imaginaires conjugués 


p=—= «a + 1B, = a — 18. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 


167 
Les formules qui précèdent montrent immédiatement par quelles asso- 
élassoïdes. 


ciations de valeurs de + et ÿ on obtiendra des lignes algébriques des 
4° n étant positif et pair [(O) étant du genre cycloïdal] les lignes algé- 
briques sont déterminées sur [E,] par 

p + 4 — La — Constante, 

sur [E/] par 


inversement 


p — ÿ —= 216 = constante; 
2° n étant positif el impair [(O) étant du genre circulaire] les lignes 
algébriques sont déterminées sur [E,] par 


sur [E/] par 


p— ÿ — 28 — Constanie, 


p + 4 —= 2a — constante. 


Les images sphériques de ces courbes algébriques sont, dans Lous les cas, 
déterminées par les équations 


R 
| cosæ sinig  cosif 


Conséquemment, elles sont tantôt de grands cercles admettant l'axe des Z 
pour diamètre, tantôt les pelits cercles dont les plans sont per pendiculaires 
à l'axe des L. 


Ainsi, lorsque n est posilif et pair : sur [E,] les lignes algébriques 
sont les courbes de contact de cylindres dont les génératrices sont parallèles 
au plan de la courbe cycloïdale (O). | 

Il en est de méme sur [E!] lorsque n est positif et impair. 


Par exemple, si n— 2, [E,] est l’élassoïde de M. Catalan, où s'associent la 
cycloïde et la parabole; les lignes algébriques sont des paraboles dont les plans 


168 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


sont perpendiculaires à celui de la cycloïde et les développables circonscrites 
à l’élassoide le long de ces courbes sont des cylindres. 

Si ñn = 1, [E;] est la surface de vis à filet quarré. 

Lorsque n est positif et impair, les développables algébriques circonscrites 
à l'élassoide [E,]\ ont leurs cônes directeurs circulaires. Il en est de même en 
ce qui concerne [E;]|, lorsque n est positif et pair. 

Par exemple, si n — 1, l'élassoide [E,] est de révolution et les déve- 
loppables algébriques sont les cônes ayant leurs sommets sur l'axe de 
révolution. 


$S 131. 
[E;] (*) a pour lignes algébriques des biquadratiques. 


Si n — 2 l’élassoïde [E}] a ses lignes algébriques détinies par les équations 


2x1 


— fi == cos 2x. sin 26, 
a 


2yi 


— — sin 2x. sin 28, où B est constante. 


z LJ L 
— = 2sina.cos 16, 
&@ + 


Soit, en éliminant a 


2rt LL: z' 
— — fi = sin 215 mes) 


u 2a* cos’ 15 


avec 


Y: LL PATE | 
LE — 6) + + sinf2ig = 0, 


(*) Il s’agit de l’élassoïde conjugué de celui qui comporte un assemblage de paraboles et de 
cycloïdes. | 


\W 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 169 


on a donc des biquadratiques qui se projettent suivant des cercles ou des 
‘paraboles sur les plans des XY ou des XZ. 

Nous verrons dans une autre occasion comment on peut élablir avec 
généralilé de nouvelles propriétés de ces courbes algébriques, mais il 
faut se limiter. 


$S 132. 


Sur les lignes de courbure des élassoïdes [E,. 


Examinons rapidement dans quels cas les lignes de courbure ou les 
asymptotiques donnent lieu à des propriétés se rapportant à l’algébricité. 

Nous avons montré que l'équation caractéristique de ces lignes sur [E,] 
est 


n +! m—-{ 
2 


J dpcos : p + f dy cos = 0, 


obtenue en partant de la géodésique (0.,); on aurait, au contraire, 


— #n—i{ —N—1 


J dy'cos É g + f dy'cos 31 y —=0, 


si l’on partait de la géodésique (O_,). 
On peut facilement vérifier l'identité des deux formules en partant 
des relations du $ 419 qui lient les éléments des deux courbes trans- 


formées. 
Tenant compte de la nouvelle direction des axes, on aura, par exemple, 


Tour XLIV. 23 


170 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Conséquemment , en substituant, on trouve 


n—{ —n—{ 
dg.cos * p—=1dy" cos * +’, 


et l'identité est vérifiée. 

Pour x = 1 l'élassoïde [E,] est l’alysséide, qui est de révolution ; on a en 
effet pour l'intégrale des lignes de courbure prises par rapport au cercle de 
gorge, 

pty=0, 


équalion qui caractérise le réseau sphérique des grands cercles ayant un 
diamètre commun et coupés par de petits cercles à plans parallèles. 

Pour n— 2, l’élassoide [E,] est celui de M. Catalan ; les lignes de courbure 
dépendent des fonctions elliptiques de seconde espèce. 


$S 133. 


Le réseau sphérique, image des lignes de courbure de [E,], est formé de 
biquadratiques ; une projection des lignes de courbure est algébrique. 


Pour nr = 3 l'intégrale des lignes de courbure est 
sinç + sin y = constante, 


soit en passant aux angles réels 


sin à COS15 = M, 


cos a sin 1B = ni, 


où » et x sont les paramètres des lignes de courbure. Les images sphériques 
sont les deux familles de biquadratiques 


m(X° + Y‘) + RX = 0, 


+9 Yt+Z__R'—0 
Pr n(X? + Y') — ZY — 0. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE 171 


on sait d'avance que le réseau formé par ces deux familles de courbes est 
orthogonal et isométrique, et que toutes les trajectoires des courbes d'une 
même famille sont algébriques. 

Les lignes de courbure de [E;] se projettent sur le plan du cercle [O;], du 
degré 6 (voir $ 126), suivant des courbes algébriques. Il est remarquable que 
les asymptotiques de lélassoïde [E;| transformées des lignes de courbure 
de [E;] ont aussi leurs projectons algébriques sur le plan de (0,). Pour n—1 
on à un résullat semblable avec cette particularité, qui ne se retrouve plus 
ici, que les deux projections coïncident avec des droites et des cercles 
orthogonaux. 

Il est facile de voir que si l'on à 


n = ha + 3, 


a étant un nombre entier quelconque, les images sphériques et les projections 
des lignes de courbure des élassoïdes (E,) et [E!| seront algébriques. I 
faudra, bien entendu, ne considérer que les projections des lignes de cour- 
bure effectuées sur les plans des cercles (0) de degré 2n. 


$S 134. 


Au sujet des courbes (0) quand un est fractionnaire. 


Dans tout ce qui précède, il n’a été question que des séries dérivées de 
n = À, séries qui comprennent tous les élassoïdes caractérisés par des 
valeurs entières de n. On pourrait également considérer le cas beaucoup plus 
étendu où # est fractionnaire. Les élassoïdes [E,] correspondants possèdent 
loujours deux géodésiques (0+,). Ces courbes elles-mêmes font partie de 
deux séries de courbes, podaires les unes des autres, correspondant à toutes 
les valeurs du paramètre augmentées ou diminuées de nombres entiers. Ces 
deux séries seront toujours distinctes hormis dans le cas où n = +°. Dans ce 


172 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


cas la courbe (0_.) est une hyperbole équilatère, (0.) est la lemniscate de 
Bernoulli, podaire de l'hyperbole par rapport au centre. Tous les élassoïdes 
qu'on déduirait de ces courbes sont transcendants, aussi bien ceux qui 
admettent les courbes (O) pour géodésiques que les élassoïdes [E,]. 

Nous aurions pu préciser davantage certaines propriélés des courbes algé- 
briques, mais il sera plus commode d'en déduire des propriétés générales 
nouvelles ayant trail à la dérivation des congruences isotropes d'un plan 
donné, propriétés qui feront l’objet du chapitre suivant. 


mp == 


k 
! 


CHAPITRE XV. 


NOUVELLES PROPRIÉTÉS DES CONGRUENCES ISOTROPES DÉRIVÉES D'UN PLAN DONNÉ. 


Conservant les notations et les définitions du chapitre XII : 
— xsin? + ycosp —F—0, 
— x sin + yeosy — f —=0 
seront les équations des normales Aa et Bb aux courbes (A) et (B) traces de 


deux développables isotropes, focales d’une congruence isotrope. Soit N le 
point Commun aux normales en A et B à (A) et (B); et « le milieu du 


sgment ab. 
$ 135. 
Au sujet des courbes orthogonales (à) et (u). 
Posant 
b— + 
er nl 
0 trouve que 
NA —P DRE ere ES 
sin 2x 
Pr ’ (e ] 
es eu f cos Re | 


174 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


On en déduit 
à—=P+p=(F" — /f'hcota —(F + f), 


p=P—p=—(F+ fige —(F—f), 


À et x désignant les paramètres des courbes orthogonales, lieux du point N, 

les unes analogues à des ellipses homofocales [ce sont les courbes (x)], les 

autres analogues à des hyperboles homofocales [ce sont les courbes (à)] (*). 
Rappelons que, l'équation du plan tangent à l’élassoïde moyen est 


— 2Xsin6 + 2YcosB + sin æ[— 2Zi — (F' + f'jcota + F — f]=0 


et que celle du plan tangent à l’élassoïde conjugué peut s’écrire 
— 2X'sin8 + 2Y'cos6 + isina[— 22’ +(F + f)—(F' — f'icota] = 0. 


On voit donc que Z! désignant l’ordonnée à l'origine du plan tangent à 
l’élassoïde conjugué 


22 + 1 =. 


Il en résulte que si l'on fuit décrire au point N une courbe (à), la courbe 
suivie sur l'élassoide conjugué est la courbe de contact de l'élassoïde et d'un 
cône. 

Tous les cônes correspondant aux diverses valeurs du paramètre À ont 
leurs sommets sur une perpendiculaire au plan auxiliaire d'où l’on fait 
dériver les élussoïdes. 


(*) Soit en effet (AB) une développante d’ellipse (E) ; si M décrit une ellipse homofocale à (E), 
on sait que 
Ma + Mb = arc ab + constante. 


Conséquemment : 
Ma + Mb = bB — aA + constante, 


et, en définitive 
MA — MB = constante. 


OÙ SURFACES À COURBURE MOYENNE NULLE. 175 


$ 136. 


Aux courbes (à) correspondent, comme développables circonscrites 
à l'élassoïde moyen, des polaires de courbes yauchés. 


D’après la théorie des contours conjugués, si l’on suit une courbe (à), les 
plans tangents à l'élassoïide inoyen sont les plans normaux d'une certaine 
courbe gauche qui est la ligne d'intersechion des deux développables 1s0- 
lropes supposées relevées el abaissées de quantités égales et imaginaires, 
au-dessus ou au-dessous du plan auxiliaire. La courbe de contact des plans 
lungents el de l'élassoïide moyen est le lieu des centres de courbure de la 
courbe gauche indiquée. 

Ceci fait entrevoir la possibilité d'obtenir sur le plan, non-seulement une 
représentation conforme des élassoïdes moyen et conjugué, mais encore une 


Image des surfaces et des courbes gauches qui jouent un rôle dans leur 
élude. 


_ $ 137. 


Les courbes gauches en question ont pour lieux des centres de courbure 
les lignes de plus grande pente d'une certaine surface. 


Cherchons tout d’abord la courbe gauche dont le lieu des centres de 
tourbure se projette suivant le lieu de w, lorsque N décrit la courbe 1. On 
bel que si P désigne le point de cette courbe, S étant le sommet du cône 
“TCOnscril à l’élassoïde conjugué, les segments PO et SO’ sont égaux, situés 
dns les plans tangents aux deux élassoïdes, et rectangulaires. 

Transportons l'origine des coordonnées au point N et prenons pour axe 
des æ la bissectrice de l’angle ANB, de façon à annuler £. Les coordonnées 


176 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


du point de l'élassoide moyen deviennent 


LEA 1 


X5 + cosa — 0, 


F'’ = v, 


d'A sinz — 0, 


Len I, 


L'équation du plan moyen est 


: . F— 
Y + sina(— Zi + 1) = (. 


Les coordonnées du point de l’élassoïde conjugué sont 


Xo F’’ : 5 


| cosa = 0, 
? 


Yo F"' + f 


sina = 0, 


F+Fr"+f+f 
2 


Lo = 
L'équation du plan tangent à l’élassoïde conjugué est 
Y + sine] —2+ —1|- À 


Le sommet du cône S étant le point où ce plan moyen est percé par l’axe 
des Z, le Z de S est 


F + 
Lis = 1 
Conséquemment 
Xo: Yo: . Lo — Zs es + SO’ 
D 
(6 isin a (FT + f7) cosaV”F / 


2 2 2 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 177 


La droite OP perpendiculaire à SO’ et située dans le plan moyen est 
parallèle à l'intersection du plan moyen et de 


— Xicos a(F”" — f") + Yisina(F”" + f/") + Z(F" + f")—=0; 


elle est donc parallèle à [a droite définie par les équations 


X Ÿ Z __EVx + +Y+ 27 
, EN Fr’ FREE F'’ . 
— 1C0Sa _ ) tsina ces [1 RE 2 = Du icosa/F. F”.f" 


Dès lors les coordonnées du point P sont 


(F" + {Æ] 
Xp = X4 F Cosa- LR] }, 
F" _ 1 
VE sin à (Ln 
2 
: F" + 1, 
LR n) 


2 


Îl n’y a manifestement qu'une combinaison de signes qui soit satisfaisante, 
c'est celle qui réduit la valeur de Z,. On en conclut 


XP = Yp= 0, 


{FF — 
SEE FF ) oh: 
2 2 
D'ailleurs, cet important résultat se vérifiera en étudiant e variations 
des paramètres à el p. 
Revenons maintenant aux axes primitifs, différentiant les valeurs de à et , 


il vient 
di dB[F' + f'—(F"— f''ycota] + da cotæ[F" + f'+ (F — f'cota|, 


— due = dé[F— [+ (F" + fige] + de.tga[—(F"—f")+(F' + fige). 
Tone XLIV. 24 


178 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


Cherchons les équations des projections, sur le plan auxiliaire, des carac- 
téristiques du plan moyen et de son conjugué, nous trouvons 


Âa .cotæ[(F” — f'}sin e + (F° + f'hcosa + 2X sin 8 — 2Y cos 8] 
+ AB. [CF — f'}sin a — (F” + f''}cos a — 2X cos B — 2Y sinB] = 0, 


pour la caractéristique du plan moyen projetée, et 


Aa.côta.i[(F"" + f'jsina + (F°— f'hcosz + 2X’sin B — 2Y’ cos6] 
+ AB[E(F" + f'hsina — i(F" — f’'}cosæ - 2X'cosB — 2Y'sinB] —0, 


pour la caractéristique projetée du plan conjugué. 

Commençons par vérifier la propriété de la surface, lieu du point P, qui 
se projette en N, et dont le Z, est égal à . A cet effet, nous chercherons les 
Aæ, Ay, Az du point P, d'une façon générale, puis en supposant que les 
axes sont parlicularisés; c'est-à-dire en annulant F’, f! et sin£. On a mani- 
festement 

— Az sin? + Aycos — (xcosy + ysinp + F’’)dp = 0, 


— Axsiny + Aycosy — (xcosy + ysiny + f''}dy —0, 
d’où l’on déduit, en particularisant comme il a été dit : 


à Lens opt LÉ OL 


sin a 


dé (F" + f")— dal" — f) 


COS x 


2Ay — 


et puisque, par hypothèse 


2Li= — 4, 


2ALi= — du = tga[d8(F" + f7) — da(r” — f")]; 
mais on a dans l'espèce 


— di — [dg(F" — f”) — da(P” + f’)jvote. 


le 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 179 
Il en résulte que si à reste constant, Ax s’annule et que 
.t | 
PAU = Sin «. 


Ainsi se trouve démontrée, sans ambiguïté de signe, la propriété trouvée 
plus haut et qu'on peut énoncer ainsi : 


Les courbes (P) dont les plans normaux touchent l'élassoide moyen, 
caractérisées par les diverses valeurs du paramètre À, sont, par rapport 
au plan auxiliaire, les lignes de plus grande pente d'une surface dont les 
lignes de niveau se projettent sur le plan auxiliaire suivant les courbes (u). 


$ 138. 
Nouvelle dérivation des élassoïdes du plan. 


Cette proposition conduit à une définition géométrique nouvelle de l’élas- 
soïde considéré comme l'enveloppée des plans normaux aux lignes de plus 
grande pente d'une certaine surface. La définition de celle-ci est fort simple, 
puisque les courbes (à) et (4) constituent dans le plan auxiliaire un réseau 
orthogonal tel que l'élément linéaire soit exprimé par la relation 


« 


ad = 7 + ; 
cos « sin & 

Toutes les fois qu'on aura obtenu, dans le plan, un réseau orthogonal 
satisfaisant, il suffira d'élever en chacun des points du plan une perpendicu- 
laire et d'y porter un segment égal à “# ou ©, les lieux des extrémités 
donneront des surfaces (P), dont l’une sera réelle et l’autre imaginaire toutes 
les fois que l'angle « sera imaginaire [les courbes (à) et (x) étant réelles] (*). 

Il est manifeste que les surfaces (P) ainsi trouvées sont d’un genre parti- 
culier caractérisé par la nature du réseau (à) (4) plan. Elles sont ainsi suffi- 
samment définies. 


(‘) Elles seront toujours imaginaires si l’angle x est réel. 


180 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 139. 


Sur les développables circonscrites aux élassoïdes 
correspondant aux courbes (x) et (x). 


Considérons maintenant les équations des projections des caractéristiques, 
en les rapportant aux axes particularisés. 
En ce qui concerne l'élassoïde moyen, l'équation est 


2Xd8.1ga + 2Ydx = cosa.du. 
En ce qui concerne l'élassoïde conjugué, on trouve 
2 
2X'd6 + 2.Y'icota — — 1isina.d). 


Si donc l'on suit une courbe (x), la projection de la caractéristique passe 
par le point N, en ce qui concerne l'élassoïde moyen. 
Si l’on suit une courbe (2) la projection de la caractéristique du plan tan- 
gent à l’élassoïde conjugué passe par l’origine. Cette dernière remarque est 
d'ailleurs une conséquence de ce fait que la développable, enveloppe des 
plans conjugués, est un cône. 
Mais si l’on observe que les caractéristiques des plans moyens et conju- 
gués sont toujours parallèles quand elles sont correspondantes, on peut 
énoncer deux élégantes propriétés des développables, enveloppes des plans 
moyen et conjugué, obtenues en suivant les lignes (x) et (x). 


Lorsqu'on suit dans le plan auxiliaire une courbe (à) [du genre hyperbole] 
les génératrices de la développable, enveloppe du plan moyen, se projettent 
sur le plan suivant les droites ab, dont l'enveloppe est, pär conséquent, la 
projection de l'arête de rebroussement de la développable considérée. 

Lorsqu'on suit dans le plan auxiliaire une courbe (x) [du genre ellipse] 
les droites, telles que No, représentent les progections, sur le plan auxiliaire, 
des génératrices de la développable, enveloppe des plans moyens. 


\ 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 181 


$S 140. 
Élassoïde admettant pour géodésique une conique et élassoïde conjugué. 


L'application la plus simple de ces propriétés générales est celle que l'on 
peut faire en prenant pour courbes (à) et (4) des coniques homofocales. 

Dans ce cas, les surfaces (P) ont pour lignes de niveau des ellipses qui 
se projettent sur le plan auxiliaire suivant un réseau homofocal. Les lignes 
de plus grande pente sont transcendantes, mais elles se projettent suivant des 
hyperboles homofocales ; de plus leurs surfaces polaires ont pour conjuguées 
des cônes dont les sommets sont en ligne droite. Les lignes, lieux des 
centres de courbure des lignes de plus grande pente, appartiennent à 
l’élassoïide moyen. 

D'un autre côté, les lignes ab étant les polaires des points N, par rapport 
à l’ellipse (a, b), les surfaces polaires des lignes de plus grande pente ont 
des arëles de rebroussement qui se projettent sur le plan auxiliaire suivant 
des coniques polaires réciproques des hyperboles (1) par rapport à l’ellipse 
(a, b) [ellipse qui est une géodésique de l’élassoide moyen]. 


8 141. 


Cônes du second degré circonscrits à l'élassoïde. 


Enfin, les droites, telles que No, passent par le centre de l'ellipse ; consé- 
quemment, les développables circonscrites à l’élassoïde moyen sont des cônes 
ayant leurs sommets sur la perpendiculaire au plan auxiliaire, élevée au 
centre des coniques homofocales. On a vu que ces développables contien- 
nent individuellement les courbes (4). Les cônes considérés sont donc du 
second degré. 

I est bien facile de compléter cette étude particulière en montrant que les 


1892 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


cônes, correspondant aux hyperboles (à) el circonscrits à l'élassoïde con- 
jugué, ou correspondant aux ellipses (à) et circonscrits à l’élassoïde moyen, 
sont les cônes supplémentaires de cônes homofocaux [pourvu qu'on les trans- 
porte convenablement]. 


$ 142. 


Les lignes algébriques des deux élassoïdes ont pour image sphérique 


un réseau de coniques homofocales. 


Si l’on considère en effet les plans isotropes passant par les droites Aa, Bb, 
ils se couperont suivant quatre droites, génératrices des quadriques homofo- 
cales ayant pour traces, sur le plan auxiliaire, les diverses coniques homo- 
focales (1) et (x). On sait que les cônes asymptotes de ces quadriques sont 
homofocaux. Mais l’une des génératrices passant en N occupe, par rapport à 
l'angle aNb, la même position que la droite de la congruence isotrope origi- 
nelle, par rapport à l'angle supplémentaire de ANB ; donc, si l’on fait tourner 
de 90°, autour de la verticale, la génératrice de la congruence, on aura une 
parallèle à la génératrice de l’hyperboloïde passant en N et ayant pour 
trace (4). Conséquemment les traces sphériques des cônes asymptotes, tour- 
nées de 90° autour de la verticale, constitueront l’image sphérique complète 
des courbes algébriques des élassoïdes moyen et conjugué. On peut donc 
dire que ces lignes ont pour image dus une famille de coniques sphé- 
riques homofocales. 

La plupart de ces propriétés ont été énoncées par M. Schwartz, en ce qui 
concerne l’élassoïde admettant pour géodésique une conique [Journal de 
Borchardt, page 293, année 1874]. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 183 


8 443. 


Le réseau (à) est le seul du plan qui corresponde à un réseuu orthogonal 


de l'élassoide. 


Dans le cas général, les courbes correspondant, sur les deux élassoïdes, 
aux lignes (4) et (à) sont rectangulaires; les calculs du $ 437 montrent en 
effet que leurs conjuguées sont orthogonales, ce qui équivaut à la proposition; 
mais cetle propriété peut s'établir directement comme il suit. 

Calculons, sur la sphère, le carré de l'élément linéaire rapporté au réseau 
des images sphériques des lignes correspondant aux (4) et (2). On sait que, 
d'une façon générale, on a sur la sphère de rayon unité($ 109) 


48 == dy ; dy : 
cos’ a 
(uencore 
3 ___ 41,2 
dSi — ee 
cos” x 


Mais on déduit des valeurs de dà et dx particularisées 
du d) 
AR PE (Es fe EE" ="), 
[”.dÿ FL) PAR [”) 
2/1! LA du LA LE da , 9, 
Re he D + f”). 
On en conclut 


AS — du“cot*a — d°tg°a 
7 4F”.f''.cos'a 


C qui montre bien que l’image sphérique est formée de courbes orthogo- 
nales. Comme, sur les élassoïdes et sur la sphère image, les angles se conser- 


YENU dans la correspondance : 
Le réseau orthogonal plan (?, x) correspond, sur les deux élassoïdes, à un 


184 ETUDE DES ELASSOIDES 


réseau orthoyonal, West même clair qu'il n'y a pas d'autres réseaux ortho- 
gonaux se correspondant sur le plan et sur les élassoïdes. 

Nous venons de voir que, dans le cas où le réseau (à, x) est formé de 
coniques homofocales, le réseau sphérique correspondant est formé égale- 
ment de coniques sphériques homofocales, constituant un réseau isométrique. 
On sait, d’après un théorème de M. Ossiau Bonnet, que les courbes corres- 
pondantes des élassoïdes sont aussi isométriques. 


8 444. 


Si le réseau (14) de l'élassoïde est isométrique, son correspondant du plan 
est formé de coniques homofucales. 


Il est intéressant de chercher dans quel cas cette propriété subsistera, à 
raison du caractère du réseau (à, u). 

Il faut que le logarithme du quotient des coefficients du carré de l'élément 
linéaire soit la somme de deux fonctions, l’une de à, l’autre de x. Ce qui 
conduit à la condition 


d' 


2 
dudv 


-logtga= 0. 


D'ailleurs on trouve la même condition en exprimant que le réseau plan 
(44) lui-même est isométrique. Mais nous avons montré d'après M. Liouville 
que le réseau (à, 4) ne peut être dans ce cas composé que de coniques homo- 
focales; conséquemment les élassoïdes admettant une conique pour géodé- 
sique jouissent d’un caractère distinctif lout particulier, qui permet dénoncer 
la proposition suivante : 


Que, de tous les points d'une droite, comme sommets on circonscrive des 
cônes à un élassoïde ; que l'on trace sur celui-ci les trajectoires orthogonales 
des courbes de contact; si le réseau orthogonal ainsi obtenu est isométrique, 
l'élassoïde est conjugué de celui qui admet une conique pour géodésique. 


IE 


à 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 185 


C'est le moment de faire une orne sur l'expression du carré de l’élé- 


ment linéaire d’un élassoïde. 
(a) et (b) désignant les projections planes des arêtes de rebroussement 
des développables génératrices, on a d’après (68) l'expression 


dS* — d(a).d(b) cost — 


où d(a)et d(b) désignent les longueurs des éléments correspondants et V 
l'angle des tangentes aux courbes (a) et (b). Il en résulte que si les courbes 


(a) et (b) sont algébriques, l’élassoïde moyen correspondant aura son élément 


linéaire exprimé par une formule algébrique. 


$ 145. 


dS* de l'élassoïde sur lequel le réseau (à, x) est isométrique. 


A titre d'exemple, prenons pour courbes (4) et (à) un réseau de coniques 
homofocales, et cherchons l'expression de l'élément linéaire de l’élassoïde 
admettant l’une d’entre elles pour géodésique. 

L'élément linéaire du plan, rapporté aux coniques dont l'équation est de 
la forme 


peut s’écrire 


=.  _— 
4 ,dS = (u — = —))(b— 2)  (at— «)(b?— n. 


La condition (56) est vérifiée et l'équation (57) donne pour les traces 
d’une congruence isotrope la relation bien connue 


ucos'i + sin: = k, 


qui donne les directions des deux tangentes à l’une des coniques du réseau 
Toue XLIV. 25 


186 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


définie par le paramètre k, tangentes issues du point (à, &). Soient (a) et (b) 
les deux branches de la conique enveloppe. Pour calculer l'élément linéaire 
de l'élassoïde l’admettant pour géodésique, il faut obtenir l'expression 


dS* = R,dy . R,.dy cos’1, 


R, et R, désignant les rayons de courbure en (a) et (b), dy et dy les angles 
de contingence, en ces points, de la conique enveloppe. On à 


4 -— À du(k — 1) —da(k — pu) 


Prenant pour réseau de référence celui des coniques (à, 4) on a les for- 
mules générales, analogues à (2) 


di V4 um — à 
X'—= X — — a ——— 
2 (a*— 1)(b°— à) 


A due di 
Mr de rer 1 =) 
UN MN rm 
| LE Va 
XV 1 de da 
XV et | de à 7 
B T 2 u—) (a à) (b à)(a #)(( 4) ee sl 


L’équation instantanée de la tangente à l’ellipse fixe est 


Ycosi Æ Xsint —0, 


son point de contact avec la conique est le même quels que soient du et d); 
il est déterminé par l'équation de la normale instantanée 


um — ) 
LM 


— Ysini & Xcosi + = 0, 


où L et M désignent les fonctions de à et u seules que voici 


(a* — à)(b* — à) Ve (b° — we) 
—— , M ——_————— . 


L— 
k—) k—k 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 187 


En posant 
um — À 
LTM” 


on trouve [par les procédés habituels de périmorphie, en observant que le 
résultat est indépendant de d4 et dA] pour l’équation déterminant le centre 
de courbure 


(e® Fe _) Sté Boat PS dt à (Y cosi & Xsini)(M + L); 
me | m — À 


après différentes réductions on obtient l'équation indépendante des variations 
particulières 


— k)(b° — k) IC: 
Es — #V ED (x eo 2 X sin (L'— ML 2 M) 


Cette équation donne immédiatement 


EN Lie kÿ° (6° — k)'(u — à) 
ET ED EL 

Il s’agit maintenant de calculer les angles de contingence. Ax, Ay élant 
relatifs au point (4) on a manifestement 


Pd? = Aycosi + AXsin1; 
conséquemment 


: AY° cos'i — AX° sin'i 
dy.dy — pp 


Si P’ désigne la seconde valeur de P lorsqu'on change le signe, on trouve 
ainsi 


d L'— M? (k—à)(k — 2 du dh? 
| 
(4 — à) 4 (a — &)(h°— w)(k— w) (a — 2À)(b — 2)(k — 1 


188 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 
On en déduit immédiatement 


(at — HAE — Hu — à) | dé : dx 
AR — Ke) (k — JULE— MP La — &)(b°— &)(k — we) (a? — à) (b° — 2)(k — | 


2V x 2. 
car cos”; est égal à cos’s. 
Si enfin l’on observe que 


Lu [1 ie | 


 (E—2G—% 
on obtient en somme 


ge 1, (Gt HAE! — H}H(e — 2)(E — à) | dy _ ECS | 
UE [NE ee) — (ke — at) — 0) (at — 2) — 26 — 2) (a*— a) — k — 2) J' 


Quant à l’image sphérique, l'expression du carré de l'élément linéaire 


est, d’après la théorie générale, 


dS" — mL — u) — 


(k— a*)(k — b°) du® dx 
es || | 


(k— à) (at— )(b°— w)(k— x) (a*— à)(b — a)(k — à) 


Les deux réseaux sont bien isométriques, et, le réseau sphérique, comme 
le réseau plan, est de la forme signalée par M. Liouville , forme qui permet 
l'intégration des lignes géodésiques ; il devait en être ainsi, puisque le réseau 
est composé de coniques sphériques homofocales. 


CHAPITRE XVI. 


AU SUJET DES LIGNES DE NIVEAU DES ÉLASSOÏDES. 


& 146. 


Conditions pour qu'un réseau orthogonal tracé sur un élassoïide soit formé 
de lignes de niveau et de lignes de plus grande pente. 


Nous avons déjà montré que tous les élassoïdes groupés provenant de la 
déformation d'un méme élassoïde ont leurs lignes de courbure correspon- 
dant sur l'élassoïde originel aux trajectoires sous un angle constant des 
ligues de courbure de cette surface. 

Une propriété toute semblable a lieu pour les lignes de niveau; c'est ce 
que nous allons établir. 

Considérons, en général, une surface de référence (O0) prise arbitraire- 
ment; prenons pour réseau (u, v) celui des sections planes toutes parallèles 
Un plan (P) donné, ainsi que leurs trajectoires orthogonales. £ désignant 

l'angle qu'en chaque point de (O) fait la normale à la surface avec la per- 
Pendiculaire au plan (P), on trouve facilement par nos procédés habituels, 


190 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


pour déterminer les éléments du réseau (uw, v) 


pes. 
du 
dg 
Cet 
df 
D = — 
fav $° 


équations auxquelles il faut ajouter les conditions 


df di . 
— + —,.coti= 0, 


[du dv 


ja 85 flo) N° + 25(Gus) * dt) 


Si la surface est élassoïde, on a à la fois 


ee ti— 0 49 eo (Ù 
= + Coti—0, + -—coti 0; 
fdv d gdu du 


on peut donc poser 
1 
Siné 


f=g= 


Dés lors la seule équation non résolue devient 


(EY 5e 1 En, 
du)  \ao) — du 8 sini do À Sins 
Soit, en passant aux coordonnées symétriques imaginaires 


di di  d'logsint 
—— — = me s 
dx dy dxdy 

et par conséquent 


85 —X+Y. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 191 


$ 147. 


Les trajectoires sous un angle constant des lignes de niveau d’un élassoïde 
correspondent aux lignes de niveau des élassoïdes groupés. 


On voit que l’on peut poser indifféremment 


di di 
P— — —, P= —, 
dv 
di 
Re ou ner: 
D — sint —, D = sint —, 


sans que l'équation canonique soit modifiée et sans que la surface cesse 
d’être élassoïde, mais ces valeurs sont comprises dans les formules géné- 
rales 


D — sini( COS? + La sin s} 
dv du 

où l’angle + est considéré comme une constante. On vérifie facilement que 
ces valeurs correspondent bien à des solutions des équations de Codazzi ; 
conséquemment elles représentent des valeurs de P, Q, D correspondant à 
une forme particulière de la surface, et, comme dans chaque cas la somme 
P + Q est nulle, chacune des surfaces déformées (puisque le réseau u, v 
est isométrique) reste élassoïde. 

Il est facile de voir que les élassoïdes correspondant aux valeurs O et + 
de l'angle + sont conjugués. Tous les autres appartiennent naturellement à la 
famille des élassoides groupés dérivés de la surface de référence. 


192 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$ 148. 


Nouvelle forme du À d’un réseau isométrique sphérique. 


On trouve, d’une façon générale, que l’image sphérique a pour élément 


linéaire 
dS? = du?(P? + f'D°) + dv*(Q° + g'D'); 


, [idi\? fdiil,, ,. 
dS? — (a) + (5) C + dv°), 


soil en passant aux coordonnées symétriques imaginaires 


dans l'espèce on a 


di di 
dS'= 44 — .— dx .dy. 
é dx dy z.dy 


Désignant par à le coefficient des du, du sur la sphère, on trouve 


4 VX. VY 


= - —— ; 
4 1+(X+Y) 


ce qui constitue une forme digne d'intérêt. 


$ 149. 


Sur un théorème général. 


Plus généralement : toutes les fois qu'on peut déformer une surface, de 
telle façon que deux familles de courbes orthogonales deviennent successive- 
ment des lignes de niveau de surfaces transformées, les trajectoires sous un 
même angle constant, de ces deux séries de courbes, peuvent, par une 
déformation convenable de la surface, devenir à leur tour lignes de niveau. 


CR un _—- 


—““—_ 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 193 


Cette propriété tient à ce que les lignes de niveau d'une surface, les lignes 
de plus grande pente correspondantes et leurs trajectoires sous des angles 
conslants, sont telles qu’en un même point de la surface les centres de cour- 
bure géodésiques de toutes ces courbes sont sur une même ligne droite. 

La propriété énoncée ci-dessus s'applique à d’autres surfaces que les élas- 
soïdes dérivés par flexion les uns des autres. 


& 150. 


Réseau plan dont les courbes se coupent sous un angle constant et peuvent 
être lignes de niveau de développables résultant de l'enroulement du 


plan. 


Si l'on prend, par exemple, pour surface de référence un plan, on par- 
vient à construire les surfaces développables suivant lesquelles il faut enrouler 
le plan pour que deux courbes, prises au hasard, se transforment succes- 
sivement en lignes de niveau se coupant mutuellement sous un angle 
donné, 

Les deux développables déformées sont applicables l’une sur l’autre par 
de simples rotations autour des génératrices. 

Ce n'est pas le moment de montrer comment la construction géométrique 
s'achève sans difficulté, ni comment le quarré de l’élément linéaire du plan 
Sobtient avec deux fonctions arbitraires [mettant ainsi en évidence les 
réseaux orthogonaux intéressants dont nous venons de donner la définition, 
réseaux dont les trajectoires comprennent également des courbes de même 
nature] (*). 


(”) Soient deux courbes arbitraires (a) et (b), faisant correspondre des points a et b tels que 
les tangentes y fassent entre elles un angle constant, enroulant le plan de telle façon que la 
corde ab devienne génératrice et que (a) reste plane, toutes les lignes de niveau de la dévelop- 
pable situées dans des plans parallèles à (a) formeront les courbes de la première famille; on 
obtiendra de même les courbes de la seconde. Telle est l'intégrale avec deux fonctions arbi- 
traires. 


Toue XLIV. | 26 


194 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


& 451. 


Une propriété générale des courbes de niveau. 


Nous terminerons en observant que sur toutes les surfaces dont les lignes 
de niveau sont trajectoires les unes des autres, la forme variant, les conju- 
guées des courbes de niveau se correspondent toutes; on peut dire que ces 
conjuguées sont immobiles, et cela correspond à une propriété tout à fait 
générale : sur une surface arbitraire, en un même point les centres de cour- 
bure de la ligne de niveau et de toutes ses trajectoires sont sur une même 
droite perpendiculaire à la direction conjuguée de la courbe de niveau. 


CHAPITRE XVII. 


PROPRIÉTÉ CARACTÉRISTIQUE DE LA CONGRUENCE ISOTROPE FORMÉE 
DES GÉNÉRATRICES DE QUADRIQUES HOMOFOCALES. 


& 452. 


Si deux congruences incidente et réfléchie sont isotropes, la surface dirimante 
est une quadrique. 


La théorie des congruences isotropes comprend, comme exemple particu- 
liérement intéressant, celui d'une congruence formée des génératrices de 
quadriques homofocales. Nous allons établir que cette congruence jouit 
dune propriété fondamentale. 

Cherchons s’il est possible de trouver une surface de référence et une con- 
&ruence de droites, telles que les droites données et les droites réfléchies 
brmen t deux congruences isotropes. 

Considérons le réseau orthogonal (u, v) tel que les droites D de la con- 
éruence incidente soient toujours comprises dans le plan des ZOX, soit à 
l'angle d'incidence, on a pour l'équation de la surface élémentaire 


gdv + L [of sint + Qcos ) — du( À sint + pDeosi) | 
ie fdu gdv 
i 9 


., [di 
fcosidu + L do 1) + du + P)| 


196 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 
on en déduit que la congruence des droites D sera isotrope si 


dg 


di 
P — ft+g— —cosisint ——0 
( Qf cos’: g he $ 
avec ' 


di. df 
Si la congruence réfléchie est aussi isotrope, les deux équations qui précè- 
dent doivent être indépendantes du signe de :; on a donc D — ©. Ainsi 
le réseau (u, v) est formé des lignes de courbure de la surface de réfé- 


rence. 
Posons = A et ; — B, On devra avoir 


A—Bcos'i—0, 


di .. . dg 
— = COStsin? —— » 
du gdu 
di . df 
dv LR [dv 
On a l'équation de Codazzi 
df d'A 
—— (A — B — = 0. 
fo | ae dv 


De la troisième des équations de Codazzi on déduit 


d’où résulte, d’après ce qui précède, 


A cost — U,, 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 197 


el, par conséquent, 


D'un autre côté, on a 
dg di 1 
gdn du cosésiné 


avec l'équation de Codazzi : 


dg dB 
on obtient 
di sint dB 


du cost Bdu 
d'où résulte | 
B = V cos! ; 


ce qui entraine, comme conséquence, 


costi — Tv: 
et, en définitive, 
B° 
— = V\. 
À 


Ainsi les quantités Fe et _. sont respectivement des fonctions de U et 


de V; d’après un beau résultat établi par M. Ossian Bonnet, on sait que cette 
double condition caractérise des surfaces du second ordre (*). 


& 153. 


Les congruences isolropes incidente et réfléchie sont les génératrices 
d'une fanulle de quadriques homofocales. 


Îl n'est pas difficile de trouver maintenant ce que sont les rayons des con- 
gruences isotropes : on vérifie, en effet, immédiatement, que les traces prin- 


(*) Voir page 113 du XLIT° cahier du Journal de l’École polytechnique. 


198 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


cipales des congruences isotropes, sur la surface de référence, coïncident 
avec les asymptotiques de celle-ci (*). 

Conséquemment on peut énoncer cette importante proposition : Si une 
congruence, réfléchie sur une surface de référence, est isotrope avant et 
après la réflexion, 1° la surface de référence est une quadrique ; 2° les 
rayons de la congruence sont formés des génératrices des quadriques homo- 
focales à la surface de référence et qui lui sont orthogonales. 


(*) La nécessité d’abréger nous fait supprimer ce calcul. De ce que les traces principales sont 
les asymptotiques, il résulte, comme au chapitre XII, que les plans isotropes tangents se coupent 
suivant les rayons des congruences ; et, le long d’une ligne de courbure de la surface dirimante, 
ces droites se rangent suivant un hyperboloïde orthogonal à la quadrique. 


CHAPITRE XVIIL. 


ÉLASSOÏDES ALGÉBRIQUES PASSANT PAR UN CERCLE. 


$ 154. 


Par un cercle déterminé on peut faire passer autant d'élassoïdes algébriques 
qu'on peut construire d’épicycloïdes ou d'hypocycloides algébriques. 


D'après la théorie que nous avons donnée des contours conjugués, on sait 
comment doit s’aborder la recherche des élassoïdes passant par un contour 
plan. | 

Une application de quelque élégance peut être faite dans le cas où le 
contour donné est un cercle. Le problème de la recherche de tous les 
élassoïdes passant par le cercle revient, comme nous l'avons montré, à la 
découverte de tous les contours conjugués au cercle. Chaque fois que les 
contours seront algébriques, les élassoïdes seront algébriques. 

Considérons la courbe, projection sur le plan du cercle, du contour 
conjugué; faisons correspondre par parallélisme des tangentes les points du 
cercle et de la projection. (Il suffira de tourner le cercle dans son plan, 
de = pour que les éléments correspondants des deux courbes soient rec- 
 tangulaires.) L'élément du cercle a pour valeur 


dS? == a"d6?, 
l'élément de la courbe conjuguée a pour valeur 
dS? = R'do° + dZ!, 


200 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


expression où R désigne le rayon de courbure de la projection sur le plan 
du cercle et Z la distance d’un point du contour au plan. 
Prenons, pour projection du contour indéterminé, l’épicycloïde ayant 


pour équation 
p = bsinks; 


dans ce cas 
R = b(4 — k*)sin ko, 
et puisque les éléments des deux contours sont égaux, on obtient 
dz = deV' a = b(1 — F}sin’ ko. 


Pour que le contour soit algébrique, sa projection doit être algébrique et 
la valeur de Z doit également être algébrique. 
En général Z dépend des fonctions elliptiques, mais-on peut toujours 


choisir a de telle façon que 
a = b(1 — K°), 


et alors 
a sin K6 
LT: 
K 

Dès lors, si la projection est algébrique, les élassoïdes conjugués, dont 
l'un passe par le cercle, seront algébriques. 

Mais la projection sera algébrique toutes les fois que le coefficient R sera 
un nombre commensurable ; conséquemment : par un cercle déterminé on 
peut faire passer autant d'élassoïdes algébriques qu'on peut construire 
d'épicycloïdes ou d’'hypocycloïdes algébriques. 

Le contour conjugué est défini par les équations suivantes entre lesquelles 


il faut éliminer 8: 
x cos8 + ysin6 = bsinké, 


ycos8 — xsin9 — hkcoske, 


b(4 —K°) 


Z — sin &6 ; 


on en déduit immédiatement l'équation 


a +y— BK + 2° : 


qui représente une quadrique de révolution. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 201 


Si l’on désigne par R le rayon du cercle de base d’une hypocycloïde et 
par r celui du cercle roulant, l'équation précédente peut s’écrire 


2 2 2 


x y z 


EE ——© = |, 
R® OR  4r(r —R) 


Dans le cas des épicycloïdes, il suffirait de changer le signe de r. 
Le rayon du cercle conjugué au contour est 


__ 4r(r —R) 
 R—9r 


Nous réservons l'étude détaillée des élassoïdes intéressants dont nous 
venons d'établir l'existence. 


S 155. 


Congruence déduite du réseau isométrique sphérique formé 
de coniques homofocales. 


De toutes les congruences isotropes, la plus remarquable est celle que 
l'on déduit de la considération des quadriques homofocales. Il y a lieu de 
traiter différemment le cas des quadriques à centre et celui des paraho- 
loïdes homofocaux. Dans ce chapitre, nous ne nous occuperons que du 
premier cas. 

On sait que le plan tangent au cône asymptote d'un hyperboloïde coupe 
celte surface suivant deux génératrices parallèles à la génératrice suivant 
laquelle le cône asymptote est touché par le plan tangent. Conséquemment 
les cônes asymptotes de tous les hyperboloides homofocaux découpent, sur 
une sphère de rayon unité, ayant leur sommet commun pour centre, une 
famille de coniques sphériques orthogonales formant un réseau isométrique. 

On voit que tous les élassoïdes groupés déduits de ce réseau isométrique 
sphérique seront algébriques ; l’une des congruences (et elle sera double) sera 
formée des génératrices des quadriques homofocales; la congruence conju- 
guée s'obtiendra en portant sur les tangentes aux courbes du réseau des 


Tome XLIV. 27 


202 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


longueurs égales aux valeurs du coefficient À de l'élément linéaire; cette 
longueur portée tangentiellement aux coniques intersections avec la sphère 
des cônes asymptotes des hyperboloïdes à une nappe, donnerait le pied des 
rayons de la congruence formée par les génératrices des hyperboloïdes 
homofocaux; portée à angle droit et tangentiellement aux coniques du 
réseau, intersection de la sphère et des cônes asymptotes des hyperboloïdes 
à une nappe, homofocaux, elle déterminera le pied de génératrices d'hyper- 
boloïdes encore homofocaux aux premiers. On obtiendra donc les deux 
congruences conjuguées en considérant les génératrices des quadriques 


$S 156. 
Les élassoïdes conjugués coïncident. 


Ainsi, les deux élassoïdes conjugués ont même nature, même degré, 
même classe. Ils forment la même surface. 

Désignant par w et v les paramètres des coniques homofocales sphériques, 
on trouve pour l'élément linéaire de la sphère en fonction des éléments du 
réseau (w, v), la sphère ayant pour rayon R 


ne So 
nn 


R° (a — u)(b* — u)(c° — “7 (a — v)(b* — v)(c* — v) 


Les coordonnées d'un point de l'image sphérique sont définies par le 


système 
(a*— uj(a* — v) 


DATE CET) 


(b? — u)(b° — v) 
(e* — 6) (a — 0) 


(ce? — u){c — _ 
mnt u a = à 


Yo = R 


ne ne qe Se == CR 


—. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 203 


& 157. 


Valeur du paramètre de la congruence isotrope. 


Par des calculs dont nous supprimons le détail on trouve que sur l’hyper- 
boloïde (uw) le paramètre des génératrices de la quadrique (w) a pour valeur 


Wa — u)(b* — wie — u) 
ECS 


Quant à la distance de la génératrice et de sa parallèle menée par le centre 
de la sphère, on trouve 
L= Vo —u. 


Rien n'est plus simple que d'établir l'équation du plan tangent à l’un des 
élassoïdes groupés, on a 
(a*— u)(a "—t) y ne (a° V(a"— u)(b— wc — u) — u) V' (a? — v)(b?— v)(c — v) 
/Éne? a*)(c* — a)” Cd) D (v — u) 


où Z s’applique à trois termes permulés et où # el n sont des constantes 
arbitraires dont l’annulation donne lieu aux deux élassoïdes moyen et 
conjugué ou, plus exactement, aux deux nappes de l'élassoïde unique. 


$ 158. 
Discussion de l'élassoïde. 
Les coordonnées d’un point de l’élassoïde stratifié sont données par trois 
formules symétriques de la suivante (*) 
X V{b" — a*) (c — a!) 
1 (mV/(a—0)(b—v)(c— n)[5(a—u)(b" — v)(c— v) + (a*— v)(b°— u)(c— u)] 


ATEN —u) (D — 0) —v) [3 (a — 0) (b°— u) (c—u) + (at 0)(b°— v)(c— 0)]) 


(*) L'élassoïde moyen s'obtiendrait en faisant m—1,n—0, l'élassoïde conjugué en faisant m—0, 
n=1,un couple arbitraire de valeur de m et n correspond à un élassoïde stratifié arbitraire. 


204 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


les valeurs des deux autres coordonnées s'obtenant par permutation cir- 
culaire. | 

On vérifie sans difficulté sur ces formules que les élassoïdes principaux 
sont coupés par les plans coordonnés suivant les développées des coniques 
focales du réseau de quadrique; ces courbes sont des géodésiques de la 
surface. Les axes de coordonnées appartiennent aussi au lieu comme lignes 
multiples; mais on sait qu’il n’y a que des segments de ces axes qui soient 
situés sur des nappes réelles; on obtiendra les points limites de ces segments 
en portant sur un axe à partir du centre des longueurs égales aux rayons 
de courbure limites de la conique focale située dans un plan de symétrie 
perpendiculaire et appartenant au système conjugué. 

On sait que les plans de symétrie coupent encore l’élassoïde moyen suivant 
des lignes doubles dont on construira les points en prenant les points milieux 
des droites joignant les centres des cercles de courbure de même rayon, 
d'une conique focale. 

La classe de l'élassoïde moyen est 12 et son degré 66. 

Si l'on considère un des hyperboloïdes homofocaux, tous les plans moyens 
correspondants enveloppent une développable de quatrième classe. 

Dans le cas où l’on considère au lieu d’hyperboloïdes des paraboloïdes 
homofocaux , on voit directement en considérant les droites de l’élassoïde 
situées dans le plan de l'infini que la classe est 5 et le degré 15 (*). 


(*) La considération de la développable imaginaire double circonscrite à toutes les quadriques 
homofocales, surface complétement étudiée et connue dans ses plus grands détails, permet de 
traiter géométriquement et du premier coup tout ce qui a trait au degré et à la classe de ces 
élassoides. 


CHAPITRE XIX. 


ÉTUDE DES ÉLASSOÏDES DÉRIVÉS DES PARABOLOÏDES HOMOFOCAUX. 


$S 199. 


Culcul des coordonnées de l'élassoïide moyen en fonction 
de deux paramètres. 


L’extrême complication des élassoïdes dérivés des quadriques homofocales 
à centre conduit à examiner plus en détail le cas particulier qui a trait aux 
paraboloïdes homofocaux : nous étudierons les propriétés de l’élassoïde moyen 
et de son conjugué, car ici les deux nappes se séparent. 

Rappelons que la recherche des lignes de courbure dépend des fonctions 
elliptiques; nous l'avons déjà établi en dérivant des élassoïdes du plan; 
nous n’y reviendrons plus. 

L'équation la plus générale des paraboloïdes homofocaux rapportés à leurs 
plans principaux (l’origine étant au milieu du segment focal) est 


y° 2 EL : 
ne ous — 8h{x — h cos 2). 


Il en résulte que les équations d’une génératrice peuvent s'écrire 


sin hsin 


: = (— 22° + cos2e), 


cos h cos 
RER dé à 


S (21?+ cos 2e); 


206 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


l'équation de la ligne de striction est 
y cos°? + zsin°e = 0. 
Dès lors, on trouve pour les coordonnées du point central 


x’ — hcos2 (1 — 21°), 

y'—= 4hasin", 

z'— 4h) cos» 

En conséquence l'équation du plan moyen est 
Àx + ysiny + zcosp + 1hcos2p(3 + 22°) == 0; 
on en déduit pour les coordonnées du point de contact du plan moyen et de 
l’'élassoïde 
X — — 3hcos2,(1 + 2°), 


YŸ — 22h sin ç[cos24 (43° + 5) + (23? + 3)], 
Z — 2hcos;[cos2; (41° + 3) — (22° + 3)]. 


& 160. 


Calcul des coordonnées de l'élassoïde conjugué. 


Nous trouvons pour le paramètre de distribution 
P——2hsin2s(1 + 2°). 
L'équation du plan tangent à l'élassoide conjugué est 
AX + Ysins + Zcoss — 2hsin*o (1 + UE 
Les coordonnées de l’élassoïde sont définies par les équations 


X' = 6hsin2 #A (1 + 2°, 
Y'= hhcosÇ(1 + A'}fcos"p + 1*(cos'? — Ssin°#)], 


Z'= hhsins(1 + »}s[sin*y + (sin*e — 3 cos'e)]. 


ne pme 


re 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 207 


8 161. 


Classe de l'élassoïde moyen et des élassoïdes stratifiés. 


Cherchons la classe de l’élassoïde central : nous trouvons pour l'équation 
de Ia surface polaire réciproque par rapport à une sphère du rayon h, ayant 
son centre à l’origine : 


X(Z'— Y)[5(Y + 21) + 2X7]— A (Y? + 27) 


L'élassoide est donc de cinquième classe. 
Nous trouvons de même, pour la polaire réciproque de lélassoïde con- 
jugué , l'équation 
YZUX? + Y + 2 = ht (NY + 7) 


L'élassoïde conjugué est de dixième classe. 
On trouve avec la même facilité l'équation de la polaire réciproque d'un 
des élassoïdes stratifiés quelconque ; 


LA(Y + 2) — mX(2— Y)[3(Y + 2°) + 2X7]| — An V2 (NT + Y' + 2!); 


On Voit que leur classe n’est jamais supérieure à der. 


8 162. 


Le degr-& de l'élassoïde central est 15. Considération de la section par le plan 
de l'infini et de la section par le plan des XY. 


: Le dé veloppable isotrope unique touchant chacun des paraboloïdes homo- 
0 e . | e. e 
Ne” a son arête de rebroussement du sixième ordre; l'intersection de 
€ Y . RS À i— 
SSOïde moyen et du plan de l'infini doit donc étre composée de 9 
roiltes - 
2 


conséquemment la surface doit être du quinzième degré. On le 


208 | ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 
vérifie bien facilement comme il suit : cherchons l'intersection par le plan 
des XY; il y a trois cas à examiner : 


4° 1—0, alors Ÿ est nul et 


— — 3h(cos*; — sin*#), 


le plan tangent, tout le long de l’axe des X, qui forme ligne multiple, est 
défini par l'équation 


YŸ sin + Æ Zcoso = 0, 


le point de contact a pour abscisse 


1—tge 


Re en hi 
| 1+%8e 


on voit qu'à chaque valeur de X, correspondent deux valeurs de 4g9 et par 
conséquent deux plans tangents. L'axe des X est donc ligne double. 


2° cos p— 0. Le plan tangent a son équation de la forme 
IX HY — 1h(3 + 21°) —0; 


il est parallèle à l'axe des Z tout le long de la section qui est ligne simple ; 
son équation est 

X— 3h\s Y° 

Cr) Tr 


c'est la développée de la parabole focale contenue dans le plan des XY ; 
3° 3sin*o(4 + À?) — cos’ 5° = 0. 


La ligne correspondante est double, les plans tangents en un de ses points 
sont définis par l'équation 

cos y 
V1 + ti 


cos V — 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 209 
Effectuant l'élimination on trouve pour l'équation de la courbe double 
— 241 y" + 5h (2x — 9, 3x — 51.yt) + 3°. 2hx(3y + 25. y?) + 26,3" h5 (32° + y?) — 0; 


elle est du cinquième ordre et doit être comptée pour dix unités. 
Additionnant les degrés des courbes d’intersection, on trouve bien 45 
pour le degré de la surface. 


S 163. 


La section de l'élassoïde par le plan des LY se compose de deux droites triples 
et d’une ligne de courbure imaginaire qui est une hypocycloïde à quatre 


rebroussements. 


Si l’on cherche la section de la surface par le plan des ZY on trouve 
1° comme droites triples les bissectrices des angles des axes; 2° en rappor- 
lant la section à ces lignes triples, on trouve pour l'équation du complément 


ce qui dénote une hypocycloïde imaginaire à quatre rebroussements. Tout le 
long de cette courbe le plan tangent à la surface est défini par la relation 


cos V = — , 
3 


c'est donc une ligne de courbure imaginaire. 

3° La droite de l'infini appartient tout entière au lieu. On vérifie sans dif- 
ficulté que la section de la surface par le plan de l'infini se compose de cette 
droite nonuple et des deux tangentes à l’ombilicale (comptées triples) menées 
aux ombilics du plan ZY. 


Tour XLIV. 28 


210 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


S 164. 
L'élassoïde est inscrit dans un cône de révolution ayant son sommet à l'origine. 


Si l’on cherche l'équation du cône circonscrit à la surface et ayant son 
sommet à l’origine, on trouve le cône de révolution 


L'or + Z)= X, 


dont la courbe de contact est définie par l'équation 


5 2 
2. #) (22 — Y?)— 0, 


S 165. 


Les courbes de l'élassoïde correspondant aux paraboloïdes homofocaux sont 
de quatrième ordre et de deuxième espèce, leurs trajectoires orthogonales 
sont du sixième ordre. 


Les lignes les plus simples que l’on puisse tracer sur l’élassoïde moyen 
sont celles qui correspondent à chacun des paraboloïdes homofocaux; ce 
sont les courbes de contact de cylindres dont les génératrices sont perpen- 
diculaires aux divers plans directeurs des paraboloïdes. Tous ces plans 
directeurs sont parallèles à l'axe des X, et si l’on mène les plans parallèles 
passant par cet axe ils couperont les cylindres circonscrits suivant les déve- 
loppées des paraboles, projections des lignes de striction. 

Prenant toujours pour origine et pour axe des X les mêmes données, 
mais pour plan des XY le plan directeur correspondant à une valeur donnée 
de »—©, nous trouvons pour équation de la ligne de contact 


2h cos" oyÿ* + (x + 3hcos ©) — 0, 


2 6h coso — x 


y “Shcosv +r 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 211 


Ces deux surfaces ont pour intersection la génératrice représentée par 


x —= —5hcosw, y —=0, 


et la courbe de contact proprement dite, qui est du quatrième à à Soin 
de rebroussement, et de deuxième espèce. 

Sur la surface, ces courbes forment une famille dont les trajectoires ortho- 
gonales sont des courbes du sixième ordre tracées sur des quadriques de 
révolution. 


$S 166. 


Lignes de l'élassoïde conjugué correspondant aux paraboloïdes homofocaux : 
courbes de contact de cylindres dont la section droite, du sixième ordre, est 


la développée d'une courbe du sixième ordre. 


Il convient maintenant d'étudier l’élassoïde conjugué. Commençons par 
chercher, dans le dernier système d’axes, les courbes correspondant aux 
paraboloïdes homofocaux successifs. Posons, pour plus de commodité, 


À —= Colg pu. 


L’équation du plan tangent à l'élassoïde conjugué devient 


hk sin © 


X C Sin & = ° 
XCOSK + YSINK asinx 
On vérifie (comme l’indiquait déjà la théorie générale) que la dévelop- 
pable correspondant à une valeur de « est un cylindre ; on sait que sa sec- 
lion droite doit être la développée d’une courbe algébrique. Il suffira de le 
démontrer pour le cas où « sera égal à =. 
Les coordonnées du point de tangence sont 
(sin?u — 2cos°u) 


h 
Don nu re 
2 sin” 


212 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


mais, d’après la théorie générale, le rayon de courbure de la développante 
cherchée est « 
h 3sin*u + 2c05° uw 

COS pe ——  ; 


R=—- | 
2 sine 


on en déduit sans peine que la développante est l'enveloppe de la droite 
ayant pour équation 


| h 
— SI LH + YCOS K — 3 col w. 


On en peut donner la définition suivante : c’est l'enveloppe d'un côté d’un 
angle droit dont l'autre côté touche le cercle de rayon © et dont le sommet 
décrit un diamètre du cercle. | 

On peut définir l’élassoide conjugué comme admettant pour géodésique la 
développée de la courbe précédente; celle-ci a pour équation cartésienne 

a (80 + y) = [ha* + 3(y* — a°)][(y° — a°)* — 19ax°], 
et sa développée 
2x 4x 9y° 


— ——- — (2x? + 9y°) — m1 


3 &@ 3 a + Jr + y) = 0, 


elles sont toutes deux du sirième ordre. 


& 467. 


Équation de la courbe de contact des cylindres dérivant des puraboloïdes 
homofocaux lorsqu'on les a étendus sur un plan (sixième ordre). 


Pour compléter l'étude des courbes des deux élassoïdes correspondant aux 
paraboloïdes, il convient de chercher ce qu’elles deviennent lorsqu'on aplatit 
les cylindres circonscrits sur un plan. On sait d’après la théorie générale 
que dans ce cas la courbe de contact se transforme en une seule courbe algé- 
brique ; elle a pour équation 

3 5 4 à : 
pl — ame M) Euplors — ame #5 Same") 


em, 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 215 


Z et R étant les deux coordonnées; la courbe est donc du sixième degré. 
Pour déterminer le degré de lélassoïde conjugué, il convient de chercher 
sa section par le plan des XY qui est un plan de symétrie. 


S 168. 
Degré de l'élassoide conjugué (26). 
1° sino—0 l'axe des y sextuple appartient au lieu, quatre nappes sont 
imaginaires, deux sont réelles aux points tels que 
ÿ > hi 
2° (1 + 2*)sin*o — 32° cos"? = 0. 


La courbe est double ; remplaçant X par », l'équation s'obtiendra en élimi- 
nant entre les relations 


4 x 
? + 1 Le. : + 
33 À 
33y° 
hx 


© + (1 +o)( — 2) = 0, 
on trouve deux courbes distinctes suivant le signe donné à x; elles sont du 
cinquième degré et ont pour équalion 


9 ‘/_ 5. —|—#®* . me 19 — es D __ 
2 + 5hl 16 2.3"hx PUR, + y DirsE z'\1 + +5), 
où l’on a posé 

Lre xs (). 


On en conclut que le degré est 26. 


(") I existe deux autres plans (à 45° sur les premiers) qui sont plans de symétrie, qui cou- 
pent par conséquent l'élassoïde suivant une ligne double laquelle se décompose en deux lignes 
du cinquième degré. La section par le plan des ZY comprend comme ligne de courbure une 
hypocycloïde à quatre rebroussements. 


214 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


8 169. 


Formation d'un réseau isométrique sphérique composé de biquadratiques, 
comme application de la théorie générale. 


On sait que les génératrices des paraboloïdes homofocaux peuvent étre 
considérées comme les rayons d’une congruence isotrope dérivée d’un certain 
réseau isométrique tracé sur la sphère, réseau qui variera par conséquent 
avec la position du centre de la sphère; cherchons en particulier ce qu'il 
est dans le cas où la sphère a pour centre le point milieu du segment focal. 

Nous trouvons pour intégrales des lignes du réseau 


sin2g 


ne 
cos2o 


où a et b sont les constantes caractéristiques de ces lignes. En coordonnées 
cartésiennes, on trouve 
2RX 


NS TL 
avec R°= X° + Y° + 2; 
2YZ 


D = ——— 
2X? + Y° + Z° 


ce sont donc des biquadratiques. 
Si l’on cherche l'expression du quarré de l'élément linéaire de la sphère, 


on trouve 
dS' 1 (1 + a*)(1 + D) 


| da’ db? | 
— — — a —— ne |. 
RO 24 + ob + VA + a) + ab?) LU + a)  (A—0? 


ainsi se vérifie celle conséquence de la théorie générale, que le réseau est 


orthogonal et isométrique. 
Voilà bien assez de détails au sujet des élassoïdes dérivés des paraboloïdes 


homofocaux. 


CHAPITRE XX. 


ÉTUDE DES ÉLASSOÏDES APPLICABLES SUR DES SURFACES DE RÉVOLUTION (*). 


& 170. 


Les géodésiques principales, et leurs trajectoires orthogonales, sur des élas- 
soides applicables sur des surfaces de révolution ont pour image sphérique 
un réseau orthogonal formé de grands cercles et de petits cercles. 


Bour a montré qu’il existe une famille d'élassoïdes applicables sur des sur- 
faces de révolution; nous terminerons celle étude des élassoïdes par une 
étude de ces surfaces remarquables dont un grand nombre sont algébriques, 
sur lesquelles on peut intégrer l'équation des lignes de courbure et de leurs 
trajectoires, et dont (par définition) les géodésiques s’obtiennent par de 
simples quadratures. 

Rappelons rapidement les propriétés fondamentales de ces surfaces. Tout 
réseau orthogonal d'un élassoïde a pour image sphérique un réseau ortho- 
gonal. Soient A, B les courbures normales des courbes transformées, sur 
l'élassoïde, des méridiens et des parallèles des surfaces de révolution, D le 
paramètre de déviation , l'élément linéaire de l’élassoïde et celui de la sphère 
sont 

dS = fdu? + g'dv’, 
dS"— (A? + D°)(/’du’ + g'dv’). 


A et B sont égaux et de signe contraire, mais les lignes (v) et (w) étant 
sur l'élassoïde des géodésiques et des cercles géodésiques, f et g sont des 


() Ce chapitre est le résumé d'une étude entreprise par M. Rouquet sur ma demande. 


216 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


fonctions de w seule. D'un autre côté, la troisième équation de Codazzi, 
appliquée au réseau (u, v) de l’élassoïde, donne 


fg(4° + D°)— ab) 


par conséquent A? + D? qui est fonction de g et de f est une simple fonction 
de u. Ceci démontre que sur la sphère les coefficients du quarré de l'élé- 
ment linéaire sont tous deux fonction de u seule. Dés lors les lignes v sont des 
géodésiques et par conséquent des grands cercles ; les lignes u sont des cercles 
géodésiques el par conséquent des petits cercles. 

On sait qu'un semblable réseau ne peut être composé que de grands 
cercles ayant un diamètre commun et de petits cercles ayant pour pôles 
les extrémités de ce diamètre. 

En conséquence le carré de l'élément linéaire de la sphère se mettra sous 


la forme la plus simple 
dS® — du* + sin°u.dv*. 


Nous prendrons pour surface de référence la sphère rapportée à ce réseau 
particulier. Désignons par £ la distance du centre de la sphère (de rayon 
unité) au plan tangent de l’élassoïde; posant 


1 l di 
= ——— ° — + COSU — + ÉSINU, 
sinuw dv° du 
d't _. dt 
= —— — CO — 
dudv dv 
on trouve pour l'élément linéaire de la surface-enveloppe du plan £, par les 


calculs de périmorphie 


4 


M' 
dS? — (us + Jan + (M + N°) du + 2N = + M }duc. 
sin 


LU 
+ 


sin? 


La surface est élassoïde si le réseau (#, v) correspondant au réseau sphé- 
rique est orthogonal et n’est pas celui des lignes de courbure (ce qui élimine 
l'hypothèse de N == 0). 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 217 


Conséquemment nous devrons avoir 


M'— — Msinu, 


et pour que l'élassoïde soit applicable sur une surface de révolution (nous 

désignerons par (e,) les élassoïdes de cette nature) il faut et il suffit que 
N? . . ‘ 

(M += | soit une simple fonction de u. 


sin?u 


& 174. 


Equation générale des cylindres circonscrits le long des géodésiques 


principales des élassoïides (:,). 


Nous poserons donc 
N 
M =Ucos V,  ——— = Usin V; 
sintw 
on démontre que V est une simple fonction de v. Par des calculs dont nous 
supprimons le détail, on trouve 


u . 
= ———— col" — (mn — cosu)cosm(v + v,) + sinu(V, + U,), 
min — 1; 2 


où l'on a-posé 
V,—bcosv + b'sinv, U, = ccotu. 


Les constantes b, b', c n’ont d'influence que sur la position de la surface 
et a sur son échelle de grandeur. La constante v, influe seulement sur 


l'orientation de la surface; la constante »# est donc la seule à considérer et 
toutes les autres peuvent être annulées sans inconvénient; on aura donc 


a u 
L— —————— col” = (m — cosu)cos nv. 
m(m — 1) 2 
L'élassuïde (c,) est l'enveloppe de cylindres semblables entre eux dont les 
courbes de contact sont des géodésiques de l'élassoïde. 
Tome XLIV. 29 


218 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


$S 172. 


Forme des élassoïdes (e,). 


L'élassoïde est composé de nappes identiques dont une entière s'obtient 
en faisant varier # de 0 à x et v de 0 à - 

La surface entière s’obtiendra en faisant tourner cette nappe de l’angle ss 
indéfiniment. Si » est un nombre entier on retrouvera la nappe primitive, 
après # rotations; si # est un nombre fractionnaire ? > P rotations seront 
nécessaires pour retrouver la première nappe (É élan! supposée irréductible). 

De ce que t ne change pas quand on change v en TE — v, 1l résulle que 
chaque nappe admet un plan de symétrie. 

Les élassoïdes (:,), algébriques, correspondent aux valeurs commensu- 


rables de mn. 


$ 173. 
Rectification des yéodésiques principales. Lignes de courbure. 
Les lignes (v) de l’élassoïde ont pour longueur 


u 
col” 3 (in — cosu) 


Fm —1 sin u 


Si l’on cherche l'équation des lignes de courbure, on trouve, pour l'angle 
qu'elles font avec la ligne (v), 


mais l'angle mv est celui que fait la ligne (v) de l'élassoïde avec son image 
sphérique, conséquemment : En un point d'un élassoïde (+) les directions des 
lignes de courbure sont les bissectrices des angles que forment les directions 
de la ligne (v) passant en ce point et de son image sphérique ; ces angles crois- 
sent proportionnellement au module m et au paramètre v. Une même ligne (v) 
coupe sous un angle constant les lignes de courbure de la surface. 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 219 


Les équations des lignes de courbure sont 
mu mo 
COL — . sin? — — h}, 
2 2 


cot . . COS” a = b", 
où À et À sont les paramètres de chacune de ces lignes. 

Les lignes de courbure comme les lignes asymptotiques sont algébriques. 
Il convient, pour se figurer ces courbes, de faire la projection stéréographique 
de leur image sphérique sur le plan des YZ (le point de vue étant à un pôle 


du grand cercle situé dans ce plan). 


8 174. 


Projections stéréographiques des images des lignes de courbure 
(Spirales de Lamé). 


2 désignant le rayon vecteur, dans le plan YZ, on a pour les perspectives 
des images des lignes de courbure 


NV 
9", Sin”  — h;, 


#nU 
pm cos! — = k*, 
6 


Ce sont des spirales dont M. Haton a résumé les propriétés (Nouvelles 
Annales de mathématiques, 1876, pp. 97 à 108). Les lignes asymptotiques 
donneraient lieu à des perspectives identiques aux précédentes, l'axe polaire 
ayant simplement tourné de -—. Ces spirales se coupent à angle droit; elles 
forment un réseau isométrique (Lamé, Journal de Liouville, A" sér., t. 1,p. 86). 

Pour que les courbes précédentes deviennent des cercles ou des droites, # 
devra être égal à deux. Dans ce cas, les lignes de courbure ont pour image 
sphérique des cercles et par conséquent sont planes. L’élassoide correspon- 
dant est celui d'Enneper. 


220 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 
L'élément linéaire de l’élassoïde (:,), rapporté aux lignes de courbure, est 


2 { 


1-2 
1? = _ (h? + ef ce + + (RE + ej*| (dh® + dk). 


$ 175. 


Tous les élassoides groupés correspondant à un élassoïde (e,) sont identiques 


à celui-ci. Les élassoïdes groupés qu'on peut déduire du réseau isomélrique 
des lignes de courbure sont des (:,) identiques. 


On pourrait manifestement déduire de nouveaux élassoïdes groupés de la 
connaissance des réseaux isométriques, images des lignes de courbure. Ces 
élassoïdes seraient algébriques en même temps que les spirales; il suffit de 
les signaler. Ces nouveaux élassoïdes ne diffèrent pas de ceux qui nous 


occupent. En effet, les trajectoires sous un angle arbitraire des spirales repré- 


sentant les lignes de courbure ne sont autre chose que ces spirales tournées 
d'un certain angle ; conséquemment tous les élassoïdes groupés seraient iden- 
tiques entre eux, absolument comme les élassoïdes (:,) et les élassoïdes 
stratifiés. Les images sphériques de leurs lignes de courbure, trajectoires les 
unes des autres, devront être identiques, elles sont la perspective des spi- 
rales indiquées ci-dessus. | 


8 176. 


Classe des élassoïides (e,). 


Il est facile d'établir la classe des élassoïdes (4,). 
Posant : 
= X°+ Y1+4 2, 
on obtient : 
X=peosu, YŸ——psinucosv, £— — psinusinv, 


pl — ai, 


= 0 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE 221 


X, Y, Z désignant les coordonnées d’un point de la polaire réciproque. On 
trouve en exprimant { en X et Y | 


(— Aj"a (Y+i2)}"+ (NN — 02)" me — X 
2m (n° — 1) e— X}" p 


d'où résulte pour l'équation cherchée 
LOY + 22)" + (Y — 12)" ](me — X) — Zum (me — 1)(X — pb)”. 


Il y a trois cas à distinguer suivant que »: est un nombre entier, fraction- 
haire ou incommensurable. 

1° Lorsque le module m est un nombre entier positif, la classe de l'élas- 
soïde (e,) est égale à 2(m +1). 

2° Le module » est commensurable et égal à : , On a donc 


[(Y + 2) + (Y — iZÿ Jmp — Xÿ = MIX — +}, 


en donnant à # la valeur 
k = 2am(m* — 1) 


Pour faire disparaitre les radicaux d'indice q, il faut former la norme de 
l'équation, c’est-à-dire le produit 
p 
LES 4 


Lovin EL e 2 + au(Y — 12)" {mp — X)' — k(X — ep |, 


où «y désigne l’une quelconque des racines de l'équation binôme 
D — 1 = 0. 


On obtiendra ainsi une fonction entière de X, Y, Z, », de degré g(p + q) 
qui sera le premier membre d'une équation où il ne subsistera plus qu’un 
radical contenant ». Conséquemment l'équation de la polaire réciproque sera 
_de degré 2q(p + q). 

Par exemple, lorsque m — 1 la classe est 12. 
3° Lorsque »”# est incommensurable, les élassoïdes ne sont plus algé- 


briques. 


229 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


& 477. 


Valeurs des covrdonnées d’un élassoïde (:,). Degré égal à (m +1} 
| st le module m est entier. 


Les coordonnées d'un point de l'élassoïde, en introduisant comme para- 
mètre auxiliaire la fonction désignée ci-dessus | 
t u 
= cot —, 
; 2 
deviennent 


u 
X = —p"cosmr, 
m 


m + —_ 


m+! ni 
Y =: s ” cos(m + 1)v — J j cus (mi — | | 


9 


a pT+* | | — | 
Z—-|——. sin(n + 1jo + — — sin(in — 1)v |: 
m+i mm — À 


Ce sont, à des différences insignifiantes près, les formules données par Bour. 

Dans le cas où m est entier et positif, on peut établir l’ordre de l’élassoïde. 
On trouve, par des considérations assez détaillées, que le plan des YZ coupe 
la surface suivant m droites, écartées de l'angle 7, deux à deux, passant 
loutes par l'origine, de multiplicité m + 4. Le plan contient en outre la 
droite de l'infini comme droite de multiplicité égale à m + 1. Dans ce cas, 
l'ordre de la surface est égal à (mn + 1 }. 


$ 178. 
Chaque courbe (u) est située sur une quadrique. 


On peut, sans sortir de la généralité, établir certaines propriétés des 
courbes (u); on trouve, en effet, la relation 


! 2 nm+i CITES | 
D (+ 2 + = x | —| P ". = E=), 
u’ m'— 1 m + 1 m — 1} ? 


lorsque « reste constant et par conséquent , on voit que la courbe (uw) est 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 223 


située sur une quadrique de révolution homothétique à la quadrique fixe 


Y'+2'+ PE X?== a! 


On peut trouver une autre relation indépendante de v. En posant 
| COSU + 1SiNV — ), 


on a les équations simultanées 


2 : 
— (Y D a+ — 
a m + 


OO D ————————— € 


entre lesquelles, si on éliminait À, on aurait une relation ne dépendant que 
de u. 


$ 179. 


Les géodésiques principales (v) sont l'intersection de cônes du second degré 
et de cylindres, elles sont de degré 2m — 1 si m est entier. 


De même en cherchant à isoler les courbes (v) on trouve 


1w7? 


[Z cos(m — 4)v + Ysin(m — 1)v][Zcos(m + 1)v - Ysin(m + 1}v] = — sin*mV, 
M — 


avec la relation 


(mXsinmv)"-".sin 2mv 


À [Zcos (on + 1)v — Ysin(m + 4)v|" (m— 1} 5 


ces lignes sont les intersections de cônes du second degré et de cylindres, 
ayant en commun l'intersection des plans 


X = Zeos(m + 1)v — Ysin(m + 1)v = 0. 
Conséquemment, lorsque »m est un nombre entier, les courbes (v) sont 
d'ordre 2m — 1. 
Enfin, on peut trouver deux plans correspondants à chaque courbe (v) et 


lels que celte courbe s’y projette suivant deux courbes toujours semblables à 
elles-mêmes. 


294 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


$ 180. 


Géodésiques principales planes. Equation. 


On sait que les lignes (v) sont géodésiques, il en est de planes, toutes 
identiques entre elles; une de ces courbes détermine l’élassoïde (e,); on peut 


la définir par les valeurs des coordonnées d’un point 
l 


ou comme l'enveloppe de la droite 


X cosu — Y sin = © col" = (mi — cosu). 
m (m° — 1) 2 
8 181. 


m — ©, élassoïde d'Enneper du neuvième degré. m = }., élussoïde de 
douzième ordre et de douzième classe. Equations. 


Pour ne pas prolonger indéfiniment ces monographies, nous rappellerons 
simplement que dans le cas où m = 2, l'élassoïde est celui d'Enneper; ses 
lignes de courbure sont des cubiques planes; en appliquant les considéra- 
tions développées ci-dessus, on trouve pour son équation 

ë 79 2,79 4 1 __ 7! »1s 
Frerepr)-tn eq fu Mori 

Un cas fort intéressant et qui justifierait une étude détaillée est celui où 
m = À; les lignes (v) dans ce cas sont des biquadratiques; l'équation de la 
surface est 

[A2aiX? — (X° — Ga*Y)T 
= FAES 2 a [27atX [OX (VE + 2) + (X5— 24atY)] — (X5 — Gay} |; 


on voit qu'elle est du douzième degré; on sait d’ailleurs que cette surface est 
aussi de douzième classe. 


CHAPITRE XXI. 


PROPRIÉTÉS DIVERSES, RELATIVES AUX ÉLASSOÏDES. 


Nous terminerons cette étude en réunissant quelques propositions rela- 
lives aux élassoïdes et ne se rattachant pas directement aux divers chapitres 
dont il a été traité. 


$ 182. 


Les axes d'une congruence de cercles qui n'a que deux focales à distance 
fine, forment une congruence isotrope. Transformation par rayons vec- 
leurs réciproques. . 


Occupons-nous d'abord des congruences isotropes : cet élément géomé- 
trique s’introduit d'une façon tout à fait inattendue dans la théorie des con- 
gruences de cercles. Lorsque des cercles remplissent l'espace comme les 
droites d’une congruence (lorsque, par exemple, on trace un cercle unique 
dans chacun des plans tangents d’une surface donnée), ces courbes touchent 
dans l’espace certaines surfaces qui, en général, ont quatre nappes situées à 
distance finie et qui à l'infini rencontrent l’ombilicale, mais lorsque deux des 
nappes-enveloppes passent à l'infini, les axes des cercles forment toujours 
une congruence isotrope. 

Toue XLIV, 30 


296 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


La réciproque est exacte. On peut donc former autant de congruences 
de cercles que lon veut, n'ayant que deux focales simples à distance 
finie, car les rayons des cercles sont arbitraires [pourvu qu'ils ne soient 
pas nuls]. | 

Si, par exemple, on considère des congruences de cercles, ayant mêmes 
axes, et formant une congruence isotrope, les fonctions définissant la varia- 
tion arbitraire des rayons ne joueront aucun rôle dans la nature de l’élassoïde 
moyen; mais, que l’on vienne à transformer ces congruences de cercles par 
rayons vecteurs réciproques, il est manifeste qu'on obtiendra de nouvelles 
congruences de cercles n'ayant que deux focales à distance finie. Seulement 
on aura fusionné, pour ainsi dire, Les deux fonctions caractéristiques de la 
congruence isotrope primitive avec deux autres — qui définissent les cercles ; 
— on aura donc créé une congruence isotrope nouvelle. On conçoit, de la 
sorte, qu'il soit facile d'obtenir une infinité d'élassoïdes algébriques déduits 
tous les uns des autres (*). 


$ 183. 


Transformation d’une congruence isotrope en congruence normale. 


Nous avons montré que si l’on porte sur les tangentes à la sphère, dans 
la direction des courbes (uw ou v) d'un réseau isométrique des longueurs 
égales au À du réseau isométrique, l'extrémité du segment est le pied mobile 
du rayon d'une congruence isotrope. Si, au lieu de porter un segment 
égal à À, on portait un segment égal à = , On construirait une nouvelle 
congruence, celle fois, formée de normales à une surface. L'application 


aux quadriques homofocales introduit une surface dépendant des fonctions 
elliptiques. 


(*) En réalité, bien qu'on ait introduit par une transformation deux fonctions arbitraires nou- 
velles, elles se confondront en partie avec celles de la première congruence isotrope , de facon 


qu'il ne figure réellement que deux fonctions arbitraires dans la définition de la nouvelle 
congruence, 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 227 


S 184. 


Congruence normale déduite d'un réseau isométrique 


tracé sur un élassoide. 


Porta nt sur les tangentes aux courbes (u, v) d’un réseau isométrique des 
seymerntis égaux aux valeurs des À, et, par les extrémités menant des paral- 
lèles à La normale au point (u,v), on sait que les congruences des droites 
obtenues sont isotropes, si la surface de référence est une sphère. Au con- 
taire, Si celte surface est un élassoïde, les congruences sont formées de nor- 

males à des surfaces. 

Les élassoïdes (:,) applicables sur des surfaces de révolution donnent lieu 

à des lignes asymptotiques algébriques si le module » est commensurable; 

d'après notre théorème sur la correspondance des asymptotiques d’un élas- 

soide moyen et de la surface moyenne, on voit que pour chaque valeur de m 

ON aura une œ' de surfaces moyennes des congruences isotropes satisfaisantes 


Sur lesquelles les asymptotiques s'obliendront immédiatement sans quadra- 
ures,. 


8 485. 


Les Surfaces moyennes correspondant aux élassoïdes (:,) et une surface par 
élassoïde, également applicable sur une surface de révolution, ont leurs 
asSymplotiques qui correspondent à celles des (+). 


Mais, d'après un théorème de M. Weingarten, à tout élassoïde (£,) appli- 
Cable sur une surface de révolution correspondra une autre surface (S) 
également applicable sur une surface de révolution, mais non élassoïde, 
COnstiluant avec (e,) la développée d’une certaine surface dont les rayons de 
COurbure sont fonctions l’un de l’autre. Cette dernière surface s’obtiendra 


a eme #8 8 EFFET" 


mm mms none entr mOPÈe PS MS DEN ON ou +97 


ss es ee Re Er NS 


298 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


chaque fois sans quadrature puisque nous avons rectifié les géodésiques 
méridiennes de (:,); elle sera algébrique en même temps que (£,), c'est-à- 
dire toutes les fois que le module »# sera commensurable. 

D'après un théorème (qui nous appartient), sur les surfaces (e,) et (S), 
nappes de la développée d'une surface dont les rayons de courbure princi- 
paux sont liés, les asymptotiques se correspondent encore; conséquemment à 
chaque valeur du module m» correspondra une surface (S) dont on saura 
trouver sans quadrature les asymptotiques. 

On obtient ainsi une double famille de surfaces (2,) et (S) simultanément 
algébriques et toutes deux applicables sur des surfaces de révolution ; celles-ci 
ne peuvent étre que transcendantes quand elles sont réelles. 


S 186. 


Sur les deux nappes de la développée d'un élassoïde les asymptotiques 


se correspondent, ainsi qu'aux lignes de longueur nulle de l'élassoïde. 


Dans le même ordre d'idées, la théorie des élassoïdes met aussi en évi- 
dence une famille intéressante de surfaces applicables sur des surfaces de 
révolution; en effet, on peut envisager les deux nappes de la développée d’un 
élassoïde comme satisfaisant à cette condition ; toutes deux sont applicables 
sur une surface de révolution dont le profil serait une développée de chai- 
nette (qui serait, par conséquent, transcendante); pourtant chaque élassoïde 
algébrique donne lieu à une développée algébrique. 

Si l’on applique notre théorème à ces nappes de développée d’élassoïde , 
on voit que leurs asymptotiques se correspondent; elles sont toujours ima- 
ginaires, mais elles correspondent aux lignes de longueur nulle de Pélas- 
soïde dont elles constituent la développée. 


IN 


mt 


AN : 


ima- 


qe 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 229 


8 487. 


Propriété générale au sujet de doubles couples de surfaces 


applicables l'une sur l’autre. 


Tout ce qui précède n’est point une conséquence propre de la théorie 
des élassoïdes, mais bien de celle, beaucoup plus générale, des couples de 
surfaces applicables l’une sur l’autre. Si les asymptotiques se correspondent 
sur l’élassoïde moyen et sur la surface moyenne d'une congruence isotrope, 
si, de même, elles se correspondent sur les deux nappes de la développée 
d'une surface dont les rayons de courbure sont liés, c'est qu'il se présente une 
particularité commune, bien digne d'être mise en lumière : les deux surfaces, 
dont les asymptotiques se correspondent, peuvent, dans chaque cas, étre 
considérées comme les lieux des milieux de segments dont les extrémités 
décrivent des surfaces applicables l'une sur l’autre. Or ces doubles couples 
de surfaces applicables existent toujours associés, et le théorème que voici 
montre qu'un couple quelconque entraine avec lui son correspondant : 

Soient (A), (A') deux surfaces applicables, l’une sur l'autre, et (0) la 

surface lieu des milieux des cordes joignant les points correspondants A 
et A!; il existe toujours un autre couple (B) (B') de surfaces applicables tel 
que la surface (0) soit touchée par tous les plans perpendiculaires sur les 
milieux des cordes BB’; les couples de points AA’ et BB’ sont réciproques. 
Coriséquemment les surfaces (0) et (©) lieux des milieux des cordes AA’, 
BB’, sont les focales d'une même congruence de droites; de plus, les cordes 
elles-mêmes sont parallèles aux normales en O et © des surfaces (0) 
et (Q), AA' étant parallèle à la normale de (0). Enfin, entre les longueurs 
des cordes AA’, BB’, et les autres éléments de la figure, il existe la 


relation 
AA’ X BB'sinV = k x On, 


où V désigne l'angle des normales à (O) et (Q) et Æ une constante. On voit 


230 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES 


qu'il y a une infinité de couples associés correspondant à toutes les valeurs 
de la constante et dérivant d’une méme congruence de droites 09; celle-ci 
jouit donc de propriétés spéciales qui ont été mises en évidence dans le cas 
particulier traité au chapitre VIII. 


$ 188. 


Auire propriété générale de la correspondance par vorthogonalité 


des éléments. 


Mais comme nous l'avons dit, cette théorie des couples de surfaces appli- 
cables peut aussi être envisagée différemment : elle coïncide avec celle de la 
correspondance des surfaces par orthogonalité des éléments dont nous avons 
parlé constamment au cours de l'étude qui précède. Il ne sera pas inutile de 
donner ici (à raison d’une application fort simple aux élassoïdes) le théorème 
qui domine la théorie. 

Soient deux surfaces (0) et (M) qui se correspondent par orthogonalité 
des éléments; si par les points de (M) on mène des droites D parallèles aux 
normales de (0), elles forment une congruence telle que : 1° (M) en soit la 
surface moyenne; 2 les plans principaux (tangents aux surfaces focales) 
sont perpendiculaires aux asymptotes de l’indicatrice en O à (0). 

Dès lors, si l’on trace les images sphériques (à) et (8) des asymptotiques 
_ de (O0), ce sont précisément les images sphériques principales de lu con- 

gruence (D). 

Conséquemment, si l’on connait le réseau sphérique, image des asymp- 
totiques d’une surface (0), il faudra chercher toutes les congruences l’admet- 
tant pour image principale et leurs surfaces moyennes donneront l'intégrale 
des surfaces (M) correspondant par orthogonalité des éléments à (0). 

On peut se donner le réseau sphérique, image des asymptotiques d'une 
surface inconnue; on sait que (si certaines conditions sont remplies) la sur- 
face (O) est déterminée uniquement. Quant à la congruence (D), qui admet 


OÙ SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 2541 


le réeau sphérique pour image principale, elle est déterminée par un sys- 
ème cæprionique, c'est-à-dire ramené à l'intégration d’une seule équation 
aux différentielles partielles, linéaire et du second ordre, de cette forme, 
seule ie € égrable explicitement, mise en lumière par M. Moutard. 


$S 189. 


Recherche des surfaces correspondant par orthogonalité des éléments 


à un élassoide. 


L'application la plus simple de cette théorie a trail aux élassoïdes. Si (0) 
est élassoïde, le réseau sphérique, image de ses asymptotiques, est un réseau 
orthogonal et isométrique ; il n’est pas différemment assujetti. On voit d’abord 
que les conguences (D) sont formées de normales à des surfaces, et en second 
lieu que ces surfaces ont pour image sphérique de leurs lignes de courbure 
le réseau isométrique choisi. 

Prenant la sphère pour surface de référence et le réseau isométrique pour 
réseau (u, v) tel que | 

dS$ — }'(du* + di), 


0 trouve pour l'équation canonique 


1 
|.) 
d'X È 
Sousr F dudv 


(Voir pour l'intégration le mémoire de M. Moutard, au XLV° cahier du 
Journal de l'École polytechnique.) 


” + e — mu 


239 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


$ 490. 


Recherche des surfaces se correspondant par parallélisme des plans tangents 


et par leurs lignes isotropes. 


Ces diverses théories se rapprochent encore dans une question qui dérive 
tout naturellement de l'étude des élassoïdes. La sphère et un élassoïde arbi- 
traire se correspondent à la fois par le parallélisme des plans tangents et par 
leurs lignes isotropes. Il serait intéressant de connaitre tous les couples de 
surfaces analogues, parce que l'on pourrait faire sur l’une des surfaces la 
carte de l’autre, en conservant les angles. | 

Sur les deux surfaces les lignes de courbure se correspondent, et les rayons 
de courbure principaux sont liés par la relation 


poussant plus avant, on introduit à nouveau la correspondance par orthogo- 
nalité des éléments. 

Le développement des recherches qui viennent d'être indiquées s'écar- 
terait trop du sujet de ce mémoire; il convient de le réserver pour un travail 
différent. 


(") Cette relation peut s’écrire 
Vas 
on voit que si w et w’ désignent les demi-angles des asymptotes de l'indicatriee 
go = +itg. 


Donc les images sphériques des asymptotiques sont simultanément déterminées pour les deux 
surfaces; l'une est convexe et l’autre à courbures opposées. 


CHAPITRE XXII. 


CONCLUSIONS. 


$ 194. 


Indication d'une théorie générale dominante. 


On a envisagé dans ce qui précède, certaines questions d'ordre général 
soulevées par la théorie des élassoïdes. 

Les propositions importantes dominant notre mémoire sont des manifes- 
lations plus ou moins élégantes des idées fondamentales émises à propos de 
l'intégration, sous forme explicite et finie, des équations aux différentielles 
partielles du second ordre, par M. Moutard; idées indiquées à la Société 
Philomatique de Paris, le 23 octobre 1869, poursuivies dans le détail à 
propos de l'équation particulière 


1 dZ 


es 
Z dudr 


dans le XLVe cahier du Journal de l'École polytechnique. 


Tone XLIV. 31 


934 ÉTUDE DES ELASSOIDES 


$ 192. 


Des compléments à donner à ce mémoire. 


Si ce mémoire, déjà étendu, comprenait le développement entier du 
programme que nous nons étions tracé, il contiendrail un chapitre analogue 
aux chapitres XII et XIII, établissant tous les éléments d'un élassoïde pas- 
sant par un contour-plan, conjugué d'un autre contour déterminé. Une 
application intéressante serait faite aux élassoïdes algébriques passant par 
un cercle. À titre de généralisation, nous aurions voulu pouvoir traiter le 
problème de la recherche des élassoïdes algébriques passant par une conique 
ou une biquadratique (”). 

Ne conviendrait-il pas également de discuter les élassoïdes algébriques 
admettant pour géodésiques les épicycloïdes les plus simples? Déjà nous 
avons vu que l'élassoïde qui admet pour géodésique une hypocycloïde à 
quatre rebroussements est le conjugué de l’élassoïde dérivé des paraboloïdes 
homofocaux ; il faudrait au moins définir l'élassoïde dont l’hypocycloïde à 
trois rebroussements et la cardioïde sont des géodésiques. 

L'étude des surfaces moyennes mériterait un chapitre spécial ; il n’y en a 
qu'une, celle dérivée des quadriques homofocales, qui soit un peu connue. 
M. Moutard a montré qu’elle est le lieu de biquadratiques, intersections des 
hyperboloïdes homofocaux et des cônes supplémentaires aux cônes asymp- 
totes de ces quadriques, ayant pour sommet le centre. 

La surface moyenne dérivée des paraboloïdes homofocaux est le lieu d’une 
double série de paraboles, elle a pour équation 


ea l0 
CAL 2 
« 
cale 
st 
_ 
ET 
= 
à 
tie 
—" 
mn) 


(y + 3) (y — gi) — 8h [x(y 


L'étude des surfaces moyennes dont les asymptotiques sont algébriques, 
serait particulièrement intéressante, par exemple, la surface moyenne, la 


(*) Nous n'en connaissons d’autres exemples que ceux relatés au chapitre XVIII et au $ 181. 


OU SURFACES A COURBURE MOYENNE NULLE. 235 


plus générale, correspondant à l’élassoïde d'Enneper, dont les coordonnées 
en fonction des paramètres w et v des lignes de courbure de l’élassoïde 
sont 


= a{u — v'}(u* + v° — 3) + 2(Cu — Bv) 


u? + v° +1 


y — hau° + Cu + v— 1) + 24v 


2 
u+v+1 


_ 4av° — Bu + v°— 1) — 24u 


7 Ÿ 
+ v'+ 1 


L 


u+v—k 


étant l'équation des asymptotiques. 

Sans parler de la transformation par rayons vecteurs réciproques des 
congruences de cercles à focales doubles, il est d'autres questions véritable- 
ment imporlantes au point de vue théorique et qu'il faudrait élucider. 

De même que, si l’on recherche les surfaces dont le réseau des lignes de 
courbure est de cette nature définie par M. Liouville et qui permet l’inté- 
gration des lignes géodésiques, de même, disons-nous, que dans ce cas on 
trouve avec M. Ossian Bonnet, qu’à part les surfaces de révolution il n’y a 
que les quadriques: de même si l’on recherche les surfaces élassoïdes sur 
lesquelles on peut tracer un réseau orthogonal du genre caractérisé par 
M. Liouville, le problème sc divisera en deux parts, la première afférente à 
la famille de surfaces applicables sur des surfaces de révolution, la seconde 
se rapportant à une surface élassoïde qui n'a pas encore été isolée. 


S 193. 
Résultats du présent mémoire. 


En résumé, notre travail indique les solutions des problèmes de Monge 
et de Bjürling; il fait, croyons-nous, suffisamment ressortir l'importance 
d'un être géométrique particulièrement simple, la congruence isotrope; il 


236 ÉTUDE DES ÉLASSOIDES. 


indique toute l'importance de la correspondance par orthogonalilé des élé- 
ments, et la liaison naturelle qui existe entre les élassoïdes et les couples de 
surfaces applicables l’une sur l’autre. La notion des contours conjugués n'est 
pas sans utilité, et la recherche des contours conjugués algébriques d’un 
contour algébrique conduit à des applications géométriques intéressantes. 
Qu'on nous permette d’attacher quelque importance au résultat trouvé à 
propos des élassoïdes sur lesquels on peut tracer deux géodésiques pour 


lesquelles 


il met en évidence une sorte de transformation isotrope des courbes, qui 
fait correspondre deux parties de la ligne double d’une congruence isotrope. 
Il serait bien facile d'effectuer d’élégantes vérifications par le procédé auquel 
nous faisons allusion. 


MÉMOIRE 
LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION DES DÉPÔTS SUPERFICIELS 
PAR L'INFILTRATION DES EAUX MÉTÉORIQUES 
ÉTUDIÉS DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA GÉOLOGIE STRATIGRAPHIQUE 


PAR 


ERNEST VAN DEN BRORCK. 


(Présenté à la Classe des sciences dans la séance du 5 juin 1880.) 


Tour XLIV. 1 


AVANT-PROPOS.. 


Nos connaissances sur les terrains tertiaires de la Belgique se sont, pen- 
dant ces derniers temps, considérablement étendues par suite de l’application, 
faite aux recherches stratigraphiques entreprises depuis peu, des résullats 
obtenus par l'étude des phénomènes d’altération que produit l’infiltration des 
eaux météoriques dans les roches superficielles ou voisines de la surface 
du sol. .. 

C'est en 1874 que nous avons, pour la première fois, attiré l'attention des 
géologues sur ces curieux phénomènes et sur leur importance dans les 
recherches stratigraphiques. Depuis lors, nous n’avons cessé de nous attacher 
à poursuivre l'étude de ces questions et à mettre en évidence les nombreuses 
applications qu’elles ont fait successivement découvrir à nous et à ceux de 
nos confrères qui sont entrés dans la même voie. 

Des problèmes, autrefois inabordables, des difficultés qu'aucune hypo- 
thèse n'avait pu élucider, ont, depuis lors, été résolus avec la plus grande 
facilité. L'obscurité qui couvrait bien des points de la géologie du bassin 


4 AVANT-PROPOS. 


tertiaire belge, s'est dissipée comme par enchantement depuis que l’on a pu 
y projeter les lumières apportées par la connaissance des phénomènes 
d’altération. 

Ces résultats inespérés attirèrent notre attention sur l’ensemble d'un 
champ d'investigation peu exploré, et dont l'importance paraissait avoir 
échappé à ceux mêmes qui en avaient aperçu les premiers linéaments. 

Bientôt nous pûmes constater que partout où l'évidence des faits montrait 
l'intervention rationnelle de ce phénomène spécial d’altération, partout aussi 
la lumière se faisait et montrait, avec de nouvelles confirmations en faveur 
de nos vues, l'étendue toujours grandissante des horizons qui s'ouvraient 
devant l'observateur. 

Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement par suite de la nature même 
des agents, si constants et si universels, auxquels notre thèse faisait appel. 

Frappé de l'importance des services que l'exploration approfondie de ce 
nouveau champ d'étude devait rendre aux recherches stratigraphiques, 
prévoyant les nombreuses simplifications qu'elle devait nécessairement y 
apporter, nous nous sommes décidé à réunir toutes les observations que 
nous avions faites, et à compléter ces données par l'exposé de faits isolés 
signalés par divers auteurs, et montrant la rigoureuse exactitude de nos 
conclusions. 

Groupant ensuite méthodiquement l’ensemble de ces recherches, nous 
avons tenté d'exposer les résultats qui s’en dégagent et de formuler ainsi la 
thèse faisant l'objet du mémoire que nous avons aujourd’hui l'honneur de 
soumettre à l’Académie. | 

Une communication sommaire, résumant à grands traits nos études sur ce 
sujet, a été présentée par nous en 4878 à Paris, au Congrès international de 
géologie. Il nous parait utile de mentionner cette circonstance, parce que, à 
la suite de l'impulsion donnée dans ces derniers temps à la question des 
altérations, quelques travaux récemment publiés ont exposé des vues déjà 


AVANT-PROPOS. à) 


admises par nous depuis un certain temps, comme étant la conséquence 
logique des phénomènes que nous avons mis en lumière. 

Près de dix-huit mois se sont écoulés depuis lors. Pendant ce temps, la 
question de l’altération par voie hydro-chimique, a acquis de jour en jour 
une importance croissante; les vues exposées par nous se sont vérifiées et 
ont gagné sans cesse de nouveaux adhérents, en même temps qu'elles ont 
recu de nouvelles applications. 

Nous croyons donc opportun d'exposer, sans plus tarder, les résultats de 
nos recherches, d'autant plus que le Compte rendu du Congrès de Paris n'a 
pas encore paru à l'heure où nous écrivons ces lignes. 

Nous n'avons pas cru devoir retracer l'historique de la question. Nous 
avons cru préférable de la prendre telle qu'elle se présente actuellement et 
de tenter un travail qui, malgré d'inévitables lacunes, pourra, nous l’espé- 
rons , attirer sérieusement l'attention des géologues sur une série de faits et 
de phénomènes fort peu étudiés. 

Dans ce mémoire nous insisterons particulièrement sur les lumières que 
la thèse des altérations, bien comprise, peut jeter dans l'étude de certains 
problèmes, tels, par exemple, que ceux abordés par nous dans le cours de 
nos recherches sur les couches éocènes des environs de Bruxelles, sur les 
dépôts pliocènes des environs d'Anvers et sur les dépôts quaternaires du 
bassin de Paris. 

Dans cet ordre d'idées on trouvera, dans le chapitre consacré aux altéra- 
tions des roches calcaires, des données non encore présentées jusqu’à ce jour, 
et des aperçus nouveaux sur les applications stratigraphiques qui découlent 
de nos recherches. 

Ce chapitre offrira donc une utilité pratique très-grande au point de vue 
des données générales qu'il renferme et des facilités qu’il est appelé à apporter 
dans les recherches géologiques relatives aux terrains de même nature et 
d'âge quelconque. 


6 AVANT-PROPOS. 


Dans la plupart des autres chapitres on trouvera, outre les résultats de 
nos études personnelles, quelques observations en partie connues, mais 
jusqu'ici mal interprétées, se rapportant à notre thèse. 

Nous avons, en outre, mentionné, en les groupant, divers faits mal 
observés jusqu'ici, afin de montrer sous une grande diversité d'effets, l'unité 
absolue des causes — non soupçonnées jusqu'ici — dont ces faits sont la 
manifestation. 


2 2 SE ee 7e mm 


MÉMOIRE 


LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION DES DÉPÔTS SUPERFICIELS 
PAR L'’INFILTRATION DES EAUX MÉTÉORIQUES 


ÉTUDIÉS DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA GÉOLOGIE STRATIGRAPHIQUE. 


CHAPITRE PREMIER. 


CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LE RÔLE DES AGENTS MÉTÉORIQUES DANS 
L'ALTÉRATION DES ROCHES. 


Depuis longtemps l'attention des géologues était attirée sur l'observation 
des phénomènes de désagrégation et d’altération des roches superficielles par 
les agents météoriques. 

Tout le monde aujourd'hui s'accorde à reconnaitre l'importance qu'il faut 
attribuer à l’action de l’eau, de l’air, des variations de température, des phé- 
nomènes de dilatation et de contraction qui les accompagnent, à l’action de 
la gelée, de l'humidité, etc., sur la plupart des roches, même les plus dures 
et les plus compactes. 

L'action de l'un de ces facteurs : l'infiltration des eaux météoriques ou 
pluviales, doit nous occuper spécialement. Mais il convient de rappeler rapi- 
dement les phénomènes produits par l'ensemble des autres agents, dont le 
rôle et les effets, plus faciles à étudier et à reconnaitre, serviront de base 
et de point de départ à nos recherches. 


8 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


On a parfaitement reconnu que le phénomène de désagrégation superficielle, 
dû aux agents météoriques, s'opère sur toule la surface de l'écorce terrestre. 

Les inégalités du relief : hauteurs et profondeurs, tendent constamment à 
disparaître. Les roches désagrégées et les parties meubles, qui sont le résultat 
de leur décomposition, descendent le long des pentes et gagnent sans cesse 
des niveaux inférieurs. Les pluies et les torrents, les rivières et les fleuves 
entrainent ces débris en les pulvérisant de plus en plus; d'immenses dépôts 
sédimentaires s'accumulent ainsi dans la mer, non loin des rivages. 

Peu à peu les contours des continents se modifient, non-seulement par 
suite de cet apport continu de sédiments dus aux érosions mécaniques, mais 
encore à cause du double travail d’érosion et de sédimentation effectué, le 
long des rivages, par les vagues de la mer. 

Ces causes si simples, mais si universelles, modifient et transforment 
considérablement la configuration des terres et des mers. 

Si nous quittons ce point de vue général et que nous fixions nos regards 
sur la surface terrestre, presque partout nous y retrouvons, nettement carac- 
térisées, les influences des agents atmosphériques. En effet, on sait qu’il suffit 
d'observer une carrière récemment ouverte, une coupe nouvelle ou un talus 
fraichement coupé, pour se convaincre qu’au point de vue de l'aspect, de la 
coloration, de l'agrégation, de la solidité et, parfois même, de la composition 
du dépôt, il existe des différences très-sensibles et souvent considérables 
entre l'intérieur et la superficie des roches. 

Ces phénomènes de désagrégation et d’altération sont produits par les 
agents atmosphériques. Sous leur influence, la roche s’exfolie, se fissure ; 
cerlains éléments se modifient ou se dissolvent au contact de l’eau; d’autres 
s'oxydent au contact de l'air; les agents destructeurs pénètrent, avec les eaux 
d'infiltration, dans les fentes et les crevasses. En hiver, la congélation agit, 
non-seulement en faisant fissurer et éclater la roche divisée par les vrais 
coins d’eau congelée qui en occupent toutes les fentes, mais aussi, en disjoi- 
gnant peu à peu les parties intactes, imbibées de cette eau de carrière, que 
l’on sait maintenant exister en abondance dans presque toutes les roches 
composant l'écorce terrestre. Toutes ces causes réunies, et d’autres encore, 
telles que l’action corrosive et envahissante des racines d'arbres et des 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 6 


plantes, etc., multipliées par un facteur d’une puissance illimitée : le temps, 
produisent des effets surprenants, dont l’universalité commence seulement à 
être appréciée. 

I] faudrait plusieurs chapitres pour exposer en détail l'influence qu'ont 
sur la désagrégation des roches et sur le nivellement des reliefs du sol, l’eau, 
considérée sous ses diverses formes : humidité, pluie, torrents, sources, 
rivières et fleuves, nappes souterraines, glaces, avalanches et glaciers, ainsi 
que l'air, sous forme de gaz sec ou humide, chaud ou froid, vent, tempête 
et orage. Mais, tel n’est pas, nous l'avons déjà dit, le but de ce travail, qui 
a en vue, non ces actions mécaniques, mais l’allération chimique des dépôts 
superficiels, causée par les réactions qui s’opèrent à la suite de l’infiltration 
des eaux météoriques. Notre but est de montrer que dans certaines condi- 
lions, fréquentes d’ailleurs à la surface du globe, ces phénomènes d’altéra- 
lion sont très-intenses et présentent des caractères dénotant un véritable 
métamorphisme. | 

C'est pour ne pas avoir reconnu cette action que l’on est si souvent arrivé 
à de fausses interprétations dans les relations stratigraphiques attribuées aux 
parties altérées et aux parties normales d’un même dépôt. 

Nous verrons enfin que l'infiltration des eaux météoriques donne la solu- 
tion d’une foule de questions dans lesquelles l’altération des roches n'avait 
pas été reconnue, ou bien avait été à tort attribuée à des influences ther- 
males, geysériennes ou volcaniques. Ces interprétations ont donné lieu à des 
hypothèses encombrantes et d’ailleurs inexactes. De plus, on ôtait ainsi aux 
phénomènes géologiques cette généralité, cette grandeur et cette unité d’action 
qui les caractérisent. 

Les phénomènes d’altération par infiltration superficielle ont-ils toujours 
passé inaperçus? Certainement non, car bien avant nos premières recherches, 
provoquées en 1874, par une observation due à M. le professeur Dewalque, 
des remarques isolées avaient déjà été faites au sujet de cette influence par- 
ticulière des agents météoriques. Toutefois, l'examen de la question sous 
son véritable jour, c’est-à-dire au point de vue général de ses applications 
stratigraphiques, n’avail pas encore été entrepris. Personne ne paraît jusqu'ici 


avoir entrevu la loi si simple qui régit l'altération chimique des dépôts super- 
Tous XLIV. 


10 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


à 


ficiels, phénomène qui donne naissance à un métamorphisme lent et continu, 
pouvant compter parmi les plus intéressantes des causes actuelles en géologie. 

Les chimistes et les minéralogistes ont, surtout en Allemagne, mis nettement 
en relief toute l'importance du phénomène considéré au point de vue chi- 
miqie et lithologique , mais les géologues stratigraphes n'ont guère compris 
jusqu'ici le parti qu’ils pouvaient tirer de ces observations. Le plus souvent, 
ils n'ont cru devoir reconnaitre qu’un caractère local et tout accidentel aux 
observations qui s’offraient à eux. Ils ont parfois reconnu la nature du phé- 
nomène : l’action dissolvante d’une eau chargée d'acide, mais ils lui ont 
attribué des origines extraordinaires, nécessitant des hypothèses que rien ne 
justifiait. Lorsque, enfin, ils se sont trouvés dans la bonne voie, ils ont exposé 
leur manière de voir sous forme de simples essais sans jamais tenter aucune 
généralisation. 

Nous croyons donc utile dans nos recherches sur cette question, non-seu- 
lement de faire connaitre d'une manière suffisamment détaillée nos observa- 
tions personnelles, mais encore de grouper en un faisceau homogène de 
nombreux faits restés isolés et sans corrélation entre eux. 

Mettre en évidence la simplicité des causes relativement à la multiplicité 
des effets; démontrer l’universalité du phénomène, son importance au point 
de vue des recherches géologiques, attirer enfin l'attention des géologues sur 
un ensemble de faits constituant la base d’une thèse qui ne peut manquer de 
trouver partout à l'étranger, dans tous les terrains et sous toutes les latitudes, 
des applications de toute espèce, tel est notre but! Ce caractère d’universalilé 
qui doit nécessairement s'imposer et se vérifier de jour en jour sera la plus 
sûre démonstration de notre thèse. 

L'action des infiltrations superficielles ne se borne pas à produire des 
altérations dans les roches de la surface, ou bien dans celles en contact avec 
les nappes souterraines ; elle donne également lieu à une importante série 
de phénomènes hydro-chimiques et de pseudomorphoses dans l'épaisseur de 
l'écorce terrestre. Ces phénomènes ont été dans ces dernières années l’objet 
des études d'un nombreux groupe de minéralogistes et de chimistes étran- 
gers, qui ont montré le rôle important, non soupçonné auparavant, de l’eau 
d'infiltration dans la formation des minéraux et des roches. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 11 


Le Traité de géologie et de paléontologie de Credner, dont la traduction 
française a été publiée 11 y a deux ans !, contient un excellent résumé de 
ces résultats si nouveaux et si intéressants. 

Pour en revenir à l'étude plus spéciale qui fait l’objet de ce travail, 
c'est-à-dire à l’altération chimique et au métamorphisme des dépôts super- 
ficiels, voyons maintenant la nature exacte des agents concourant à la produc- 
lion de ces phénomènes, et examinons rapidement leurs rôles respectifs. 

On sait que l’eau de pluie contient à l’état.de dissolution de l'oxygène et de 
l'acide carbonique. Ainsi, M. Peligot a constaté qu'un litre d’eau de pluie 
contient en dissolution 25 centimètres cubes de gaz, dont 31.20 °/, d'oxy- 
gène et 2.40 °/, d'acide carbonique, c’est-à-dire une quantité plus notable de 
ces deux gaz qu'il n’en existe proportionnellement dans Pair atmosphérique. 

D'autre part, il est établi que l’eau de pluie s’assimile, pendant son infil- 
ration dans le sol, et surtout dans un sol végétal, une quantité supplémen- 
laire, souvent considérable, d'acide carbonique. 

Il a été démontré que les gaz tenus en dissolution dans l’eau sont, en 
grande partie, absorbés lors du passage de celle-ci au travers de corps 
poreux, comme le sont la plupart des roches. Cette absorption provient 
surtout des réactions qui s’opèrent lorsque l'acide carbonique et l'oxygène 
dissous dans l’eau se trouvent en contact avec les éléments calcaires, fer- 
reux, elc., des dépôts traversés. L'acide carbonique disparait presque entière- 
ment; l'oxygène diminue dans une proportion notable. 

Aïnsi l'expérience qui a été faite par MM. Lefort et Poggiale sur du sable 
quartzeux pur (moins favorable cependant que tout autre aux réactions 
chimiques) a démontré que de l’eau contenant en dissolution 7°°18 d’oxy- 
gène ne renfermait plus, après le filtrage au travers de ce sable, que 5°°91 
du même gaz. 

Le gaz en dissolution dans l’eau de pluie est, nous l'avons dit, infiniment 
plus riche en acide carbonique et en oxygène que l'air atmosphérique. Par 
suite, l'eau pluviale qui s’infiltre au travers des dépôts superficiels et qui 


1 CREDNER, l'raité de géologie, traduit de l'allemand sur la troisième édition par R. Moniez. 
Paris, 1878. 


12 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


s'y étale souvent en nappes étendues, constitue un agent d'oxydation et de 
dissolution bien plus puissant que l'air atmosphérique. 

On sait que l’eau chargée d'acide carbonique est un puissant dissolvant 
du calcaire. Mais les altérations des dépôts superficiels ne sont pas limitées 
aux seules roches calcaires; le contact des eaux atmosphériques suffit pour 
décomposer la nombreuse série des roches feldspathiques, pour réduire en 
terres meubles ou en argiles plastiques les roches schisteuses, pour modifier 
ou dissoudre certains éléments de ces dernières et surtout des roches silicatées. 

Diverses expériences ont été faites à ce sujet. Elles ont démontré que la 
solubilité des roches dans l’eau pure et surtout dans l’eau chargée d'acide 
carbonique, est infiniment plus grande qu'on ne serait porté à le croire. 

L'oxygène en dissolution dans les eaux météoriques, celui provenant de 
l'air entrainé mécaniquement dans le sol avec les eaux pluviales et enfin 
celui de l’air qui baigne les dépôts superficiels, donnent lieu, sous linfluence 
de l'humidité, à des phénomènes d'oxydation variés et très-accentués. La 
glauconie éparse dans les dépôts, les sels ferreux si généralement répandus 
dans les roches calcaires, marneuses, etc., s'oxydent et se transforment en 
sels ferriques, qui colorent en jaune ou en rouge les particules argileuses 
ou limoneuses dégagées par la dissolution du calcaire. 

Le résidu de cette décomposition, s’infiltrant, avec les eaux, dans toute Ja 
masse du dépôt, en modifie profondément la coloration. Celle-ci varie du 
vert au jaune, du brun au rouge, suivant la nature des matières altérées, 
la proportion des sels ferreux ou de la glauconie et enfin suivant l'intensité 
plus ou moins grande des phénomènes d'oxydation. 

La disparition des fossiles dans les roches calcarifères meubles, consé- 
quence inévitable de la dissolution des éléments calcaires, est généralement 
accompagnée de phénomènes divers : Lassement des dépôts, disparition des 
lignes de stratification, dissolution du ciment calcaire des bancs durs, appa- 
rences d'érosions et de ravinements, poches, puits, etc., qui doivent infail- 
liblement dérouter l'observateur non prévenu. Celui-ci croira qu’au lieu d’une 
simple altération sur place et de métamorphisme actuel, il se trouve en pré- 
sence de ravinements et d'érosions profondes, de séparations de couches et 
de dépôts d'origine et d'âge distincts. Il sera ainsi induit en erreur dans ses 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 13 


conclusions sur l'appréciation des phénomènes et sur la succession géologique 
des dépôts observés. 

La dissolution du carbonate de chaux dans un calcaire siliceux, les modi- 
fications des roches siliceuses elles-mêmes, la production si constante dans 
ces phénomènes d'altération, de résidus argileux rougeätres, les appa- 
rences d'érosion et la corrosion des dépôts sous-jacents feront aussi invoquer 
l'influence de sources acides, d'actions hydro-thermales, d’éjaculations gey- 
sériennes , de ruissellements d'eaux acidulées d'origine interne, etc. Et cepen- 
dant tous les phénomènes observés ne sont que la conséquence naturelle de 
l'infiltration des eaux atmosphériques, chargées d'acide carbonique et ayant 
pu agir pendant un laps de temps suffisant. 

Au premier abord, il paraîtra peut être étonnant que l'eau et ses gaz, avec 
leurs effets d'oxydation et de dissolution, puissent produire des modifications 
si considérables dans les roches et dans les dépôts superficiels. Mais il ne faut 
pas perdre de vue l'influence toute puissante du temps. Comme facteur de 
l'air atmosphérique, agent peu énergique s’il en est, le temps produit des 
phénomènes de désagrégation et d’altération que personne ne songe à nier, 
lant ils sont puissants et universels sur la surface terrestre. 

Puisqu'il faut rechercher dans l’infiltration des eaux pluviales l’origine de 
l'altération des dépôts superficiels, les phénomènes qui en résultent ne 
peuvent être localisés dans une région ou dans un terrain déterminés. La 
conséquence logique de cet état de choses doit être celle-ci : partout où il y 
a des dépôts calcarifères, des roches calcaires, argileuses, métallifères, feld- 
spathiques, voire même siliceuses et cristallines, soumises à des phénomènes 
d'infiltration par les eaux météoriques, partout enfin où ces dépôts, plus ou 
moins meubles ou perméables, ne sont pas protégés contre les influences 
atmosphériques, soit par leur situation, soit par des couches imperméables 
ou d'autres modes de protection, partout aussi apparaîtront les phénomènes 
d'altération et de métamorphisme que nous allons décrire. 

Par leur essence même, ceux-ci doivent être aussi universels dans leurs 
effets que dans leur cause. 

Si ces lois du métamorphisme par infiltration sont vraies en un point, 
elles doivent l'être sous toutes les latitudes et dans toutes les formations, dans 


44 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION, erc. 


tous les dépôts superficiels. Elles ont dû agir à toutes les époques de la for- 


mation terrestre, du moins sur les continents et dans les régions émergées. 


L'intensité seule du phénomène a pu varier, comme elle varie encore aujour- 
d’hui. Il n’est enfin pas douteux que, l'attention des géologues étant suffisam- 
ment attirée par l'étude de cette intéressante question, l'on ne découvre de 
nombreuses applications, confirmant nos observations personnelles et mon- 
trant partout l'action de ces phénomènes, non-seulement sur les dépôts 
superficiels de l'écorce terrestre actuelle, mais encore sur ceux qui consti- 
luaient la surface du sol émergé pendant les diverses phases de l’histoire de 
la terre. 

Avant de passer en revue l’action des infiltrations superficielles, c'est-à-dire 
de l’eau chargée d'oxygène et d'acide carbonique sur les diverses espèces 
de roches constituant l'écorce terrestre, nous ferons remarquer que nos 
recherches personnelles, ayant principalement porté sur les terrains tertiaires 
de la Belgique, c’est-à-dire sur des sédiments généralement calcarifères, il 
en résultera pour le chapitre consacré aux roches calcarifères, une extension 
plus considérable que pour les autres. Cela offrira d’autant moins d'inconvé- 
nient que c’est surtout dans les dépôts calcaires que les phénomènes d’altéra- 
tion se présentent dans toute leur intensité et avec la plus grande diversité 
d'effets; aussi, est-ce dans ces dépôts que l'étude des altérations présente le 
plus d'intérêt au point de vue des déductions géologiques et stratigraphiques. 

Bien que notre travail comprenne un grand nombre de faits et d’observa- 
tions, il n’est pas douteux que bien des applications nous auront échappé. 
La thèse que nous présentons en fournit de si variées, nombreuses et 
universelles même, que nous ne saurions raisonnablement espérer avoir tout 
embrassé. 

Sans plus tarder, nous allons maintenant examiner successivement l'action 
des altérations par infiltration des eaux météoriques dans les roches feldspa- 
thiques, métallifères, siliceuses, schisteuses, argileuses et calcaires. En même 
temps, nous montrerons quelques-unes des applications stratigraphiques 
auxquelles ces études ont donné lieu dans le cours de nos recherches. 


CHAPITRE SECOND. 


ÉTUDE DES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION PRODUITS PAR L'INFILTRATION DES EAUX 
MÉTÉORIQUES DANS LES DIVERSES ROCHES DE L'ÉCORCE TERRESTRE. 


I. — Roches feldspathiques. 


Généralement toutes les roches feldspathiques, plutoniennes et volcaniques 
sont très-sensibles à l’action des agents météoriques. C'est là un fait bien 
établi, et, dans ce chapitre, il nous suffira de résumer un ensemble de faits 
connus, auxquels nous n’aurons rien à ajouter, pour exposer complétement la 
nature et les effets de cette action. 

Non-seulement l'eau pure amène par son contact une altération profonde 
des roches feldspathiques, et le plus souvent leur transformation en une 
terre tendre, homogène et poreuse, mais l'humidité contenue dans l’air peut 
donner lieu au même résultat. 

La conservation des monuments granitiques de l'Égypte, opposée à la 
décomposilion rapide du granit transporté dans un climat froid et humide, 
tel que celui du nord de la Russie a été signalée déjà ! comme un exemple 
frappant de l’influence de l'humidité atmosphérique sur la décomposition des 
roches. 

De la Bèche ? rapporte, d’après M. d’Aubuisson, que dans un chemin 
creux, encavé à la poudre depuis six ans seulement dans le granite, on voyait 
la roche entièrement décomposée jusqu’à la profondeur de 3 pouces. D'apès 


1 À. De LapparenT, Revue de géologie pour les années 1870 et 1871, vol. X, p. 230. 
Paris, 1873. 

4 H. pe LA Bècue, Manuel géologique; traduit de l'anglais sur la seconde édition par Bro- 
chant de Villiers, p. 51. Paris, 1838. 


16 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


le même auteur, les granites de l'Auvergne, du Vivarais et des Pyrénées 
orientales, sont souvent tellement décomposés que le voyageur croit mar- 
cher sur des amas considérables de graviers. 

On sait d’ailleurs que le granite et les pegmatites, désagrégés et réduits à 
l'état sableux, n'ont besoin que d’une très-courte exposition à la pluie et aux 
influences atmosphériques pour se transformer entièrement en kaolin. 

Le granite enfoui dans un sol humide s’altère très-rapidement ; témoin, les 
meules en granite kaolinisé rencontrées dans les fouilles d’Alise en Bour- 
gogne, et datant du temps de Jules César !, | 

Les recherches expérimentales de MM. Daubrée, Truchot, Cossa, Beyer et 
d’autres, ont montré que si l’eau pure suffit à décomposer la plupart des 
roches feldspathiques, l’eau chargée d'acide carbonique produit une action 
bien plus énergique encore. De nombreuses expériences ont été faites en ce 
sens sur les basaltes, les laves et sur d’autres roches feldspathiques d’origine 
volcanique. Les plus dures et les plus compactes de ces roches, telles que 
certaines formes de basalte : la sélagite, par exemple, résistent assez bien au 
processus expérimental comme aux influences atmosphériques; d'autres, 
plus tendres et très-poreuses, sont facilement pénétrées par les infiltrations 
et se décomposent aisément; les trachytes sont généralement dans ce cas; 
enfin, certaines roches feldspathiques soumises à l'influence des eaux d’infil- 
tration passent très-rapidement à l’état argileux; c'est ce que montre parii- 
culièrement une variété d'ophite : la spilite. 

Les expériences de M. Beyer ? ont démontré que le feldspath se décom- 
pose aussi três-rapidement au contact de l’eau contenant du sulfate d'ammo- 
niaque ou bien du chlorure de sodium, substances existant dans le sol 
végétal et accompagnant parfois les gaz en dissolution dans les eaux qui 
s’infiltrent dans le sol. | 

On voit donc clairement que les eaux superficielles d'infiltration consti- 
tuent avec le Lemps un puissant dissolvant des roches feldspathiques. 

L’humidité atmosphérique et surtout le ruissellement des eaux pluviales et 


1 A. De LapparENT, Revue de géologie pour les annécs 1870 et 1871, vol. X, p. 230. 
Paris, 18753. 
2 Archives de pharmacie, t. CL, p. 193 (1875). 


ER ne _ 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 17 


torrentielles à la surface des massifs granitiques ou feldspathiques quel- 
conques produit, avec une grande rapidité, la décomposition d’une mince 
couche superficielle de granit. L’acide carbonique contenu dans ces eaux dis- 
sout les sels alcalins de potasse et de soude du feldspath; le silicate friable 
d'alumine est emporté avec le mica et le quartz, qui, avec le feldspath, consti- 
tuaient la roche granitique. 

La répétition constante du même phénomène donne bientôt lieu à l’abla- 
tion d'une quantité très-sensible de la roche, dont la surface, sans cesse 
renouvelée et constamment altérée et décomposée, subit peu à peu une érosion 
considérable. Lorsque la disposition topographique ou spéciale du massif 
altéré ne permet pas aux eaux pluviales de s’écouler rapidement, en entrai- 
nant les résidus de la décomposition à des niveaux inférieurs, ils restent 
s'accumuler sur place, et l'on obtient un dépôt blanchâtre ou pêu coloré, de 
silicate d’alumine plus ou moins mélangé de grains quartzeux et de mica, 
connu sous le nom de kaolin. 

On comprend aisément, par ce qui précède, que la décomposition des 
roches feldspathiques doit être un phénomène général à la surface de la terre, 
dans les régions d'affleurement de ces roches. 

Là où les roches feldspathiques, soit très-développées, soit accidentelles et 
localisées, sont disloquées et fracturées par des failles et des fentes, l’eau 
atmosphérique, qui pénètre dans celles-ci el qui y séjourne en se renouvelant 
sans cesse, doit nécessairement altérer les parois des fentes; elle modifie 
bientôt la roche feldspathique, dont le résidu terreux, devant forcément 
rester en place, apparait alors sous forme de filons de kaolin, parfois très- 
épais et très-étendus. | 

Lorsque des filons éruptifs de roches feldspathiques se rencontrent dans 
des roches imperméables et affleurent en même temps à la surface du sol, 
les eaux superficielles les altèrent, s’y infiltrent, en kaolinisant rapidement 
tout le dépôt feldspathique. 

Les réservoirs poreux, ainsi formés, contiennent parfois ces eaux d’infil- 
tration rassemblées en grande abondance, ainsi que le démontre clairement 
l’afflux d'eaux souterraines, souvent constaté dans les travaux d'exploitation 


voisins de croisements de filons de granite kaolinisés. 
Tous XLIV. 3 


18 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Les carrières de porphyre de Quenast (Belgique) ont donné lieu à quelques 
observations intéressantes sur les Pre d’altération chimique par les 
eaux d'infiltration superficielles. 

Elles se trouvent exposées dans le beau mémoire de MM. de la Vallée 
Poussin et Renard sur les roches dpisstus de la Belgique et de 
l'Ardenne française !. 

Ces auteurs ont constaté que le porphyre de ces carrières est parfois altéré 
jusqu’à une profondeur de 45 mêtres, mais le microscope seul peut révéler 
cette modification intime de la roche. 

Quant à l’altération plus prononcée que dénote la décomposition de la 
roche, elle est parfois bornée à une couche superficielle très-mince ; mais elle 
peut aussi pénétrer très-avant dans la masse sous-jacente, atteindre les bancs 
les plus profonds et traverser même toute une exploitation. 

Dans les « bancs pourris » de la zone profonde, où les eaux ont pénétré 
en suivant les fentes et les fractures de la roche, la décomposition du por- 
phyre en masse friable n'est que rarement accompagnée de phénomènes 
de coloration brunâtre ou jaunâtre, tels qu'on les observe à la surface. I} est 
évident que l'oxydation des parties supérieures est due au contact de l’oxy- 
gêne des eaux pluviales et de l'air qui baigne la zone superficielle du dépôt 
‘altéré. 

« Une curieuse circonstance, disent les auteurs du mémoire précité, c’est 
que le degré d’allération des blocs et des sphéroïdes superficiels des carrières 
de Quenast dépend avant tout de l'épaisseur des couches meubles et argi- 
Jeuses qui les surmontent. En dessous de 4 à 5 mètres de sable et d'argile, 
la roche peut étre exploitée avec avantage. Elle subit donc fortement 
l'influence des actions atmosphériques actuelles. » 

Cette observation montre que lorsque des dépôts suffisamment épais ou 
bien imperméable ont protégé le sous-sol contre l’infiltration des eaux 
atmosphériques , l’altération chimique de la roche sous-jacente s’est fait 
-peu ou point sentir. 


1 De La VaLLée Poussin et RenarD, Mémoire sur les caractères minéralogiques et stratigra- 
phiques des roches diles plutoniennes de la Belgique et de l’Ardenne française (Méx. cour. Ds 
L'ACAD. ROYALE DES SCIENCES DE BELGIQUE, t. XL, 1876). 


es M 


— —— 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 19 


II, — Roches métallifères. 


Les roches métallifères, se trouvant rarement à la surface du sol, n’ont pas 
élé atteintes aussi fréquemment que les autres par les altérations dues aux 
agents météoriques. Cependant l’action de l’air atmosphérique et surtout celle 
de l'oxygène en dissolution dans les eaux d'infiltration, donne lieu à des 
phénomènes d'oxydation bien connus. Îls s'observent partout où les dépôts 
métallifères deviennent accessibles à l’influence de ces agents, soit par le fait 
de travaux d'exploitation, soit par le fait de l’infiliration des eaux super- 
ficielles dans les fentes, filons ou gisements quelconques de ces roches 
métallifères. | 

Les phénomènes d'oxydation modifient profondément la nature de ces 

dernières. C’est ainsi que la plupart des sulfures en s’altérant se changent en 
sulfates : la pyrite de fer devient du sulfate de fer et ensuite de la limonite; 
la blende se transforme en sulfate de zinc; la pyrite cuivreuse en sulfate de 
cuivre; le soufre donne naissance à de l'acide sulfurique, qui à ‘son tour 
modifiera la roche encaissante; la galène se change en sulfate de plomb ; 
l'argent natif en sulfate d'argent, etc., etc. 
_ De plus, certaines réactions chimiques bien connues se produisent ensuile 
de ces premières modifications; il se forme ainsi des oxydes et des carbo- 
nates métalliques, donnant naissance à un grand nombre de produits : la 
céruse, la malachite, l’azurite, l’ocre et tant d’autres substances, dont l'origine 
première est ainsi duë à ces phénomènes d'infiltration et d’altération produits 
par les agents méléoriques. | | 

La transformation du calcaire en gypse, qui en divers points s’est opérée 
sur une très-vaste échelle, peut quelquefois être attribuée à l’action d'eaux 
souterraines sulfatisées, résultant de la décomposition de pyrites voisines, 
oxydées par suite de l’infiltration des eaux météoriques. | 

La formation du gypse peut donc alors être considérée comme une consé- 
quence directe de l’infiltration des eaux pluviales. 

Pour en revenir aux phénomènes plus simples et mieux définis de loxyda- 
tion des métaux et de la sulfatisation des sulfures, nous rappellerons, comme 


20 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


exemple bien démonstratif de cette action des agents atmosphériques, le cas 
de certains fossiles imprégnés de sperkise ou de sulfure de fer, tels que ceux 
de l'argile de Londres et de l'argile de Boom, ceux de certains gisements 
jurassiques, etc., qui, recueillis en parfait état de conservation au sein de la 
roche non soumise au contact de l'air ou des eaux d'infiltration, se décom- 
posent, et tombent en fragments dans les parties humides ou superficielles 
du dépôt. Parfois même le contact de l'air humide sulfatise et fait tomber en 
poussière dans les collections les fossiles recueillis en bon état dans les parties 
intactes et sèches du dépôt. 

Il est parfaitement établi que lorsque l'oligiste ou le fer spathique est 
mis à découvert pendant un certain nombre d'années dans une exploitation 
à ciel ouvert, les phénomènes d'altération apparaissent peu à peu à la sur- 
face mise à nu; de plus, les infiltrations gagnent rapidement les massifs 
dénudés où le minerai se change bientôt en limonite ou hydrate ferrique. 

L'influence de l'infiltration des eaux météoriques dans la production de 
ce phénomène se retrouve dans le fait bien connu de la décomposition du 
minerai de fer infiniment plus rapide au sein d’une roche schisteuse que 
dans les gisements granitiques : conséquence naturelle de la plus grande per- 
méabilité des schistes. 

Les matières diverses en suspension dans les eaux d'infiltration concourent 
souvent à la production de phénomènes secondaires très-intéressants. Ainsi, 
l'analyse de minerais de fer altérés et oxydés par suite d'infiltrations a révélé 
des modifications parfois très-sensibles dans la constitution chimique des 
minerais, et il est certain que la présence d'acide carbonique, si générale 
dans les minerais altérés, l'augmentation d’alumine de silice et enfin lappari- 
tion du soufre et du phosphore ne peuvent être attribuées qu'aux réactions 
chimiques dues à l'existence des phosphates, sulfates, carbonates, à celle de la 
silice, de l'argile et des autres substances qui se trouvent fréquemment dans 
les eaux provenant d'infiltrations au travers d’un sol végétal. 

Les failles et les filons, souvent tapissés de minerais, qui traversent cer- 
laines roches compactes forment en quelque sorte des réservoirs naturels où 
viennent se rassembler les eaux d'infiltration. Ces gisements métallifères 
montrent alors d'une manière frappante l'influence des agents météoriques et 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 24 


en particulier celle de l'oxygène en dissolution dans l’eau. La partie supé- 
rieure du filon, ou parfois même celui-ci tout entier, présente une série de 
phénomènes d'hydratation, d'oxydation et de sulfatisation très-intéressants à 
éludier. 

Certains gisements de pyrite de fer affleurent à la surface du sol; la 
décomposition de la partie superficielle des filons donne alors lieu à une 
espèce de croûte ou de calotte particulière, connue sous le nom de chapeau 
de fer. 

La transformation en limonite amorphe des cubes ou sphéroïdes de pyrite 
de fer qui sont parfois dispersés au sein des roches paléozoïques ou crétacées 
est aussi due aux agents almosphériques et se trouve toujours favorisée par 
l'infiltration des eaux du sol. 

Dans certaines roches contenant des silicates ferreux, tels que la glauconie, 
par exemple, l'oxydation des matières par suite de l'infiltration des eaux 
météoriques met en liberté l’oxyde ferrique qui, s’infiltrant avec l’eau dans 
toute la masse du dépôt, colore celui-ci de diverses manières, d’après le degré 
d'altération et la quantité des sels ferreux. Ce phénomène s’observe souvent 
dans les dépôts meubles et perméables, très-riches en éléments glauconieux, 
tels, par exemple, que la plupart des couches tertiaires de la Belgique. Ce 
cas se présente encore dans divers dépôts quaternaires en France, en Bel- 
gique, elc., et, en général, dans les couches calcarifères contenant des 
éléments ferreux. | 

L'oxyde ferrique mis en liberté et s’infiltrant dans les dépôts meubles est 
parfois assez abondant pour donner naissance à des phénomènes de concré- 
tionnement, d'agglutination , etc. Îl se forme alors des géodes limoniteuses, 
de véritables grès ferrugineux, parfois assez riches pour être traités comme 
minerais. | 

Les grès ferrugineux exploités dans quelques localités de la Campine n'ont 
pas d’autre origine ; c’est le résultat de la décomposition, par suite d’infiltra- 
lions, de la glauconie des sables sous-jacents, tantôt en place et pliocènes, 
tantôt remaniés et quaternaires. | | 

Le ciment ferrugineux résultant de la décomposition de la glauconie et 
des sels ferreux de dépôts calcaires, peut également agglutiner des galets, etc., 


29 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


et former ainsi des poudingues récents qui expliquent la formation de cer- 
tains poudingues analogues observés au sein des couches paléozoïdes. 

Le mode de formation des grès ferrugineux et de minerais de fer, sous la 
simple influence des infiltrations, nous conduira tout naturellement à admettre 
que, dans certains cas, les failles et les fractures avec filons métallifères, ont 
dù être remplies non de bas en haut par voie d'éjaculation, mais de haut en 
bas par voie humide ou hydro-chimique. Les minerais de fer de ces filons 
auraient été formés par les dépôts successifs des eaux d'infiltration tenant en 
dissolution les sels ferriques enlevés aux dépôts superficiels altérés. 

Les eaux d'infiltration peuvent encore contenir en dissolution diverses 
matières et sels métalliques qui, se rencontrant dans les fentes avec certaines 
substances préexistantes dans la roche, forment des métaloxydes, des sulfures 
métalliques et se déposant sous forme de minerais. 

Il convient cependant d'ajouter que ce sont les sources minérales ou 
d'origine interne qui paraissent avoir le plus souvent contribué à la formation 
de filons métallifères. | 

Certains dépôts ferrugineux qui s’observent à la surface du sol sont d’ori- 
gine moderne. On en rencontre un certain nombre en Belgique, et les plus 
importants d’entre eux montrent, par leur situation, leurs relations évidentes 
avec les causes qui leur ont donné naissance. 

On les trouve dans les dépressions du sol, où séjournent les eaux plu- 
viales et les nappes superficielles; ils s'étendent le long des rivières, etc., et 
recouvrent les régions dont le sol perméable est constitué par des roches 
glauconifères. | 

D'autres dépôts ferrugineux se rencontrent, au contraire, au sommet de 
nos collines tertiaires. Ils sont d’origine ancienne, mais formés par la même 
cause : l’altération des roches glauconieuses sous-jacentes. 

Nous reviendrons tantôt sur ce sujet, dans la partie du chapitre relatif 
aux roches siliceuses, consacré à l’altération de la glauconie. 

Les grès ferrugineux bruxelliens qui dans la vallée de la Senne forment 
le long de certaines lignes de fracture. transversales à la vallée, des dépôts 
locaux peu développés, mais bien caractérisés; ceux qui ont été exploités à 
Groenendael dans la même assise proviennent probablement de phénomènes 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 93 


de cimentation et de concrétionnement effectués, non sous l'influence d’infil- 
trations actuelles, mais à une époque continentale reculée. 

De mème, les grès ferrugineux des sables de Fontainebleau dans le bassin 
de Paris, ceux de divers autres dépôts, tertiaires, quaternaires, et même plus 
anciens, les grès rougeâtres et sans fossiles contenus dans de puissantes for- 
mations géologiques ont pu se former de la même manière que les grès 
actuels, à des époques diverses de Fhistoire de la terre. Il y a là tout un 
champ d'étude à explorer, que nous nous bornons à signaler à l'attention 
des observateurs. 

I est inutile d’insister plus longtemps sur les effets de l’allération des 
roches métallifères sous l'influence des agents météoriques, ni sur les 
phénomènes qui s’y rattachent, parce que ces questions, ainsi que l'étude 
des réactions hydro-chimiques qui en découlent, font plutôt partie du 
domaine de la chimie et n'ont que des rapports peu directs avec les ques- 
tions stratigraphiques que nous désirons mettre plus particulièrement en 


évidence. 
III. — Roches schisteuses et argileuses. 


On sait que les schistes, qui sont généralement de coloration sombre ou 
foncée, s’altèrent et deviennent jaunes, brunâtres ou blanchâtres dans les 
fissures et dans les endroits exposés aux agents météoriques. Au contact de 
l'air humide et surtout des eaux pluviales et d'infiltration, les roches schis- 
teuses se délitent et finissent par se réduire, tantôt en terres meubles, tanlôt 
en argiles plastiques, rappelant l’état primitif de la roche schisteuse. 

Ce phénomène se produit d’une manière très-accentuée sur les plateaux 
de la région haute de la Belgique, où affleurent les schistes anciens des ter- 
rains primaires. 

Dumont avait déjà montré en 1847 ! que les phyllades siluriens et les 
phyllades deviliens et reviniens du terrain ardennais se montrent altérés par 


! Voir son Mémoire sur les terrains ardennais et rhénan de l’Ardenne, du Rhin, du Bra- 
‘bant et du Condroz (Mé. pe L’AcaD. ROYALE DES SCIENCES DB BELGIQUE, t. XX, 1847). 


24 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


les agents météoriques et surtout par les eaux d'infiltration jusqu'à une 
grande profondeur; ils se décolorent, se délitent et se transforment en une 
terre argileuse tendre, compacte et peu plastique, d'une coloration jaune 
grisâtre ou grise, toujours plus pâle que la roche intacte; les phyllades sal- 
miens altérés donnent, au contraire, naissance à une terre plus foncée que la 
roche intacte. 

La nappe superficielle de terre friable ou d'argile que produit dans la 
région élevée du pays l’altération des roches schisteuses couvre d’un man- 
teau toutes les inégalités du sol. On remarque qu'elle est mince sur les 
éminences et épaisse dans les dépressions; c’est à une conséquence du ras- 
semblement des eaux pluviales et d'infiltration dans les parties basses et de 
l'énergie plus considérable qui en résulte dans le travail chimique d’altéra- 
tion de la roche. 

Il est aisé de se convaincre que la terre meuble recouvrant nos couches 

schisteuses n’est pas un terrain de transport, assimilable à nos limons qua- 
ternaires, par exemple, car vers le haut du dépôt meuble on rencontre, épars 
el aux contours émoussés et arrondis sur les angles, des fragments parfois 
friables et toujours très-altérés de la roche sous-jacente; plus bas les frag- 
ments de roche augmentent en nombre et en volume; on arrive ainsi au 
dépôt schisteux peu altéré, mais délité, puis fissuré et crevassé et enfin à la 
roche intacte et non décolorée, qu'une transition insensible rattache à l'argile 
ou à la terre friable de la superficie. 
Cette transition n'est pas toujours aussi appréciable, et il en est résulté 
que des géologues ont confondu avec les terrains de transport de l’époque 
qualernaire et rattaché à l’un ou l’autre niveau de cette période ces terres 
meubles ou argileuses, résidu d’altérations sur place des terrains primaires. 
ll en est de même pour certaines parties des Flandres et du Hainaut, où 
MM. Cornet et Briart nous ont dit avoir reconnu que de vastes surfaces 
recouvertes d'argile ypresienne altérée ont été rapportées par Dumont à la 
nappe du limon hesbayen. On voit combien il importe d'observer attentive- 
ment les dépôts de ce genre avant de rien décider relativement à leur âge 
ou à leur origine. 

Divers observateurs ont signalé un curieux changement d’allures qui 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 25 


affecte parfois la tête des roches schisteuses dans les affleurements où elles 
ont subi les altérations dues aux agents méléoriques. Des coupes pratiquées 
au sein de la roche ont fait voir que la partie supérieure des schistes, altérée, 
fissurée, mais encore stratifiée el reconnaissable, s'était affaissée en se 
repliant sur elle-même. La roche, devenue tendre et compressible, parais- 
sait avoir cédé sous le poids de la partie superficielle, imprégnée d’eau. Ce 
phénomène s'observe surtout sur les pentes et peut induire le géologue en 
erreur sur la véritable inclinaison des couches, d'autant plus que, dans la 
parlie superficielle et repliée du dépôt, l'inclinaison apparente peut être en 
sens inverse de la direction normale des couches. 

L'altération métamorphique des roches schisteuses, changées en argiles ou 
en terres meubles, a pu commencer à s’opérer depuis une époque géologique 
parfois extrêmement reculée, surtout dans les régions où les roches sont 
restées constamment émergées et soumises à l'influence des infiltrations, etc. 

Cette altération peut se produire également dans les profondeurs de la 
terre lorsque, par suite de fentes, de fractures ou de failles, les eaux d’infil- 
tration se trouvent en contact prolongé avec des roches schisteuses ou 
autres. Des observations faites récemment dans le bassin houiller de Liége 
ont même démontré que le changement souterrain et sur place d'un schiste 
ancien en argile plastique peut s'opérer très-rapidement sous l'influence des 
infiltrations actuelles. 

Dans un puits, creusé aux environs de Liége, dans une région traversée 
par d'anciennes exploitations minières, M. Firket ! a rencontré, sous 2 ou 
3 mètres de smectique hervienne (crétacé inférieur) surmontée de dépôts 
quaternaires, le système houiller, représenté, vers le haut, par un psammite 
épais de À mètre environ, par de l'argile grise plastique épaisse de 0",40 et, 
en dessous, par le schiste houiller. 

Partout ailleurs dans la région, le banc de psammite et les couches imper- 
méables de la smectique ont empéché les eaux de la surface d'atteindre Île 
schiste, dont la partie supérieure, en contact avec le psammile , est restée 


1 À. Firxer, Transformation sur place du schiste houiller en argile plastique (Ann. De La 
Soc. eéoL. De BeLeique, t. 1°", 1874, p. 60). 
Toux XLIV. 4 


26 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


intacte. Mais près du puits, il s’est formé des vides, par suite d'anciens 
travaux d'exploitation effectués aux environs et non remblayés; le psam- 
mite s’est fissuré et fracturé en divers points et, ainsi qu'il est facile de le 
constater, il s’est affaissé en disloquant les couches imperméables qui le 
recouvrent. 

Les eaux pluviales, pénétrant alors dans le sous-sol par ces fissures, se 
sont étendues en nappe à la surface du schiste et en ont transformé la partie 
supérieure en une couche accidentelle et locale d'argile plastique très-pure. 
Le psammite lui-même a été attaqué et est devenu brunâtre par oxydation. 

M. Firket fait remarquer que l'infiltration des eaux atmosphériques à la 
surface du schiste n'a pu s’opérer que postérieurement aux anciennes exploi- 
tations, qui ne remontent pas au delà de sept cents ans au maximum. Ce 
laps de temps a donc suffi pour donner naissance aux 40 centimètres d’argile 
plastique observés dans le puits. 

À Tilleur, dans le même bassin, un autre puits, également creusé au voi- 
sinage d'anciennes exploitations, ayant aussi amené des épanchements de la 
nappe liquide superficielle, a montré au même observateur un lit de schiste 
transformé en argile noire et un banc de psammite changé en une argile 
sableuse et micacée, de coloration grisâtre. 

M. Firket conclut de ces observations, que les roches schisteuses peuvent 
subir, dans certaines circonstances, des altérations considérables, s'effectuant 
sur place, dans un laps de temps relativement très-court. Il ajoute qu'il 
n'est donc pas nécessaire de toujours invoquer l'intervention de sources 
minérales pour expliquer la transformation du schiste en argile : l'infiltration 
des eaux pluviales suffisant pour effectuer ce phénomène en peu de temps. 

On a remarqué d'ailleurs qu’il suffit de quelques années pour transformer 
en argile plastique un bloc de schiste houiller dit mur, exposé à l'air et aux 
intempéries. | 

Sous l'influence des agents météoriques, les phyllades et les schistes se 
transforment, avons-nous dit, en terres meubles ou en argiles;s mais les 
roches argileuses et en particulier l'argile proprement dite (silicate d’alumine 
insoluble, résultant lui-même de la décomposition de roches préexistantes) ne 
peuvent plus se modifier de nouveau, du moins d'une manière appréciable. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 97 


Les psammites, les argilites, les smectiques, elc., peuvent cependant 
offrir certains phénomènes de désagrégation et même d'altération, à cause 
des matières quartzeuses, siliceuses, glauconieuses ou calcaires qu'ils ren- 
ferment. 

Dans les plateaux du Condroz, par exemple, les psammites famenniens 
se montrent souvent altérés à une très-grande profondeur. Il suffit d’exa- 
miner soigneusement le dépôt dans une coupe fraiche pour se convaincre 
du passage graduel reliant la roche intacte à la terre très-légère qui en 
constitue le résidu altéré. 

Les. argiles, avons-nous dit, ne peuvent subir aucune action métamor- 
phique ni une altération sensible sous l’influence des agents météoriques. Les 
dépôts argileux n’en jouent pas moins un rôle important dans la question de 
l'altération des roches. L'argile, en effet, lorsqu'elle est compacte ou suffi- 
samment développée, s'oppose, comme corps imperméable, à l’infiltration 
des eaux pluviales ou des nappes imbibant le sol végétal. Elle protége donc 
contre les phénomèmes d’altération les dépôts perméables meubles ou com- 
pactes qu'elle recouvre. | 

C'est ainsi que dans la figure 4 ci-dessous, la couche d'argile compacte B 
a protégé contre les phénomènes d'infiltration et d’altération les sables 
meubles et calcarifères C. Là où l'argile manque ou s’amincit, le dépôt 
sableux s’imprègne de l'eau d'infiltration qui a traversé le sol végétal À et 
le sable calcarifère se transforme alors en un résidu quartzeux D, décalcifié 
et oxydé, entièrement différent, dans son aspect, du dépôt C. 


Fic. 1. 


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A, ll ao 


ts troo ren opus ponensuttes 


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-_ À Sol végétal. 
B Argile compacte. D Zone alterée. 


928 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Ce rôle protecteur des argiles peut d'ailleurs être également rempli par une 
couche suffisamment épaisse de limon; tel est le cas pour le limon quaternaire, 
par exemple, dont certains massifs, parfois très-développés, empêchent 
complétement les infiltrations d'atteindre les couches sous-jacentes. 

Le même effet est encore obtenu par des couches de sables gras ou argi- 
leux et même par des dépôts meubles et perméables, mais suffisamment épais 
pour absorber à eux seuls toute la quantité d’eau pluviale que reçoit le sol. 

Puisque nous voici amené à parler de la protection des dépôts, nous 
ouvrirons une parenthèse pour faire remarquer que la situation de certains 
dépôts perméables sur les pentes, sur le flanc des collines ou des vallées 
suffit parfois à elle seule pour empécher le phénomène d’altération de se 
produire, ou tout au moins pour en restreindre considérablement les effets. 
Cela résulte de ce que les eaux pluviales glissent rapidement sur la surface 
d'un terrain en pente et que, avec les nappes superficielles d'infiltration, 
elles gagnent des altitudes inférieures, où elles s'accumulent, et où les phé- 
nomènes d'altération hydro-chimique des roches se montrent dans toute leur 
intensité. (Voir la figure ci-dessous.) 


Fic. 2. 


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| | ai 


‘| Wu, re ps ee ee 


‘ h} | 
îL : A A A A : 


j 
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A Sol végétal.  B Sable calcarifere normal.  C Zone altérce. 


C'est par le même motif que les dépôts coïncidant avec la ligne de crête 
ou de partage de deux bassins hydrographiques ou simplement d'une forte 
ondulation du sol s'abaissant en pente dans deux directions opposées, se 
trouveront rarement très-affectés par les phénomènes d’altération. Les eaux 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 2y 


pluviales descendront en ruisselant à la surface du terrain sans s’y infiltrer, 
à moins cependant que le sol ne soit très-perméable. 

Dans certains cas aussi, les eaux pluviales peuvent entraîner et transporter 
au Join le dépôt superficiel altéré, au fur et à mesure de sa formation et de 
son renouvellement successifs. 

En étudiant les couches tertiaires de la Belgique nous avons rencontré 
des preuves frappantes montrant les relations étroites qui existent entre les 
causes de protection des dépôts du sol et du sous-sol, citées plus haut, et 
l'intensité des phénomènes d'altération. 

Pour en revenir au rôle de l'argile, dont cette courte digression nous a 
quelque peu écarté, nous noterons qu’une mince couche de cette substance, 
bien compacte et continue, suffit parfois pour protéger efficacement les sédi- 
ments meubles sous-jacents. Par contre, un dépôt imperméable et très-épais, 
mais localisé ou conservé sur une étendue restreinte, ne protége nullement 
les couches inférieures, dont l'altération peut se faire par circulation latérale 
d'eaux souterraines provenant d'infiltrations voisines. Cela s'observe souvent 
dans certaines de nos collines tertiaires, dont le couronnement argileux 
n'a pu empêcher l’altération complète de toute la masse sous-jacente, attaquée 
latéralement et sur tout le pourtour découvert, par les phénomènes d’infil- 
tration. (Voir la figure ci-dessous.) 


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À Sommet argileux d’une butte tertiaire. B Sable calcarifere normal. GC Zone alterée. 


Lorsqu'une argile compacte, suffisamment épaisse pour jouer le rôle de 
manteau protecteur, se trouve disloquée, pénétrée de fentes et de fissures, 


30 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


les eaux météoriques s'y infiltrent et agissent sur les dépôts sous-jacents, 
malgré la présence du lit argileux. Tel est précisément le cas de la smectique 
hervienne observée près de Liége par M. Firket, au-dessus des schistes 
houillers altérés dont nous avons parlé plus haut. | 

Parmi les exemples de protection de couches, rencontrés pendant le cours 
de nos recherches, nous citerons particulièrement les hauteurs de la rive 
gauche de la Senne à Bruxelles, où largile glauconifère wemmelienne !, 
conjointement avec le limon quaternaire, très-développé dans cette région, 
a généralement protégé contre tout phénomène d'altération les dépôts 
meubles et calcarifères sous-jacents. (Voir la figure 4 de la planche.) 

Sur la rive droite de la vallée, où le limon est peu ou point développé et 
où largile glauconifère wemmelienne a été presque partout enlevée par 
dénudation, les sables wemmeliens, ainsi que les sédiments laekeniens et 
bruxelliens sous-jacents, ont été profondément altérés, privés de fossiles et 
modifiés au point que, avant nos recherches, tous les géologues indistinc- 
tement ayant étudié la contrée ont toujours cru avoir affaire à des dépôts 
différents de ceux, intacts et fossilifères, de la rive gauche. 

Un lambeau bien développé d'argile glauconifère wemmelienne à été 
rencontré sur un plateau limité de la rive droite : à la plaine de Linthout 


{ L'introduction du terme Wemmelien est toute récente dans la nomenclature des terrains 
tertiaires belges. Elle est due à MM. Rutot et Vincent, qui ont séparé du système laekenien de 
Dumont l'étage supérieur de ce groupe et lui ont donné le nom de système wemmelien, après 
avoir démontré d'une manière indiscutable l'autonomie de cet horizon, qui se rattache nette- 
ment à l’éocène supérieur. Voir pour plus de détails les publications suivantes : 

G. Vincenr et À. Ruror, Vote sur l’absence du système diestien aux environs de Bruxelles 
et sur de nouvelles observations relatives au système laekenien (Ann. Soc. GéoL. DB BELGiQue, 
t. V; Liége, 1878; Mémoires, p. 56); 

G. Vincenr et À. RuToT, Quelques nouvelles observations relatives au système wemmelien 
(Ann. Soc. mALACOLOGIQUE DE BeLGiQuE, t. XIIT; Bruxelles, 1878. Séance du 5 octobre 1878); 

G. Vincenr et A. Ruror, Observations nouvelles relatives à la faune du système bruxellien 
el à celle de l’ancien laekenien supérieur, actuellement système wemmelien (Ann. Soc. maLacoL. 
DE BELGIQUE, t. XIV; Bruxelles, 1879); 

G. Vincent et A. Ruror, Vote sur le démembrement du système laekenien et la création du 
système wemmelien (Ann. Soc. céoL. pu Norp, t. V; Lille, 4877, pp. 488-497); 

G. VincenT ct À. Ruror, Coup d'œil sur l’état actuel d'avancement des connaissances géolo- 


giques relatives aux terrains terliaires de la Belgique (Ann. Soc. céoLoc. D8 BELGIQUE, t. VI; 
Liége, 1879; Mémoires, p. 69). 


an : PE u__—— en, a , es 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 31 


à l’est de Bruxelles. Or, sous cette argile, le sable wemmelien, intact et 
fossilifère, se retrouve parfaitement en place à son niveau stratigraphique, 
comme sur la rive gauche. 

Plus récemment encore, un autre massif de sable wemmelien intact et 
fossilifère a été découvert sur la même rive, au Parc royal de Saint-Gilles, 
au sud-est de Bruxelles; mais ici c’est la pente générale du sol, très-pro- 
noncée, qui a empêché le phénomène d'infiltration d’affecter profondément 
les sables calcarifères. | 

Les sables pliocènes scaldisiens du bassin d'Anvers présentent, nous 
l'avons reconnu, une coloration grise assez uniforme, lorsqu'ils ne sont pas 
altérés par le fait d'infiltrations superficielles. Généralement l'étage des 
sables supérieurs d'Anvers et, exceptionnellement, l'étage des sables moyens 
présentent une coloration jaunètre ou rougeâtre, provenant uniquement de 
ces mêmes phénomènes d’altération et d'oxydation causés par l'infiltration 
des eaux pluviales dans ces dépôts meubles et très-perméables. 

Chaque fois que nous avons rencontré des sédiments restés exceptionnel- 
lement gris dans l'étage supérieur, nous avons aussi constaté la présence, 
au-dessus de ceux-ci, d’une couche protectrice, ou d’une épaisseur de sédi- 
ments quelconques, suffisante pour empécher l'infiltration des eaux super- 
ficielles. C'est ainsi qu'aux forts de Merxem et de Zwyndrecht, les sables 
quaternaires campiniens qui recouvrent les sables non altérés de l'étage 
supérieur contiennent un niveau argileux bien développé, faisant générale- 
ment défaut là où les sables supérieurs scaldisiens ont été altérés et jaunis. 

Le diluvium quaternaire du bassin de la Seine fournit, notamment aux 
environs de Paris, un bon exemple des relations existant entre les altérations 
dues aux infiltrations pluviales et les causes de protection. 

Originairement, le diluvium était partout gris et calcarifère. Sur les hautes 
terrasses, ainsi que sur les plateaux, où, depuis sa formation, ce dépôt est 
exposé sans protection aux influences météoriques, le diluvium s'est généra- 
lement altéré; il s'est oxydé, a été dépouillé de ses éléments calcaires, dis- 
sous par les eaux pluviales, et il est devenu un diluvium rouge. 

Dans le fond des vallées, le diluvium — qu’une action mécanique ulté- 
rieure a alors transformé en alluvium à éléments remaniés — s’est trouvé 


32 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


protégé, non-seulement par suite de la pente du sol, mais encore à cause 
des dépôts limoneux ou imperméables qui le recouvrent : loess, sables gras, 
alluvions récentes, etc., et il est généralement resté gris et calcarifère, sauf 
en certains points superficiels, trop peu protégés. 

Le rôle protecteur des argiles contre l'infiltration des eaux et l'altération 
des dépôts sous-jacents apparaît très-neltement marqué dans les mines de 
sel, par exemple. 

À Wieliczka , à Stassfurt, et dans la plupart des gisements connus de sel 
gemme, la conservation de celui-ci est uniquement due à la présence de lits 
d'argile compacte, qui, empéchant l’infiltration des eaux, ont préservé d’une 
dissolution inévitable les amas de sel. | 

La présence de certaines sources salées dans l'intérieur des terres 
s'explique aisément par l'invasion des eaux d'infiltration dans les gise- 
ments salifères, dont le manteau argileux protecteur n’avait pas l’homo- 
généilé ou bien la continuité nécessaire pour prévenir tout accès des eaux 
souterraines. 

Nous verrons plus loin, en traitant des roches calcaires, que certaines 
d'entre elles, et particulièrement la craie, présentent parfois, en des points 
particuliers et très-localisés, des phénomènes d'altération ayant donné nais- 
sance aux « puits naturels », aux « orgues géologiques », etc. 

Si un dépôt d'argile — ainsi qu'il en existe souvent vers la base du ter- 
tiaire — recouvre la surface de la craie, celle-ci sera protégée dans tous les 
points où l'épaisseur et limperméabilité du dépôt seront suffisantes pour 
s'opposer à l’infiltration des eaux venant du sol. Mais, par contre, l'énergie 
dissolvante des eaux météoriques se trouvera concentrée sur tous les points 
où l'écoulement leur permettra d'entrer en contact avec la craie. C'est ce 
qui arrive généralement par suite d’amincissements ou de défauts dans 
le manteau argileux. Au lieu d’un manteau d'altération général (argile à 
silex, etc.), comme cela se présente en l'absence de dépôts imperméables 
recouvrants, on obtient alors des points spéciaux d’altération et une sorte de 
localisation du phénomène. Celui-ci regagne alors en intensité, comme en 
profondeur dans la zone altérée, ce qu'il a perdu en étendue à la surface 
du dépôt crayeux. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS. erc. 33 


Ces circonstances, ou d’autres analogues, expliquent les dimensions parfois 
considérables de certains puits naturels s'observant dans la craie ou dans les 
dépôts calcaires des périodes jurassique ou tertiaire. 

Lorsque l'argile est glauconieuse et en même temps un peu sableuse, elle 
n'agit plus avec la méme efficacité, ainsi que nous l'avons observé maintes 
fois aux environs de Bruxelles, par exemple. Sous l'influence de l'humidité 
et des infiltrations, la glauconie se décompose, les phénomènes d'oxydation 
apparaissent, l'argile se marbre de taches ocreuses ou ferrugineuses, qui 
s'étendent bientôt au dépôt tout entier; peu à peu l’eau s’y infiltre en plus 
grande quantité et vient attaquer les roches ou les sables sous-jacents. 

L'argile contient parfois une proportion assez notable de sels ferreux ; 
lorsqu'en même temps elle est un peu marneuse ou sableuse, elle subit, au 
contact des eaux d'infiltration, une altération assez sensible, Elle devient alors, 
de bleue ou grisätre, jaunâtre ou rougeâtre, et les éléments calcaires, les 
coquilles, etc., s'allèrent ou se dissolvent complétement. Nous avons observé 
des cas de ce genre dans les argiles et dans les marnes bleues du pliocène 
d'Italie, dans l'argile ypresienne des environs de Bruxelles, dans les argiles 
liasiques de la province de Luxembourg, etc. 

Des argiles, compactes en apparence, mais un peu sableuses, peuvent, au 
contact des agents météoriques et surtout de l’eau atmosphérique, se trans- 
former peu à peu en résidus meubles et, la végétation aidant, en bonnes 
terres végétales. Les argiles bleues glaciaires de la Suisse et de la Savoie en 
fournissent de nombreux exemples. Des échantillons de cette argile, trans- 
formée en terre meuble, recueillis dans le canton de Vaud, ct analysés par 
M. E. Risier ! ont montré l'inévitable diminution du carbonate de chaux 
due à l’action dissolvante des eaux du sol végétal. Le résidu sableux devient, 
au contraire, beaucoup plus apparent, et l'analyse chimique n’est pas néces- 
saire pour en vérifier la présence. 

Par suite de la difficulté qu'éprouvent les eaux d'infiltration à traverser 
les couches argileuses et surtout les argiles pures, qui leur opposent une 
digue infranchissable, il y a une tension constante de ces eaux à profiter 


! Journal de la Société d’agriculture de la Suisse romande, 1875. 


Tome XLIV. 8 


34 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


des moindres amincissements ou des défauts du manteau imperméable pour 
s'y frayer un passage. 

Dans un talus d'argile ypresienne, observé à Dilbeek, près Bruxelles, 
nous avons constaté le rôle curieux dévolu aux racines des arbrisseaux el 
des plantes comme conducteurs de l’eau d'infiltration et du phénomène 
d’altération. 

À la surface du talus, et surtout dans les endroits exposés, l'argile se 
montrait un peu altérée; elle avait pris une teinte rougeâtre, résultant de 
l'oxydation des sels ferreux. 

Dans les parties fraichement dénudées, ayant été recouvertes par une végé- 
tation assez forte, et sous celle-ci également, l'argile était généralement intacte 
et d’un gris bleuâtre uniforme. Mais autour de chaque section de racine, 
grosse ou mince, autour de la moindre radicelle s’enfonçant dans l'argile un 
peu sableuse du dépôt, on remarquait une zone circulaire ocreuse et sableuse. 

Celte zone se continuait invariablement au sein de l'argile, formant autour 
de chaque racine un manchon altéré et oxydé, d’un diamètre proportionnel à 
celui de la racine. Il est évident que les eaux pluviales, s’infiltrant aisément 
le long des racines, altéraient graduellement l'argile, en modifiaient la com- 
position, la rendaient propre à l'alimentation végétale et à de nouvelles 
extensions des racines, qui à leur tour, réagissant chimiquement sur le dépôt, 
finissaient peu à peu par le réduire entièrement en sol végétal. 

On comprend qu'après un certain laps de temps, les infiltrations succes- 
sives d’une part, et l'influence de la végétation de l’autre, doivent finir par 
métamorphoser une argile compacte et imperméable en une terre meuble et 
sableuse, parfaitement perméable. 

Avant de clôturer le chapitre des roches argileuses, nous aurions pu 
parler du limon quaternaire à un autre point de vue que celui du rôle pro- 
tecteur qu’il remplit si souvent, et nous aurions pu rechercher si lui-même 
n'est pas sujet à certaines modifications ? 

Toutefois, nous croyons bien faire de reporter ces observations après le 
chapitre consacré aux roches calcaires ; le limon étant d’ailleurs calcarifère, 
nous n’en pouvons convenablement entreprendre l'étude qu'après avoir 
exposé les phénomènes d’altération qui se passent dans les roches calcaires. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 35 


IV. — Roches siliceuses. 


On sait que certains silex exposés à l'air se recouvrent d'une couche 
blanche, terne, opaque et poreuse, connue sous le nom de patine. D'autres, 
de translucides ou de vitreux qu'ils étaient au sein de la terre, deviennent 
opaques un certain temps après avoir été mis au jour. Mais là ne se borne 
pas l’altération du silex. Des expériences ont démontré, en dehors de toute 
observation géologique, que l’eau chargée d'acide carbonique a le pouvoir 
de dissoudre, lentement il est vrai, la silice, même non gélatineuse. On à 
constaté aussi que les alcalis en dissolution dans l’eau accélèrent encore ce 
phénomène. | 

Les eaux d'infiltration, et surtout celles qui ont traversé un sol végétal, 
doivent donc, en rencontrant des roches siliceuses ou bien les silex de la 
craie, par exemple, dissoudre une certaine quantité de matière siliceuse. Cela 
est d’ailleurs démontré par l'analyse chimique des fossiles crétacés, qui, sur- 
tout dans les zones supérieures, soumises aux infiltrations, sont générale- 
ment silicifiés. Beaucoup de foraminifères crétacés ont subi cette action de 
pseudomorphose bien caractérisée, n'ayant pu s'opérer qu'aux dépens des 
éléments siliceux dispersés dans le dépôt. 

L’altération du silex, sous l'influence de linfiltration des eaux météoriques, 
n'est d’ailleurs pas discutable. Nous avons souvent rencontré, et d’autres 
observateurs avec nous, des galets ou des fragments anguleux de silex, à 
moitié décomposés et effrités, épars dans des couches quaternaires, où, cer- 
lainement, ils avaient été solides et résistants pendant la formation du dépôt. 
L'altération récente du silex s'observe surtout dans les dépôts quaternaires 
fortement influencés par l’action des infiltrations superficielles et très-exposés 
aux agents méléoriques. 

Au Mont-de-la-Musique, près de Renaix, nous avons vu dans le quater- 
naire des galets de silex intacts comme forme, mais entièrement métamor- 
phosés en un résidu terreux, d’un blanc jaunètre, très-léger et friable. 

Ces galets se trouvaient parmi des sables profondément altérés, et rougis 
par oxydation d'éléments glauconieux préexistants. En certains endroits, un 


5û LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


coup de bêche aurait pu couper nettement en deux tous les galels rencontrés; 
en d'autres points du même dépôt, le silex était resté intact. Parmi les galets 
modifiés, il s'en rencontrait parfois d’intacts, mélangés avec eux et prove- 
nant sans doute de roches différentes et plus résistantes. 

Cà et là, des fragments de silex crétacé, de grande dimension, montraient 
clairement la marche du phénomène d’altération, qui s'effectue en partant 
des bords vers le centre. Un noyau dur, non altéré, se remarquait parfois au 
centre d'un fragment de silex ou d'un galet, dont la partie extérieure seule 
était devenue terreuse, blanche et friable. | 

Parmi les observations analogues déjà connues, nous citerons celles de 
M. Marchand !, relatives aux silex enveloppés dans l'argile rouge (résidu 
d'altération) qui recouvre la craie du pays de Caux. Cet observateur a par- 
faitement reconnu le rôle des infiltrations superficielles dans la production 
du phénomène. Entre autres faits concluants, il a constaté que l'altération 
élail trés-profonde dans les fragments de silex se trouvant dans l'argile 
rouge, près de la limite d'une couche imperméable aux infiltrations souter- 
raines et où l'eau séjournait. 

La silice cristallisée, ou quartz, s'altère, comme le silex, sous l'influence 
des agents météoriques. | | 

C'est ce que lon peut vérifier dans certains filons de fer spathique, qui 
ont parfois pour gangue du quartz, traversant le minerai sous forme de 
veines blanches et translucides, ramifiées en tous sens. Lorsque l'humidité et 
les eaux d'infiltration ont altéré le fer spathique et l'ont transformé en héma- 
He ou fer hydraté, les veines de quartz présentent une structure cariée très- 
caractéristique; elles sont devenues opaques et entièrement corrodées. 

On a constaté que certains silex altérés, et changés en résidus friables, 
pouvaient contenir jusqu'à 40 °/, de matières calcaires, mélangées avec de 
l'oxyde ferrique, etc. Il est probable que les eaux d'infiltration, chargées de 
divers principes minéraux en dissolution, ont alors donné lieu à des phéno- 
mênes de pseudomorphisme, et que du calcaire, du silicate d’alumine et de 
l'oxyde ferrique ont pu prendre ainsi la place de la silice dissoute. C'est un 


! Annales de chimie et de physique, 1, 1874. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 37 : 


phénomène du même genre, mais effectué en sens inverse, qui donne lieu à 
la silicification des fossiles à test calcaire. Ces cas de pseudomorphisme ne 
sont pas rares dans la nature; sous certaines influences on a vu du silex 
remplacé par du spath calcaire! 

Le verdissement de certains silex, recouverts par des couches glauco- 
nieuses, landeniennes, par exemple, a également son origine dans les phéno- 
mènes de dissolution et d’altération chimique, dus à l’infiltration des eaux 
météoriques. L 

Lorsque les eaux d'infiltration rencontrent des sables siliceux très-purs, 
elles passent rapidement, et sans y opérer aucune réaction sensible, au 
travers de ces dépôts perméables et s'arrêtent à des niveaux inférieurs, où 
elles peuvent encore agir avec une partie de leurs forces dissolvantes et 
oxydantes. 

Si des éléments calcaires où des coquilles se trouvent au sein de sables 
siliceux , ils seront rapidement dissous par l’acide carbonique contenu dans 
les eaux météoriques. 

Un sable siliceux primitivement fossilifère peut donc, à cause de ces phé- 
nomènes d'infiltration, être complétement privé de débris organiques. Ce 
résultat ne s'applique pas seulement aux dépôts sableux, affleurant actuel- 
lement à la surface du sol, résidus d’altérations récentes, mais encore à des 
couches marines, maintenant enfouies au sein de l'écorce terrestre, lesquelles 
ont pu représenter, autrefois, après leur émergence, des dépôts continen- 
taux, soumis aux mêmes influences météoriques. | 

Nous croyons qu'en parcourant la série des terrains tertiaires, par 
exemple, il ne serait pas difficile de trouver et de définir, parmi certains 
niveaux de sables purs et sans fossiles, des vestiges d'anciens dépôts marins 
fossilifères, devenus continentaux par émergence et transformés ultérieure- 
ment en résidus siliceux purs, par suite de phénomènes d'altération identi- 
ques à ceux qui s’observent aujourd’hui à la surface de l'écorce terrestre. 

On ne perdra pas de vue cependant, en faisant ces recherches, que cer- 
tains dépôts meubles, quartzeux et sans fossiles peuvent avoir une autre 
origine et représenter, par exemple, des sables de dunes : dépôts générale- 
ment sans fossiles ni éléments calcaires. 


38 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Les sables, en général, résultent de la destruction de roches quartzeuses 
préexistantes ; de même, une partie des dépôts quartzeux qui accompagnent, 
dans les failles et dans les filons, les argiles dites geyseriennes, proviennent 
quelquefois, ainsi que ces dernières, de laltération et de la désagrégation sur 
place, par les eaux d'infiltration, des roches schisteuses, calcaires ou gré- 
seuses, décomposées. 

Ces sables et ces argiles oxydées peuvent aussi avoir élé entrainés dans 
les failles, ete., avec les eaux superficielles, qui trouvaient dans ces fractures 
des conduits naturels d'écoulement et y déposaient les résidus sableux ou 
argileux dont elles étaient chargées. Dans nos terrains anthraxifères toute- 
fois, un certain nombre des amas et des poches de sable que l’on y rencontre 
représentent les derniers vestiges, oxydés et altérés, de nappes sédimentaires 
tertiaires, qu'une dénudation postérieure a fait disparaître aux environs. 

Le phthanite et le jaspe, roches siliceuses anhydres et à structure com- 
pacte, s’altèrent parfois très-rapidement sous l’action des eaux atmosphé- 
riques, voire même sous celle de l'air humide. Certains phthanites ont été 
signalés en Belgique comme s’altérant très-vite. On voit alors la roche perdre 
sa compacilé, prendre une structure feuilletée, se décolorer, perdre sa dureté 
et devenir enfin meuble et friable. 

La silice gélatineuse ou soluble entre parfois pour plus de 50 °/ dans la 
composition de certaines roches, comme, par exemple, dans la meule de 
Bracquegnies (Hainaut) où elle cimente des grains de quartz blancs et de la 
glauconie. Au contact des eaux d'infiltration, la silice gélatineuse se dissout, 
la glauconie s'oxyde ; les grains quartzeux, libérés, rendent le dépôt friable, 
et il se colore bientôt en jaune plus ou moins rougeâtre, par suite de l'infil- 
tration de l’oxyde ferrique résultant de la décomposition de la glauconie. 

La silice soluble se retrouve dans divers terrains : dans la craie tufeau, 
dans les sables glauconieux de divers horizons géologiques. L'infiltration des 
eaux pluviales dans ces dépôts donne lieu à divers phénomènes de dissolu- 
tion, de concrétionnement, etc., sur lesquels nous ne nous arréterons pas, afin 
de passer directement à l’action des infiltrations sur les sables glauconieux. 

On sait que la glauconie est un silicate ferreux à bases variables d’alu- 
mine, de potasse, de magnésie, etc., qui s’observe, soit disséminé en grains 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, ere. 39 


distincts dans les dépôts crétacés, tertiaires ou quaternaires, soit comme élé- 
ment constitutif principal de certaines roches verdâtres. 

Sous l'influence de l'air humide et plus particulièrement sous celle des 
eaux météoriques, la glauconie se décompose avec une grande facilité. 

L'acide carbonique s’unit aux bases, met en liberté les éléments siliceux, 
et donne naissance à un carbonate ferreux qui, au contact de l'oxygène, se 
trouve rapidement décomposé, changé en peroxyde de fer, puis en hydrate 
ferrique. Celui-ci, à l’état de matière impalpable, imprègne tout le dépôt, 
l'agglutine souvent et lui donne finalement une coloration jaunâtre ou rou- 
geâtre très-accentuée. 

La couleur des dépôts glauconifères altérés est très-variable et se modifie, 
non-seulement d’après la répartition des éléments glauconieux dans le sein 
des sédiments, d’après leur abondance, etc., mais encore suivant les diverses 
phases du processus d'altération. De vert foncé qu'ils sont normalement, les 
grains glauconieux pâlissent et deviennent d’un vert olive pâle, qui jaunit 
de plus en plus à mesure que la décomposition s’accentue. Une oxydation 
complète les fait devenir rouges ou bruns et, à l’état final d'hydrate fer- 
rique, le résidu qui les représente, imprégnant toute la masse du dépôt ou 
incrustant et agglutinant les grains quartzeux de celui-ci, est d’un jaune rou- 
geàlre ou ocreux. 

Lorsque les sables glauconieux renferment des fossiles, l'acide carbonique 
des eaux d'infiltration ne tarde pas à en dissoudre le test calcaire; le résidu 
de l’altération prend alors un aspect tout particulier. 

Lorsque la glauconie forme la plus grande partie des éléments constitutifs 
d'un dépôt meuble et perméable, les phénomènes d'oxydation deviennent 
trés-accentués. 

Dans les terrains tertiaires de la Belgique, où la glauconie est très-abon- 
dante et où ce cas d’altération profonde s’est fréquemment présenté, les 
géologues ont souvent été induits en erreur et ils ont pris pour des dépôts 
distincts et d’âges différents les zones superficielles altérées des dépôts glau- 
conifères sous-jacents. 

C'est ainsi qu’à Anvers, par exemple, et dans toute la région enyironnante, 
le manteau mince et étendu de sables verts glauconieux sans fossiles qui, sur 


40 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


une surface immense, recouvre toutes les ondulations du sable glauconifère 
de l'élage inférieur avait été considéré comme une formation géologique 
distincte. 

Il nous a été facile de reconnaître qu'il n’est en réalité autre chose que la 
partie superficielle altérée du dépôt sous-jacent. Ces sables verts représen- 
lent même, masquées sous un aspect à peu près uniforme, les zones super- 
ficielles altérées de trois dépôts différents, appartenant à l'étage des sables 
inférieurs d'Anvers, savoir : les sables à Panopæa Menardi, les sables à 
Pectunculus pilosus et les sables graveleux. Voir pour plus de détails notre 
Mémoire intitulé : Esquisse grologique et palévntologique des couches plio- 
cènes des environs d'Anvers . (Voir également la figure 2 de la planche, 
couches CG et C!.) 

L’étage des sables inférieurs d'Anvers est souvent recouvert par les dépôts 
meubles et perméables du « scaldisien », qui comprend nos sables moyens 
et supérieurs d'Anvers. Les sables « scaldisiens » intacts, c’est-à-dire non 
altérés par infiltration, sont gris ; altérés, ils deviennent jaunétres ou rou- 
gedtres. C'est le « crag gris » et le « crag jaune » des auteurs. 


À Sol végétal. D Sables « scaldisiens » altérés (crag jaune). 
B Dépôts modernes : tourbe, etc. E Sables glauconiferes alterés ou « sables verts ». 
C Sable meuble campinien. F Sables noirs glauconiferes coquilliers. 


Le croquis ci-dessus reproduit les principaux éléments d’une partie de la 
coupe, publiée en 1862 par M. le capitaine Dejardin, et dressée suivant le 
fossé capital de l’enceinte, à Anvers ?. Cette coupe, longue d'environ 14000 
mètres, montrait dans toute son étendue, la présence de la zone superficielle 


! Annales de la Svuciété malacolog. de Belgique, t. 1X,1874, pp. 83-574. Bruxelles, 1876-78. 

? Le capitaine Desannin, Description de deux coupes faites à travers les couches des systèmes 
scaldisien el diestien, ainsi que dans les couches supérieures, près de la ville d’Anvers (Buzz. 
DE L'ÂCAD. ROYALE DES SCIENCES DE BELGIQUE, 2° sér., t. XIII, 1862, p. 470). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 7 


altérée E, c'est-à-dire des «a sables verts » recouvrant partout les dépôts 
glauconifères F sous-jacents. Cela provient du peu de protection dont ces 
sables glauconifères ont joui, recouverts qu'ils étaient, soit uniquement par 
les sables meubles et perméables du dépôt quaternaire campinien C, soit par 
les sédiments généralement peu épais du « scaldisien » D. 

Ceux-ci, entièrement infiltrés et altérés dans toute cette région, n'ont pu 
arrêter les eaux météoriques, qui ont alors agi sur la zone superficielle des 
sables glauconifères et l'ont changée en sable vert. 

Reportons-nous maintenant à la figure 2 de la planche. La coupe qu'elle 
représente, figurée par M. le capitaine Dejardin, est longue d'environ 47000 
mètres, mais discontinue et passe par le fossé de la face principale des forts 
détachés d'Anvers. Nous remarquons vers la droite de cette coupe l'absence 
complète de la zone des sables verts. | 

Si l’origine que nous attribuons à la zone des sables verts est exacte, il 
nous faudra constater ici une cause protectrice ayant empêché les infiltrations 
d'atteindre en ce point à la surface du dépôt glauconifère C. Or, cette cause 
existe en toute évidence et consiste simplement dans l'épaisseur considérable 
des dépôts recouvrants du « scaldisien » B, B’ dont la partie superficielle B' 
a été altérée et changée en « crag jaune » par infiltration des eaux météo- 
riques. 

Il est tout naturel, du moment que les sédiments B recouvrant les sables 
glauconifères C sont restés intacts et gris, que la transformation de C en sables 
verts C’ n’ait pu se faire, puisque l'infiltration n'a pu atteindre à ce niveau. 

Le petit ilot de sables pliocènes B’ qui s'observe à gauche de la coupe, 
ayant été entièrement infiltré et changé en « crag jaune », n’a pu évidem- 
ment protéger, comme le massif B, B’ de droite, les sables glauconifères sous- 
jacents. 

Les deux coupes de M. Dejardin sont intéressantes en ce sens que, 
publiées dans l’unique but de montrer les allures et la situation de couches 
considérées comme distinctes et ayant une valeur propre, elles démontrent, 
au contraire, la parfaite exactitude de nos vues, si différentes, faisant de ces 
couches : crag jaune et sables verts, de simples zones superficielles d’altéra - 


tion des dépôts sous-jacents. 
Tour XLIV. 6 


42 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


En certains cas, les phénomènes d’altération peuvent atteindre une inten- 
sité telle que la décomposition de la glauconie donne un aspect ferrugineux 
aux dépôts; l'hydrate ferrique résultant de cette décomposition cimente Îles 
grains quartzeux, les fait se concrétionner et donne naissance, au sein des 
sables oxydés, rougis et privés de fossiles, à des incrustations, à des plaques 
ou grès ferrugineux et souvent à de véritables minerais de fer. 

Beaucoup de minerais de fer, ainsi formés dans des dépôts de tout âge et 
de toute nature, ont été considérés jusqu'ici par la plupart des géologues 
comme élant dus à des « émissions ferrugineuses » ayant imprégné les sédi- 
ments, soit pendant le dépôt, soit après l'émersion de ceux-ci. | 

En diverses occasions, nous avons pu nous assurer de visu que cette inter- 
vention de sources ou d'émissions « d'eaux ferrugineuses » n'était nullement 
justifiée, le phénomène qui avait donné naissance aux minerais de fer n'étant 
autre que l'oxydation, sur place, par les eaux météoriques, de la glauconie 
ou des sels ferreux quelconques contenus dans la roche et parfois dans les 
dépôts recouvrants. 

Une émission d'eaux ferrugineuses qui agglutinerait des sédiments sableux, 
par exemple, en les faisant se charger de minerais de fer, ne saurait avoir 
aucune action dissolvante sur les débris organiques contenus dans la roche 
meuble ou déjà solide; et elle n'aurait, à plus forte raison encore, aucune 
action ozydante sur les grains glauconieux du dépôt. 

Les coquilles et les grains de glauconie seraient simplement empâtés, sans 
aucune altération, dans le magna formé par suite de l’arrivée des eaux ferru- 
gineuses et ils s'y seraient mieux conservés que partout ailleurs dans le dépôt. 

Or, dans les gisements nombreux auxquels nous faisons allusion, tous les 
débris organiques préexislants se trouvent représentés par de simples moules, 
c'est-à-dire par des cavités ayant la forme des coquilles, dont le test calcaire 
a immanquablement disparu par dissolution. Quant à la glauconie, elle est 
toujours oxydée, et a le plus souvent complétement disparu, métamorphosée 
qu'elle est, soit en résidu d'oxyde ferrique hydraté, agglutinant les grains quart- 
zeux, soil en minerais de fer hydraté ou limonite, disposés en rognons, ou en 
plaques plus ou moins épaisses, au sein du dépôt altéré. Des émissions « d'eaux 
ferrugineuses », qu'elles fussent venues, soit du haut, soit du bas, auraient 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 43 


uniformément imprégné et noyé dans leurs apports ferrugineux, toute la masse 
— toujours plus ou moins localisée d’ailleurs — des sédiments affectés. 

Or, très-souvent, l'on constate au sein des dépôts ferrugineux auxquels 
nous faisons allusion, des zones normales plus ou moins étendues et, dans les 
minerais eux-mêmes, des parties centrales ou noyaux intacts, meubles et non 
atteints. De plus, ces minerais, loin de former des bancs compactes et continus, 
sont souvent dispersés en rognons, montrant parfois une structure feuilletée 
et géodique dénotant un processus graduel, intermittent et s’effectuant de la 
périphérie vers le centre en des points d'attaque nombreux et localisés. 

Ces zones concentriques et celte structure particulière géodique des mine- 
rais de fer sont les caractères habituels et caractéristiques des concrétionne- 
ments limoniteux dus aux phénomènes d’oxydation produits par linfiltration 
des eaux météoriques. | | 

En dernier lieu, ces minerais de fer ne représentent jamais, dans les for- 
mations où on les observe, de niveaux stratigraphiques définis; ils se pré- 
sentent à diverses hauteurs. De plus, ils se montrent constamment distribués, 
soit dans des points actuels d’affleurement, soit dans des couches souterraines 
représentant des phases d'émersion, des dépôts saumâtres, littoraux, etc., 
c'est-à-dire dans des formations ayant élé suivies d’une émergence, pendant 
laquelle les phénomènes continentaux d'altération par infiltration ont pu se 
produire sous l’action des agents météoriques. 

La formation de minerais de fer, par oxydation sur place des éléments 
glauconieux de dépôts meubles, est un phénomène très-fréquent dans les 
couches sableuses et autres du bassin tertiaire belge, où la glauconie est 
généralement fort abondante. 

Parfois aussi, les sables très-glauconieux altérés changent complétement 
d'aspect et de couleur, sans pour cela être récllement changés en minerais 
de fer. Des dépôts très-différents se trouvent alors réunis sous un même 
facies de « sables ferrugineux » et les stratigraphes n'avaient pas distingué, 
sous ce masque commun d'altération, les divers dépôts qu'il recouvre. C’est 
ainsi que nous venons encore de reconnaitre, avec MM. Rutot et Vincent, 
qui les premiers ont éclairei ce point, que certains dépôts de glauconie fer- 
rugiveuse épars sur les hauteurs des environs de Bruxelles, de Renaix et 


44 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


des collines éocènes de la Flandre belge et française, loin de représenter, 
ainsi qu'on l’admettait généralement, des lambeaux de « sables diestiens plio- 
cènes », ne sont autre chose que la partie supérieure, altérée et oxydée, des 
sables glauconifères formant le sommet de l’éocène dans ces régions. 

D’autres dépôts glauconifères, comme ceux des environs de Louvain et du 
Bolderberg, par exemple, également rapportés, à cause de la similitude de 
leurs caractères lithologiques, à l’étage des sables diestiens pliocènes sont, au 
moins en partie, d'un âge plus récent. Certains d’entre eux devront être con- 
sidérés comme quaternaires ou « scaldisiens », tandis que d’autres, parfois 
sous-jacents à ceux-ci et semblant au premier abord ne former avec eux 
qu'une seule masse, doivent en être distingués et représentent en loute évi- 
dence le sommet des sédiments oligocènes. 

Parmi les sables « diestiens » quaternaires, il est possible qu'il faille encore 
distinguer ceux qui se rattachent positivement à cette période — par rema- 
niement diluvien, continental, de couches glauconifères altérées éocènes, 
oligocènes ou pliocènes — de ceux qui, comme les sables glauconifères du 
Bolderberg, par exemple, paraissent représenter le résultat d’une phase de 
sédimentation marine effectuée pendant l’époque quaternaire ? 

Enfin, dans nos régions basses on trouve encore, sous la forme constante de 
sables glauconieux altérés et ferrugineux, outre les véritables sables pliocènes 
diestiens, des lambeaux ou massifs altérés de sables pliocènes scaldistens. 

On comprend aisément l'importance capitale des lumières jetées sur ces 
points, si obscurs et si embrouillés jusqu'ici, de la géologie de nos terrains 
tertiaires. L'identité d'aspect et de caractères que donnent les phénomènes 
d’altération à des dépôts si distincts et d’âges si différents, jointe à l'absence 
de fossiles comme points de repère, ne permettait pas de résoudre ces pro- 
blèmes avant l’élucidation du rôle des infiltrations superficielles et des alté- 
rations auxquelles elles donnent naissance. 

C'est surtout dans l'histoire de la sédimentation pliocène que les plus 
graves erreurs avaient élé commises. On comprend que la présence de lam- 
beaux soi-disant diestiens, épars sur les collines du Brabant et des Flandres 
belge et française, avait conduit les géologues à attribuer une extension 
considérable et tout à fait anormale de la mer pliocène vers le sud de nos 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 45 


plaines tertiaires. Cette extension offrait, à bien des points de vue, de 
sérieuses difficultés; de plus, les phénomènes d’érosion auxquels il fallait 
faire appel pour expliquer la localisation si restreinte des lambeaux cou- 
ronnant les quelques collines isolées au milieu de l'immense étendue pré- 
tendument recouverte par ces sédiments pliocènes, ne pouvaient guère s'être 
effectués depuis cette période récente sans avoir donné lieu à d’autres phé- 
nomènes dont les traces eussent infailliblement dû se rencontrer dans nos 
régions. 

D'autres hypothèses ont été formulées ; par exemple, celle d’après laquelle 
ces lambeaux de sables glauconifères soi-disant « diesliens » ne seraient 
autre chose que les vestiges de l’alluvionnement d’un immense fleuve plio- 
cène ayant passé par tous les points signalés plus haut, et ayant arraché 
aux couches néocomiennes du, bassin anglais les éléments glauconieux 
apportés dans le bassin d'Anvers. 

Grâce à l'étude du phénomène d’altération et des conséquences qui en 
découlent, toutes ces difficultés et ces hypothèses encombrantes s’évanouis- 
sent aujourd’hui. 

Tout en ayant parfaitement reconnu, dans notre Esquisse géologique du 
bassin d'Anvers, que les sables ferrugineux de nos collines tertiaires n'étaient 
autre chose qu'un facies altéré el oxydé de sables glauconieux préexistants, 
nous avions, comme cela s'était toujours fait, rapporté tous ceux-ci indis- 
linctement à la période pliocène. 

Des observations récentes faites avec MM. Rutot et Vincent, nous per- 
mettent aujourd'hui de rectifier dans le sens voulu les passages de notre 
Esquisse relatifs à ce sujet, et de mettre ainsi une fois de plus en lumière les 
résultats incontestables que l'étude des phénomènes d'infiltration et d’alté- 
ralion des roches peut apporter dans les recherches stratigraphiques. 

Une objection nous a été présentée comme mettant en défaut l'exactitude de 
nos vues sur l’origine et sur la nature du phénomène qui a agi sur certains 
dépôts glauconieux. Nous allons la mentionner telle qu'elle nous a été faite. 

Tandis que l'examen de certains massifs de sables glauconieux altérés ou 
ferrugineux, — tels, par exemple, que ceux couronnant les hauteurs de 
Bruxelles et de Renaix, — montre des sédiments ayant été uniformément 


46 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


altérés et oxydés dans toute leur masse el des grains glauconieux ayant tous 
indistinctement subi l’action du même phénomène, d’autres couches glau- 
conieuses, comme celle du Bolderberg et une partie de celles de Louvain, 
par exemple, présentent des caractères très-différents. 

Ces dépôts, parfois entièrement altérés dans leurs parties supérieures, 
font voir plus bas un curieux mélange de glauconie, parfaitement noire et 
intacte, et de glauconie dont les grains ont subi divers degrés de décompo- 
sition : les uns étant verts ou jaunätres, les autres bruns ou rougeâtres. Ces 
grains inlacts et ceux altérés se trouvent intimement mélangés, ce qui donne 
lieu à une apparence toute particulière. 

L'objection soulevée consiste dans la difficulté, l'impossibilité même, d'ex- 
pliquer de tels effets par un phénomène d’altération dû à l'infiltration des 
eaux superficielles. Un dépôt soumis à cette influence montre, il est vrai, 
des zones d'intensités différentes dans le degré d’oxydation, mais la masse 
des grains glauconieux d’un point déterminé doit montrer, dans ses éléments 
pris isolément, une identité ou tout au moins une analogie très- grande 
comme aspect et comme degré d'altération. 

Cette objection serait sérieuse si les phénomènes d ‘altération par infiltra- 
{ion s'étaient bornés à affecter les seuls dépôts superficiels formant UE 
ment la surface de l'écorce terrestre. 

- Mais par le fait même de leur essence, ces phénomènes ont dù se produire 
en tout temps et agir sur les dépôts superficiels successifs de cette écorce. 

On doit donc admettre qu’à diverses époques certains sédiments glauconieux 
avaient déjà été allérés et oxydés par le fait d'infiltrations continentales, 
avant d'avoir été arrachés par affouillement el par dénudation aux massifs 
émergés aux dépens desquels ils se sont resédimentés sous les eaux de la mer. 

Il en résulte alors que des dépôts intacts et des zones altérées ont pu 
simultanément fournir les matériaux de strates marines nouvelles. Les élé- 
ments de celles-ci se trouvaient donc originatrement composés de grains 
intacts et de grains altérés. 
= Or, si nous revenons à nos « sables glauconieux dicstiens », que remar- 
quons-nous? C'est que ceux d’entre eux dont les grains sont uniformément 
altérés et oxydés dans la masse du dépôt — comme à Bruxelles et à Renaix 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 47 


— représentent précisément le sommet altéré de l’éocène, soumis sans inter- 
ruption aux infiltrations climatériques depuis cette période reculée jusqu'à 
nos jours et restés in silu depuis leur formation. | 

Ceux, au contraire, qui, comme certains dépôts glauconifères de Louvain 
et du Bolderberg, montrent le mélange, signalé plus haut, de grains intacts 
el de grains aliérés, représentent précisément , d’après nous, soit des dépôts 
marins qualernaires, soit tout au moins des couches pliocènes très-récentes 
el incontestablement formées par affouillement et aux dépens de sables glau- 
conifères pliocènes ou oligocènes préexistants, antérieurement émergés, et qui 
durent certainement étre atteints en plusieurs points par Îles Phénomenes 
ordinaires d’allération. 

Souvent le sommet de ces dépôts a été uniformément altéré et oxydé 
par les phénomènes modernes et actuels d'infiltration ; mais le mélange de 
grains altérés et de grains normaux s’observe alors plus bas, dans les parties 
non soumises à l’influence des agents météoriques modernes. 

Non-seulement, l’objection signalée plus haut se trouve ainsi détruite, 
mais encore les faits sur lesquels elle est basée deviennent, au contraire, 
des arguments en faveur de la généralité et de l'ancienneté du phénomène 
d'altération par infiltration superficielle. De plus, nous y trouvons un argu- 
ment en faveur de la thèse suivant laquelle nous rapportons à une période 
assez récente les massifs glauconieux où s’observe ce mélange de grains 
intacts et de grains altérés; et ces massifs, fussent-ils non quaternaires 
mais, comme le voudrait M. le professeur Gosselet, d'âge un peu plus ancien, 
c'est-à-dire « scaldisiens », le raisonnement que nous avons exposé n'en 
serait pas moins exact et les conclusions identiques !. 

Nous ne clôturerons pas ces considérations sur les phénomènes d'altéra- 


{ La découverte, récemment faite par MM. Cogels et van Ertborn, de fossiles pliocènes, ou 
tout au moins de vestiges détcrminables, dans les grès ferrugineux diestiens du Pellenberg, 
ainsi que celle faite, peu après, par nous-même, d'un riche gisement de Terebratula grandis 
à la base des sables diestiens altérés du chemin de Stcenrots, près Louvain, nous forcent à 
abandonner l'hypothèse que nous avons émise, avec M. Rutot, au sujet de l’âge « quaternaire » 
des sables glauconifères diestiens qui s’observent à l’est de Louvain. Ces dépôts sont bien plio- 
cèncs et représentent, suivant toute apparence, le littoral de la mer des sables moyens d'Anvers. 

(Vote ajoutée pendant l’impression.) 


48 _ LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


tion des dépôts glauconieux sans signaler une observation assez intéressante, 
que nous avons faite dernièrement à Anvers dans les travaux du Kattendyk, 
en compagnie de M. Rutot. Cette observation dénote un curieux cas de 
reconstitution des éléments glauconieux après altération et décomposition 
préalables. 

Certains talus, découverts par les travaux, montraient, entre les dépôts 
pliocènes à Trophon antiquum et un puissant banc de tourbe quaternaire, 
des sables post-pliocènes renfermant un peu de calcaire et une certaine 
proportion de glauconie. Ces sables étaient presque partout altérés par suite 
d’infiltrations : les éléments calcareux avaient alors totalement disparu par 
dissolution, et la glauconie, décomposée et désagrégée, se trouvait répandue 
dans toute la masse du dépôt sous la forme d’un résidu impalpable, d'appa- 
rence argileuse et de couleur ocreuse, imprégnant la surface des grains 
quarlizeux. 

La coloration de ces sables altérés était jaunâtre; mais en certains points, 
voisins du banc tourbeux el nolamment autour des anciennes racines qui en 
descendaient, on observait un changement d'aspect et de coloration très- 
accentué. Le talus se trouvait alors marbré de zones vertes irrégulièrement 
distribuées, tantôt en masses nuageuses, tantôt en lubulures cylindriques 
entourant les racines tourbeuses qui traversaient les sables. Ces parties vertes 
avaient une apparence plus argileuse que le reste du dépôt et, au premier 
abord, on aurait pu croire qu'elles représentaient les vestiges d’une couche 
spéciale verte et plus argileuse que la masse des sables au sein desquels elles 
se trouvaient distribuées. 

Mais un examen attentif permettait de reconnaître dans ces zones vertes 
le résultat naturel et purement chimique d’une action réductrice ayant 
reconstitué en sels ferreux l’oxyde ferrique précédemment répandu dans 
toute la masse du dépôt par suite de la décomposition de la glauconie. Cette 
aclion réductrice était incontestablement due à l'influence des hydrocarbures 
dégagés par les matières organiques du banc de tourbe recouvrant. 

Ce n'est pas la première fois d’ailleurs que nous avons noté des faits de 
ce genre. Ainsi, dans les tranchées que l'on fait si souvent dans les rues de 
Bruxelles pour le service des eaux et du gaz, il est facile d'observer le même 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. | 49 


phénomène. Au voisinage des conduités de gaz placées depuis un certain 
temps au sein de nos sables éocènes — généralement altérés, oxydés et 
devenus jaunâtres dans le sous-sol de la ville — on observe que ce dépôt 
prend une apparence argileuse et devient vert, surlout aux environs des 
articulations des conduites. Il en est de mème lorsque les travaux sont 
effectués dans un terrain où des fuites de gaz ont été constatées. 

La similitude de ces zones de verdissement, ainsi formées par reconsti- 
lution des éléments glauconieux du dépôt éocène, avec la zone d'argile verte 
des dépôts quaternaires d'Anvers, est vraiment frappante; et, dans les deux 
cas, c'est bien à l'influence des hydrocarbures dégagés, ici par les gaz de 
la houille, là-bas par la tourbe, qu’il faut attribuer la formation de ces zones 
spéciales, d’origine purement chimique et dont le géologue n'aura aucun 
compte à tenir, du moins au point de vue de la succession et de la chrono- 
logie des terrains. 

Dans les deux cas qui viennent d’être signalés, la reconstitution de la glau- 
conie né pouvait évidemment porter son action sur les grains glauconieux 
primitifs du dépôt, mais seulement sur les éléments de ceux-ci décomposés 
antérieurement, c'est-à-dire sur le résidu se trouvant dispersé sous forme de 
matières impalpables dans le sein du dépôt. Ce résidu, on le sait, fait aisé- 
ment corps avec l’eau et il possède l'aspect et les propriétés d’une véritable 
argile. Tel est le motif par lequel le phénomène de verdissement fait réappa- 
raitre, non pas les grains glauconieux primitifs, mais un dépôt argileux ver- 
dâtre, qui n’est autre chose que la reconstitution en sels ferreux de l'oxyde 
ferrique imprégnant la masse des sables précédemment altérés. 

L'hydrate ferrique, mis en liberté par la décomposition de la glauconie, 
donne encore lieu, dans certaines circonstances, à des phénomènes d'aggluti- 
nation et de concrétionnement également intéressants à noter. 

C'est ainsi qu'on retrouve dans la formation de l'alios un phénomène de 
concrélionnement dû à l’action des eaux superficielles d'infiltration. 

Où sait que lalios est un grès quartzeux, d’un brun noirâtre, que l'on 
rencontre fréquemment à une minime profondeur sous le sol dans certaines 
plaines sableuses, comme dans les Landes, ou sous un sable caillouteux, 


comme dans le Médoc. Il s’observe aussi dans le sol sableux des forêts de 
Toue XLIV. 7 


50 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Fontainebleau, de Chantilly, etc., ainsi que dans d'autres localités du bassin 
parisien ; il se retrouve également dans les plaines sablonneuses du nord de 
l'Europe, et même en Belgique. | 

L'alios est composé de grains quartzeux cimentés par des matières orga- 
niques et par un enduit limoniteux ou d'oxyde de fer hydraté, qui le rend 
dur et ferrugineux. 

M. Faye ! a reconnu que la formation de ce grès est due à la dissolu- 
tion des matières organiques de la surface, lesquelles, s’infiltrant dans le 
sol avec les eaux pluviales, se concentrent, en été, lors de l’évaporation 
de la nappe souterraine, et se déposent à la surface de celle-ci, en cimen- 
tant les sables. L’altération, dans l'eau d'infiltration, des éléments cal- 
caires et glauconieux, souvent contenus dans le dépôt sableux, favorise éga- 
lement la production du phénomène, car elle met en liberté de l’hydrate 
ferrique et rend l’eau calcaire, et par conséquent plus incrustante lors de 
l'évaporation. | 

On voit que si la formation de l’alios représente un phénomène assez 
complexe, les infiltrations superficielles y jouent le principal rôle. 

Certaines roches siliceuses contiennent une forte proportion d'éléments 
calcaires. L'infiltration des eaux pluviales ou météoriques, chargées d'acide 
carbonique, produisant la dissolution de ces éléments calcaires, on obtient 
alors, comme résidu, une sorte de squelette siliceux, une roche poreuse, légère 
et spongieuse, dont certaines formes spéciales sont connues sous le nom de 
silex nectique. Cette forme particulière de silex altéré se trouve en abondance 
dans plusieurs régions; nous pouvons citer, par exemple, les affleurements 
superficiels des « fortes toises » du système crétacé moyen, en Belgique; 
la plaine quaternaire des environs de Lyon; diverses vallées du midi de la 
France, etc. Cette roche est généralement si friable qu’elle se brise au moindre 
choc et s'écrase sous la pression des doigts. 

En Belgique, près de Tournai, on emploie comme tripoli une roche du 
calcaire carbonifère, provenant également de l’altération d’un calcaire sili- 
ceux, très-dur et très-compacte à l'élat normal. 


1 Académie des sciences, 25 juillet 1870. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 51 


Dumont a signalé des altérations du même genre dans certains silex cré- 
lacés, recouvrant le sol des Hautes Fagnes, en Ardenne, et il fait remarquer 
que la disparition du test des fossiles donne parfois à la roche une texture 
celluleuse !. 

La formation des meulières est évidemment due à un phénomène du même 
genre que ceux indiqués plus haut. | 

Ces roches, représentées dans le bassin de Paris par les meulières de la 
Brie et par les meulières de la Beauce, consistent en bancs discontinus, ou en 
grands rognons irréguliers, d’une roche siliceuse à structure spongieuse ou 
caverneuse, noyés dans des amas d'argile impure, diversement colorée, mais 
le plus souvent jaunâtre ou rougeâtre. Le tout est disposé en lits relativement 
peu épais, recouvrant généralement les calcaires siliceux qui constituent les 


lraverlins moyen et supérieur du bassin parisien. 


On a parfaitement reconnu que la meulière de la Brie, par exemple, n’est 
qu'un accident du calcaire siliceux, le développement de l’un de ces termes, 
correspondant à un amincissement de l'autre. On a vu aussi la meulière 
passer insensiblement au calcaire siliceux, et cela dans un bloc dont la sur- 
face seule était changée en meulière. 

Quelques observateurs consciencieux ont reconnu que les argiles rou- 
geâtres ou bariolées qui remplissent à moitié les vides et les cavités de la 
carapace siliceuse constituant la meulière, pourraient bien représenter le 
résidu argileux et oxydé de la dissolution des éléments calcaires primitive- 
ment contenus dans le calcaire siliceux. 

Pour expliquer le phénomène de dissolution du calcaire, dont on aperce- 
vait les traces évidentes, on a fait appel aux hypothèses ordinaires si souvent 
invoquées en pareil cas. On a supposé des sources acides, des ruissellements 
d'eaux acidulées, des éjections geyseriennes, et même d'immenses sources 
d'acide carbonique, des eaux thermales chargées d'acide chlorhydrique, 
voire même des dégagements d'acide sulfurique! Quant à l’action toute 
simple, et, malgré sa lenteur, si énergique et si universelle, de linfiltration 


1 A. DumonT, Mémoires sur les terrains crélacé et tertiaires, etc., de la Belgique; édités 
par M. Mourlon; t. 1‘, Terrain crétacé, p. 518. Bruxclles, 1878. 


59 LES PHÉNOMÈNES D'’ALTÉRATION 


des eaux superficielles, personne n’a songé à la mettre en avant! Et c'est là 
cependant que git le nœud de la question. | 

Nous ne pouvons ici nous appesantir sur ce point et cependant, nous 
devons faire remarquer que déjà, parmi les observations publiées, il en est 
qui, bien que faites sans idée préconçue, démontrent clairement les con- 
nexions existant entre la transformation du calcaire siliceux en meulière et 
les conditions particulières de perméabilité des dépôts recouvrants, relative- 
ment aux infiltratrations venant de la surface. 

Ainsi, M. Meugy a constaté, dans une carrière de travertin supérieur, à 
Hondevilliers, où la roche était recouverte par des sables reposant sur un lit 
d'argile imperméable, que le seul point de cette excavation où püt s'observer 
la roche cariée, favorable à l'exploitation, se trouvait précisément au-dessous 
d'une grande poche de ravinement quaternaire, ayant dénudé les sables et 
l'argile protectrice, et alteignant le travertin. Les infiltrations superficielles, 
traversant aisément le limon quaternaire et arrivant au calcaire siliceux, 
l'avaient alléré et changé en meulière, landis que, partout ailleurs dans la 
carrière, le lit d'argile imperméable formant la base des sables, avait protégé 
la roche, restée parfaitement intacte. 

De plus, dans les carrières environnantes, observées par M. Meugy, il y 
avait une solidarité constante entre l’altération de la roche et l'absence du 
sable accompagné de l'argile imperméable sous-jacente, qui sert en même 
temps de digue aux infiltrations. Il y avait là une liaison constante, et les 
ouvriers savaient par expérience que partout où le manteau sableux recou- 
vrant l'argile était resté intact, la pierre cariée exploitable faisait constam- 
ment défaut. 

Comme confirmation du rôle des eaux superficielles d'infiltration dans 
l’altération des calcaires siliceux de la Brie et de la Beauce, nous ferons 
encore remarquer que la meulière apparait généralement quand la roche 
vient affleurer à la surface des plaines, quel que soit d’ailleurs le niveau stra- 
tigraphique de la zone d'affleurement. De plus, la présence des meulières esl 
souvent intimement liée à celle du « diluvium rouge » recouvrant; et, comme 
nous le verrons plus loin, cette présence du « diluvium rouge » est l'indice 
incontestable de phénomènes d'altération par infiltration des eaux méléoriques. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 53 


Le calcaire siliceux est resté généralement intact, lorsqu'il s'est trouvé 
recouvert dans les profondeurs du sol par des couches imperméables ou non 
allérées : marnes, glaises ou diluvium gris. Dans les régions dont le sol est 
fracturé et disloqué par des failles, les eaux d'infiltration peuvent opérer en 
profondeur les mêmes effets d'allération qu'à la surface, et, il est possible, 
par suite de semblables circonstances, de constater en un même point une 
zone superficielle et un niveau profond d'altération et de formation de meu- 
lière, en même temps que des zones intermédiaires, restées parfaitement à 
l'abri de l'invasion des eaux. 


V. — Roches calcaires. 


Les roches calcaires sont extrêmement sensibles à l’action des agents 
météoriques; les altérations qu'elles subissent sont parfois si profondes que 
le résidu de la plupart d'entre elles devient méconnaissable. 

Déjà , le simple contact de l'air suffit parfois pour modifier complétement 
la couleur de la roche. C’est ainsi que les calcaires auxquels une certaine 
quantité de matière organique donne une coloration foncée, bleuâtre ou noi- 
râtre, pâlissent et blanchissent rapidement au voisinage des fentes et sur 
les surfaces exposées aux intempéries et aux infiltrations de l’eau atmosphé- 
rique. C'est le résultat d’une sorte de combustion lente — au contact de l'air 
ou de l'oxygène en dissolution dans les eaux météoriques — des particules 
foncées de carbone contenues dans la roche. 

Les calcaires riches en sels ferreux prennent, au contraire, une teinte plus 
foncée, généralement brunâtre ou rougeâtre, par suite de la péroxydation 
produite au contact de l'oxygène en dissolution dans les eaux, ou contenu 
dans l'air atmosphérique. 

Presque toutes les roches calcaires contiennent des sels ferreux, même 
celles qui au premier abord en paraissent dépourvues. Telles sont la plupart 
des roches craycuses, les calcaires blancs compactes, etc. 

Nous citerons, par exemple, les roches jurassiques de la côte d’'Eza et de 
Menton, dont la surface devient, par oxydation des sels ferreux, entièrement 


54 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


rouge, mais qui, à l’intérieur, sont parfois d'une blancheur parfaite, et ne 
décèlent à la vue aucune trace d'éléments ferreux. 

Certaines roches, fortement allérées, montrent des modifications si pro- 
fondes qu'une observation superficielle aurait peine à les faire se rapporter 
simplement aux phénomènes d'oxydation et de dissolution produits par les 
agents météoriques. 11 en est ainsi, par exemple, pour certains grès calca- 
rifères, bleus ou verdâtres, du système ahrien, dans la haute Belgique. La 
couleur brune de la roche altérée résulte de l'oxydation des sels ferreux 
qu'elle contient parfois en abondance; sa structure celluleuse provient de la 
dissolution du carbonate de chaux qui formait le test des fossiles, et enfin sa 
friabilité est la conséquence de l'enlèvement, par les eaux d'infiltration, du 
ciment calcaire unissant les grains quarizeux de la roche. 

La grande solubilité du calcaire dans l’eau tenant en dissolution de 
l'acide carbonique est un fait bien connu, appuyé d'ailleurs par de nom- 
breuses expériences de laboratoire. Les eaux météoriques, toujours chargées 
d'acide carbonique, surtout après avoir traversé un sol végétal, constituent 
donc, avec l'aide du temps, un puissant agent de dissolution des dépôts 
calcaires. | 

Cette action des eaux météoriques sur le carbonate de chaux se manifeste 
souvent d'une manière très-sensible, bien que sur une échelle restreinte, dans 
certaines roches schisteuses fossilifères anciennes, exposées aux intempéries 
ou aux infiltrations superficielles. 

Les fossiles, s'ils sont calcaires, ont alors disparu par dissolution du car- 
bonate de chaux, et il ne reste plus à leur place qu'une quantité de cavités 
et de moules externes pouvant, lorsqu'ils sont abondants, donner à la roche 
un aspect celluleux tout particulier. 

Les couches devoniennes de la Belgique, très-développées dans une région 
où les eaux sont vives et fortement chargées d'acide carbonique, fournissent 
de nombreux cas de ce genre. 

Certaines roches calcaires contiennent des fossiles spathisés, agathisés au 
silicifiés, ce qui rend ceux-ci plus difficilement attaquables que la gangue 
calcaire dans laquelle ils sont contenus. Sous l'influence des intempéries el 
‘du ruissellement des eaux pluviales, la roche calcaire s’altère et, se dissolvant 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 53 


peu à peu, met graduellement en liberté, et bien conservés, les organismes 
primitivement contenus dans son sein. 

Il en est de même pour certains calcaires jurassiques avec fossiles silicifiés, 
dont le résidu d'altération, parfois désigné sous le nom d'argile à chailles, 
constitue de riches gisements fossilifères. 

Ce mode de dégagement des fossiles n’est pas rare dans les roches pri- 
maires de la Belgique, où nous l’avons bien souvent observé; il se remarque 
particulièrement dans le calcaire carbonifère de Tournai. 

Les sels ferreux des roches calcaires altérées donnent généralement au 
résidu meuble résultant de l'attaque de la roche une coloration rougeâtre 
três-caractéristique, produite par l'oxydation de ces éléments ferreux. Cette 
coloration rougeâtre est très-constante dans les dépôts calcaires altérés, el ce 
caractère, joint à l'absence du carbonate de chaux, permet bien souvent de 
reconnaitre à première vue l'origine des dépôts superficiels formés par alté- 
ration chimique des roches du sous-sol. 

Les roches calcaires de divers étages géologiques se montrent souvent 
recouvertes, dans les régions où celles affleurent, d'un manteau terreux, de 
coloration rougeàtre, tantôt argileux, tantôt sableux, "dépôt d'épaisseur variable 
et dont les géologues ne s’expliquaient pas bien l’âge, ni le mode de forma- 
tion. Parfois, au lieu d’une couche uniformément étendue sur la roche cal- 
caire sous-jacente, on a constaté la présence de poches ou d’entonnoirs 
remplis de ces mêmes matières rougeätres, et l’on a remarqué que ces 
cavités, souvent très-profondes, paraissaient suivre des directions déter- 
minées. 

Parmi les dépôts de ce genre, nous citerons, par exemple, ceux observés 
par M. Guignet ! au milieu des roches calcaires du lias, de la grande oolithe 
et du forest-marbre de la Haute-Marne, et ceux mentionnés par M. À. Arcelin 
dans les roches jurassiques des environs de Mâcon :. 

Les mêmes phénomènes se retrouvent, bien accentués, dans les calcaires 
devoniens de la Belgique. 


Î Comptes rendus de l’Institut, 1869, t. LIX, p. 1028. 
2 Les formations tertiaires et quaternaires des environs de Mdcon (AxNALES DE L'ACAD. DE 
Macon. Paris, 1877). : 


FE us CT RER Mon 


56 LES PHÉNOMENES D'’ALTERATION 


M. G. Cotteau a fait des observations analogues dans le département de 
l'Yonne, sur un grand nombre de points des étages bathonien, oxfordien et 
corallien. Partout où ces dépôts rougrâtres ont été observés, dit M. Cotteau, 
la roche qui leur sert de réceptacle est abrupte et présente des traces évi- 
dentes d’érosion. Les poches, qui atteignent parfois 40 à 42 mètres de pro- 
fondeur, sont remplies de sables et d’argiles rouges et contiennent du minerai 
de fer. 

Ces dépôts meubles, oxydés, privés de carbonate de chaux et remplissant 
les poches de la roche calcaire corrodée, ou bien s'éterdant à la surface, ne 
sont autre chose évidemment que le résidu de la dissolution du calcaire, par 
suite de l'infiltration des eaux atinosphériques chargées d'acide carbonique, 
agissant, soit sur toute la superficie du dépôt exposé aux agents météoriques, 
soit sur des parties localisées plus particulièrement exposées. L'alignement 
des entonnoirs, ou poches d’altération, peut provenir de la présence de failles 
ou de fractures constituant des zones linéaires d'attraction et d'écoulement 
pour les eaux d'infiltration, ou encore de la disposition particulière des dépres- 
sions du sol, influençant directement l'écoulement des eaux auxquelles sont 
dues les altérations de la roche. 

La terre rougeâtre qui recouvre généralement les affleurements calcaires 
de beaucoup de contrées — et qui, sous le nom de terra rossa, est si bien 
développée dans la Carniole, par exemple — n'est autre chose que le résidu 
des roches calcaires sous-jacentes, infiltrées par les eaux atmosphériques. 

La latérile, dépôt terreux rougeâtre, qui occupe de grandes étendues dans 
les régions tropicales de l'Inde et de l'Amérique du Sud, et qui a été observée 
en Chine sous des alluvions et des dépôts modernes, représente, on l’a par- 
faitement reconnu, le résultat de la décomposition profonde, non-seulement 
des roches calcaires sous-jacentes, mais encore des roches feldspathiques, 
schisteuses, gréseuses, etc., que l'on voit d’ailleurs insensiblement passer à 
l'état de latérite dans la partie supérieure, Comme l'a fait judicieusement 
remarquer M. de Richthofen !, il est aisé de comprendre que les pluies abon- 
dantes et la végétation luxuriante des régions tropicales doivent singulière- 


" Voir Neumayer, Anleilung zu wissenschaftlichen Beobuchtungen auf Reisen, etc., 1875. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 57 


ment favoriser la désagrégation et la décomposition du sol : sous ces climats 
si différents des nôtres, les eaux météoriques, abondantes, chaudes, très- 
chargées d'acide carbonique et d'acides végétaux, attaquent rapidement et 
profondément toutes les roches qu’elles rencontrent. 

M. de Richthofen est absolument dans le vrai lorsqu'il dit que le remanie- 
ment, par les eaux, de dépôts analogues à la latérite et ayant la même origine, 
mais entraînés ensuite dans des esluaires ou dans des mers peu profondes, 
pourrait, en s'appliquant à des époques reculées de l’histoire de la terre, 
servir à expliquer la formation des grès rouges triasiques et devoniens ainsi 
que celle d'autres dépôts analogues. 

Sir Ch. Lyell ! faisait remarquer à ce sujet que, pour se andre compte de 
la formation de dépôts de limon et de sables rouges observés en divers 
points de l'écorce terrestre, on n'avait qu’à supposer une simple désagréga- 
tion de schistes cristallins, ordinaires ou métamorphiques. À l'appui de cette 
opinion, il signalait, dans la partie orientale des Grampians d'Écosse, au 
nord de Forfarshire, des montagnes de gneiss, de micaschistes et de schistes 
argileux qui sont recouvertes par un dépôt dérivant de la décomposition 
de ces roches : ce résidu, teint par l'oxyde de fer, est précisément de la 
même couleur que le vieux grès rouge des Lowlands (terres basses) du 
voisinage. Îl suffirait, ajoute le consciencieux observateur, que cet alluvium 
fül entrainé à la mer ou dans un lac pour qu'il formât des couches de grès 
ou de limon jaune absolument semblables au vieux et au nouveau grès rouge 
de l’Angleterre, ou bien encore aux argiles et aux grès rouges des dépôts ter- 
liaires de l’Auvergne. 

L'absence généralement constatée de coquilles fossiles dans divers ter- 
rains anciens ou récents, riches en oxyde de fer et présentant les caractères 
lithologiques caractérisques du grès rouge, est une conséquence inévitable 
du mode de formation de ces dépôts : résidus altérés, oxydés et décalcifiés, 
de roches calcaires, feldspathiques ou schisteuses préexistantes et ayant été 
soumises pendant des périodes d'émergence aux forces destructives et dissol- 
vantes des agents météoriques. 


1 Lyezc, Éléments de géologie, 6° éd., 1. Il, p. 47. 
Tome XLIV. 8 


OC, om 


58 LES PHÉNOMENES D’ALTÉRATION 


La formation des grès, des nodules ou rognons de diverses natures dissé- 
minés dans certaines roches, celle des poudingues, etc., se rattachent très- 
intimement aux phénomènes d'altération par infiltration. En effet, la dissolu- 
tion des éléments calcaires donne lieu à une saturation plus ou moins forte 
des eaux d'infiltration. En descendant dans le sein des dépôts sous-jacents, 
ces eaux changent donc de propriétés, et, de dissolvantes qu'elles étaient, 


deviennent incrustantes. Elles agglutinent et cimentent alors les sables, les 


galets, et les changent rapidement en grès et en poudingues. 

Nous nous bornerons, sans insister davantage, à rappeler simplement ce 
phénomène, d'ailleurs bien connu. Il a été vérifié, non-seulement par de 
curieuses expériences de laboratoire !, mais encore dans la nature. Il se repro- 
duit même jusque dans les eaux de la mer. La formation des grès récents 
s’observe surtout sur les plages calcaires des régions chaudes, où l’évapora- 


tion des eaux de la mer, très-chargées de sels calcaires, étant fort rapide, 


l'apport continu du ciment abandonné par elles est considérable. Virlet 
d’Aoust ? dit avoir constaté sur les plages sablonneuses de la Grèce la forma- 
tion de grandes plaques et méme de couches de grès, par l’agglutination des 
sables du rivage au moyen du ciment calcaire fourni par la mer. 

Dans son intéressant livre, récemment publié : Sur les causes actuelles en 
géologie 5, M. Stanislas Meunier dit que « dans la mer des Antilles, par 
exemple, les flots sont à 32° et déposent en abondance par évaporation le 
calcaire qu'ils dissolvent. Celui-ci cimente le sable des grèves et donne lieu 
rapidement à des roches aussi dures que nos meilleures pierres de construc- 
tion. Sur les côtes de l’Ascension, Darwin a trouvé un de ces calcaires dont 
la densité, égale à 2.63, est à peu près celle du marbre de Carrare. En plu- 
sieurs endroits de la « Côte Ferme » on exploite activement des carrières 
de ces pierres maritimes pour les constructions, et les excavations sont 
promptement remplies par de nouveaux matériaux. 


1 S. Meunier, Les causes actuelles en géologie et spécialement dans l’histoire des terrains 
stratifiés. Paris, 1879; in-8°. | 

3 VinLer D'Aousr, Phénomènes géologiques observés duns la tranchée dans la rue de 
Rome, etc. (Buze. Soc. céoL. De France, 2° sér., t. XXII, p. 130, 1864). 

8 Loc. cit. 


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DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 59 


» Sur les rives de la Mer Rouge, les blocs de roches apportés par les tor- 
rents sont, en quelques semaines, compris dans un solide conglomérat. 

» Dans les mers moins chaudes le même phénomène se reproduit encore 
quelquefois, mais sur une échelle moins grande. Par exemple, sur les côtes 
septentrionales de la Sicile, les eaux à 48° déposent entre les galets du litto- 
ral un ciment calcaire, qui les convertit en poudingues... Sur les côtes de la 
Méditerranée elle-même, des faits analogues se produisent; des calcaires 
coquilliers et sableux, de cimentation actuelle, y ont été recueillis en maintes 
localités. 

» Enfin, de plus en plus rare vers le nord, le phénomène a encore lieu 
dans l'Atlantique et même dans la mer du Nord. » | 

Les eaux météoriques ou d'infiltration, chargées des sels calcaires enlevés 
par dissolution aux parties superficielles de l’écorce terrestre, doivent à for- 
fiori donner lieu aux mêmes résultats. Nous avons nous-même constaté le 
long des falaises crétacées de la côte comprise entre Douvres et Folkestone, 
des zones plus ou moins étendues, où la ceinture de galets qui s’étend au pied 
de cette côte crayeuse se trouvait changée en un poudingue assez résistant 
pour subir, sans se désagréger, les assauts furieux des tempêtes et des marées 
d'équinoxe. Ces poudingues s’observaient au voisinage de filets d'eaux et de 
sources sortant du bas de la falaise crayeuse; ils étaient dus par conséquent 
à l'action agglutinante des eaux météoriques ou d'infiltration ayant dissous 
une certaine proportion de sels calcaires pendant leur passage au travers 
du massif crayeux de la falaise. 

Les poudingues qui s'observent fréquemment en Belgique à la base de 
certains sables glauconifères, devenus quaternaires par remaniement fluvial 
de strates éocènes ou pliocènes, et que les observateurs ont jusqu'ici con- 
fondus avec les dépôts diestiens, sont encore un remarquable exemple des 
phénomènes d’agglutination résultant de l’infiltration des eaux superficielles. 
Cest ainsi que nous avons constaté, au Mont de la Musique près Renaix 
(Hainaut), une décomposition de la glauconie ayant donné lieu à la for- 
mation d'un ciment ferrugineux, qui a empâté les cailloux et galets en les 
agglutinant en plaques limoniteuses. Celles-ci sont parfois devenues si dures 


et si résistantes qu’elles se brisent sous le choc comme une matière homo- 


60 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


gène et se divisent en fragments qui sectionnent indifféremment les cailloux 
de silex et le ciment qui les relie. 

Presque tous les poudingues quaternaires, à ciment calcaire ou ferrugi- 
neux, qui ont été signalés dans diverses régions doivent leur origine à la 
méme cause. Nous citerons, entre autres, ceux du delta du Var, étudié par 
M. de Rosemont !, lequel a parfaitement reconnu le rôle des infiltrations dans 
la production de cette roche. 

Il va sans dire que la même explication peut se donner pour un grand 
nombre de poudingues qui se sont formés dans les temps géologiques, par 
suite de phénomènes d’agglutination indépendants de l'influence marine et 
après l'émergence des galets constituant ces poudingues anciens. 

Au contact des argiles, qui arrêtent les eaux d'infiltration chargées de 
sels ferreux et de résidus divers, il se forme souvent des niveaux de concré- 
tionnements limoniteux ou autres, pouvant donner lieu à des erreurs d’inter- 
prétation stratigraphique. 

De minces zones de limonite, devenues fragmentaires sur place par suite 
de modifications de pression dues aux variations de l'humidité des dépôts, 
paraissent parfois représenter, non un simple niveau de concrétionnement, 
mais des zones de roches anguleuses, analogues à celles que Fon voit à la 
base de certaines de nos couches glauconifères, etc. 

Ce cas a été constaté par nous dans la tranchée du chemin de fer 
de Tongres à Saint-Trond, au second pont à l’est de la station de Looz. 
On y voit l'argile rupelienne surmontée des sables blancs dits « bolde- 
riens » représentant la phase d’'émersion du dépôt rupelien. Les deux 
couches se relient en passant de l’une à l’autre d'une manière insensible, 
sur une longueur d'environ 4000 mètres. La liaison est absolue, indis- 
cutable. 

Or, en certains points de la tranchée on peut, surtout à l’époque des 
fortes sécheresses, constater vers le haut de la masse inférieure argileuse 
l'existence d’un niveau de concrétions limoniteuses en petits fragments irré- 


Ÿ A. De CHAMBRUN DE ROSEMONT, Études géologiques sur le Var et le Rhône pendant les 
périodes lerliaires et quaternaires, etc. Paris, 1873. (Extr. Ann. Soc. LETTRES, SCIENCES, ETC., 
DES ÂLPES MARITIMES.) 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 61 


guliers paraissant indiquer dans l'épaisseur du massif un niveau séparatif à 
éléments triturés et remaniés. 

Dans d’autres localités du Limbourg, le même dépôt argileux rupelien est 
représenté par un facies un peu différent : l'argile schistoïde. Sa surface 
est parfois fortement altérée. On y remarque alors des niveaux de gros frag- 
ments anguleux et irréguliers d'une roche brunâtre, paraissant représenter 
des débris concassés et à peine roulés d’une roche limoniteuse, bien différente 
du dépôt argileux dans lequel ces fragments semblent empâtés. 

Ce n'est qu'en brisant ces blocs, qui sont très-durs, qu'on peut recon- 
naître qu'ils ne sont autre chose que le résultat d'un phénomène d'altéra- 
lion et de concrélionnement sur place. Ils sont formés de zones limoniteuses 
concentriques emboitées, ayant chacune la forme de la surface extérieure du 
bloc et alternant parfois avec des cavités plus ou moins régulières, affectant 
la même disposition. 

Les angles aigus ainsi que les surfaces planes, diversement agencées, de 
ces blacs limoniteux résultent de la schistosité de la roche primitive. 

Il est permis de croire que des cas de ce genre, observés par Dumont en 
d'autres points du rupelien du Limbourg, ont contribué à lui faire établir, 
entre l'argile rupelienne et les sables bolderiens qui les surmontent, la ligne 
de démarcation qu'il a admise à la base de ces sables, constituant en partie 
son « système bolderien ». 

Outre les phénomènes secondaires d’agglutination et de concrétionnement 
qui résultent de l'altération des roches calcaires par suite de l'infiltration des 
eaux méléoriques, il en est d'autres encore dont l'étude, faite avec soin, don- 
nera lieu à des résultats importants dans leurs applications géologiques. Nous 
voulons parler des dépôts locaux formés au sein des roches par le filtrage 
des eaux superficielles chargées des résidus des dépôts calcaires, et qui, 
après avoir effectué leur œuvre de dissolution et d'oxydation, se rassemblent 
dans les fissures, les fentes et les cavités de la roche. Ces eaux chargées de 
résidus limoneux, argileux, ferrugineux, ou bien contenant en dissolution des 
sels de toute nature, donnent naissance à des dépôts terreux, argileux ou 
métalliques disposés en amas, en poches ou en filons suivant la forme des 
cavités que ces eaux rencontrent au passage et approfondissent de plus en plus. 


62 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


En Belgique, les terrains anthraxifères, et notamment le calcaire carboni- 
fère, offrent de nombreux exemples de ces dépôts, où dominent surtout les 
éléments argileux et ferrugineux, et dont l’origine a donné lieu à des 
recherches qui jusqu'aujourd'hui n'ont guëre éclairci la question. 

Les illustres maitres de la géologie belge : d'Omalius et Dumont, ont 
défendu avec autorité et conviction l'hypothèse de l'origine geyserienne ou 
interne de ces argiles rouges et de ces filons métallifêres ; cette opinion a été 
adoptée par leurs successeurs. 

On ne peut nier qu’en certains points, comme aux environs de Spa, par 

exemple, des eaux thermales, ou d'origine interne et chargées d’acide carbo- 
_ nique, ne donnent encore actuellement naissance à des dépôts du même genre 
que ceux auxquels nous faisons allusion, et il est probable que cette cause, 
ayant pu se présenter à plusieurs reprises, peut, dans certains cas, être invoquée 
à juste titre. Mais de là à accepter cette explication comme générale, il y a loin! 

On notera d'abord que l'étude des phénomènes d’altération par infiltra- 
lion des eaux météoriques fait retrouver dans les résidus des zones altérées 
toutes les substances qui s’observent dans les poches, filons et cavités de nos 
terrains anthraxifères : minerais de fer ou autres, argiles rouges, lithomarge, 
ainsi que les résidus quelconques oxydés et décalcifiés, surfaces corrodées, etc. 
Cela ressortira clairement de l'ensemble des observations que nous avons 
réunies dans le présent chapitre des roches calcaires. 

Les argiles rouges, et la lithomarge en particulier — dont l'origine gey- 
serienne parait si constamment admise pour les gisements de nos terrains 
anthraxifères — se retrouvent avec les mêmes caractères et avec des relations 
identiques dans les puits naturels de la craie, dans les poches d’altération 
d’autres dépôts calcaires compactes, indiscutablement exempts d’influences 
internes. 

Nous les avons encore retrouvées parfaitement caractérisées vers la base 
des poches d'altération du diluvium rouge, dans le bassin de Paris, partout 
enfin où les eaux superficielles ont vivement attaqué et modifié des dépôts 
très-calcarifères. 

Les eaux d'infiltration pourvues de leurs propriétés oxydantes et dissol- 
vantes peuvent, grâce au temps, produire des effets bien plus considérables 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 63 


et surtout plus universels que tout autre agent d'altération. Les agents 
internes, au contraire, doivent, par le fait même de leur extrême localisation 
à la surface du globe, être relégués au dernier plan. On ne saurait d'ailleurs 
raisonnablement attribuer à l’action de ces agents l'universalité constatée 
dans la distribution des gisements d'argiles brunes ou rouges, de minerais 
de fer, etc., dans les filons et crevasses, ainsi qu’à la surface de toutes les 
roches calcaires quelconques et surtout la répartition de ces gisements dans 
des contrées incontestablement soustraites aux influences internes. 

Lorsque des dépôts meubles, sableux et calcarifères, se trouvent soumis à 
l'influence de l’infiltration des eaux météoriques, les phénomènes d’altérauion 
qui en résultent présentent un intérêt tout particulier, par suite des appa- 
rences trompeuses auxquelles ces phénomènes donnent généralement lieu. 

Presque toujours, dans ce cas, la zone superficielle aliérée privée de fos- 
siles et modifiée dans la plupart de ses caractères, devient méconnaissable, 
au point de paraitre former un dépôt distinct, reposant en discordance sur la 
couche non altérée, qui parait ravinée par elle. | 

C'est là un cas très-fréquent, sur lequel l'attention des géologues n'a guère 
élé attirée jusqu'ici. 

Nos éludes géologiques sur les couches tertiaires de la Belgique, riches 
en dépôts calcarifères sableux, nous ont fait rencontrer de nombreux cas de 
ce genre : cela nous a permis d’élucider divers problèmes que n'avaient pu 
résoudre jusqu'ici les géologues qui les avaient étudiés sans l’aide des 
lumières apportées par la question faisant l’objet de ce travail. 

Simullanément avec ces recherches, ou plutôt peu après la publication des 
premiers résuliats obtenus, des observations identiques aux nôtres ont été 
faites dans les dépôts tertiaires de l'Angleterre par plusieurs géologues ayant 
également compris le rôle de l’infiltration des eaux météoriques dans l’altéra- 
tion des dépôts superficiels. Depuis lors, les communications personnelles qui 
nous ont été adressées en confirmation de nos observations, et les adhésions 
nombreuses acquises dans ces derniers temps aux vues que nous avons 
exposées, montrent l'extension rapide à laquelle est appelée cette étude, ainsi 
que la simplification considérable qu'elle est destinée à apporter dans les 
recherches stratigraphiques et géogéniques. 


64 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Sans entrer ici dans des détails pouvant mieux trouver leur place dans 
des travaux spéciaux, nous croyons utile d'examiner rapidement ce qui se 
passe lorsque les dépôts superficiels ou bien ceux du sous-sol, soumis aux 
phénomènes d’altération par infiltration pluviale, sont meubles et calcarifères. 

Grâce au pouvoir dissolvant de l'acide carbonique contenu dans les eaux 
atmosphériques, le carbonate de chaux du dépôt se dissout peu à peu et se 
trouve bientôt complétement éliminé. Les fossiles et les débris calcaires quel- 


conques, devenant d'abord friables et tombant en bouillie sous les premières: 


atteintes de l'eau d'infiltration, se décomposent bientôt entièrement et dispa- 
raissent , lorsque cet agent dissolvant a pu agir pendant un temps suffisam- 
ment prolongé. 

La glauconie éparse dans le dépôt se décolore et verdit; si le phénomène 
s'accentue, elle se décompose ; l’'hydrate ferrique, alors mis en liberté, imprègne 
toute la masse du dépôt et la colore en jaune ou en rouge. Lorsque l'altéra- 
tion est moins avancée, les grains quartzeux mis à nu par l'enlèvement du 
calcaire et mélangés avec la glauconie verdie ou oxydée, donnent à l’ensemble 
du dépôt, privé de calcaire et humecté d’eau, une coloration verdâtre ou jau- 
nâtre parfois très-accentuée. La surface de contact entre les zones intactes 
el les zones altérées, souvent ondulée, est le plus souvent irrégulièrement 
déchiquetée et apparait dans les coupes sous forme de poches d’érosions et de 
sillons capricieux, résultats de l'inégale perméabilité des divers points du 
dépôt, rarement homogène dans loute sa masse. La section du terrain ainsi 
modifié rappelle, mais avec une évidente exagération dans les découpures, 
l'aspect d'une ligne de ravinement ou d'érosion mécanique (voir fig. 5 !). 
Cette circonstance, jointe à une modification profonde de l'aspect et de la colo- 
ration de la zone altérée, ainsi qu'à l'absence de débris organiques — qui 
s'oppose à la détermination paléontologique de l’âge du dépôt — a généra- 
lement induit en erreur les géologues qui se sont trouvés en présence de ce 


1 Cette figure, ainsi que celles qui suivent, ne représentent pas des coupes idéales, mais des 
sections de terrain, relevées pour la plupart dans les sables calcarifères de l'éocène moyen des 
environs de Bruxelles. Nous les avons extraites de nos carnets d'excursion, pensant qu'il était 
préférable, dans les considérations qui vont suivre, de ne nous occuper que des cas récllement 
observés par nous sur le terrain. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 65 


cas, très-fréquent d’ailleurs. Ils ont presque toujours été amenés à considérer 
comme dépôts distincts, d'origine et d'âge différents, les zones superficielles 
d'altération paraissant recouvrir en discordance les parties sous-jacentes non 
altérées. 


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A Sable meuble calcarifère. B Zone altèrée (décalcifiée et oxydée). 


Il suffira de rappeler les principaux résultats de nos recherches sur les 
couches du bassin tertiaire belge, pour prouver l'incontestable utilité qu'offre 
l'application de la thèse des altérations par infiltration à l'étude stratigra- 
phique d’une région déterminée. 

Mais auparavant, nous croyons utile d'exposer, d'une manière plus 
détaillée, les diverses conditions dans lesquelles peuvent se produire ces 
phénomènes d’altérations au sein des dépôts meubles calcarifères, d'indiquer 
leurs effets variés et enfin de rappeler, en les précisant, certains modes de 
vérification permettant de reconnaitre l'existence de ces actions d’altération 
et de métamorphisme hydro-chimique. 

Nous avons dit précédemment que l'infiltration des eaux superficielles, 
chargées d'oxygène et d'acide carbonique, donne lieu à une double action 
dissolvante et oxydante agissant, l’une sur le carbonate de chaux contenu 
dans les sédiments infiltrés, l’autre sur les sels ferreux, glauconieux ou autres, 
qui s’y trouvent disséminés ou à l'état de combinaison. 

Le dépôt, privé de fossiles et se présentant avec une coloration et un facies 
très-différents de l’état normal, devient alors méconnaissable. 

Mais, outre ces modifications capitales, les altérations qui se produisent 

Tous XLIV. 9 


66 LES PHÉNOMÈNES D’ALTERATION 


dans les dépôts meubles donnent encore lieu à des phénomènes secondaires, 
dont il convient d'étudier les principaux caractères. 

L'enlèvement du carbonate de chaux, dans les dépôts fortement calcari- 
fères, produit une diminution parfois notable dans le volume du dépôt altéré, 
el donne lieu à des tassements du résidu quartzeux imprégné d'eau ou 
d'humidité. Si des tables ou bancs continus de grès rencontrent des poches 
d'altération de certaine étendue, comme cela arrive parfois dans l'éocène 
moyen des environs de Bruxelles, on constate, surtout lorsque l'altération 
n'est pas três-intense, que le tassement des sables produit la rupture des 
bancs de grès superposés et suspendus dans la poche d’altération : ils appa- 
raissent disloqués, brisés en fragments formant des guirlandes abaissées au 
sein de la poche, comme le montre le dessin ci-dessous (fig. 6), reprodui- 
sant une coupe dans les sables bruxelliens, observée par M. À. Rutot dans 
la tranchée du chemin de fer de Luttre. 


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À Depôt quaternaire altéré. B Sable meuble calcarifère bruxellien. 
C Bancs contious de grès durs. D Sable bruxellien altéré et décalcifie. 
E Parties brisées et affaissées des bancs de gres. 


Lorsque l’altération est suffisamment intense, les grès rencontrés par les 
poches d’altération sont corrodés et s’effritent sous la pression des doigts, 
par suite de la dissolution du ciment calcaire unissant les grains quartzeux. 
Lorsque les grès sont très-calcarifères, le ciment se dissout complétement, les 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, #rc. 67 


sels ferreux et la glauconie s'oxydent, se changent en résidus ferriques et 
les grès se transforment en trainées de sable oxydé et rougeàtre, qui se 
tassent parfois comme de véritables guirlandes superposées, allant se rac- 
corder aux parties inlactes des bancs gréseux qui s’observent des deux côtés 
de la poche. 

La coupe ci-dessous (fig. 7) représente des poches d’altération pénétrant 
les sédiments laekeniens, avec grès calcaires tendres; ces poches s’obser- 
vaient, il y a un an encore, dans les coupes de la plaine de Tenbosch, à 
Bruxelles (Quartier-Louise). 


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A Sable calcareux bruxellien. B Gravier base du laekenien. 
C Sable calcareux laekenien. D Gres calcariferes laekeniens. 
E Sable lsekenien altére. F Zones ocreuses disposées en guirlandes se rattachant aux bancs de gres. 


Cette coupe montre trois vestiges restés intacts d’un gros banc de grès D, 
dont le résidu meuble et rougeâtre F se continue nettement visible au travers 
des poches altérées. 

Les fragments de grès plus ou moins désagrégés que l'on voit souvent 
dans les poches d'altération des sables éocènes des environs de Bruxelles, et 
qui sont les derniers vestiges sur place des bancs altérés et à moitié dissous, 
avaient été jusqu'ici considérés comme des fragments de roches triturées et 
remaniées ; on les croyait apportés par les prétendus phénomènes d'érosion 
et de ravinement invoqués pour expliquer les apparences produites par ces 
phénomènes purement chimiques. 

Les nombreuses poches d'altération qui s'observent dans les dépôts de 
notre éocène moyen rencontrent presque toujours des lits superposés de 
nodules de grès calcareux ou parfois siliceux. | 


68 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Les grès siliceux, que l’on trouve dans l'étage inférieur bruxellien, sont 
généralement peu atteints par les phénomènes d'altération : le plus souvent 
on les voit traverser, sans modification aucune, les poches de sable altéré; 
dans ce cas l'hypothèse d'un ravinement des dépôts ne saurait même se pré- 
senter à l'esprit de l'observateur attentif. 

La coupe ci-dessous (fig. 8) représente une poche d'altération, observée 
à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) et affectant à la fois les sables bruxelliens 
calcarifères À avec grès calcaires C et la zone de passage de ces sédiments 
aux sables quartzeux E avec grès silicifiés G. 

Ceux-ci, représentés dans le bas de la coupe, ont été peu atteints par le 
phénomène d'altération, qui a provoqué la dissolution complète des grès supé- 
rieurs, à ciment calcaire. 


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A Sable hruxellien calcareux. B Zone alterée du même. 
C Grès calcerifères bruxelliens. D Résidus nliérés des mêmes. 
E Sable siliceux bruxellien. F Zone infiltree du même. 


G Gres siliceux bruxelliens. 


Dans l'étage calcareux ou supérieur du système bruxellien, les bancs de 
grès deviennent, vers le haut, de plus en plus calcaires. Dans les poches 
altérées de peu détendue, ils traversent la zone modifiée en s’effritant ou 
en se dissolvant en partie; dans les poches de plus grandes dimensions et 
profondément altérées, les grès calcareux se transforment entièrement en 
guirlandes meubles de sable rouge ou jaunâtre, fortement oxydées et formant 
parfois très-visiblement la continuation des bancs intacts des parties latérales, 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 69 


non allérées, du dépôt calcarifère. Nous donnons, comme exemple, la coupe 
ci-dessous (fig. 9), qui a été prise dans les sables calcarifères bruxelliens 


de Saint-Gilles-lez-Bruxelles. 
Fic. 9. 


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A Sable bruxellien calcareux.  B Zone altérée du même. 
C Gres calcariferes bruxelliens. D Gres effrités et décomposes. 
D’ Résidus sableux ct oxydés des mêmes, complétement altéres. 


On ne doit pas s'étonner de voir des bancs de grès parfois très-durs 
changés en résidus meubles et sans cohérence, sous l’action prolongée des 
eaux d'infiltration. 

Il suffit, en effet, de se rappeler la rapidité avec laquelle le fer, ce corps 
si dur et si résistant, se trouve transformé en rouille lorsqu'il se trouve 
exposé pendant un certain temps aux intempéries. Le phénomène d'oxy- 
dation est le même dans les deux cas. 

Parfois, au milieu d’une poche de sable altéré, on observe des ilots, des 
colonnes ou des massifs de formes variées, restés calcarifères et non altérés. 
Il suffit d'un grès légèrement silicifié ou plus dur, d'un petit lit ou amas 
argileux perdu dans les sables, ou de quelque autre cause analogue, pour 
protéger pendant un certain temps, contre les infiltrations et contre le phé- 
nomène d'altéralion qui en résulte, les sables calcarifères sous-jacents. C'est 
un cas que nous avons observé bien souvent. 

Dans la figure 10, ci-contre, nous reproduisons l'aspect exact d'une partie 
de coupe observée près de la rue Defacqz, à Saint-Gilles. On y voit un frag- 
ment de grès très-dur a qui, ayant résisté, a visiblement protégé, contre les 
infiltrations venant du haut, la masse sous-jacente b des sables laekeniens 
calcarifères. À droite et à gauche, mais un peu plus bas, d’autres vestiges 


70 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


de bancs gréseux ont résisté par places et ont alors chaque fois protégé les 
parties sous-jacentes du dépôt calcarifère. 


Fic. 10. 


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A et B Sables et grès laekeniens, calcariferes et normaux. 
C et D Les mêmes, altérés (décalcifiés et oxydes). 

E et F Zone graveleuse vers la base du laekenien. 

G et H Sables ot grès bruxelliens (non atteints). 


Les poches d'altération du laekenien s'arrêtent assez souvent, lorsqu'elles 
sont profondes, sur la surface du premier banc de grès, toujours très-dur et 
très-résistant, de l'étage bruxellien. Le gravier de la base du laekenien, qui 
repose au-dessus de ce grès, parait alors remplir le fond des poches, et c'est 
même cette circonstance qui, dans une certaine mesure, a le plus contribué à 
faire admettre l'hypothèse de véritables poches de dénudation, etc. 

(Voir la figure 10 ci-dessus, ainsi que la figure 4 de la planche.) 

Pour en revenir aux diverses espèces de grès des dépôts éocènes des 
environs de Bruxelles, nous ajouterons que, dans le laekenien inférieur, les 
grès sont tendres, friables et très-calcarifères. Aussi, les trouve-t-on toujours 
complétement métamorphosés en guirlandes de sables meubles et rougeâtres, 
lorsqu'ils traversent des poches d’altération ayant changé les sables calca- 
rifères laekeniens en sables verts sans fossiles. Jamais nous n'avons vu les 
grès laekeniens passer intacts au sein d’une poche d'altération, si minime 
qu'elle fût. 

La figure 3 de la planche, représentant une coupe observée pendant les 


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DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 71 


travaux de déblayement de la plaine de Tenbosch (Quartier- Louise), près 
Bruxelles, montre un remarquable exemple de continuité des bancs de grès 
laekeniens, sous forme de guirlandes sableuses curieusement reliées dans 
une série de poches contiguës. 

La coupe ci-dessous (fig. 11) représente une poche d’altération, observée 
rue Lesbroussart, à Ixelles, affectant à la fois les sables calcarifères des 
systèmes bruxellien et laekenien, ainsi que le gravier séparatif, base de ce 
dernier système. 


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À Sables et gres bruxelliens. B Gravier base du laekenien. 
C Sables et grès laekeniens. D Sables et grès altérés du bruxellien. 
E Gravier traversant la poche d'altération. F, G Laekenien altére. 


Les lits de galets, les bancs de graviers, les couches de fossiles plus ou 
moins silicifiés (comme certaines nummulites de nos dépôts éocènes), en un 
mot, tout ce qui n’est pas composé d'éléments calcaires ou aisément solubles, 
traverse complétement les poches d'altération, ou bien encore se trouve à son 
niveau stratigraphique spécial, lorsque l’altération, au lieu d'être localisée, 
s'est étendue au dépôt tout entier. 

Si, en ce qui concerne Bruxelles, par exemple, les géologues avaient 
songé à faire ces observations si simples, ils n'auraient pas persisté à croire 
que les poches d'altération représentaient un niveau de ravinement et d'éro- 
sion mécanique. 

Ce n'est d’aillenrs pas seulement dans l’éocène belge que cette méprise a 
élé faite. Ce qui a principalement porté les observateurs de diverses contrées 
à supposer des effets d’érosion et de ravinement — là où il n’y a que des 


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72 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


phénomènes d'altération chimique, opérés sur place — c'est la netteté de 
la ligne de démarcation qui parait exister entre les parties intactes et les 
parties altérées d'un même dépôt. 

Lorsqu'on examine allentivement, et surtout à la loupe, cette ligne de 
séparation, elle apparait beaucoup moins nette qu'on ne se l'était imaginé; 
on remarque aisément aussi qu'elle est due, non-seulement aux modifications 
subies par les éléments constitutifs du dépôt, mais encore à la présence de 
l'eau qui imprègne, en quantité plus ou moins grande, les sables altérés, et 
qui, en l'absence des éléments calcaires dissous, donne à ces sables un aspect 
tout particulier, qu'ils perdent en partie à l'état de siccité. 

On peut s'assurer aisément, sauf peut-être en été, pendant les fortes cha- 
leurs, de la présence de l’eau dans les poches d’altération. 

Pour cela, il suffit de recueillir et de faire soigneusement sécher un échan- 
tillon recueilli à l’intérieur d'une poche. En le comparant alors avec le 
même sable observé sur place et à l’état frais, on verra immanquablement 
un changement d'aspect et de couleur, très-sensible, qui ne s'effectue pas 
lorsqu'on opère sur des échantillons calcarifères, intacts et non imprégnés 
d'eau d'infiltration. 

Des couches d’hydrate ferrique, de limon ou d'argile rougeâtre ou brunâtre 
— parfois très-compacte et très-pure — tapissent généralement les parois 
ainsi que le fond des poches, surtout lorsqu'elles pénètrent dans des sables 
trés-fins ou dans des dépôts difficilement perméables, Ces dépôts sont le résidu 
de la décomposition des sels ferreux contenus dans la glauconie et dans le cal- 
caire du dépôt, résidu qui, s’infiltrant d’abord avec les eaux, se trouve ensuite 
arrêlé dans les points les moins perméables, que l'eau seule peut traverser. 

Certaines poches d’altération des sables éocènes des environs de Bruxelles 
montrent très-visiblement leurs agrandissements successifs, marqués par des 
concrétionnements limoniteux ou par des revêtements d'argile rougecâtre. 

La figure 4 de la planche représente, à l'échelle du =, des poches 
d'altération fort curieuses, observées rue Defacqz, à Saint-Gilles. Ces poches 
affectent ici les sables et les grès calcarifères laekeniens; et trois au moins 
d'entre elles montrent nettement, en dehors des zones brunâtres meubles, 
qui sont la continuation des bancs de grès, désagrégés et dissous, des lignes 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 73 


disposées en fonds de chaudron emboîtés les uns dans les autres, et consti- 
tuées par des zones de concrétionnement limoniteux x. Ces zones, qui 
représentent les vestiges d'anciens fonds de poches, différent souvent, par 
leur cohérence et par les dépôts limoniteux ou argileux qui les constituent, 
de celles indiquant la dissolution de bancs de grès. 

Lorsque les sables altérés sont très-glauconieux, il arrive souvent que les 
apparences produites par les agrandissements successifs des poches d'alléra- 
tion, voire même par leur rencontre, sont des plus curieuses. 

Non-seulement les lignes primitives de stratification du dépôt dispa- 
raissent complétement, comme dans toutes les poches d'altération, mais 
de plus l’agglutination des grains quartzeux par le résidu provenant de la 
décomposition de la glauconie, donne lieu, par approfondissement graduel 
des poches, à une succession plus ou moins régulière de zones oxydées ou 
limoniteuses. Ces zones sont parfois transformées en grès plus ou moins 
durs, marquant les diverses élapes du phénomène d'infiltration et d'agran- 
dissement des poches. 

Les caractères sédimentaires présentent alors un aspect entièrement 
méconnaissable, comme le montre la figure 12, représentant une coupe 
que nous avons relevée au sommet du Bolderberg, dans les sables glau- 
conifères altérés du talus droit du chemin traversant le flanc N.-0. de la 
colline, 


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À Sable siliceux pur, oligocene (bolderien de Dumont). 

B Cailloux, base du dépôt glauconifère « diestien ». 

C, a, b, c Sable glauconifère légerement alteré, verdâtre. 

d, e,f Sable altere, agglutiné en grès ferrugineux, rougeûtre. 
g, h, i Sable altéré, à moitié concrétionnée, jaunâtre. 

z, s Continuation du banc d’annélides au travers des gres. 


Tous XLIV. 10 


74 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Au-dessus des sables oligocènes À, désignés par Dumont sous le nom de 
bolderiens, on voit un lit B de cailloux de silex noirs, formant la base du 
dépôt glauconifère G, considéré comme diestien et pliocène par Dumont. 

Ce dépôt glauconifère est entièrement altéré en ce point et changé en sables 
jaunâtres ou rougeätres, oxydés et décalcifiés, agglutinés en certains points, 
meubles en d’autres. En a, b, c, par exemple, ces sables sont restés meubles 
et d’un jaune olivâtre, passant au jaune rougeâtre. En 9, k, t, les sables 
sont plus fortement oxydés, ils sont rougeâtres et légèrement agglutinés. 

Enfin, en d,e, f, ils sont transformés en grès rouges foncés, limoniteux 
et parfois très-durs. 

Il est facile de s'assurer, par l'observation, que ces zones de concrétion- 
nement, plus ou moins accenluées, n'ont, malgré les apparences contraires, 
aucun rapport avec les lignes de stratification du dépôt. 

D'ailleurs, la preuve évidente en est fournie par le prolongement hori- 
zontal — reconnaissable avec quelque attention — au travers des bancs 
durcis x et z, de la couche de tubulations d'annélides nettement visible entre 
d'ete, en une zone où les sables, quoique altérés et oxydés, ont conservé, 
sinon leur couleur, du moins leur aspect primitif. 

La figure 13, ci-dessous, représentant une coupe prise dans le même chemin, 
mais à gauche et plus au S.-E., montre d'une manière plus frappante encore, 
non-seulement les zones successives d’accroissement des poches d’infiltrations, 
mais encore leur pénétration mutuelle et leur réunion en une seule zone d'alté- 
ration, paraissant, au premier abord, présenter une stratification oblique et 


croisée toute particulière. 
Fic. 15. 


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B Sable glauconifere « diestien » altéré, montrant de fausses lignes stratifiées. 
résultant du croisement des poches. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 75 


À Louvain, sur les talus de la route de Malines, nous avons noté des appa- 
rences analogues dans un dépôt diestien que nous identifions à celui du 
Bolderberg, et qui montre aussi des poches d’altération de dimensions telles, 
que l'observateur non prévenu, voyant dans les zones de concrétionnement 
des lignes de stratification, se trouverait exposé à devoir admettre des plon- 
gements de couches en sens différents, suivant qu'il observerait lune ou 
l'autre extrémité de ces poches. 

Dans les sables glauconifères diestiens de cette même roule de Malines, 
nous avons encore noté des apparences de stratification croisée (voir fig. 44), 
très-accentuées. Cet aspect, résultant de la pénétration de zones d’altérations 
voisines, avec lignes d’accroissements successifs, se présente parfois aussi 
dans les grès ferrugineux résultant d’une altération plus profonde, et les 
bancs ainsi disposés paraissent alors en discordance de stratification. 


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Fausses «a stralifications croisées » produites par altération sur place dans les sables 
glauconiféres diestiens, à Louvain. 


L’allure et les dimensions des poches d’altération sont très-variables. Dans 
les dépôts meubles et perméables, elles se relient généralement vers le haut 
en une zone superficielle plus ou moins épaisse, projetant vers le bas des 
expansions irrégulières et curieusement tourmentées. 

Nous donnerons comme exemple une minime fraction de la coupe du che- 
min de fer de ceinture de Paris, entre la route d'Italie et la route de Choisy, 
publiée par M. Belgrand dans son beau livre : La Seine. 

Cette coupe (fig. 15) représente le calcaire grossier moyen, dont la partie 
supérieure, couverte probablement d'un mince dépôt quaternaire et d’une 
certaine épaisseur de terrain détritique, a été affectée par les phénomènes 


76 LES PHÉNOMÉNES D’ALTÉRATION 


d’altération et convertie en un résidu décalcifié et oxydé rougeâtre, dont 
toute la masse a été considérée à tort par M. Belgrand comme un terrain 
de transport quaternaire. 

Fic. 15. 


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À Calcaire grossier moyen. B Bancs durs calcaires. 
C Residu altére du calcaire grossier. D Terrain détritique. 
b, c Poches isolées de sédiments altérés. 


On remarque, vers la droite de cette coupe, une grande poche d'altération 
arrêlée net sur la surface plus résistante de l’un des deux bancs durs, dont 
le supérieur, sans doute plus tendre, a été traversé et dissous en divers points. 

La figure 5 de la planche montre une autre partie de la même coupe, où 
l'allure des poches d'altération est plus étrange encore; c’est un fort bel 
exemple des formes variées et extraordinaires que peuvent affecter les poches 
d'altération dans les dépôts calcaires. 

Ces bizarreries dans la forme des poches d’altération se remarquent sur- 
tout dans les dépôts compactes et difficilement perméables, où les eaux 
d'infiltration profitent des moindres fissures, des joints de stratification ainsi 
que des points de faible résistance pour pénétrer irrégulièrement au sejn du 
dépôt, dans des directions souvent différentes de celles indiquées par les lois 
de la pesanteur. 

Dans les couches meubles et perméables de nos terrains tertiaires, les 
poches d'altération ont, en général, une allure plus régulière. Les sinuosités 
et les différences d'étendue ou de profondeur qu'elles présentent proviennent 
des différences de porosité, de la disposition des points locaux où a commencé 
l'infiltration, des inégalités de résistance des sédiments, variables dans leurs 
proportions de calcaire, d'argile ou de silice. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 77 


Lorsque enfin les zones infiltrées traversent des dépôts meubles avec lits 
ou rognons de grès, ceux-ci, suivant leur nombre, leur disposition, leur 
dureté, la nature de leur ciment, tantôt calcaire, tantôt siliceux, ont une 
grande influence sur le développement et la forme des poches d’altération. 

C'est ainsi que la disparition complète des grès tendres et à ciment cal- 
caire donne aux zones altérées une apparence trompeuse de poches de dénu- 
dation ; la résistance des grès plus durs influe fortement sur la forme des 
poches, et l'intégrité des rognons de grès siliceux montre clairement que 
l'origine du phénomène est purement chimique, et n'a aucun rapport avec 
une action dénudatrice. 

On ne saurait mieux comparer la disposition irrégulière des poches d'alté- 
ralion dans nos sables éocènes avec grès calcarifères qu’à celle offerte par 
les traces d'humidité dont sont atteints certains murs en briques. Les mêmes 
causes produisent d'ailleurs les mêmes effets. Un mur formé de briques ou 
d'éléments semblables reliés par du ciment parait devoir constituer un con- 
ducteur, homogène dans son ensemble, des eaux pluviales infiltrées, d'où 
provient l'humidité du mur. Or, cette humidité, ou zone d'infiltration, ne se 
présente jamais délimitée vers le bas par un trait horizontal ou régulier. Elle 
s'élale et se délimite en arabesques capricieuses, singulièrement contournées, 
rappelant en tout point l'aspect de nos zones altérées et montrant que le phéno- 
mène d'infiltration subit très-sensiblement l'influence de causes accélératrices 
ou retardatrices échappant à l'observation, mais facilement compréhensibles. 

La disposition oblique, souvent constatée dans les poches d’altération, donne 
lieu à certains cas qui, au premier abord, ne paraissent guère explicables. 

Ainsi la figure 15, extraite de la coupe de calcaire grossier, donnée par 
M. Belgrand, montre, sous une zone continue et irrégulière d'altération, des 
ilots altérés, dispersés au milieu de la masse du dépôt normal. Cet isolement 
ne semble pas pouvoir se concilier avec l’idée d’une altération par infiltration 
de haut en bas; mais, en réalité, rien n’est plus simple. 

Supposons une section faite en aa traversant le terrain perpendiculaire- 
ment à la coupe figurée. Qu'y verrons-nous? Une surface exhibant une 
lache d’altération séparée du sommet altéré du dépôt par une zone intacte, 
c'est-à-dire ayant la même apparence qu’en b et c. Le diagramme ci-des- 


78 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


sous (fig. 16) permettra de se rendre clairement compte de cette dispo- 


sition particulière, 
. 16. 


Profil. 


“e ay. 


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a Zone supérieure d'altération des sédiments c, d. 
b, b’ Ilot de sable altéré paraissant, vu de face, séparé de la zone supérieure d'altération. 


Le dessin de face de la figure 16 représente un talus vertical exhibant, 
sous la zone superficielle d'altération aa, un ilot isolé b de sédiments altérés. 
Une section verticale faite en xy, perpendiculairement à la surface du talus, 
montrerait de profil la disposition indiquée par le dessin de droite, et le pré- 
tendu isolement de b dans la masse sédimentaire normale du dépôt se trouve 
ainsi aisément expliqué. 

Le contournement et l'obliquité des poches d'altération n'est pas la seule 
cause de l'isolement apparent de sédiments aliérés sur la surface des talus. 
Un talus incliné, coupant obliquement une poche verticale, peut produire 
le même effet, ainsi que le montre la figure 17 ci-dessous. 


Fc. 17. 


Les lettres ont la même signification que dans la figure précédente. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 79 


La gauche de cette figure représente un talus incliné montrant, isolé sous 
la zone altérée aa, une tache d’altération b. 

Une section faite en xy, comme plus haut, montre que la poche d'altéra- 
lion verticale bb’ peut, aussi bien que la poche oblique b de la figure précé- 
dente, donner lieu aux apparences dont nous nous occupons. 

Lorsque les zones d'altération, au lieu de former des poches cylindriques 
ou coniques, pénètrent obliquement, sous forme de coins plus ou moins éten- 
dus, dans la masse du dépôt, les sections de celui-ci peuvent exhiber, au lieu 
de taches, des zones linéaires de sédiments altérés, paraissant isolées au 
milieu de sables intacts. 

C'est ce que nous avons essayé de représenter par le diagramme (fig. 18) 
ci-dessous. 


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y y 
Les lettres ont la même signification que dans les deux figures précédentes. 


Dans cette figure, les flots bb sont représentés sur la surface du talus par 
des zones minces et allongées qui, au premier abord, paraissent constituer, 
avec les sables intacts, une inexplicable alternance sédimentaire de couches 
normales et de couches altérées, incompatible avec la thèse de l'altération 
par infiltration. Mais la section verticale, faite en xy, montrerait, de profil, 
dans les zones b, b! les extrémités amincies d'une poche étendue, pénétrant 
obliquement et en forme de coin, au milieu des sables calcarifères. 

Dans les cas représentés dans les figures 16 et 18, il suffirait de creuser 
le talus pour constater le raccordement des massifs isolés à la masse altérée 
supérieure; mais il va de soi que dans la figure 17, il serait impossible de 


80 | LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


constater ce raccordement, parce qu'il s’effectuerait dans la partie déblayée 
du talus. 

Il en serait de même d'ailleurs pour les figures 16 et 18, dans le cas où, 
par une transposition facile à concevoir, la partie de droite des deux profils 
représenterail, non le massif enlevé, mais la partie encore existante des talus. 
La section des talus observés serait la même, mais les taches altérés b' parai- 
traient alors — comme l'ilot b dans la figure 47 — entièrement isolées au 
milieu des sédiments normaux. 

Bien que les détails qui précèdent, signalant quelques-uns des phéno- 
mènes secondaires constatés dans les poches d’altération, soient généralement 
basés sur des observations locales faites dans les dépôts éocènes du bassin 
tertiaire belge, et spécialement aux environs de Bruxelles, nous avons cru 
utile de les exposer, à cause du jour qu'ils sont appelés à jeter sur les faits 
du même genre qui ne peuvent manquer d'être observés dans une quantité 
d’autres dépôts analogues. 

C'est par le même motif également, et surtout à cause de la curieuse 
similitude d'aspect qui existe si souvent entre les coupes de terrain montrant 
des poches d’altération, et celles présentant des phénomènes réels d'érosion 
et de ravinement, que nous allons exposer rapidement une série de remar- 
ques et d'expériences que nous avons faites dans les dépôts éocènes des envi- 
rons de Bruxelles. Nous les présenterons sous une formule générale et nous 
allons ainsi faire connaître comment, avec un peu d'attention, on parvient 
sans difficulté à savoir s'il s'agit d'un dépôt altéré par suite de l’infiltration 
des eaux atmosphériques, ou bien d'un dépôt originairement dépourvu de 
fossiles et réellement distinct des couches sous-jacentes. 

La disposition générale et la forme des poches, à elles seules, dans la 
plupart des cas, permettent, à l'observateur ayant étudié les phènomènes 
d’altération par infiltration, de se faire une idée exacte de la nature des 
phénomènes qu'il a sous les yeux. Jamais il ne confondra les ondulations 
d'une véritable surface d’érosion dans un dépôt meuble avec les découpures 
bizarres et tourmentées des poches d’altération. De même, la superposition 
des matériaux par ordre de densité, l’état roulé, brisé ou trituré des débris 
organiques, ou tout au moins leur usure et celle des roches, sont autant de 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, grc. 81 


caractères exclusivement propres aux véritables surfaces de dénudation. La 
forme, les proportions, l’obliquité et les contournements étranges des poches 
d'altération, contenant parfois de véritables ilots non altérés, l’inclinaison 
ou Ja verticalité absolue des parois, tout cela est plus que suffisant pour 
écarter l’idée d'une ablation mécanique, de phénomènes de transport ou de 
dénudation. A plus forte raison, la continuité observée dans les grès durs, les 
nodules siliceux, les bancs de galets ou de graviers, ainsi que dans les guir- 
landes sableuses oxydées rattachées aux bancs de grès non altérés, montre- 
t-elle surabondamment que la formation des poches s'est faite par altération 
chimique sur place, sans remaniement ni déplacement d'aucune espèce. 

L'absence de fossiles et surtout l'absence complète d'éléments calcaires, 
facile à constater au moyen des acides, constitue, avec la coloration jaunätre, 
verdâtre ou rougeätre, une forte présomption en faveur du rôle des infiltra- 
tions dans la production du phénomène, La présence de l'eau ou d’une cer- 
taine humidité dans les poches en forme de ravinements est aisée à constater 
et vient confirmer ces premiers indices. 

L'examen, à la loupe, des grains glauconieux , qui sont modifiés et profon- 
dément décomposés dans le cas d’aliération du dépôt, celui des grains quart- 
zeux, qui sont alors généralement recouverts d’un enduit limoniteux résultant 
de l’imprégnation des sels ferriques dans la masse du dépôt, fournissent 
d'excellentes preuves de l'oxydation ayant accompagné la dissolution du cal- 
caire et dérivant des phénomènes causés par l'infiltration des eaux atmo- 
sphériques. 

Rien de tout cela ne s’observe lorsqu'il est question de deux dépôts d'ori- 
gine et d'âge différents, dont l’un ravine l'autre. On nous autorisera à repro- 
duire ci-après quelques détails sur une méthode expérimentale bien simple, 
que nous avons déjà indiquée ailleurs {, permettant de vérifier avec certitude 
si deux dépôts meubles, dont l’un, privé de fossiles, parait raviner l'autre, 
sont réellement distincts ou bien ne représentent que les zones intactes et les 
zones allérées d'une même couche géologique. 


1 E. Van oen Broucx, Seconde lettre sur quelques points de la géologie des environs de 
Bruxelles (Ann. Soc. céoL. nu. Nonn, t. IV, 4876-77, pp. 106-120). 
Tous XLIV. 11 


89 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


Des échantillons des deux dépôts seront recueillis autant que possible à 
une même hauteur et à petite distance de la ligne de démarcation délimitant 
une poche d'altération… ou de ravinement. On soumettra ensuite les deux 
échantillons à l’action de l'acide chlorhydrique dilué, ce qui permettra de con- 
stater l'absence totale d'éléments calcaires dans le dépôt quartzeux, si c’est 
réellement un sable altéré, et, d'autre part, d'éliminer en même temps tout 
le calcaire contenu dans l'échantillon représentant le dépôt fossilifère. Ce 
dernier résultat obtenu, on lavera soigneusement les deux résidus, qui ne 
contiendront plus alors que des grains quartzeux, de la glauconie, du mica 
et d’autres matières analogues, non solubles dans l'acide. 

Sur un méme slide, ou verre à préparation, on déposera ensuite côle à 
côte, mais de façon à ne rien mélanger, une petite quantité des deux résidus. 
Après les avoir convenablement humectés, on les étalera de manière qu'une 
couche mince et bien transparente de grains quartzeux repose sur le verre. 
Plaçant ensuite le slide sous le microscope, muni d'un objectif faible, on 
disposera la préparation de façon que le champ visuel renferme à la fois 
une égale partie des deux résidus quartzeux. 

Si les résidus proviennent de deux couches distinctes, dont l’une a raviné 
l'autre, on observera, surtout avec des grossissements de 40 à 60 diamètres, 
des différences considérables dans l'aspect des éléments quartzeux. S'il s'agit, 
au contraire, d’un même dépôt, intact d'un côté et altéré de l’autre, il devra 
y avoir une identité parfaite dans le nombre, la forme et les dimensions des 
grains quartzeux des deux moitiés du champ visuel de l'objectif, La glau- 
conie apparaitra décolorée et oxydée d’un côté, intacte et foncée de l'autre, le 
lavage rapide à l’acide du dépôt calcarifère n'agissant pas sensiblement sur la 
glauconie du dépôt recueilli intact. De nombreuses expériences ont été faites 
par nous conformément à cette méthode et elles ont toujours été décisives. 

Quant à la proportion relative des grains glauconieux, leur forme géné- 
rale, leur dimension, elc., elles seront à peu près identiques dans les deux 
échantillons, s'ils appartiennent au même dépôt, à moins cependant que les 
sédiments provenant de l’intérieur de la zone altérée ne soient trop profon- 
dément modifiés et oxydés ; dans ce cas la glauconie serait entièrement trans- 
formée en hydrale ferrique et ne se retrouverait plus qu'à l'état d'enduit 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 83 


limoniteux, de couleur ocreuse, incrustant la surface de chaque grain quart- 
zeux du dépôt altéré. 

Le mica, les cristaux de quartz et les matières étrangères résistant aux 
acides, montreront également la même identité de formes, de dimensions et 
de proportions. 

On peut, en se basant sur les mêmes principes, varier beaucoup ces expé- 
riences, et toujours l'identité des résidus quartzeux sera saisissante s'il s’agit 
d'un même dépôt, et leurs différences considérables, ou tout au moins très- 
sensibles, si l’on a affaire à deux couches distinctes non contemporaines, 
reposant en discordance l’une sur l'autre. 

Si les poches d’altération traversent, sous forme de ravinements, deux ou 
plusieurs couches ou bien diverses zones d’un même dépôt — cas très-fré- 
quents dans l'éocène moyen des environs de Bruxelles — on recueillera des 
échantillons de sable à ces différents niveaux et en série double, c’est-à-dire 
tant à l’intérieur qu’à l'extérieur des poches. 

En étudiant au microscope, et en comparant deux à deux les résidus 
quartzeux, préparés comme il est dit précédemment, on observera infaillible- 
ment qu'à chaque différence dans la composition et dans l'aspect des dépôts 
normaux, correspondra une modification identique dans les échantillons 
recueillis aux mêmes hauteurs et à l’intérieur de la poche. 

Rien de tout cela ne saurait se présenter dans les cas de remaniement ou 
d’érosion mécanique, dus à des phénomènes de dénudation. 

Si un dépôt sableux — que l’on soupçonne être le résidu altéré d’une 
couche primitivement calcarifère — ne montre plus aucun vestige intact, ce 
qui empêche toute expérience de comparaison, il faut recourir aux acides, 
afin de s'assurer si le dépôt est réellement privé de tout son carbonate de 
chaux ; il faut ensuite tenir compte de la coloration du terrain, la teinte ver- 
dâtre jaunâtre ct rougeàtre étant l'indice ordinaire des phénomènes d'altéra- 
tion; puis on examinera à la loupe l'aspect des grains glauconieux, s'il y en a, 
ainsi que celui des grains quartzeux , généralement incrustés d’un enduit fer- 
rugincux lorsque le dépôt a été altéré et oxydé par suite d'infiltrations. Il faut 
encore lenir compte de l'altitude relative du terrain étudié et de sa situation 
par rapport à la pente générale du sol, à la nappe superficielle des eaux 


S4 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


d'infiltration et aux directions d'écoulement des eaux. Enfin, lorsque les 
affleurements des dépôts en litige ne montrent pas de coupes favorables, il 
importe d'examiner attentivement les dépôts recouvrants, au point de vue, 
soit de la présence d’autres couches altérées, sait de la présence et du déve- 
loppement des couches argileuses ou imperméables qui pourraient s’y trouver. 
On ne perdra pas de vue que c’est généralement de la plus ou moins grande 
perméabilité des dépôts superficiels que dépend l'intensité des phénomènes 
d'altération dans les couches sous-jacentes. 

Si un dépôt perméable, sans fossiles et non calcarifère, surmonte une 
autre couche où s’observent manifestement des poches ou des phénomènes 
d'altération par infiltration, le dépôt supérieur devra représenter un résidu 
entièrement altéré, puisque la couche inférieure n’a pu être atteinte par les 
infiltrations qu'après altération complète de toute la masse supérieure. Tel 
est le cas, par exemple, pour les sables jaunâtres wemmeliens surmontant, 
dans les coteaux de la rive droite de la Senne, les poches de sables verts 
représentant la zone altérée du sable laekenien (voir la figure 4 de la planche, 
couche D''). 


Ha qu Lu! AT 7 il non Mt 
| Hs re ie eq ei to quid pu er APT TORRENT ETIUA E 
il he ue a 
NE î ; i 
i vi ral De MORTE 


k ut ü ne da Lt di 
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RO LR 


À Profonde poche de dénudation quaternaire, D, D’ Zones ohne: et … du système laekenien. 
B Sables wemmeliens entièrement alteres. G Gravier fossilifére base du laekenien. 
C Gravier de la base. G’ Gravier non fossilifere (altere), 

F, F’ Zones normales et altérées du système bruxellien. 


La figure ci-dessus représente une coupe de 200 mètres de long, que nous 
avons relevée avec M. Rutot pendant les derniers travaux de déblais de la 
plaine de Tenbosch, près l’Avenue Louise, à Bruxelles. Celte coupe, très-inté- 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 85 


ressante, montre une énorme poche de dénudation quaternaire A, creusée 
dans les sables jaunes wemmeliens B et qui ravine même le gravier C, base 
de ce système et partout alléré dans cette coupe. 

Les sables verts sans fossiles D représentent la zone d'altération du lacke- 
nien calcarifère blanchätre D' et l’altération a même atteint en F’ les sables 
calcareux bruxelliens F surmontés du gravier séparatif G, G’. Il est évident 
qu'avant d'avoir pu atteindre les couches lackeniennes et bruxelliennes, les 
eaux d'infiltration qui ont altéré ces sédiments calcarifères ont dû pénétrer 
toute la masse du dépôt wemmelien B et y produire les mèmes effets d’oxy- 
dation et de dissolution. C’est d’ailleurs ce que l'observation fait reconnaitre 
à toule évidence. | 

Si, dans la majorité des cas, on ne doit s'attendre à trouver autre chose 
que des dépôts entièrement altérés au-dessus d'autres montrant des zones 
superficielles d'altération, il n’en est cependant pas toujours ainsi. 

Une coupe du Wyngaerdberg, relevée à Saint-Josse-ten -Noode par 
M. Rutot, et que notre confrère nous a communiquée (voir la figure 6 de la 
planche), montre clairement un cas d'intercalation de zone normale entre 
deux dépôts altérés. 

Le limon brun A’ du sommet de cette coupe représente en effet une zone 
superficielle d'altération du limon jaune calcarifère A sous-jacent. 

À un niveau inférieur, le sable vert C’ représente la zone superficielle 
d’altération de la couche calcarifère blanchâtre G, qui est le laekenien (couche 
à Ditrupa). 

_Le dépôt normal et calcarifère À se trouve donc intercalé entre deux 
couches altérées, A’ et C! oxydées et privées d'éléments calcaires. 

Voici l'explication bien simple de ce fait : 

La couche B est formée d'argile wemmelienne et de sables glauconifères 
remaniés, vestiges de couches wemmeliennes préexistantes; elle représente 
le diluvium ancien, dépôt quaternaire sur lequel repose À, A’. Or, entre Île 
dépôt de cette couche quaternaire B et celui des sables laekeniens C, C’, il s'est 
écoulé un espace de temps immense correspondant aux périodes oligocène, 

.miocène et pliocène et pendant lequel (sauf pendant le dépôt des sédiments 
wemmeliens qui ont succédé aux couches C, C') il y a eu émergence contiaue 


86 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


de la région où a été levée cette coupe. Le phénomène d’altération par infil- 
tration a donc commencé à se produire au sein de l'ancien sol luckenien bien 
avant l’arrivée des sédiments quaternaires, et les eaux météoriques qui ont 
agi en C' ne sont donc nullement les mêmes que celles qui, depuis une 
période très-récente, ont commencé à attaquer le dépôt de limon quater- 
naire A. La distinction du phénomène ancien et du phénomène récent se 
trouve ici nettement établie et elle constitue la solution d’un cas qui peut se 
présenter fréquemment. | 

Nous ajouterons cependant que, le plus souvent, les poches d'altérations 
de nos sables éocènes, tout en ayant une origine très-reculée, s'agrandissent 
et s'élendent sans cesse par suite de linfiltration continue des eaux plu- 
viales. Le phénomène aurait alors été continu, bien qu'il paraisse cepen- 
dant probable, qu'après le dépôt de l’ergeron, ou loess calcaire, dans nos 
contrées, il a dû subir un temps d'arrêt résultant de la résistance de ce 
manteau protecteur. 

Pour en revenir aux diverses significations que l’on peut attribuer à des 
dépôts sableux, privés d'éléments calcaires, il ne sera pas inutile, avant de 
terminer ces considérations, de faire remarquer que les sables de dunes 
appartenant à divers horizous géologiques, — les seuls dépôts à peu près où 
l'absence de fossiles et d'éléments calcaires soit un caractère ordinaire ou 
normal — se distinguent suffisamment des dépôts marins altérés et chimi- 
quement privés de calcaire. On les reconnait à leur grain quartzeux, lisse, 
d'aspect particulier et de grosseur sensiblement uniforme; à l'absence de 
tout enduit ferrugineux et enfin à la situation excentrique de ces dépôts 
meubles dans les bassins géologiques, dont ils ne peuvent représenter que la 
région littorale où la phase supérieure d’émersion. 

Des dépôts de sables ou de grès calcarifères peuvent aussi, après avoir 
été alteints par les phénomènes d'oxydation, résultant de l'infiltration des 
eaux méléoriques et changés en résidus rougetres ou brunâtres, devenir 
parfaitement purs, meubles et blancs. Ce sont alors des phénomènes méca- 
niques de lavages successifs, dus aux eaux pluviales, qui ont entrainé les 
particules d'hydrate ferrique ayant antérieurement recouvert et empâté les 
grains quartzeux. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 87 


Ceux-ci alors constituent des amas ou des zones superficielles de résidus 
quartzeux blancs. 

Ce fait a déjà été observé depuis longtemps et, comme exemple, nous 
citerons le remarquable passage suivant, extrait du Mémoire, publié en 
1847 par Dumont, sur les terrains ardennais et rhénan de l’Ardenne, etc. 

Parlant des quartzites verdätres du système devillien de l'Ardenne, 
Dumont dit, page 10 : « Sur les plateaux où le quartzite est directement et 
» depuis longtemps exposé aux intempéries, il a subi des modifications plus 
» ou moins prononcées. Le premier degré d’aliération consiste en change- 
» ments de couleurs. Le quartzite offre d'abord quelques taches rougeûtres, 
» puis devient entièrement rouge par la suroxydation du fer qu'il contient; 
» il devient ensuite grenu ou schisto-grenu et se transforme en grès rouge 
» brique, qu'une altération plus grande convertit en grès jaune par hydra- 
» lation de l'oxyde ferrique, et quelquefois en grès blanchätre par dissolu- 
» lion ultérieure et complète de cette dernière substance. 

» À mesure que la texture se modifie, la roche perd de sa cohérence et 
» finit par devenir friable. » 

Ce que Dumont a observé dans les quartzites se produit, avec plus de 
facilité encore, dans certains dépôts meubles. Les dépôts sableux de l'éocène 
supérieur (wemmelien) nous ont montré divers exemples de celte transfor- 
mation, dont toutes les phases se montraient bien reconnaissables. 

Si nous nous sommes étendu assez longuement sur les phénomènes d'alté- 
ration dans les dépôts meubles calcarifères, c'est parce que l'infiltration des 
eaux atmosphériques y donne lieu à un ensemble de phénomènes très-inté- 
ressants et à des modifications si profondes que les observateurs non pré- 
venus s’y laissaient aisément tromper, prenant souvent pour des couches 
distinctes les zones superficielles d’altération. 

Nous avons eu moins pour but de résumer nos observations spéciales sur 
les couches sableuses éocènes de la Belgique que de donner une idée géné- 
rale des divers cas pouvant se présenter partout ailleurs, et dont les dépôts 
observés par nous permettent de se rendre exactement comple. 

Comme nous l'avons dit tantôt, nos recherches sur « les sables verts sans 
fossiles » de l’éocène moyen des environs de Bruxelles, sont un remarquable 


88 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


exemple de la simplification apportée par la découverte du rôle des altérations 
dans l'étude de certaines questions stratigraphiques insolubles auparavant. 

On nous permettra de rappeler rapidement les données du problème que 
nous avons élé appelé à résoudre. 

Les couches calcarifères éocènes de toute la région située à droite de la 
vallée de la Senne ont, depuis longtemps, élé signalées comme se trouvant 
dénudées par un puissant dépôt de sables verts et jaunätres, sans fossiles ni 
calcaire, ravivant tantôt le laekenien, tantôt le wemmelien, tantôt encore le 
bruxellien, et parfois même les trois assises superposées. (Voir la figure 4 de 
la planche, où ces sables sont représentés par les dépôts verdâtres D', E’ et F'.) 

Personne n'avail jamais songé à contester l'existence de ce phénomène, 
tant son évidence paraissait bien établie. 

Les premiers géologues qui se sont occupés des effets de cette dénudation, 
les ont rattachés à des bouleversements « diluviens » ayant érodé fa sur- 
face des dépôts bruxelliens avant la sédimentation laekenienne. 

Voici, par exemple, ce qu'en dit M. H. Le Hon dans sa Note sur les ter- 
rains lerliuires de Bruxelles, etc. (BuLuerTin Soc. GÉOL. DE FRANCE, 2° sér., 
t. XIX, 1862, p. 804.) 

« La partie supérieure de ce système (bruxellien) est toujours reconnais- 
sable. Partout elle est caractérisée par des traces de grands lavages, des exca- 
vations et des érosions violentes. 

» À Bruxelles, sur les flancs et les crêtes de la vallée d’érosion où coule 
la Senne, les ravages des eaux diluviennes ont été formidables. Malgré les 
bancs nombreux de pierres dont les couches bruxelliennes étaient en quelque 
sorte charpentées, ou peut-être à cause de cette force même de résistance, 
les eaux creusèrent des excavations et de longs ravinements, qui présentent 
parfois jusqu'à 10 et 12 mètres de profondeur. Là les bancs pierreux onl 
été arrachés et leurs débris concassés jonchent la superficie du système. Le 
croquis ci-dessous pourra en donner une idée, » 

Nous représentons dans la figure 20 la coupe prise à Schaerbeek par 
M. Le Hon, et qui montre, d'après lui, le laekenien B déposé dans les grandes 
poches d’érosion du bruxellien A. 

Cette coupe représente, en réalité, une poche d’altération creusée dans le 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 89 


bruxellien calcarifère et s'arrétant sur les grès siliceux de la masse inférieure 
de la méme assise. 


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A Sables et gres calcarifères bruxelliens, siliceux vers le bas. 
B Zone superficielle altérée : sables verdâtres sans fossiles. 


L'illustre géologue, sir Ch. Lyell, auquel Le Hon avait précédemment fait 
remarquer ces immenses « poches d'érosion », les avait aussi signalées dans 
son Mémoire sur les terrains tertiaires de la Belgique et des Flandres fran- 
çaises, publié à Londres en 1852 ! et traduit en français en 1856 © par 
Le Hardy de Beaulieu et Toilliez. 

« La figure suivante, dit Ch. Lyell, représentant une coupe prise à Die- 
ghem fait voir la manière dont la couche à MNummulites laevigata, ainsi que 
les bancs inférieurs et supérieurs, ont été dénudés jusqu'à une profondeur 
qui va parfois à 6 ou 8 mètres. » (Voir fig. 21.) 


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À, À’ Sediments bruxelliens; normaux et altéres. 
C, C’ Sédiments laekeniens; normaux et altérés. 
B Gravier séparatif à /V. laevigata. 


! Quart. Journ. Geological Society, vol. VIII, 4852, p. 277. 
3 Annales des travaux publics de Belgique, t. XIV, 1856, p. 359. 
Tome XLIV. 12 


ù de 


90 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


Cette coupe représente en réalité les sables bruxelliens À, surmontés du 
gravier à ]V. laevigata B, formant la base du laekenien C. Quant aux sables 
verts et sans fossiles, qui paraissent raviner cet ensemble, ils sont bruxelliens 
en À’, laekeniens en C', et ne représentent autre chose que les résidus, 
oxydés et décalcifiés, des sédiments de ces deux assises. 

L'analogie que présentent, au premier abord, les poches d'altération avec 
les effets d’un phénomène d'érosion est si frappante, que, lors de la réunion 
de la Société Géologique de France en 1863, à Liége et à Bruxelles, l'étude 
des carrières de Schaerbeek, qui fut faite par les excursionnistes dans le but 
d'observer la disposition relative des deux systèmes bruxellien et laekenien, 
et de vérifier l'existence des ravinements signalés par Le Hon, ne donna lieu 
à aucune observation contradictoire. On peut s’en assurer par la lecture du 
compte rendu de la session, fait par M. le professeur Dewalque, et dans 
lequel il dit que « ces ravinements élaient très-prononcés et que la Société a 
pu en observer de beaux exemples. » 

Le rapporteur ajoute que ces ravinements, observés également à Saint- 
Gilles, dans la même excursion, mais au-dessus des sables calcarifères laeke- 
niens, surmonlant le bruxellien, paraissaient avoir une valeur stratigraphique 
et une importance telles que, d'après lui, il y avait lieu de démembrer le 
système lackenien de Dumont, c'est-à-dire d'en rapporter la partie inférieure 
calcarifère au bruxellien gt de faire commencer le laekenien avec les sables 
verts sans fossiles, remplissant les prétendues poches d’érosion. Ainsi, si nous 
nous reportons à la figure 7, par exemple, les couches de sables et de grès 
calcarifères C, D auraicnt dû se rattacher au système bruxellien A, tandis 
que la zone altérée E, F aurait seule représenté dans cette coupe les sédi- 
ments laekeniens. 

Cette opinion, défendue de nouveau par M. Dewalque dans son Prodrome 
d'une description géologique de lu Belgique, publié en 1868, est actuelle- 
ment abandonnée par lui; mais elle montre dans quelles erreurs d'interpré- 
tation stratigraphique on est exposé à tomber lorsqu'on ne se rend pas un 
comple exact des effets si curieux du phénomène d'altération. 

Pendant ces dernières années, les géologues belges se sont généralement 
trouvés d'accord pour reconnaitre dans la couche roulée à Nummulites laeui- 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 94 


gata, sous-jacente au laekenien calcarifère, la ligne de séparation entre les 
systèmes bruxellien et laekenien; mais on ne savait que faire des sables 
saus fossiles, verts ou jaunes, remplissant les prétendues poches de ravine- 
ment qui paraissaient dénuder tantôt l'un, tantôt l’autre de ces systèmes, et 
quelquefois tous deux en même temps. (Voir la figure 4 de la planche, 
couches D’, E’, F'; voir aussi figures 3, 4 et 6, couches A’, B’, C’.) 

Bien que de nombreux géologues se fussent occupés de l'étude des cou- 
ches tertiaires des environs de Bruxelles, aucun d’eux n'avait pu déterminer 
exactement l'âge de ces sables verts, ni celui des autres sables sans fossiles 
qui les surmontent. De plus, certains sables lackeniens fossilifères de la rive 
gauche, paraissant localisés dans cette région, n'avaient pu être nettement 
identifiés avec aucun des dépôts de la rive droite. Les couches sableuses et 
sans fossiles, de cette rive, étaient considérées, en tout ou en partie, soit 
comme longriennes (oligocènes), soil comme laekeniennes (éocènes); une 
partie même des dépôts les plus supérieurs avaient été rattachées à la série 
rupelienne, c’est-à-dire à l'oligocène moyen. Quant aux géologues qui, avec 
raison, considéraient les « sables verts sans fossiles » comme lackeniens, ils 
les croyaient bien distincts des sables calcarifères de ce système, qu'ils parais- 
saient si profondément et si constamment raviner. (Voir la figure 4 de la 
planche, couche E'.) 

Or, nous avons reconnu et démontré que les sables verts sans fossiles E’ 
de notre bassin éocène, si bien développés sur la rive droite de la Senne, 
à Bruxelles, représentent tout simplement la zone superficielle altérée des 
sables blancs calcarifères E du laekenien. Nous avons montré aussi que les 
sables jaunâtres D’ qui surmontent les premiers, représentent la masse, 
presque partout altérée sur la rive droite de la Senne, à Bruxelles, de 
l'étage wemmelien D, resté généralement intact et fossilifère sur la rive 
gauche. 

Quant aux argiles et sables A’, B’ et C qui surmontent les sables jau- 
pâtres D, nous avons reconuu, avec MM. Vincent et Rutot, que ce sont les 
termes supérieurs de l'étage wemmelien, constamment altérés partout, par 
suite de leur exposition continue à l'influence des agents météoriques. 

Le prétendu niveau de ravinement et d’érosion, autrefois signalé à la 


92 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


base des sables verts ou jaunes, est une pure illusion; c’est la ligne de sépa- 
ration des zones intactes ct altérées de nos sables calcarifères, sans distinction 
d'âge ni de couche. De ce qui précède, il résulte enfin que l’apparente ano- 
malie signalée dans la disposition et dans la constitution des couches éocènes 
des deux rives de la Senne s’évanouit complétement. 

Quant à la cause qui a donné lieu à l’altération si générale des dépôts de la 
rive droite, en laissant intacts ceux de la rive gauche, elle a déjà été indiquée 
dans le cours du présent travail, à propos du rôle protecteur des couches 
imperméables. Ces couches sont, nous l'avons dit (p. 30), épaisses et bien 
développées sur la rive gauche, tandis qu'elles font généralement défaut sur 
la rive droite, où les sables calcarifères bruxelliens, laekeniens et wemme- 
liens se montrent presque partout à découvert. 

La question de l'origine et de la signification des sables verts et jaunes 
sans fossiles, dont nous avons annoncé sommairement la solution en juin 
1874 !, a été exposée par nous pour la première fois en détail au Congrès 
de la Fédération des Sociétés scientifiques de Belgique, tenu à Bruxelles en 
juillet 1876 ?. Depuis, rattachée et appliquée aux recherches stratigraphiques 
que nous avons failes en commun avec MM. Rutot et Vincent dans notre 
bassin éocène, elle a encore fait l’objet de diverses communications 5 et nous 
avons été assez heureux pour lui voir conquérir les suffrages de tous nos 
confrères de Belgique, surtout de ceux qui, ayant étudié la géologie de nos 
dépôts tertiaires, ont pu se convaincre de l’exactitude de ces observations. 
Il en est d'ailleurs de même pour les géologues étrangers qui, depuis la 
publication de ces résultats, sont venus visiter les couches éocènes des envi- 
rons de Bruxelles. Nous citerons en particulier MM. Potier, Carez et M, le 


1 Annales de la Société géolog. de Belgique, t. I‘, 1874 (Buzuerins, séance du 21 juin 1874). 

2 Moniteur industriel belge, vol. HA, n° 95, 40 août 1876, p. 554 (Cowpre REeNoU ou CONGRÈS 
DE LA FÉDÉRATION, ete). Voir aussi Annales de lu Société belge de microscopie, t. H, 1875-76 
(Buze., p. xux, Rapport de M. Cornet sur les travaux du premier congrès de la Fédération, etc.) 

8 E. Van Dex Broeck, Lellre à M. Gosselet sur l’éocène moyen des environs de Bruxelles 
(ANNALES Soc. Ééoc. pu Nono, t. HI, 1875-76, pp. 474-185). — Inex, Seconde lettre sur quel- 
ques points de la géologie des environs de Brurelles (Annaues Soc. céou. pu Nono, t. IV, 
1876-77, pp. 106-120). Voir aussi la réimpression de ces deux lettres à Lille, en juillet 4879, 
sous le titre : Aperçu sur la géologie des environs de Bruxelles. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 93 


professeur Gosselet, lequel, avec les élèves de la Faculté de Lille, est venu 
récemment vérifier ces résultats et a, pour d’autres points encore, reconnu 
l'exactitude des éclaircissements apportés par les données du phénomène 
d'altération par infiltration des eaux météoriques. 

Mais ce premier fait acquis, tout important qu'il fût, n'était qu'un pre- 
mier pas de fait dans une voie féconde. 

C'est surtout la connaissance du facies altéré des divers termes stratigra- 
phiques de la série wemmelienne qui devait fournir les résultats les plus 
considérables et les plus inattendus, s'appliquant, non pas à une région déter- 
minée, mais à un ensemble de dépôts disséminés sur une surface comprenant 
plus de la moitié du bassin éocène belge. 

Nous avons déjà dit que c’est suivant les circonstances ayant plus ou moins 
favorisé le phénomène d'infiltration, dans sa durée ou dans son intensité, et 
surtout suivant la proportion d'éléments glauconieux du dépôt inliltré, que 
la coloration du résidu d’altération varie du vert au jaune ou du rouge au 
brun. C'est grâce aux mêmes causes aussi que les sables très-glauconieux 
du dépôt wemmelien se sont mélamorphosés en sables jaunes, très-oxydés, 
tandis que ceux moins glauconieux du laekenien sous-jacent, et par consé- 
quent moins atteint, se sont transformés en sables verts, moins oxydés. 

De même, les couches sableuses surmontant l'argile glauconifère wemme- 
lienne, connues sous le nom de « sables chamois », représentent le résidu, 
profondément altéré el oxydé, privé de lout élément calcaire, d'un terme 
supérieur de la série wemmelienne, qui, par suite de sa situation superficielle 
dans tous les affleurements connus de ce système, ne s’y retrouve nulle part 
à l’état normal. D’après certains sondages exécutés dans la région comprise 
entre Malines et Anvers, le système wemmelien, s'enfonçant rapidement sous 
le sol, est recouvert par des dépôts protecteurs plus récents et monire tous 
ses termes straligraphiques à l’état normal. C'est le seul point où nous ayons 
retrouvé au-dessus de l'argile glauconifère les « sables chamois » non oxydés 
et contenant des Nummulites wemmeliennes #, 


1 Une intéressante découverte, qui vient d'être faite par MM. Velge et le major Hennequin, 
a définitivement confirmé l'exactitude de l'interprétation ci-dessus indiquée, de l'âge des sables 
chamois wemmeliens. Cette découverte consiste dans la constatation qui a été faite, en diverses 


94 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Nous avons déjà vu précédemment, dans le chapitre consacré aux phéno- 
mènes d’altération dans les dépôts glauconicux, que la partie la plus supé- 
rieure des sédiments du système wemmelien, toujours profondément atteinte 
dans les régions d'affleurement, a souvent été changée en un dépôt ferru- 
gineux, qui, jusqu'ici, avail été considéré comme se rattachant, non à la 
période éocène, mais à la sédimentation pliocène. 

Ces divers résultats de l'étude de nos couches éocènes wemmeliennes et 
autres ont élé constatés et nettement démontrés en des points où il était aisé, 
le phénomène une fois reconnu, d'établir la corrélation de ces diverses zones 
d'altération avec les couches normales et non altérées qui y correspondent. 
Il devenait facile alors, connaissant le double facies normal et altéré de chacun 
de nos dépôts éocènes, de définir et de synchroniser avec les couches types 
et normales, les nombreux dépôts et lambeaux de sédiments éocènes qui 
sont épars dans les plaines et sur les collines du bassin tertiaire belge, dépôts 
dont la détermination avait jusqu'ici donné lieu à tant de doutes, de diffi- 
cultés et surtout d'interprélations erronées. 

MM. Vincent et Rutot, plus spécialement que nous encore, se sont atta- 
chés à l'étude stratigraphique détaillée de notre bassin éocène; et, dès les 
débuts de nos recherches sur la question de l'altération, ils ont compris toute 
la portée de nos observations. Aussi, avons-nous rapidement et sûrement 
résolu en commun les problèmes que la stratigraphie seule avait été impuis- 
sante à élucider. | 

Afin de donner une idée de l'importance des résultats obtenus, nous rap- 
pellerons que, par suite de l'étude attentive des phénomènes d'altération dans 
les couches éocènes du bassin tertiaire belge, il est actucllement acquis : 

4° Que dans la plupart de nos dépôts éocènes, et notamment dans le 
bruxellien, le lackenien et le wemmelien, certaines couches qui avaient tou- 
jours été considérées comme formant des horizons distincts el qui avaient été 
rapportées à des périodes diverses et souvent confondues avec des dépôts 


localités à l’ouest de Bruxelles, de la présence d'empreintes bien reconnaissables de coquilles 

et de Nummulites éocènes, dans des points d'afleurements de sables chamois altérés et changés 

en grès ferrugineux. La faune weminelicane recueillie dans ces grès est parfaitement caractérisée. 
(Note ajoutée pendant l’impression.) 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 95 


absolument différents, ne sont autre chose que des zones superficielles d'alté- 
ration par infiltration; 

2 Que certaines lignes de démarcation, de prétendus niveaux de dénu- 
dation, etc., généralement considérés comme séparant des étages géologiques 
ne sont autre chose que la ligne de contact entre les zones intactes et les 
zones altérées d'un même dépôt; 

3° Qu'un grand nombre de dépôts sans fossiles de notre bassin éocène, et 
dont la stratigraphie ne parvenait pas à faire reconnaitre l'âge ni les rela- 
tions de synchronisme, se trouvent aujourd'hui nettement définis et ralta- 
chés à leurs horizons respectifs ; 

4° Qu'enfin, par suite des progrès que la question des altérations a fait 
faire à nos connaissances sur la constitution du bassin éocène belge, un 
remaniement considérable de la carte géologique de cette région est devenu 
indispensable, du moins en ce qui concerne la répartition et l'extension des 
dépôts. 

Nous n'insisterons pas davantage sur la portée de ces résultats, dont 
l'énoncé est assez frappant par lui-même pour montrer toute Fimportance 
des applications de notre thèse. 

Comme remarque accessoire, nous ajouterons qu'il n’est pas douteux que 
la proportion considérable de carbonate de chaux tenu en dissolution dans 
les eaux souterraines de la plus grande partie de notre bassin éocène, et 
notamment à Bruxelles, ne provienne précisément de l'abondance du cal- 
caire dissous par les eaux d'infiltration dans cette aire étendue, si riche en 
dépôts calcarifères aisément perméables. 

Si nous passons maintenant au bassin pliocène belge, nous y trouvons 
une confirmalion nouvelle de la nécessité de s'appuyer sur l'étude des phé- 
nomènes d'altération pour établir les relations réelles de cette succession de 
dépôts meubles et perméables. 

On sait que les dépôts constituant le système scaldisien de Dumont avaient 
été généralement divisés, d'après leur faune et surtout d'après le caractère de 
la coloration de leurs sédiments, en deux étages distincts : linférieur, appelé 
crag gris et le supérieur, appelé crag jaune. 

Dans certains points du bassin, la comparaison des faunes montrait des 


96 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


différences très-sensibles justifiant complétement la division des sables scal- 
disiens en deux étages; mais il fut bientôt reconnu qu'il n'en était pas de 
même partout. Les résultats obtenus devinrent si contradictoires que les 
listes d'ensemble des fossiles des deux étages du crag gris et du crag jaune 
ne présentèrent plus les caractères tranchés constatés lors des premières 
recherches. | 

On en vint alors à douter de la réalité de l'existence de deux étages dis- 
tincts dans les dépôts scaldisiens. Divers observateurs, parmi lesquels nous 
citerons M. le professeur Dewalque, reconnurent alors que le caractère de la 
coloration n'avait nullement la valeur distinctive qu'on lui avait attribuée : 
la couleur des sédiments n'offrant aucune relation définie avec les caractères 
paléontologiques du dépôt. 

Par un revirement assez brusque, on attribua alors à des influences locales, 
sans importance et sans fixité, les différences de couleur et d'éléments fau- 
niques, constatées par les premiers observateurs. 

Quant à la division des sables scaldisiens en deux étages, elle allait être 
définitivement abandonnée, lorsque parut, en 4874, une Notice de M. Paul 
Cogels !, montrant, qu'en certains points des environs d'Anvers, il existait 
réellement des zones distinctes parmi les dépôts du système scaldisien. 

Nos recherches sur les couches pliocènes de la région d'Anvers nous ame- 
nérent à confirmer et à nettement définir ces premiers résultats. 

Après en avoir reconnu toule la porlée, plus étendue que ne le pensait 
M. Cogels, nous pümes établir qu'il existe dans les sables « scaldisiens » 
deux étages géologiques bien distincts, d'âges différents, nettement caracté- 
risés par leur faune, par leurs éléments lithologiques et par leurs conditions 
de sédimentation. 

Ces deux étages, auxquels nous avons donné les noms de sables moyens 
d'Anvers et de sables supérieurs d'Anvers, sont séparés par une lacune de 
sédimentation, marquée par un niveau de dénudation, qui jusqu'ici avait 
échappé aux recherches. La figure 7 de la planche montre en B ce niveau 


1 P. Coceus, Observations géologiques et paléontologiques sur les différents dépôts rencon- 
trés à Anvers lors du creusement des nouveaux bassins (ANNALES DE LA Soc. MALACOL. De BeL- 
6iQue, t. IX, 1874, pp. 7-32). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. | 97 


de dénudation, séparant l'étage des sables moyens A de l'étage des sables 
supérieurs B. Nos deux étages, cela va sans dire, ne correspondent nullement 
aux anciennes divisions en crag gris el en crag jaune, composées l’une et 
l'autre de couches hétérogènes, d’âges différents, et réunissant simplement 
des dépôts distincts, mais de coloration semblable. 

Dans la figure 7 de la planche, l’ancien « crag gris » serait représenté par 
les zones À, B, C réunies, tandis que le « crag rouge », délimité par la 
couleur du terrain, serait constitué par C', D’, E’. 

Or, si nous nous demandons d'où provient l'étrange confusion qui, pen- 
dant si longtemps, a régné dans l’étude des couches scaldisiennes du bassin 
d'Anvers, nous reconnaîtrons aisément qu'elle résulte uniquement de l’inter- 
prétation inexacte des phénomènes d’altération qui ont affecté ces dépôts. 

Ces couches scaldisiennes, meubles, peu épaisses ct très-perméables, ont 
été presque partout altérées, oxydées et rougies sur une certaine épaisseur, 
par le fait de l'infiltration des eaux atmosphériques. Nous avons reconnu 
que tous les dépôts « scaldisiens » étaient plus ou moins gris primitivement 
et que la coloration jaunâtre ou rougeâtre de la zone supérieure est unique- 
ment due à l'oxydation des sels ferreux et de la glauconie du dépôt. Cette 
coloration jaunâtre se présente aussi bien dans les sables moyens d'Anvers, 
quand ils sont exposés aux intempéries, que dans les sables supérieurs 
d'Anvers, où elle est presque constante. 

Si, en fait, elle est à peu près générale dans ce dernier étage et fort 
rare dans l’autre, c'est une conséquence inévitable de la situation respective 
des deux dépôts, dont l’un, plus constamment et plus directement exposé 
aux infiltrations, recouvre et protége l'autre. 

En tout cas, il est maintenant bien établi que la coloration des dépôts est 
entièrement indépendante de leur âge et de leur signification stratigraphique. 
Nous avons en effet rencontré des sables moyens présentant la coloration 
jaune, indice de l'oxydation du dépôt; par contre, de nombreux géologues 
ont pu s'assurer, lors des travaux récents de prolongement du Kattendyk, 
que l'étage des sables supérieurs s'ÿY présente en certains endroits avec une 
coloration grise bien accentuée, la même à peu près que celle des sables 


moyens sous-jacents. La faune de ces dépôts, leurs caractères lithologiques 
Tome XLIV. 13 


98 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


et un niveau de dénudation les séparent très-neltement au point de vue chro- 
nologique. 

Dans les mêmes travaux, les coupes étendues pratiquées dans ces dépôts 
pliocènes, pour la construction des nouvelles cales sèches, montraient la zone 
des sables supérieurs à Trophon infiltrée et rubéfiée jusqu'à un niveau repré- 
sentant souvent la moitié de la hauteur du dépôt; ce niveau, variable dans 
son allure, s’abaissait parfois jusqu’à quelques centimètres de la base des 
sables supérieurs ou bien, au contraire, remontait jusqu’au milieu du banc 
coquillier, qui s’observait vers la partie supérieure de ce dépôt. 


is 


Liu, si il 


LT 
A 
j Entsi st 


tee SH ie sn je | 


À Sables moyens, gris, à /. cor. 

B Banc coquillier, base des sables supérieurs. 
C Sables supérieurs, gris, à Trophon antiquum, non altérés. 

C’, D, E Sables supérieurs à Trophon antiquum, altérés et rubefiés. 
F Dépôts quaternaires et modernes. 


Les trois coupes réunies dans la figure 22 représentent des sections de 
terrain pliocène prises en différents points des travaux, aux cales sèches. Dans 
loutes les trois, le dépôt A représente l'étage des sables moyens d'Anvers à /s0- 
cardia cor (ancien Crag gris, partim) ; B est la couche roulée, à éléments rema- 
niés, formant la base des sables supérieurs à Trophon antiquum C, C', D, E. 

C est la partie inférieure, restée normale et grise, de cet horizon. Ge niveau 
correspond aussi à l’ancien Crag gris, parlim, et le mélange d'éléments fau- 
niques constaté en B paraissait autrefois relier très-intimement C et À, surtout 
lorsque le dépôt B, très-développé, était à peu près le seul représentant 
de l'horizon des sables supérieurs à Trophon. C' représente la zone d'infil- 
tration, oxydée et rougie, de C, et l’on voit le développement de cette zone 
varier d’après le point observé. Elle descend plus ou moins dans la masse du 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, ere. 99 


dépôt, suivant l'importance du massif pliocène enlevé par dénudation ulté- 
rieure. D est un banc coquillier, avec organismes in situ, s'étendant très-régu- 
lièrement au sein des sables à Trophon, et E représente un dépôt plus argi- 
leux appartenant à la même formation. C’est l'absence de ces deux dernières 
zones, difficilement perméables, qui, dans les cas de ravinements quaternaires 
intenses, a fait s'abaisser fortement la limite de la zone altérée, comme le 
montre le dessin C de la figure 22. 

En F on trouve les sables et limons quaternaires et modernes formant, 
aux cales, le sommet des coupes observées. 

Dans la figure 7 de la planche, nous avons représenté une coupe réelle, et 
des plus explicites, relevée dans ces mêmes travaux d'Anvers. 

La simple inspection de cette figure permet de s'assurer combien était 
fausse la base de distinction adoptée autrefois pour la délimitation de nos 
étages pliocènes supérieurs, distinction uniquement fondée sur la différence 
de coloration des sédiments. 

M. le professeur G. Dewalque, dans une note ! postérieure au Prodrome, 
a judicieusement fait remarquer le danger qu'il y avait de baser des sub- 
divisions sur la couleur des dépôts. 

À Zwyndrecht, sur la rive gauche de l'Escaut, en face d'Anvers, on voit 
l'étage des sables supérieurs à Trophon antiquum reposer sur les sables 
moyens à /socardia cor, par l'intermédiaire d'un banc coquillier, correspon- 
dant au banc inférieur figuré plus haut dans les coupes des cales sèches. 

La zone d’altération et de rubéfaction qui, sur toute l'étendue de la coupe 
observée par M. Dewalque, avait affecté les sables supérieurs, descendait peu à 
peu au travers du banc coquillier, épais de 0,80, et ensuite au sein du sable 
sous-jacent qui, à l'autre extrémité de la coupe, longue d'environ 50 mètres, 
se montrait rubéfié à son tour sur 4 mètre, c'est-à-dire sur la moitié de son 
épaisseur visible. M. Dewalque fait remarquer dans sa note que l'inclinaison 
de la zone rubéfiée était dans le même sens que celle de la surface du sol, 
c’est-à-dire suivant la direction d'écoulement et d'infiltration des eaux super- 
ficielles. 


1 G. Dewaique, Votes sur quelques localités pliocènes de la rive gauche de l’Escaut (Anx. 
DE LA SOC. GÉOL. DE B&LGique, t. BIT, pp. 12-20). 


100 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


La figure 23 montre, d’après M. Dewalque, cette disposition , que nous 
avons retrouvée nous-même en d’autres points du bassin d'Anvers. 


Fic. 23. 


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À, A’ Sables moyens à{/socardia cor. 
B, B’ Banc coquillier, base des sables supérieurs à Trophon antiquum. 
C,G Sables supérieurs à Trophon antiquum. 
(Les parties traversées par les traits verticaux sont rougeätres; les autres sont restées grises.) 


Dans cette coupe, À, A' représentent les sables moyens à Zsocardia cor, 
B, B’ le banc coquillier à éléments remaniés formant la base des sables supé- 
rieurs à Zrophon antiquum C, C. On voit la zone rubéfiée C, B', A’ descendre 
avec la pente du terrain et affecter successivement les diverses strates plio- 
cènes de cette coupe. La couche supérieure C, non protégée, se montre 
partout altérée et rubéfiée, comme c'est d’ailleurs le cas général à Anvers. 

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans plus de détails pour faire comprendre, 
étant données l’origine et la signification réelles des caractères de la colo- 
ration, que les géologues et les paléontologues qui divisaient les sables « scal- 
disiens » de Dumont en deux étages basés sur ce caractère, ont dù se 
heurter à des difficultés et à des contradictions vraiment insurmontables. 

La dissolution des éléments calcaires et l'oxydation des sels ferreux ne 
sont pas toujours en relation constante d'intensité, au point de vue de la com- 
paraison mutuelle de leurs effets, dans les dépôts meubles et perméables sou- 
mis aux phénomènes d’altération. Ainsi, à Anvers, nous avons constaté que 
les sables supérieurs ou moyens pouvaient être fortement oxydés et rougis 
par suite d’une altération profonde de la glauconie, sans que les débris 
coquilliers fussent dissous. D'autre part, les sables glauconifères sous-jacents 
de l'étage inférieur se trouvaient simplement verdis par suite d’une altéra- 
tion partielle ou moins intense de la glauconie; et cependant, dans ce dépôt 
inférieur moins oxydé, tous les éléments calcaires, coquilles, etc., avaient 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 101 


entièrement disparu par suite de la dissolution complète du carbonate de 
chaux dans le dépôt! 

Ce fait, qui parait anormal au premier abord, n’est qu’une conséquence 
toute naturelle des conditions spéciales dans lesquelles s’est ici produit le 
phénomène d’altération. Il est à remarquer, en effet, que si l'oxydation de la 
glauconie peut se faire au simple contact de l'air humide ou de l'oxygène en 
dissolution dans les eaux atmosphériques s’infiltrant rapidement et à de nom- 
breuses reprises au travers des sables meubles, il n’en est pas de même pour 
la dissolution du calcaire, qui exige une action continue et prolongée de 
l'acide carbonique contenu dans les eaux d'infiltration. Îl faut donc, pour 
que les débris coquilliers puissent être attaqués et le calcaire dissous, que 
l’eau séjourne pendant un temps assez long dans les dépôts affectés par les 
phénomènes d'infiltration. | 

Les sables moyens et surtout les sables supérieurs d'Anvers, où la propor- 

tion d'éléments quartzeux est toujours considérable, sont généralement peu 
épais et très-perméables; les eaux pluviales qui les arrosent par intermit- 
tences s’y évaporent rapidement, ou bien descendent à un niveau inférieur, 
sans pouvoir dissoudre les éléments calcaires des couches sableuses. Or, c'est 
précisément parce que les eaux pluviales ou d'infiltration s'arrêtent au niveau 
du dépôt moins perméable des sables glauconieux inférieurs, où elles s’éten- 
dent en nappe persistante, que la zone altérée de ce dépôt (le sable vert) est 
généralement privée, par dissolution, de ses éléments calcaires, c'est-à-dire 
de débris coquilliers, etc. 

D'un autre côté, la glauconie si abondante de ces sables inférieurs d’An- 
vers, en relation moins directe avec l’oxygène de l'air que la glauconie des 
dépôts recouvrants, laquelle a aussi en grande partie absorbé l'oxygène des 
eaux d'infiltration, s'oxyde moins aisément. C'est par ce motif que la colo- 
ration verte est si fréquente dans les sables inférieurs altérés, tandis que la 
coloration jaune ou rougeâtre s'observe plus communément dans les sables 
moyens el supérieurs. (Voir la figure 4 et la figure 2 de la planche.) 

La zone infiltrée et modifiée des sables glauconifères d'Anvers présente 
parfois sur un espace très-limité, dans une même coupe, tous les degrés pos- 
sibles d’altération. Ainsi, dans un talus du fossé de l'enceinte fortifiée d’An- 


102 LES PHÉNOMÉENES D’ALTÉRATION 


vers, entre les Portes Léopold et de Borsbeek, nous avons trouvé certaines 
parties du dépôt fossilifère à Pétoncles entièrement changées en sable vert 
sans un atome de matière calcaire et sans aucune trace de fossiles; d’autres 
points de la coupe, moins allérés, contenaient encore quelques fossiles à 
moitié décomposés, et tombant en bouillie au moindre contact; en certains 
points concrétionnés du dépôt, les fossiles étaient représentés par des mou- 
lages à moitié durcis et d'aspect ferrugineux. Le dépôt oxydé, devenu rou- 
geâtre ou ocreux, rappelait alors, à s’y méprendre, l'aspect ordinaire des 
« sables ferrugineux diestiens ». 

Dans la zone des sables glauconieux grisâtres à Panopées, que nous avons 
étudiés au Kiel et à Burgh, près d'Anvers, ces phénomènes d'altération par 
infiltration des eaux atmosphériques se montraient également avec une inten- 
sité variable et donnaient lieu à des colorations différentes. Dans les deux 
localités précitées, les sables à Panopées reposent sur un lit épais et imper- 
méable d'argile oligocène retenant les eaux au niveau des sables, qui, dans 
les dépressions de l'argile, sont alors fortement altérés. Les fossiles, ordi- 
nairement friables et tombant en bouillie, manquent en beaucoup de points, 
où ils sont dissous. Ce phénomène est général dans la zone superficielle des 
sables à Panopées, changés en sables verts, parfois jaunâtres ou rougeâtres et 
fortement oxydés. Des coupes fraiches du terrain permettent d'observer la 
transition insensible de cette zone superficielle à la partie fossilifère ; mais, 
dans certains cas, la partie la plus altérée simule, au sein des sables simple- 
ment verdis, ou bien intacts et fossilifères, des poches d'érosion paraissant 
remplies par le sable rougeâtre et oxydé. 

Une observation intéressante, qui nous a été fournie par les coupes récentes 
des travaux de prolongement du bassin du Kattendyk à Anvers, montre que les 
phénomènes de rubéfaction par oxydation, dus aux influences météoriques, se 
produisent parfois avec une très-grande rapidité. C’est ainsi que la surface 
de talus creusés dans des massifs de sables supérieurs à Trophon non altérés, 
surface qui se montrait parfaitement grise et normale au moment de la mise à 
nu, se trouvait être sensiblement ox ydée et jaunie, sur une épaisseur d'environ 
5 millimètres, après une exposition d’à peu près trois semaines aux influences 
météoriques. Les coupes des cales, creusées dans un terrain humide, offraient 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 103 


en plusieurs points le même phénomène bien caractérisé, partout où il y 
avait eu exposition à l'air libre de surfaces restées grises et normales. I] est 
à remarquer que l'oxydation ne peut s'opérer aussi facilement dans des sédi- 
ments se trouvant à un niveau d'eau constant que dans des dépôts alterna- 
livement secs et traversés par l’infiltration des eaux superficielles. Il en est 
tout autrement de l'action dissolvante, favorisée, au contraire, par la persis- 
lance de séjour des eaux d'infiltration. 

Des phénomènes analogues à ceux que nous avons observés à Anvers, à 
Bruxelles et ailleurs en Belgique, ont été constatés récemment en Angleterre 
par différents géologues. 

MM. Whitaker, Wood J° et Harmer ! ont simultanément reconnu qu’un 
dépôt sableux rougeâtre sans fossiles, surmontant et paraissant raviner dans 
certaines localités les couches pliocènes du Red Crag, n'est autre chose que 
la partie supérieure altérée et oxydée du dépôt fossilifère sous-jacent, tra- 
versée par l'infiltration des eaux superficielles chargées d'acide carbonique 
ayant amené la dissolution du calcaire. 

MM. Whitaker et Dalton, du Geological Survey l'ndiiens, ainsi que 
MM. Potier, de Lapparent, de Cossigny, Dollfus et d’autres géologues en 
France, en Angleterre et en Belgique, ont bien voulu, dans des communica- 
tions particulières, nous faire part de diverses observations du même genre, 
confirmant l’universalité du phénomène d'altération des dépôts superficiels 
par infiltration des eaux météoriques. 

Lorsque l'attention des géologues parisiens sera suffisamment attirée sur 
ce fructueux champ d'étude, il n’est pas douteux que bien des cas analogues 
à ceux que nous avons rencontrés dans l’éocène et dans le pliocène de 
Belgique soient signalés en de nombreux points du bassin de Paris, qui 
contient des dépôts meubles fort semblables à ceux de l'éocène belge. 

Dès maintenant déjà, nous pouvons faire remarquer que les dépôts non 
calcarifères, sablo-argileux, de coloration rougeâtre et prétendument quater- 
naires, qui ont été signalés aux environs de Paris comme pénétrant, en forme 


1 S. Woo and F. W. Hanmen, Observations on the later tertiary Geology of East Angliæ 
(Quanr. Jourx. Go. Sociery, February 1877, p. 74). — W. Wuirager, Vote on the Red Crag 
(loss, vol. XXXIII, 1877, p. 122). 


Ju UT Om 


104 LES PHÉNOMÈNES D'’ALTÉRATION 


de découpures, bizarrement contournées, dans le calcaire grossier meuble, 
ne sont autre chose que des poches d’altération de la roche sous-jacente, 
lesquelles se présentent sous le même aspect que celles étudiées par nous 
dans les dépôts éocènes des environs de Bruxelles. À Paris également, les 
bancs intercalés de grès durs ont été dissous et le résidu en a été oxydé; de 
plus, les phénomènes de tassement et d’effondrement produits par la dispa- 
rition du calcaire et l’imprégnation des sables ont parfois permis à certains 
galets quaternaires recouvrants de descendre dans ces poches et de com- 
pléter ainsi l'illusion. I! est certain que, pour beaucoup d'observateurs, ces 
sables argileux rougeâtres, contenant des galets vers le haut et se reliant 
ainsi au terrain quaternaire, paraiîtront constituer la base de ce dépôt. 

La figure 5 de la planche représente une minime partie d’une belle coupe 
de calcaire grossier moyen, soigneusement relevée par M. Belgrand. I! suffit 
d'y jeter un coup d'œil pour se convaincre, par la seule forme et les allures 
des poches, que le dépôt rouge, décalcifié et oxydé, recouvrant dans cette 
région le calcaire grossier ne peut représenter une couche sédimentaire. 
Il est aisé de reconnaitre dans ces découpures bizarres et tourmentées une 
zone superficielle d’altération du dépôt calcaire sous-jacent. Cette coupe 
montre, en divers points, des phénomènes de dissolution des bancs calcaires, 
semblables à ceux que nous avons si fréquemment constatés dans les sables 
à grès calcarifères de l'éocène moyen du bassin tertiaire belge. 

Les dépôts meubles et calcarifères des sables moyens du bassin parisien, 
tels que ceux des gisements classiques de Guespelle et du Fayel, les sables 
fossilifères de Fontainebleau, ceux de Bracheux et bien d’autres sédiments 
analogues, étudiés par nous lors de nos courses dans le bassin de Paris, 
nous ont montré des zones superficielles de dépôts ocreux décalcifiés, parfois 
concrétionnés, ferrugineux et transformés en grès durs, qui incontestable- 
ment n'ont d'autre origine que l'altération par voie hydro-chimique, des 
sédiments calcarifères sous-jacents. Ces zones, devenues différentes, n’ont 
donc nullement la valeur stratigraphique ni la signification que leur attri- 
buent les géologues qui les ont le plus souvent signalées et décrites comme 
des dépôts distincts, ayant leur rang dans l'échelle stratigraphique normale 
des horizons auxquels elles se rattachent. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, #rc. 105 


Ce n’est pas seulement dans les dépôts superficiels du sol actuel que l'on 
doit s'attendre à trouver des zones d’altération par infiltration des eaux 
météoriques. Le même phénomène s'étant produit en tous temps, les traces 
qu'il a dù laisser doivent nécessairement se retrouver aussi sur d’anciènnes 
surfaces continentales ou émergées, aujourd’hui recouvertes par d'autres 
dépôts, soit normaux, soit altérés à leur tour. 

La coupe du Wyngaerdberg, dont nous avons parlé précédemment, et qui 
se trouve représentée par la figure 6 de la planche, nous a montré l'exis- 
lence de deux phases successives du phénomène d’altération, dont la pre- 
mière s’est effectuée pendant un espace de temps compris entre l’émersion 
des sédiments éocènes et la période quaternaire, et la seconde après le dépôt 
du loess ou ergeron. 

À Cortryck, entre Aerschot et Louvain, nous avons vu une coupe assez 
étendue montrant 2 mètres de sables glauconifères diestiens (pliocènes), dont 
la partie supérieure seule avait été infiltrée et changée en sables ferrugineux 
rougeàtres. | 

Au-dessus d’un épais banc de cailloux roulés, formant la base de ce dépôt, 
il y avait, sur toute l'étendue de la coupe, 1 mètre de sable glauconieux 
non alléré et d’un gris verdâtre. Ce sable glauconieux reposait sur des sédi- 
ments rupeliens (oligocène moyen) qui se montraient blancs, meubles et 
normaux en certaines places, altérés et rubéfiés en d’autres et parfois même 
concrélionnés en bancs rougeätres assez durs, un peu limoniteux. Parmi les 
cailloux de la base du diestien, il y avait quelques fragments de cette roche 
durcie, montrant que sa formation était antérieure au ravinement pliocène. 

De l’ensemble de ces faits, il résulte clairement que les phénomènes d'alté- 
ration ayant affecté les sables rupeliens sont antérieurs à ceux qui ont agi 
sur les sédiments diestiens. Les premiers se sont effectués pendant la période 
d'émersion comprise entre le dépôt de l'oligocène moyen et la sédimentation 
pliocène, tandis que les seconds sont postérieurs à celle-ci. 

Mais on peut aussi constater des phases distinctes du processus d'alté- 
ration dans le sein d’une succession de dépôts marins, tous placés hors de 
l'influence des phénomènes actuels d'infiltration des eaux météoriques. 

Nos recherches sur les terrains tertiaires de la Belgique nous ont montré 

Tour XLIV. 14 


106 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


quelques cas de ce genre. D'autres nous ont été communiqués par des collègues. 

Nous citerons, par exemple, l'observation faite au Mont Panisel par notre 
confrère M. A. Rutot. Vers le sommet de la colline, un chemin creux lui 
a fait voir le sable ypresien présentant une zone superficielle altérée et 
oxydée — non point par un niveau d’eau actuel, qui ne saurait se maintenir 
à cette hauteur, où l’on ne constatait d’ailleurs aucune humidité — mais par 
des infiltrations antérieures à la sédimentation paniselienne. 

En effet, les sables glauconifères paniseliens qui recouvraient les sables 
ypresiens ne montraient presque aucune trace de décomposition ni d'altéra- 
tion, et l’on sait cependant combien la glauconie est sensible à l'influence 
des eaux d'infiltration! 

Il est donc logique de conclure que, dans la région du Mont Panisel au 
moins, il y a eu, entre la sédimentation des sables ypresiens et le dépôt du 
sable paniselien, un certain temps d'arrêt causé par une oscillation du sol 
qui a permis au sable ypresien émergé de subir l’influence de l'infiltration 
des eaux pluviales et des agents atmosphériques. 

MM. Cornet et Briart nous ont également communiqué une coupe inédite 
qu'ils ont levée pour accompagner une Note sur la constitution géologique des 
collines tertiaires faisant, dans le Hainaut, la séparation entre les eaux de la 
Meuse et de l'Escaut. Cette note a élé résumée par eux dans les Annales de 
la Société géologique de Belgique, où elle a paru (BuLLETIN, t. V, p. LxxIv) 
sans la coupe que nous donnons ici et qui met en pleine évidence l’alté- 
ration ancienne des argilites de Morlanwelz avant la sédimentation bruxel- 
lienne, qui s’effectua au-dessus de la surface émergée des premières. 

La figure 8 de la planche représente, d’après le dessin que nous ont 
obligeamment communiqué MM. Cornet et Briart, un massif de sables et 
d'argiles tertiaires, parcouru, à une vingtaine de mètres de profondeur, par 
une galerie horizontale de drainage, longue de 828 mètres, que rencontrent 
sept puits verticaux et trois forages. Ce sont les données fournies par les 
travaux exécutés à celle occasion qui ont amené les résultats que nous allons 
brièvement indiquer. 

Dans cette figure, A et B représentent des dépôts quaternaires et modernes ; 
C' et D’ représentent le sable bruxellien, remanié vers le haut, en C/, par 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 107 


dénudation quaternaire, altéré dans la plus grande partie D’ du dépôt et passant, 
vers le bas, à un sable marneux E, d'un blanc grisätre avec grès calcaires. 

On remarque que le sable marneux a arrêté l’infiltration des eaux super- 
ficielles, qui n'ont pu pénétrer plus avant. 

La couche F, F’, sous-jacente à ce sable marneux calcarifère, est con- 
slituée pâr un dépôt d'argilite de Morlanwelz, dont la partie supérieure F’, 
jaune ou brune, décalcifiée et oxydée, est profondément altérée et où les 
fossiles n'existent plus qu'à l’état d'empreintes. 

Le bas F de la couche, non altéré et de couleur gris-bleuâtre plus ou 
moins foncé, est calcarifère et contient des fossiles avec leur test. 

En G, G' enfin, on trouve un sable fin, micacé, gris-bleuâtre dans ses 
parties non altérées G, et renfermant les mêmes fossiles que la couche F. 
A l'entrée de la galerie, dans le flanc de la colline, on trouve ces sables, 
décalcifiés et oxydés G’ sur une longueur d'environ 60 mètres. 

La figure 8 de la planche indique nettement les rapports des zones 
intactes et altérées de ces divers dépôts et il nous suffira, pour faire com- 
prendre toute l’importance de ces données, de reproduire textuellement le 
passage final de la note de MM. Cornet et Briart. 

« Le fait le plus important, disent-ils, qui ressort de cette description, c’est 
que la partie supérieure des argiles est altérée, quoique se trouvant entiè- 
rement recouverle par une couche marneuse du terrain bruxellien qui ne 
l'est pas du tout. L’altération des argilites, qui ne peut être que le résultat 
des influences atmosphériques, est donc antérieure au dépôt des marnes 
bruxelliennes. 

» Or, ces influences atmosphériques n'ayant pu exercer leur action que 
pendant une émersion du sol, nous devons en conclure que notre pays a 
subi un soulèvement assez notable et assez prolongé entre le dépôt des argi- 
lites ypresiennes et celui des premières assises bruxelliennes. » 

Cet exemple suffira, croyons-nous, pour montrer le rôle important que 
l'étude des phénomènes d’altération est parfois appelée à prendre dans les 
recherches géologiques et pour faire ressortir les lumières que cette étude 
peut apporter dans l’élucidation de certaines questions avec lesquelles elle 
ne parait, au premier abord, avoir aucune relation. 


108 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


Nous allons maintenant passer à l'étude des phénomènes d’altération 
observés dans les roches crétacées et spécialement dans la craie blanche. 

Depuis longtemps, il est bien établi que l'attaque de la craie par une eau 
légèrement acidulée ou chargée d’acide carbonique donne lieu à la dissolu- 
tion du carbonate de chaux et à la production d’un résidu généralement 
composé d’une proportion variable de sable siliceux, mais surtout d'une cer- 
taine quantité d'argile brunâtre ou rougeâtre, d'aspect ferrugineux. 

La conséquence rationnelle de la facilité avec laquelle l’eau chargée 
d'acide carbonique attaque et dissout la craie est que, partout où les couches 
de craie affleurent à la surface du sol, partout aussi les eaux fluviales et 
d'infiltration doivent donner naissance à des phénomènes d’altération et de 
dissolution très-accentués. Il est logique de conclure aussi que ces phéno- 
mènes ont dù commencer à se produire dès l’émergence de la craie et qu'ils 
se sont effectués jusqu'à nos jours, en se perpétuant pendant toute la période 
tertiaire, du moins partout où les dépôts crétacés continuërent à rester émergés 
ou bien furent recouverts par d’autres sédiments, mais de façon cependant 
à rester soumis à l'influence des agents météoriques. Or, nous trouvons 
précisément dans les dépôls connus sous le nom d'argiles à silex, qui 
recouvrent la surface de la craie en affleurement ou sous des dépôts quater- 
naires ou tertiaires, tous les caractères du résidu chimique provenant de la 
dissolution lente de la roche par l’eau atmosphérique chargée d'acide car- 
bonique. 

On a beaucoup écrit sur l’origine et sur l’âge des argiles à silex, que l’on 
avait, jusque dans ces dernières années, considérées comme des dépôts dis- 
tincts, lantôt crélacés, tantôt tertiaires, ou bien se rattachant spécialement à 
la période quaternaire. On en a fait tantôt des produits geyseriens ou éruptifs, 
tantôt du terrain « sidérolithique » ; on a aussi regardé ces argiles comme des 
résidus de remaniement tertiaire ou quaternaire de divers élages crélacés et 
enfin comme des dépôts glaciaires ou erratiques. 

Dans ces derniers temps cependant, on a dû se rendre à l'évidence et, 
sans parler des géologues anglais et allemands qui ont étudié cette question, 
plusieurs observateurs français, MM. de Mercey, Meugy, de Lapparent, 
Dollfus, Gosselet, etc., ont reconnu l’origine chimique de l'argile à silex et 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 109 


ils ont constaté que ce dépôt n'indique aucun phénomène de transport ou de 
déplacement mécanique dû à l’action des eaux marines. Pour expliquer cette 
origine chimique, M. Meugy et d’autres géologues ont cru devoir faire inter- 
venir des sources acides et d’autres phénomènes de ce genre mettant en jeu 
des eaux d’origine interne. Ayant observé que l'argile à silex rappelait singu- 
lièrement certains caractères « d’érosion », du diluvium rouge, on a attribué 
à ces deux dépôts, non-seulement une origine semblable, ce qui est exact, 
mais encore une formalion commune et un même âge. C'est ainsi que 
M. Meugy suppose que des sources acides, ayant donné naissance à la fois 
au diluvium rouge et à l'argile à silex, ont dû se faire jour entre le dépôt 
du diluvium gris et celui du loess. | 

M. de Lapparent a parfaitement reconnu que les argiles à silex n’ont pas 
d'âge déterminé; cet observateur judicieux s’est assuré que l'argile à silex a 
pu se former à plusieurs reprises et pendant diverses phases de la période 
tertiaire. | 

S'il est vrai que M. de Lapparent et plusieurs de ses confrères français 
reconnaissent maintenant l'origine purement chimique de l'argile à silex et 
la formation sur place de ce dépôt, par dissolution de la craie, il n’est pas 
moins vrai aussi qu'ils sont généralement restés sous l’idée que ces phéno- 
mènes chimiques sont dus à des causes spéciales : sources acides, actions 
thermales, éjections geyseriennes, etc., el se trouvent intimement liés avec 
les phénomènes éruptifs, avec la production des failles et des lignes de frac- 
ture, au voisinage desquelles on les observe souvent. 

M. G. Dollfus, dans une note publiée il y a quelque temps sur les couches 
tertiaires des environs de Dieppe ! a, le premier à notre connaissance, très- 
exactement défini les conditions de dépôt de l'argile à silex. Parlant de dépôts 
observés aux environs de Dieppe, il dit : « La craie, dans toute la région, pré- 
sente les traces évidentes d'altérations superficielles : le plus généralement 
» elle est recouverte d'argile à silex, qui, par sa nature, sa composition, sa 
» situation, est un produit ou résidu chimique de l’altération de la craie par 
les agents atmosphériques. Cette argile est une formation continue, qui a 


5 


 G. Dozurus, Description et classification des dépôts tertiaires des environs de Dieppe 
(Ann. De LA Soc. GéoL. pu Nonp, t. IV, 1876-77, p. 19). 


110 | LES PHÉNOMÈNES D'’ALTÉRATION 


» commencé à se former depuis l'émersion définitive de la craie, qui a duré 
» pendant toute la période tertiaire et qui se poursuit encore : elle a été cer- 
» lainement dispersée ou remaniée en bien des points, à plusieurs reprises, 
» mais elle a toujours recommencé à se former quand la craie a pu être 
» atteinte par les eaux atmosphériques. Elle s'est formée également sous les 
» terrains dont elle pouvait être recouverte loutes les fois que ces terrains 
» étaient perméables, et nous la retrouvons aussi tapissant les poches pro- 
» fondes formées par la dissolution de la craie, dans lesquelles les formations 
» lertiaires ont pu glisser et s'affaisser. » 

Plus récemment encore, M. le professeur Gosselet, dans sa Note sur l’Ar- 
gile à silex de Vervins (Ans. Soc. Géo. pu Norp, t. VI, 1879, p. 317) a 
clairement exposé la même thèse et, pour lui aussi, l’action si simple, mais 
si puissante, des phénomènes de dissolution dus à l'infiltration des eaux plu- 
viales suffit pour expliquer les observations faites jusqu'ici au sujet de l'argile 
à silex. « Fidèle à la théorie des causes actuelles, dit M. Gosselet, je repousse 
» loute ingérence de principe inconnu. Je ne veux pas, dans le cas présent, 
» de ces agents internes, si commodes pour voiler l'ignorance où nous 
» sommes souvent des causes réelles des phénomènes naturels !, » 


{ Notre attention vient d'être attirée, depuis la rédaction de notre texte, par un intéressant 
article de M. Ribeiro, intitulé Sur le terrain quaternaire du Portugal (Bue. De La Soc. cÉoL. 
DE France, t. XXIV, 2° série, p. 693). Dans ce travail l’auteur signale certaines relations 
existant entre le phénomène de l’altération des roches par les eaux atmosphériques et l'argile 
rouge qui recouvre les formations calcaires de tous âges, étudiées par lui en Portugal. 

« Les argiles rouges, dit-il, qui accompagnent constamment la surface des régions calcaires... 
se manifestent dans notre sol calcaire de tous les âges, remplissant les fentes et les anfractuo- 
sités de ce sol ct en recouvrant en partie la surface. Sur plusieurs points de notre sol, nous 
avons trouvé une liaison intime centre les argiles en question et l'altération du même sol cal- 
caire, déterminée aussi bien par l’action des eaux de l'intérieur que par celle des agents 
externes. Nous dirons même que ce phénomène ne s’est point borné à un cndroit précis ni à 
un étage désigné de la série sédimentaire du pays. En effet, nous avons rencontré des calcaires 
subcristallins du jurassique supérieur, entre Lagos et le cap Saint-Vincent qui, sous l’action des 
agents almosphériques actuels, donnent une argile identique à l'argile rouge quaternaire en 
queslion et se confondent avec elles. On observe un phénomène semblable dans les calcaires 
granulaires, jaunes ct blancs, des étages néocomien et crétacé moyen de Cascaes, d’Ericeira.… 
Et il faut remarquer que l’altération du calcaire peut être suivie, dans la localité, dans toutes 
ses phases jusqu'à la disparition complète de la roche que l’argile rouge remplace. » 

(Vote ajoutée pendant l'impression.) 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, ere. 111 


Maintenant que l'origine chimique et la formation sur place de l'argile à 
silex ne peuvent plus être sérieusement contestées, maintenant aussi que 
l’action dissolvante des eaux météoriques sur la craie est un fait bien établi, 
il n’est plus guère nécessaire de repousser une à une les hypothèses encom- 
brantes et si peu justifiées qui mettent en jeu des actions thermales, des sources 
ou des éruptions d'eaux acides. 

On nous permettra cependant de passer rapidement en revue les princi- 
pales objections qui ont été présentées. 

Nous avons dit plus haut que les géologues qui, reconnaissant l’impossibi- 
lité de considérer l'argile à silex comme un terrain de transport, y ont reconnu 
un dépôt chimique effectué sur place, ont généralement fait appel à des 
agents extraordinaires, lels que des sources ou des éruptions d’eaux acides! 
Ils ont été jusqu’à calculer gravement l’effrayante quantité d'acide chlorhy- 
drique nécessaire pour dissoudre les massifs de craie dont l'argile à silex 
représente le résidu chimique. 

On peut s'étonner de voir des observateurs devant, par la nature même 
de leurs études, être familiarisés avec la valeur du temps en géologie et 
avec la puissance et la grandeur des effets d’érosion mécanique et chimique 
produits sur les surfaces continentales par les agents météoriques, trouver 
si difficile d'admettre l'épaisseur des massifs crayeux dont le résidu de disso- 
lution est représenté par l'argile à silex. On peut se demander aussi comment 
il ne leur est pas venu à l'esprit que, si considérables que soient les quan- 
tités d'acide chlorhydrique mises à leur disposition par l'hypothèse, elles ne 
fourniront jamais des résultats de dissolution aussi énormes et aussi géné- 
raux à la surface des roches crayeuses du globe entier que l'acide carbonique 
des eaux pluviales, multiplié par ce facteur d’une puissance infinie qu’on 
appelle le temps. 

On a souvent mis en avant l’hésitation des géologues à admettre l’épais- 
seur des massifs crayeux qu’ils croient nécessaires — en admettant nos vues — 
d’invoquer comme source du résidu d'argile à silex. Ce qui rend surtout cette 
objection si persistante c'est, croyons-nous, l’idée fausse que l’on se fait géné- 
ralement de la différence de volume existant entre une masse donnée de 
roche calcaire ou crayeuse et son résidu de dissolution. 


112 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


On nous répondra peut-être par des expériences de laboratoire. Mais 
celles-ci — en admettant qu'elles se montrent défavorables à nos vues, ce 
qui resle à démontrer — ne pourront servir d'argument qu'après avoir élé 
faites dans des conditions identiques à celles où se produisent les diverses 
actions que nous offre la nature. La dissolution pure et simple d’une roche 
calcaire ou crayeuse par un acide donnera lieu peut-être à un résidu argi- 
leux assez faible, tandis que si cette attaque est lente et conduite de manière 
à permettre en même temps l'oxydation des sels ferreux contenus dans la 
roche, la combinaison des deux résidus argileux et ferriques donnera lieu à 
une masse bien différente. 

L'oxydation des sels ferreux produit en effet une sorte de foisonnement 
et une incontestable augmentation de volume, dont la formation de la rouille 
nous fournit un frappant exemple. Une mince lame de fer, s'oxydant sous 
l'influence des intempéries, se trouve, après un certain temps, transformée en 
une masse de rouille d’un volume bien supérieur. C'est la combinaison de 
l'oxygène de l'air humide avec le fer qui donne lieu à cet accroissement de 
volume, dont les armes anciennes de nos musées d’antiquités fournissent des 
exemples familiers à tout le monde. 

Il en est absolument de même dans l’altération des roches calcaires et 
crayeuses, qui loutes contiennent des sels ferreux. C’est le foisonnement et 
le mélange du résidu ferrique de ces sels avec les particules argileuses résul- 
tant de la dissolution du calcaire qui donnent lieu à la formation du dépôt 
assez considérable d'argile rouge constituant l'argile à silex, et qu’un simple 
groupement des particules argileuses prises isolément n'aurait en effet pu 
produire. 

Si des argiles à silex, entièrement dépourvues d'éléments sableux ou gros- 
siers, recouvrent une région dont le sol est constitué par une roche crayeuse 
grossière ou mélangée de grains de quartz, on ne pourra arguer de ce fait, 
sans s'être au préalable assuré si l'argile fine recouvrante ne provient pas 
de la dissolution préalable de couches crayeuses préexistantes, plus fines et 
plus pures que le substratum actuel de cette argile. Il y aura également lieu 
d'examiner, dans la négative, si l'argile à silex ne montre pas les caractères 
d'un dépôt stratifié; elle pourrait représenter le résidu fin et purifié d'une 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 113 


argile à silex formée sur place ailleurs et remaniée par des phénomènes de 
transport quaternaires ou modernes. Cette dernière cause a d’ailleurs souvent 
étendu le dépôt d'argile à silex au-dessus de couches tertiaires postérieures 
à sa formation, ce qui a même été présenté, bien à tort, comme une objec- 
lion à la thèse de la formation sur place de l'argile à silex par l’infiltration 
des eaux superficielles dans des roches crayeuses. 

D'étroites relations ayant été souvent constatées entre la disposition des 
failles ou des lignes de fracture et la présence des dépôts de sables dits érup- 
üifs, des poches d'argile à silex, etc., on a généralement conclu à des relations 
communes d'origine entre ces deux séries de phénomènes ; mais ces relations 
s'expliquent tout naturellement par le fait que les failles et les fractures étant 
pour les eaux superficielles ou d'infiltration de véritables centres d’attrac- 
tion, des conduits naturels d'écoulement, il est logique d'y constater l’exten- 
sion plus grande des phénomènes d’altération et de dissolution résultant du 
séjour prolongé de ces eaux. 

On a parfois remarqué que les argiles à silex se trouvent localisées sur le 
bord abaissé des failles. C'est une conséquence de la tendance des eaux 
superficielles à se réunir dans les dépressions du sol; elles y exercent des 
phénomènes d'altération plus intenses que sur les sommets des pentes, où, 
ne pouvant se maintenir, elles influencent moins les dépôts. 

La continuité, parfois constatée aussi, du dépôt d'argile à silex sur les 
bords relevés et sur les bords abaissés d’une faille, n'implique nullement, 
ainsi qu'on l’a cru généralement, que la formation de ce dépôt doive néces- 
sairement être antérieure à la production de la ligne de fracture. Cela peut 
signifier simplement que la surface de la craie a été altérée partout, par suite 
de circonstances spéciales, toujours faciles à retrouver. Il est d’ailleurs évi- 
dent que les phénomènes d’altération produits par les agents atmosphériques 
et les infiltrations superficielles, en rapport direct avec les données topogra- 
phiques et hydrographiques, n’ont aucune relation avec l’âge des couches 
ou des dépôts. 

C'est aussi par l’examen attentif des données topographiques et par l'étude 
des phénomènes de remaniement, postérieurs à la formation de l'argile à 
silex, que lon parviendra à écarter les prétendues difficultés qui ont élé 

Tome XLIV. 15 


114 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


signalées et qui ne sont que les conséquences normales de conditions parti- 
culières ou locales. 

Quant aux objections générales que l’on a faites à la thèse de l’origine 
hydro-chimique de l'argile à silex, elles tombent devant l'évidence des faits, 
dûment interprétés. | 

Les argiles ferrugineuses ou plastiques, les sables siliceux meubles ou 
cimentés, les poudingues, le fer hydraté, le minerai de fer en grains, qui, 
avec les argiles à silex, s'observent souvent en poches, en filons ou en nappes 
au voisinage des lignes de fracture, sont très-généralement les résidus d’al- 
tération, de dissolution, de concrétionnement et de métamorphisme hydro- 
chimique de dépôts, soumis, par leur situation même auprès de ces fentes 
attirant les eaux, à des phénomènes accentués d’altération sur place. Le plus 
souvent cependant, ces dépôts sont regardés à tort comme d'origine interne 
et en connexion avec des phénomènes volcaniques ou geyseriens. 

Dans son étude Sur l'étendue du système tertiaire inférieur dans l'Ardenne 
el sur les argiles à silex (Ann. Soc. céoc. pu Nonn, t. VI, 1879-80, p. 340), 
M. Ch. Barrois, qui admet, quoique sans grande conviction, la véritable cause 
de la formation de l'argile à silex, étudiée par lui dans l’Aisne et dans l’Ar- 
denne, se trouve forcé de reconnaître les relations intimes existant entre ces 
argiles à silex recouvrant la craie, l'argile brune à fossiles siliceux qui recouvre 
les terrains jurassiques de l’Ardenne et les minerais de fer en grains qui, 
communs aux deux dépôts, se relient surtout au premier. La formation de ce 
minerai de fer, par le fait d'actions chimiques dues aux influences météo- 
riques, est appelée à jeter un grand jour dans la question du sidérolithique. 

C'est d’ailleurs ce qu'un observateur consciencieux, M. Virlet-d'Aoust, 
avait déjà fait remarquer en 1864 (BuLc. Soc. GÉOL. DE FRANCE, 2° sér., 
t. XXII, p. 138). D'autre part M. G. Dollfus, après un voyage en Suisse, 
nous écrit ce qui suit : « J'ai vu, en Suisse, que le sidérohthique n’est que 
l'altération continentale ou d'émersion des jurassique et crétacé inférieur 
calcaires, pendant l'éocène. » 

Nous croyons utile de rappeler à ce sujet d'isiéressütés observations faites 
par M. Virlet-d’Aoust et signalées par lui, en 1859, dans le Bulletin de la 
Société géologique de France (2° sér., t. XVI, p. 445). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 115 


Faisant remarquer les inconvénients qui peuvent résulter de l'emploi de 
l'expression : terrain ou élage sidérolithique, M. Virlet-d'Aoust signale le 
fait que certaines oolithes sont le résultat de concrétions formées par trans- 
ports moléculaires postérieurement au dépôt des masses qui les renferment. 

Il a vu, dans des dépôts oolithiques ferrugineux, en Bourgogne et en 
Franche-Comté que « les grains coupent les feuillets ou zones du terrain 
encaissant » et il ajoute « qu'avec un peu d'attention on peut parfois aper- 
cevoir ces zones se prolonger à travers les grains eux-mêmes, circonstance 
bien importante à noter parce qu’elle démontre l’interposition postérieure du 
fer, phénomène qui nous a été si clairement révélé pour la première fois par 
les grandes oolithes ou nodules de fer carbonaté lithoïde, qu'on rencontre au 
milieu des bancs argileux zonés de l’Ox/ford Clay des environs de la Voulte. » 
« Cette pénétration postérieure, continue l’auteur, est encore mieux démon- 
trée par les fragments réellement roulés qu'on rencontre parfois à travers ces 
masses ferrugineuses; car ils ne coupent pas les zones, mais, au contraire, ils 
sont contournés et enveloppés par elles. » | 

La coloration brune ou rougeâtre de l'argile à silex est due à l'oxydation 
des sels ferreux de la craie, changés en hydrate ferrique. Dans certains cas, 
les eaux superficielles ont pu se charger mécaniquement, pendant leur pas- 
sage au travers de couches quaternaires ou autres, recouvrant la craie, de 
particules limoncuses qui se trouvent ensuite arrêtées au passage dans les 
endroits les moins perméables, se déposent et peuventalors, conjointement 
avec les résidus chimiques d’altération, former des bandes d'argile plastique 
ou três-pure revétant les poches d’altérations creusées dans la craie. 

Lorsqu'au lieu d'agir sur la craie blanche, les infiltrations superficielles : 
ont lieu dans la craie glauconieuse, ou bien sur de la craie recouverte par des 
dépôts tertiaires glauconieux , tels que le landenien, le résidu de l'attaque se 
présente tantôt sous la forme d'un sable vert siliceux, tantôt sous la forme 

d'une argile verte, véritable dépôt chimique, analogue à l'argile à silex et 
formé comme elle par altération sur place. 

En Angleterre, où ces dépôts ont été bien étudiés, MM. lughes, Whitaker 
et Codrington ont reconnu qu’ils sont uniquement dus à la dissolution des par- 
lies supérieures de la craie par l’infiltration d’eaux chargées d’acide carbonique. 


116 LES PHÉNOMEÈNES D’ALTÉRATION 


L'argile à chailles de certains dépôts jurassiques a la même origine, el le 
passage entre la roche intacte et la zone superficielle altérée qui la recouvre 
est si évident que le moindre doute à ce sujet est depuis longtemps rendu 
impossible. On sait que cette argile constitue un riche gisement de fossiles 
silicifiés, mis en liberté par suite de la dissolution de la roche caleaire au 
sein de laquelle ils se trouvaient primitivement renfermés. 

Lorsqu'une argile à silex, surmontant la craie, se trouve à son tour recou- 
verte par des dépôts tertiaires, il y a lieu d'examiner tout d’abord si ceux-ci 
sont altérés ou non, s’ils sont perméables en tout ou en partie et enfin si les 
eaux du sol peuvent s'infiltrer à la surface de la craie. Dans l’affirmative, 
l'argile à silex, bien que située sous des dépôts tertiaires, peut être d'ori- 
gine récente. Ce serait alors à peu près le même cas que celui de cette 
argile plastique du bassin de Liége, mentionnée page 25 et se formant 
actuellement, sous des couches crétacées, à la partie supérieure de schistes 
houillers. 

Dans le cas d’une argile à silex reposant sur la craie et recouverte elle- 
même de couches tertiaires imperméables ou non altérées, on ne pourrait 
évidemment rapporter à des phénomènes actuels d'infiltration la formation 
du dépôt. C’est aux phénomènes d’altération effectués après l'émersion de 
la craie et avant l’abaissement du sol ayant donné lieu à la sédimentation 
tertiaire, que doit alors se rattacher la formation de l'argile à silex en 
question. 

Parmi les argiles à silex anciennes se trouvant dans ce cas, il en est 
beaucoup, qui, par suite de l'invasion des eaux tertiaires par lesquelles 
elles furent recouvertes, ou bien par suite de remaniements fluviaux anté- 
rieurs à celle invasion, ont dû subir une sorte de lavage sur place; les par- 
ticules argileuses délayées et en partie dispersées dans les eaux, ont disparu 
et il est alors resté soit un résidu sableux, soit un conglomérat de sables et de 
silex non roulés. Ces dépôts, parfois encore un peu argileux et oxydés, for- 
ment ce que l’on appelle parfois des sables à silex. Ceux-ci peuvent égale- 
ment étre constitués par remaniement quaternaire ou moderne d’argiles à 
silex formées à la surface actuelle du sol crayeux. 

Ces sables à silex sont donc, soit un véritable produit de lavage sur place 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 117 


d’une argile à silex d'âge quelconque, soit le résultat de l'introduction, dans 
un dépôt préexistant de cette nature, de sédiments quartzeux et de grains 
glauconieux amenés par l'invasion des eaux d’une mer tertiaire qui serail 
venue le recouvrir. 

Il est facile, au moyen de lavages éliminant les particules légères ct argi- 
leuses de l'argile à silex, de s'assurer expérimentalement qu'elle donne 
souvent naissance à un résidu siliceux, qui est bien le sable à silex. On devra 
fenir compte toutefois de cette circonstance que l'expérience en question ne 
peut évidemment douner lieu à l'apport mécauique des grains quartzeux et 
glauconieux , d'origine tertiaire, constatées dans certains dépôts remaniés de 
sables à silex. 

Par suite de lavages ou de remaniements quaternaires ou modernes, très- 
accentués, il peut ne subsister dans une région déterminée, primitivement 
recouverte d'argile à silex, que des amas épars de silex entièrement déchaussés 
de leur gangue argileuse et sableuse. Cette circonstance parait s'être présentée 
à diverses reprises el n’a pas toujours été bien interprétée. 

Lorsque la surface de la craie est recouverte, non d'argile à silex, — 
impliquant une altération chimique du dépôt par infiltration des eaux météo- 
riques — mais de ce produit particulier de désagrégation mécanique de la 
craie, qui est connu sous le nom de grève crayeuse, on observe parfois, 
au-dessus de cette zone décomposée, des dépôts plus ou moins développés 
de sables siliceux, purs, non stratifiés, qui, dans certains cas, ont été rapportés 
au terrain tertiaire, D'Archiac a signalé des dépôts de ce genre dans la région 
orientale du département de l'Aisne, où M. Ch. Barrois les a étudiés à son 
tour tout récemment !. 

1 nous parait résulter très-clairement des observations de M. Barrois que 
ce sable siliceux de l'Aisne, reposant sur la grève crayeuse et surmonté lui 
même du limon quaternaire, n’est autre chose que le résidu de la dissolution 
sur place de la couche superficielle de la grève crayeuse. Ge résidu siliceux 
a aussi élé déplacé et entrainé en divers points des vallées, où il constitue, 
à l'état remanié, des dépôts manifestement quaternaires. 


{ Cu. Bannois, Sur les sables de Sissonne (Aisne) et les alluvions de la vallée de la Suuche 
(ANN. DE LA Soc. GÉoL. pu Nonp, t. V, 1877-78, p. 84). 


118 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Le passage suivant de la notice de M. Barrois est relatif à la coupe, repro- 
duite ci-dessous (fig. 24), d'une sablière montrant un phénomène parti- 
culier accompagnant la superposition des sables siliceux de Sissonne (Aisne) 
sur la grève crayeuse. Nous le reproduisons en entier, parce qu’il montre 
que l’auteur exprime lui-même, quoique avec une certaine réserve, l'opi- 
nion que nous venons d'émettre sur l'origine du sable siliceux surmontant 
la grève crayeuse. 


? 9 
e AÀS 


Cd oO Oo 


À Grève crayeuse, sable et fragments de craie. 
! B Argile brune. 
C Sable en lits bruns et jaunes. 


Faisant allusion au mince lit d'argile brune, figuré dans cette coupe, 
M. Barrois dit : 

«a La séparation nette qui existe ici entre le sable et la grève crayeuse 
» mérite de fixer l'attention, car elle n’est pas habituelle, et l’on observe 
» ordinairement un passage insensible du sable à la grève sablo-crayeuse 
» pure. On a probablement ici un exemple de ces altérations de sable dues 
» aux agents atmosphériques, sur lesquelles M. Van den Broeck a récemment 
» insisté : le sable jaune de la partie supérieure devait contenir primiti- 
» vement de la grève crayeuse comme celui de la base, mais les eaux plu- 
» viales chargées d’acide carbonique, qui se sont infiltrées dans ces sables, 
» ont dissous ces fragments calcaires et laissé leur résidu sous forme d’un 
» cordon argileux brun, au point où la décomposition s’est arrêtée. » 

M. Barrois fait ensuite cette remarque importante que l'argile brune qui 
forme cette veine est identique par tous ses caractères à l'argile brune à silex 
de la craie de Picardie. 

Si, dans la coupe précédente, le résidu argileux et oxydé de la dissolution 
de la grève crayeuse s’est déposé sous forme d’un mince lit brunâtre, c’est 


= nes PORN Meme mon eee CES OF Re nn = 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 119 


sans doute parce qu’en ce point l’écoulement latéral des eaux d'infiltration 
ne pouvait s'effectuer librement comme partout ailleurs, où les eaux 
entrainent avec elles, en circulant dans le dépôt, les fines particules limo- 
neuses el oxydées qu'elles tiennent en suspension après avoir effectué la 
décomposition de la roche calcaire. | 

Dans les conclusions de sa notice, M. Barrois considère les sables « de 
Sissonne » comme quaternaires. Cela est exact en ce sens que les sables 
siliceux sont parfois recouverts par le limon quaternaire et qu'ils se trouvent 
également déposés dans les vallées, où ils s’observent en stratifications 
fluviales et irrégulières, appartenant à la formation diluvienne. Mais les 
sables de Sissonne ont pu commencer à se former bien avant l’époque qua- 
ternaire par altération de la grève crayeuse sous l'influence des agents 
météoriques, et il n’est pas douteux non plus que partout où ces sables sili- 
ceux, purs et non remaniés, affleurent au-dessus de la grève crayeuse, aux 
dépens de laquelle ils sont formés, ils doivent être plus anciens que dans le 
fond et sur les flancs des vallées, où ils ont été dispersés par remaniement 
ullérieur. Dans leurs points normaux de formation, ils doivent encore con- 
tinuer à s'accroître actuellement par suite de la dissolution graduelle des 
éléments calcaires de la grève crayeuse, soumise à l’action continue de l’in- 
filtration des eaux météoriques. 

Ce que nous disons ici s'applique à tous les dépôts de ce genre ayant la 
même origine. Ces couches superficielles, résidus altérés de formations quel- 
conques, n’ont pas d'âge déterminé, comme les couches sédimentaires. 

L'apparition des phénomènes d’altération qui leur ont donné naissance 
peut, à la rigueur, être rapportée à telle ou telle époque déterminée, mais 
l’activité des agents météoriques, ainsi que l'accroissement de ces dépôts, qui 
ont pu être interrompus à diverses reprises, se sont généralement continués 
jusqu’à nos jours, du moins lorsqu'il s’agit de dépôts superficiels ou non 
protégés contre l'infiltration des eaux météoriques. 

Les puits naturels de la craie ont, depuis longtemps, attiré l'attention de 
nombreux observateurs, et les hypothèses les plus diverses ont été émises 
pour expliquer ces phénomènes. 

Les puits naturels ne sont pas localisés dans le terrain crétacé seulement : 


120 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


on en a rencontré dans divers dépôts calcaires et, plus rarement, dans cer- 
laines couches purement sableuses. 

Dans le bassin de Paris, on en a observé dans les sables inférieurs, dans 
le calcaire grossier, dans les sables moyens, dans le calcaire lacustre de 
Saint-Ouen, dans le gypse, dans les marnes supérieures, etc. En Belgique, 
nous en avons vu dans le sénonien, dans le maestrichtien, dans le sable lan- 
denien et on en a signalé dans nos terrains primaires. 

Nous avons retrouvé entre les poches d’altération formées par linfiltralion 
des eaux atmosphériques dans les sables éocènes des environs de Bruxelles 
et les puits naturels ou orgues géologiques de la craie de telles affinités que 
la similitude d’origine de ces poches et des puits naturels ne saurait un instant 
être contestée. Après tout ce qui a élé dit dans ce travail sur le rôle des 
infiltrations dans l'altération des roches calcaires, il ne peut plus subsister 
aucun doute sur l'exactitude de la thèse défendue, depuis un certain temps 
déjà, par d'habiles observateurs anglais, tels que Lyell et Prestwich, en ce 
qui concerne le mode de formation des puits naturels. 

Il suffit d'examiner quelques puits, ou même de lire simplement les des- 
criplions données, pour retrouver dans la constitution des puits naturels tous 
les caractères des phénomènes d'altération; ils s'y présentent même avec un 
aspect tout à fait semblable à celui constaté dans les poches d'altération des 
dépôts calcarifères ou sableux des terrains tertiaires de la Belgique, de la 
France, etc. 

Résumer rapidement les principaux caractères des puits naturels revient, 
comme on va le voir, à rappeler les descriptions données tantôt par nous au 
sujet des poches d’altération dans les dépôts calcarifères de l’éocène moyen. En 
effet, dans les puits de la craie, comme dans les poches de nos sables calca- 
rifères, le carbonate de chaux, dissous, fait complétement défaut. Le test cal- 
caire des fossiles a également disparu. Au voisinage des cavités ou puits de 
la craie, la roche est devenue tendre, friable et poreuse; un commencement 
d'attaque a parfois donné lieu à une craie un peu colorée, à moitié décom- 
posée et où l’on distingue un mélange de sable fin, d'argile et d'oxyde de fer. 
Les parois et le fond des puits sont visiblement corrodés et apparaissent sou- 
vent comme désagrégés el décomposés. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, zrc. 121 


L'enlèvement des éléments calcaires à l’intérieur des puits donne lieu, tout 
comme dans les poches de nos dépôts éocènes, à une forte diminution de 
volume, amenant des tassements et un effondrement graduel des dépôts 
recouvrants, lesquels descendent peu à peu dans l’intérieur des puits. C'est 
ainsi que des fragments de roches tertiaires ou quaternaires s’observent par- 
fois vers la partie supérieure des puits de la craie, où leur poids les a fait 
descendre. 

Si ces débris sont calcaires, ils s’altèrent et disparaissent très-rapidement ; 
les grès et d’autres roches plus résistantes peuvent se maintenir intacts plus 
longtemps, surtout vers le haut des puits, où les eaux d'infiltration, ne pou- 
vant se rassembler, agissent avec moins d'intensité que vers le bas. 

Les galets et le gravier quaternaire qui forment, dans certaines circon- 
stances, un manteau superficiel recouvrant la craie, sont disposés souvent en 


lits légèrement déprimés — par suite de tassements — au-dessus des puits 


dans lesquels ils ont d’ailleurs aussi pénétré : plus bas, on voit les galets 
prendre une position oblique et s’incliner de plus en plus vers l'axe du puits; 
ils occupent ensuite la position verticale au sein de celui-ci et, présentant 
leur grand axe ainsi que leur centre de gravité vers le bas, ils montrent 
clairement qu'ils ont été entrainés par leur poids, ainsi que par les tasse- 
ments et l'approfondissement successif du puits. 

Les bancs de silex que rencontrent dans la craie les poches ou les puits 
de faibles dimensions, n'ont guère subi de modification et se continuent sou- 
vent, sans aucun déplacement, au sein de ces puits. Les silex qui se trouvent 
en saillie sur la face intérieure des puits n’ont été ni déplacés ni modifiés, 
toute l'énergie dissolvante des eaux d'infiltration ayant agi sur le carbonate 
de chaux, plus facile à attaquer que le silex. 

Dans les puits d'une certaine étendue, au contraire, les bancs de silex 
se trouvent représentés par des rognons isolés, non sensiblement altérés, 
mais souvent descendus à un niveau un peu inférieur à celui des bancs 
in situ. Ces silex n'ont subi d'autre mouvement que celui imprimé len- 
tement à tout le résidu du puits par l’affaissement graduel résultant de la 
disparition du calcaire. 


La figure 25 représente, d'après Lyell, des « tuyaux de sable » (puits natu- 
Tous XLIV. 16 


CE 


129 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


rels) dans la craie, à Eaton, près de Norwich. (Voir Éléments de géologie, 
6° éd., Paris, t. [er, p. 132.) 


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Paits naturels dans la craie, à Eaton (Norwich), d'apres Lyell. 


« Ces cavités, dit Lyell, étaient d’une forme très-symétrique : les Fælus 
larges avaient au delà de 3,50 de diamètre et quelques-unes avaient été 
suivies par le forage jusqu'à 18 mètres de profondeur. Les plus pet. 1tes 
variaient de quelques centimètres à un décimètre de diamètre et rarement 
elles descendaient à plus de 3",65 au-dessous de la surface. Sur un paint 
où trois d’entre elles se présentaient, comme en a, très-rapprochées les um ne5 
des autres, la roche interposée, composée de craie blanche, tendre, n'e£ tait 
aucunement brisée. Toutes les cavités se dirigeaient vers le bas et se ter— me 
naient en pointe; du sable et des cailloux roulés occupaient généralemen € les 
parties centrales des tuyaux, tandis que les côtés et le fond étaient tap = =5 
d'argile. 

» Les actions mécaniques, dit plus loin le même auteur, qui ont été i 2 V0- 
quées pour expliquer la formation de ces cavités ne peuvent avoir creus les 
tuyaux de sable c et d; car on voit plusieurs gros silex de la craie fa 5 San 
saillie hors des parois de ces tuyaux et n’ayant pas subi l'effet de l’éro = 10 
bien que le sable et les graviers aient pénétré à plusieurs décimètres au— <i$- 
sous. Dans d’autres cas, tels qu’en bb, on rencontre, à différentes profonci €" 
au sein des matériaux meubles qui remplissent les tuyaux, de semblza D 
nodules siliceux, conservant encore leur forme irrégulière et leur encre 
ment blanchâtre. Ces nodules proviennent évidemment des lits régulie = de 
silex qui sc trouvent au-dessus. Il faut aussi remarquer que le tracé du ram nt 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 123 


tuyau bb se continue quelquefois jusqu'à une certaine distance au-dessus du 
niveau de la craie au travers des sables et gravicrs qui la recouvrent; la 
destruction de toute marque de stratification ne laisse aucun doute sur la 
réalité de cette continuation. Quelquefois, comme dans le tuyau d, les lits 
sus-jacents de gravier se courbent en bas, vers l'embouchure du tuyau et 
prennent une direction presque verticale, ainsi qu'il arriverait si des couches 
horizontales eussent fléchi graduellement par défaut de support. On peut 
expliquer tous ces phénomènes en attribuant l'élargissement et l'approfondis- 
sement des tuyaux de sable à l'action chimique de l’eau chargée d’acide car- 
bonique extrait du sol végétal ou des racines d'arbres en décomposition. » 

Cet extrait, malgré sa longueur, devait prendre place ici à cause de l’in- 
lérêt que présente la coupe figurée par Lyell ainsi que la réunion des divers 
cas présentés par les puits qui s’y rencontrent. 

Tous les caractères des puits naturels, soit ceux signalés plus haut, soit 
ceux indiqués dans la coupe de la figure 25, se retrouvent, à un degré 
plus ou moins accentué, mais toujours très-reconnaissables, dans les poches 
d'altération par infiltration que nous avons observées, à Bruxelles, dans les 
sables éocènes à bancs de grès siliceux. 

Quant au résidu quartzeux formant l'intérieur des puits de la craie, ou 
d’autres roches calcaires, il provient, dans la plupart des cas, de la décom- 
position de la roche elle-même, comme l'ont d’ailleurs montré diverses 
expériences de laboratoire. 

Ce résidu peut également provenir de l'effondrement de couches sableuses 
recouvrantes. Souvent, les deux causes agissent simultanément. 

Le phénomène de la production de largile rouge ou brune qui garnit les 
parois des puits naturels a été singulièrement interprété par la plupart des 
géologues qui s'en sont occupés. On a fait appel, pour l'expliquer, à des éja- 
culations geyseriennes, à des phénomènes éruptifs ou d'origine interne, alors 


que la dissolution du calcaire ou de la craie, metlant en liberté largile que 


ces roches contenaient, produisant l'oxydation de leurs sels ferreux ou de leurs 
éléments glauconieux, est la cause toute naturelle de la formation du résidu 
d'argile rouge qui, partout et toujours, dans les roches calcaires, accom- 
pagne les phénomènes d’altération par infiltration. 


OS U PRE 27 __ on SUP CE _ SE EU À 


124 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Cette argile, parfois très-pure et très-compacte, tapisse les moindres sinuo- 
sités des parois des puits et en recouvre surtout le fond. Ce résidu fin qui, 
par suite de l'attaque du dépôt calcaire, s’est d'abord trouvé en suspension 
dans les eaux d'infiltration, a passé aisément au travers des dépôts meubles 
remplissant l'axe des puits, et s’est ensuite arrêté sur les bords et surtout 
au fond des puits, dont les parois difficilement perméables laissaient peu à peu 
infiltrer l'eau, mais arrétaient l'argile ferrugineuse qu'elle tenait en suspen- 
sion. L’argile rouge se forme constamment le long des parois, par suite de 
l'attaque continuelle du calcaire ; ce dépôt s’épaissit donc peu à peu et s’avance 
lentement au sein de la roche, au fur et à mesure de la dissolution du calcaire 
et de l'agrandissement des puits. 

Les poches d'altération des sables calcarifères des environs de Bruxelles 
nous ont montré, dans certains cas, des phénomènes absolument identiques, 
dont l’origine ne saurait être contestée. 

Nous avons dit plus haut que Île résidu sableux remplissant certains puits 
naturels de la craie peut provenir en partie des terrains de transport recou- 
vrants qui s’y sont graduellement effondrés. 

De méme, les eaux d'infiltration, avant d'attaquer la craie, peuvent avoir 
traversé et oxydé un dépôt quaternaire ou autre, et s'être chargées, au sein 
de celui-ci, de particules limoneuses ou d’un résidu argilo-ferrugineux pro- 
venant de l'attaque de ce terrain superficiel, résidu qui se joint ainsi à celui 
résultant de la dissolution du dépôt calcaire. 

Le croquis suivant (fig. 26) représente les données principales d’une 
coupe publiée par M. Van Horen ! et dans laquelle on voit deux puits natu- 
rels æ et y creusés dans la craie sénonienne du Brabant, dans un talus entre 
Jandrin et Wansin. | 

Le massif crétacé À est recouvert d'un dépôt d'âge indéterminé, passant 
vers le bas à un sable brun rougeâtre B; tous les deux sont oxydés et décal- 
cifiés; le dernier seul pénètre dans les puits, comme en x. Ils sont séparés de 
la craie par un mince lit d'argile brune ferrugineuse a, qui suit toutes les 
irrégularités de la surface de la craie et borde les puits dans toute leur 


1 F. Van Horen, Sur l’existence de puits naturels dans la craie sénonienne du Brabant 
(BuLL. ACAD. ROYALE DES SCIENCES DE BELGIQUE, 2° sér., t. XXX, n° 7, 1870, p. 57). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 1925 


étendue, les remplissant même entièrement lorsqu'ils sont de petite dimen- 
sion, comme en y. D'après M. Van Horen, et suivant l'opinion exprimée par 
M. le professeur Dewalque, dans son rapport sur le travail de ce dernier, 


À Craie blanche traversée par les puits x, y. 
B Sable rougeâtre oxydé se reliant au tufeau remanié C. 
D, E Diluvium et limon quaternaire, altérés. 


l'argile brune a, imprégnée de limonite, ne saurait être considérée comme le 
résidu laissé en place par la dissolution des couches superficielles C, D, E. 
M. Dewalque, dans son rapport, dit que « la formation de l'argile brune 
résulte de l'infiltration des eaux superficielles, qui arrivent à la craie, char- 
gées de particules limoneuses en suspension, lesquelles s'arrêtent à Ja surface 
de la craie, roche infiniment moins perméable que les sables qui la recou- 
vrent et y forment lentement la couche argileuse dont il s'agit, tandis que la 
craie est dissoute par l'acide carbonique. » 

Tout en admettant, en partie, ce mode de production du résidu argileux a, 
nous croyons cependant le phénomène plus complexe. Suivant nous, la couche 
en question résulte, non-seulement de l'arrêt, causé par le filtrage mécanique 
des matières en suspension dans les eaux d'infiltration, mais encore et surtout 
de l'attaque de la roche crayeuse, dont les sels ferreux , oxydés et mis en 
liberté, en même temps qu'une certaine proportion d'argile, donnent nais- 
sance à ce résidu rougeàtre ferrugineux. 

La couleur et les caractères lithologiques de la couche d'argile brune a, 


126 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


la proportion d'éléments ferrugineux qu’elle renferme et son égal développe- 
ment sur les surfaces horizontales et verticales, sa puissance uniforme sur 
toutes les parois des puits qu'elle borde, sont autant de caractères montrant 
clairement [a nature chimique de ses relations avec les surfaces qu’elle 
recouvre. Ces caractères seraient tout autres si l’argile brune a était produite 
par un phénomène mécanique de descente verticale. 

Mais on pourrait toutefois admettre que les matières entrainées par les 
eaux d'infiltration se soient confondues avec le résidu de dissolution sur place 
et que la réunion de ces dépôts semblables, mais d'origines différentes, ait 
donné lieu au développement assez considérable de la couche argileuse qui 
recouvre la surface de la craie et tapisse les parois et le fond des puits. 

En thèse générale, les zones d'altération qui, sous forme de filons verti- 
caux ou obliques, traversent de haut en bas les roches calcaires mises à nu 
dans les talus, représentent, comme dans la figure 26, des coupes faites au 
travers de véritables puits, c'est-à-dire de poches allongées, plus ou moins 
cylindriques, s’enfonçant irrégulièrement et à des profondeurs variables au 
sein de la roche. Mais il n’en est pas toujours nécessairement ainsi. 

Il peut arriver que la surface visible altérée représente la section transver- 
sale d'une zone étendue de sédiments allérés, se prolongeant le long d’une 
fente ou d’une fracture ayant donné naissance à la zone d’altération et qui 
aurait élé rencontrée par le talus ou la coupe de terrain exhibant cette section. 

Si les fentes ayant servi de centre d'attraction aux eaux d'infiltration el 
par conséquent aux phénomènes d’altération, s’enfoncent obliquement dans le 
dépôt calcareux, les zones d’altération paraîtront évidemment obliques dans 
la section du terrain. Elles s'y présenteront sous la forme apparente d’un 
« puits » oblique, sinueux et quelquefois bifide, brisé ou contourné suivant 
la direction et la disposition des fentes préexistantes ou bien suivant les 
diverses conditions de perméabilité des différentes parties d’un même dépôl. 

La figure 27 représente, d’après Stanislas Meunier, des puits naturels 
remplis d'argile rouge traversant le calcaire grossier à Ivry et montrant 
l’irrégularité d’allures de ces poches. 

On a observé en Angleterre, dans un dépôt crélacé redressé, une série 
de « puits » obliques situés les uns près des autres, tous parallèles entre eux, 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, ere. 197 


et qui n'étaient autre chose que les sections transversales de zones d’altéra- 
tion et de dissolution provenant de l'infiltration des eaux dans les joints de 
stratification du dépôt. 


Fic. 27. 


À Calcaire grossier traversé par des puits naturels. 
B Argile rouge. 
Cet D Limon quaternaire et terre végétale. 


De véritables puits cylindriques peuvent également prendre des formes 
irrégulières et sinueuses par suite de la variabilité des résistances que ren- 
contre l'infiltration des eaux. 

Une coupe verticale du terrain peut alors montrer des surfaces limitées 
d’altération formant des sections rondes ou ovales paraissant isolées au milieu 
des dépôts intacts. (Voir la figure 27 ci-dessus.) 

Les formes bizarrement contournées de certaines poches d’altération des 
sables éocènes des environs de Bruxelles, surtout dans les couches infé- 
rieures, permettent de se rendre compte, par analogie et avec une extrême 
précision, de tous les cas de ce genre rencontrés dans les puits naturels de 
la craie. 

Le meilleur moyen de s'assurer si un « puits naturel » est réellement une 
cavité cylindrique limitée, ou s’il représente la section transversale ou oblique 
d'un filon ou d'une zone étroite d’altération , se prolongeant au loin dans la 
masse du dépôt, consiste à vider de son résidu une certaine hauteur du 
« puits ». Si, après avoir enlevé le résidu, on rencontre une paroi circulaire 


198 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


ininterrompue formée par la roche intacte, on a évidemment alors affaire 
à une véritable poche produite par accroissement latéral et par approfondis- 
sements successifs. | 

La plupart des puits naturels observés dans les terrains crétacé, tertiaire, 
ou jurassique partent de la base du terrain quaternaire recouvrant. C'est 
assez dire que les phénomènes d’altération qui ont donné naissance à ces 
puits sont alors dus à linfiltration d'eaux météoriques post-tertiaires. 

Dans la craie, on a souvent reconnu que ces puits prennent naissance au 
fond de dépressions ou d’entonnoirs creusés dans la roche calcaire et remplis 
par les galets et les cailloux roulés du diluvium quaternaire. 

Il importe peu que ces entonnoirs proviennent eux-mêmes d'érosions 
mécaniques à la surface de la craie, antérieures au dépôt quaternaire, ou 
bien qu'ils soient le résultat d'une ablation produite par les phénomènes 
chimiques de dissolution. Suivant toute apparence, les deux causes ont agi 
simultanément, mais ce qui est bien certain, c'est que ces entonnoirs, de 
même que toutes les dépressions de la surface de la craie, ont servi et ser- 
vent encore actuellement de centres d'attraction et de réceptacles aux eaux 
météoriques. 

Des dépressions, insignifiantes d’abord, ont pu, par suite des phénomènes 
de dissolution, s’agrandir et s'étendre. Les eaux atmosphériques s'accumulant 
sans cesse et depuis des siècles dans les cavités préexistantes ou en voie de 
formation et se rassemblant constamment vers le centre de celles-ci, ont fini, 
en dissolvant peu à peu le calcaire sous-jacent, par se frayer des chemins 
représentés par ces puits ou orgues géologiques. Îl est à noter que plusieurs 
de ces puits, très-profonds et très-anciens, servent d'écoulement aux eaux 
du sol, qui peuvent ainsi atteindre, dans le sein de la terre, des couches pie 
perméables, où elles se répandent en nappes souterraines. 


On a remarqué que les puits naturels sont plus rares dans les couches 


sableuses que dans les dépôts calcaires compactes. C'est une conséquence 
toute naturelle de la facilité d'imprégnation des dépôts meubles, dont la masse 
se laisse traverser d'une manière plus uniforme et plus aisée par les eaux 
d'infiltration, qui ne doivent pas s’y creuser lentement et graduellement des 
conduits spéciaux d'écoulement. 


a Vo 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 129 


De même, les puits naturels de la craie, qui représentent des phénomènes 
localisés d'infiltration et d’altération des roches crayeuses, s'observent surtout 
dans les régions où la surface de celles-ci se trouve généralement protégée 
ou recouverte par des dépôts imperméables, tandis que l'argile à silex, qui 
représente un phénomène général d’altération, est surtout développée dans 
les contrées où toute la surface de la craie a été ou est encore directement 
soumise à l'influence des agents météoriques. 

Avant de terminer les considérations relatives aux puits naturels, nous 
ferons remarquer que des phénomènes analogues à ceux produits par l’infil- 
tration des eaux superficielles depuis le dernier retrait des eaux de la mer, 
ont également dû avoir lieu à des périodes continentales antérieures. C'est 
pourquoi l’on peut parfaitement rencontrer dans le sein de l’écorce terrestre 
des puits naturels anciens, ne recevant plus les eaux d'infiltration auxquelles 
ils ont servi de conduits d'écoulement pendant d'anciennes phases d'émer- 
sion. Ces puits aboutissent alors vers le haut à d'anciens dépôts terrestres, à 
moins que des dénudations postérieures à leur formation n'aient fait dispa- 
raitre ces dépôts continentaux. 

Ce sont là des cas analogues, dans leurs relations avec le terrain environ- 
nant, à celui des argiles à silex anciennes que l’on trouve, surmontant la 
craie, sous des dépôts tertiaires imperméables ou non traversés par les infil- 
trations actuelles. 

Lorsque, par suite d’infiltrations intenses et prolongées, la dissolution du 
carbonate de chaux s'est opérée sur une grande échelle, dans un dépôt de 
craie traversé par des bancs réguliers et nombreux de silex, on observe parfois 
au-dessus de la craie des zones épaisses ou des poches localisées, d’où le 
calcaire a entièrement disparu et où les rognons de silex, pressés les uns 
contre les autres, forment des accumulations. parfois considérables, qu’au 
premier abord on serait tenté d'attribuer à un puissant phénomène de dénu- 
dation et de ravinement. Des observateurs non prévenus y ont été trompés, 
bien qu’il suffise d’un examen attentif pour s'assurer aisément que l'on se 
trouve en présence d’une simple apparence de remaniement, due à la disso- 
lution de la gangue crayeuse des rognons de silex et au tassement de ceux-ci 
en amas, dont les éléments sont parfaitement intacts et non roulés. 

Toue XLIV. 17 


130 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Avec un peu d'attention, on peut même retrouver dans la série verticale 
des silex ainsi accumulés les caractères différentiels qui distinguent générale- 
ment les zones superposées de bancs de silex en place dans les dépôts 
crayeux intacts. 

Sous l'influence des agents météoriques et surtout de l’infiltration des eaux 
pluviales, certaines roches calcaires argileuses se transforment peu à peu en 
dépôts meubles, favorables à la culture. Parmi les modifications qu'ont alors 
subies ces dépôts, on remarque invariablement, dans les analyses qui ont été 
faites, la dissolution ou tout au moins la diminution considérable du carbonate 
de chaux et l’oxydation des éléments ferreux changés en hydrate ferrique, 
imprégnant et colorant le résidu décomposé de la roche. 

La marne, soumise aux phénomènes d'infiltration, s’altère d'une manière 
très-sensible, surtout lorsqu'une certaine quantité de particules finement 
sableuses la rend assez facilement perméable. 

Nous avons eu l’occasion, à diverses reprises, de constater d'intéressants 
phénomènes d'altération dans les marnes pliocènes du midi de la France et 
de l’Ttalie. 

Les marnes bleues, qui représentent dans ces contrées un horizon plio- 
cène très-étendu et bien défini, sont ordinairement recouvertes d'une zone 
jaunâtre, sableuse, paraissant, le plus souvent, constituer un dépôt distinct 
des marnes bleues sous-jacentes. En certains points, cette zone paraît même 
avoir été confondue, surtout lorsque les fossiles y font défaut, avec les dépôts 
d’un horizon pliocène supérieur : les sables jaunes astiens. 

Nous avons aisément pu reconnaitre que le sable argileux jaunâtre sur- 
montant les marnes bleues ne représente le plus souvent autre chose que la 
zone superficielle altérée de celles-ci, dont le carbonate de chaux est dissous 
en tout ou en partie et dont les sels ferreux, oxydés, imprègnent le dépôt 
de leur coloration jaunâtre. Les coquilles de la zone altérée sont friables, 
décomposées ou bien tombent en bouillie; parfois elles sont entièrement 
dissoutes et il n’en reste alors, dans les sables un peu concrétionnés, qu'un 
moulage absolument vide. Lorsque l’altération est moins intense, les fossiles 
peuvent rester en assez bon état au milieu des sables marneux oxydés et 
jaunis. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 131 


Il est à remarquer que la zone superficielle altérée de ces marnes pliocènes 
se présente à peu près partout avec la même épaisseur : la partie restée intacte 
et bleuâtre du dépôt marneux varie seule d'épaisseur. Dans les localités où 
les couches pliocènes sont extrêmement amincies par le fait de dénudations 
ultérieures, la zone jaunâtre n’en persiste pas moins et forme invariablement 
le sommet du dépôt marneux; parfois même la zone bleuâtre disparait et se 
trouve entièrement remplacée par les sables marneux jaunâtres et oxydés. 
Cette circonstance qui, de même que l'identité des éléments fauniques dans 
les deux dépôts, s'oppose entièrement à l'hypothèse de deux couches dis- 
linctes, est la conséquence du processus des phénomènes d'infiltration ayant 
affecté partout une épaisseur constante de ces dépôts homogènes et suffisain- 
ment compactes. 

À ce sujet, on ne peut s'empêcher d'espérer qu'un jour peut-être, lorsque 
des expériences auront élé faites pour calculer le temps nécessaire pour 
effectuer l’altération d’une épaisseur donnée de ces marnes pliocènes, il sera 
possible d'obtenir, à l’aide de cette base naturelle, l'évaluation approximative 
du temps qui s’est écoulé depuis l'émergence des dépôts pliocènes jusqu'à 
nos jours. Peut-être aussi que des séries de résultats de ce genre, judicieu- 
sement choisis, permettront un jour aux géologues de déterminer avec plus 
de précision qu'aujourd'hui la durée probable de la période quaternaire? Il y 
a là, en tout cas, un curieux champ d'étude à explorer, mais que nous nous 
bornerons simplement à indiquer. 


132 LES PHÉNOMENES D’ALTÉRATION 


ANNEXE. 


LES INFILTRATIONS DANS LES DÉPÔTS QUATERNAIRES. 


Nous avons dit, en terminant le chapitre relatif aux roches argileuses, que 
nous comptions reporter, après l'étude des phénomènes d'altération dans les 
terrains calcaires, tout ce que nous avions à dire des dépôts quaternaires. 

Ces dépôts, par le fait même de leur superposition au-dessus de tous les 
autres, constituent la nappe superficielle par excellence et doivent étre le 
siége de phénomènes d'infiltration plus intenses et plus généraux que dans 
les autres terrains de l'écorce terrestre. On peut donc à priori admettre 
qu'ils ont subi des altérations considérables, et cela sous tous les facies 
lithologiques qu'ils présentent et dans les diverses contrées dont ils recou- 
vrent le sol. 

C'est la variabilité très-grande de leurs éléments constitutifs qui nous a 
empéché de rattacher l'étude des terrains quaternaires au chapitre des roches 
argileuses ou calcaires. Ces terrains forment un groupe naturel et important, 
au point de vue de l'étude des phénomènes d'altération par infiltration, et 
bien que nous n'ayons fait porter nos recherches que sur deux de leurs types : 
le limon hesbayen de Belgique et le diluvium du bassin de Paris, l'exposé 
des résultats acquis sera, croyons-nous, suffisant pour montrer l'importance 
du champ d'investigation qui s'ouvre ici devant l’observateur. Ainsi se trou- 
vera en même temps juslifiée l’adjonction de cette annexe aux chapitres 
précédents, conçus sur un plan un peu différent. 

Nous nous occupons d’abord du LIMON HESBAYEN. 

On sait que ce dépôt, qui recouvre le sol ondulé d’une grande partie de la 

moyenne Belgique, à gauche de la vallée de la Meuse, s'étend également 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 133 


dans une vaste région comprenant une partie des Pays-Bas et de la Prusse 
rhénane. Cette couche superficielle, connue aussi sous le nom de /oess, lehin 
ou limon quaternaire, se retrouve encore sur les plaines et les coteaux d’une 
grande partie de la région nord et nord-est de la France, comprenant la 
Beauce, la Brie, la Normandie, la Picardie, l’Artois et les Flandres. Ce limon 
quaternaire, qui se retrouve encore en d’autres contrées, est remarquable par 
la constance de ses caractères et l’homogénéité de sa composition. Partout il 
recouvre comme d’un manteau toutes les ondulations du sol et, surmontant 
tous les autres dépôts de ces diverses régions, il n’est jamais recouvert par 
aucun autre. 

Étant données, d’une part, la situation de ce dépôt ainsi que sa composi- 
tion, et, d'autre part, l'influence spéciale des eaux d'infiltration, on doit s’at- 
tendre à rencontrer dans le limon les traces des phénomènes d’altération si 
généralement constatés dans les couches superficielles de l'écorce terrestre. 

Or, si nous examinons la composition du limon quaternaire dans les 
diverses contrées qu'il recouvre, nous voyons que partout on y a constaté 
deux masses, considérées par la plupart des géologues comme étant d'ori- 
gine et d'âge différents. 

L’étage inférieur, reposant, soit sur le diluvium quaternaire à gros élé- 
ments , soit sur des terrains plus anciens, est constitué par un limon fin et 
cohérent, légèrement stratifié, surtout vers la base du dépôt, plus sableuse 
que le sommet, où prédomine l'argile. Outre une forte quantité de calcaire 
pulvérulent, le limon contient ordinairement des concrétions calcaires dis- 
persées dans sa masse qu irrégulièrement alignées. Sa coloration est d’un 
brun jaunâtre assez clair. 

En fait de restes organiques ou fossiles, le limon renferme surtout des 
coquilles terrestres et fluviatiles des genres : Helix, Succinea, Pupa, etc. ; 
on y trouve aussi des ossements, mais plus rarement que dans le diluvium 
sous-jacent, à gros éléments. De plus, ils y sont épars et à l’état remanié. 

Au-dessus du limon calcareux, on a reconnu, dans toutes les contrées 
où le loess se rencontre, l'existence d’une mince zone recouvrante, à élé- 
ments fins et argileux, et entièrement dépourvue de matières calcaires et 
de fossiles. 


134 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Cette zone superficielle est variable dans sa nuance, mais elle est généra- 
lement d’un brun foncé rougeâtre, coloration qui contraste parfois vivement 
avec la teinte plus claire et jaunâtre du limon calcarifère sous-jacent. 

Tandis que le loess ou limon calcaire présente un développement souvent 
très-considérable et atteint, comme en Allemagne, par exemple, plusieurs 
centaines de pieds d'épaisseur, la zone argileuse supérieure offre partout une 
épaisseur singulièrement constante, atteignant généralement 2 mètres, et 
ne dépassant jamais 3 mètres au maximum. Partout aussi, on a remarqué 
que le limon supérieur argileux est en relation telle avec les ondulations du 
sol, que sa surface de contact avec le limon calcareux est généralement 
parallèle à la surface du sol. Lorsque le dépôt quaternaire a moins de 1",50 
à 2 mètres d'épaisseur, la zone calcareuse fait presque toujours défaut et la 
zoue argileuse brunâtre — autrement dit la terre à brique — est seule 
présente. 

La figure 28, qui représente une coupe relevée par M. A. Rutot dans les 
travaux de Wyngaerdberg, à Saint-Josse-ten-Noode, près Bruxelles, montre 
clairement les différences d’allures des deux zones du limon quaternaire, 
ainsi que la constance d'épaisseur de la zone supérieure. Cette coupe a été 
prise entre la rue du Cardinal et l'avenue de la Renaissance, longeant l'an- 
cienne Plaine des manœuvres. 

La figure 6 de la planche rend également compte du parallélisme exis- 
tant entre la zone de limon brun ou supérieur et la surface du sol. 


Fic. 28. 
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À Sables laekeniens. 

B Sables wemmeliens. 

C Limon calcarifère jaunâtre (2®,50 d'épaisseur). 

D Limon décalcifié, brun et argileux (2 m. d'épaisseur), 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 135 


De l’ensemble des faits qui viennent d’être exposés, il résulte clairement 
que les relations des deux zones du limon sont celles des parties normales et 
des parties altérées d’un même dépôt, et, après ce que nous avons déjà dit 
du métamorphisme par infiltration, on saurait difficilement douter encore 
que la mince zone décalcifiée qui recouvre le limon calcaire soit autre chose 
que le résidu altéré sur place de la partie supérieure du limon calcaire. 

Cela est d'ailleurs si évident pour l'observateur attentif que déjà, avant 
nous, des géologues, n'ayant pas reconnu l'importance du phénomène d'alté- 
ration des dépôts superficiels par les eaux météoriques, mais ayant soigneu- 
sement étudié les dépôts quaternaires, out reconnu le fait que nous venons 
d'énoncer. Ils ont parfaitement compris que la production du limon supé- 
rieur rougeâtre et décalcifié ne pouvait étre due qu’à l’action dissolvante 
et oxydante des eaux d'infiltration chargées d'acide carbonique sur le 
limon calcareux, qui primitivement formait toute la masse du dépôt qua- 
lernaire. 

Cette opinion n'a malheureusement pas prévalu, ce qui nous engage à 
signaler rapidement quelques faits montrant la parfaite exactitude de la thèse, 
qu'après MM. Koechlin-Schlumberger !, Van Horen ? et d’autres encore, 
nous défendons aujourd’hui. Ces exemples serviront surtout à expliquer cer- 
taines contradictions apparentes que l’on a cru pouvoir opposer à l'identité 
d'origine des deux zones du limon quaternaire. 

Sans insister davantage sur la constance signalée tantôt dans l'épaisseur 
et dans l'allure de la zone supérieure argileuse, sur l'absence presque absolue 
d'éléments calcaires ainsi que de fossiles dans ce dépôt, sur sa coloration bru- 
nâtre ou rougeâtre, indice ordinaire de l’hydratation des sels ferreux, nous 
rappellerons cependant que ce sont bien là tous les caractères d’un dépôt 
altéré. Quant à la présence constante dans le limon argileux de l'agent habituel 
d’altération, l’eau d'infiltration, elle ne peut être contestée. Qui n’a remarqué, 
en effet, au-dessus du loess (lehm ou ergeron) jaunâtre, toujours sec et friable 
sous la pression du doigt, la zone humide que forme au-dessus de lui la 


1 Bull. Soc. géol. de France, 2° sér., t. XVI. 
2 F. Van Horen, Vote sur quelques points relatifs à la géologie de Tirlemont (BuLL. Acan. 
ROYALE DES SCIENCES DE BELGIQUE, 2° sér., t. XXV, p. 645). 


136 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


couche argileuse ! Pour se convaincre de la présence de l’eau à ce niveau, 
il suffit d’ailleurs de faire une expérience bien simple. 

On prendra, dans une coupe de terrain exhibant les deux « zones » du 
limon quaternaire, des échantillons de chacune d'elles et on les pèsera avec 
soin. On les laissera sécher et, au bout d’un laps de temps suffisant, on pèsera 
de nouveau. Se représentant ensuite muni des échantillons devant la méme 
coupe, on les comparera avec les sédiments restés en place. 

Le limon calcareux n'aura pas changé de poids ni de couleur, tandis que 
le limon supérieur argileux montrera clairement, par le poids perdu et par 
sa différence d'aspect avec le dépôt correspondant resté en place, la forte pro- 
portion d’eau qui s’y trouvait infiltrée. 

Or, après tout ce que nous avons dit de l'énergie des eaux d'infiltra- 
tion, il suffit de constater leur présence dans un dépôt superficiel oxydé et 
privé de calcaire, pour ne plus pouvoir conserver de doute sur son origine 
chimique. 

On notera qu’en été et pendant les longues sécheresses il sera toujours 
moins aisé de s’apercevoir de la présence de l’eau d'infiltration dans le limon 
supérieur : mais alors on remarquera, par contre, que le contact du limon 
argileux avec le limon calcareux devient moins net; une zone de transition 
insensible paraît alors les relier l'un à l’autre : fait absolument impossible à 
concilier avec la thèse de deux dépôts distincts superposés l’un à Pautre. 

En hiver, au contraire, et pendant la saison des pluies, la ligne de sépa- 
ralion s’accentue et tend à s'abaisser dans les coupes ou talus montrant les 
deux zones du limon. | 

C'est encore, comme l’a fait remarquer M. Van Horen, à l'humidité con- 
tenue dans le limon argileux qu'est due la production, par la gelée, de ces 
arborisations de glace qui, en hiver, couvrent la surface des coupes prati- 
quées dans le limon argileux et qui manquent complétement dans le limon 
calcareux. Le même observateur ajoute que c’est aussi l'humidité du limon 
argileux qui attire les lombricides, qui y pénètrent si généralement, tandis 
qu'ils ne s’enfoncent jamais dans le limon calcareux, quelle que soit sa dis- 
tance du sol. 

Un ou deux cas ont été portés à notre connaissance dans lesquels le limon 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS. src. 137 


inférieur était au moins en partie manifestement imprégné d'humidité. Mais 
ce limon reposait alors sur une couche tertiaire perméable peu épaisse, sur- 
montant elle-même un lit argileux imperméable. C'était la nappe souterraine 
imbibant le dépôt tertiaire perméable qui venait humecter par-dessous le 
limon inférieur. 

Comme les eaux souterraines sont en grande partie privées de leurs gaz 
oxydants et dissolvants, par le fait même de leur infiltration et de leur séjour 
prolongé dans le sol, elles ne peuvent faire subir aux dépôts calcaires qu'elles 
rencontrent les mêmes altérations que les eaux superficielles d'infiltration 
chargées de gaz, sans cesse renouvelées et entrainées au travers des dépôts 
de la surface. 

Les eaux souterraines peuvent cependant donner lieu à des phénomènes 

de décalcification assez sensibles, comme le montre l'observation suivante, 
faite par M. J. Ortlieb dans le département du Nord : « J'ai constaté récem- 
» ment, dit cet excellent observateur ‘, dans le limon de Croix, épais de 
» 2,50, l'absence aussi complète du calcaire dans le bas que dans le haut 
de l’assise, tandis que la partie moyenne était formée d’une masse calca- 
reuse, différente de l’ergeron normal ?, chargée de petits nodules de 
calcaire concrétionné. En ce point, le limon repose sur l'argile tertiaire 
compacte. On est donc fondé à penser que l'eau souterraine du niveau 
d’eau déterminé par la couche imperméable possède parfois la même action 
chimique que l’eau pluviale . » 
M. Koechlin-Schlumberger #, voulant expliquer l’origine des rognons cal- 
caires si constants dans le limon calcaire ou loess, a tenté d'établir que, 
par suite de l’action des eaux d'infiltration, le calcaire de la zone supérieure 
du limon a été dissous et entrainé dans les strates inférieures, où il aurait 
formé, par concrétionnement, les rognons et les cylindres de calcaire. 


{ Ann. Soc. géol. du Nord, 1. VI, 1878-79, p. 310. 

2 « Différente.. par un commencement d'oxydation des sels ferreux, » nous écrit M. Ortlieb, 
dans une lettre développant l’idée contenue dans ce membre de phrase, un peu obseur, et qui 
pouvait être interprété différemment. | 

5 J. Onrues, Réponse à la Note de MM. Rutot et Van den Broeck : Quelques mots sur le 
quaternaire (Ann. Soc. céoL. pu Nonp, 1. VI, 1878-79, p. 310). 

# Loc. cit. | 


Tower XLIV. | 18 


138 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


M. Van Horen réfute cette opinion en faisant remarquer que la séparation 
assez nelle existant entre les deux zones du limon indique que les infiltra- 
tions n'ont pu traverser la masse du dépôt quaternaire pour former jusqu'à 
sa base les rognons qu'il contient. Cet observateur signale en outre l’impos- 
sibilité d'admettre que l'enlèvement du calcaire dans 2 ou 3 mètres de limon 
pût suflire à produire le volume considérable de matières calcaires représenté 
par les rognons du limon inférieur, souvent très-épais. 

Tout en reconnaissant la valeur de ces arguments, on pourrait cependant 
admettre une certaine relation entre les deux phénomènes, en ce sens que, 
chargées de sels calcaires, les eaux descendues de la zone supérieure auraient 
pu, dépourvues alors de leurs propriétés oxydantes et dissolvantes, s’infiltrer 
dans la masse calcarifère sous-jacente sans y opérer aucune action de 
décomposition. Elles auraient pu, aussi, vers la base du dépôt calcarifère, 
provoquer ou bien simplement accentuer, par le fait d’une saturation de 
l'élément calcaire, un phénomène d'attraction et de déplacement moléculaire 
comparable, sinon identique, à celui qui a produit les grès des terrains sableux, 
les rognons de silex de la craie, les phtanites du terrain houiller. Le phé- 
nomêne de concrélionnement du limon calcaire à sans doute commencé à 
s'effectuer antérieurement à l'établissement du régime des altérations par 
infiltration, lesquelles se seront bornées à n'avoir eu sur ce phénomène 
qu'une simple influence accélératrice. 

Les observateurs qui voient dans l’ergeron et dans le limon supérieur deux 
dépôts distincts, signalent, outre les différences d'aspect et de composition 
de ces couches, une ligne de démarcation stratigraphique qui, disent-ils, 
bien que difficile à retrouver partout, apparait parfois très-nettement indi- 
quée par des lits de galets et de cailloux ou par des surfaces indiscutables de 
dénudation et d'affouillement. 

Ces observateurs, avant de déterminer et de définir la nature des rela- 
tions et l'aspect du contact entre l’ergeron et le limon supérieur, devraient 
d'abord se demander si les coupes où ils ont noté des lits séparatifs de cail- 
loux , etc., représentaient bien en réalité le « limon supérieur » in situ. 

L'étude raisonnée des phénomènes quaternaires et modernes d’alluvion- 
nement et un examen attentif des conditions locales leur prouveraient aisé- 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 139 


ment, que la présence de lits de cailloux ou de surfaces réellement ravinées 
à la base du limon brun ou supérieur provient généralement, M. Rutot et 
nous l'avons constamment reconnu sur tous les points où nous avons étendu 
nos recherches, de l’une des trois causes suivantes : 

4° Lorsque l'épaisseur du limon quaternaire ne dépasse pas 2 ou 3 mètres, 
la masse tout entière du dépôt est souvent infiltrée et changée en terre à 
briques. 

Ce cas se présente très-fréquemment et les cailloux de la base du limon 
calcareux paraissent alors former la base de la « terre à briques », tandis 
qu'ils représentent en réalité les cailloux de la base du limon quaternaire. 

(Voir comme illustration de ce cas l'extrémité gauche de la figure 21.) 

2° La plupart des limons des vallées, bien qu'ayant conservé l'aspect 
et les propriétés du limon quaternaire des plateaux, ne sont pas #n situ. 
Ils ont été déposés par les phénomènes d’alluvionnement des époques quater- 
naire et moderne, qui ont affouillé, remanié et déposé à nouveau les divers 
éléments préexistants des dépôts quaternaires ou plus anciens, aux dépens 
desquels ils sont formés. 

La présence de lits de cailloux dans ces limons de lavage et dans ces 
alluvions d’âges divers n’a aucune signification dans la question des carac- 
tères stratigraphiques du limon quaternaire. 

Des cailloux, suivis de limons argileux, peuvent avoir été entrainés par les 
eaux courantes et déposés au-dessus de l'ergeron normal ou au-dessus d’autres 
limons, dans le fond ou sur les flancs des vallées, sans que ce fait ait plus 
d'importance ou de signification que tous les autres phénomènes locaux 
d’alluvionnement et de sédimentation fluviale. 

Nous renverrons, pour de plus amples détails, à la notice récemment 
publiée par M. Rutot et nous sur Les phénomènes post-tertiaires en Belgique, 
dans leurs rapports avec les dépôts quaternaïres et modernes 1. 

3° La grande facilité que possède le limon argileux à se laisser entrainer 
mécaniquement et à s'élendre en nappes remaniées, sous l’action des eaux 
pluviales ou d'agents physiques analogues, explique encore la fréquence du 


‘ Ann. Soc. géol. du Nord, t. VII, 4879-80, p. 53. Voir aussi, par les mêmes : Quelques mots 
sur le quaternaire, idem, t. VI, 1878-79, p. 215. 


140 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


déplacement de la terre à briques et la production d'apparences trompeuses 
de démarcations stratigraphiques au sein du limon quaternaire. 

Par suite d’entrainements et d’épanchements causés par les pluies et par le 
ruissellement des eaux superficielles, le limon argileux remplit très-souvent 
les dépressions et les anfractuosités du sol, formé, soit par la surface de 
l’ergeron normal, soit par une couche de limon altéré, reposant sur celui-ci. 
Dans ce dernier cas, le remaniement produit peut introduire des galets épars 
ou bien disposés en lits dans le sein du dépôt limoneux ainsi formé, resté 
in situ dans le bas et remanié vers le haut. 

Attacher quelque importance à des’ faits de ce genre serait vouloir tirer 
des conséquences géologiques de la superposition, souvent constatée, du 
limon argileux sur la tourbe récente, ou sur un sol renfermant des vestiges 
de civilisation, ou bien encore, comme cela a été signalé dans le Hainaut, sur 
des fondations d'habitations de l’époque romaine. 

En résumé, nous pouvons affirmer que les lits de galets ou de cailloux qui 
ont été signalés à la base ou dans la masse du limon argileux ont la signifi- 
cation indiquée par l’une des trois causes qui viennent d’être mentionnées ou 
bien toute autre analogue !, et nous en conclurons que l’argument tiré de la 
présence de cailloux dans le limon argileux est absolument impuissant à 
combattre la thèse de la formation chimique de la « terre à briques ». 

Dans la grande majorité des cas, le limon brun argileux ou supérieur 
est séparé du limon jaune calcaire par une ligne de démarcation horizontale 
ou ondulée, paraissant au premier abord nettement tranchée. Mais il suffit 
d'examiner de près une coupe fraiche pour se convaincre que cette prétendue 
ligne de démarcation n'existe qu'en apparence; elle est due surtout à la dif- 
férence de teinte donnée au dépôt supérieur par la présence de l'humidité qui 
l'imprègne, ainsi que par l'oxydation des sels ferreux qui ont en quelque sorte 
rouillé le dépôt, privé en même temps de ses éléments calcaires blanchâtres. 


1 Si, par exemple, il était constaté que l’ergeron lui-même ou limon calcaire, contint en une 
région donnéc des cailloux, il n’y aurait rien que de très-naturel à retrouver ceux-ci dans le 
sein du limon décalcifié ou changé en terre à briques; mais alors ces cailloux seraient épars ou 
disposés en lits à des niveaux quelconques. Ils ne formeraient nullement un niveau séparatif 
entre l'ergeron calcaire et le limon argileux. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 14 


Un examen attentif montre qu'il existe toujours entre l’ergeron et le 
limon supérieur in situ une transition insensible (voyez fig. 29 a). 

L'épaisseur seule de cette zone mixte varie : elle dépend de la quantité 
d'humidité absorbée, de la proportion d'argile ou de sable existant dans le 
limon suivant la hauteur du point attaqué. Enfin, une même section de terrain 
peut montrer, suivant les saisons, des variations sensibles dans l'épaisseur de 
cette zone de passage ainsi que dans son accentuation. 

On ne saurait nier que le fait incontestable de la transition insensible si 
fréquemment observée entre les deux zones du limon ne soit une preuve 
sérieuse de leur origine commune; mais une démonstration plus décisive 
encore est fournie par ce fait capital que cette transition apparait inva- 
riablement là où le limon quaternaire n’a pas été remanié par les phé- 
nomènes d’alluvionnement postérieur ou de glissement, c’est-à-dire sur les 
plateaux. 

Jamais en effet nos contradicteurs n'ont pu nous montrer des lits de cail- 
loux, ou d’autres indices de séparation stratigraphique réelle, entre les deux 
zones du limon observées sur les plateaux que n’ont point recouverts et 
remaniés les cours d'eaux quaternaires ou modernes et dont la disposition 
topographique n’admet pas de phénomènes de glissement. 

Le limon calcaire ou ergeron est friable et finement sableux, tandis que 
le limon supérieur contient une forte proportion de matières argileuses. On a 
opposé ce résidu argileux à la thèse de l'origine chimique du limon supérieur, 
en faisant observer qu'un phénomène d'altération par décalcification et oxy- 
dation d’un dépôt calcaréo-sableux ne saurait donner lieu à la production 
d'une aussi grande quantité d'argile. 

Cette objection serait sérieuse si Pergeron représentait un dépôt homogène 
dans toute sa masse. Mais il en est autrement, car l’on sait en effet que 
l'ergeron, fortement sableux vers sa base, devient de plus en plus fin et 
meuble en montant, et se charge de fines particules argileuses, qui aug- 
mentent à mesure que l’on se rapproche du sommet. 

Or, la zone superficielle, celle généralement altérée, est précisément con- 
stituée par l'accumulation des particules les plus fines et les plus argileuses 
du limon quaternaire. L'argile qu'on y constate ne dérive donc pas seule- 


142 | LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION 


ment du processus d’altération — qui n’a qu’une action restreinte à ce point 
de vue — mais surtout de la constitution normale du sommet du dépôt. 

La preuve décisive de ce que nous avançons à cet égard résulte de 
ce fait, toujours facile à vérifier et déjà signalé par nous ailleurs !, que 
a lorsque, par suite de l'ablation du sommet de l’ergeron, le phénomène d'al- 
tération atteint les zones moyenne ou inférieure du limon calcaire, ces parties 
du dépôt, transformées en terre à briques, tout en ayant l'aspect et la couleur 
du « limon supérieur » sont infiniment plus sableuses et contiennent une 
proportion moindre de matières argileuses. Cela est tellement vrai que les 
briquetiers ne sont pas alors obligés d'y ajouter du sable, comme ils le font 
ordinairement lorsque la terre à briques qu’ils exploitent est formée aux 
dépens du sommet plus argileux du dépôt. » 
= «Îlest donc bien entendu, ajoutions-nous encore, que lorsque nous disons 
que la terre à briques représente le résidu altéré de l'ergeron, nous avons en 
vue la partie de celui-ci qui a été modifiée et non celle sous-jacente, d'autant 
plus différente dans ses proportions d'argile et de sable qu'on s'éloigne 
davantage du sommet du dépôt. » 

Continuons à rencontrer les objections qu’à soulevées la thèse de l'origine 
chimique du limon supérieur; nous verrons qu'aucune d'elles ne se main- 
tiendra devant l'exposé rationnel des conséquences du phénomène. 

Les observateurs qui se sont occupés des relations du limon supérieur 
avec le limon calcareux ont diversement décrit les apparences de la prétendue 
ligne de contact des deux dépôts. 

Alors que les uns, qui parfois aussi y observaient des lits de cailloux, 
mentionnaient cette ligne de contact comme indiquant une surface tour- 
mentée et érodée par de véritables ravinements (voir fig. 29 b), d'autres y 
voyaient une ligne de démarcation à peine sinueuse et d'autres encore trou- 
vaient celte ligne parfaitement horizontale ou bien parallèle aux ondulations 
et aux mouvements du sol (voir fig. 29 a). 

Faisant abstraction des cas, très-fréquents, mais localisés dans les vallées 
et dans les plaines basses, de glissement et de remaniement alluvial, ayant 


1 Ruror et Van DEN Broeck, Les phénomènes post-terliaires en Belgique, etc. (Ann. Soc. 
céoc. pu Non, t. VII, 1879-80). 


= = = 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 143 


souvent donné naissance aux premières de ces apparences, il reste établi que 
des allures réellement différentes existent dans la ligne de séparation des 
deux zones du limon quaternaire. 


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A Limon jaunûtre calcarifère. B Limon argileux brun. 
Dans la coupe a la séparation des deux zones se trouve vers le haut du limon quaternaire; dans la coupe b 
celle séparation se rapproche du bas de la couche, seul représente dans cette coupe. 


D'où cela provient-il ? D'une cause bien simple, que le raisonnement et 
l'expérience font aisément reconnaitre. 

Nous avons vu tantôt les éléments constitutifs du limon quaternaire 
classés dans ce dépôt par ordre de densité, comine dans tout dépôt formé 
par des eaux courantes diminuant peu à peu de volume et de rapidité. 

Les sables, les gros grains de glauconie et de sels ferreux , les particules 
grossières et pesantes se trouvent accumulés vers le bas et vers les parties 
moyennes du dépôt, tandis que les éléments fins et argileux se trouvent 
réunis au sommet. Mais, du fait même de cette disposition, qui est con- 
stante partout où s’observe le limon quaternaire, est résultée une difiiculté 
considérable dans l'attaque du limon et une égalité très-grande dans la 
marche générale du phénomène. 

L'infiltration des eaux superficielles a dû être fortement contrariée par la 
compacité et par la résistance que présentait le sommet argileux du limon; 
et telle est aussi la raison pour laquelle la zone altérée ou limon supérieur 
n'a, dans aucune région, en aucun point connu, pu dépasser 3 mètres !, 
quelle que soit d’ailleurs l'épaisseur du loess ou ergeron. 


1 Si, par suite d'expériences continuées pendant un certain temps, on pouvait apprécier 
l'épaisseur moyenne de la mince couche d’ergeron transformée en limon brun après un nombre 


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L 


144 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


C'est aussi par suite de l’imperméabilité de l’ergeron qu'une faible épaisseur 
de celui-ci suffit à remplir, au-dessus de sédiments meubles, le rôle de manteau 
protecteur; les infiltrations ne peuvent alors atteindre les couches sous-jacentes. 

Rappelons encore à ce sujet le remarquable exemple indiqué page 28 et 
illustré par la figure À de la planche, à propos de la présence de l'ergeron 
ou limon calcaire sur la rive gauche de la Senne, à Bruxelles. 

Sur la rive droite, le limon, rare et peu épais, a été partout infiltré et 
changé en terre à briques x’ dans toute son épaisseur. Sur la rive gauche, ce 
dépôt, plus épais et mieux développé, montre le plus souvent sa base intacte 
et calcarifère x ayant protégé, concurremment avec l'argile glauconifère C, les 
sables calcarifères laekeniens et wemmeliens D et E dans la plus grande partie 
de leur masse. | 

Si les couches A’ et B’ du sommet des hauteurs de la rive gauche ont 
été altérées, malgré la présence parfois constatée de la couche protectrice x, 
cela provient de ce que le limon n'étant pas continu au sommet de ces couches, 
les infiltrations verticales ont pu se propager dans ces sédiments, exposés 
en de nombreux affleurements à l’influcence des agents météoriques. 

Les rares points de la rive gauche où les sables laekeniens et wemmeliens 
se montrent altérés, comme en D' et E’, sont ceux où l'argile glauconifère ou 
bien le limon quaternaire n'ont plus l'épaisseur nécessaire pour jouer le rôle 
d'agents protecteurs. 

M. Chelloneix, combattant nos vues sur l’origine chimique du limon supé- 
rieur, dit que pour les admettre il faudrait retrouver à la base de la terre 
à briques une certaine irrégularité d’allures et quelque accident analogue aux 
poches d’altération des sables éocènes; il ajoute que l'on devrait constater 
dans la terre à briques une proportion décroissante, du sommet vers la base, 
de l'élément calcareux. 


déterminé d'années, ne pourrait-on pas, en tenant également compte de la résistance plus 
grande offerte par le sommet très-argileux du dépôt, arriver à se faire une idée de la durée 
approximative de la période employée par les eaux d'infiltration pour changer cn terre à briques 
la mince couche superficielle de limon infiltré si uniformément constatée sur toute l’étendue 
de la nappe quaternaire? Le phénomène d’altération du limon nous fournira peut-être ainsi 
le chronomètre naturel du temps écoulé depuis le phénomène géologique ayant donné naissance 
au Jlimon quaternaire. | 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rc. 145 


C'est là une appréciation erronée. Les eaux d'infiltration ne donnent lieu 
à la production de poches irrégulières d'altération que dans les dépôts peu 
homogènes dans leur composition ou très-facilement perméables, ou bien 
encore laissant pénétrer les eaux par des points locaux (failles, crevasses, 
joints de stratification) : témoin les poches et zones altérées des roches calca- 
rifères meubles et les puits naturels, etc., de la craie et des terrains analogues. 
Mais dans des sédiments compactes et homogènes, comme le sont ceux de la 
partie supérieure du limon quaternaire, il n’en peut être de même. 

Dans un pareil milieu, la lenteur et l’uniformité du processus d’altération 
deviennent les causes naturelles de la régularité constatée dans la ligne sépa- 
rative des zones altérées et normales du dépôt. 

Si, dans toutes les plaines comprises entre la Westphalie et la Normandie, 
l'accumulation des siècles qui se sont succédé depuis le dépôt du Jlimon 
quaternaire qui les recouvre n’a permis aux eaux d'infiltration d'atteindre 
qu'environ 2 ou 3 mètres de l'épaisseur du dépôt, il serait profondément 
illogique de vouloir retrouver en même temps, au sein de celui-ci, des poches 
inégales et irrégulières, comme celles qui se produisent dans les strates 
meubles, perméables et si peu homogènes de notre bassin éocène. 

Mais qu'observons-nous, par contre, lorsque, à cause de l'ablation par- 
tielle ou totale du sommet plus argileux de l’ergeron, le phénomène d'infil- 
tration alteint la zone moyenne du limon quaternaire, plus sableuse et moins 
chargée d'argile ? 

Nous voyons alors une allure un peu différente dans la ligne de contact 
entre les deux zones du limon (voir fig. 28b). Cette séparation, au lieu 
d'être indécise, peu marquée, horizontale ou légèrement flexueuse, devient 
brusque ou tout au moins plus nettement tranchée. Elle forme une ligne 
accidentée et irrégulière, que M. Rutot et nous avons souvent observée, et 
elle rappelle alors un peu l'aspect trompeur des poches d’altération de nos 
sables éocènes. 

Si le processus d’altération devient plus actif, c'est précisément parce que 
les conditions du phénomène sont un peu différentes : les eaux d'infiltration, 
en atteignant les parties moyennes du dépôt, ont rencontré moins d'argile et 

Tous XLIV. 19 


146 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


plus de sable et de calcaire; elles se trouvent donc dans des conditions rap- 
pelant davantage celles de nos sédiments éocènes et la zone infiltrée perd 
conséquemment sa régularité d’allures. 

Les analyses qui ont été faites des deux zones du limon quaternaire ont 
montré que le fer pouvait, dans certains cas, se trouver en plus grande 
abondance dans le limon calcaire que dans le limon argileux décalcifié qui 
le recouvre. Ce fait a été signalé comme contraire à la thèse de la formation 
par décalcification et oxydation sur place du limon supérieur. 

Mais il n’en est rien; car, étant donné le classement par ordre de densité, 
signalé tantôt parmi les éléments constitutifs du limon, il est évident que 
l'hydrate de fer qui, sous forme de glauconie ou de sels ferreux quelconques, 
se trouve dispersé dans le limon, doit nécessairement se trouver réuni en plus 
grande quantité et en plus gros grains vers les parties inférieures el moyennes 
du dépôt, à cause de son poids spécifique considérable. C'est seulement sous 
forme de sels ferreux en grains impalpables ou en combinaison avec d'autres 
matières plus légères, que le fer se trouvera vers le sommet du dépôt. L’ana- 
lyse chimique, en mettant en évidence la proportion plus forte de fer qui 
existe vers le bas du limon, ne détruit en rien l'exactitude de l'opinion que 
nous défendons ici, et si cette analyse était faite avec soin, elle montrerail 
même, sans aucun doute, que le fer du limon calcareux est représenté par 
des sels ferreux, landis que celui du limon inférieur est complétement 
hydraté et représenté par des sels ferriques. 

De ce qui vient d’être exposé, il résulte que les objections faites à la 
thèse de l'origine chimique du limon supérieur s'évanouissent l’une après 
l'autre devant le simple exposé des faits. Non-seulement les conclusions 
rationnelles tirées de l'examen de ceux-ci tendent toutes à démontrer la 
parfaite exactitude de la thèse défendue par nous, mais de plus ceux mêmes 
de ces faits qu’une interprétation erronée présentait comme défavorables à 
nos vues se sont, au contraire, montrés les plus démonstratifs et les plus 
concluants. | 

On a parfois observé que le loess calcaire se présentait en affleurements à 
la surface du sol sans étre recouvert par la zone argileuse ou altérée. L’ab- 
sence de modifications chimiques dans le dépôt résulte alors de la pente du 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 147 


sol sur lequel les eaux pluviales ruissellent rapidement sans s’y infiltrer, ou 
bien dont elles entrainent dans leur course les parties superficielles, sans 
cesse renouvelées et successivement altérées. 

L'absence de limon brun ou altéré peut encore résulter du voisinage immé- 
diat d'un affleurement de terrain très-perméable sous-jacent au limon cal- 
caire et qui, recevant alors directement les eaux pluviales, laisse à sec le 
loess, toujours difficilement perméable. La présence de couches altérées sous 
le loess calcaire intact s'explique aisément ainsi, et nous croyons nous rap- 
peler que des observations de ce genre ont élé signalées, sans que toutefois 
leur véritable signification ait été comprise. 

Dans le cas représenté, figure 6 de la planche, par la coupe du Wyn- 
gaerdberg, l’intégrité de la couche de limon calcarifère A, comprise entre 
les couches altérées À’ et C', provient de ce que ces deux zones d’altération 
sont dues à deux phases distinctes du processus d'infiltration. 

Mais si dans un cas de superposition analogue à celui-ci, les conditions 
topographiques permettaient de considérer la couche B, qui constitue ici le 
diluvium ancien, comme servant de réservoir à un niveau d’eau venu de la 
surface, on pourrait parfaitement attribuer à ces eaux les infiltrations qui 
ont produit l’altération de C’, et dans ce cas le phénomène actuel d’altération 
pourrait à la fois agir en À’ et en C sans toutefois atteindre la masse inter- 
médiaire À du limon quaternaire. 

On peut reproduire expérimentalement sur le locss tous les phénomènes 
d’altération auxquels l’infiltration des eaux météoriques a donné naissance, 
et le transformer en un limon argileux brun, oxydé et décalcifié. Il suffit, à 
cet effet, de soumettre le loess calcaire à l’action, renouvelée à plusieurs 
reprises, d'une eau chargée d'acide carbonique. Au bout de peu de temps, 
on verra les concrétions se désagréger, le calcaire friable se dissoudre, 
le résidu argileux devenir plus abondant et enfin le limon brunir par suite 
de l'hydratation des sels ferreux que la dissolution du calcaire a mis en 
liberté. 

Ïl nous reste à étudier un autre type de dépôt quaternaire aussi intéressant 
que le limon, à cause de son importance stratigraphique et de son étendue. 
C'est le DILUVIUM QUATERNAIRE, dépôt à éléments grossiers, variable dans sa 


148 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


composition, dans ses caractères et dans sa couleur, et principalement formé 
de roches remaniées, d’origine et de nature diverses. 

Servant souvent de base au limon quaternaire, le diluvium s'observe dans 
les plaines et sur les plateaux ; mais il est surtout développé dans les grandes 
vallées où coulaient les fleuves quaternaires. 

Le diluvium a été étudié avec soin dans plusieurs régions, notamment 
dans la vallée de la Seine; partout il a donné lieu à des théories et à des con- 
troverses nombreuses, mais nulle part les questions qu'il a soulevées n'ont 
été jusqu'ici résolues d’une manière satisfaisante. 

Ayant eu l’occasion d'appliquer à l'étude du diluvium du bassin de Paris 
nos vues sur les altérations par infiltration !, nous sommes arrivé à résoudre 
facilement les problèmes que présentait cette étude. Nous croyons que l'exposé 
succinet de nos observations pourra donner une idée de l'importance des 
résultats obtenus, car ils s'appliquent rigoureusement aux dépôts diluviens 
d’autres bassins hydrographiques importants. 

Rappelons rapidement en quoi consiste le diluvium du bassin de Paris. 

On sait que les parties basses de la vallée de la Seine sont occupées par le 
dépôt quaternaire connu sous le nom de diluvium gris, lequel consiste géné- 
ralement en alternances de sables et de galets roulés, de diverses grosseurs, 
mélangées de roches remaniées très-variables. Ces dépôts, assez nettement 
stratifiés, alternent parfois avec des lits argileux ou marneux. Le diluvium 
gris est toujours calcarifère; il contient soit du calcaire friable répandu 
parmi les éléments quartzeux, soit des roches et des galets calcaires, soit 
encore des fossiles tertiaires ou autres remaniés, soit enfin des ossements 
de vertébrés terrestres de l'époque quaternaire et des coquilles terrestres et 
fluviatiles du même âge. On y trouve, d'autre part, des silex travaillés et des 
vesliges de l’industrie de l’homme préhistorique. 


L 2 


1 Van DEN Broeck, Sur les allérations des dépôts quaternaires par les agents atmosphériques 
(CompTEs RENDUS ACAD. SCIENCES, Paris, 4877, 3 janvier 1877). — Inex, Vote sur l’altération 
des roches quaternaires des environs de Paris par les agents atmosphériques (Bu. Soc. céoL. 
DE France, 5° sér., t. V, p. 298, 5 février 1877). — Insx, Seconde Note sur le quaternaire des 
environs de Paris. Réponse aux observations de M. Hébert (Buzc. Soc. céoL. DB FRANCE, 5° sér., 
t. V, pp. 526-528, 1877). — Inex, Quaternaire et diluvium rouge (BuLe. Soc. GéoL. DE FRANCE, 
3° sér., t. VII, pp. 209-217, 27 janvier 4879). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 149 


Sur les versants supérieurs de la vallée et surtout sur les plateaux élevés, 
le diluvium gris se trouve remplacé par un dépôt d'aspect différent. : 

C'est le diluvium rouge, qui consiste généralement en une argile rougeâtre 
plus ou moins sableuse, parfois très-pure et très-compacte. Cette argile ren- 
ferme des silex anguleux et une certaine proportion de grès, de calcaires sili- 
ceux, elc., non roulés, de provenance non lointaine. L'élément calcaire fait 
entièrement défaut dans le diluvium rouge; on n’y rencontre ni les roches ni 
les galets calcaires du diluvium gris, ou aucune trace sensible d'éléments de 
celte nature. Îl ne s’y trouve pas davantage de coquilles remaniées ou bien 
quaternaires et les rares ossements que l'on y a recueillis étaient en très- 
mauvais état et profondément corrodés. Dans certaines régions, comme, par 
exemple, dans les plaines au nord du bassin de Paris, le diluvium rouge 
renferme presque exclusivement des silex brisés et anguleux. 

On a souvent noté, et cela en des régions différentes, que le diluvium 
rouge, tout en ne contenant pas de calcaire lui-même, se présente toujours 
au-dessus des terrains calcaires. La raison de ce fait apparaîtra très-claire- 
ment tantôt, lorsqu'on se sera rendu compte de l'origine de ce dépôt. 

Considéré au point de vue de ses allures générales, le diluvium rouge 
diffère essentiellement du diluvium gris, par l'altitude supérieure des 
niveaux où il s'observe et surtout par l'étendue plus grande des espaces 
qu'il recouvre. | 

Toutefois, le diluvium rouge se retrouve aussi dans les parties basses des 
vallées ; il repose alors sur le diluvium gris, qu'il semble même raviner, par 
suite d’apparences sur lesquelles nous reviendrons plus loin. 

Il est à noter que partout où les deux zones coexistent, le diluvium rouge 
repose sur le diluvium gris. Le premier prend alors un aspect qu'il n'a 
pas sur les plateaux; il contient, comme le diluvium gris sous-jacent, des 
cailloux arrondis et roulés, mais l'élément calcaire continue, comme sur les 
plateaux, à faire complétement défaut. 

Diverses hypothèses ont été proposées pour expliquer l'origine et les 
relations de ces deux dépôts quaternaires. 

Toutes sont venues se heurter à de sérieuses difficultés, parmi lesquelles 
nous signalerons l'impossibilité d'expliquer, d’une manière satisfaisante, la 


150 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


singulière contradiction qui existe entre la localisation du diluvium gris au 
fond des vallées, opposée à l'extension du diluvium rouge sur les hauteurs et 
sur les plateaux, et le fait de la superposition incontestable observée dans les 
coupes des bas niveaux, où le diluvium rouge surmonte le diluvium gris. 
Le premier de ces faits oblige l'observateur à considérer le diluvium rouge 
comme plus ancien que le diluvium gris, alors que le second le force à 
reconnaitre que le diluvium rouge est le plus récent! 

Or, ces contradictions, et en général toutes les difficultés qu'offre l'étude 
du diluvium, s’évanouissent complétement dès que Fon tient compte du rôle 
des infiltrations. 

L'observation rigoureuse des faits relatifs à ces phénomènes va nous 
montrer en effet que le diluvium rouge n’est nullement un dépôt quaternaire 
spécial, mais représente un #nasque d'altération recouvrant des dépôts diffé- 
rents. C'est un résidu chimique, oxydé et décalcifié, produit par les infiltra- 
tions superficielles. Nous verrons que le diluvium rouge a été formé, tantôt aux 
dépens du diluvium gris des vallées, tantôt aux dépens d’un diluvium primitif 
des plateaux. Dans certains cas encore, on a confondu sous le nom de dilu- 
vium rouge les résidus oxydés et décalcifiés de dépôts tertiaires ou crélacés, 
ainsi que du loess ou limon quaternaire. 

Lorsque, dans les bas niveaux de la vallée de la Seine, par exemple, on 
examine une coupe montrant la superposition du diluvium rouge au dilu- 
vium gris, ou bien à des formations tertiaires quelconques, on est d’abord 
frappé par l'aspect de la ligne de contact, qui simule des poches d'érosion, 
curieusement creusées, des ravinements profonds paraissant avoir affecté le 
dépôt sous-jacent. 

L'aspect tout particulier de ces poches aux allures si tourmentées , avait 
déjà attiré, il y a une quinzaine d'années, l'attention des observateurs, qui 
les considéraient comme Île résultat d'érosions mécaniques d’une nature 
particulière. Îl est aisé de constater qu’alors déjà on avait reconnu, mais 
sans pouvoir l'expliquer, que les données fournies par les coupes de ces 
dépôts prétendûment ravinés, différaient de celles que montrent habituelle- 
ment les véritables phénomènes d'érosion et de ravinement. 

C'est ainsi que, dans une notice publiée en 1863 par M. le professeur 


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DES DÉPOTS SUPERFICIELS, src. 151 


Hébert ! sur les éléments du terrain quaternaire, nous relevons le passage 
suivant : | 

« Quand on parle de l’argile à silex et du diluvium rouge, il est une 
remarque que l’on ne saurait omettre, c’est la facon tout à fait identique dont 
les eaux qui ont formé ces deux dépôts ont raviné et creusé le sol sous- 
jacent. Il n’y a pas dans toute la série géologique une récurrence plus frap- 
pante du même phénomène et la théorie qui sera proposée pour l'un devra 
être applicable à l’autre. 

» Les nappes d'eaux qui ont, à ces deux époques si éloignées, couvert les 
plateaux du nord et du nord-ouest de la France, devaient être animées de 
bien nombreux et bien singuliers tourbillons pour que de tels effets aient pu 
se produire. » 

Cette allure prétendüment mystérieuse, loin d’être une difficulté, devient, 
dans notre thèse, le gage nécessaire de l’exactitude des vues qui attribuent à 
l'argile à silex, au diluvium rouge et à tous les résidus analogues, l'origine 
si simple et si naturelle due à l’action corrosive des eaux d'infiltration char- 
gées de gaz oxydants et dissolvants. 

Étudions maintenant de plus près les « poches d’érosion et de ravinement » 
formant la base du diluvium rouge. | 
Un examen attentif aura bientôt fait reconnaître que ce prétendu niveau 
d'érosion est absolument illusoire. Le dépôt n’a pas été remanié dans les 
poches, ainsi que l'ont d’ailleurs constaté dans ces dernières années plusieurs 
observateurs. Les lits de galets siliceux passent souvent au travers des poches, 
tantôt en ligne droite, tantôt en s’infléchissant un peu, surtout si la poche a 
une certaine étendue. | 

La figure 30 ci-dessous, extraite de la Géologie des environs de Paris, par 
Stanislas Meunier (Paris, 1875) et qui montre, d'après cet auteur, « la super- 
position du diluvium rouge au diluvium gris et la continuité de certains lits 
de galets au travers de ces deux diluviums », est une bonne illustration des 
relations des deux facies du dépôt. 


! Hésenr, Observations sur les principaux éléments du terruin quaternaire, sur les théories 
proposées pour en expliquer la formation et sur l'âge des argiles à silex (Buzz. Soc. aéoL. pe 
Fnance, 2° sér., t. XXI, p. 58). 


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152 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


M. Ébray avait déjà, depuis longtemps, fait la même observation (Bull. 
Soc. géol. de France, 2° série, t. XXIII, 1866, p. 504). 

La figure 40 de la planche, représentant, d'après M. Belgrand, une sablière 
longue d'environ 30 mètres, située près l'Avenue-Daumesnil, montre, d’une 
manière plus frappante encore, la même disposition. Les bancs de galets de 
silex se continuent à travers toute la masse du dépôt, pour lequels ils indi- 
quent un seul et unique phénomène de sédimentation. 

Quelle que soit l’origine de la coloration rouge de la partie supérieure du 
dépôt, cette coloration ne peut être attribuée qu'à un phénomène postérieur 
au dépôt du diluvium. Cela ressort à toute évidence de la disposition des 
couches. | 


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La figure 31 représente la plus grande partie d'une coupe figurée par 
M. Belgrand dans son livre La Seine, etc., et relevée par lui dans la 
sablière Rigaut, rue des Trois-Sables, à Paris. 

La partie de cette coupe que nous avons reproduite ici montre le contact, 
sur une longueur d'environ 20 mètres, du diluvium rouge et du diluvium 
gris, et la simple inspection de cette figure démontre, par la continuité des 
lits de galets siliceux et la forme toute spéciale des « ravinements », qu'il 
ne peut être ici question de deux dépôts distincts. 


Fic. 31. 


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À Diluvium gris. B Diluvium rouge. cc’ Lits de galets de silez. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 153 


Devant cette évidence, les géologues ont cherché à défendre leur thèse 
battue en brèche, en disant que le contact réel des deux dépôts du diluvium 
se trouve plus haut, et que les poches ou prolongements rouges représentent 
des zones d'infiltration mécanique ayant imprégné de la matière colorante 
caractéristique du diluvium supérieur les éléments sn situ du diluvium gris. 

C'est la thèse qu'a défendue M. Belgrand dans son mémoire sur La Seine, 
signalé plus haut. 

La question qui sé pose donc actuellement est celle de savoir si, comme 
l’admettait M. Belgrand, il y a eu dans le diluvium rouge imprégnation méca- 
nique par infiltration d'un dépôt distinct ultérieur ou si, comme nous l'avons 
annoncé depuis janvier 14877, il y a eu rubéfaction et décalcification par 
décomposition, c'est-à-dire simple modification chimique sur place. 

Pour répondre à cette question, et en même temps à bien d’autres sou- 
levées par l'étude du diluvium rouge, au lieu de reproduire ici les consi- 
dérations déjà exposées dans nos autres publications !, nous relaterons de 
préférence les observations nouvelles que nous avons faites en novembre 1879, 
en compagnie de MM. Potier et Dollfus, dans les carrières d'Ivry près Paris, 
observations qui ont conduit notre éminent confrère M. Potier à se rallier 
complétement à notre manière de voir, déjà partagée par M. Dollfus dès les 
débuts de nos recherches, en 1877. 

Les carrières d’Ivry sont creusées au sommet d'un promontoire, entre la 
Bièvre et la Senne, à environ 30 mètres au-dessus de la Seine et à quelques 
centaines de mètres en dehors de l'enceinte fortifiée. Elles montrent le dilu- 
vium quaternaire bien développé, reposant sur le calcaire grossier supérieur. 

La figure 32 ci-dessous montre le sommet d'une première carrière offrant 
sous 0,20 de terre végétale C, environ 0®,40 de limon quaternaire, repré- 
senté par le facies altéré ou terre à briques B. 

La base du limon est indiquée par un lit de cailloux de silex devenus angu- 
leux sur place, par éclatement. On en voit des fragments restés in situ ou 
à peine séparés. Ces silex éclatés ne sont autre chose que les cailloux roulés 
et arrondis du diluvium sous-jacent, remaniés et brisés sur place; ils se 


! Voir la note bibliographique de la page 148. 
Tour XLIV. 20 


154 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


rattachent par le bas à une zone irrégulièrement développée D de cailloux 
et de graviers diluviens lavés, c’est-à-dire débarrassés de sable et d'argile. 


Fic. 32 
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À Diluvium rouge avec galets de silex. 
B Limon quaternaire brun. C Terre végétale. 
D Zone remaniée et à silex eclates. 


Les éléments grossiers qui forment le résidu subsistant sont pressés les uns 
contre les autres et forment dans le diluvium rouge une mince zone de rema- 
niement, qui se rattache ainsi à la base du limon quaternaire. 

Plus bas, viennent des alternances irrégulières de cailloux de silex roulés 
et de sables graveleux, le tout noyé dans une pâte argileuse rouge. C'est le 
diluvium rouge A. 

Ce dépôt est absolument dépourvu d'éléments calcaires. On n'y rencontre 
que du silex, des grains de quartz et de l'argile rouge chargée d'oxyde 
ferrique, mais pas une trace de matière calcaire, sous forme organique ou 
inorganique. L'hydrate ferrique est parfois si abondant qu'il forme des con- 
crétionnements limoniteux. Parmi les grains de quartz, on en rencontre une 
certaine quantité dont l'aspect et la coloration indiquent nettement l'origine 
granitique. | 

La figure 33 représente le sommet d’une deuxième carrière, voisine de la 
précédente et montrant, au sommet du calcaire grossier À, de gros massifs 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 155 


formés de calcaire remanié ou déplacé A', et empâtés dans la masse du 
diluvium rouge B. Ce dernier offre les mêmes caractères que précédemment, 
il se trouve surmonté de la zone C de graviers et de cailloux remaniés, en 
partie éclatés, qui forme la base du limon. 


Fic. 35. 


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B Diluvium rouge. x Argile rouge compacte. 
G Zone remaniée et à silex éclatés. 
D Limon brun argileux. E Terrain rapportée. 


Les blocs de calcaire remanié, empâtés dans le diluvium, se montrent net- 
tement altérés sur toute leur superficie. La dissolution du calcaire est évi- 
dente; les fragments de la roche voisine de la périphérie sont devenus friables 
el se montrent jaunâtres ou rougeàtres, tandis que les fragments du centre 
reslent intacts et blancs. Enfin, la périphérie tout entière de ces amas cal- 
caires est revêtue d'une couche d'argile rouge x compacte et brillante, rap- 
pelant l'aspect et les caractères de la lithomarge. 

L'intensité de l'attaque des blocs calcaires noyés dans la masse du diluvium 
est due au séjour prolongé des eaux d'infiltration, qui ont été arrêtées plus 
bas par les bancs durs, homogènes et un peu siliceux du calcaire grossier 
supérieur. 

Alors même que l'oxydation et la décalcification du diluvium rouge, ainsi 
que tous ses caractères, ne dénonceraient pas clairement dans la coupe pré- 
cédente l’origine de ce dépôt, les phénomènes évidents d’altération par infil- 


156 LES PHÉNOMÉÈNES D’ALTÉRATION 


tration des amas calcaires sous-jacents suffiraient à établir l'action, sur 
toute cette masse, des phénomènes en question. 

Continuant à explorer le même plateau, nous arrivons à une troisième 
carrière, très-étendue et en pleine exploitation. 

Le diluvium gris, parfaitement caractérisé, y est bien développé. 

La coupe d'une paroi de cette carrière, représentée en partie par la 
figure 9 de la planche, est des plus intéressantes. 

Elle montre le diluvium gris, surmonté d'une zone assez épaisse de « sables 
gras », qui va s’amincissant vers la droite et se trouve recouverte par le 
limon brunâtre. 

Vers la droite, le sable gras se trouve remplacé par un dépôt lenticulaire 
de marne verdâtre perméable, fissurée et peu homogène, contenant des 
coquilles fluviatiles. Cette marne, fragmentaire, se montre imprégnée d'hu- 
midité et recouvre le diluvium rouge. 

Le diluvium gris et le diluvium rouge sont donc en quelque sorte juxta- 
posés sur la paroi observée. Or, l'examen du diluvium rouge nous donne 
exactement les mêmes résultats que dans les carrières précédentes : résidu 
rougeâtre argileux, galets de silex, graviers et sables quartzeux, débris de 
quartz granilique épars ou en nids, alternances caillouteuses et grave- 
leuses, etc., et, enfin, absence complète de calcaire sous toutes ses formes. 

Si l’on passe au diluvium gris, on reconnait le passage latéral (A, B, A’, B') 


des zones de cailloux et de graviers, la continuité des lits de silex, en un. 


mot l’absence de tout déplacement mécanique sensible, abstraction faite de 
quelques phénomènes de tassement ou d’affaissement dus à l'enlèvement du 
calcaire. 

Dès que l'on passe au diluvium gris, le calcaire apparait dans une propor- 
tion très-forte, soit sous forme de calcaire pulvérulent ou en petits fragments, 
soit sous forme de galets plats et arrondis, soit encore sous forme de débris 
de roches diverses. | 

Des fragments nombreux de roches granitiques s’observent épars au sein 
du dépôt; le feldspath non altéré relie des cristaux de quartz identiques à 
ceux trouvés dans le diluvium rouge. 

Au voisinage du diluvium rouge, le feldspath de ces fragments granitiques 


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DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 157 


perd de sa consistance et la roche se laisse écraser sous la pression des 
doigts ou bien met en liberté, au moindre contact, les cristaux de quartz 
désagrégés. 

On observe aussi aux mêmes points un commencement d’altération dans 
l'élément calcaire du diluvium gris. Les petits galets de calcaire blanc jau- 
nissent se couvrent d'une arborisalion en dendrite et deviennent de plus en 
plus friables et oxydés. 

Des zones alternatives de diluvium gris et de diluvium jaunâtre, parfois 
rougeâtre, s'observent en certains points de la paroi de la carrière. L'altéra- 
tion des galets calcaires était manifeste dans les zones jaunâtres, et elle 
élait accompagnée de la décomposition du feldspath changé en poussière 
rougeâtre, tandis que dans les zones blanches, où les galets calcaires étaient 
normaux, le feldspath des fragments granitiques se montrait intact. Ces alter- 
nances de zones intactes et de zones à moitié altérées et rubéfiées doivent 
s'expliquer par une disposition des zones d'infiltration analogue à celle repré- 
sentée par le diagramme figuré page 79. 

De tout ce qui précède, il résulte à l'évidence que la coloration parti- 
culière du diluvium rougi n’est nullement due à une infiltration mécanique 
ayant imprégné la zone supérieure du diluvium, mais à une action chimique 
d'oxydation et de décalcification, véritable décomposition sur place, qui est 
le résultat normal et ordinaire de linfiltration des eaux superficielles. 

Le diluvium rougi était primitivement gris et calcaire dans toute sa masse. 
L'observation suivante, faite dans une quatrième carrière du même plateau, 
nous a clairement démontré la préexistence des galets calcaires à la base 
méme du diluvium rouge. 

De grandes poches de diluvium rouge reposent en ce point sur les cail- 
lasses du calcaire grossier. Cette base présente un développement considé- 
rable du résidu d’hydrate ferrique résultant de la décomposition des éléments 
calcaires et ferreux du diluvium. Des phénomènes de concrétionnement se 
sont produits et un véritable minerai de fer, la limonite, a imprégné et agglu- 
tiné la base du dépôt. Or, cette limonite présente intérieurement de nom- 
breuses cavités ayant exactement la forme et les dimensions des galets cal- 
caires du diluvium gris. Le calcaire des galets a été dissous, mais la gangue 


158 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


durcie qui les empâtait a conservé leur forme. Quelques-uns d’entre eux sont 
d'ailleurs représentés par un résidu argilo-ferrugineux tapissant l'intérieur 
des cavités. 

La comparaison du volume de ce résidu argileux rougeâtre et de celui 
du galet dont il tapisse le moule interne, montre d’une façon indiscutable 
que l'attaque des roches calcaires par dissolution et oxydation sur place donne 
lieu à un résidu argilo-ferrugineux plus abondant qu'on ne pourrait le croire 
au premier abord ; il ne serait pas difficile d'établir approximativement le 
calcul du rapport de volume de la roche attaquée avec celui du résidu de 
dissolution. Ajoutons que, dans la dernière carrière, nous avons retrouvé, 
au contact du calcaire grossier et du diluvium rouge, les poches habituelles 
pénétrant dans le calcaire et bordées du résidu d'argile rougeâtre qui par- 
tout accompagne la dissolution de la roche calcaire. 

Cet ensemble d'observations, si concluantes qu'à elles seules elles ont décidé 
M. Potier à reconnaitre l'entière exactitude de notre thèse, suffit, croyons- 
nous, pour qu'il ne soit plus nécessaire de nous étendre davantage sur les 
caractères du diluvium rouge. 

Nous ferons seulement remarquer que l'on trouve dans les poches du 
diluvium rouge, paraissant raviner le diluvium gris, exactement tous Îles 
phénomènes signalés par nous dans les poches d'altération des sables éocènes 
des environs de Bruxelles : disparition des éléments calcaires, tassement des 
dépôts, oxydation des sels ferreux, production du résidu argilo-ferrugineux 
rougeâtre, surfaces de corrosion, dissolution ou altération profonde des roches 
calcareuses, disparition des fossiles, continuité et disposition en guirlandes, 
au travers des poches, des éléments siliceux, etc. 

L'analogie est complète, absolue : le diluvium rouge est bien le résidu 
oxydé et décalcifié du diluvium gris. 

Il est d’ailleurs facile d'obtenir expérimentalement ce résultat en soumet- 
tant à l’action intermittente d'une eau acidulée un échantillon de diluvium 
gris. Le résidu rappellera curieusement le diluvium rouge, et le phénomène 
ne différera de celui qui se passe dans la nature qu’en ce que le temps sera 
remplacé par l'énergie du procédé dissolvant. Si l'expérience est bien con- 
duite, le phénomène d'oxydation sera également très-marqué. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, ere. 159 


La description que nous avons donnée du diluvium rouge des carrières 
d'Ivry s'applique exactement au diluvium rouge des régions plus élevées de 
la vallée, en même temps qu'à celui des bas niveaux, où il se montre géné- 
ralement en contact avec le diluvium gris. 

Suivant les points étudiés, on observe cependant certaines différences dans 
la nature et dans l’état plus ou moins roulé des matériaux diluviens. Mais tou- 
jours ces différences affecteront également les deux dépôts en superposition. 

D'autres caractères peuvent encore se manifester dans les allures de la 
ligne de contact du diluvium rouge avec le diluvium gris. Parfois, au lieu 
des poches et des prétendus « ravinements » on observe une surface hori- 
zontale ou ondulée, d'une allure toute différente. Cela provient de ce que le 
diluvium renferme, à divers niveaux, des couches plus ou moins imper- 
méables qui arrêtent en certains points les eaux d'infiltration et les empé- 
chent de transformer en « diluvium rouge » la masse sous-jacente, qui reste 
alors intacte et grise. 

Ce rôle de couches protectrices, que jouent les argiles dans nos dépôts 
sableux tertiaires, est rempli par les sables gras du diluvium. 

Si l’on se reporte à la figure 9 de la planche, qui représente une zone 
lenticulaire de sables gras reposant sur le diluvium, on comprendra aisément 
pourquoi celui-ci est resté gris vers la gauche, tandis qu'il a été infiltré et 
changé en diluvium rouge vers la droite, où manquent les sables gras. 

Lorsqu’au lieu de former, comme ici, le sommet d’un dépôt de diluvium, 
les sables gras s’observent dans sa masse, la partie supérieure de celle-ci est 
seule altérée, tandis que la partie sous-jacente reste grise et intacte si, bien 
entendu, les sables gras réunissent certaines conditions d'épaisseur et de 
continuité, | 

La figure 34, extraite du livre de M. Belgrand, montre que dans un cas 
pareil la zone rouge et altérée C s'étend régulièrement en nappe plus ou 
moins horizontale au-dessus de la zone imperméable B. 

La base du diluvium rouge ne saurait, dans ces conditions, simuler des 
poches d’érosion ou de ravinement, sauf en des points où les eaux parvien- 
draient à se creuser des conduits locaux d'écoulement, en profitant des points 
faibles de la couche imperméable. 


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160 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


Comme nous l'avons déjà signalé ailleurs , M. Belgrand a entrevu le rôle 
particulier des sables gras, en disant que les infiltrations ayant imprégné la 
couche supérieure n'avaient pu pénétrer plus bas, à cause de l’imperméabilité 


Fic. 34. 


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À Diluvium gris ou non altére. 

B Sables gras imperméables ayant arrête les infiltrations. 
C Sommet argileux, alterée et rubefie, du diluviumæ. 

D Terre végétale. 


de cette formation; mais il n'a pas pensé que la couche supérieure rubéfiée 
élait le sommet non protégé de la couche normale et n’en différait que 
parce qu'elle avait été le siége d’un phénomène chimique sur place. 

Pour l’auteur précité, la rubéfaction est due à une action mécanique 
d'infiltration, en connexion avec un phénomène de transport, ou d'origine 
géologique, opinion qui ne s'accorde guère avec les faits observés. 

Il a été dit parfois que le diluvium rouge diffère essentiellement du dilu- 
vium gris par la présence de silex anguleux. 

Cela est inexact, du moïns en ce qui concerne les parties de la vallée où 
les deux facies rouge et gris sont en superposition. 

Les cailloux de silex du diluvium rouge non remanié doivent d'ailleurs 
présenter une identité complète, dans leur proportion, dans leurs dimensions, 
dans leur forme et leur nature, avec ceux du diluvium gris; les premiers 
ne sont autre chose que les seconds empâtés dans un magna argileux résul- 
tant de la décomposition du calcaire préexistant. 

Ce ne sont pas seulement nos observations personnelles, mais encore 


1 Van Den Baoëck, Seconde Note sur le quaternaire des environs de Paris. Réponse auï 
observations de M. Hébert (Buzz. Soc. céoL. 8 France, 3° sér., t. V, 1877, pp. 326-328). 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 161 


celles de nos collègues les plus autorisés qui nous permettent d'établir le fait 
ci-dessus énoncé. 

Ainsi que nous l’avons indiqué dans un travail antérieur, M. A. de Lap- 
parent, dans une correspondance relative à notre thèse, nous écrivait en 
décembre 1878 ::« Pour les raisons que je vous ai dites, je ne le crois pas 
distinct (le diluvium rouge), dans ses éléments, du diluvium gris sous-jacent 
et, dans la plupart au moins des cas, j'incline à n'y voir avec vous qu'un 
phénomène et non un dépôt. » | 

Plus loin, notre savant correspondant ajoute : « Je n'ai jamais vu aux 
environs de Paris de gisement renfermant à la fois le diluvium rouge et le 
diluvium gris , où le premier ne fût pas formé exclusivement des éléments du 
second. » 

Des silex anguleux ont cependant été constatés dans le diluvium rouge 
des vallées; mais il suffit de se reporter aux coupes étudiées par nous, et 
représentées par les figures 32 et 33, pour comprendre la signification de 
ce fait et reconnaître qu'il n’a nullement la portée qu'on a voulu lui attribuer. 

Ces silex anguleux, localisés vers la base du limon, forment une zone de 
remaniement au sommet du diluvium, et l'éclatement, qui s’est manifestement 
opéré sur place, est dû à des causes indépendantes de l’origine du diluvium 
et postérieures à son dépôt. 

M. de Lapparent avait déjà attiré notre attention sur ces phénomènes 
d’éclatement du silex diluvien. M. d'Ault Dumesnil nous les a fait remarquer 
récemment dans les dépôts diluviens de la vallée de la Somme, où M. de 
Mercey les avait déjà signalés en 1867, mais en les attribuant à une cause 
tout autre. (Bull. Soc. géol. de France, 2° série, 1. XXIV, p. 71.) 

Nous croyons qu'on doit attribuer ce fait aux alternatives de contraction 
et de dilatation que les variations de la température ont fait subir à ces silex 
dénudés et mis à découvert lors de l’arrivée du limon quaternaire. 

Cette action sur les silex des variations de température est d’ailleurs un 
fait bien connu, facile à observer dans les régions tropicales. Un observa- 
teur des plus consciencieux, M. J. C. Purves, nous a rapporté l'avoir constaté 
aux Antilles, dans les circonstances suivantes. 


Se trouvant, avant l'aube, au sommet d’une colline où affleurait un filon 
Tour XLIV. 21 


162 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


de chert ou silex amorphe, et couverte de débris de cette roche, lesquels 
se montraient tout fendillés et dont beaucoup étaient entièrement « éclatés », 
M. Purves put constater qu'au fur et à mesure de l'élévation du soleil au- 
dessus de l'horizon, un grésillement se faisait entendre autour de lui et s’ac- 
centuail jusqu'au moment où l'équilibre de température, rompu par le froid 
de la nuit, se trouvait rétabli à l’intérieur des silex d'où partaient ces bruits. 

Voici donc ramené à sa véritable signification le fait de la présence des 
silex anguleux observés au sommet du « diluvium rouge » des bas niveaux. 
Ce sont, en résumé, les silex roulés du diluvium qui, ayant été mis à nu et 
remaniés par les eaux qui apportérent le limon, ont éclaté sur place et se 
sont ainsi transformés en silex anguleux, dont une partie est restée in situ 
au sommet du dépôt diluvien et dont l’autre a été entrainée et dispersée à la 
base du limon quaternaire recouvrant. 

Nous avons maintenant à nous occuper du diluvium rouge des pla- 
teaux, diluvium presque exclusivement composé de roches anguleuses ou 
non roulées. 

Il est à noter d'abord que, sur les immenses surfaces comprises entre les 
hautes terrasses des vallées et le sommet des plateaux diluviens les plus 
élevés, on ne rencontre plus un vestige de dépôt diluvien gris, c’est-à-dire 
non altéré. 

C'est la conséquence logique du défaut de protection de ces dépôts qua- 
ternaires, partout fortement exposés aux intempéries et à l'infiltration des 
eaux pluviales. 

Dans le fond et vers le bas des vallées, le diluvium est en grande partie 
protégé, tantôt par la pente du sol, favorable à l'écoulement superficiel et 
rapide des eaux météoriques, tantôt par la présence de couches difficilement 
perméables telles que le loess, les alluvions et limons récents recouvrant le 
diluvium, tantôt encore par les sables gras et les lits argilo-marneux acci- 
dentellement distribués dans la masse alluviale des bas niveaux. 

Ces circonstances réunies ne permettent guère qu'une altération partielle, 
locale et souvent très-superficielle du dépôt diluvien, dont la base reste alors 
généralement grise et intacte. 

Parmi ces causes de protection, la pente du sol joue un très-grand rôle, 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 163 


car il est certain que, sur les flancs généralement très-inclinés des bas niveaux 
d'une vallée, les eaux pluviales glissent et ruissellent à la surface du sol sans 
pouvoir s’y infiltrer. Elles ne peuvent en tout cas s'y maintenir dans les pro- 
portions dénotées par l'absorption des eaux méléoriques dans les plaines 
horizontales ou faiblement inclinées des niveaux supérieurs et des plateaux. 

Le diluvium gris ou rouge du fond des vallées est constitué par des roches 
de toute nature, de provenances lointaines et diverses, toujours roulées ou 
fortement usées. Dans les hauts niveaux, on observe que la proportion de 
ces éléments roulés, d'origine différente, diminue sensiblement. Ces maté- 
riaux sont remplacés peu à peu par des roches moins roulées et d’origine 
plus voisine. Le diluvium — presque toujours rouge — de ces terrasses 
plus élevées, commence à contenir dans sa masse une certaine proportion de 
silex moins arrondis, dont quelques-uns même sont restés anguleux. 

Lorsque enfin on arrive au diluvium — invariablement rouge — des pla- 
leaux , les éléments roulés font défaut; ils sont remplacés par des fragments 
concassés de grès siliceux et de meulières, par des silex brisés et anguleux 
de la craie, le tout de provenance relativement voisine. 

Cette différence entre l'aspect et la composition lithologique du diluvium 
gris el rouge des vallées et ceux du diluvium toujours rouge des plateaux 
est fort aisée à comprendre. 

Mais pour cela il nous faut reprendre la question de la formation et de 
l'origine du diluvium quaternaire. Cette étude est assez intimement liée à 
celle de l'origine du diluvium rouge pour qu'il nous soit permis de résumer 
rapidement l’ensemble de ces phénomènes en les exposant tels qu'ils nous 
paraissent découler des faits observés, dégagés des erreurs dues à l'interpré- 
tation inexacte du « diluvium rouge ». è 

Prenant pour type les dépôts quaternaires de la vallée de la Seine et des 
plateaux adjacents, reporlons-nous à la phase continentale antérieure au 
creusement des vallées. 

Les eaux courantes et sauvages qui s'élendirent en premier lieu sur ces 
plaines plus ou moins unies, n’ayant pu se creuser encore des conduits loca- 
lisés d'écoulement, couvrirent, en déplaçant sans cesse leur cours, des sur- 
faces étendues, où elles laissèrent comme traces de leur passage les débris 


164 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


arrachés au sol et à peine concassés, qu'elles parvenaient à déplacer et à 
entrainer avec elles. Ces fragments, abandonnés par les eaux qui se dépla- 
Çaient sans cesse, ou bien qui ne coulèrent que pendant un temps limité, 
restérent anguleux ou peu usés. Ils provenaient soit d'affleurements de roches 
lertiaires, soil du remaniement de l'argile à silex qui couvrait de vastes pla- 
eaux crayeux affouillés par ces eaux de la première phase d’émersion ou 
continentale, 

Telle est l'origine des éléments du dépôt — aujourd'hui entièrement 
altéré et rougi — qui recouvre les hauts plateaux bordant la vallée actuelle 
de la Seine, et s'étend au loin dans tout le bassin de Paris. 

Ce dépôt, dans bien des cas, peut avoir une antiquité très-reculée. Les 
eaux qui l'ont formé peuvent dater des débuts d’une phase d’émersion com- 
prenant toute la période pliocène, ou plus encore, et s'étant continuée jusqu'au 
moment du creusement des vallées à l’époque quaternaire. 

Outre l'argile rouge à laquelle les phénomènes postérieurs d’altération 
ont donné naissance dans ce diluvium des plateaux, il est possible qu'une 
cerlaine proportion d'argile rouge, provenant du remaniement de largile 
à silex — déjà formée alors — se soil trouvée mélangée aux éléments 
grossiers du diluvium des plateaux lors de son dépôt. Cela n'a aucune 
importance réelle. 

Il n'est d'aucun intérêt non plus dans notre thèse de savoir si les eaux qui 
ont, en premier lieu, coulé sur les plateaux, où elles ont déposé le diluvium 
à éléments anguleux, étaient des eaux sauvages, localisées, modifiant sans 
cesse leurs cours et ayant successivement affouillé les différents points des 
plaines qu'elles ont couvertes, ou si c'étaieut de véritables nappes diluviennes, 
puissantes, mais de courte durée. 

Les deux manières de voir ont leurs adhérents; quant à nous c’est la 
première qui nous paraît la plus rationnelle, d'autant plus qu’elle ne nécessite 
l'ingérence d'aucun phénomène spécial. 

Nous arrivons maintenant à la période du creusement des vallées, qui 
ne représente autre chose que la localisation et la continuité du phénomène 
précédent. 

Les eaux courantes, se réunissant dans les dépressions naturelles du sol, 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, rrc. 163 


se dirigeant vers les failles, vers les dépôts les moins résistants, etc., se loca- 
lisèrent bientôt et prirent le caractère d'un réseau permanent. 

Des rivières et des fleuves se trouvant ainsi formés, les vallées se dessi- 
nérent bientôt nettement, s’approfondirent et s'élargirent graduellement par 
les affouillements et les déplacements latéraux du lit, qui, à aucune époque 
n'occupa, comme cerlains géologues l’admettent encore, presque toute la 
largeur de la vallée, mais qui, par affouillement continuel et successif, en 
recouvrit l’une après l’autre toutes les parties. 

Par le creusement continuel de ses bords, le lit du fleuve quaternaire 
s'encombra peu à peu, dans loute l'étendue couverte par ses sédimentations 
latérales successives, des fragments de roches anciennes de toute nature qu'il 
détachait des parois de la vallée. 

En descendant et en oscillant entre les flancs de plus en plus étroits de la : 
vallée, le fleuve quaternaire dut abandonner des deux côtés des dépôts 
d'autant plus récents, plus roulés et plus hétérogènes qu'ils se rapprochaient 
davantage du fond actuel de la vallée. 

Le dépôt primitif à fragments anguleux et d'origine voisine a été à peine 
remanié et roulé par le fleuve dans ses plus hautes terrasses. On retrouvera 
donc dans celles-ci les éléments peu usés de ce diluvium anguleux ancien, 
mélangés à des galets et à une minime proportion de roches apportées 
d'amont par les eaux du fleuve. 

Dans les terrasses moins élevées, la proportion des roches anguleuses 
provenant du dépôt primitif diminuera rapidement et celles qui subsisteront 
se montreront remaniées et roulées. Les galets de silex arrondis et les 
roches d’origine lointaine augmenteront aussi dans des proportions très- 
sensibles. 

Enfin, dans les terrasses inférieures et dans le fond des vallées, où le 
phénomène d'alluvionnement et d'usure des roches s'est continué pendant 
une période très-longue, on ne trouvera plus que du diluvium à cailloux 
roulés et arrondis, contenant une forte proportion de roches provenant des 
contrées d’amont. 

Quant aux relations des zones intactes et des zones altérées du diluvium, 
c'est-à-dire du « diluvium gris » et du « diluvium rouge », elles montreront 


166 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


que plus le dépôt diluvien se rapproche du fond des vallées, où les causes 
de protection sont nombreuses et efficaces, plus il se présentera sous son 
aspect normal, c’est-à-dire avec la coloration grise et sa proportion normale 
d'éléments calcaires. Quant aux parties entièrement altérées des plateaux, 
elles se montreront dépouillées de tout élément calcaire et l’on n'y retrouvera 
plus que les roches siliceuses ou autres ayant pu résister au phénomène 
d’altération. 

Quant au limon quaternaire, produit de sédimentation d'une vaste nappe 
d'eau limoneuse, résultant, suivant toute apparence, des crues extraordinaires 
causées par la fonte des glaces de la période glaciaire, et qui ont dû se pro- 
duire vers la fin de la phase de creusement des vallées, ce limon s'étend à 
la fois sur les plus hauts plateaux qu'avait autrefois recouvert le dépôt dilu- 
. vien ancien et sur les flancs des vallées, où il repose sur les terrasses étagées 
du diluvium alluvial et il descend même jusqu'aux niveaux les plus infé- 
rieurs, où il est souvent remanié en tout ou en partie. 

Sur les plateaux, le limon quaternaire, primitivement calcareux dans son 
état normal, est presque toujours entièrement altéré, c’est-à-dire oxydé et 
décalcifié par le fait d’infiltrations pluviales, qui peuvent d’ailleurs être pos- 
térieures à celles ayant altéré le diluvium rouge sous-jacent, avec lequel il 
a élé si souvent confondu !. Le limon peut cependant n'être qu'en partie 
altéré et changé en limon brun, et alors, s’il repose sur du diluvium rouge, 
on aura une zone de limon calcarifère comprise entre deux zones altérées, 
ce qui, au premier abord, paraïitra contraire à l'exactitude de nos vues. 

Nous avons déjà, à deux reprises, montré combien les cas de ce genre sont 
aisés à comprendre et à concilier avec le processus d’altération. 

Il importe de noter que, comme l'indique la chronologie exposée par 
nous dans la succession des phénomènes quaternaires, les dépôts post- 
tertiaires des plateaux comprennent à la fois les couches les plus anciennes 
et les sédiments les plus récents de la période quaternaire, puisqu'ils mon - 
trent, au-dessus du diluvium à éléments anguleux de la première phase — 


‘ Le même phénomène, postérieur alors au dépôt du limon, peut cependant avoir produit 
très-rapidement l'altération du limon, du diluvium et même des couches tertiaires ou autres 
sous-jacentes. | 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS. erc. 167 


qui peut même comprendre la période pliocène — le limon ou loess repré- 
sentant la phase la plus récente des phénomènes de la période quaternaire. 

Il importe aussi de ne pas confondre ce dernier limon quaternaire, post- 
diluvien — qui recouvre d'un manteau homogène et uniforme les plateaux, 
les plaines et les vallées — avec les limons successifs d’alluvionnement ou 
« d'inondation fluviale » qui s'étagent, en correspondance avec des dépôts 
caillouteux ou à éléments grossiers, sur les terrasses des grandes vallées 
diluviennes. La distinction de ces limons d'origine et de signification difré- 
rentes n’est pas toujours facile à établir ; c’est pourquoi il convient, lorsqu'on 
veut étudier les caractères du limon quaternaire proprement dit ou post- 
diluvien, de ne s’atiacher qu'à l'examen du limon des plaines faiblement 
ondulées, et privées de grandes vallées diluviennes, comme le sont, par 
exemple, celles du Brabant et des Flandres. 

Si nous récapitulons tout ce qui précède, relativement à l'exposé des 
phénomènes quaternaires, nous voyons que les conséquences logiques et 
rationnelles d’une thèse ne faisant appel qu'aux agents normaux et constam- 
ment agissants de la nature, aussi bien en ce qui concerne l’origine des 
phénomènes quaternaires qu’en ce qui a trait à l'altération des sédiments 
déposés, s'accordent parfaitement avec toutes les données fournies par l'étude 
scrupuleuse des dépôts quaternaires du bassin de Paris pour expliquer tous 
les phénomènes observés. 

Nous ne rencontrons plus aucune des contradictions ni même des diffi- 
cultés auxquelles se sont heurtées toutes les théories et les hypothèses émises 
jusqu'ici. 

Ce résultat inespéré, nous le devons uniquement à l'application rationnelle 
de la thèse des phénomènes d'altération par infiltration pluviale, phéno- 
mènes qui, masquant et dénaturant les rapports des dépôts, empéchaient 
d’en comprendre les véritables relations chronologiques. 

La signification vraie du « diluvium rouge » étant établie, on comprend 
qu'il n’est plus possible de considérer comme preuve d'intégrité du diluvium 
gris la présence, dans les gisements de silex taillés ou d'autres vestiges de 
l'époque quaternaire, d'un « diluvium rouge » recouvrant. 

Les objets préhistoriques, les ossements, les silex taillés recueillis dans 


168 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION, erc. 


une même coupe, dans une même carrière, comprenant les deux zones en 
superposition, ont une même valeur chronologique ; le gisement est unique 
el représente, dans ses parties grises ou rouges indifféremment, une seule el 
même phase de l'époque quaternaire. 

ll n'y a de signification chronologique différente que pour les objets 
trouvés, les uns dans le diluvium des bas niveaux, les autres dans celui 
des hauts niveaux ou dans le diluvium des plateaux, et toujours abstraction 
faite de la coloration des dépôts. 


RÉSUMÉ. 


La longue série d'observations et de faits exposés dans les pages précé- 
dentés s'offre à nous avec un remarquable enchainement, montrant sous des 
dehors variés les conséquences universelles et toujours identiques au fond, 
d'une action très-simple d’altération et de métamorphisme, ayant affecté les 
dépôts, généralement superficiels, exposés à l'infiltration des eaux météo- 
riques. | 

Les stratigraphes ont jusqu'ici accordé peu d'attention au rôle des infil- 
trations dans le métamorphisme des roches; c'est là une circonstance fâcheuse 
et d'autant plus regrettable que les géologues, n'ayant pu reconnaitre la véri- 
table nature des modifications si profondes qui se sont opérées dans les 
dépôts atteints par les infiltrations, ont très-souvent considéré comme des 
formations spéciales les zones superficielles altérées et modifiées; il en est 
résulté que la science se trouve actuellement encombrée d'opinions inexactes 
el d’interprétations fausses sur la signification, l'origine et l'age d’une quantité 
de dépôts appartenant aux formations les plus diverses. Beaucoup de couches, 
supposées distinctes, seront à éliminer de la série stratigraphique, n'étant 
autre chose que des zones d’altération, anciennes ou récentes, d’autres dépôts 
connus sous des noms différents. 

Ce n'est pas tout : De nombreuses théories ont été émises, dans le but 
d'expliquer les phénomènes d’'apparences complexes accompagnant l'altéra- 
lion des dépôts; des hypothèses de toute nature ont vu le jour et ont formé 
l'objet de longues discussions, encore pendantes. Parmi ces théories, dont 
la plupart invoquent'le concours de forces locales, accidentelles et extraor- 


dinaires, pour n'expliquer le plus souvent qu’une partie des faits observés, 
Toue XLIV. 22 


4 


= .. — 


7 


170 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


il en est qui, présentées avec talent, défendues avec habileté, ont reçu la 
sanction de hautes autorités scientifiques. 

Il en est résulté que ces hypothèses sont actuellement si profondément 
enracinées, qu'elles ont force .de loi. Sans se donner la peine de les sou- 
mettre à une analyse consciencieuse et détaillée, on est accoutumé à faire 
intervenir ces hypothèses sans hésitation, dans les cas si nombreux où l’ob- 
servaleur se trouve en présence d'actions de métamorphisme continu et actuel 
dû tout simplement à l'infiltration des eaux météoriques. 

C'est ainsi qu'à tout moment nous voyons invoquer, dans des cas sem- 
blables, l’action corrosive de sources, de torrents ou de ruissellements tem- 
poraires d'eaux acidulées d'origine interne, de mers aux flots acides, d'éjacu- 
lations geyseriennes; l'apparition d'eaux thermales chargées de gaz ou de 
matières spéciales; le dégagement d'acides carbonique, chlorhydrique ou 
même sulfurique, etc. 

Cet état de choses constituerait un regrettable obstacle aux progrès de la 
géologie si, heureusement, la thèse de l’altération des dépôts par infiltration 
des eaux météoriques ne se présentait avec un ensemble de faits si convain- 
cants et avec un caractère si frappant d'universalité que les préjugés et la 
routine ne pourront longtemps lui tenir tête et l'empêcher d'éclairer d’un jour 
tout nouveau le vaste horizon qu'elle dévoile aux observateurs. 

C’est surtout à l'évidence des faits que nous faisons appel pour la défense 
des idées qui se trouvent présentées dans ce travail. Plus on réunira d'ob- 
servations impartiales et consciencieuses, plus on pourra se convaincre de 
l’importance du phénomène que nous venons de mettre en lumière et plus 
on constatera la simplification considérable qu’il est appelé à apporter dans 
les recherches géologiques. 

De l'ensemble des recherches exposées dans ce travail, il résulte claire- 
ment que les eaux d'infiltration d'origine météorique constituent un agent 
puissant d'altération et de métamorphisme, agissant sur toutes les roches 
— quelles que soient leur nature, leur composition ou leur âge — et s'at- 
taquant surtout aux dépôts superficiels de l'écorce terrestre. 

Sous des dehors d'une diversité extrême, ces phénomènes d'altération 
cachent une simplicité de causes et une unité d'action des plus remarquables. 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 4171 


Ils sont plus ou moins accentués suivant les conditions climatériques géné- 
rales ou topographiques particulières, causes de variations du phénomène 
d'infiltration. Ils présentent quelques changements suivant la nature, la com- 
position, l’état physique et la perméabilité de la roche, suivant son exposi- 
tion plus ou moins directe ou plus ou moins prolongée à l’action des agents 
météoriques. Ils dépendent enfin du plus ou moins d'efficacité des différentes 
causes protectrices signalées au cours de ce travail. 

La question d'intensité réservée, ces phénomènes d’altération se montrent 
aussi universels dans leurs effets qu’ils le sont dans leur cause; de plus, ils se 
sont opérés aussi bien pendant des périodes continentales anciennes que 
depuis l'émergence des terres et des continents actuels. 

Lorsqu'on analyse le processus de ces phénomènes d’altération, on voit 
qu'il consiste surtout en actions dissolvantes et oxydantes produites par les 
gaz qui se trouvent à l'état libre dans les eaux d'infiltration, d'origine 
atmosphérique. 

À la suite de ces actions si énergiques et si profondes — non par elles- 
mêmes, mais grâce au temps, ce multiplicateur d’une puissance infinie — les 
roches se dissolvent, perdent une partie de leurs éléments constitutifs ou bien 
subissent une série de phénomènes de décomposition et de réactions chi- 
miques, dissociant leurs éléments, dissolvant et entrainant les uns, isolant, 
oxydant, combinant ou transformant les autres et donnant généralement lieu 
à la production de résidus friables, meubles ou argileux, souvent devenus 
entièrement méconnaissables. Dans certains cas, des minéraux nouveaux 
apparaissent par combinaison chimique d'éléments mis en liberté, ou bien 
encore il se produit des phénomènes de cimentation, de concrétionnement et 
de modification moléculaire. 

C’est surtout dans les roches calcarifères, très-abondamment répandues à 
la surface du globe, que les phénomènes d'altération sont le mieux caracté- 
risés et c'est dans ces dépôts que les modifications, toujours très-profondes, 
ont le plus souvent donné lieu à des erreurs d'interprétation fâcheuses au 
point de vue stratigraphique et géogénique. 

Il est bien établi que la disparition des fossiles, l'élimination du carbonate 
de chaux, la production de résidus argileux, l'oxydation des sels ferreux et 


1792 LES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION 


la coloration jaune, brune ou rougeâtre des dépôts accompagnent constam- 
ment l’altération des roches calcarifères par voie d'infiltration des eaux atmo- 
sphériques. 

La réunion de ces caractères, surtout dans les dépôts superficiels, est done 
l'indice ordinaire de l’action de ces phénomènes d'altération. Bien que ces 
derniers se présentent sous des aspects variés et dans des conditions diverses, 
ils se retrouvent, avec un caractère fondamental toujours identique, non- 
seulement dans l'immense série des dépôts calcarifères, mais encore dans les 
roches de toute nature exposées, dans leurs affleurements, aux phénomènes 
d'infiltration. 

Beaucoup de ces résidus d’altération, formant des zones locales, ou parfois 
très-développées, ont élé pris par les géologues comme représentant des 
dépôts distincts. C’est ce qui s’est souvent présenté pour les roches purement 
calcaires, comme la craie, et pour les dépôts meubles, facilement perméables. 

Dans ce dernier cas, les résidus décalcifiés et oxydés deviennent très-dif- 
férents du dépôt primitif et la ligne de séparation présente fréquemment des 
apparences simulant très-curieusement des phénomènes d’érosion et de ravi- 
nement. On y a presque toujours élé trompé et les conclusions tirées de ces 
observations ont été bien souvent préjudiciables aux recherches géologiques, 
par suile des difficultés et des contradictions inévitables amenées dans les 
résultats stratigraphiques et géogéniques. 

Il importe donc beaucoup que les stratigraphes étudient sérieusement ces 
phénomènes d’altération et leurs conséquences si importantes. Ils ne doivent 
plus s’exposer à confondre, comme on l’a souvent fait jusqu'ici, des zones 
superficielles d'altération, sans aucune signification géologique, avec des for- 
mations distinctes, spéciales au point de vue sédimentaire. 

La question de l'origine, parfois embarrassante à expliquer, de certains 
dépôts anciens, oxydés ou ferrugineux, sans calcaire ni fossiles, se trouve 
vivement éclairée par l'étude des phénomènes de métamorphisme par voie 
hydro-chimique ou d'infiltration. Ces dépôts, aujourd'hui enclavés au sein 
de la série sédimentaire, étaient autrefois émergés et ils doivent incontes- 
tablement représenter, tantôt d'anciennes zones superficielles d’altération, 
restées in situ ou bien remaniées, tantôt les produits secondaires d'aggluti- 


DES DÉPOTS SUPERFICIELS, erc. 4173 


nation ou de concrélionnement d'un phénomène d'altération identique à 
celui qui s'opère encore de nos jours. 

La simple logique, d'accord avec les faits, nous force d’ailleurs à recon- 
naître que, pendant les périodes continentales anciennes de l’histoire de la 
terre, les mêmes phénomènes d’altération des dépôts superficiels ont dà se 
produire. Leur énergie devait même être plus grande et leur action plus 
générale, puisque les conditions climatériques, partout à la surface terrestre, 
se rapprochaient davantage de celles caractérisant aujourd’hui nos régions 
tropicales, où les phénomènes d'altération sont si constants et si bien carac- 
térisés. 

Peu de ces surfaces continentales anciennes nous sont connues; la plupart 
d'entre elles ont d’ailleurs été arasées par des phénomènes subséquents de 
sédimentation marine. Toutefois, la recherche et l'étude des dépôts altérés 
anciens doivent être recommandées, car les observations que l’on pourra 
recueillir jetteront sans nul doute de vives lumières dans les recherches géo- 
logiques et simplifieront beaucoup de problèmes géogéniques. Elles permet- 
tront, concurremment avec l'étude des dépôts altérés de la surface actuelle, 
l'élimination, dans la série stratigraphique, d’une foule de termes impropres 
et de couches dites « sans fossiles », faisant double emploi avec les dépôts 
de la série normale, parmi lesquels ces dernières se trouvent confondues. 

On trouvera dans l’altération et dans le métamorphisme des roches par 
infiltration des eaux météoriques la solution d’un grand nombre de questions 
encore non résolues jusqu'ici en géologie. 

Grâce à l'étude de ces phénomènes, les difficultés et les obstacles qui s’éle- 
vaient contre les interprétations précédemment données s'évanouissent à 
jamais avec celles-ci; grâce à elle aussi, la stratigraphie se débarrasse d'une 
foule de termes qui l'obscurcissaient et l'empéchaient d'apparaitre sous son 
véritable aspect. Il y a plus : aux actions locales, accidentelles, extraordi- 
naires et généralement d'origine interne, qui élaient si souvent invoquées, 
succède une action simple, naturelle et irrésistible dans sa puissante len- 
teur, universelle à la surface du globe depuis son origine, variant dans son 
intensité, mais jamais dans sa cause ni dans l'essence de ses manifestations 
variées. 


174 LES PHÉNOMÈNES D'ALTÉRATION, erc. 


Plus on scrute la nature, plus on se pénètre de la simplicité pleine de 
grandeur des lois qui la régissent; et chaque fois que l’on est parvenu à y 
découvrir, comme dans l'étude que nous terminons ici, non pas des causes 
extraordinaires, mystérieuses et compliquées, mais une loi bien définie, 
rationnelle et aisément vérifiable, on peut espérer avoir exactement interprété 
les faits observés. 

Tout en ayant essayé d'attirer l'attention de nos confrères sur les phéno- 
mènes si intéressants dont l’étude a fait l'objet de ce travail, nous regreltons 
de n'avoir pu rendre ces recherches aussi complètes que nous l’eussions 
désiré et de n'avoir pu fournir à cette belle cause un plus habile défenseur. 
Heureusement pour nous, c'est surtout à l'évidence des faits que cette thèse 
fait appel pour apparaître dans sa saisissante simplicité et dans la pleine 
lumière de ses résultats, si importants pour l'étude de la géologie. 


EXPLICATION DE LA PLANCHE. 


ne@TA.— Dans toutes les figures de cette planche les zones intactes et les zones altérées d'un même dépôt 
sont indiquées par la même lettre, le signe ” indiquant invariablement la rone altérée. 


Ficuns 1. — Coupe transversale de la vallée de lu Senne à Bruxelles, montrant les causes 
protectrices ayant empéché l’allération des dépôts de la rive gauche. (Voir 
pp. 50, 84, 88 et 144.) 


Dépôts normaux. Dépôts altérés. 


À’ Sables et grès ferrugineux (infiltrés). 
B’ Sables fins micacés (sables chamois) (idem). 


C Argile glauconifère. C’ Argile glauconifère infiltrée, 
D Sables fossilifères de Wemmel. D’ Sables quartzeux jaunâtres, sans fossiles. 
E Sables et grès calcarifères laekeniens. E’ Sables quartzeux verts, sans fossiles. 


calcarifères 
F Sables et grès Pr 
G Sables, grès et psammites paniseliens. 
H Sables et argiles ypresiens. 
x Ergeron ou limon quaternaire calcarifère. ._æ’ Limon brun ou terre à briques. 
3 Alluvions anciennes et modernes. 


| bruxelliens. F’ Sables quartzeux verdâtres, sans fossiles. 


À, B, C, D représentent le wemmelien (éocène supérieur), E et F représentent respectivement le laekenien 
et le bruxellien (éocene moyen) et G et H le paniselien et l'ypresien (éocène inférieur). 


Ficuns 2. — Coupe passant par les fossés de six des forts détlachès d'Anvers, montrant la 
disposition des zones superficielles d’altération (sables jaunes et sables verts) 
des dépôts pliocènes (dressée d'après M. Dejardin). (Voir pp. 40 et 101.) 


À Sables quaternaires campiniens, surmontés de terre végétale. 
B, B’ Sables moyens et sables supérieurs d'Anvers (scaldisien de Dumont). 
C, C’ Sables inférieurs d'Anvers, à Panopées et à Pétoncles (diestien partim Dumont!. 


Le « crag jaune » et les « sables verts diestiens » des auteurs sont respectivement constitués 
par les zones superficielles d'altération B’ et C’. 


Ficune 3. — Coupe relevée dans les sables laekeniens à Bruxelles, montrant la continuité 
des bancs de grès dans les poches d’altération, sous forme de guirlandes 
sableuses. (Voir pp. 70 et 91.) 


A Sable blanc calcarifère laekenien. A’ Le même, changé en sable quartzeux vert, sans fossiles. 
B Bancs de grès tendres, à ciment calcaire. B’ Les mêmes, changés en sables meubles, oxydés, brunâtres. 


176 EXPLICATION DE LA PLANCHE. 


Ficurs 4. — Coupe montrant les traces d’agrandissements successifs des poches d’altération 
dans les sables laekeniens, aïnsi que la continuité du gravier siliceux, base 
du système. (Voir p. 70 et 72.) 


X Dernier banc, très-dur, formant le sommet des sables et grès bruxelliens. 

À, B Sables et grès calcarifères laekeniens. À’, B’ Résidus des mèmes, oxydés et décalcifiés. 
C Gravier fossilifère, base du laekenien. C’ Gravier siliceux traversant les poches. 
æz Zones d'oxydation et de concrétionnement montrant les agrandissements successifs des poches. 


Ficuns 5. — Coupe montrant les allures de la zone superficielle d’altération dans le calcaire 
grossier de Paris (d'après Belgrand). (Voir p. 76 et 104.) 


À Calcaire grossier moyen, traversé par quelques bancs durs B à ciment calcaire. 
À’ Zone superficielle altérée, changée en argile sableuse rouge, oxydée et décalcifiée. 
(Les bancs durs B sont dissous au contact de la zone d'altération.) 

C Dépôt quaternaire ou moderne. 


Ficurs 6. — Coupe relevée au Wyngaerdberg, à Bruxelles, montrant l'allure du contact des 
deux zones du limon quaternaire, ainsi que l’intercalation d’une zone restée 
normale entre deux couches ultérées (communiquée par M. Rutot). (Voir 
pp. 85 et 147.) 


À Limon calcarifère ou ergeron. 

À’ Limon brun ou terre à briques. 

B Diluvium quaternaire, avec sédiments éocènes remaniés : quaternaire ancien. 

C Sables blancs calcarifères Jaekeniens, avec grès à ciment calcaire. 

C’ Résidu quartzeux verdätre, sans fossiles, avec zones meubles brunâtres oxydées. 


Ficuns 7. — Coupe des dépôts pliocènes des cales sèches à Anvers, montrant l’indépendance 
des divisions stratigraphiques d'avec le caractère de la coloration. (Voir 
pp. 96 et 99.) 


À Étage des sables moyens d'Anvers à fsocardia cor. 
B Couche avec galets et éléments remaniés, base des sables à Trophon antiquum. 
C Zone non infiltrée, ni rubéfiée, des sables supérieurs à Trophon antiquum. 
C’, D’, E’ Zone supérieure, altérée et rubéfiée, des sables supérieurs, avec banc coquillier. 
F,G Dépôts quaternaires et modernes. 


Les parties nou altérées cet restées grises A, B, C constituaient l'ancien crag gris, tandis que les 
zones altérées C’, D’, D’ représentent le crag jaune des auteurs. 


Fiçurs 8. — Coupe des lerrains rencontrés par les puits et par la galerie de prise d’eau de la 
commune de Morlanwelz, montrant les traces de phénomènes d’altération 
effectués sur une surface émergée ancienne (communiquée par MM. Cornet 
et Briart). (Voir p. 406.) 


AetB Dépôts quaternaires et modernes; limons, etc. 
C’ Sable bruxellien altéré, remanié et représentant sans doute le diluvium ancien. 
D, D’ Sable bruxellien, presque partout altéré (oxydé et décalcifié) passant à : 
E, E’ Sable marneux imperméable, d'un blanc grisätre, avec grès calcaires, resté presque partout intact. 
F, F’ Argilite de Morlanwelz, jaune ou brune et décalcifiée en F’; d'un gris bleu foncé et fossilifère en F. 
G, G’ Sable fin, contenant les mêmes fossiles que F, aliéré sur 60 mètres environ à partir des points d'affleurement. 


en LE 


ps Ph EURE 


EXPLICATION DE LA PLANCHE. 4177 


la Fisung 9. — Coupe du diluvium des carrières d’Ivry, montrant le rôle des sables gras dans 
la non-rubéfaction des couches sous-jacentes du diluvium quaternaire. (Voir 
p. 156.) | 


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23 


14 


A, À’ Lits de galets, graviers et sables grossiers; gris et calcaires en À ; rouges, argileux et décalcifiés en A’. 
B, B’ Sables fins alternant avec les précédents; gris et calcarifères en B ; rouges, argileux et décalcifiés en B’. 
C Sables gras imperméables, ayant empêché l'altération du diluvium sous-jacent, 
D Couche marneuse perméable et en partie désagrégée et fissurée. 
E,F Limon quaternaire et sol végétal. 


Ficune 40. — Coupe du diluvium quaternaire, à Paris, montrant les allures et la disposition 


de la zone superficielle altérée ou « diluvium rouge » en contact avec le 
« diluvium gris » (d'après M. Belgrand). (Voir p. 152.) 


A Mélange d'éléments 


siliceux avec galets calcaires et sédiments calcarifères grisâtres (diluvium gris). 


A’ Éléments siliceux noyés dans une argile rouge, privé de calcaire, résultant de l'altération de la zone calcaire À 


(diluvium rouge). 


z,ÿ,3 Lits continus de galets de silex, montrant l'absence de remaniemeut au sein des poches de diluvium rouge À’. 


Tous XLIV. 


23 


TABLE DES MATIÈRES. 


Pages. 
AVANT=PROPOS:. 2 5 de ce dés à à du me ue D EU Su Rues © 


CHAPITRE PREMIER. -— CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LE RÔLE DES AGENTS MÉTÉO- 
RIQUES DANS L’ALTÉRATION DES ROCHES  . , . + . + . . . + « . . 7 


Désagrégation mécanique des roches superficielles sous l’action de l’air et de l'eau. 
— Action des infiltrations pluviales. — L’oxygène et l'acide carbonique des eaux 
d'infiltration; leur rôle et leurs effets. — La dissolution du calcaire et l’oxydation 
des sels ferreux. — Universalité du phénomène dans l’espace et dans le temps. 


CHAPITRE SECOND. — ÉTuDE DES PHÉNOMÈNES D’ALTÉRATION PRODUITS PAR L’INFILTRA- 


TION DES EAUX MÉTÉORIQUES DANS LES DIVERSES ROCHES DE L'ÉCORCE TERRESTRE . . 19 
4. Roches feldspathiques . . . . . .. .. . . . . . . . . . . 
Altération rapide du granit sous les influences atmosphériques. — Altération 


des roches feldspathiques sous l’influence de l'eau chargée d'acide carbonique. — 
Le kaolin. — Les filons de roches feldspathiques. — Relations entre l’altération des 
roches feldspathiques et les causes protectrices empêchant l’infiltration des eaux 


météoriques. 
2. Roches métallifères . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 
Sulfatisation des sulfures. — Formation des oxydes et des carbonates métalliques. 
Transformation du calcaire en gypse par des eaux sulfatisées. — Altération de 


l'oligiste. — Modifications dans la constitution chimique des minerais, surtout dans 
ceux des failles et des filons métallifères. — Le chapeau de fer. — Transformation 
des silicates ferreux (glauconie, etc.) en hydrate ferrique et en minerais en fer. 


5. Roches schisteuses et argileuses . . . . . . . . . . . . . . 23 


Transformation des schistes en terres meubles et en argiles plastiques. — Ressem- 
blance de certains de ces résidus d’altération avec des limons ou terrains de trans- 
port. — Exemples de transformation rapide de schistes en argiles plastiques. — 
Rôle protecteur des argiles contre l'influence des infiltrations superficielles. — Étude 
des divers cas de protection pouvant se présenter, ainsi que des causes d’inefficacité. 
— Exemples dans les dépôts éocènes et pliocènes de la Belgique, dans le diluvium 
de la Scine, aux mines de Wieliczka, etc. — Altération des argiles glauconieuses et 
sableuses. — Rôle de la végétation dans le processus d’altération des dépôts argileux. 


TABLE DES MATIÈRES. 


4. Roches siliceuses . . … … … . . 


Altération superficielle du silex : la patine, etc. — Altération profonde des galets 
siliceux. — Altération du quartz. — Verdissement de certains silex. — Les infiltra- 
tions dans les sables siliceux. — Origine de certains:armas ou poches de sable dans 
les roches calcaires ou quartzeuses. — Modifications du phtanite, du jaspe et de la 
silice gélatineuse. — Décomposition de la glauconie. — Conséquence du phénomène 
au point de vue de l'aspect des dépôts glauconieux altérés. — Exemples d'erreurs 
d'interprétation tirés des dépôts glauconifères pliocènes des environs d'Anvers. — 
Origine réelle des minerais de fer attribués à des « émissions ferrugineuses » ou 
« geyseriennes ». — Applications stratigraphiques dans les terrains tertiaires de la 
Belgique. — Réponse aux objections présentées. — Reconstitution des sels ferreux 
(glauconie) et reverdissement des dépôts sous l'influence des hydrocarbures. — 
Formation de l’alios. — Silex nectique. — Origine des meulières. 


ÿ. Roches calcaires . . . . . . 


Décoloration ou oxydation des roches calcaires soumises aux influences météo- 
riques. — Solubilité dans l’eau chargéc d'acide carbonique. — Origine des poches 
et entounoirs de résidus meubles et rougeâtres dans les régions calcaires. — La 
« terra rossa » et la latérite. — Lumières jetées sur l’origine de certains grès rouges 
anciens. — Formation actuelle de grès, poudingues, etc., par évaporation d’eaux 
chargées de calcaire; applications de ce phénomène aux eaux d'infiltration super- 
ficielle. — Concrétionnements limoniteux dans les roches argileuses altérées. — Ori- 


gine réelle de certains dépôts dits « geyseriens » (argiles rouges, minerais de fer, etc.). 


a. Les phénomènes d’altération dans les dépôts meubles calcarifères . 


Changements d'aspect produits dans les caractères de ce dépôts. — Changements 
de coloration; dissolution des grès calcarifères; disparition des fossiles. — Résistance 
de certains grès, fossiles et autres éléments siliceux. — Caractères généraux des 
poches d’altération. — Fausses stratitications et apparences illusoires de ravinement. 
— Examen des divers cas observés. — Caractères différentiels des poches d’altéra- 
tion et des poches de dénudation. — Expériences permettant de toujours distinguer 
les premières des secondes. — Formation de dépôts quartzeux blancs et purs par 
lavage mécanique des résidus d'’altération. — Applications de l'étude des phéno- 
mènes d’altération à la stratigraphie des dépôts éocènes ct pliocènes de la Belgique. 
— Observations faites à l'étranger. — Phénomènes d’altération, observés sur d’an- 
ciennes surfaces continentales. — Lumière que peut jeter cette étude dans la question 
de l’émergence des anciens dépôts marins et des oscillations du sol. 


b. Les phénomènes d’altération dans les roches crétacées . 


Dissolution de la craie. — Origine des argiles à silex. — Réponse aux objections 
présentées. — Les dépôts sidérolithiques. — L’argile à chailles. — Les sables à silex. 
— La grève crayeuse. — Les puits naturels de la craie ct leur mode de formation. 
— Origine de l'argile rouge qui les tapisse. — Dépôts de silex formés sur place par 
dissolution de la craie. — ‘Transformation des roches argileuses calcaires en terres 
meubles et altération de la marne. 


179 


Pages. 
35 


D3 


63 


108 


180 


TABLE DES MATIÈRES. 


ANNEXE. — LES INFILTRATIONS DANS LES DÉPÔTS QUATERNAIRES. . « . «+ . «+ «. 


Le limon hesbayen ou loess 


Les deux zones du limon. — Origine chimique du facies supérieur argileux ou 


terre à briques. — Preuves de cette origine. — Les rognons calcaires du limon 
jaune ou inférieur. — Exposé des causes ayant induit les observateurs en erreur sur 
les caractères du contact des deux zones du limon quaternaire. — Caractères réels 
de ce contact. — Réponse aux objections présentées à la thèse de l’origine chimique 
du limon supérieur argileux. 


Le diluvium quaternaire . 


Description sommaire du diluvium de la vallée de la Seine. — Origine purement 


chimique du diluvium rouge. — Étude des carrières d’Ivry. — Analogie des carac- 


tères du diluvium rouge avec les résidus d’altération des dépôts calcarifères. — 
Protection fournie par les sables gras. — Les silex anguleux du diluvium rouge des 
vallées; leur origine. — Le diluvium rouge des plateaux. — Étude sur la formation 
et sur l'origine du diluvium parisien. — Le limon quaternaire post-diluvien. — 
Précision donnée par l'étude rationnelle des dépôts quaternaires diluviens à l'éta- 
blissement des relations chronologiques des gisements de silex taillés et d'objets 
préhistoriques. 


RÉSUMÉ . 
EXPLICATION DE LA PLANCHE. . . . . . . . 


147 


169 
178 


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RECHERCHES 


LES ANNELIDES 


par M. le professeur Édouard Van Beneden pendant son voyage au Brésil et à la Plata, 


PAR 


ARMAUER HANSEN, 


Directeur du Musée de Bergen (Norwège), 


EEE nest 


{Présente à la Classe des Sciences dans la séance du 8 janvier 18K1.) 


Tour XLIV. | 


RECHERCHES 


SUR LES ANNÉLIDES 


recueillies par M. le professeur Éd. Van Beneden pendant son voyage au Brésil et à la Plata. 


M. le professeur Édouard Van Beneden a bien voulu me communiquer 
la collection des Annélides recueillies par lui dans la baie de Rio de Janeiro. 
Quelques-unes appartiennent à la faune littorale proprement dite; la plupart 
sont le produit de dragages exécutés dans toutes les parties de la baie et 
vivaient à une profondeur variant entre 3 et 40 brasses. 

Le plus grand nombre des espèces me sont complétement inconnues, et 
quoique j'aie étudié avec le plus grand soin toute la littérature relative aux 
Annélides exotiques, je n'ai rencontré dans la collection dont l'examen m'a 
été confié que trois ou quatre formes déjà décrites. Elles se trouvent ren- 
seignées dans la Monographie de M. Kinberg !. Ni dans les travaux de 
M. de Quatrefages ©, ni dans les Mémoires de Grube je n'ai trouvé signalées 
les formes que j'ai sous les yeux. Si donc au début j'ai cru devoir attribuer 
au peu de connaissances que je possède sur les Annélides équatoriales 
l'impossibilité de rapporter les espèces recueillies par M. Van Beneden aux 
formes actuellement connues, j'ai acquis aujourd’hui la conviction que la 


1 Kiserc, Annulata, Fregatten Eugenies resa et Annulala nova, Orversicr AP KONGL. SYENSKA 
VETTENSKAPS-AKADEMIENS HANDLINGAR. | 
3? Histoire naturelle des Annelés. 


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4 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


cause en est dans le peu de matériaux qu'il a été donné d'étudier aux 
naturalistes qui se sont spécialement consacrés à l'étude des Annélides. 
Il est à remarquer du reste que la conservation de ces animaux présente de 
réelles difficultés. À ce point de vue la collection des Annélides qui m'a élé 
confiée est des plus remarquables : la plupart des individus traités directe- 
ment par l'alcool absolu se trouvaient en parfait état de conservation. 

J'ai cru nécessaire de figurer exactement les parties caractéristiques de 
chacune des espèces nouvelles que je décris. Je crois que la meilleure 
description ne vaut pas un bon dessin, et s’il m'est arrivé de décrire comme 
nouvelle l’une ou l’autre forme déjà connue, il sera facile, grâce aux planches 
qui accompagnent mon texte, de constater le fait et de rectifier l'erreur. 


1. EURYTHOE BRASILIENSIS, n. sp. 


(PL I, fig. 5-9.) 


Plusieurs exemplaires; le plus long mesure 50 millimètres de longueur 
et 5-8 millimètres de largeur. La caroncule va jusqu’au quatrième anneau 
et a ses bords plissés (fig. 5). Au premier segment il n'y a pas de branchies. 
Les branchies sont arbusculiformes. Les soies de la rame dorsale des pieds 
affectent deux formes : les unes ont une pointe longue et droite et portent 
à leur base un petit denticule (fig. 8 a); les autres plus épaisses et droites 
ont un bord dentelé; la pointe des dents est tournée en bas (fig. 8b); les 
soies de la rame ventrale fourchues ont une des dents assez longue, l'autre 
étant très-courte (fig. 9). 


2. APHRODITA ACULEATA (?), Linné. 
(PL. I, fig. 4°4) 
L'animal a ‘7 centimètres de longueur et 4 centimètres de largeur; 


trente-six anneaux; la voûte tomenteuse est très-épaisse ; deux petits yeux 
à l'extrémité antérieure du lobe céphalique; un tentacule très-petit et les 


deux palpes médiocrement longues (fig. 4); pas de cirrhes tentaculaires. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. g 


Quinze paires d'élytres incolores, complétement lisses, sans traces de tuber- 
cules, mais pourvues d’un réseau nerveux richement ramifié. Les soies de 
la rame dorsale des pieds sont très-grèles (fig. 2 et 3); celles de la rame 
ventrale sont longues, épaisses, lisses et brunes (fig. 4). 

La forme du lobe céphalique diffère un peu de celle de l’Aphrodite acu- 
leata et les soies dorsales sont aussi plus longues que celles de l'espèce de 
nos mers; mais les différences me semblent trop insignifiantes pour justifier 
l'établissement d'une espèce nouvelle. Peut-être l'animal est-il plus voisin 
de l'A. anterus, Quatrefages !, que de l’A. aculeata. 


3. POLYNOË JANEIRENSIS, QuaTRerAGEs, Annelés, p. 235. 
HALOSYDNA BRASILIENSIS, Kwsc., E'ugenies resa, p. 36, pl. V, fig. 22. 


En faisant la description des Annelés recueillis par l'expédition norwé- 
gienne dans les mers du Nord, ouvrage qui paraîtra prochainement, j'ai 
expliqué les arguments qui m'empéchent d'admettre tous les genres de 
Polynoïdes créés par MM. Kinberg et Malmgren. Je ne les répéterai pas. — 
L'animal dont il est ici question est bien le Polynoë janetrensis de Quatre- 
fages, pour lequel M. Kinberg a proposé le nom de Halosydna brasiliensis. 
À mon avis, celte dénomination nouvelle ne se justifie pas. 


L. PSAMMOLYCE KINBERGI, n. sp. 


(PL. I, fig. 40-15.) 


Le tentacule fait défaut; deux yeux à la base du tentacule (fig. 10). 
Les soies de la rame dorsale gréles et serrulées (fig. 12); les soies de la 
rame ventrale falcigères ; les rames ont l’article terminal assez long et grêle 
(fig. 143 a); chez les autres il est plus court et plus épais et il présente une 
trace de fente à la pointe (fig. 13 b). Les élytres (fig. 11), richement ciliées, 
triangulaires, sont, comme le milieu du dos, incrustées de sable. 


1 Annelés, p. 194, pl. VI, fig. 8. 


6 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


5. MACROPHYLLUM BENEDENII, n. sp. 
(PI. 1, fig. 14-47.) 


L’extrémité antérieure seule est bien conservée. Lobe céphalique très- 
large et bref; deux antennes seulement; deux yeux; quatre cirrhes tentacu- 
laires à chaque côté; ils sont fixés sur le premier anneau; la trompe, élargie 
à son extrémité, est pourvue d’une rangée de papilles sphériques (fig. 4 4). Le 
cirrhe supérieur des pieds forme un ovale à peu près quadrilatère (fig. 16). 
Le cirrhe inférieur, assez étroit, dépasse un peu la partie sétigère du pied; 
celle-ci est simple et pourvue d'une acicule et de soies composées, dont la 
tige est dentelée d'une façon particulière à son bout supérieur (fig. 17). 
L'article terminal des soies est aussi finement dentelé le long d’un des bords. 


6. HESIONE MARGARITÆ, n. sp. 
(PL I, fig. 18-22.) 


Plusieurs exemplaires. Le plus grand mesure 75 millimètres de longueur 
et à millimètres de largeur, sans compter les pieds; dix-sept anneaux. La 
surface dorsale des anneaux transversalement striée avec un éclat brunâtre 
(fig. 18). Quatre grands yeux. Les soies falciformes; l’article terminal avec 
deux petits denticules à la pointe et un peu au-dessous du même, sur 
le bord concave, un denticule plus long et grêle, un peu courbé, qui s'élève 
un peu au-dessus de la pointe (fig. 22). 


1. SYLLIS BREVICIRRIS, n. sp. 
(PL I, fig. 1-3.) 


D'après Langerhans !, l'animal serait un Xenosyllis; mais il n’est pas le 
Xenosyllis scabra, Ehlers. Les antennes sont très-courtes ; quatre petits yeux; 
les cirrhes dorsaux également assez courts. Les soies falcigères; l'article 
terminal dentelé le long du bord concave (fig. 3). 


1 Die Wurmfauna von Madeira, ZB\TSCHRIFT FÜR WISSENSCHAPTLICHE ZO0LOGIE, Bd. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 7. 


8. EUNICE PARVA, n. sp. 


(PL 11, fig. 4-7.) 


Longueur : À centimètre; largeur : 0,5 millimètres. 

Le lobe céphalique est bilobé en avant; tentacules moniliformes; deux 
petits yeux en dehors et en arrière des tenlacules extérieurs. Les branchies 
apparaissent à partir du sixième ou du septième anneau; elles sont pectini- 
formes avec quatre branches (fig. 5). Les soies supérieures du faisceau sont 
des soies capillaires lisses (fig. 7 a); les inférieures falcigères ont l’article 
terminal enveloppé d’un manteau et la pointe fendue (fig. 7 b). Les mâchoires 
supérieures (fig. 6 a) sont allongées; des mâchoires inférieures, la droite a 
sept dents, tandis que la gauche n’en a que quatre (fig. 6 c). Le labre (fig. 6b) 
porte en avant quelques dents rudimentaires. 


9. NAUPHANTA BRASILIENSIS, n. sp. 
(PL Il, fig. 8-15.) 
L'animal, assez long, a environ 10 centimètres de long et seulement 


5-6 millimètres de large. Le lobe céphalique bilobé; cinq tentacules courts; 
le moyen, le plus long, va jusqu'au premier anneau sétigère quand il est 


recourbé en arrière. L'anneau buccal est formé de deux membres dont 


l’antérieur a plus de deux fois la longueur du postérieur. Les branchies font 
défaut sur les trente et un à trente-deux anneaux antérieurs; plus en arrière, 
elles sont petites, pectiniformes et à quatre branches (fig. 9). Les soies 
affectent cinq formes : les supérieures sont lisses, capillaires (fig. 10), et 
parmi celles-ci il y a quelques soies à ciseau (fig. 13); suivent deux sortes 
de soies composées (fig. 11), les unes avec article terminal pointu, plus 
court que chez les autres, et enfin des soies aciculaires de deux sortes avec 
la pointe faiblement fendue (fig. 12). 


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8 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


10. NICIDION INCERTA, n. sp. 
(PL II, fig. 19-24.) 


L'animal a beaucoup de ressemblance avec le N. gallopagensis, Kinberg; 
les cirrhes dorsaux sont pourtant un peu plus longs et les soies ont aussi un 
autre aspect que celles figurées par Kinberg. 


141. NAUSICAA MINIMA, n. sp. 
(PI. 11, fig. 22-25.) 


Un exemplaire, de petite dimension, a le lobe céphalique bilobé et cinq 
tentacules courts. Les branchies commencent au seizième anneau et sont 
cirrhiformes (fig. 25). Deux acicules à chaque faisceau de soies; celles-ci 
sont de deux sortes : les supérieures (fig. 23) faiblement courbées en $ et 
étroitement limbées; les inférieures falcigères ont l’article terminal enveloppé 
d'un manteau et leur pointe est pourvue de deux petites dents. 


12. ARABELLA DUBIA, n. sp. 
(PL. Il, fig. 14-18.) 


L'extrémité antérieure du corps est seule conservée; elle montre la plupart 
des caractères du genre Arabella. Cependant les soies ne sont pas dentelées 
à la base de l'extrémité supérieure (fig. 146), comme elles le sont chez 
l'A. quadristriata, Grube. (Voir ExLers, Die Borstenwürmer.) Les mâchoires 
différent aussi de celles de l'A. quadristriata. Les porteurs (die Träger) ne 
sont pas à beaucoup près aussi longs (fig. 17) et les dents font défaut aux 
mâchoires antérieures (troisième et quatrième paires). Le labre (fig. 48) est 
aussi d’une tout autre conformation; c'est pourquoi il me reste un doute sur 
la question de savoir si l'animal peut être considéré comme une Arabelle. 
Tout dépend de la valeur qu'il convient d'attribuer aux mâchoires au point 
de vue de l'établissement des coupes génériques. A cause de la ressemblance 
des caractères extérieurs avec ceux des Arabelles, je place provisoirement 
l'animal dans ce genre au lieu de créer un nom générique nouveau. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 9 


143. DIOPATRA BRASILIENSIS, KinBerG. 


(PI. I, fig. 26-32 et pl. Il, fig. 1-3.) 


Beaucoup d'exemplaires de tailles diverses. 

Le lentacule moyen est le plus long. Les branchies commencent au 
cinquième anneau; dans les quatre anneaux antérieurs se trouvent seulement 
des soies aciculaires (pl. IX, fig. 1); dans les anneaux branchifères il y a 
des soies de deux sortes, des soies capillaires un peu incurvées avec le bout 
en forme de sabre (fig. 2) et des soies à ciseau (fig. 3). 

En comparant l'animal aux figures de Kinberg, je trouve beaucoup de 
ressemblance avec D. brasiliensis de cet auteur; cependant il y a quelques 
différences qui tiennent peut-être à des inexactitudes dans la description ou 
à l’état défectueux de conservation des exemplaires que M. Kinberg a eu 
entre les mains. 


14. DIOPATRA VARIEGATA, n. sp. 


(PI. II, fig. 4-14.) 


Un exemplaire assez long. Les tentacules à base annelée; le moyen et les 
deux qui l’avoisinent à peu près également longs; les extérieurs et inférieurs 
de moitié plus longs. Deux yeux pâles. Les branchies commencent au qua- 
trième anneau. Les antennes plus courtes que les bases des tentacules (fig. 5). 

Les pieds des trois anneaux antérieurs ont un cirrhe dorsal assez long et 
un cirrhe ventral court dont la pointe se prolonge en une sorte de langue 
(fig. 6). Les soies dans ces pieds sont très-longues, grêles et un peu cour- 
bées; elles portent à la pointe deux denticules (fig. 41). Des soies semblables 
se trouvent aussi dans les premiers segments branchifères. Plus en arrière 
on trouve, comme chez tous les Diopatres, des soies en partie capillaires, 
pointues et étroitement limbées (fig. 44), en partie des soies à ciseau (fig. 12), 
et dans un faisceau, au-dessous de celles-ci, des soies aciculaires avec la 
pointe recourbée en haut (fig. 8 et 13). Les branchies disparaissent au 
trentième anneau. 

Tome XLIV. | 2 


10 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


45. ONUPHIS TENUIS, n. sp. 


(PL 111, fig. 15-22.) 


Le tentacule moyen un peu plus court que les deux tentacules supérieurs ; 
les deux inférieurs très-courts, mesurant à peine un quart de la longueur 
des deux supérieurs. Les antennes pyriformes plus courtes que les bases 
annelées des tentacules (fig. 16). Les branchies apparaissent au sixième 
anneau ; elles sont pectiniformes, les antérieures seulement ont deux branches, 
les postérieures en comptent cinq ou six (fig. 48 et 20). Dans les cinq 
anneaux antérieurs il n’y a que des soies aciculaires avec une pointe courbée 
à trois dents (fig. 21 b). Dans les anneaux postérieurs il y a des soies 
capillaires étroitement limbées (fig. 22), et seulement quelques soies à 
ciseau (fig. 19) et deux ou trois soies aciculaires assez épaisses avec la pointe 
bifide (fig. 21 a). | 


16. NEREIS GRACILIS, n. sp. 


(PI. Ii, fig. 25-26.) 


15 centimètres de longueur sur une largeur de 1 millimètre. Le lobe 
céphalique assez long; les antennes distantes dépassent un peu les palpes 
qui ont un article terminal sphérique. Les quatre yeux assez grands, les 
antérieurs sont les plus grands. Les cirrhes tentaculaires supérieurs et 
internes ont à peu près quatre fois, les inférieurs et extérieurs deux fois la 
longueur du lobe céphalique. Les pieds ont tous la même forme dans toute 
la longueur du corps (fig. 24). Les soies du faisceau supérieur spinuleuses 
avec l’appendice finement denticulé (fig. 25); les soies supérieures du 
faisceau central ont la même structure, les soies inférieures du même faisceau 
falcigères avec l’appendice finement denticulé (fig. 26). 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 11 


17. NEREÏIS LATA, ". sp. 
(PL HI, fig. 27-30.) 


Long de 19 centimètres et large de 6 à 8 millimètres. Le lobe céphalique 
très-allongé, les antennes médiocrement longues, très-rapprochées, dépassent 
un peu les palpes qui ont un article terminal sphérique. Les cirrhes tentacu- 
laires internes sont à peu près deux fois aussi longs que la tête, les exté- 
rieures de moitié plus longs. Les soies grêles ; celles du faisceau supérieur 
et les supérieures du faisceau inférieur spinuleuses avec l'appendice assez 
long, grêle et lisse (fig. 29); les soies inférieures du faisceau inférieur 
falcigères avec un appendice mince et lisse, courbé à la pointe (fig. 30). 


18. NEREIS COERULEA, n. sp. 
(PI. I, fig. 34 et pl. IV, fig. 1-5.) 


Environ 5 centimètres de longueur et 3-4 millimètres de largeur. Le lobe 
céphalique assez long, plus large à la base; pas d’yeux visibles. Les antennes 
courtes, très-rapprochées. Les palpes grandes ont des articles terminaux 
sphériques. Les cirrhes tentaculaires courts; les internes sont les plus longs; 
un peu plus longs que les palpes. La couleur du dos vert-bleu. Dans le fais- 
ceau supérieur il n'existe que deux ou trois soies spinuleuses (pl. IV, fig. 1) 
avec des appendices assez courts, finement denticulés le long d'un des bords; 
dans le faisceau inférieur deux soies semblables, le reste du faisceau est formé 
de huit à dix soies falcigères avec l’appendice dépourvu de denticules et dont 
la couleur varie du brun au noir. L’extrémité de la tige est également noire. 


19. NEREIS GLASIOVI, n. sp. 
(PI. IV, fig. 4-7.) 


Le lobe céphalique oblong, ovoïde; les antennes assez longues, distantes, 
dépassant un peu les grosses palpes qui ont des articles terminaux sphériques. 
Les yeux de grande dimension; les antérieurs, qui sont oblongs, sont les plus 


49 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES: 


grands. Les cirrhes tentaculaires, passablement longs, atteignent le bord 
recourbé jusqu'au bord postérieur du cinquième anneau. Les soies du faisceau 
supérieur spinuleuses; il en est de même des soies supérieures du faisceau 
inférieur; elles ont des appendices très-grêles et lisses (fig. 6). Les soies 
inférieures du faisceau inférieur sont falcigères avec des appendices très- 
courts pourvus de quelques rares denticules à leur bord concave (fig. 7). 


20. NEREIS MINOR, n. sp. 


(PI. IV, fig. 8-12.) 


Environ 4 centimètres de longueur et 4 millimètres de largeur. Le lobe 
céphalique très-allongé. Les palpes de moitié plus longues que la tête, avec 
des articles terminaux sphériques; les antennes n’atteignent pas le bout des 
palpes. Les cirrhes tentaculaires courts, à peu près aussi longs que la tête. 

Les paragnathes I et II, V et VI manquent (fig. 8 et 9). Les soies spinu- 
leuses et falcigères distribuées comme à l'ordinaire; leurs appendices sont 
finement denticulés (fig. 11 et 12). 


24. NEREIS ACULEATA, n. sp. 


(PI. IV, fig. 13-17). 


Longueur, 3 centimètres; largeur, 3 millimètres. Le lobe céphalique 
allongé; les palpes de moitié plus longues portent des articles terminaux 
cylindriques; les cirrhes tentaculaires sont courts, aussi longs que les palpes. 
Les paragnathes [IT manquent; les paragnathes IV forment deux crêtes trans- 
versales non dentelées. Les soies sont très-grêles, spinuleuses et falcigères, 
distribuées comme à l'ordinaire; l’appendice des soïes spinuleuses lisse, ceux 
des soies falcigères avec quelques denticules au bord concave. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES 13 


22. NEREIS OBSCURA , n. sp. 


(PI. IV, fig. 18-24.) 


Longueur, 6 centimètres; largeur, 4-5 millimètres. Le lobe céphalique 
oblong; les antennes très-courtes, atteignant la pointe des palpes qui ont 
des articles terminaux sphériques. Tous les paragnathes sont présents; le 
cinquième et le sixième sont cannelés (fig. 20), les autres conoïdes. Les soies 
spinuleuses et falcigères distribuées comme à l'ordinaire, toutes deux avec 
des appendices dentelés (fig. 23 et 24). La couleur de l'animal est brun 
foncé. 


23. NEREIS MICROPHTHALMA , n. sp. 


(PL. IV, fig. 25-98.) 


Longueur, 3 centimètres; largeur, 3 millimètres. Le lobe céphalique 
allongé avec la base un peu plus large et des yeux indistincts. Les antennes 
dépassent les palpes, qui ne sont qu’un peu plus longues que la tête. Les 
cirrhes tentaculaires assez courts, les plus longs de moitié plus longs que la 
tête. Les soies spinuleuses et falcigères distribuées comme à l'ordinaire; les 
spinuleuses avec des appendices ténus et dentelés; les falcigères avec des 
appendices bruns et pourvus de quelques denticules (fig. 27 et 28). 


24. NEREIS MACROCEPHALA, n. sp. 
(PI. IV, fig. 29-33.) 


Le lobe céphalique assez long, à peu près aussi long que les trois premiers 
anneaux réunis; les antennes rapprochées l’une de l'autre, à peu près de 
moitié aussi longues que la tête. Les palpes grosses, épaisses avec des articles 
terminaux petits, cylindriques. Les cirrhes tentaculaires assez courts; les 
supérieurs, qui sont les plus longs, atteignent, quand ils sont recourbés, 
le bord postérieur du cinquième anneau. Tous les paragnathes existent; le 


14 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


premier porte deux dents aiguës placées l’une derrière l’autre, le second une 
rangée double de denticules obliquement dirigés; il v en a sept dans chaque 
rangée; le troisième a deux dents placées l’une à côté de l’autre; le quatrième 
est muni de sept dents groupées cireulairement (fig. 29); le cinquième porte 
deux rangées de dents très-irrégulièrement situées ; le sixième est pourvu de 
dents disposées en un triangle; le septième et le huitième ont des rangées 
de dents situées en travers de la trompe (fig. 30). Les pieds ont la même 
structure dans toute la longueur du corps. Les soies spinuleuses et falcigères 
sont distribuées comme à l'ordinaire; les spinuleuses ont des appendices 
à peu près droits, grêles et pourvus de très-petits denticules à l’un des bords; 
les soies falcigères avec des appendices relativement longs, à peu près droits, 
pourvus de dents assez longues le long du bord concave. 


25. NEREIS FEROX, n. sp. 


(PL IV, fig. 54-59.) 


Le lobe céphalique assez long, à peu près aussi long que les trois premiers 
anneaux réunis. Les antennes rapprochées l’une de l’autre, de moitié plus 
longues que la tête. Les palpes grosses, épaisses, avec des articles terminaux 
cylindriques, arrondis. Les cirrhes tenlaculaires courts dépassent un peu 
les antennes. Tous les paragnathes existent : le premier et le second ont une 
dent unique; le troisième porte trois rangées de denticules ; le quatrième est” 
muni de pièces assez longues, transversalement situées ; le cinquième a quatre 
rangées de petits denticules; le sixième est pourvu de nombreux denticules 
groupés en plusieurs rangées (fig. 36); le septième et le huitième en pré- 
sentent chacun une rangée unique (fig. 35). Les parapodes présentent les 
mêmes caractères dans toute la longueur du corps : ils portent deux faisceaux 
de soies (fig. 37). Les soies spinuleuses et falcigères sont distribuées comme 
à l'ordinaire; les soies spinuleuses ont des appendices très-grèles finement 
denticulés à l’un des bords (fig. 38); les soies falcigères portent des appen- 
dices sans denticules (fig. 39). 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 15 


26. NEREIS SCOLOPENDROIDES, n. sp. 


(PI. IV, fig. 40-45.) 


Longueur, 5 centimètres; largeur, 4 millimètres. Le lobe céphalique 
allongé, les antennes distantes et courtes, n’atleignent pas la pointe des palpes 
qui ont des articles terminaux sphériques. Les cirrhes tentaculaires courts ; 
les supérieurs sont les plus longs; ils sont un peu plus longs que la tête. 
Les pieds ont les mêmes caractères dans toute la longueur du corps. Les 
soies distribuées comme à l'ordinaire; les soies spinuleuses ont des appendices 
assez longs et finement denticulés (fig. 42); les soies falcigères ont des 
appendices assez épais et denticulés au bord concave (fig. 43). 


27. PHYLLONEREIS BENEDENIT, n. g. et n. sp. 


(PI. VII, fig. 13-20.) 


Le lobe céphalique assez long avec quatre yeux ; les postérieurs sont les 
plus grands et sont placés au bord postérieur du sommet de la tête; les anté- 
rieurs situés un peu en arrière du milieu des bords externes de la tête; deux 
antennes très-courtles et épaisses; les palpes très-épaisses, seulement visibles 
à la face ventrale, parce qu'elles ne dépassent pas la tête; leurs articles 
terminaux, situés à peu près à la face ventrale, sont sphériques. De chaque 
côté il existe quatre cirrhes tentaculaires très-courts ne dépassant pas la tête. 
Les pieds de la partie antérieure du corps sont semblables aux parapodes 
ordinaires des Néréidiens : ils portent des cirrhes dorsaux et ventraux (fig. 15). 
Dans la partie postérieure du corps le cirrhe dorsal est transformé en une 
feuille comme chez les Phyllodociens (fig. 16). Les soies sont des soies 
ordinaires des Néréidiens, spinuleuses et falcigères, les premières avec des 
appendices grêles et lisses (fig. 20), les autres plus épaisses avec des appen- 
dices également sans denticules (fig. 19). Les mächoires (fig. 17 et 18) 
manquent complétement; les dents ont un bord tranchant. La transformation 
du cirrhe dorsal en un organe foliacé dans les parapodes est un caractère 
assez important pour justifier la création d'un genre nouveau. 


16 : RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


28. OPHELINA BRASILIENSIS, n. sp. 


(PI. V, fig. 1-4.) 


Trente-quatre à trente-six anneaux branchifères. L'extrémité antérieure 
aboutit à un lobe céphalique pointu. Il n'existe pas de fosses latérales aux 
côtés de la tête; mais en revanche il y a deux bosselures qui correspondent! 
peut-être aux fonds des fosses couverts de bourgeons. Les branchies 
atteignent le milieu du dos (fig. 1). L'extrémité postérieure présente à peu 
près la forme d'une cuiller (fig. 2 el 3) dont la concavité serait dirigée en 
bas ; le cirrhe anal est assez court. Une coupe transversale du corps (fig. 4) 
fait voir une ressemblance complète avec un Ammotrypane; les soies sont 
grêles, capillaires et lisses. 


29. OPHELINA KINBERGII, n. sp. 


(PI V, fig. 8-10.) 


La tête conique, pointue, un peu tronquée; vingt-huit anneaux; les bran- 
chies un peu plus longues que la hauteur du corps (fig. 5); elles manquent 
aux deux derniers anneaux. L'extrémité postérieure aboutit à un entonnoir 
très-court (fig. 7), non dentelé sur son bord et sans cirrhe anal. La fente 
ventrale assez profonde, les fouloires triangulaires à la coupe (fig. 6). Deux 
faisceaux de soies dans chaque pied (fig. 9); les soies lisses et grêles (fig. 8). 


80. CHÆTOPTERUS PERGAMENTACEUS, Cuv. 


L'animal n'est pas bien conservé, mais appartient vraisemblablement à 
cette espèce. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 17 


31. CIRRATULUS DANIELSENI, n. sp. 


(PL V, fig. 14-46. 


Ce petit animal a été représenté grandeur naturelle à la figure 12. II 
possède des branchies seulement dans la partie antérieure du corps. Le lobe 
céphalique antérieurement arrondi; les branchies font défaut au premier 
anneau ; elles apparaissent au second et sont disposées en rangées transversales 
aux cinquième et sixième anneaux (fig. 11). Plus en arrière, une branchie 
unique à chaque côté des anneaux; elles sont assez longues et enchevétrées 
d'une manière à peu près inextricable. Les anneaux sont très-courts et 
portent de chaque côté deux faisceaux de soies. Les soies dorsales grêles, 
lisses et incolores (fig. 14); les soies ventrales courbées en S et brunes, plus 
fortes que les précédentes (fig. 15). 


32. GLYCERA EDENTATA, n. sp. 


(PI. V, fig. 16-18.) 


Un animal assez long; la trompe étendue tout à fait lisse, longitudinale- 
ment striée et sans mâchoires (fig. 16); les pieds (fig. 17) avec deux lèvres 
et deux faisceaux de soies; les soies composées avec des appendices longs 
et un peu courbés (fig. 18). 


33. GLYCERA INCERTA, n. sp. 


(PI. V, fig. 19-22.) 


Un exemplaire de petite dimension présente la trompe étendue (fig. 19); 
celle-ci est renflée à l'extrémité antérieure et porte en ce point quatre 
mâchoires (fig. 19). (Pour la forme des mâchoires, voir fig. 21.) Les pieds 
avec deux lèvres et deux faisceaux de soies (fig. 20); les soies composées 
avec des appendices à peu près droits et lisses (fig. 22). 

Toue XLIV. 5 


18 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


34. ARICIA FORMOSA, n. sp. 


(PI. V, fig. 23-27.) 


Le lobe céphalique conique, assez pointu. La partie antérieure du corps 
aplatie se constitue de dix-neuf anneaux; la partie postérieure du corps a la 
face ventrale arrondie et le dos plat. Les branchies apparaissent au cinquième 
anneau, s’agrandissent en arrière et atteignent leur Jongueur maximum au 
vingtième segment. À la rame ventrale des pieds de la partie antérieure une 
feuille dentelée (fig. 24). A partir du treizième anneau, il y a dans cette 
rame des soies aciculaires, dont la supérieure est très-longue, tandis que les 
autres ne sont libres que par la pointe (fig. 25). Les autres soies ont la 
forme ordinaire des soies des Aricias (fig. 27 b). Depuis le vingtième segment 
les soies sont siluées dans deux petits tubercules, dont le dorsal est placé dans 
le dos, le ventral à la limite, entre le dos et la face latérale (fig. 26). Les soies 
ne sont pas annelées ici, mais seulement finement dentelées le long d’un des 
bords dans le faisceau dorsal (fig. 27 a), et tout à fait lisses dans le faisceau 
ventral. 


35. ARICIA ARMATA, n. sp. 


(PI. V, fig. 28-32.) 


L'extrémilé antérieure seule est conservée. La région antérieure du corps 
aplatie; le lobe céphalique arrondi. Les branchies apparaissent au sixième 
segment séligère comme des saillies très-petites; elles atteignent leur longueur 
maximum au vingtième anneau environ ; dans les dix-sept anneaux antérieurs 
il y a de grandes feuilles à la rame ventrale (fig. 30); dans la partie posté- 
rieure du corps le faisceau dorsal est placé à la limite du dos et des flancs 
(fig. 31), et le faisceau ventral très-élevé atteint le voisinage du faisceau 
dorsal; tous deux sont pourvus de petites feuilles linguiformes (fig. 31). 
Toutes les soies sont annelées (fig. 32); pas de soies épaisses ou d’une forme 
particulière dans le faisceau ventral de la région antérieure du corps. 


RÉCHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 19 


36. AMMOCHARES BRASILIENSIS, n. sp. 


(PL V, fig. 33-56 ct pl. VI, fig. 1-4.) 


Les eux premiers anneaux sans traces de séparation, seulement pourvus 
de soies capillaires (fig. 33); le troisième anneau aussi long que les deux 
auneaux antérieurs réunis; il en est de même des anneaux suivants jusque 
vers la partie postérieure du corps où les anneaux diminuent en longueur 
pour devenir enfin très-courts à l'extrémité anale (fig. 35). L'orifice anal 
forme une fente au bout du dernier anneau. Les faisceaux dorsaux de soies 
capillaires très-rapprochés l’un de l’autre (fig. 33), excepté au bout anal où 
ils sont très-distinets (fig. 35). Les soies à crochet sont dans des tores allongés, 
elles se rencontrent à la face ventrale; il y.a environ trente soies dans chaque 
rangée (pl. VI, fig. 1 et 2); les soies avec la pointe courbée en bec d'oiseau 
(fig. 3). Les soies capillaires sont ou bien lisses ou bien dentelées dans une 
partie de leur longueur au-dessous de la pointe (fig. 4). Les branchies ou 
les lobes de la feuille buccale ont des tiges épaisses qui se divisent en une 
foule de lobules secondaires (pl. V, fig. 36). | 


37. SABELLARIA BELLIS, n. sp. 


(PI. VI, fig. 5-17.) 


Trois exemplaires, dont l’un manque d’appendice caudal, enclos dans de 
gros tubes construits au moyen de petites pierres claires. La couronne de 
palées composée de trois rangées, dont les éléments des deux rangées exté- 
rieures tournent leurs plaques en dehors (fig. 10 et 11); les éléments de la 
rangée intérieure, qui sont de longues aiguilles, tournent leurs pointes en 
dedans de telle manière que celles-ci se croisent sur la ligne médiane (fig. 10). 
L'orifice buccal est situé au bout inférieur de la fente sur les bords de 
laquelle les tentacules sont fixés, et forme une petite fente longitudinale 
circonscrite par une lèvre épaisse. À chaque côté se trouve une petite lan- 
guette qui correspond à celle décrite par Grube chez la Sabellaria magnafica. 


20 : RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


À chaque côté de la bouche il y a encore un petit faisceau de soies capil- 
laires (fig. 7 et 8). Viennent ensuite trois anneaux avec des lores pourvus de 


palées qui ont la pointe large et finement fendue (fig. 15). A la face ventrale 


de chacun de ces anneaux il y a deux faisceaux de soies capillaires (fig. 8). 
À ceux-ci succèdent vingt-cinq anneaux avec des tores dorsaux longs qui 
portent des soies en crochet et avec des faisceaux ventraux de soies capil- 
laires. Les soies en crochet ont six dents et sont fixées à une longue tige 
très-mince (fig. 17). Les soies capillaires sont très-gréles et dentelées des 
deux côtés (fig. 16). Au-dessous de la couronne de palées il y a une rangée 
de petites papilles. 


38. TEREBELLIDES KORENI, n. sp. 
(PI. VI, fig. 18-21.) 


Les branchies ou la branchie du second anneau ne sont pas faciles à 
analyser. Elles forment une tige assez large qui est divisée en trois par deux 
sillons longitudinaux et à la pointe de laquelle se trouvent des feuilles qui 
paraissent être debout avec des bords libres tournés en avant. Dix-sept 
anneaux avec des soies capillaires; les soies en crochet apparaissent au 
sixième anneau sétigère ; elles sont longues dans la partie antérieure du corps 
et portent un bec tourné en avant, et, en arrière de ce bec, deux ou trois 
petites dents aiguës (fig. 20). À la partie postérieure du corps, environ 
quarante anneaux portant seulement des soies en crochet munies de quatre 
dents (fig. 19). Les soies capillaires lisses sans limbe (fig. 21). 


39. SPIROGRAPHIS NOBILIS, n. sp. 
(PL. VI, fig. 22-24.) 


Longueur, 90 millimètres; largeur, 8-9 millimètres. La branchie gauche 
forme trois tours de spire (fig. 22). Les branchies longues de 30 millimètres 
et pourvues de trois ou quatre bandelettes rouges. La partie antérieure du 
corps formée de huit anneaux. Les soies aviculaires dans cette partie sont 
bisériales (fig. 23); les soies capillaires ont des bouts ensiformes et oblique- 
ment striés (fig.24). 


35 = 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. CT 


40. SPIROGRAPHIS SIMPLEX, n. sp. 


(PI. VII, fig. 1-b.) 


Longueur, 14 centimètres environ; largeur, 1 centimètre dans la partie 
antérieure du corps qui consiste en huit anneaux (fig. 1); changement de 
la position des soies dans le huitième et le neuvième anneau (fig. 2). Les 
branchies longues de 6 centimètres; la branchie gauche décrit six tours de 
spire (fig. 1); deux cirrhes buccaux courts, styliformes. Le collier peu élevé, 
mais bien distinct, ouvert en arrière, recourbé en avant en deux lambeaux 
courts. Environ deux cents anneaux, tous très-courts. Le sillon ventral très- 
marqué dans toute la partie postérieure du corps. Les soies capillaires ont 
des bouts ensiformes et obliquement striés (fig. 4), les soics en crochet avi- 
culaires sont bisériales dans la partie antérieure du corps (fig. 3). 


A. SPIROGRAPHIS GRACILIS, n. sp. 
(PI. VII, fig. 6-8.) 


Longueur, 10 centimètres environ; largeur, 5 millimètres dans la partie 
antérieure du corps qui est composée de huit segments. Les branchies 
inégales; la branchie gauche forme trois tours et demi de spire (fig. 6). Le 
collier avec deux lambeaux assez grands en avant, une incisure à chaque 
côté et béante en arrière. Les pieds ou mamillons sétigères peu saillants, mais 
distincts. Les soies de la même forme et distribuées de la même manière que 
chez l'animal précédent. 


42. SPIROGRAPHIS IMPERIALIS, n. sp. 


(PL VII, fig. 9-12.) 


L'extrémité antérieure seule est conservée; elle mesure À centimètre de 
largeur. La partie antérieure du corps formée seulement par cinq anneaux 
(fig. 9 et 10); le premier anneau ne porte que des soies capillaires; dans 


22 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


les quatre autres il y a aussi des soies en crochet bisériales. Les boucliers 
ventraux três-dislincis se trouvent aussi dans la partie de la région posté- 
rieure du corps qui reste à l’'exemplaire examiné. Les branchies longues de 
5 centimètres; la branchie droite décrit cinq tours de spire. Le collier peu 
élevé est recourbé en avant en deux lambeaux assez grands et porte une 
incisure à chaque côté; il est béant en arrière. Les soies capillaires ont des 
bouts supérieurs ensiformes et obliquement striés (fig. 14). Les soies en 
crochet aviculaires sont bisériales dans la région antérieure (fig. 12). 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


4. La tête. Fig. 3. Soie de la rame dorsale. 
2. Un pied. | 4. Soie de la rame ventrale. 
Fiçures 5-9. — EURYTHOE BRASILIENSIS, n. sp. 
5. L’extrémité antérieure, vue de la face | Fig. 7. Un pied avec la branchic. 
dorsale. 8. Soics de la rame dorsale. 
6. La même, vue de la facc ventrale. 9. Soie de la rame ventrale. 
Ficures 10-13. — PSAMMOLYCE KINBERGII, n. sp. 
10. La tête. Fig. 12. Soie de la rame dorsale. 
14. Une élytre. | 13. Soies de la rame ventrale. 
Ficures 12-17. — MACROPHYLLUM BENEDENIE, n. sp. 
44. L'extrémité antérieure avec latrompe | Fig. 16. Un pied. 
étendue. 17. Soies. 
15. La même, plus grossic. 
Ficunes 18-22. — HESIONE MARGARITOE, n. sp. 
48. L'extrémité antérieure. Fig. 21. Un pied. 
19. L’extrémité postérieure. 22. Soie. 
20. La tête, très-grossie. 
PLANCHE Il. 
Ficures 1-3. — SYLLIS BREVICIRRES, n. sp. 
4. L'extrémité antérienre. Fig. 5. Soie. 
2. Un picd. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


EXPLICATION DES PLANCHES. 
PLANCHE 1. 


Ficures 1-4. — APHRODITA ACULEATA. 


23 


94 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


Ficunes 4-7. — EUNICE PARVA, n. sp. 


Fig. . 4. L'extrémité antérieure. 
5. Un pied. 
6*. Les mâchoires. 


Fig. 6°. Le labre. 
7. Soies. 


Ficures 8-13. — NAUPHANTA BRASILIENSIS, n. sp. 


Fig. 8. L’extrémité antérieure. | Fig. 10-13. Soics. 
9. Un pied. 


Ficures 14-18. — ARABELLA DUBIA, n. sp. 


Fig. 14. L’extrémité antéricure. Fig. 17. Mâchoires. 
45. Un pied. 48. Le labre. 
46. Soie. 
Ficures 19-21. — NICIDION INCERTA, n. sp. 
Fig. 19. L’extrémité antérieure. Fig. 21. Soie. 
20. Un pied. 
Ficures 22-25. — NAUSICAA MINIMA, n.5. 
Fig. 22. L'extrémité antérieure. Fig. 24. Une soie falcigère. 
95. Une soie capillaire. | 25. Un pied. 
Ficures 26-52 eT PLancHe DIT, Ficures 1-3. — DIOPATRA BRASILIENSIS. 
Fig. 26. L'extrémité antéricure. Fig. 30. Le second pied. 
27. Id. id. vue de dessous. 51. Mâchoires. 
28. Un pied branchifère. 32. Le labre. 
29. Le premier pied. | 
PLANCHE Il. 
Fig. 4. Soics aciculaires des anneaux anté- | Fig. 2. Soies capillaires des anneaux bran- 


rieurs. | chifères. 
3. Soies à ciseau des mêmes. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


&. L'extrémité antérieure. _[ Fig. 10. Les mâchoires. 
5. Id. id. vucde dessous. | 11. Soies des anneaux antéricurs. 
6. Le premier pied. 42. Soie à ciseau. 
7. Un pied branchifère. 43. Soie aciculaire des anneaux postér’. 
8 Id. id. plus en arrière. 44. Soie capillaire des anneaux branchi- 
9. Le labre. _ ‘fères. 
Fiçures 15-22. — ONUPHIS TENUIS, n. sp. 
15. L’extrémité antérieure. Fig. 21. Soie aciculaire des anneaux posté- 
16. Id. id, vue de dessous. -rieurs, la soie aciculaire des cinq 
47. Le premier pied. __ anneaux antérieurs. 
48. Un picd branchiférce. 22. Soie capillaire des anneaux branchi- 
19. Soie à ciseau. | fères. 
20. Un des pieds branchifères antérieurs. 
Ficures 23-26. — NEREIS GRACILIS, n. sp. 
93. L'extrémité antéricure. Fig. 28. Soie spinuleuse. 
24. Un pied. | | 26. Soic falcigère. 
Ficures 27-50. — NEREIS LATA, n. sp. 
27. L’ extrémité antérieure. Fig 29. Soie spinuleuse. 
28. Un picd: un | 50. Soie falcigère. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 95. 


Ficures 4-14. — DIOPATRA VARIEGATA, n. sp. 


Ficure 54 er Piancue IV, Ficures 1-3. — NEREIS COERULEA, n. sp. 


31. L'extrémité antérieure, 


4. 
2. 


4. 
D. 


PLANCHE IV. 
Un picd. Fig. 5. Soic falcigère. 
Soie spinulcuse. | 
Ficunes 4-7, — NEREIS GLASIOVI, n. sp. 


L'extrémité antéricure. Fig. 6. Soic spinuleuse. 
Un pied, | 7. Soie falcigère. 


Tone XLIV. 4 


26 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


Fig. 


44. 


18. 


49. 
20. 


25. 
26. 


29. 


30. 


40. 


41 


. L'extrémité antéricure, trompe éten- 


. La même, vuc de dessous. 


. L'extrémité antérieure, la trompe 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


Ficures 8-12. — NEREIS MINOR, n. sp. - 


Fig. 10. Un pied. 
411. Soie spinuleuse, 
12. Soie falcigère. 


duc, vuc de dessus. 


Ficunes 43-17. — NEREIS ACULEATA, n. sp. 


Fig. 15. Un pied. 
16. Soie spinuleuse. 
17. Soie falcigère. 


étendue, vue de dessus. 
La mème, vue de dessous. 


_ Ficures 18-24. — NEREIS OBSCURA, n. sp. 


L'extrémité antérieure, trompe éten- | Fig. 21. Le premier picd. | 
due, vuc de dessus. 22. Un pied du milicu du corps. 
La mème, vuc de dessous. 93. Soie spinulcuse. | 


Paragnathes V ct VI. 24. Soie falcigère. 


Ficunes 25-28. — NEREIS MICROPHTHALMA, n. sp. 
L'extrémité antérieure. É Fig. 27. Soic spinuleuse. 
Un pied. 28. Soie falcigére. 
Ficures 29-33. — NEREIS MACROCEPHALA, n. sp. 


L'extrémité antérieure, la: trompe 
étendue, vue de dessus. 
La même, vue de dessous. 


Fig. 31. Un pied. 
52. Soie spinuleusc. 
33. Soic falcigère. 


Ficures 34-39. — NEREIS FEROX, n. sp. 


. L'extrémité antérieure, la trompe | Fig. 57. Un pied. 


étendue, vuc de dessus. 38. Soic spinuleuse. 


. La même, vue de dessous. 59. Soies falcigères. 
- Paragnathes V ct VI, un peu plus 


engrossis. 


Ficures’ 40-43. — NEREIS SCOLOPENDROIDES, n. sp. 


L'extrémité antéricure. Fig. 42. Soic spinuleuse. 
Un pied. &5. Soie falcigère. 


_ RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 27 


PLANCHE V. 


Ficunes 4-4. — OPHELINA BRASILIENSIS, n. sp. 


Fig. 4. L'extrémité antérieure. Fig. 5. La méme, vue de dessous la face 
2. L’extrémité postérieure, vue de profil. ventrale. 
4. Unc coupe transversale du corps. 
Ficunes 5-10. — OPHELINA KINBERGII, n. sp. 
Fig. 5. L’extrémité antérieure : a. Vue en | Fig. 8. Une soic. 
profil. b. Vue de dessous. 9. Un picd ou mamelon sétigère. 
6. Une coupe transversale du corps. 10. 
7. L'extrémité postérieure, vue de la 
face ventrale. 
Ficures 11-15. — CIRRATULUS DANIELSENTI, n. sp. 
Fig. 11. L'extrémité nHerenre vue de dessus, | Fig. 43. L'extrémité antéricure, vue de des- 
grossie. sus, grussic. 
42. L'animal de profil, grandeur natu- 44. Soie de la rame dorsale. 
relle. 45. Soic de la rame ventrale. 
Ficures 16-18. — GLYCERA EDENTATA, : n. sp. 
Fig. 16. L'extrémité antérieure. la trompe | Fig. 17. Un pied. 
étendue, vue de dessus, grossie. 18. Soics. 
FIGURES 19-22. — GLYCERA INCERTA, n. sp. 
Fig. 19. L'extrémité antérieure en Pros la | Fig. 21. Mâchoirc. 
: trompe étenduc. 22. Soic. 
20. Un pied. | 
Ficures 23-27. — ARICIA FORMOSA, n. sp. 
Fig. 23. L'extrémité antérieure, grossie. Fig. 26. Une coupe transversale du corps de 
24. Une coupe transversale du corps dans la région postéricure du corps. 
la partie antérieure de la région 27. Soies : a. Une soie de la rame dorsale 
__ antérieure. de la région postérieure du corps ; 
- 25. Une ne transversale du corps dans b. Une soie annclée ordinaire. 
Ja partic postérieure de la même 


région. 


28 RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 


Ficures 28-32. — ARICIA ARMATA, n. sp. 


Fig. 28. L'extrémité antérieure en profil. Fig. 31. Une coupe de Îx région postérieure. 
29. La même, vue de dessus. 52. Une soie. 
50. Une coupe transversale de la région 
antérieure du corps. | 


Ficures 33-36 er PLancue VI, Ficures 1-4. — AMMOCHARES BRASILIENSIS, n. sp. 


Fig. 33. L’extrémité antérieure, grossic. 
34. Une partie de la tête, grandeur natu- 
relle. 


Fig. 55. L'extrémité postérieure, vue de des- 
sous. | 
36. Une branchic grossie. 


PLANCHE VI. 


Fig. 4. Le bout dorsal d’un tore à soies en 
crochet, grossi. 
2. Une partie du même plus grossie. 


Fig. 5. Soics en crochet. 
4. Soie capillaire dorsale. 


Ficures 5-17. — SABELLARIA BELLIS, n. sp. 


Fig. 5. L'animal du côté droit en grandeur | Fig. 41. Quelques éléments de la couronne. 


naturelle. 12. Une palée cxtcrne grossie. - 
6. L'extrémité antérieure du côté gauche 13. La pointe de la même grossie encore 
grossic. plus. 


ventrale de la bouche. 15. Une palée des trois anneaux anté- 
8. Une partie de la même, plus grossie rieurs grossic. . 

de la bouche. 16. Soies capillaires des faisceaux ven- 
9. L'extrémité postérieure avec le com- traux. 

mencement de l’appendice caudal. 17. Soie en crochet. 
40. La partie antérieure de la couronne 


| 
7. L'extrémité antéricure vue de la face 14. Une palée du second ordre grossie. 
de palées grossie. | 


Ficures 18-21, — TEREBELLIDES KORENI, n. sp. 


Fig. 18. L'animal du cèté gauche. Fig. 20. Soie en crochet de la région anté- 
49. Soie en crochet de la région posté- rieure. | 
rieure du corps. 21. Soie capillaire. 


RECHERCHES SUR LES ANNÉLIDES. 29 


| Ficures 22-24. — SPIROGRAPHIS NOBILIS, n. sp. 


antérieurs, a celles de la région 
postérieure du corps. 
Fig. 24. Soic capillaire. 


Fig 22. L'’extrémité antérieure de profil vue 
du côté droit. 
25. Soies en crochet des huit anneaux | 


PLANCHE VII 


Ficcres 1-5. — SPIROGRAPHIS ELEGANS, n. sp. 


Fig. 4. IL'extrémité antérieure. Fig. 3. Soics en crochet de la résion anté- 
>. JILcs deux derniers anneaux de la rieure, a celles de la région posté- 
région antérieure du corps ct les rieurce. 
deux antérieurs de la région pos- 4. Soie capillaire. 
téricure. 5. Le bout d’une branchie. 
Ficuues 6-8. — SPIROGRAPHIS GRACILIS, n. sp. 
Fig. G  L'extrémité antérieure. ricure du corps, a celles de la 
7- Soies en crochet de la région anté- | région postérieure. 
Fig. 8. Soic capillaire. 
Ficures 9-12. — SPIROGRAPHIS IMPERIALIS, n. sp. 
Fig- 9. L’extrémité antéricure, vuc de der. Fig. 11. Soic capillaire. 
rière. 12. Soies en crochet de la région anté- 
#O. La méme, vuc en profil du côté rieure du corps, a celles de la région 
gauche. | postérieure. 
Ficures 13-20. — PHYLLONEREIS BENEDENIE, n. g. el n. sp. 
Fig- 1 3. L'extrémité antéricure, vue de dessus. Fig. 46. Un pied de la région postérieure. 
14. La même, vue de dessous. 17 et18. Les mâchoircs. 
45. Un pied de la région antérieure du 19. Soie falcigère. 
corps. 20. Soie spinuleuse. 
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EXPOSITION CRITIQUE 


DE 


LA MÉTHODE DE WRONSKI 


POUR LA 
RÉSOLUTION DES PROBLÈMES DE MÉCANIQUE CÉLESTE; 
PAR 


C. LAGRANGE, 


ASTRONOME ADJOINT A L'OBSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES. 


Par l'intelligence, l'Éternel a affermi 
les Cieux. (Prov. 111, 19.) 


(Présenté à la Classe des sciences dans la séance du 3 décembre 1881.) 


© —— 


Tome XLIV. Ù 


_— —— 


AVANT-PROPOS. 


L'exposition de la méthode de Wronski pour la solution des problèmes 
de mécanique céleste se trouve disséminée par fragments, dans plusieurs 
ouvrages de ce géomètre, notamment dans les Prolégomènes du messianisme 
et dans la Réforme des Mathématiques (1847). Une technologie spéciale, 
l'emploi constant des considérations philosophiques, un grand nombre de 
lacunes qui laissent au lecteur le soin d'effectuer des calculs parfois très 
compliqués, et par-dessus tout la non-énonciation du principe qui est la clef 
de tout le système, sont autant de causes qui, jusqu'ici, ont maintenu dans 
l'obscurité une méthode très digne en elle-même d'être connue. 

M. Yvon Villarceau est le premier qui ait attiré l'attention sur la Mécanique 
céleste de Wronski (*); mais, comme il le dit lui-même, il a dû se borner à 
vérifier l’exactitude des formules en partant de la méthode actuelle de la 
variation des constantes arbitraires. 1] est incontestablement désavantageux 
d'appliquer des formules sans connaitre exactement la méthode suivie pour 
les établir; la connaissance de cette méthode peut conduire dans certains 


(") Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris, 1881, t. XCII, n° 14, p. 815. MVote 
sur les méthodes de Wronski. Le mémoire, dont cette note est le résumé, n’a pas encore paru. 


4 AVANT-PROPOS. 


cas à des simplifications ou à des formules nouvelles, dont la légitimité ne peut 


être établie que par la méthode elle-même. 
Le travail actuel contient le résultat d’une étude sur l’enchainement des 


idées de Wronski, enchainement auquel nous espérons avoir donné une 
forme parfaitement claire et compréhensible. La première partie, qui forme 
le présent mémoire, renferme les relations dynamiques du problème; la 
seconde partie contiendra l'exposé des méthodes analytiques proposées par 
Wronski pour effectuer les intégrations que contient la première. Ces 
méthodes, par leur nouveauté et leur généralité, ne seront pas, croyons-nous, 
la partie la moins intéressante de cet essai. 


__——— Te 


EXPOSITION CRITIQUE 


DE 


LA MÉTHODE DE WRONSKI 


POUR LA RÉSOLUTION DES PROBLÈMES DE MÉCANIQUE CÉLESTE. 


PREMIÈRE PARTIE, 


RELATIONS DYNAMIQUES. 


$ 1. Dans la méthode de Wronski, comme dans la méthode actuelle de la 
variation des constantes arbitraires, on se propose de trouver, en fonction du 
temps, les paramètres d’une conique variable sur laquelle peut être considéré 
comme se mouvant en chaque instant, l'astre dont on étudie le mouvement, 
et l'équation de la trajectoire réelle s'obtient en remplaçant, dans l'équation 
de la conique, les paramètres constants par leurs fonctions du temps. 

Telle que nous la présentons ici, elle diffère de la méthode actuelle, 
principalement : | 

1° Par une plus grande généralité, c'est-à-dire que ses formules, vraies 
pour une trajectoire quelconque, constituent des relations concernant la 
dynamique générale d’un point matériel, et comprennent donc la mécanique 
céleste comme cas particulier ; 

2° Par l'introduction de nouveaux paramètres variables, notamment de la 
vitesse moyenne, w, entre les vitesses extrêmes sur la conique variable; du 


6 EXPOSITION CRITIQUE 


paramètre p de cette conique, et, surtout, de la masse centrale sous l'action 
de laquelle elle est décrite ; 

3° Par un choix nouveau de coordonnées, — et principalement par la 
considération d’une ligne fixe dans le plan de l'orbite variable. 


$ 2. Nous rappellerons d’abord, sous forme de lemme, un théorème concer- 
nant le mouvement conique, qui sert de base à tout le développement des 
calculs, el qui nous servira ensuite à développer le principe que nous 
considérons comme la clef du système. 


LEMME. 


Si + G est la force accélératrice, due à la gravitation, qui agit sur une 
masse #/ dans son mouvement relatif autour d'une autre masse #1, c'est-à- 


dire si l'on a G— —"""; r élant la distance de m à m', on a aussi la 
relation | 

(4) : + < eos ee ee Gdt = — w.dy 

où 


dt est l'élément du temps t; 

d; l'angle infiniment petit décrit par le rayon vecteur durant le temps dt, et 

w la moyenne entre les vitesses extrêmes de m’ à l’aphélie et au périhélie (ces mots recevant 
_ ici une extension qui s'entend d'elle-même) (*). 


(Nous donnons à G le signe négatif parce que cette force est dirigée de m/ 
vers #1, c’est-à-dire en sens inverse du rayon vecteur de la trajectoire de m’ 
autour de m). 


(*”) La relation (1) qui se déduit très-facilement des formules du mouvement conique a une 
signification philosophique remarquable. Elle exprime que la force accélératrice G est en chaque 
instant proportionnelle à la vitesse angulaire du ravon vecteur de l'orbite. Si l’on appelle (ve) la 


: j .dp : twlvs) __ te (rat 
ee m' normale à ce rayon, on aura (ve) — 1 > et par conséquent, — G = —— a re 
Or, Car est l'expression de la force centrifuge, et le facteur GT où w est constant, varie pério- 

2 


diquement de + à —, z et u étant les vitesses extrêmes au périhélie et à l’aphélie. Ainsi, la rela- 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 7 


PRINCIPE GÉNÉRAL (A). 


8 3. Soit, dans le cas le plus général de la dynamique, m' un point maté- 
riel décrivant une trajectoire sous l’action de forces motrices quelconques. 
Soit O un point donné de l’espace dont la distance à m' soit Om! = r et 
auquel nous rapporterons, comme à un pôle, le mouvement de m’. 

Au temps {, m' a une vitesse v dans la direction m/T de la tangente à la 
trajectoire. 

Appelons plan de l'orbite le plan variable Om!T du rayon vecteur et de la 
tangente, et décomposons les forces accélératrices qui agissent sur m’, en 
trois composantes rectangulaires, savoir : 

Dans le plan de l'orbite : 

4° F, suivant le rayon vecteur dans le sens Om’; 

2 T, suivant la perpendiculaire au rayon vecteur dans le sens de la pro- 
jection de v sur celte perpendiculaire ; 

3° P, normale au plan de l'orbite. 

Soit, en outre, + l’angle que fait, au temps £, le rayon vecteur r avec une 
ligne fixe du plan de l'orbite, et supposons maintenant que l’on se donne arbi- 
trairement une fonction /(r, 0, F, t) de r,#, F, { et que w soit cette fonction. 
On pourra se représenter w de la manière suivante : 

Soit w, sa valeur au temps {, pour lequel on a aussi 


Ty 9 = Qu F=F,, 
et supposons que dans l'équation 
fr, e,F,t)= vw 


on fasse w — w, — constante. Il en résultera pour F une fonction parti- 


tion (1) exprime une périodicité du mouvement de #’ sur son rayon vecteur, c'est en quelque 
sorte un modérateur d'équilibre dynamique. 11 est d’ailleurs facile de reconnaitre que la seule 
loi d'action en raison inverse du carré de la distance satisfait à la condition (1), car le principe 
des aires donne ne — k (constante) et par conséquent, d’après (1), -—- G =" Wronski, dans 
les Prolégomènes du messianisme, page 255, donne la loi (1) comme le résultat d’une déduction 
purement philosophique, et il y voit le principe général de toute la dynamique. Voyez dans la 


note 1, à la fin de ce mémoire, ce qu'il faut penser de cette idée. 


8 EXPOSITION CRITIQUE 


culière que nous représenterons par H, et qui satisfera à l’équation 
fr, ?, H,1) = us. 


Cette nouvelle équation représentera une trajectoire toute différente de la 
_trajectoire considérée. 
Au temps {, on aura, dans ces deux équations, 


r=r, ç—=gn =, w—=w,, F—F,, H—H, 
et, par conséquent, 
F,=— H,. 


Cette dernière égalité permettra de déterminer la relation qui lie les para- 
mètres de la fonction H aux valeurs variables de la fonction F. On voit donc 
que la fonction w est, au temps /,, le paramètre constant w, de la trajec- 
toire f(r, 9,1, 4) = w,, dans laquelle les paramètres de la loi H sont déter- 
minés par la relation H, — F,. 


$ 4. Application. L'application suivante rendra ce principe parfaitement 
clair. 

Soit 

fe ho 

d? 

Il faudra déterminer quelle est la fonction H qui satisfait à l'équation 
w = — HT, où west su tant. O le | icédent 

— pposé constant. Or, on a vu, par le lemme précédent, 
que cette relation n'existe que dans une section conique où w est la vitesse 


ko 


moyenne entre les extrêmes, et où l’on a — H = -;, # étant la constante du 


. e Q 0 M Q 
principe des aires, ou bien encore — H — ;, si l’on suppose au foyer une 


masse M — {w. 
L'égalité H, — F, deviendra — — —F,, d'où l’on déduit, pour le para- 
; ; 1 
mètre M, l'expression 


M— — Fr 


mms ÉÈn Mon 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKL 9 


. Par conséquent, la fonction w — —F+, pour une trajectoire quel- 
conque, représente en chaque instant la vitesse moyenne sur une trajectoire 
conique, tracée dans le plan de l'orbite, et au foyer O de laquelle serait placée 
une nasse fictive — Fr?. 

Cette conique sera d’ailleurs supposée décrite sous l'influence de la vitesse 
réelle v au temps f et de l'angle + de la tangente et du rayon vecteur au 
même temps. 

Il en résulte que, si l’on parvient à calculer en fonction des trois forces 
générales F, T, P, pour un temps quelconque, la position du plan de l'orbite, 
la vitesse réelle, la direction du mouvement et le rayon vecteur, on aura 
immédiatement, d’après le principe précédent, en fonction des forces F, T, P, 
la détermination de tous les paramètres de la conique VARate sur laquelle 
la masse m! peut être censée se mouvoir. 

Les formules scront vraies dans le cas d’une trajectoire quelconque, mais, 
s'il s’agit d’une trajectoire différant peu de la forme conique, la conique 


variable représentera d’une manière approchée, en un temps donné, la tra- 
jectoire réelle. 


REMARQUE. 


$ 5. Le principe général que nous venons d'exposer permettrait également 
de déterminer complètement les paramètres variables d’une trajectoire donnée 
quelconque à force centrale, sur laquelle, en chaque instant, le point m' pour- 
rait être censé se mouvoir. Supposons, par exemple, que a/f{r) soit l'expres- 
sion de cette force centrale, a étant un paramètre. Quand a est constant, la 
trajectoire est d’une espèce particulière que nous supposons connue. Si F, est 
la valeur de la composante radiale au temps {, on aura pour le paramètre a, 
la valeur 

F, 
D 


r, étant le rayon vecteur au même temps, et #/ pourra être censé se mouvoir 
Toue XLIV. 2 


10 EXPOSITION CRITIQUE 


sur la trajectoire que lui ferait décrire la force centrale f{r), r étant le 
rayon vecteur de cette dernière trajectoire. Il suffit, sans doute, que la vitesse 
tangentielle soit commune aux deux trajectoires, pour que m' puisse ëlre 
considéré comme se mouvant à la fois sur chacune d'elles. Mais, la valeur 
particulière que nous venons d'attribuer au paramètre a, possède l'avantage 
de rendre les forces centrales toujours égales dans les deux trajectoires, ce 
qui assure l'identité des trois premiers lermes des développements de leurs 
rayons vecteurs en fonction du temps. C’est ce que nous expliquerons plus en 
détail au sujet des trajectoires coniques (*). 


Tel est le principe général qui nous a permis de comprendre la méthode 
de Wronski et dont nous allons maintenant développer les conséquences dans 
le cas où la trajectoire à force centrale est une conique, c'est-à-dire satisfait à 
la relation Hd! = — do, 1 étant une constante et H la force radiale accélé- 
ratrice. | 

Comme cette relation, facile à déduire du mouvement conique, n’est pas 
celle qu'on prend ordinairement pour point de départ, nous allons brièvement 
faire voir comment, en la substituant à l'expression newtonienne G de la 
force H, on arrive plus rapidement encore à l'établissement de la trajectoire, 
et cela à l’aide d’intégrations d’une extrême simplicité. 


(‘) On sc demandera peut-être pourquoi nous n'avons pas simplement donné la relation H—F 
comme une condition nouvelle et arbitraire, à laquelle devrait satisfaire la trajectoire variable. 
C'est afin de rester fidèle à l'esprit de la méthode de Wronski, qui consiste à partir d'une rela- 
tion générale donnée entre la force F radiale et les coordonnées r, », t, ct à détermincr ensuite 


les variations des paramètres variables qui entrent dans cette relation, en fonction des trois 
composantes F, T, P. | 


ll 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKL 11 


CALCUL DE LA TRAJECTOIRE SATISFAISANT A LA RELATION Hdt = — wdo, 
QUAND EST CONSTANT. 


S 6. Détermination de la vitesse. Il est clair que la trajectoire sera tout 
entière dans le plan de la vitesse 
et du rayon vecteur à un moment 
donné, puisqu'on suppose ici nulles 
les forces perpendiculaires à ce plan. 

Soient (fig. 1) Ox une ligne de 
ce plan passant par le pôle O et 
prise pour origine de l'angle o; 

v, et v, les vitesses de m/, paral- 


Fic. 1. 


lèle et perpendiculaire à cette ligne. 


On aura : 
dv, dv, 
— = H cos — —= H sin 
dt dd F 
: df 
et, puisque H = —w-, 
dv, —— de dv, 
— = — W COS pe —, —— — w Sin >: — 
dt du’ «à F 
D'où, en intégrant, 
Us = — WSIN © + C4, 


1”). . 


Ta = + W COS 9 + la 


c,et c, étant deux constantes. 
La vitesse totale v, suivant la tangente, aura donc pour expression, 


v= Vi + ci + Ci — 2w (ci sin ÿ — c, cos») 


et l'on voit que cette vitesse sera maximum et minimum sur deux directions 


12 EXPOSITION CRITIQUE 


diamétralement opposées, correspondant aux angles 6,, o, + x donnés 
par la relation tgo, =—*. Si, maintenant, l'on fait passer la ligne ori- 
gine Ox par le point du minimum de vitesse, et qu'on appelle 3 et u les 
valeurs absolues du maximum et du minimum de v, on aura d’abord ig9, —0, 
ce qui donne c, — 0; faisant ensuite 9 = 0, 9—r dans les équations (1'), 
on obtiendra, pour déterminer c, et w, les relations : 


Z—= 0 — Ce 


CR 
d'où, 


Ainsi w est la vitesse moyenne entre les vitesses extrêmes de m' sur sa 
trajectoire. 


En transportant ces valeurs dans l'expression de v ci-dessus, elle devient 
(2). . v—=V'u + (0 — u) — uw (wo — u) cos — Vu? + QAw (w — uw) (1 — cosy) 


valeur de la vitesse réelle v en fonction de l’angle +, de la vitesse minimum w 
et de la vitesse moyenne w. 


En fonction de + et des vitesses maximum et minimum, z et w, on aurait 
la formule : 


2 ? +. 27 
D}. . Ê e . . . . . . Lo — Je cos? _— + z° Si n° Re 
(5) \ ; L 


= me mt 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 13 


VITESSES PARALLÈLE (v,) ET PERPENDICULAIRE (t,) AU RAYON VECTEUR. 


$ 7. On aura, par la décomposition des vitesses v, et v,, 


(t)— v, cosy + va sin © — — w sin 4 cos 6 + w cos ? sin p-—(w—w)sin», 


(0) = — v, sin # + v, cos & — + wsin'» + w COS" p — (w — u) cos ? 


c'est-à-dire 
(0) = — (ww — u) sin # u). 
(04) = v0 — (10 — u) cos 9 


La vitesse (v,) suivant le rayon vecteur étant négative quand + varie de 0 
à r, positive de x à 2x, le rayon vecteur est respectivement maximum et 
minimum pour les valeurs de la vitesse minimum et maximum. 


ÉQUATION DE LA TRAJECTOIRE. 


$ 8. En désignant par r le rayon vecteur correspondant à l’angle +, on 
aura pendant le temps df, 


dr = (v,) dt, 
rdp = (0) dt 
d’où , à l’aide des équations (4) : 
dr __—(w—u) sinp de : d[w — (w — uw) cos »?] 
TO w—(w—u)coss w — (ww — u) cos ? 
et, en intégrant, L-r = — 1: [io — (sv —u)cos?] + constante; d'où 
q 


EE 


en désignant par g la constante d'intégration. 


14 EXPOSITION CRITIQUE 


L'équation (4), qui donne r en fonction de w, u, $, montre que la trajec- 

Loire décrite est une conique. 7 est maximum ct minimum pour $ = 0 el ?—x. 
Soient x et m ces valeurs extrêmes. On aura 
pour 9—0, nu—q, 


pour o—#7x, Mm(2uw — u) — 4. 


On en déduit 


m Uu  n+m w 


el, comme x + m — 2a, grand axe de la conique, et que na —m = 20, 
double de l’excentricité linéaire, on aura, pour la valeur de l'excentricité 


numérique, 


C0 Ww—u 
= — = 
a LD) 
nn ; 
En posant, de plus, p=<==—, et transportant ces valeurs dans 


l'équation (4'), on obtiendra l'équation de la trajectoire, sous la forme connue 


| D: 
Des nee 0) 


Le paramètre p en fonction de a, e, n et m prend les formes : 


p=n(i—e—m(l+e), 


d'où 
p=V'nm(1 — e) 
nm 
Pre 
et 
p=a(i—e). 


L'introduction de la quantité e permet aussi de transformer les expres- 


(") Le signe — au dénominateur provient de ce que nous avons pris pour originc des angles ?, 
la demi-ligne qui répond au rayon vecteur maximum. Si l'on partait du rayon minimum, on 
aurait r = Nous avons conservé les conventions de Wronski pour faciliter la vérifi- 
cation de ses formules. 11 fonde le choix de l’aphélie pour origine des anomalies, sur deux 
raisons, l’une, algorithmique, qui nous a paru ne présenter aucun avantagc réel (Prolég. du 
messianisme, p. 267), l’autre, philosophique, basée sur le principe de la moindre action : la 
vitesse imprimée à l'origine cst moindre quand l'origine du mouvement cest l'aphélic. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 13 


sions (4) des vitesses radiale et normale au rayon vecteur. Elles donnent 


(v;)= —-wesiny, 


(6). 


(ve) — w (1 — e cosy). 
Quant à la vitesse totale v, elle devient 


(7). HO 6 Se À à Goes V—W|/1 + €! — de cos ». 


VÉRIFICATION DE LA LOI DES AIRES ET VALEUR DE SA CONSTANTE 
EN FONCTION DE ? ET W. 


& 9. Prenons, comme au $ 8, rdp—(v,)dt. À l'aide des équations (6) 
cette valeur devient 
rd> — w (1 —ecoss) dt. 
Mais (5) donne 


p 
{—ecoss —-, 
r 


donc 
r'do = pw . dt 


et, en intégrant, fr?do — pw . { + constante. 
Mais /r°d, est le double du secteur s décrit par le rayon vecteur. On peut, 
évidemment, supposer toujours la constante nulle en faisant le secteur décrit 


nul pour { — 0, et l'on a 


+ 


qui exprime que les aires sont proportionnelles aux temps. 


16 EXPOSITION CRITIQUE 


LOI D'ACTION DE LA FORCE CENTRALE H. 


$ 10. On a l'équation fondamentale 


d 
H=—w _ 
et nous venons de trouver 
d? _pw 
dt r! 
On a donc 


C'est la loi de Newton, quand pw° est constant. Le signe — indique que 
la force est dirigée vers le point O. Lorsque l’on considère la force «= æn- 
trale H comme due à l'attraction réciproque de m’ et d'une masse m pl=m cée 
en O, on a, par le lemme énoncé plus haut, dans le mouvement rel=æ tif, 
H—G——""— —+, en posant M — m + m'. On a donc, da = ct 
cas, qui est celui de la nature, pw? = m + m! = M, ce qui donne gp our 
le paramètre p, l'expression 


M . M 
p—= a ou, réciproquement, (10) w — VV" 
p 


$ 141. Les $$ précédents suffisent pour démontrer que la loi Hat ——e2d$, 
substituée à la loi newtonienne, donne, avec une extrême simplicité are 215 
tique, l'équation de la trajectoire et toutes les propriétés du mouvemen € >» t! 
qu’elle est en fait équivalente à cette loi, quand il s’agit du simple mouvermefl 
conique. Mais, quand il s’agit du problème général de la mécanique cé æ Sté, 
ses avantages ne se bornent pas seulement à une simplification analyts que: 
Elle établit alors, comme nous l'avons déjà fait comprendre, une relza {10h 
directe entre la force, quelle qu’elle soit, qui agit suivant le rayon vecteur, 


nn 
: El . 
TT — nn EE 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 17 


et certains éléments fondamentaux de l'orbite variable, tandis que des rela- 
tions de cet ordre ne pourraient être obtenues dans la méthode actuelle des 
constantes arbitraires, qu'après de longs calculs, et d’une manière tout à fait 
indirecte. 

Nous bornerons ici cette exposition de la marche suivie par Wronski pour 
établir les formules du mouvement conique. (Voir l'indication de cette marche 
dans les Prolégomènes du messianisme, de la page 255 à la page 272.) 
Toutes les formules relatives à ce mouvement, qu’il a déduites de celles qui 
précèdent, sont exactes; nous l’avons rigoureusement vérifié, et elles pourront 
facilement être retrouvées par tout lecteur familier avec les propriétés des 
courbes du second degré. 


$ 12. Il nous sera facile, maintenant, grâce à notre principe général, de 
passer du cas de w constant dans la relation Fdt — — wdy, au cas de w 
variable sous l'influence des forces quelconques F, T, P. Mais, comme le plan : 
de l'orbite et les lignes-origines dans le plan de l'orbite, deviendront générale- 
ment variables; il convient de s'entendre auparavant sur la manière dont 
seront définies les coordonnées de la conique idéale sur laquelle m' sera censé 
se mouvoir en chaque instant. 

Par le pôle arbitraire O (fig. 2) ou, ce qui revient exactement au même, 
par le centre m de la masse fictive pla- 
cée au foyer O de la conique idéale, 
faisons passer un plan fixe, et dans ce 
plan, par ce même centre, une ligne fixe, 
mA. Le plan variable de l'orbite de m' 
coupe le plan fixe suivant la ligne des 
nœuds m£2, en considérant ici le côté 
du nœud ascendant, et la position de 
cette ligne des nœuds est définie par 
l'angle Am£ — ÿ, longitude du nœud 
ascendant. Le plan mSèm/ de l'orbite fait 
avec le plan fixe un angle », qui est son inclinaison, et quand et » sont 


connus, la position du plan de l'orbite est entièrement déterminée. 
Towe XLIV. 3 


Fic. 2 


18 EXPOSITION CRITIQUE 


Soit maintenant, dans le plan de l'orbite, une ligne fixe mC, pour servir 
d'origine aux angles mesurés dans ce plan. La position de cetie ligne Sera 
déterminée par l'angle x; = CmSè + y. 

Enfin, si ® et « sont les angles que font avec cette ligne fixe, le rayon 
vecteur #m'—r, et le demi-grand axe mB pris du côté de l'aphélieæ , mn 
aura la relation 


UE 


en appelant, comme ci-dessus, 9, l'angle du rayon vecteur avec le demi-g trand 
axe du côté de l'aphélie. 

et n déterminent le plan de l'orbite; 

x Et «, la position du grand axe dans ce plan. 

En y joignant ce grand axe lui-même, 2a, et l'excentricité e, on aura 
toutes les données nécessaires pour fixer les dimensions de l'orbite æt son 
orientation dans l’espace. 


$ 43. Abordons maintenant le problème général que nous nous so rmmes 
posé. 


PRINCIPE (B). 


Dans les calculs qui suivent nous aurons plusieurs fois à évaluer la diffé- 
rentielle première du rayon vecteur par rapport au temps, due à l'actton des 
forces accélératrices ; il importe de rappeler, pour éviter tout malentendu, le 
principe de dynamique très connu en vertu duquel cette différentielle est 
toujours nulle. En effet si, au temps £, la vitesse du mobile sur la trajectoire 
est égale à v, le chemin parcouru dans la direction du rayon vecteur pendant 
le temps dé, sera dr = v cose . dt, et ce chemin ne dépendra des forces atté- 
lératrices que par la vitesse v et l'angle +. Ainsi, par exemple, si pour pl usieurs 
mobiles m,, m,... mus par des forces différentes et décrivant des trajectoires 
différentes, on a en un même moment, ou en des moments différents » 


U= VU =: =0, HG’ =, 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 19 


Day Vars, oi ve, … Étant les vitesses réelles et les angles de leurs directions et 
de leurs rayons vecteurs, il y aura aussi égalité entre les variations dr, dr. 
de leurs rayons vecteurs pendant le temps dt. Les différentielles d'ordres 
supérieurs seront seules différentes en général. De ce principe, nous tirons 
les remarques suivantes. 


Si m,, M, décrivent des coniques autour d’une masse M, avec des 
vilesses v et des angles « égaux, quels que soient d’ailleurs leurs rayons 
vecteurs, les variations dr,, dr,,.. de ces rayons vecteurs aux temps corres- 


pondants seront indépendantes de la masse M, ou des forces attractives 


M M 
r3 r3 2 … 


Si un mobile m’ décrit une trajectoire sous l’action de certaines forces, et 
qu'à un moment donné, on lui applique une nouvelle force motrice finie, — 
si l’on veut, une force perturbatrice, — la variation du rayon vecteur pen- 
dant l'élément de temps n'en sera pas altérée, et, par conséquent, la variation 
due à l'influence de la force perturbatrice sera nulle. 


Corollaire. La variation du rayon vecteur d’une trajectoire quelconque est 
égale à celle du rayon vecteur de la conique idéale variable sur quelle le 
mobile est censé se mouvoir. 

À ces théorèmes nous joindrons encore le suivant : 


Les paramètres d’une conique sont complètement déterminés par la 
vitesse v, l'angle «, le rayon vecteur r et la masse attractive M. Dans la 
conique variable, nous avons vu que cette masse attractive, qui n'est alors 
que fictive, est égale à — Fr?, F étant la composante radiale des forces accé- 


20 EXPOSITION CRITIQUE 


lératrices. Il en résulte que , si — Fr? ne changeait pas, Îles paramètres de la 
conique resteraient constants ("). Les variations de v, <, r dues à la force F, 
pendant le temps d/, sont celles que subissent ces variables dans la conique 
même, puisque l'action centrale est égale à — ie = F'et, par conséquent, 
les variations correspondantes des paramètres de cette conique sont nulles. 
Les variations réelles de ces paramètres se réduisent donc à celles qui pro- 
viennent des variations de la masse fictive M, c'est-à-dire de Fr?. Par consé- 
quent, la force F n'agit sur les paramëtres de la conique qu'en faisant varier 
la masse fictive M, et, si l'on cherche les variations de ces paramètres, il faut 
y considérer comme nulles les variations de r, « et v en tant qu'elles pro- 
viennent de F. 


$ 14. Ceci posé, venons à l'établissement des formules du mouvement dans 
la trajectoire, sous l'influence des trois composantes quelconques F, T, P, et 
occupons-nous d’abord des deux premières F, T, qui agissent dans le plan 
variable de l'orbite. 

Cherchons en premier lieu les expressions des deux paramètres variables p 
et w, qui sont les facteurs principaux dans l'expression de la masse centrale 
fictive M et dans le principe des aires. | | 

Nous avons trouvé pour w = constante, dans le mouvement conique, 


(40) . . . . . . . . . . . . pu =M. 


Nous aurons donc ici (principe général A), quand p et w seront variables, 
(2)... . . . po=—"Fr 


Quant à l'expression générale de la constante du principe des aires, 
pw (éq. 8), il est clair que la force centrale F n'exerce aucune action sur sa 
variation. Mais il en est tout autrement de la force T, qui fait varier directe- 
ment la vitesse (v,) — tv (4 — e cosg) =“? (éq. 5 et 6), perpendiculaire au 
rayon vecteur r. 


(*) I n’est évidemment pas question ici des forces T et P. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI 21 


La variation {v,) de (v,) pendant le temps df, ne sera plus seulement due 
à la variation de r dans l'orbite, mais aussi aux variations des paramètres w 
et p pendant ce même temps. On aura donc, en représentant par d(v,) 
la variation de (v,) sur l'orbite conique, pour la variation totale de cette 
vitesse, 

d'. 
d(s) = d{v,) + Tdt = = + wpé. 

Mais, comme nous l’avons déjà démontré (principe B), la variation de r 
provenant des forces accélératrices est nulle, ou, si l'on veut, un infiniment 
petit du second ordre; par conséquent dr = dr, variation de r pr l'orbite 


conique. On en déduit : d(v,) — wpè: et, par conséquent, Tdf = —"#; d'où, 
en intégrant, 
(13) . . . . . . . . . . wp—(wp), + JU Trat, 


(wp), étant la valeur de wp au temps (r). 

Cette équation, en prouvant que, pour T = 0, wp est constant, vérifie le 
principe des aires pour le cas d’une force centrale F quelconque. 

La combinaison des équations (12) et (13) donne alors, pour la détermi- 
nation des deux variables fondamentales w et p, les expressions : 


DER 
(top) dd Trdt' 


— Fr° 


Quant à la vitesse perpendiculaire au rayon vecteur, on aura, au temps f, 
par le principe des aires, 
pw == (ts) r. 
D'où : | 
(wp)o + SJ Trdt 


r 


(16) + + + + (ve) = 


22 EXPOSITION CRITIQUE 


On en déduit également  E — dr gs, s étant l'angle de la tangente « 
du rayon vecteur; d'où : 


(wplo + J Tri Trdt d 


(17). , . . . . . . . go - "4 


et, pour la vitesse réelle v, sur la vraie trajectoire, 


(v) (po + f É Trdt 


(48) . . D — — = 
Sin r sions 


sins étant donné par l'équation (17). 

Ainsi, si l’on connaissait le rayon vecteur r et la force T en fonction di 
temps, vs équations (17) et (18) donneraient l'angle & et la vitesse v, c’est-à 
dire les deux éléments qui, joints à ce rayon r et à la masse fictive —— Fr, 
déterminent complètement, pour le temps £, les dimensions et l'orientation de 
la conique variable. 

L'angle de position ®, compté à partir de la ligne fixe du plan de l'orbite, 
et qui détermine donc, à chaque instant, la position absolue du  rayo 
vecteur dans ce plan, se déduit également sans peine des lois fondamentales 


(1)... .. . . . . . —Fdt= wdy, 
(12) e . . . e . . CE . .- — Fr pu; 


en remarquant que, dans (1), de est le déplacement angulaire absolu di 
rayon vecteur et que, par conséquent, 


ds = dé. 


On trouve aisément l'expression 
? 
w 
(19) . ,. . . . . .. e=(oo+ f Ed, 
u) 


où (æ), est l'angle du rayon vecteur et de la ligne fixe de l'orbite 0 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 3 


temps ({): Dans cette expression, pw peut être remplacé par l'expression (13); 
ce qui donnera 


‘dt ‘dt ; 
(20) . . . . . . 8 = (89 + (wo | s+f sf Tr 


(e) {e) (4) 


$ 45. Actuellement, puisque l’on possède les expressions de la vitesse 
réelle v, de l'angle S et de la masse attirante fictive — Fr? placée en m, en 
fonction des forces accélératrices et du rayon vecteur r, on en déduira très 
facilement, par les formules du mouvement conique, les expressions du demi- 
grand axe a, de l’excentricité e et de la longitude « de l'aphélie de la conique 
variable. 


Grand axe 2a. Les équations du mouvement conique donnent facilement 
la relation : 


rpuw* 


Bert 


pwi et v sont donnés par (12) et (18). 
En fonction de F, r, v, on aura donc 


, __ Fr 
(24) . =: | 

On peut aussi donner à a une autre forme; des équations (13) et (18), 
on déduit 


SE L'ES 
r' sin’ ” 
d'où 
Ch 
à p 


r sin°c 


Gette dernière équation donnera le demi-grand axe quand, le paramètre p 
étant connu par l'équation (15), on aurà aussi r ets. En remplaçant d’ailleurs 


24 = EXPOSITION CRITIQUE 


dans l'équation (21), pw® et v par leurs valeurs généralés (1 2) et (183, on 
obtiendrait finalement l'expression générale 


Fr’ 


a — — 
di C2 + JS Trat | 
9Fr + a En — — È 


r° 


Excentricité e. La relation p — a(4 — e?) donne immédisteæmnen 


(23) e — \/1 — À, où tout est connu en vertu de (15) et de (22'). 
On obtiendrait e en fonction de p, r et « par la transformation suivante : 


2pr sin°o — p° 9P G] 1 


1—e— - re 
r' sin’ r r/ sin°o 
D'où 
ar (7 
Obs us ses ue “—1—2 mA ei CR 


Longitude « de l'aphélie. L'angle ® — « que fait le rayon vecteur a wec ha 
ligne des apsides, est donné dans le mouvement conique par l'expression 


8 46. Les équations précédentes contenant des intégrales qui suppose"! 
connue la valeur de r, en fonction du temps, il faut encore connaître Celle 
fonction ou, si l’on veut, l'équation de la trajectoire. 

Or, il est clair que r est, au temps £, le rayon vecteur d’une conique dont 
les éléments sont donnés par les équations précédentes, et qui correspond à 
l'angle ®, également donné par l’une de ces équations. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 23 
On a donc, pour l'équation de la trajectoire dans son plan, 
(26) . . . . . . . . . r[l—ecos(t — a)] —p, 


et celte équation, en y remplaçant e, ©, «, p par les fonctions calculées(25), 
(49), (25), (15) des composantes F, T, de r et de £, représentera implicite- 
ment toutes les trajectoires que peut décrire dans un plan un point matériel. 

Nous indiquerons plus loin la manière de se servir de ces relations pour en 
dégager les inconnues dans le cas de la mécanique céleste (*). 


$ 47. Avant de passer à l'étude des effets de la composante P, normale au 
plan de l'orbite variable, il nous reste à exposer d’autres relations, existant 
entre les paramètres variables, et qui peuvent également servir à les déter- 
miner en fonction les uns des autres. 


Excentricité e. Reprenons l'expression (24) et faisons y varier les variables, 
en remarquant que, d’après le principe (B) et le théorème IIL, dr est nulle, 
et qu'il faut également regarder comme nulles les variations de v et © qui 
dépendent de F (**). 

On obtient ainsi : 


(27 . . .. so — và(?) + +. ( OC ET 


sin’c sin 


(”) L'angle @ est donné par son expression (19) en fonction de r et de t, mais d'une manière 
implicite. Les équations (19) et (26) constituent donc deux relations entre r, ® et {, mais ne 
résolvent pas mieux, en réalité, le problème des trois corps que les méthodes déjà connues. La 
prétention de Wronski (Réforme des mathématiques, p. cLn) de donner la solution absolue du 
problème des trois corps est donc mal fondée. Si l’on transporte, dans l'équation conique, les 
expressions des paramètres variables trouvées par la méthode actuelle des constantes arbitraires, 
on arrive à unc équation de la trajectoire réelle, aussi bien que dans la méthode de Wronski. 

(”*) Notre théorème III montre l’inexactitude partielle de l'expression dont Wronski se sert, 
pp. cxLvins et cxuix, quand il dit que la composante radiale n’exerce aucune influence sur les 
variations de e et «&. Il faut remarquer, en outre, que la composante radiale dont il parle, n’est 
pas notre composante F, mais seulement ce qu’on entend aujourd’hui par la composante pertur- 
batrice suivant le rayon vecteur. Il se place, dès l’abord, dans le cas de la mécanique céleste, 


Tome XLIV. | 4 


26 EXPOSITION CRITIQUE 


oùl'on a, en vertu des principes rappelés, 


7 A SR PL 15 
r r 


T cos étant la composante de T perpendiculaire à la tangente, et qui agi 
donc pour faire tourner cette tangente de l'angle d pendant di. (Voyez plus 
loin pour la démonstration très élémentaire de cette expression le $ 33.) 

On a, d’ailleurs, | 


Trdt = d(pw) (éq. 15) ct rvsins= pw. 
D'où : 


sin s COS. 


ds — APw) 
pw 


Par conséquent, (27) deviendra 


Li 
LES d £,%_(e) ee OU) scie 
r  sinosr r r/ sine pw 
RUE. EE (Eee AP 
r p r' sine p r pw 
3 
(28) . . . ede =? _ (E— sinte)  — (E) cotta AP), 
r sin’ \r p r pw 


Or, on a, par le mouvement conique, 


&s — dr 


rdo 4 — ecose 
esing 


r(i —ecose) = p 


D'où : 


1 
(go —=— =. (e) coÛs — e* sin° Ps sin o — 
re SIN ? r 


2? 
e‘sin"e + (e) 


1 1 
(à TE (sine) = esints + (e) — PL asints + P(p_4) — 6! sin° y _P ecosr: 
[a r r r \r r 


ss. 
un 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 27 


Ainsi, (28) devient 


( d 
ede — (e sin ? — Le cos) Le sin? p pu 
r p pw 


d 
de — (e sin’ o = cos) _ sin? ? ‘pu 
| d P pw 


et, en intégrant, de (4) à £ et appelant (e), la valeur de e pour £, 


| d 
deb f (esintz — Eco) Res eo) 
) F P pu 
(e) 
ou, comme 
d d 
a PA PA 


et p—?—a, 
pu p 


(29) . . — = (o— f° Leo (9 — e) À + € sin — a) 


(…) 


$ 18. Longitude « de l'aphélie. On a la relation 


ED 6 c05(à — à). 


“ 


Nous rappellerons ici, comme au sujet de l’excentricité, le principe (B) et 
le théorème III. Nous remarquerons, en outre, que si l’on fait varier toutes 
les quantités de l'équation précédente, on peut faire abstraction de la partie 
de ces variations qui auraient lieu dans l'orbite supposée invariable, attendu 
que ces parties des variations donnent, dans les deux membres de l'équation, 
des valeurs égales. | 

Comme ces variations dans l'orbite proviennent de la variation de l'angle ®, 
cela revient à considérer cet angle ® comme constant. 

En vertu de ces principes, nous aurons d® = 0, dr = o et, par conséquent, 


d | 
+ e sin (9 — 2) de + 008( — a) de = 0 


28 | EXPOSITION CRITIQUE 


et, puisque 


(= 
: 


cos (® — a) = 


A 
d + r 
+ esin(# — a)da — 


| p_, 
à u-#| 
r ï 


de. 


D'où : 


A = 
e sin(® — a) e 


et, à cause de l'équation (29), employant pour simplifier 9 = ® — a, 


P_, P _, 
1 : d d d 
da = —— 7 Édnoe Siné CE 
e SIN(® — à) e r p e w Tr p 
P P,._ 
d 
: ES D 
esin(® — a) r/ e p 
- 
Or, 
1 —-—ecos?; 
donc 
P 
= — r cn nee 
e SIN(® — «) p p w 
r 
ou, comme 


= —————_——y = —— 


p 
a - | sin*? ° Re | + = LE. Fab) : 
€ Sin (D — à) p P pw 

r 


r 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 29 


.Tenant compte enfin de la relation À + e côsg — 4, remplacant 9 par 
® — «, simpliant- et intégrant, il viendra 


(30) . . . cu /7 in (0 «) Loos (o — ) SEP 5.) 


Les équations (29) et (30) donneront respectivement e en fonction de à, 
et « en fonction de e, quand on aura déjà les expressions des paramètres fon- 
damentaux p et w (car ® est également fonction de p et w par l'équation (19) ). 

Afin de ne pas compliquer cette exposition, nous renverrons à la note II 
quelques considérations sur une formule exponentielle, présentée par Wronski 
pour représenter la trajectoire dans son plan et que nous ne croyons pas 
exacte. 


$ 19. Les formules précédentes contenant toutes les conséquences de 
l'influence des forces F et T situées dans le plan de l'orbite, il ne nous reste 
plus qu'à évaluer celle de la force P normale à ce plan. Cette dernière force 
agit, à chaque instant, pour faire varier l'orientation du plan de l'orbite. Nous 
allons, d'abord, déterminer l’angle de dont elle fait tourner ce plan autour du 
rayon vecteur 7 pendant le temps d/, et de la valeur de do nous déduirons 
ensuite, trigonométriquement, les variations d», dé, des angles qui fixent la 
position de ce plan. (Voyez $ 1 2.) 

Soient Av (fig. 3) la direction de la vitesse réelle v, r le rayon vecteur, x 
és l'angle de v et r. AB étant l'élément vdt 
décrit pendant le temps df et BC, une per- 
pendiculaire à la direction du EDon vecteur, 

. on aura CB = vdi sin >. 
La force P fera au bout du temps dt 
décrire à B un angle d> autour de C dans le 
plan (CB, P), et cet angle sera celui dont le plan (r, v) a tourné dans le 
même temps autour de r. Or, pendant le temps d!, le point d'application B 
de P a subi par rapport à À un déplacement relatif P(dt}? (c'est-à-dire 


30 EXPOSITION CRITIQUE 


dv'dt == Pdt : dt; en effet , le point A et le point B sont animés tous les eux 
au temps { de la même vitesse acquise v’ sons l'influence de P). Qu : 
donc 


P(dt} = dep CB — de vdt sine, 
d'où 


(51) . . . . . . . Ê e : . de = 


Si, maintenant, e; p, et « sont les paramètres de la conique varia ble x 
temps {, on aura, en posant ® — « = +, 


go=— sad EE  — par l’équation r —  - 
dr resin(® — a) À — e co8(® — x) 


D'où l'on déduit 


isa) N/D aa. 
. ef VE dan 
1 _V FT Ur V'a+esins V4 + et — 2e cos(t — a) 


À — e cos(® — «) 


et, par conséquent, 


Pdt V1 + e— 2e cos(t — a). 


(32) . . . . . . . en ee 


Au lieu d'introduire l’excentricité e, et les angles ® et «a, on pourrai 
également se servir de la formule qui donne plus directement tg (éq- 41) 


(”) Wronski a écrit dp — _ Le facteur par lequel il faut multiplier cette ex pressio? 
inexacte est celui que M. Y Villarceau a également donné dans les Comptes rendus de J'Aca- 
démie des sciences de Paris, dans sa Note citée sur les méthodes de Wronski. | 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKIL. 31 


$ 20. L'expression de db étant obtenue, il est facile d'en déduire les 
expressions de » et ÿ. Reportons-nous (fig. 4) 
à la figure du $ 12 et supposons que le plan 
de l'orbite ait tourné, autour du rayon vec- 
teur mm, d'un angle L. L'intersection de 
ce plan avec le plan fixe deviendra m£i/, x 
deviendra »! et y, J/. 

Abaissons l'arc de grand cercle m’l per- 
pendiculaire à AG. Nous aurons. 


Fic. 4. 


tgm'l— sin/£2". tg»', 


d'où 


sin [$2’ 


cos [£à (gs d.i$2 arr = 0. 


On a aussi dans le triangle 6262'm' : 


sin 262’  sinm'{à 
sin p sions 


Pour n= n!, RQ! = — d IQ, p = de, ces relations deviennent : 


in l 
cos [62 - tgy - d': 162" + — = dy = 0, 
cos’ # 
| ; sin m'$è 
dy — cot{fèsinycos#d- 162, —d.IS — — * dp. 
sin # 
et, par suite, 
dy —= cot {$2 sin m'$2 cos» - de. 
Mais 
1g/$à — tgm'$32 : cos», 

donc | 
CONS ESS. RAR dp = cosm'f - de. 


= — 
tg mn'$2 - cos y 


32 EXPOSITION CRITIQUE 


On aura, par les mêmes formules, 


sin m'$ 


(34) + + + + + dy = (262 = * de. 


sin y 


L'angle m'£3, d'après les conventions adoptées au $ 12, est égal à 
x —% + %. On aura donc, en intégrant (33) et (34) du temps Ç£) a 
temps £, 


(35) . . . . 1 = (ho + J'e0s(x — # + 4): de, 


(36) . . 7. LOS Es ur). 


sin # 
(r) 


Quant à l'angle x, qui détermine la position de la ligne fixe du plzan de 
l'orbite, on aura pour le déterminer, la relation : 


x —v+ bd — m0. 
Dans la rotation, l'angle ® reste constant; donc 


dy — dy + d-m'$à. 


Or, | 
sio m'l— sin m’(2 - sin x. 
D'où 
d':m'$2 — — 1gm'$2 cots : d», 
— — 1gn'62 coty cos m'62 : de, 
= — sinm'62 coty : de. 
Donc 


À — cosy 


1 
dy — sin m'$à. ( — cots) de — sin m'a: de = sin m'O 182 de 


Sin # 
et, en intégrant, 


(37) dé. 3% +. XX —= (x) + [ sin (x — d on d) &> de. 
(8) 


Dans toutes ces expressions(35),(36),(37)(*), dpa la valeur (31) œu (32). 


(*) Données sans démonstration par Wronski, p. 291 des Prolégomènes du messia misme. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 33 


EMPLOI DES FORMULES GÉNÉRALES. 


$ 21. Le résultat immédiat des relations dynamiques établies dans les 
paragraphes précédents, consiste dans la détermination des paramètres 
variables d'une trajectoire arbitraire à force centrale, sur laquelle un point 
matériel décrivant une trajectoire donnée quelconque, pourrait être consi- 
déré comme se mouvant en chaque instant. En effet, le principe général (A) 
fournira toujours pour le paramètre de cette force H elle-même, une valeur 
(ou, si cette force H renfermait plusieurs paramètres, une condition entre 
ces paramètres) donnée par l'équation générale H — F. La force H étant ainsi 
connue el les expressions générales (17) et (18) de v et + subsistant toujours, 
on n'aurait qu'à exprimer les paramètres k, {, m ... de la courbe variable 
choisie, en fonction de v, +, H et r, ce qui sera donné immédiatement par la 
nature connue de cette courbe. | 

C'est ce principe général que nous avons appliqué plus haut, en choisis- 
sant pour trajectoire variable une conique, les intégrales contenues dans les 
expressions des paramètres variables étant calculées au moyen des coordon- 
nées de la trajectoire réelle. 

Dans la question présente, l'emploi le plus intéressant de ces relations 
dynamiques consiste à déterminer d'une manière de plus en plus approchée 
la trajectoire d'un point matériel, quand on connait déjà cette trajectoire 
par une première approximation. Il suffit pour cela de prendre pour trajec- 
toire variable la courbe même donnée par cette première approximation, et 
d'en calculer les paramètres variables par la méthode générale exposée plus 
haut pour une trajectoire variable quelconque. La trajectoire variable ainsi 
choisie fournira pour toute époque déterminée t, une représentation géomé- 
trique plus exacte de la trajectoire réelle. 

D'après cette règle, quand il s’agit des mouvements célestes, dont la pre- 
mière approximation est une conique, la trajectoire variable conique s'impose 
donc d'elle-même. On exprimera d’une manière approchée, en fonction du 
temps, les forces F, T, P et le rayon vecteur et l’on pourra alors effectuer 
les intégrations contenues dans les formules. La seule intégrale, / “Trdi, four- 


Toue XLIV. g) 


34 EXPOSITION CRITIQUE 


| t 
e e ’ . e 170] 
nira immédiatement les variables +, p, a, e, =, v (*); f dt donnera à 


(#) 
son tour ®, d'où 2, et en introduisant ces valeurs dans l’équation 


p 
4 — e cos(® — à)’ 


C'EST. 
où l’on donnera aux quantités p, e el à leurs valeurs au temps déterminé !, 
cette équation sera celle d’une conique qui représentera la trajectoire réelle 
d'une manière plus exacte que la conique de la première approximation. 

Les données approchées de la trajectoire fourniront de même immédiate- 
ment à l’aide de P, les trois intégrales contenues dans », Ÿ, x, et, par consé- 
quent, les valeurs de ces variables. 

La seconde approximation de la trajectoire étant ainsi connue, on s’en 
servira de la même manière pour en déterminer une troisième, et ainsi de 
suite, cinq intégrales suffisant dans tous les cas. 

Si les forces F, T, P émanent d’autres points, décrivant également des 
trajectoires, il sera nécessaire de connaître aussi pour la détermination de ces 
forces, les trajectoires approchées de ces autres points. Les formules serviront 
à trouver ainsi, avec une exaclitude de plus en plus grande, les trajec- 
toires décrites par des points en nombre quelconque soumis à leurs actions 
mutuelles, que ces trajectoires soient de même nature ou de natures diffé- 
rentes, et quelles que soient d'ailleurs leurs situations respectives. 


$ 22. Pour donner un exemple de l'application de nos formules à une 
trajectoire différente d’une conique, supposons (fig. 5) une masse m/ se 
mouvant sous l’action d’une vitesse initiale V et sollicitée par une force 
constante T, très faible, perpendiculaire au rayon vecteur r émanant d'un 
centre O, et située dans le plan de V et de r (plan de l'orbite) (**). 


() La formule (21°) G = donne déjà une valeur approchée du grand axe sans 


aucune intégration, si l’on se contente de la valeur déjà connue de v. 
(**) Ce cas rappelle celui d’un pôle d’aimant se mouvant sous l’action d’un courant vertical 
très faible, o. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 35 


La première approximation de la trajectoire sera donnée par la ligne droite 
même, CE, que décrirait m/, si T n'existait pas. Soit AOB une ligne fixe, 
origine des angles & du rayon vecteur dans le plan de l'orbite; OC — { une 


TK 
perpendiculaire à CE, 8 l'angle AOC et l'angle de r et de V. 


Fic. 5. 


| m La Le NE 
A a À 
C V: : M, 
Ê | ed 
? 
Û 
’ 
T 


L'équation de la ligne droite CE sera, en supposant m’ en C pour t — #,, 


VE VU, 
l 


r sin( ) ( )'our cos (D — 6) 


les paramètres étant !, 8, V, 4. 
En fonction de, ®, r, +, V, { on trouve facilement 


[= rsins, 


r COS 


, 


= + 


Ig($ -- B) = + coto, 


36 EXPOSITION CRITIQUE 


équations qui serviront à déterminer {, {, 8 quand on connaîtra V, x » +, 


en fonction de £. 


Or, les relations générales (17), (18), (19) donnent dans le cas a ctuel, 
pour les valeurs ', V', æ' relatives à la nouvelle approximation de la & rajec- 


toire : 
VI+T/ rdl VM+T Jr 

(A7) go =——, (48) . . . . . V'— a 

T — 

._ dt 
el 

: : dt 

(99... #=p+f (N+T/ rd)= 

" #1 


A l'aide de la première approximation, on a 


— —— — dr V'(t—1,) 
ne = 
r=V El + Vi(t— 0), hi + 


7 ————— Â ) C 
h = V4 7? __— 4, — — A —1 . k ———— 
PAT f Ex V'(— 0). dt nl #7") + + Cia: 


en posant 
a 
= V/: + pr ent + (6) 


Pour { = 1,, n = 1. Donc 


J'ru — +. ° TA 


!{ 


On en déduira pour les nouvelles valeurs 4! et V', 


lP 
Ve T À ] 
a me 
E Fu — y? 
. VI+T | n + br 


sine VE + Vu) 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKL. 37 


À l’aide de ces valeurs et des équations 


tg(® — 6) = cots’, 


on calculera les paramètres variables l', f, et 5! qui donneront pour un 
temps { donné, la seconde approximation de la trajectoire réelle. Cette seconde 
approximation est la droite 
l' 
= ——— 
cos(® — B') 


représentée (fig. 5) par m', m,; et l'on obtiendra aisément soit analytique- 
ment, soit géométriquement comme le montre la figure, la position plus exacte 
m, de m', pour un temps déterminé quelconque. 

Pour éviter la résolution de l'intégrale double contenue dans la valeur (19) 
de ®’, résolution qui n'aurait ici aucun intérêt, on peut se contenter, pour 
obtenir £', d'introduire à la place de ® dans l'équation 


tg(® — 6’) = cots, 
sa valeur donnée par la première approximation. 


Ce qui précède suffit pour montrer l'extension que peuvent prendre nos 
formules et la généralité de leur application. 


CAS PARTICULIER DE LA MÉCANIQUE CÉLESTE. 


8 23. Pour rendre les formules précédentes applicables au cas de la méca- 
nique céleste, et retrouver les formules de Wronski, il faut choisir pour le 
point origine ou pôle du mouvement, la masse centrale » du système; T et P 


58 EXPOSITION CRITIQUE 


seront les résultantes des composantes des forces perturbatrices, par ex enk 
des attractions de masses étrangères m/!,m'!/!, ..., perpendiculaires au ærayy 
vecteur de l'orbite de #’ dans le plan de cette orbite, et perpendiculaires ic 
plan, dans le mouvement relatif de m’ par rapport à m. Quant à Æ=, dll 
deviendra 


Mm+m 
2 


M 
+ R———+R(en posant M— m + m'), 
r r 


R étant la résultante des composantes radiales des forces perturbatrices (par 
exemple, la somme des attractions de m/, m!!'" .. suivant le rayon vecteur) 
dans le mouvement relatif; il suffira donc de remplacer F par — _ +R, pour 
obtenir les formules de la mécanique céleste. 

Nous allons réunir ces formules dans le tableau suivant : 


(13) wp = (wp), + J Trdt, (19) & — (®), “f Ed. 
(() 


M — Rr° 
opho + Trdt 


[pe Le # | Trdt | 


A4) w— 


pe M—Rr 
(wp)« + J Trdt dt 
r dr 
ê t 
(wp) ee à Trdt (wp) Ne J Trdt 
(18) v— ne (16) (vs) = — 
1 T 
. ? M ue 
(22) a= —— ou (21) DT CURE LL 
— Ca SRE _— 
r sin°s _ 


w ( 


(25) e — P (29) e—(e),, — E costt — jee + esin'(à — _ 
=Vi-f, Dee . r P 
«) 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 39 


P ; 
(25) tg(® — «) — ee (30) x —=(x) + J''sin(e —fcos(s Eu) : GP] 
(e | | Q] | pw _e p}) 
Bo (= —: 
- 
EE 
RER À — e cos(®— a) 
of Pdt 
(35) # — (#)v + J cos(x — y + ®)dp, (32) dp = SereEs 


(56) tn o+ [EE HELP e 


sin # 
(4) 


(37) x= (dut ‘sin(x—v +4)g= de. 


Ce qui a été dit sur l'usage de ces formules dans le cas général s'applique 
identiquement et sans difficulté au cas actuel. 


$ 24. Dans l'établissement des formules précédentes, nous avons considéré 
comme fixe le plan auquel, par les coordonnées 4, », est rapporté le plan 
variable de l'orbite. Il peut cependant se présenter des cas où c’est à un 
plan variable lui-même que ce plan de l'orbite est rapporté; c’est ce qui 
arrive, par exemple, dans la théorie du mouvement de la lune, où l’on prend 
pour plan origine l’écliptique, c’est-à-dire le plan variable de l'orbite terrestre. 
Il faut donc connaitre les coordonnées angulaires du plan variable et de la 
ligne fixe de l'orbite par rapport au plan fixe, ou plan invariable du système 
tout entier, — coordonnées que nous désignerons par 


H,Y, X, — 


en fonction de coordonnées de cette orbite variable par rapport au plan 
origine variable lui-même, ou plan intermédiaire, coordonnées désignées 
par 


M Yo Xo — 


40 EXPOSITION CRITIQUE 


et des coordonnées du plan intermédiaire par rapport au plan fixe, co© r du. 
nées désignées par | 
(n) (4) (x). 


Dans la figure ci-après (fig. 6) : 


Re ne ee 


mFB est le plan fixe, mBA le plan intermédiaire, 
mF sa ligne fixe ; mA sa ligne fixe; 
mCD le plan de l'orbite, 
mE sa ligne fixe. 


Il s’agit d'obtenir : 


H,Y,X en fonction de », #, x et de (#), (4), (x). 


Fic. 6. 


On aura, d'abord, dans le triangle DCB, 


cos H = cosy cos(s) — siny sin (y) cos DB 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 4l 


et, comme 
DB=— (x) — (+) + y, 
cos H — cos y cos(#) — sin y sin (#) cos [ (x) — (y) + “h 
(38) . ES 
sinH = V1 — cos'H, 
le signe + pour le nœud ascendant. 
Pour 
Y — CF, 
on a 
cos # = cos BF cos BC — sin BF sin BC, 
sin Y — sin BF cos BC + cosBF sin BC 
où 
BF — (y), 
sin BC sin DB _ sin | (x) — (4) +] 
sin # s sin H sin H 


dans le triangle DBC. 
Dans ce même triangle, on a 


cos BC sin H — cos[ (x) — (4) + y sin y Cos(#) + sin (y) cos#. 


Par conséquent 


COS YF == ——"" cts) "a | cos | (x) — (4) + y siny sat) + sin (x) cos y 
sin YŸ — te ; cos [(x) — (4) + % ]siny cos (#) + sin(y) cos” | 


is SO inf (0) — (4) + y]sins. 


ou bien 
_ = ne cos (+) {cos (x)—{(#) ++] cos (y) + sin (y) cot s| — sin &) sin | ( (x)—(4) +4] | 
(59) 


sin Ÿ =" sin (y) )fcos! [(x)—(#) )++] cos(x) + sin(x) cot#} + cos(y) sin [(x)— CETR 


Tome XLIV. | 6 


42 EXPOSITION CRITIQUE 


Enfin, on aura pour 
X = CF + EC 
sin X — sin # cos(X — #) + cos # sin(X — w), 


(40) : 
cos X — cos Y cos(X — Y) — sin Y sin(X — w), 


expressions dans lesquelles 


sin (X — #) — sin (x — +) cos DC + cos(x — y) sin DC, 
COS(X — y) — cos(x -- y) cos DC — sin(x — 4) sin DC. 


Mais, dans le triangle DCB, on a 


in DC — 
+ sin H 


cos | (x) — (4) + v] sin (y) cos # + sin # cas /#) 
sin H | 


cos DC — 


Par conséquent, 


sin (X— Y)— = ; sin (x— 4) } sin ycot(s) + cos| (x) —(4)+y]cos#| + cos(x—) sin! (x)—(#) —+- y] , 


sin(#) 


COS(X— 1) — nb 


cos(x— #) | siny cot(x) + cos[ (x)—(4)+ y ]cos1 | —sin(x—v)sin[(x)—{#) + #1]. 
On obtiendra ensuite sin X et cos X par substitution dans les expressions 
données plus haut (*). 


$ 25. Si l’on connait, par exemple dans la théorie de la June, les €00r- 
données (4), (x), (x) de l’écliptique par rapport au plan fixe et les coordon- 
nées , n, x de l'orbite lunaire par rapport à l'écliptique, les équations pr'été- 
dentes feront connaître les coordonnées Y, H, X de l'orbite lunaire Pa' 
rapport au plan fixe. (4), (1), (x) sont données par des équations sembables 
aux équations (33), (36), (37) en fonction immédiate de la composante F” 
normale au plan de l'écliptique. 


(*) Tous ces calculs vérifient les formules (38), (39), (40) données sans démonstration Par 
Wronski. (Ré/orme, etc., p. Lv1.) 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 43 


ÿ, n, x. étant fonctions de (#), (n), (x), #, H, X, on obtiendra les varia- 
tions de ÿ, n, x qui dépendent des variations (4), (7), (x) du plan de l'éclip- 
tique, en faisant varier seulement (4), (n), (x) dans les relations (38), 
(39), (40). On trouverait ainsi pour ces variations : 


= fi { A4) An) A) YHX} 
= fs À d(4) O1) Âx) YHX | 
dx == fs À 9) d(r) x) Y HX}, 


fs [as ls étant les trois fonctions résultant de la résolution des équations 
variées. Il ne faut pas oublier que, dans ces équations, Y, H, X varient avec 
le temps, et ont des valeurs différentes pour chaque temps donné. L'intégra- 
tion des variations 3, à, dx, de (4) à t, donnera les quantités 4’, »!, y’ dont 
ÿ, », x ont varié pendant le temps { — (4) par l'influence des variations de 
(y), (x), (x). D'ailleurs, les quantités 4, », x, (35), (36), (37) obtenues pré- 
cédemment sont, à une constante près, celles dont les coordonnées de l'orbite 
lunaire ont varié en supposant (4), (7), (x) constants. Il en résulte que les 
valeurs des coordonnées du plan de l'orbite lunaire par rapport à l’écliptique, 
seront égales à 

+ 

+" 


X+X 


On voit, cependant, que les calculs nécessaires à la détermination précé- 
dente seraient très compliqués et qu’ils exigeraient la considération des quan- 
lités auxiliaires (4), (1), (x), #, H, X. | 


8 26. On peut éviter l'introduction de ces quantités, et résoudre le 
problème d'une manière beaucoup plus élégante, en calculant directement, 
pour l’écliptique, ses coordonnées par rapport au plan de l’orbite lunaire, pris 
pour terme de comparaison. Supposons que la terre soit prise pour point 
origine. L'écliptique sera le plan variable de l'orbite décrite par le soleil 


44 EXPOSITION CRITIQUE 


autour de la terre. L’angle infiniment petit d,’', dont l'écliptique tourne za ut 
du rayon vecteur du soleil dans le temps d{, sera donné par la formule 

P'dt 
(M)... . . . . . . . . d&'— , 


v'sinc 


P' étant la composante normale à l'écliptique des forces accélératrices qui 
sollicitent le soleil, v’ sa vitesse réelle et 3’ l'angle de son rayon vecteu r elde 
la tangente à l'orbite qu'il décrit. Soient (fig. 7) 


m'$à, l'orbite lunairc; 


m''$2, l'orbite solaire. 


Nous supposons les forces P et P' normales à leurs plans et dirigées dans 
le sens de l'arc ab qui mesure 
l'inclinaison mutuelle 7. Si, 
par l’action de P’, l’éclip t ique 
se déplace de l'angle 2°, 7 
deviendra »', 4 — GA de- 
viendra = G'A/ en ayant 
toujours 


Fic. 7. 


m'A=%, m'A=6", 


d’ étant l'angle dontle soleil 
m'! s’est déplacé à partir de 
la ligne fixe mA, ou ?77À'. 
Enfin, x = m'$ + GA devient L— = m'62! + S'A. 

Caleulons d', dy', dy! pour »! = », d!' — x = x: 


4. Ona, en abaissant m/'{ perpendiculaire sur m/@, 


sin 262’ __ sin m'$è 


sin p” . t , 


"l= sin ($3" t t 
gym sin{$2"tgy' e tp 


d'où l’on déduit, comme à la page 31, 


dy — — cot{f3 siny cos y de [Ç9' 


= ge me PE mu © = 


RS RSS LL 


DE LA METHODE DE WRONSKI. 


et, à cause de 
d:$2$3 = + d° 162, 


dy = — coti$2 sinm’S cosy-dp’, 


d'où encore (p. 31), 
(42) . . . . . . . dy — cosm'$èdp = — cos(® — y)de”. 
2. Pour calculer dy, on a les relations 


® — m''$2 + y — m'$2 + y’, 


d'où 
dy" = — d-m''£$3'. 
Or, 
sinm'{"  sinm''$à 
7 siny  sinw ? 
d'où 
cosm"Q)'d-m"6 — ne 2) cos #’- dy. 
sin” 
Pour 


“=, dy = dy 
el l’on a : 


no 
cos (+ — y)d.m'$3—= ce A cos (®" — y) dp' 
ou 
Rae EL 2 
tg” 
Donc : 


. p'— 
(45) « e . . . e e . . D nlt-0. 
(gr 


3. Enfin, pour dy, on a 


x = m'E2 + = (x — +) + 520 + y”, 
dx' = d' 62,2 + dy’. 
Or, 
sin$262  sin(®'— y) 
sinp _  sin# 


45 


46 | EXPOSITION CRITIQUE 


d'où 
d:6262"  sin(®’—+#) 
de siny 
Donc 
PRE LCE PRE LC 2e 
SIN # 18" 
SPACE lie D", 
sin # 
et enfin 
CIRE SES dx = + sin( — y) 15 5-de". 


En intégrant maintenant, de (4) à t, les expressions (42), (43), (44), on 
obtiendra les quantités », 4', x’ dont les coordonnées », 4, x ont varié par 
le fait des varialions de position de l’écliptique. Ainsi » + »!, à + d!, x + y! 
seront, au temps £, les coordonnées de l'orbite lunaire par rapport à l'éclip- 
tique. Ces coordonnées seront, en appelant (,),, (gi), Ga), leurs valeurs 
au temps (4) : 


fn —= (tien + JS COS (x — y + +) dp — A cos (®’ — y) de’, 


(£) 


sin(x—v+t), f'.sin(é —4%) ., 
(45) . di —= (1) D er dp — [ ere , 


() (#) 


X1 = + * à sin(x — y + %) tg= LES & sin(® — }) tr 2 de’ (). 
(#) 

Il suffira donc, ici comme précédemment, de connaitre d’une façon 
approchée les coordonnées », 4, x de l'orbite lunaire par rapport à l’écliptique 
fixe, l'angle &’ et la variation absolue d,', qui seront fournis par les formules 
connues, pour obtenir, par des substitutions successives, les valeurs de plus 
en plus exactes de », Ÿ, x, en fonction du temps. 


$ 27. Nous possédons maintenant toutes les formules nécessaires pour 
déterminer par les méthodes algorithmiques connues, à l’aide d'approxima- 


(*) Données sans démonstration par Wronski. (Réforme, etc., p. cLxxx1.) 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 47 


tions successives, toutes les circonstances du mouvement d’un globe, chaque 
fois que sa trajectoire réelle sera déjà connue d’une manière approchée. 

Ce qui frappe dès l'abord dans ces formules, c’est leur absolue généralité. 
Que les trois forces R, T, P soient les composantes de l'attraction de globes 
extérieurs, ou dépendent seulement de la forme des masses attirantes, ou 
soient dues à la résistance d’un milieu, ou à une force répulsive de surface, ou 
aux déformations des globes, etc., ces formules donnent l'expression, sous 
forme d'intégrations finies, des paramètres variables de la conique, para- 
mètres qui, substilués dans l'équation (26) de la trajectoire , donneront 
de celle-ci une représentation de plus en plus rigoureuse. 


& 28. Comme M. Y. Villarceau l’a rappelé dans sa note sur les méthodes 
de Wronski, ce géomètre opposait sa méthode, qu'il nomme méthode de 
l'ordre, à la méthode actuelle où l’on considère les forces exercées par les 
globes extérieurs comme des forces perturbatrices, méthode qu'il Lune 
méthode du désordre. 

Si, d'un côté, l’on considère le mouvement conique d’un globe comme le 
mouvement qu'il devrait posséder, il est clair que toutes les forces qui trans- 
forment ce mouvement méritent le nom de forces perturbatrices. Si, d'un 
autre côté, l’on regarde l’ensemble de toutes les forces motrices, comme assu- 
rant l'équilibre du système en l’assujeltissant à des conditions périodiques, il 
n'y a aucune raison pour donner aux unes le nom de perturbatrices et aux 
autres celui de conservatrices. | 

Toute la question serait néanmoins de savoir si l’ensemble de toutes ces 
forces concourt réellement à maintenir les conditions périodiques actuelles du 
système, ce qui est loin d'être prouvé, surtout en tenant compte des défor- 
malions des globes, qui doivent être comprises aussi dans les formules géné- 
rales de Wronski. Il faut avouer, cependant, que le nom de forces perturba- 


trices est plus commode pour le langage qu'il n’est heureux au point de vue 
philosophique. 


$ 29. Wronski a donné dans la Réforme des mathématiques les expres- 
sions des paramètres variables dans la méthode du désordre, c'est-à-dire en 


48 EXPOSITION CRITIQUE 


considérant les trois composantes générales R, T, P comme des or 
perturbatrices. Nous les reproduisons ici pour deux raisons : | 

1° D'abord, parce que la comparaison de cette méthode avec la préc date 
fera toucher du doigt l'esprit de-cette dernière; 

2° Pour épargner à ceux qui voudraient les vérifier dans l'ouvrage 4 
d’après la méthode de l’auteur, des calculs très embarrassants et la su bstu- 
tion de quelques raisonnements. 


$ 30. Procédons à cette exposition. 

m' décrivant une conique autour de # sous la seule action réciproque de 
ces deux masses, on peut supposer, au temps {, les forces perturbatrices 
R,T, P appliquées à m', chercher les variations qui résultent de ces forces 
seules, pendant le temps dt, dans le rayon vecteur r, la vitesse v, l'angle 
du rayon vecteur et de la tangente, l'angle dont le plan variable de l'orbite 
lourne autour du rayon vecteur, et ensuite en déduire, comme précédemment, 
par les propriétés des coniques, les variations des constantes de la trajectoire. 
C'est proprement le point de vue dans lequel les forces R, T, P sont pez’£ur- 
bairices du mouvement conique primitivement établi. 

Des trois forces R, T, P, les deux premières seules, agissant dans le plan 
de l'orbite, exercent une influence directe sur la position de cette orbite dans 
son plan et sur ses dimensions, c’est-à-dire sur les trois paramètres 


a, «a et e. 


Occupons-nous d’abord de leurs variations, et, pour cela, remarquons 
_ qu’ils sont fonction de trois autres quantités qui déterminent également d'une 
manière complète la trajectoire conique (puisque, en effet, la masse centrale 
m + m! est ici donnée), savoir : 


le rayon vecteur r correspondant à l'angle donné #, 
la vitesse totale vw 


et l’angle s de la vitesse et du rayon vecteur. 


Or, les variations de ces trois dernières quantités sont des fonctions mmé- 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 49 


diates des forces R, T qui étant, en effet, appliquées à la masse "1, ont pour 
effet direct de faire varier sa vitesse, sa distance à # et sa direction. Il faut 
donc : | | ° 

4° A l'aide des relations connues entre «, a, eetr, v, + dans le mouve- 
ment conique, exprimer les variations &, dt, d& de +, 4, e correspondantes à 
des variations arbitraires dr, du, dx de 7, U, x; 

2° Chercher les différentielles dr, dv, d de r, v, « produites par l'action 
de R, T pendant le temps d!; | 

3° Poser ensuite à — dr, dv = dv, dx — da et remplacer dans les expres- 
sions de x, dt, de. Ces variations seront alors les différentielles dx, da, de 
produites pendant le temps dt par R et Tet lon n'aura plus qu'à intégrer 
pour obtenir «, a, e en fonction de £. | 


$ 31. Les relations qui lient «, a, e à r, v, x ont été données précédem- 
ment. Ce sont les relations 


p 
(5) + ce 
(6) . . . (u)—w(l —ecos#). 


(7) . . . v—wV1+e — 2ecos? 


auxquelles il faut joindre les relations également établies ou connues : 


(1) . - .  p—0—a. 
M 
10) . . . ‘= — — a(i— e°). 
(10) | a(1— e) 
d 
(6) . . . (v)—twesins, WT, e)= TE. 
| d 
(46) . . . ga. 
On tire de (10), 
k M 
s a(i — et) 
Tome XLIV. 7 


50 EXPOSITION CRITIQUE 


de (6) et (46), 


dr | 
(v:) — go = —wesinglge, 


et les équations (5), (6), (7) deviennent, par substitution, 


(47) . . . r(f—ecos?) = a(i — e?), 
(48) . . . e(cosg — sing ga) — 
(49) . . . v'a(i — e*)— M1 + e° — 2e cos +), 


où n'entrent plus, outre l'angle o = ® — à, que les quantités a, e, «,r, €, z. 
(La quantité « est comprise dans cel angle + que nous avons conservé pour 
simplifier l'écriture.) 


Remarque au sujet de la quantité ®. L'angle ® qui fixe la position du 
rayon vecteur r, varie pendant le temps d£, el à cetle varialion æ de # 
répondent des variations (dr), (dv), (dx) de r, v, x. 

Il en résulte que les variations totales et réelles de r, v, + sont égales à 


(dr) + dr, (du) + du, (da) + da, 


en représentant par à, à, d les variations dues à des forces étrangères. 
Si maintenant, l’on déduit des équations précitées les variations de a, €, à, 
on les obtiendra sous la forme 


da = À [(ér) + dr] + A'T(dv) + du] + A" [(ds) + du], 
de = B[(or) + dr] + B’[(d0) + dv] + B”[(d0) + do], 
dx = C[{(dr) + dr ] + C’ [(dv) + du] + C"[(ds) + do], 


A, A, A!!,B, B', B'', C, C!, C/!, étant des coefficients fonctions de «, €, &; 
r, v, =, %. Or, en supposant nulle l'influence des forces étrangères, 00 
aurait eu : 

0 = A(dr) + A'(dv) + Ada), 

0 — B{dr) + B'(dv) + B'’(ê5), 

0== Cor) + C'(dv) + C'’{da). 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 54 


Par conséquent, 
da —= Aûr + A'dv + Ads, 


de — Bôr + B'év + B''dc, 
da —= Cdr + C'dv + C''dx. 


Il faut donc dans les équations (47), (48), (49) considérer (or), (dv), (àx) 
comme nuls, ou, en d’autres termes, ® comme constant. Cette condition 
donne, en vertu de la relation 9 = ® — a, 


de = — da. 


$ 32. Ceci étant bien établi, procédons d’après cette règle à la variation 
des équations (47), (48), (49). La variation de ces équations telles qu'elles 
sont données, fournit entre da, &, à trois équations du premier degré dont 
la résolution, et surtout la simplification ultérieure, donnent lieu à des calculs 
extrêmement compliqués. On procède plus simplement de la manière suivante. 
On tire de l'équation (47) : | 
ail — e!) 


ecosp = À — - 


En transportant cette valeur dans l'équation (49), elle devient : 


v'a(i —#) = M4 + et —2 + 2) — e°) (ei) 


ou bien, 


D'où, en variant, 
920a air v'da + Jvadv 


7 En M . 
_ É : . 9a Ava : 
M r° ni M 
et, comme 
2 v' 4 
r M a’ 
2a° Qa'v 
(DO Lu LS à da = dr + . dv. 


52 EXPOSITION CRITIQUE 


Pour obtenir & et &, varions maintenant les équations (47) et (48). Nous 
obtiendrons, pour (48) d'abord : 


je . LS sin ? : 
— + el— sin gd? — cos nd» — s|—0 
e ag PB? cos’o 

ou 
de esine 
— = € COS +t do + do 
e ACT gs) ? coS'© ? 


où l’on a : 


1 - ecose e — COS ? 


go + go — — - = — 
BEEN Er esins e sin y COS ? 
: A + e*cos"e — 2ecose € + 1 — 2e cos > 
CE 1 + 1 + ———_——_—_— = ——— —— 
cos? esin*e e‘sin'e 


et, par conséquent, 


de e—cosy À + 6° — 2e cosy 


(HD ....... —= dp + da. 
0) e sin + ! esinp É 
La variation de (47) donnera 
2re r° cos ? r'e sin? 


r 
dr = — da — —— d — ——— dà4. 
. de” 16 at—e)" ati —e) ? 


D'où, à l’aide de l'équation (50), | | 


2a 2avr 2re r° cos r'esin p 
Fe M 1e at—e# a(i — e*) L 
Qa? 1 —e* Ur. 
? pdf : : 


Multiplions l'équation (51) par er? sin, l'équation (52) par = — et ajou- 
tons-les membre à membre, afin d'éliminer %. Nous obtiendrons : 


2a\ cos ? — 
(1 — ea (+ à 
r/ sins 
(r® cos ÿ — 2rae)(cos ; — e) : 
D SN p + ———— |Îe — 2a'({ — e)v cos —e 
sin ? = ——— + ——— : dv 
Mr sin ? 


+ (1 + 6e — 2e cos p)r* - du. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 


Le coefficient de dr sera 


a(1 — e*) (— ) 
e— cosp r ; 


r r—recos? — 2e cose + Que 
2a 

a(i — e) (e- 1) 
r 

r r(1 — ecosy) — 2ue(cuss — €) 


2a 
a({ — e') (= 1) 


€ — COS ? 
Eee mens 


€ — COS ? 
= . n i 2 
d alt — à) — 2ae Ne) 
re 
2 
a(i — e°) Fe - 1) 
e — COSo r 
— ° FPE . 
' alt — 6 — Sa [1 — à - —) 


a(i — af - 1) 


2a 


__€— cos? 
at #1 2+%) 


€— COS? 
É : : 


On obtiendra semblablement pour le coefficient de , 


2(e— cos +) ai — e)or à av 
Mr 2 zu 
a(i — €?) (41) M(= 1) 
r r 
Mais, on a nn 
r M 
donc, ce coefficient se réduit à 
Q(e — cosy) 
mn 


Enfin, le coefficient de à sera 
({+e—recosz)r sing  rsine 4 + e* — 2e cos 


PE ET ENT EE 


el, à l’aide de (49), __r"sinr Û v'a(1 — €?) _rsin? 


M(I 4 d 


23 


B4 EXPOSITION CRITIQUE 


On a donc, pour &, l'expression très simple : 


e— cosy 2(e — cosy) r sine 


(53) . . . . de — or + JU + — : ds. 
a 


U 


Quant à æ, l'équation (51) donnera 


sin 9 2 sin» r sin°? 4 + e*— 2e cosy 
89 = —À 8r + DE Re OR PR nn a 2 
re aele — COS?) e(e — cos?) 


Le coefficient de 27 se simplifie de la manière suivante : 


aele — cos?) HE ele — cos) ge(e — C0s$) 
r—a—reos" y — ae + 2ae cos p 


ae(e — cos) 
et, en remarquant que, d'après l'équation (47), r — a = re cosp — ae”, 


re cos p — 2ae* — r cos"? + 2ae cos? 
PS en 


ae(e — COS +) 
(rcosg— 2ue)(e—cos$) rcosp — 24€ 
… aele — cus y) = ae 
de telle sorte que la variation = — à prend la forme définitive : 
LP" heure 
re ve ac 


Nous retrouvons ainsi dans les expressions (50), (53), (84) les varia- 
ions de a, e, « telles que Wronski les donne sans démonstration sous le 
numéro (119) (p. cxxxv de la Réforme des mathématiques). 


$ 33. Il ne nous reste plus maintenant qu'à remplacer dans ces expres- 
sions, à, du, d par leurs valeurs en fonction de R et T. 


Variation de r. Le théorème IT nous donne immédiatement 


(55) . . . . . . . . . . . . dr =dr =0. 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 5 


Variation de v. Six est l'angle de la vitesse totale v et du rayon vecteur r 
au temps £, la résultante des nouvelles forces suivant la tangente sera 


R coss + T sins, 


el la variation correspondante de v sera : 


(56) . . . . . . . . du dv =(R coso + T sino) dt. 


Variation de x. La décomposition de R et T suivant la perpendiculaire à 
la tangente, donne une résultante 


R sioe —T coso 


qui, pendant le temps d', agit à l'extrémité du bras de levier infiniment petit 
vdt pour faire tourner la tangente autour de son point de contact et diminuer 
l'angle + de — dx. L'élément de vitesse 


(R sine — T coss) dt 


gagné pendant d', dans la direction de celte résultante, égale le chemin par- 
couru, en mouvement relatif, par son point d'application — vdt - dx, divisé 
par le temps di. On a donc 


vdt. do 
Rsinw—T dt = — 
(R sins cos a) TI 
d'où : 
(AY ss 56 a du — de = — © (R sine — T eos) dé. 


$ 34. La substitution de (55), (56), (57) dans (50), (53), (54) donne 
alors, en effectuant immédiatement l'intégration de da = da, da = dx, de =, 
et en appelant 


(a) (ex (æen 


56 EXPOSITION CRITIQUE 


les valeurs de a, e, « pour une époque (4), 


‘ 9a°v 


a=—=(a),, + Fr (R coss + T sino)dt, 


(2) 
(Te — € « 
(58) / (6 + f [PR cos + aime) — ER sine — T 6060) de 
() 


Que — r cosy 


(Rsins —T cos e] dt, 


‘[2sin? . 
= (of En cose + T sin) + 
ts) 


o étant égal à ® — à. 

Quant à la quantité ® elle-même, où à l'angle que fait avec la ligne fixe du 
plan de l'orbite le rayon vecteur r, elle est égale au même angle pris dans la 
conique variable à partir de la même ligne fixe. Si p el w sont les paramètres 
variables de cette conique, on aura 


dé = À. dt 
T 


Si donc (&),, est la valeur de & au temps (£), on aura 


‘pw 
(O9 ES rss RE (+ f at, 


(#) 


ou encore, en fonction de a, e et M = m + m', 
(60) à à + à ® = (®)y) + VM AIR 
(i Ë 


puisque, dans cette seconde méthode, 


(10) . . . vV* p — a(i —e*) et pu = V'Mp =V Mali — 6). 


$ 35. Les équations (47), (48), (49), (58), (59) renferment la solution 
du problème par celte seconde méthode, du moins en ce qui concerne le 


DE LA METHODE DE WRONSKI. | 57 


mouvement de m#/ dans le plan de l'orbite. Le mouvement de ce plan est pro- 
duit par la troisième force normale P, et les formules relatives à ce mouvement 
sont les mêmes que dans la première méthode; ce qui devait étre, puisque, 
dans celle première méthode, on est également amené à considérer la force P 
seule, après avoir d'abord déterminé l'influence des forces R et T, et que cette 
force n’exerce aucune influence directe sur les éléments de l'orbite même. Il 
n'y a donc pas lieu de les exposer de nouveau ici. 

Dans cette seconde méthode, comme dans la première, les forces R, T, P 
seront calculées en fonction du temps d’une manière approximative, quand on 
connaîtra par une première approximation la forme des trajectoires décrites 
par les centres attirants; il en sera de même de la vitesse v, des angles ® et > 
et du rayon vecteur r. On introduira ces valeurs dans les intégrales et l’on 
obtiendra, en les résolvant, des valeurs approchées de a, e, « en fonction du 
temps {. À l’aide de ces valeurs, on en obtiendra de nouvelles plus exactes 
dev,7,®%,r,R,T,P..., dont on opérera de nouveau la substitution dans 
les intégrales, et ainsi de suite. Tel est du moins le procédé connu , qui, dès 
à présent, peu faire comprendre la praticabilité des formules. 


$ 36. On voit maintenant, d'une façon parfaitement claire, en quoi 
consiste la différence de la méthode de l'ordre de Wronski et de la méthode 
du désordre, où les forces R, T, P sont regardées comme des forces pertur- 
batrices. C'est que la conique variable est décrite, dans la seconde, sous 
l'influence des éléments 
v, ©, ?”, M, 


et dans la première, au contraire, sous l'influence des éléments, 
v, as, r, — Fr; 


c’est-à-dire que la masse constante M est remplacée, dans la méthode de 
Wronski, par une masse fictive variable — Fr?. Ainsi, par exemple, pour la 
terre, dans la méthode des perturbations, l’ellipse variable sur laquelle elle 
est supposée se mouvoir, est toujours décrite sous l'influence attractive de la 


Toue XLIV. 8 


58 EXPOSITION CRITIQUE 


masse du soleil; dans la méthode de Wronski, au contraire, l’ellipse vawiable 
de la terre est décrite sous l'influence d'une masse fictive, — Fr°, placée au 
centre du soleil, F étant la résultante, suivant le rayon vecturr =, de 
toutes les forces qui agissent sur la terre, attractions du ol et des ple- 
nèles, elc. 

Mais, quoique les orbites variables ne soient pas les mêmes dans les deux 
cas, les coordonnées qu’elles fournissent pour la terre en chaque instant sont 
identiques, parce que ces coordonnées sont en chaque instant celles quañ leur 
sont communes. Ces deux ellipses ont continuellement un plan commur»x (plan 
variable de l'orbite), une tangente commune, une vitesse v, un angle , un 
rayon vecteur commun, el ces quantités communes sont également celles de 
l'orbite réelle de la terre au même instant. 

Nous comprenons ainsi cette déclaration de Wronski, il déjà par 
M. Villarceau, au sujet de la théorie lunaire : « Tout ce que nous pou VoORs 
» dire ici concernant la fausse théorie de la science actuelle, c’est que l’orbite 
» de la lune, qui y résulte des prétendues perturbations causées par le soleil, 
» n’est nullement identique avec l'orbite variable que découvre la vraie 
» théorie, par l'influence téléologique du soleil. » Nous comprenons aussi, 
comme l’a déjà remarqué M. Villarceau, que la concordance entre les deux 
systèmes, annoncée par Wronski, ne doit s'entendre absolument que des 
résultats définitifs, c’est-à-dire de l'expression des coordonnées en fonction 
du temps. Les formules et l'esprit des méthodes sont entièrement différenk, 
et, quant à la simplicité des calculs, indépendamment du nombre des intégra- 
tions qui est de cinq dans la méthode de Wronski, et de 7 (58 (trois équa- 
tions), 59,35, 36, 37) dans la deuxième méthode, il suffit de comparer des 
deux parts les expressions à intégrer, pour étre convaincu de l'avantage de la 
première, L | 

La généralité et la variété des applications sont aussi tout en sa faveur. Ce 
point a été développé plus haut. La seconde méthode ne s'applique qu'à la 

circonstance particulière où la trajectoire réelle est à peu près une conique. 


$ 37. Enfin, la comparaison de ces deux coniques variables et de la fra- 
jecloire réelle, nous conduit de plus à une conséquence très importlanle, 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKL. 59 


contenue déjà dans le principe A; c’est que la conique de Wronski coïncide 
mieux avec cette trajectoire réelle. 

En effet, si l’on représente par r, r’, r!! les rayons vecteurs de la trajec- 
ire réelle, de la conique de Wronski et de la conique actuelle, on aura, 
d'abord, en chaque instant, 


Mais cherchons les expressions des dérivées secondes 


dr dr" 
dé? dû: 


Si M est la somme des masses attirante et attirée, et F la résultante de 
toutes les forces suivant le rayon vecteur, on aura respectivement, dans les 
deux coniques, 


—— und 


dr (Fr) , +) , a 
—| —=F+r : 


PT CMS 77 dt 
dr M, La) 
PT" A PTS E 


Or, on a 
dt dt di r r ? 


®, ®’ ®'! élant les angles de position du rayon vecteur dans les trois trajec- 
toires ; et dans la trajectoire réelle, on a 


dé di 
Donc 
? dr’ … dr dr" dr M L d'r R 
dé dé" dé dé 7" dé | 


Par’ conséquent, si l’on développe les rayons vecteurs en fonction du 


60 : EXPOSITION CRITIQUE 


temps, les trois premiers termes du développement seront communs à Ja 
conique de Wronski et à la vraie trajectoire, tandis qu'il n’y en a que eux 
de communs dans la méthode actuelle. 

On peut douter que Wronski ait aperçu cet avantage de sa métlkn ode, 
puisqu'il dit (p. cuiv de la Réforme des mathématiques), que l'influence des 
forces R et T, nulle dans T, se manifeste dans la dérivée et dans les 
dérivées des ordres suivants. 


Quant aux coefficients différentiels de 9, +’, ®’’, on trouvera facilement 


d& d& dt” 

dt dt dt 

ds _ as" me, 

di' di? dt' | 

d'® d'œ UT dr 

Pr Tr MTS 

do do dT dr + 
dd dd de 


par où l’on voit que les deux premiers termes des développements de æ, æ’, 4! 
en fonction du temps sont communs aux trois trajectoires, le troisième iden- 
tique seulement dans les deux coniques; mais que dans le quatrième terme 
de æ/’, reparaît l'influence de la force perturbatrice R, spéciale à la conique 
de la seconde méthode. 


6 38. Nous terminons ici l’exposé de la nouvelle conception de Wronski. 
Cette première partie contient l’élablissement des formules fondamentales, 
nécessaires et suffisantes pour les problèmes de la mécanique céleste. Dans 
chaque cas, il conviendra de remplacer dans ces formules les trois forces 
R, T, P par leurs expressions relatives à ce cas; et il est très important de 
remarquer que, grâce aux méthodes algorithmiques générales d'intégration, il 
ne sera pas toujours nécessaire de développer ces fonctions perturbatrices eu 
séries, on pourra les introduire tout entières dans les formules générales, qui 
deviendront ainsi applicables à des cas quelconques d’inclinaison, d’excentri- 
cité, etc, des orbites. Il y a cependant des cas où cette introduction des expres- 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 61 


sions générales de R, T, P serait inutile, et, dans ces cas, leur développement 
en séries sera avantageux. 

En appliquant les méthodes algorithmiques de Wronski pour le développe- 
ment des fonctions à l’aide d’autres fonctions génératrices données, nous avons 
retrouvé (*) les expressions données par lui de R, T, P (””) dans le cas d’une 
planète sphérique troublée par d’autres planètes également sphériques, ce qui 
fournit la deuxième approximation des mouvements planétaires. On peut donc, 
dès à présent, avec la correction indiquée, employer ces formules. Mais, 
comme ce n'est là, en définitive, qu'un cas particulier de formules générales, 
et comme surtout il fallait faire usage de procédés analytiques non encore 
démontrés, nous avons réservé ce développement pour la seconde partie 
de ce travail, qui comprendra, outre la démonstration de la loi supréme 
(Technie, première partie), l'étude des nouveaux procédés algorithmiques du 
grand géomètre. 


("} Avec une très légère modification, indiquée par Wronski lui-même, p. cxxxi. 
(”) Réforme des mathématiques, p. Lxv. 


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NOTE L 


La loi (1) Gdt — — wdg lie la force accélératrice G au mouvement angulaire na et à la 
quantité w, qui, dans le mouvement conique, est une constante égale à la moyenne des 
vitesses linéaires extrêmes. D'après Wronski, cette loi ne serait pas seulement, comme 
nous l'avons compris, une loi particulière au mouvement conique, et qui ne subsiste pour 
une loi G différente de la gravitation, qu’à la condition de w variable, mais, d’une manière 
absolument générale, la loi fondamentale de la dynamique. 

Sans nous arrêter longtemps aux considérations philosophiques par lesquelles il cherche 
à établir cette loi, nous dirons qu'elle exprime l'équilibre permanent entre la force accélé- 
ratrice centrale G, quelle qu'elle soit, et la force inerte de séparation qui provient de 
l’inertie de la matière, et qui constitue une résistance au changement de direction. Cette 
seconde force, S, est donc toujours dirigée dans un sens diamétralement opposé à celui de 
la force G qui tend à produire ce changement de direction. Son action élémentaire Sdt doit 
être proportionnelle à la variation de direction de la perpendiculaire à G, et cette variation 
est évidemment l'angle dp dont la direction mème de G a varié pendant le temps dt. 
w étant le facteur de proportionnalité, on a donc, d'après Wronski, Sdt — wdp, et l'équi- 
libre permanent entre les valeurs absolues de G etS, équilibre sans lequel, d'après lui, le 
mouvement libre sur la trajectoire serait impossible, exige que l'on ait toujours la relation 
fondamentale G— — S ou (1) Gdt = wdy (*). 

S serait, dans ces idées, la véritable force centrifuge. Dans Île cercle, la constante w est 
la vitesse totale v, et l'on a 


vd v° 
G=——tum— —, 
dt r 
puisque, r étant le rayon, on a 
de 
U=r— 
dt? 


relation connue. | 

Comme nous l'avons ont, en admettant les idées actuelles de la dynamique, la 
relation (1) où w est constant, n'est possible que si G est la loi de Newton. Il en résulte 
que l'admission de la loi (1) comme loi fondamentale et générale à laquelle doivent satis- 


(*) Épttre à S. M. l'Empereur de Russie, pp. 28-33. Metz, in-4°; 1851. 


64 EXPOSITION CRITIQUE 


faire tous les mouvements centraux, est le renversement de toute la mécanique mocerne 
Wronski n'a pas reculé devant cette conséquence ; — nous nous contenterons de sourmettre 
au lecteur les remarques suivantes : 


Gdt = — wdy, dit Wronski, est la loi fondamentale de la dynamique; il admet po urtant 
à : . dv . . . .. ee 
l'exactitude de la loi actuelle G—->, mais comme cas particulier de la première. Æ€ voici 
comment il en opère la déduction : il cherche ce que devient l'expression de læ force 
accélératrice G — — w qui détermine le mouvement conique, dans le cas où la conique 
décrite se réduit à une ligne droite, comme, par exemple, serait le mouvement d'une 
comète dans une ellipse dont le paramètre p serait nul, ou l'excentricité égale à R” unité. 
Comme la vitesse extrême w est alors nulle, l'expression générale 


a 
Vu? + Quw(w — u)(1 — cosy) 
de la vitesse v, devient 
v = V'aw(1 — COS 6) 
et, en différentiant vi, 
vdv = uw" sin - dy. 


Mais, v n'est ici autre chose que la vitesse v, = — w sing, parallèle à l'axe de la 
conique. On a donc | 
— wsins- du = uw" sinp. ds 
et, par conséquent, 
dv = — wie. 


Mais 
Gdt = — wdo. 
Donc 
Gdt = dv, 
ou enfin, 
dv 
G= FTÉ 


« Et» dit l'auteur (page 438 des Prolégomènes), « c'est là notoirement la loi fonda- 
» mentale de toute la dynamique. Ainsi, cette loi fondamentale n'est rien autre qu "un cas 
» particulier de notre loi suprême (1) de la mécanique céleste; et il se trouve avéré que 
» cette loi primitive, comme nous l'avons annoncé en la faisant connaître, est généra lement 
» la loi suprème de toute la mécanique. » 

Or, ce raisonnement est un cercle vicieux, puisque les expressions des vitesses 4 et ver 


TE ES | cn 


nan. | RE 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 65 


dont la composition fournit la vitesse v (comme il le dit à la page 257), ne sont autres 
L} d d e Le e .? 

que les intégrales de“ dt et dt qui expriment les composantes (multipliées par dt) de 

la force accélératrice G, suivant les deux directions rectangulaires On se sert donc, pour 


démontrer la relation G 7, de cette relation elle-mème. 


Si Gdt = — wdy est la loi générale de la dynamique, comment cette loi, quand on y 
considère G comme une inconnue, assigne-t-elle pour expression de G une fonction déter- 
minée,fla loi de Newton? 


L'auteur donne pour la courbe générale de l'orbite que parcourrait un astre conduit par 
une force centrale G quelconque, une équation de la forme 


(A) . . . . r cos? (C + f'Gsing- dt)—rsing (C’ + /°G cosgdt) = C”, 


C, C', C”’ étant trois constantes (*). 
Dans cette équation, dit-il, le rapport de dy à dt est absolument indéterminé, de telle 
sorte que, pour une même force centrale G, elle pourra représenter un nombre indéfini 
: . AT ; . d? G , ' 
de trajectoires. Si l'on y assigne à —-le rapport = donné par (1), on retombe sur l’équation 


e ° . e. . d e 
des sections coniques, — ce qui est, en effet, exact. Si l'on y donnait à Te la valeur qui 


résulte de la loi des aires de Képler, savoir L=*, k étant une constante, on trouverait 
toutes les trajectoires à forces centrales, dans lesquelles cette loi se vérifie, etc. 

Il ne faut cependant pas regarder de bien près l'équation (A) pour reconnaître qu'elle 
n'est autre chose que le principe des aires lui-mème. 

C + S G sin: dt, C' + v À G cosy : dt sont les vitesses v,, v. parallèles à deux axes 
rectangulaires ; r cos, r sin les bras de levier correspondants, et, par conséquent, 


wir cos? — v,r sing == C” 
ou 
ejr=c", nc" 


en appelant (v4) la vitesse perpendiculaire au rayon vecteur; et ce résultat est absolument 
indépendant de la loi qui lie d à dt. 


(*) Épttre à S. M. l'Empereur de Russie, p. 39. 


Tome XLIV. 9 


66 = EXPOSITION CRITIQUE 


Ainsi l'auteur, par une inconcevable méprise, admet le principe des aires et ensuite une 
loi fondamentale, Gdt — — wdy, dont l'existence générale n’est possible que si ce prin- 
cipe des aires n'est pas généralement vrai. | 

D'ailleurs, quelle que soit la relation (A) dont on admet la généralité, si Gdt — — wdy 
est la loi fondamentale de la dynamique, il n’y a pas à choisir le rapport , il est toujours, 
quel que soit G, donné par cette loi même, et par conséquent, d'après les conditions que 
s'impose Wronski lui-même, sa loi fondamentale (1) n’est possible que dans les sections 
coniques, ou pour une force G agissant en raison inverse du carré des distances. 


IV. 


Dès qu'on admet pour exacte la loi G—*, la généralité du principe des aires s'en 
déduit, comme cela est connu. Il y a donc contradiction à accepter la loi et à repousser ce 
principe. 

Comme, dans l’esprit de Wronski, G —< est un cas particulier de (1) Gdt = — wdy, 
il s'ensuivrait que l'on pourrait déduire d’un cas particulier, une conséquence non 
contenue dans le cas général. 


V. 


Il résulte de ce qui précède que l'affirmation de Wronski, suivant laquelle le principe 

des aires ne serait vrai que dans le cas de la loi Newtonienne, non-seulement est en opposi- 
tion avec les résultats les mieux établis de la science depuis Newton, mais, ce qui est bien 
plus grave, en flagrante contradiction avec les principes de Wronski lui-même. 
_ Il faut donc considérer comme mal fondées toutes les déductions par lesquelles il 
calcule en partant de la loi (1) dans l'Épiître à S. M. l'Empereur de Russie, pages 41-49, 
les courbes décrites sous différentes lois d'action G en raison d'une puissance de la 
distance (*). | 


VI. 


e . . d CO . 
On prut, il est vrai, considérer G— — wT comme une condition à laquelle serait sou- 


mise la force G dans tous les problèmes, mais alors, w doit ètre considérée, ainsi que nous 
l'avons fait dans le cours de ce travail, que la force totale soit centrale ou non, comme 


(*) Il trouve, par exemple, pour G en raison inverse du cube de la distance, et en raison directe de la distance, 
respectivement une ellipse dont le centre est le centre des forces, et une trajectoire dont les anomalies, ?, ne 
sauraient dépasser certaines limites; — tandis que la première de ces trajectoires est une spirale et la seconde une 
ellipse, dont le centre est le centre des forces, ainsi que Newton le démontre déjà par des considérations purement 
géométriques. (Principia, lib. [, pr. X.) | 


me dr - 
Lire + —…. er CE 
: sa 
EE ST ee ce ne ce A eee NU CS SR 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 67 


: . . . . d ° 
une variable, et cette variable doit se plier, et à la relation G — — WT, et aux lois géné- 
rales de la dynamique, telles que le principe des aires. 
Nous avouons avoir hésité d'abord à reconnaitre cette grave erreur, dont les consé- 


_ quences se retrouveront peut-être malheureusement dans plusieurs autres travaux capitaux 


de l'auteur (*). Nous ne croyons pas, cependant, qu'on puisse nier la justesse des réflexions 
précédentes. Si elles sont exactes, comme nous en avons la conviction, elles auront l'avan- 
tage de mettre en garde les adeptes enthousiastes du Messianisme contre les affirmations 
absolues de l'illustre savant. La lecture des ouvrages de Wronski nous fait vivre avec un 
génie extraordinaire, qui s’est altaqué à presque toutes les connaissances humaines; mais 
l'impétuosité mème de ce génie doit nous mettre en garde contre lui; travaillons donc à 
étudier les clartés, et consolons-nous des obscurilés en nous rappelant que nul, quelque 
grand qu'il soit, n'échappe au précepte d'Horace : Non omnia possumus omnes. 


(*) Voyez à ce sujet : Science nautique des marées, in-4°. Paris, 1853 


68 EXPOSITION CRITIQUE 


NÔTE IL. 


a 


Si l'on prend l'équation conique 
(26) . . . . . . . . . o—r[1—ecos(o —a)] —p, 


cette équation, en y faisant varier convenablement toutes les quantités, pourra représenter 


la trajectoire réelle. 
On obtiendra ainsi l'équation différentielle 


0== dr[1 — ecos(® — &)] + r[esin(s — «)(dé — da) — cos(t — a)de] — dp 
(d®, da, de, dp étant les différentielles obtenues par les lois données de la variation des 
paramètres), ou bien 


d 
(B} 4 0 = p— + r[e sin (® — «)d® — 606 (9 — a)dé] — dp — re sin(# — a)de, 


et, en divisant par p, 


dr esin(® — «)db — cos(t — «)jde dp r . 
— = ———— ————— — — —-0sin(t —a)—L, 
r Î —ecos(? — a) Pp Op 


en dénotant par L la valeur du second membre. 
Si maintenant l’on pose 


L e sin (6 — [æ]) d® — cos (t — [x]) de = 
1—ecos(®& —[x]) 


en appelant [«] une valeur constante de «, on aura 


ER 


r 1 — ecos(® — [x]) 


DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. | 69 


et, en intégrant, 


1—e cos (+ — [a])” 


C étant une constante d'intégration et € la base des logarithmes népériens. 
Si l'on suppose z — 0, C deviendra le paramètre [p] d'un mouvement conique ayant [a] 
pour longitude de l’aphélie. On a donc 


CR 


Cette équation a la mème forme que l'équation (480) de Wronski (Réforme des mathé- 
matiques, page cLn), mais elle en diffère en réalité par la valeur de la fonction z. En effet, 
Wronski considère z comme indépendante de «, du moins d'une manière immédiate, et 
cela parce que, après avoir remplacé la différentielle dx en fonction de dp et dw dans 
l'équation variée (B), il regarde l'intégration des fonctions en « comme comprise dans 
l'intégration des fonctions en p et w. Voici comment il s'exprime : 

“ Ainsi ayant éliminé dans l'équation différentielle générale (l'équation (B)), la diffé- 
» rentielle da de l'aphélie en la remplaçant par des fonctions différentielles équivalentes, 
* formées par d’autres variables, nous pouvons maintenant prendre l'intégrale générale 
» de cette équation, en considérant comme constante la quantité «, parce que, de la 
» manière dont cette élimination de da vient d'être faite, en enlevant cette différentielle 
» avec tout ce qu'elle tenait de l'équation primitive (l'équation o—r[1—ecos(—x)]—p} 
» il sera tenu compte de la variation de cette quantité dans tout son ensemble, et cela 
»* par l'intégration des fonctions différentielles qui se trouvent ainsi équivalentes à cet 
» ensemble de la quantité «. » 

Mais ce raisonnement n'est pas rigoureux, puisque ce n'est pas seulement dx, mais 
aussi «, qu'il faudrait remplacer en fonction de ces autres variables, pour que l'intégration 
des fonctions différentielles de ces autres variables tint compte de la variation complète 
de «. On peut mettre ceci nettement en évidence par la comparaison des deux expressions 
du rayon vecteur données par les équations (26) et (C). 


On a 
; _ P 
(26), . . . . . . . . . r— a n à 
et 
.. (je 


1— ecos(® — [x])” 


Ces deux équations représentent également la trajectoire plane réelle, quand on y rem. 
place les paramètres variables par leurs expressions en fonction des forces accélératrices. 


70 EXPOSITION CRITIQUE DE LA MÉTHODE DE WRONSKI. 


On en déduit 


D'où 


dp 


ne + =esin (& — a)da — esin(® — a)d® — cos{(® — «)de 


À — e cos (® — «) 
P sin (&—[x])d® — cos (® — [x])de 
4 — e cos (® —[x)) ' 
ou 
Dei sin (b — [a]) db — cos(® — [x]) de 
À — e cos(® — [x]) 
qui est l'expression que nous avons trouvée plus haut, tandis que Wronski donne à dz 
seulement la valeur 


d 
Eee sin (® — à) da. 
P P 


Il importe de remarquer, d’ailleurs, que les formes 


(rl [p] 
É DT [e] cos(® — [x}) 


7 4A—ecos(o —[x))’ 


ou toute autre du même genre, où €, x’,... peuvent toujours être aisément exprimées, 
n'ont aucune valeur théorique speciale; elles peuvent seulement avoir une valeur pratique 
dans les cas où la détermination des intégrales z ou £’ présenterait des facilités particu- 
lières. C’est ainsi que le rayon vecteur réel serait lié au rayon vecteur [r] d'une conique 
coustante par la relation 

= [r] =”, 


L'unique avantage de cette forme est de ramener immédiatement r à [r] quand la fonction 
perturbatrice £’ est nulle. 


VERZBICENINS DER VON PROF, Dr. ED, VAN BENEDEN 


AN DER KUSTE VON BRASILIEN GESAMMELTEN 


ECHINODERMEN 


VON 


Prof. Dr. Hubert LUDWIG in Giessen. 


(Mémoire présenté à la Classe des sciences dans la séance du 5 novembre 41881.) 


Tome XLIV. 1 


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VORWORT. 


Die folgenden Blätter enthalten eine systematische Zusammenstellung der 
von Herrn Prof. Ed. Van Beneden an der Küste von Brasilien gesammelten 
Echinodermen. Die Sammlung umfasst im Ganzen 32 Arten, nämlich 
2 Crinoideen, 8 Asterien, 43 Ophiuren, à Echinoideen und 4 Holothurien. 
Darunter befindet sich eine neue Gatiung : Ophiothrichoides und vier neue 
Arten : Ophiothrichoides Lymani, Ophiothrix Rathbuni, Synapta Benedeni 
und Thyonidium parvum. Von den neuen Arten habe ich die beiden Holo- 
thurien schon an einem anderen Orte ! beschrieben. Im vorigen Jahre hat 
Rathbun * eine Liste der bis jetzt bekannten brasilianischen Echinodermen 
verôffentlicht und darin im Ganzen 64 Arten aufgeführt : 4 Crinoideen, 
13 Asterien, 32 Ophiuren, 11 Echinoideen und 4 Holothurien. Von 
den Ophiuren Rathbuns gehôren Amphiphohis subtilis Ljungman und 
A. Januarii Ljungman zu einer Art und ebenso sind Amphiura Kinbergi 


Ljungman und À. tenera Lütken zusammengehôrig und mit À. squamata 


‘ Ueber eine lebendig gebärende Synaptide und zwei andere neue Holothurienarlen der 
brasilianischen Küste (Ancuives DE Biozocie, vol. 11, p. 41-58, Taf. III, 4881). 

? R. Rarasun, À List of the Brasilian Echinoderms, with Notes on their Distribution, ete. 
(TRansacT. CoxxEcT. AcaD. ARTS AND SciENC., vol. V, p. 139-158, 1880). 


4 VORWORT. 


Sars identisch. Sonach sind also eigentlich nicht 64, sondern nur 62 Echi- 
nodermen von Rathbun aufgeführt. Obschon die Sammlung des Herrn Prof. 
Van Beneden nur 32 Arten umfasst, so befinden sich darunter doch 
9 Arten, welche bisher von der brasilianischen Küste nicht bekannt 
geworden waren. Durch diese Bereicherung beziffert sich nunmehr die 


Gesammtzahl der brasilianischen Echinodermen auf 74 Arten. 


| VERZEICHNISS DER ARTEN. 


a GS RER 


I. — CRINOIDEA. 


4. Antedon earinata Pourtales. 


1815 ALEcTo CARINATA, Leach, Zool. Miscell. II, p. 63. 
1816 CoMaTuLA cARINATA, Lamarck, Anim. sans vert. IT, p. 536. 


1849 
1862 


(ALECTO) cARINATA, Müller, Abhandl. Berlin. Akad., p. 252. 
CARINATA, Dujardin et Hupé, Zooph. Echinod., p. 200. 


1867 AnTevon Dügenui ?, Verrill, Transact. Conect. Acad. I, 2, p. 365. 


1878 
1879 
1879 
1880 


CARINATA, Pourtales, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 214. 
BRASILIENSIS, P. H. Carpenter, Proc. Roy. Soc. London, p. 386. 
CARINATA, P. H. Carpenter, Transact. Linn. Soc. London, Zool. I, p. 29. 
CARINATUS?, Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. V, 


p. 156-157. 


1880 ANTEDON BRASILIENSIS, P. H. Carpenter, Quart. Journ. Geol. Soc. Vol. XXX VI, 


p. A, 42, 54. 


1881 ANTEDON CARINATA, P. H. Carpenter, Notes from the Leyden Museum, II, 


p. 179-180. 


Diese Art, die mir in zahlreichen Exemplaren vorliegt, scheint an der 
Küste Brasiliens ebenso häufig vorzukommen wie Antedon rosacea an den 
europäischen Küsten, und auch in Bezug auf die Färbung einer ganz 
ähnlichen Mannigfaltigkeit zu unterliegen. 


6  VERZEICANISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


2. Actinometra meridionalis (À. Agassiz sp.). 


1865 ANTEDON MERIDIONALIS, À. Agassiz, Sea-sides studies. 
1869 — — Pourtales, Bull. Mus. Comp. Zool. I, n° 11, p. 355-356. 
1878  — — : Pourtales, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 214. 


1879 CoMATULA MERIDIONALIS, P. H. Carpenter, Transact. Linn. Soc., Zool., Vol. Il, 
Part. I, p. 20, 27, 28. 


1880 ANTEDON MERIDIONALIS. Rathbun, Braz. Echinod., TransacT. CoNNECT. Acan. V, 
p. 197. 


P. H. Carpenter hat in seiner Abhandlung ! über das Genus Actino- 
metra den Besitz einer kammartigen Zackenreihe an der dorsalen Seite des 
Endabschnities der oralen Pinnulae in die Diagnose der Gattung Actinometra, 
im Gegensatze zur Gattung Antedon, aufgenommen. In Bezug auf die vorlie- 
gende Art blieb er aber zweifelhaft, vb sie den erwähnten Zackenbesatz 
besitze oder nicht, da Pourtales denselben in seiner Beschreibung nicht 
anführt. An dem einen mir vorliegenden Exemplare ist der Zackenbesalz in 
ausgesprochenster Weise vorhanden. Es wird dadurch diese Art aus ihrer 
unsicheren Stellung befreit und dem Genus Actinometra in der ihn durch 
P. H. Carpenter gegeben präcisen Fassung eingereiht. Im Uebrigen passt die 
Pourtales’sche Beschreibung ganz auf mein Exemplar. 

Von Crinoideen werden von Rathbun ausserdem aufgezählt Antedon 
Dübeni Bülsche und Antedon sp. | 


© Loc. cit. (TRaNsacT. Lin. Soc.). 


VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 7 


II. — ASTEROIDEA. 


4. Echinaster brasiiiensis Müller u. Troschel. 


1840 Oruicia muLrispina, Gray, Ann. et Mag. Nat. Hist., t. VI, p. 282. 

1842 ECRINASTER BRASILIENSIS, Müller et Troschel, Syst. d. Asterid., p. 22, Taf. TJ, 
Fig. 4. 

1860 Ecninaster BRAsILIENSIS, Lütken , Vidensk. Meddel. for 1859, Kopenhagen, 1860, 
p. 91-93. 

1862 CRiBELLA BRASILIENSIS, Dujardin et Hupé, Hist. Nat. Zoophytes Echinodermes, 
p. 350. 

1865 OruiLiA MuLTISPINA, Gray, Synopsis of the species of starfish, p. 12. 

1867 ECHINASTER BRASILIENSIS, Verrill, Transact. Connect. Acad. T, 2, p. 343. 

1869 OrniLia BRASILIENSIS, Agassiz, Bull. Mus. Comp. Zool. Cambridge, Mass. 1, n° 9, 


p. 308. 

1869 EcHinasTER BRASILIENSIS, Perrier, Recherch. sur les Pédicellaires, p. 57. 

1871 — — Lütken, Vidensk. Meddel. for 1870, Kopenhagen, 1871, 
p. 284. 

1875 ECHINASTER BRASILIENSIS, Perrier, Révis. des Stellérides, ArcH. DE Z00L. ExPÉR. IV, 
p. 3067. 

1880 ECHINASTER BRASILIENSIS, Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acap. V, 
p. 148. 


Von dieser Art liegen sieben Exemplare vor, von denen fünf ohne 
genauere Angabe des Fundortes sind, die zwei anderen aber bei Cap Vert 
gefunden wurden. 


9. Astcrina marginata Perrier. 


1857 ASTERISCUS MARGINATUS Valenc., Hupé, Voyage de M. de Castelnau, Zool., t. IT, 
p. 100. 


1857 ASTERISCUS MINUTUS, Hupé, ibidem. 


1859 — STELLIFER, Môbius, Neue Seesterne d. Hamb. u. Kieler Museums, 
p. 4-5. 


8  VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN, 


1860 Asreriscus BRASILIENSIS, Lütken, Viddensk. Meddel. for 1859, p. 57-59. 


1862 — MINUTUS, Dujardin et Hupé, Zoophytes Echinodermes, p. 575. 

1869 — STELLIFER, Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 343. 

1869 — MARGINATUS, Perrier, Recherches sur les Pédicellaires, p. 97-98, pLIl 
fig. 11. 

1871 ASTERINA STELLIFERA, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1870, p. 501. 

1876  —  mManGiNaTA, Perrier, Révis. des Stellérides, ARCH. DE Z00L. EXPÉR., ! Y, 
p. 210-292. 

1880 ASTERINA MARGINATA, Rathbun, Bruz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. A Gap, V, 
p. 149. 


Vier Exemplare. 


5. Luidia senegalensis Müller u. Troschel. 


1815 ASTERIAS SENEGALENSIS, Lamarck, Anim. sans vertèbres, t. III, p. 255. 
1842 Luinia SENEGALENsis, Müller et Troschel, Syst. d. Asterid., p. 78. 


4860  -—  marceravit, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1859, p. 43-46. 

1862 —— SsENEGALENSIS, Dujardin et Hupé, Zoophytes Echinodermes, p. 453. 

186 — — Gray, Synopsis of the species of starfish, p. À. 

4867 — marcGRavu, Verrill, Transact. Connect Acad. I, 2, p. 345. 

1871 — — Lütken, Vidensk. Meddel. for 1870, p. 301. 

1876 —  SENEGALENSIS, Perrier, Rév. des Stellérides, ARCH. DE ZOOL. EXPÉR. V, 
p. 262-263. 

1880 Luinia sENEGALENSIS, Rathbun, Braz. Echinod., TRaNsacT. ConnecT. Acan. V, 
p. 149. 


Das eine mir vorliegende Exemplar besitzt ebenso wie die simmitlichen 
von Rathbun untersuchten Exemplare neun Arme. Müller und Troschel 
geben bei einer Gesammtgrôsse von 16 Zoll das Verhäliniss r:R= 1: 8,5 
an und die Zahl der Ventralplatten auf 150 bis 200. Mein Exemplar besilzt 
circa 80 Ventralplatten; R— 73 mm; r —44 mm; also r: R—1:59,2. 
Es zeigt sich also auch hier, dass das Verhältniss r : R für die Altersstadien 
derselben Art verschieden ist. 


= RS nn _ 


VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 9 


4. Luidia elathrata Lütken. 


1825 ASTERIAS CLATHRATA, Say, Journ. Acad. Nat. Scienc. Philadelphia, V, 1, p. 141. 
1860 Luinia cLATHRATA, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1859, p. 37-39. 


1867 — — Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 271, 345. 

1869 — — Aggasiz, Bull. Mus. Comp. Zool. Cambridge, Mass. I, n° 9, 
p. 307. 

1871 Luinia ccaTaraTa, Lütken, Vidensk. Meddel. for 14870, p. 301. 

1871 — — Perrier, Révis. des Stellérides, ARCH. DE Z00L. ExPÉR. V, 
p. 252-253. 

1877 Luipia CLATHRATA, Agassiz, North Amer. starfishes, p. 117-119, pl. XX. 

1880 — — Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. ConNecT. Acan. V, p. 150. 


Ein verstümmelles, regenerirtes Exemplar und zwei wohlerhaltene liegen 
mir vor. Von letzteren besitzt das grüssere 85 Ventralplatten; r — 14 mm; 
R —85 mm;r:R—1 : 6. Das kleinere hat 60 Ventralplatien; r — 12 mm; 
R — 65 mm; r:R= 1 :5,5. 


5. Luidia alternata Lütken. 


1825 AsTERIAS ALTERNATA, Say, Journ. Acad. Nat. Scienc. Philadelphia, V, 1, p. 141. 
1860 Luinia acrEnNaTA, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1859, p. 42-43. 


1867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. 1, 2, p. 343. 

1869  —- cranuzos4a, Perrier, Recherches sur les Pédicellaires, p. 109-110, pl. I, 
fig. 18. 

1869 Luinia ALTERNATA, Agassiz, Bull. Mus. Comp. Zool. Cambridge, Mass. I, n° 9, 
p. 507. 

4871 Luinia ALTERNATA, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1870, p. 301. 

1876 — — Perrier, Révis. des Stellérides, Ancu. DE Z00L. EXPÉR., t. V, 
p. 254-256. | 


14876 Luinia varecara, Perrier, ibidem, p. 257. 


Von dieser für die brasilianische Fauna neuen Art liegen sechs Exem- 
Tone XLIV. 2 


10 VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


plare À — F vor, über deren Grôssenverhältnisse und Zahl der Ventral- 
plauten folgende Tabelle Auskunft gibt. 


Zabl Breite der Arme 

der Ventralplatten. an der Basis. R. r. r:R. 
À 80 144 mm 81 mm 12 mm 4 : 6,75 
B 62 7 — 43 — 7 4:6,14 
C DD 6 — 30 — D — 1:6 
D 30 4  — D — & — 1: 5,25 
E 52 3h 11 — Re 1: 5,7 
F 30 3,9 — 9 — 9 — 4:5 


Das Exemplar A ist grüsser als das von Perrier beschriebene, bei 
welchem R— 70 mm, r — 12 mm mass. Die grüsseren Stachel, welche ein 
Theil der Paxillen, von der dritten Paxillenreihe an, trägt, bilden bei 
diesem Exemplar zwei sehr unregelmässige Längsreihen. 

Bei dem Exemplar B sind die Paxillenstachel verhältnissmässig kräftiger 
und auch etwas zahlreicher entwickelt als bei À, beginnen aber auch hier 
an der dritten Paxillenreihe. 

Perrier hat auf ein von der Insel Breton, Mündung der Mississipi, stam- 
mendes Exemplar eine neue Art : L. variegata gegründet. Der Hauptun- 
terschied dieser Art von L. alternata besteht darin, das L. variegate die 
relativ grossen Pedicellarien, welche bei L. alternata zwischen den Ven- 
tral- und Adambularalplatten vorkommen, nicht besitzt. Nun ist abe r das 
Vorkommen dieser Pedicellarien bei L. alternata ein variabeles, insofer-n als 
dieselben bei jüngeren Thieren, wie meine Exemplare C— F zeigen, 
gäuzlich, und bei älteren Exemplaren, À und B, wenigstens an der Spitz 
der Arme fehlen künnen. Ich schliesse daraus, dass L. variegata Perrier Kkeint 
sicher bestimmbare Art ist, sondern mit L. alternata Lütken zusam mel- 
gehôürt. 


6. Astropecten ceiliatus Grube. 


1860 AsrrorecTen ciLiATUS, Grube, Nova Acta, vol. XX VIH, p. 4-6, Taf. I, Fig. 1, 2: 
1864 — —  Lütken, Vidensk. Meddel. for 1863, p. 7. 
1867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 345. 


( 
L 
| 
| 
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_ VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 11 


Die beiden Exemplare passen zu der Beschreibung, welche Grube von 
seinem Astropecten ciliatus gibt. Lütken vermuthet, dass die Grube’sche 
Art mit Astropecten articulatus Say sp. zusammengehôürt. Grube gibt als 
Fundort Puerto Cabello an. Von der brasilianischen Küste war diese Form 
bis jetzt nicht bekannt. Grube’s Exemplar hatte einen Durchmesser von 
4,5 Zoll, die Zahl der dorsalen Randplatten betrug 45, die Breite des 
Armes an der Basis 5/s Zoll, das Verhäliniss r : R — 1 : 4,5. Von den beiden 
mir vorliegenden Exemplaren besitzt das grüssere 24 dorsale Randplatten, 
die Arme haben an der Basis eine Breile von 8,5 mm, r — 7 mm, 
R = 24 mm, r:R—1:3,4. Das kleinere Exemplar besitzt 20 dorsale 
Randplatten, die Arme sind an der Basis 7 mm breit, r — 6, R = 18, 
r:R=1:3. 


7. Astropecten antillensis Lütken. 
1860 ASTROPECTEN ANTILLENSIS, Lütken, Vidensk. Meddel. for 1859, p. 47-51. 


1867 — — Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 343. 


48706 — — Perrier, Revis. des Stellérides, ArcH. DE Z00L. ExPéR. V, 
p. 282-285. 


Ein junges Exemplar. Zahl der dorsalen Randplatten 48, Breite der Arme 
an der Basis 6 mm,r—5,R=—117, r:R= 1:3,4. Neu für die brasi- 
lianische Fauna. 


8. Astropecten brasiliensis Müller u. Troschel. 


1842 ASTROPECTEN BRASILIENSIS, Müller et Troschel, Syst. d. Asterid., p. 68. 


1857 — — Hupé, Voyage de M. de Castelnau, Zool., t. HIT, p. 100. 
1860 — — Lütken, Vidensk. Meddel. for 1859, p. 50. 
1862 — — Dujardin et Hupé, Zoophytes Echinodermes, p. 415. 


1867 — — Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 345. 


12 VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


1876 ASTROPECTEN BRASILIENSIS, Perrier, Revis. des Stlellérides, AncH. DE Z00L. ExPÉR. V, 
p. 283-285, 287-288. 


1880 ASTROPECTEN BRASILIENSIS, Rathbun, Braz. Echinod., TransacT. Connect. Acan. V, 
p. 190. 


Von dieser Art liegt mir zunächst ein grüsseres Exemplar vor, welches 
42 Randplatten besitzt, dessen grosser Radius 88 mm, dessen kleiner 
Radius 46 mm misst; r:R — 1 : 5,5. Von den beiden Exemplaren des 
 Pariser Museums, welche Perrier beschreibt, unterscheidet sich dasselbe in 
zwei weniger wichtigen Punkten. An jenen Exemplaren sind nach Perrier 
die Dorsalstachel kaum 4 mm lang, während sie an meinem Exemplar in 
den Armwinkeln eine Länge von 3. mm erreichen. Ferner liegt bei jenen 
die Madreporenplatte den dorsalen Randplatten dicht an, während sie bei 
meinen Exemplare durch zwei Reïhen von Paxillen davon getrennt ist und 
so an die Verhältnisse der nahverwandten Art À. antillensis Lütken 
erinnert. Ueber die Unterschiede beïider Arten hat sich Perrier ausführlich 
ausgesprochen. 

Zwei andere kleinere Exemplare zeigen folgende Verhältnisse : das eine 
besitzt 22 obere Randplatten, die Breile des Armes an der Basis beträgt 
8 mm, R=25,r=8,r:R— 1 :3,12; das andere besitzt 19 obere Rand- 
platten, die Breite des Armes an der Basis beträgt gleichfalls 8 mm, 
R—22,r=8,;r:R=—1:72,15. Bei beiden Exemplaren ist die Madrepo- 
renplatte nur durch eine Reïhe von Paxillen von den dorsalen Randplatien 
getrennt. 

Rathbun führt ausser den auch hier aufgezählien Seesternen noch folgende 
Arten an : Asterias atlantica Verrill, Leptasterias Harttit Rathbun, Echi- 
naster echinophorus Perrier, Ech. sentus Lütken, Linckia Guildingti Gray, 


Pentagonaster semilunatus Perrier, Oreaster gigas Lütken, Pteraster Danae 
Verrill. 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 13 


III. — OPHIUROIDEA. 


1. Ophiura brevispina Say. 


1825 OPHIuRA BREVISPINA, Say, Journ. Acad. Nat. Scienc. Philadelphia, V, p. 149. 
1852 OpPnionsrMA oLIVACEUN, Ayres, Proc. Boston Soc. Nat. Hist. IV, p. 154. 


1859 — SERPENS, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. IL, p. 96, Tab. I, Fig. 6. 
1865 OpPniura BrevispiNa, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 18-20. 

1865  — ozvacea, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 23-25. 

1867 — Brevispina, Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 9, p. 542. 


1867 OPxionermA BREvISPINA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, 
n° 9, p. 303-304. 


1871 OPmioneruk BRevispina, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1871, 


n° 6, p. 615. 
1875 OpPniura BRevisPina, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. VII, p. 5. 
1880  — — Rathbun, Braz. Echinod. Transacr. Connect. Acan. V, p. 151. 
1880 — — Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 1. 


Ein Exempiar. 


2. Gphiura Januarii Lyman. 


1859 OPnionermaA 3ANUARI, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. Il, p. 88-97, Tab. I, 
Fig. d. 

1865 OpPaiura JaNuARI, Lyman, Jllustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 25-26. 

14867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 342. 


1867 OPaionerma saNuaRII, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl. 1866, n° 9, 
p. 504. 


1880 OpPxiura sanuaru, Rathbun, Braz. Echinod., Transacr. Connecr. Acan. V, p. 151. 
1880  — —  Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 1. 


Zwei Exemplare. 


14 VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


5. Ophioccramis Januarii Lyman. 


1859 OPniozeris saNUARII, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. 1, p. 108-110, Tab. Il, 
Fig. 1. 

1865 OPuioceramis saNuARI, Lyman, Jllustr. Cat. Mus. Comp. Zoul. X, p. 62-64. 

1867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. E, 2, p. 342. 


1867 — —  Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl. 1866, n°9, 
p. 309. 


1875 OPuocenamis sanNUARUH, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. VIE, p. 3. 
1880 — —-  Rathbun, Braz. Echinod., Transacr. Connect. Acan. V,p.151. 
1880 OpPnioceraAnis JaNuARII, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. à. 


Sechs Exemplare. 
4. Ophlacetis Savignyi Liungman. 


1842 OPmoLrpis Savicnyi, Müller u. Troschel, Syst. d. Asterid., p. 95. 

1857 — SEXRADIA, Grube, Arch. f. Naturgesch., p. 343. 

1859 OPmiacris KrEessn, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. I, p. 126-197. 
1859 —  ? sexraDia, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. I, p. 196. 
1859 —  VIRESCENS, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. Il, p. 128129. 


1859 —  ReiNxarDTn, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. 1, p. 164 102, 
Tab. II, Fig. 7. | 


1865 OPniacris KrEBsu, Lyman, Illust. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 111-113. 


1865 —  sexraDiA, Lyman, Jllust. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 115. 

1867 —  Kressu, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandi. 1866, n° 9, 
p. 323. . 

1867 OPaiacris Kressu, Verrill, Transact. Connect. Acad. 1, 2, p. 566. 

1867 —  VIRESCENS, Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 265. 

1870 —  iNGisa, v. Martens, Arck. f. Naturgesch., p. 248. 

1871 —  Kressu, Ljungman, Ofvens. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl., p. 627. 

1880  — —  Rathbun, Braz. Echinod., Transacr. ConNecT. Acan. V, p. 155: 


1880 —  SaviGnyi, Lyman, Prelim. List of living Ophiur and Astrophyt., pP. 14. 


Zahireiche Exemplare. 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 15 


>. Amphiura squamatsa Saors. 


1859 AmPHiURA TENERA, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. I, p. 124, Tab. HI, 
Fig. 5. 

1865 AmpPuiuRA TENERA, Lyman, Jllust. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 123-195. 

1867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 9, p. 341. 

1867 AMPHIPHOLIS TENERA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, n° 9, 
p. 512. 

1869 AmpHiuRA TENERA, Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. 1, n° 10, p. 339. 

18371 AnpHiPHoLis TENERA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl., n° 6, 


p. 634, G45. 
1871 AMPHIPHOLIS LINEATA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl., p. 634. 
1871 — KinBerGi, Ljungman, tbidem, p. 646. 
1871 —- APPRESSA, Ljungman, ibidem, p. 646-647. 
1875 AMPHIURA TENERA, Lyman, [llust. Cat. Mus, Comp. Zool. VIH, p. 4. 
1879 —  SQUAMATA, Ludwig, Mittheil. zool. Station Neapel, I, p. 549. 
1880 —  TENERA, Rathbun, Braz. Echinod., TransacT. ConNecr. A can. V, p. 154. 


1880 AmPHIURA SQAMATA, Lvman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 19. 
Für die übrige Literatur cf. Ludwig, L. c. | 


Ein Exemplar, 


6. Amphiura 1imbata Lyman. 


1860 OPxioEPsis LIMBATA, Grube, Nova Acta, Vol. XXVIT, p. 34-57, Taf. Il, Fig. 1-2. 
1865 AMPHIURA LIMBATA, Lyman, Jllust. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 12. 
1867 — — . Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 342. 


1867 AuPniPHOLIS LIMBATA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl. 1866, n° 9, 
p. 541. 


1871 AMPHIPHOLIS LIMBATA, Ljungman, Üfvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1871, n° 6, 
p. 649. 


1875 AMPHIURA LIMBATA, Lyman, Illust., Cat. Mus. Comp. Zool. VII, PI. V, Fig. 79. 
1880 AmpuipHoLis LIMBATA, Rathbun, Braz. Echinod., Transacr. Connect. Acan. V,p.155. 
1880 AmPHiuRA LIMBATA, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 20. 


Sechs Exemplare. 


16 VERZEICHNISS DER src. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


7. Amphiursa Januarii Lyman. 


1866 AmpPHIPHOLIS JANUARII, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, 
n° 6, p. 165-166. 

1867 AmPHiPHOLIS JANUARU, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandi. 1866, 
n° 9, p. 514. 

1867 AmpHiPHOLiS SUBTILIS, Ljungman, ibidem, p. 314-315. 


1867 — saNUARII, Verrill, Transact. Connect. Acad. 1, 2, p. 341. 

1867 — suBTILIS, Verrill, tbidem. 

1869 AmpHiuRA JANUARI, Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. I, n° 10, p. 339. 

1869 —  SuBTILIS, Lyman, tbidem. 

1871 AmpmipxoLis JANUARI, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl., n° 6, 
p. 648. 

1871 AmpPHiPHOLis SUBTILIS, Ljungman, tbidem. 

1880 — JANUARII, Rathbun, Braz. Echinod., TransacT. CONNECT. Acan. V, 
p. 155. | 


1880 AuPxiPHoLis SUBTILIS, Rathbun, tbidem. 
1880 Ampaiura suBTiLisS, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 20. 


Ein kleines Exemplar von 2,5 mm Scheibendurchmesser. Ljungman gibt 
bei Amphipholis Januari vier Armstachel an. Mein Exemplar besitzt 
deren jedoch nur drei. Die Uebereinstimmung mit Ljungman’s Beschreibung 
der Amphipholis Januarii ist im übrigen so gross, dass ich die geringere 
Zahl der Armstachel durch die Jugendlichkeit meines Exemplares erklären 
môchte. Schon Ljungman selbst hat (cf. Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. I, 
No. 10, 1869, p. 339) auf die Wahrscheinlichkeit hingewiesen, dass seine 
Amphipholis subtilis eine Jugendform von À. Januarü ist. Zu derselben 
Vermuthung führt auch die genaue Vergleichung des mir vorliegenden 
Exemplares mit der Ljungman’schen Beschreibung von À. subuilis. 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 17 


8. Amphiura Rfisel Lütken. 


1859 AmPHIURA CORDIFERA, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. IT, p. 120-191, 
Tab. III, Fig. 2. 

1860 Ampniura Ruseï, Lütken, Proceed. Bost. Soc. Nat. Hist. VII, p. 258. 

1865 — —  Lyman, Jllustr. Cat. Mus, Comp. Zool. TI, p. 12. 

1867 — —  Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 341. 

1867 Auprmpaous Rusei, Ljungiman, Üfvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, n° 9, 
p. 513. 

1871 AMPHIPHOLIS CORDIFERA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1871, 
n° 6, p. 647. 

1875 Amweaiura Rusei, Lyman, Jllustr. Cat. Mus. Comp. Zool. VIIL, PI. V, Fig. 80. 

14880 AupairaoLis Ruser, Rathbun, Braz. Echinod., TRanNsacT. CoNNecr. Acan. V, 
p. 155. 

1880 Amwpaiura RusEï, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Atrophyt., p. 20. 


Ein Exemplar. 
9. Gphioenida Loveni Lyman. 


1867 OPuioparaGmus Loveni, Ljungman, Üfvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, 
p. 165. 

1867 Oruiopnracmus Loveni, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1866, 
n° 9, p. 316. 

1869 OpPuiocnina Loveni, Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. I, n° 10, p. 337. 

4871 Auwpmipaouis Lovent, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl., n° 6, 
p. 648. | 

1880 OPmocnina Loveni, Rathbun, Braz. Echinod., TransacT. ConNNEcT. Acan. V, p. 155. 

1880 — — Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt., p. 23. 


Ein junges Exemplar. 


Tome XLIV. 3 


18 VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


10. Ophionerels reticuiata Lütken. 


4825 OPHiURA RETICULATA, Say, Journ. Acad. Nat. Scienc. Philadelphia, V, p. 148. 


1859 OPHIONEREIS RETICULATA, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. II, p. 110-112, 
Tab. NH, Fig. 6. 


1865 OPHINEREIS RETICULATA, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 141-143. 
1867 OPHIODERMA RETICULATA, Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 542, 366. 
1867 OPHionerEIs RETICULATA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl. 1866, 


u° 9, p. 310. 

1874 OPHIONEREIS RETICULATA, Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl. 1871, 
n° 6, p. 620. 

1875 OPHIONEREIS RETICULATA, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. VIII, p. 4. 

1878 — — Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 224. 

1880 — — Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. V, 
p. 152. | 

1880 OPHIONEREIS RETICULATA, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyt. 
p. 25. 

EIf Exemplare. 


11. Ophiothrix angulata Ayres. 


1825 OPHiura ANGULATA, Say, Journ. Acad. Nat. Scienc. Philadelphia, V, 145. 
1843 OPnioTarix VioLACEA, Müller u. Troschel, Syst. d. Asterid., p. 415. 


1852 — ANGULATA, Ayres, Proceed. Boston Soc. Nat. Hist. IV, p. 249. 
41852  — HISPIDA, Ayres, tbidem. 
1859 — VIOLACFA, Lütken, Additamenta ad hist. Ophiur. II, p. 150-151, 


Tab. V, Fig. 1. 


1865 OPHioTHRIx ANGULATA, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 162-164, pl. Il, 
fig. 1-3. 


1865 OPHioTarix vioLacEA, Lyman, Illustr. Cat. Mus. Comp. Zool. I, p. 164-166. 


1887  — —  Ljungman, Ofvers. K. Vetensk. Akad. Fürhandl. 1866, 
n° 9, p. 331. 


1867 OPxioranix vioLacEA, Verrill, Transact. Connect. Acad. I, 2, p. 267, 349, 366-367. 
1871 — CARIBAEA, Ljungman, Üfvers. K. Vetensk. Akad. Fôrhandl., p. 626. 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 19 


1875 OPmiorarix viOLACEA, Lyman, Jllustr. Cat. Mus. Comp. Zool. VI, p. 5. 


1878  — — Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. 1, n° 9, p. 232. 

1879 — —  Lyman, Bull. Mus. Comp. Zoo. VI, n° 9, p. 53. 

1880 — — Rathbun, Braz. Echinod., TRansacT. ConNEcT. Acap. V, 
p. 152-153. 

1880 OPniorgrix ANGULATA, Lyman, Prelim. List of living Ophiur. and Astrophyl., 
p. 54. 


Zahlreiche Exemplare dieser durch ihre grosse Farbenvariabilität 
ausgezeichneten Art. Einigen Exemplaren fehlt die weisse Längslinie auf 
dem Rücken der Arme. | 


42. Ophiothrix Bathbuni n. sp. 


Von dieser neuen Art liegt mir nur ein Exemplar vor, dessen Arme 
sämmtlich in grüsserer oder kleinerer Entfernung von der Scheibe abge- 
brochen sind. Da ich dasselbe mit keiner der bis jetzt bekannten Ophio- 
thrix-Arten mit Sicherheit zu identificiren vermag, so halte ich dasselbe 
für den Repräsentanten einer neuen Ârt, welche ich mit dem Namen des um 
die brasilianische Echinodermenfauna verdienten Herrn Rathbun bezeichnen 
môüchte. 


Beschreibung des einen Exemplars. Durchmesser der Scheibe 44 mm. 
Dicke eines Armes an der Basis 4 mm. Die sehr zahlreichen Zahnpapillen 
sind wie gewühnlich so angeordnet, dass diejenigen der beiden seitlichen 
Randreihen grüsser sind als die übrigen. Mundschild quer rautenférmig mit 
abgerundeten Ecken. Seitenmundschilder dreieckig, sich kaumberührend. 
Untere Armplatten breiter als lang, mit concavem Aboralrande. Die Seiten- 
armplatten tragen 8 seitlich bedornte Stachel, welche von unter nach oben 
an Grôsse zunehmen; der oberste und zweitoberste hat an dem basalen 
Armabschnitte eine Länge von 4 mm; der unterste ist kaum 41 mm lang. 
Eine winzige Tentakelschuppe ist vorhanden. Die Rückenschilder sind 
breiter als lang, überdecken zich dachziegelfrmig und besitzen in der 


20 VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


Mitte ihres aboralen Randes einen Kkleinen buckelfôrmigen convexen 
Vorsprung. Die Radialschilder des Scheibenrückens sind lang, dreieckig; 
ihre Länge verhält sich zur Breite wie 1 : 0,5. Je zwei zueinandergehôürige 
Radialia berühren sich mit dem äussersten Theile ihres einander zuge- 
kehrten Randes, weiter nach innen sind sie durch eine Reiïhe kurzer 
Stachelchen von einander getrennt. Das Centrum des Scheibenrückens, wie 
auch die 2 mm breiten von parallelen Rändern begrenzten Interradial- 
räume sind dicht mit längeren Stacheln besetzt. Dieser Stachelbesatz setzt 
sich auch auf die ventralen Interbrachialbezirke fort. Die Radialschilder 
selbst sind nackt. Die Farbe des Rückens der Arme und der Scheibe ist ein 
ganz helles rothbraun; die Radialschilder tragen auf der Mitte einen 
kleinen unregelmässig begrenzten dunkelrothbraunen Fleck. Ueber den 
Rücken der Arme verläuft eine Längsbinde von ganz derselben dunklen 
Färbung, welche mitunter auf einem ganzen Armgliede fehlt, aber auch auf 
allen übrigen an der buckelfôrmigen aboralen Spitze der Dorsalplatten 
unterbrochen ist und hier einem ganz hellen Tone Platz macht. 


15. Ophiotrichoides n. g. 


Diese neue Gattung unterscheidet sich lediglich dadurch von der Gattung 
Ophiothrix, dass die Scheibe keinerlei Bestachelung zeigt, sondern nackt ist. 
Von Ophiocnemis unterscheidet sie sich durch den Besitz von je einer 
Tentakelschuppe an jeder Tentakelôffnung und durch die grüssere Zahl 
der Armstachel. Von Ophiogymna differirt sie dadurch, dass bei dieser der 
Scheibenrücken weichhäutig ist, während derselbe bei Ophiotrichoides 
deutlich beschuppt ist. Man kann die Gattung Ophiotrichoides als eine 
Ophiothrix ohne Bestachelung der Scheibe bezeichnen; in allen übrigen 
Punkten stimmt Ophiotrichoies mit Opluothrix überein und ist im Systeme 
in deren unmittelbare Nachbarschaft zu stellen. Die neue Art, auf welche 
sich die Gattung Opliotrichoides gründet, erlaube ich mir nach dem 
verdienstvollen Kenner der Ophiuren, Herrn Theod. Lyman, zu benennen. 


Une ne enEime nie CE 


+ 54 en ee 1 
= Cm == us = 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 21 


Ophiotrichoides Lymaui n. sp. 


Abgesehen von dem die Gattung begründenden Merkmal der Stachel- 
losigkeit der Scheibe, schliesst diesé neue Art sich sehr eng an an eine neue 
von Lyman aus der Ausbeute des Challenger beschriebene Ophiothrixart : 
Ophiothrix berberis (cf. Lyman, Bull. Mus. Comp. Zool. Vol. VE, No. 1 
1879, p. 52-53, PI. XV, Fig. 425-498). | 


Beschreibung des einzigen mir vorliegenden Exemplares. Durchmesser 
der Scheibe 7 mm. Breite der Arme an der Scheibe 2 mm. Länge der 
Arme ungefähr 45 mm. Zähne und Zahnpapillen an jeder Mundecke zusam- 
men etwa zwanzig; die Zahnpapillen, welche zumeist nach aussen stehen, 
stehen zu fünf nebeneinander; weiïler nach innen stehen je drei Zahnpapillen 
nebeneinander, von denen die mittelste ein wenig kleiner ist als die beiden 
seilichen. Die Mundschilder sind breiter als lang, springen nach innen mit 
einer abgerundeten Spilze vor, nach aussen aber sind sie bogenférmig 
begränzt; auch die Seitenspitzen sind abgerundet und bilden zusammen mit 
der Innenspitze eine dreilappige Figur. Länge und Breite der Mundschilder 
verhalten zich zueinander wie 1 : 4,5. Die Seitenmundschilder sind nach 
innen von dem Mundschild einander bis zur Berührung genähert. Die 
erste untere Armplatte ist dreieckig mit abgerundeten Spitzen; die zweite 
ist bedeutend grôsser, länger als breit und viereckig mit abgestutzten 
Ecken; die dritte bildet den Uebergang zu den übrigen unteren Armplatten, 
welche breiter als lang sind und eine sechseckige Form haben. Die Seiten- 
platten der Arme tragen 7 Armstachel, von welchen der unterste der 
kleinste ist; von da an nehmen sie bis zum sechsten (von unten gezählt) an 
Grôsse zu, dieser misst 2 mm Länge; der siebente, oberste, ist wieder etwas 
kürzer. Die Stachel sind abgeplattet und an ihren beiden Längskanten und 
an der stumpfen Spitze mit deutlichen Dornen besetzt. Eine sehr kleine 
Tentakelschuppe an dem inneren Rande jeder Tentakelôffnung. Die oberen 
Armplatten sind breiter als lang; Länge verhält sich zur Breite wie 4 : 4,6; 
sie haben eine sechseckige Gestalt, an welcher die drei aboralen Seiten zu 


22 VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


einer einzigen bogenférmigen Linie miteinander vereinigt sind; mit ihrer 
aboralen Seiten legen sie sich dachziegelfürmig übereinander. Die Rücken- 
seite der Scheibe ist in der Mitte und in den interradialen Räumen mit 
kleinen Kalktafeln, die sich nur selten dachziegelfürmig übereinander 
legen und durchschnittlich eine (Grôsse von 0,3 — 0,5 mm haben, 
bedeckt. Auch zwischen je zwei Radialschilder schiebt sich von Centrum der 
Scheibe her eine aus drei oder vier hintereinander gelegenen Kalkplatten 
gebildete Plattenreihe ein, welche aber die Peripherie der Scheibe nicht 
erreicht. Die Radialschilder sind 2,5 mm lang, dreieckig, berühren einander 
über dem Ursprung der Arme und springen an derselben Stelle buckel- 
férmig vor; nach dem Centrum der Scheibe zu divergiren sie um die vorhin 
erwähnte Reihe von Kalkplätichen zwischen sich aufzunehmen ; die grôsste 
Länge der Radialschilder verhält sich zu ihrer grôssten Breite wie 4 : 0,5. 
Die Täfelung der Rückenseite der Scheibe setzt sich bis unter den Aussen- 
rand der Radialschilder mit immer kleiner werdenden Kalkstückchen fort. 
An der Bauchseite sind die Interbrachialräume der Scheibe durchaus nackt 
und dünnhäutig. 

Die Farbe des in Weingeist conservirten Exemplares bestand auf der 
Rückenseite der Arme und Scheibe aus einem ganz hellen Anfluge von 
Rôthlich-Braun; auf jedem Radialschild 4—5 kleine dunkelbraune Flecken. 
Die ventralen Interbrachialräume der Scheibe sind tief braun ; sonst ist die 
Bauchseite der Scheibe und Arme gelblich-weiss. 


Ausser den mir vorliegenden Ophiuren werden von Rathbun ferner 
noch aufgezähit : Ophiuru cinerea Lyman, O. appressa Say, Opluolepis 
paucispina Müller et Troschel, Ophioceramis albida Lyman, Ophiocoma 
echinata Agassiz, O. Rüsei Lütken, Ophuopsila Riisei, Ophiothrix Suensonu 
Lütken, Ophiactis Mülleri Lütken, Hemipholis cordifera Lyman, Amplhiura 
fleæuosa Ljungman, À. Stimpsonii Lütken, À. complanata Ljungman 
A. crassipes Ljungman, À. duplicata Lyman, À. planispina v. Martens, 
Oplhiocnida scabriuscula Lyman, Ophiostigma isacanthum Lyman, Oplhio- 
myxa flaccida Lütken. | 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 93 


IV. — ECHINOIDEA. 


1. Cidaris tribuloides Blainville. 


1872-74 Ciparis TRIRULOIDES, Agassiz, Revision of the Echini, p. 99, 253-254, 386; 
PI. 4, IE, fig. 4-3; LE, fig. 13; L°, fig. 18-22; VI, Mig. 21; XXVHIL, fig. 5, 4; 
XXXV, fig. 1; XXX VIII, fig. 2—c. 

1878 Cinaris TRIBULOIDES, Agasiz, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 185. 


1880 — — Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. V, 
p. 143. 


Für die übrige Literatur cf. Agassiz, Revis. of the Echini, p. 99. 


Ein Exemplar. 


2. Arbacia puncetulata Gray. 


4872-74 ARBACIA PUNCTULATA, Agassiz, Revis. of the Echini, p. 91,265-266, 402; PI. II, 
fig. 4, V, fig. 1-18; VI, fig. 22; XXVI, fig. 3-7; XXXV, fig. 8; XXXVIIT, 
fig. 10. 

1878 ARBACIA PUNCTULATA, Agassiz, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 188. 


Für die übrige Literatur cf. Agassiz, Revision of the Echini, p. 91. 


Zwei Exemplare von Cap Vert. Rathbun führt diese Form in seinen 
Brazilian Echinoderms nicht auf. 


5. Toxopneustes varliegatus À. Agassiz. 


4872-74 ToxOPNEUTES VARIEGATUS, Agassiz, Revision of the Echini, p. 168-169, 298-301, 
500; PI. IE, fig. 5-6; IV2, fig. 4-5; VI, fig. 23; VIL, fig. 7-22; XXV, 6g. 17-19. 
1878 ToxoPNEUSTES VARIÈGATUS, Agassiz, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 189. 


4880 — — Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. 
V, p. 144. 


Für die übrige Literatur cf. Agassiz, Revision of the Echini, p. 168-169. 


Drei Exemplare. 


24 VERZEICHNISS DER rc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 


4. Echinometra subangularis Desmoulins. 


1872-74 ECHINOMETRA SUBANGULARIS, Agassiz, Revision of the Echini, p. 116-117, 
283-284, 454; PI. X?, fig. 2-4; XXVI, fig. 11-43. 

1878 ECHINOMETRA SUBANGULARIS, Agassiz, Bull. Mus. Comp. Zool. V, n° 9, p. 188. 

1880 — _ Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. 
V, p. 143-144. 


1881 ECHINOMETRA SUBANGULARIS, Bell, Proceed. Zool. Soc. London, 1881, p. 423. 
Für die übrige Literatur cf. Agassiz, Revis. of the Echini, p. 166-117. 


Vier Exemplare. 


5. Encope emarginata L. Agassiz. 


1872-1874 ENCOPE EMARGINATA, Agassiz, Revision of the Echini, p. 126-127; 325-3929, 
945, PI. XIL, fig. 14-24; XIIP, fig. 1-3; XII, fig. 2-3. 

4880 Encore EMARGINATA, Rathbun, Braz. Echinod., TRANSACT. CONNECT. Acan. V, 
p. 145. 


Für die übrige Literatur cf. Agassiz, L. c., p. 126-127. 
Drei Erwachsene und zahlreiche Jugendstadien. 


Rathbun führt ausserdem an : Arbacia pustulosa Gray, Diadema setosum 
Gray, Strongylocentrotus Gaimardi À. Agassiz, Hipponoe esculenta À. Agas- 
siz, Clypeaster subdepressus Agassiz, Mellita sexforis À. Agassiz, Mellita 
testudinata Klein. 


SR TT 1 


— 


VERZEICHNISS DER erc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMEN. 5 


V. — HOLOTHURIOIDEA. 


1. Synapta Benedeni Ludwig. 
1881 SynarTa BENeDENI, Lud wig, Archiv. de Biologie, H, p. 55-56; PI. IL, fig. 19-21. 


Drei Exemplare. 
2. Chirodota rotifera Stimpson. 


1851 SyNapTa ROTIFERA, Pourtales, Proceed. Amer. Assoc. Advanc. Sc. 5" Meet, 1851, 
p. 15. | 


1860 CHiRoDoTA ROTIFERA, Stimpson, Âmer. Journ. Sc. et Arts, XXIX, p. 134. 
1867 — — Selenka, Zeitschr. f. wissensch. Zool. XVII, p. 367. 
1867 — _— Verrill, Transact. Connect. Acad. I, p. 371, pl. IV, fig. 9, 9%. 


1879 — sP., Selenka, Sitzungsber. physical. medic. Gesellsch. Erlangen, 12 mai 
1879, p. 8. 


1880 CniroporTa ROTIFERA, Rathbun, Braz. Echinod., TRansaAcT. CoNNEcT. Acao. V, . 
p. 141. 


1881 CuinonorTa ROTIFERA, Ludwig, Archiv. de Biologie, I, p. 41-54, PI. ILE, fig. 1-15. 


Ein Exemplar. 
5. Thyonidium parvum Ludwig. 


1881 Tayoniniuu panvux, Ludwig, Archiv. de Biologie, I, p. 54-55 ; PI. IL, fig. 16-18. 


Ein Exemplar. 


Tome XLIV. 4 


26 VERZEICHNISS DER rrc. BRASILIANISCHEN ECHINODERMENN 


4. Holothuria grisea Selenka. 


1867 Hocorauria GRisra, Selenka, Zeitsch. f. wissensch. Zool. XVII, p. 328, Taf. XX VI, 
Fig 95-06. 
1868 Hozorauria crises, Semper, Holothurien, p. 92, 951, 279. 


Rathbun führt diese Art, von welcher mir zwei Exemplare vorliegen, in 
seiner Liste der brasilianischen Echinodermen nicht auf, scheint also üiber- 
sehen zu haben, dass schon Semper, {. c., p. 251, Rio Janeiro als Fuandort 


angibt. 


Ausser Chirodota rotifera führt Rathbun folgende Holothuriens auf : 
Thyone (Sclerodactyla) brasiliensis Verrill, Thyonella sp., Holothez r'aa sp. 


LA 


PEINTURE FLAMANDE 


ET 


SON ENSEIGNEMENT 


SOUS LE RÉGIME DES CONFRÉRIES DE S" - LUC, 
Pin 


Epcar BAES. 


« Lüittera scripla manet. » 


(Mémoire couronné par la Classe des beaux-arts de l’Académie dans sa séance du 6 octobre 1581.) 


Tonux XLIV. | | | 


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Bicitbadiby Google 


AVANT-PROPOS. 


La Classe des beaux-arts de l’Académie royale de Belgique avait inscrit 
à son programme de concours de 14881 la question suivante : 


Déterminer sur des documents authentiques, quel a été depuis le com- 
mencement du XIV® siècle jusqu'à l'époque de Rubens inclusivement, le 
régime auquel était soumise la profession de peintre, tant sous le rapport 
de l'apprentissage que sous celui de l'exercice de l'art, dans les provinces 
constituant aujourd'hui la Belgique. 

Examiner si ce régime a été favorable ou non au développement et aux 
progrès de l'art. 


Appelée à juger les deux mémoires soumis en réponse à cette question, 
la Classe des beaux-arts, dans sa séance du 6 octobre 1881, a décerné la 
médaille d’or à mon travail qui portait comme épigraphe : Littera scripta 
manel. 


Après le jugement et la publication des rapports des commissaires, j'ai 
revu attentivement cet ouvrage, avec l'autorisation de la Classe; j'ai jugé 


utile d'y apporter quelques modifications de nature à atténuer autant que 
possible la portée des observations formulées par le jury. 


4 AVANT-PROPOS. 


Ces additions et ces noles concernent principalement le règlement ing: 
de Tournai, dans ses restrictions à la liberté du travail et de l'ense x &ne- 
ment ; les statuts de la confrérie de S'-Luc, de Paris, et la division de p°,, 
national en périodes esthétiques plutôt que chronologiques. 


Désireux de rendre mon travail plus digne de figurer dans les recueils 
de l'Académie, je lai fait suivre, en outre, de tables destinées à en faciliter 
la lecture et à permettre la recherche facile de certains passages. 


LA 


PEINTURE FLAMANDE 


ET 
SON ENSEIGNEMENT 


SOUS LE RÉGIME DES CONFRÉRIES DE Sr- LUC. 


INTRODUCTION. 


L'histoire de l’art dans nos provinces se divise en plusieurs périodes bien 
distinctes l’une de l’autre par le caractère, les tendances et les productions. 
Malgré des découvertes précieuses faites par nos savants chercheurs, qui 
tous les jours encore parviennent à retrouver un des chainons qui doivent 
relier les monuments du passé à notre époque, le laps de temps compris 
entre Charlemagne et Charles V reste pour nous enveloppé d’une sorte de 
brouillard poétique, tandis qu'à partir des premières années du XVI: siècle 
tout, dans l’art flamand, se dégage nettement aux rayons pâles encore de 
la Renaissance, comme pour nous préparer à la lumière éclatante du temps 
de Rubens et de ses émules. 

Ces deux dernières périodes nous offrent un évident contraste entre 
l'expression artistique et les mœurs nationales, car le but de nos artistes 
du XVI< et du XVIIe siècle semble n'avoir été qu’une apothéose du paga- 


6ô LA PEINTURE FLAMANDE 


nisme et du matérialisme de l'Italie; mais il n'en est pas de même de celle 
qui comprend les premiers tâtonnements de la peinture dans nos provinces, 
jusqu'à l'avènement de Raphaël et de Michel-Ange. 

Non-seulement il est démontré que les premiers chrétiens créèrent une 
formule artistique nouvelle en opposition absolue avec celles de la peinture 
et de la sculpture païennes, mais il est aisé de se convaincre que, dans le 
Nord surtout, l’art du moyen âge entier procède d’un même plan religieux: la 
tradition chrétienne, et s'édifie sur des données placides, chastes, un peu 
ascétiques , alliées à un naïf et sincère réalisme. 


IDÉAL DU MOYEN AGE. — Les anciens cherchaient leur idéal dans la 
forme, la matière : si les peintres du moyen âge en eurent un, il n’exista 
jamais que dans leurs sujets; car le respect religieux de la nature, ainsi 
que la perçoit la créature humaine, est tel, dans l’art chrétien, qu'il semble 
parfois devenir une imitation servile, et cependant on le voit toujours pour 
ainsi dire illuminé par un sentiment de foi profondément recueilli. 


INFLUENCE RELIGIEUSE. — Cette tendance générale ne peut être due qu'à 
l’action du clergé : il eût même été peu possible que l’art suivit une route 
différente, les missionnaires et les moines ayant été les premiers agents de 
civilisation dans nos contrées. 

Le clergé prit la plus grande part à l'émancipation des serfs. Grégoire le 
Grand, les évêques, les abbés achetèrent des esclaves pour les rendre à la 
liberté et en faire une population dévouée à l'Église : il est vrai que celle-ci, 
sur plus d’un point, rétablit plus tard le servage à son profit, mais il est 
positif qu’elle fut souvent le soutien des classes populaires contre la féoda- 
lité et qu'elle favorisa l'union entre les différentes castes. 

Les saints de l’Irlande, de l'Écosse et de l’Aquitaine qui furent, vers la 
fin du VIe siècle, les apôtres de nos contrées, y apportèrent les principes de 
toutes les connaissances humaines que l’on eultivait dans les pieuses congré- 
gations de leur pays natal. Autour des couvents et des églises nouvelles S& 
réunirent plus tard les germes du commerce et de l’industrie future !. 


1 Cantatorium, Chronique de S'-Hubert, trad. A. de Robaulx de Soumoy. Bruxelles, Csns 
et C!°, p. 231 ; O. L. V. op ’t staeksken le Antwerpen, par P. Génard, 4853, p. 29. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 7 


ÉCLOSION DE L'ART CHRÉTIEN. — Les souverains nouvellement convertis, 
avec l’ardeur des néophytes, prêtlèrent le concours de leur puissance à ces 
évêques, circonstance qui fit promptement la richesse des cloitres et des 
chapelles et, par conséquent, causa la première éclosion de l’art nécessaire 
au nouveau culte qui devait par ses cérémonies faire impression sur des 
masses ignorantes et barbares 1. 

Mais cet art, à la fois religieux et primitif, car il ne dut d’abord étre 
exercé que par les clercs ou les affranchis qu'ils groupaient autour d'eux en 
qualité d'ouvriers ou de colons, ne pouvait évidemment s'inspirer que fort 
peu des quelques vestiges gallo-romains qui subsistaient dans nos contrées. 


BARBARIE DANS LE NorD. — Un grand nombre de ces modèles méridionaux 
avaient dans les premiers temps été anéantis par le zèle farouche des 
premiers convertis; les manuscrits païens, les autels ou les ornements de 
même origine furent voués à la destruction et, si dans la Gaule française 
ainsi que dans les résidences impériales de Charlemagne la tradition romaine 
put s'établir franchement, par le moyen des missi dominici et à la suite des 
missionnaires italiens, l’art, dans le Nord, fut longtemps purement saxon, 
restant dans le sentiment le plus conforme au naturalisme inhabile des 
moines anglais ?, au goût étrange et grossier des populations franques et à 
l'ignorance brutale des premiers artistes employés par le clergé et les chefs 
souverains. 

Dans les plus anciens monastères fondés vers 316 dans les Gaules, on 
ne s’occupait que de la transcription des livres. Saint Paulin défendit à ses 
moines l'art du peintre; mais Sulpice Sévère nous apprend que la peinture 
servait cependant à la décoration des églises et des édifices particuliers, ce 
qui fait croire qu'il y avait des ouvriers chargés de ces travaux comme 
autrefois les esclaves romains. Grégoire de Tours et d’autres évèques français 
firent peindre leurs églises par des Francs *. 


U Émeric Davin, Histoire de la peinture au moyen dge, 1842, pp. 56, #1 et 68. 

4 Leurs travaux furent peut-être la source où tous nos miniaturistes ont puisé leur style 
qui a réagi sur la peinture de tableaux. 

8 Hist. ecclesiastic. Francorum, liv. X, c. XXI, $ 19, et liv. VII, e. XXII; voir aussi Bulletin 
de la Société des antiquaires de Picardie, t. X, 1850, in-8e. 


8 LA PEINTURE FLAMANDE 


Enfin les missionnaires saxons ou indigènes obtenaient plus aisémen & que 
les méridionaux l’appui et la confiance des chefs du pays, et leur sens & pes. 
lique devait être en rapport avec le goût de ces derniers qui affection aa jen 
surtout un luxe décoratif et vestimental ! formé de couleurs vives, d’or 6 
d'argent; Charlemagne lui-même montra toujours une préférence pouar Jes 
pays de langue tudesque et n’aimait point Paris qui était romain *. 

On doit donc admettre que l’art frank qui régna jusqu'après les croisades 
était l'expression naturelle de la nation et que l'ornementation des arutels, 
des châsses, des édifices religieux et des livres sacrés fut un des premiers 
objets du travail artistique. Remarquons, toutefois, qu'à l’époque de Char- 
lemagne non-seulement les moines refusaient déjà de s'occuper d’art ou 
d'écriture, mais que le souverain faisait inspecter les peintures des églises 
ou des abbayes, établissant ainsi une sorte de censure du goût. 

La lueur de civilisation que le grand empereur avait apporté s’éteignit 
bientôt, la servitude s’étendit de nouveau et le X° siècle est tellement plein 
d'obscurité que de Meyere dit que nous ne connaissons pas la dixième partie 
des évènements qui eurent lieu en Flandre vers cette époque *. 

C'est cependant alors que le commerce et l'industrie semblent avoir com- 
mencé à se développer réellement. | 

Arnould le Vieux et, après lui, Baudouin le Jeune, établirent des marchés 
et favorisèrent les métiers *. 

L'accroissement considérable de la population nécessita bientôt des émigra- 
tions, tant de la Flandre que du pays de Liège *. 

Déjà, en 900, l’agglomération d'Anvers exigeait la construction de deux 
églises en plus °. 

En 1073 Lambert d’Aschaffenbourg parle de la multitude de peu ple qui 
couvrait le sol de la Belgique. Suger, dans son panégyrique de Louis 1e Gros, 
appelle cette contrée valdè populosam. 


Émeric Davin, Histoire de la peinture au moyen dge, p. 57. 

Sismonoi, Histoire des Français: Vie de Charlemagne. 

Annales Flundriæ, p. 19. 

Actu S. S. Belgt, t. I, p. 563, et Buzeim, Annales Gallo-Flandriæ, p. 163. 
Chronique de Jean de Stavelot, par Borgnet. 

DisrcksENs, Antverpia Chrisio nascens et crescens, 2 éd., t. 1, p. 61. 


D M + OO! À — 


ET SON ENSEIGNEMENT. 9 


Ea revanche, on ressentait déjà les inconvénients d'une prospérité trop 
rapidement acquise. Les moines s'étaient laissés aller à la paresse et après la 
date fatale de l'an 1000 qui avait si largement profité aux ministres du 
culte, ils donnèrent l'exemple d’une vie dissolue et scandaleuse !. 

Il est certain que s'il y eut en ce temps des artistes, ce ne fut pas parmi 
eux el il est plutôt probable que l’art n'était alors dans les préoccupations de 
personne, car le mouvement littéraire et scientifique provoqué par Charle- 
magne était absolument anéanti; aussi trouvons-nous, pour le VIII, le IX°, 
le X° et le X[° siècle, un nombre bien restreint d'artistes, mais tous religieux 
encore et à la fois orfèvres, sculpteurs, architectes, peintres et savants, tels 
que Adelard II, abbé de S'-Trond, Tutilon et Notker, le moine Jean, construc- 
teur de l’église de St-André à Liège *, etc. 

Les populations franques étaient d'ailleurs dominées par un instinct 
d'aventure dont les croisades furent la dernière expansion, mais qui dans 
les temps primitifs ne laissait chez elles que fort peu de place aux occupations 
tranquilles; les Ghildes germaniques étaient guerrières ou commerciales, 
parfois les deux à la fois, comme les caravanes de Samô en Hongrie, etc., 
et l'esprit d'association propre à cette race doit avoir porté de bonne heure 
les puissants à employer les plus habiles de leurs subordonnés, comme 
ouvriers, soit moyennant rétribution, soit sous promesse d’affranchissement, 
ce qui était le meilleur moyen de faire prospérer le travail. 

Les relations des hommes du Nord avec l'Italie et l'Orient ont-elles 
provoqué en eux le développement du goût des arts ou bien est-ce la pros- 
périté des ahbayes et du clergé qui excita ces derniers à faire des dépenses 
de luxe parmi lesquelles l’art pictural devait naturellement tenir une grande 
place ? Toujours est-il que cette époque nous montre déjà le principe 
d'association appliqué à la construction des édifices religieux et à leur 
ornementation sculpturale en attendant leur décoration en couleur; que sur 
tous les points nous voyons commencer de ces monuments, tels que Notre- 
Dame des Dunes en Flandre, dont tous les ouvrages d'art furent faits par 


t Histoire de la ville et du chéteau de Huy, d'après Laurent Mélart, par P. Gorrissen, 1850, 
pp. 79 et 96. . 

2 De Caumonr, Histoire sommaire de l'architecture religieuse, civile et militaire du moyen âge 
( Paris, in-8°, 1837), énumère une centaine d’églises bâties en France de 1040 à 1100. 


Towe XLIV. | 2 


10 LA PEINTURE FLAMANDE 


les moines et qu'’enfin au XIIe siècle, saint Bernard demandait : « à qquoi 
bon tous ces monstres en peinture ou en bosse qu'on met dans les cloë tres 
à la vue des gens qui pleurent leurs péchés ? ». 

Cette phrase ne semble-t-elle pas indiquer que la tradition fraraque 
régnait encore dans toute sa rudesse et que ce fut plutôt par le contact de 
Byzance ou de l'Italie, sinon de l'Orient lui-même, que s’éveilla le sentinnent 

de la peinture véritable dans les pays occidentaux ? 


L'art pu XIIIe StÈCLE EST EXCLUSIVEMENT RELIGIEUX. — Jusqu'à la fin du 
XIIIe siècle l'art semble chez nous, comme en Italie, dépendre absolurment 
de l’ordre religieux ‘, et tandis que les moines se permettaient quelquefois 
un certain symbolisme, les ouvriers (submansores) qu'ils employaient étaient 
naturellement astreints à un art hiératique * et à des types de convention 
absolument antipathiques à tout progrès. S 


NAISSANCE DE L'ART LAÏQUE. — Ce progrès n'était possible que dans la 
société laïque et dans des travaux entrepris avec quelque liberté, système 
que nous ne voyons inaugurer que vers le milieu du XIIIe siècle. C'est vers 
les premières années du XIV: que l'on mentionne spécialement des miniatu- 
ristes, des scribes ou des peintres avec le titre de laïc: G. d’Arschot, 
tlluminator librorum laïcus, en 1305, Arnould Gaelman, pictor ymaginum, 
en 1311, Jean de Wesemael, écrivain de missels laïcs, en 1346, tandis que 
près d’un siècle auparavant on rencontre des architectes ou des sculpteurs 
laïcs, sans doute affiliés aux compagnies maçonniques, par exemple : 
Erlebold, architecte laïcus, vers 412925 * et Jean le statuaire à Louvain, 
vers 1250. 

Évidemment avant cette époque de nombreux ouvriers laïcs avaient dû 
manier les couleurs et peindre des murailles, des meubles, des objets de 


1 C. Canru, Histoire universelle, t. IX, p. 482. 

2? Émeric Davin, Histoire de la peinture au moyen àge, p. 75. 

S A. PincaanT, Archives des arts, t. 1, pp. 94 et 99. 

“ Registre n° F 163 de la Chambre des comptes, Archives du département du Nord, à Lille, 
et Messager des sciences historiques, année 1853. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 11 


toute nature; de même que chez les sauvages, l’ornementation des armes, 
des boucliers (schild, d'où viennent les mots scilder, schiltsrigghe) dut être 
considérée d'abord comme le luxe le plus recherché, en dehors des objets 
de piété. 

Mais jusqu’au retour des croisades la peinture ne se composa que de 
miniature ou d'écriture coloriée, de décoration monumentale et d’émaillerie, 
car les diptyques et les triptyques sculptés ou niellés remplaçaient les 
tableaux qui ne virent le jour en Italie que gràce aux artistes grecs persé- 
cutés par Léon l’Isaurien . 

La décoration intérieure des édifices avait pour éléments les bas-reliefs , 
les mosaïques, les nielles d'or et d'argent, les marbres, les pierreries et les 
tentures ?, la peinture à l'eau, en comparaison, devait paraître bien grossière 
et fut sans doute peu employée dans les siècles qui nous occupent, ou bien 
son peu de solidité nuisait considérablement à son emploi; de toute façon 
l'on remarque qu'après le retour des croisés de Byzance, la tapisserie devint 
le luxe à la mode, dans les demeures seigneuriales, dans les églises et enfin 
dans les hôtels de ville. 

Ce fait nous prouve le peu d'importance que l’on attribuait à la partie 
artistique dans la peinture monumentale. 

Mais s'il nous faut une explication plus plausible encore sur la pénurie 
de vestiges artistiques antérieurs au XIII: siècle, nous devons la retrouver 
dans la rudesse même des mœurs nationales 5, dans les efforts faits par la 
classe populaire pour secouer le joug féodal ou sacerdotal # et enfin dans les 
dévastations guerrières, dans les disettes et les inondations qui marquent 
presque toutes les années du XIIe siècle. 

Aux peintres des monastères étaient réservés les travaux faciles, soignés 


1 AnTauD, Considérations sur l’élat de la peinture en Italie dans les quatre siècles qui ont 
précédé celui de Raphaël. (Paris, 4810, pp. 29 et 60.) 

4 Émeric Davio, Histoire de la peinture au moyen âge, p. 82. 

5 Au XIII° siècle la plupart des églises d’Ypres et sans doute d’autres villes étaient décorées 
en détrempe. En 1230 l’évêque de Térouanne défendit, par mesure d'économie, de peindre à 
l’hospice Voet autre chose que la chapelle et le haut des murs; mais c’était là simplement du 
badigeonnage. (Annales de la Société historique de la West-Flandre, t. 11, 1868, p. 178.) 

* Aug. Tmienny, Récits mérovingiens, chap. 1; et C. Canru, Histoire universelle, t. X, p. 354. - 


12 LA PEINTURE FLAMANDE 


et estimés, c'est-à-dire les manuscrits à miniatures; et çà et là, bien rare- 
ment, une fresque, une châsse ou un triptyque !. 

La partie industrielle et les travaux de monument étaient le partage des 
laïcs, et ce ne fut que lentement, profitant de l’apathie des moines, en ma ême 
temps que du développement de la prospérité des villes, qu'ils parvinrent à 
accaparer à la longue tout le domaine de l'art, et par faire enfin de Reurs 
initiateurs leurs tributaires. 

Ne serait-ce pas un fait précieux à invoquer à l'appui de l'influence 
heureuse que peut avoir pour les arts l'amélioration de la condition du 
peuple, que l'apparition simultanée de la peinture artistique et de la liberté 
des communes ?. 

La peinture, occupation servile, n’était pas le fait de la turbulente 
chevalerie, ni même des opulents patriciens de nos villes altières. Ainsi que 
chez les Romains de la décadence, les serfs (laeten) coloriaient les sièges, 
les selles, les targes, les colonnes des édifices de leurs maîtres et cela sur 
les indications de ceux-ci ?. Les premiers peintres laïques qui travaillèrent 
pour leur propre compte furent les serfs affranchis ou tributaires, plus tard 
bourgeois des villes, et dans une seule cité, celle de Louvain, nous voyons, 
au XVe siècle, les lignages ne pas dédaigner le titre de pictor. 

Aussi le luxe le plus habituel des seigneurs consistait-il en joyaux , en 
orfévrerie, en armes el en vêtements, et souvent même en ornements de 
chapelles et en reliques 5. 

L’altare portatile et le diptyque empruntèrent leur valeur initiale au travail 
d'orfèvrerie ou d'ivoire qui les enrichissait, et les châsses ou fiertes émaillées 
furent les premières pièces de peinture portative dans nos contrées #, L’orfè- 


1 Voir Lospes, Son abbaye et son chapitre, par J. Vos, t. II p. 48. Ex. les Évangéliaires du 
trésor de l’église primordiale de Maeseyck, par les abbesses d’Alden-Eyck; la fresque de 
l’évêque Éracle (957-971); Cuapeauvilce, Gesta Pontif-Leodiens, t. 1, p. 194. 

3 Au IX: siècle, et même plus tard, les riches entretenaient des artisans parmi leurs domes- 
tiques et les rois mêmes faisaient faire leurs habits par des femmes attachées à leurs fermes. 
Voir A. CRALLE, Souvenirs archéologiques. Liège, Carmanne, 4860, p. 26. 

3 Durcerick, Inventaire des archives de la ville d’Ypres, t. 11. p. 43. Inventaire des objets 
délaissés par Robert de Flandre. | 

* Voyage littéraire de deux Bénédictins, p. 242, et Messager des sciences historiques, 1849; 
Hisloire de la chdsse de Saint-Servais. 


EEE EE 


ET SON ENSEIGNEMENT. 13 


vrerie religieuse s'était de bonne heure développée surtout dans la princi- 
pauté de Liège. La fierte de S'-Domitien, à Huy, date de 4173. Liège 
possédait déjà des châsses peintes en 1292. 

Quant aux dames, dont les travaux patients eussent pu avoir quelque 
rapport avec la peinture, elles se bornèrent avant le XVe siècle à broder 
des pennons, des objets sacerdotaux et à faire de la tapisserie. 

Nous pouvons donc dire que nos rudes ancêtres considéraient l'art déco- 
ratif avec une sorte de dédain, et nous croyons que leurs peintres les plus 
habiles ne devaient pas être regardés comme supérieurs, en position sociale, 
aux ménestrels, aux jongleurs, aux bouffons, aux acteurs de mystères 
(gesellen), etc.; d’ailleurs il semblerait qu'avant l'avènement de la maison 
de Bourgogne on n'ait généralement pas compris que la peinture pouvait 
être un art d'agrément capable de procurer les jouissances intellectuelles les 
plus élevées et qu'on l'ait employée simplement comme un métier plus ou 
moins utile à l'entretien ou à l’embellissement des meubles et des édifices. 


LA PEINTURE LAÏQUE EST D'ABORD PUREMENT MANUELLE. — Ainsi, quand 
l’organisation des communes permit aux bourgeois d'échanger leur travail 
contre un profit pour eux et leurs familles, ce ne fut pas encore dans le 
sens artistique du mot qu'ils purent pratiquer la peinture. En effet, quant 
aux ouvrages destinés au culte ou aux couvents, les moines et leurs subor- 
donnés étaient plus experts que d’autres dans ce genre ! et suffisaient à cette 
tâche. 

Mais, en dehors des travaux monastiques, il y avait, comme nous l'avons 
dit, la décoration intérieure des maisons, le coloriage de statues, le pein- 
turage de meubles ou objets de ménage, et enfin, la peinture de blasons et 
de bannières. Tout cela formait un métier véritable, motivant des déplace- 
ments, demandant de l'expérience, de l'initiative, et convenant spécialement 
à un ouvrier laïque, d'autant plus que la préparation, la livraison et l'emploi 
des couleurs, de l'or, etc., constituaient une sorte d'entreprise commerciale. 

C'est ainsi que l'art commença à s'affranchir de la tutelle des monastères. 


1 Voir les confréries de Jhesus mannen, Sinte Peeters mannen, etc., Louvain monumen- 
tal, etc., et Viozzer Lenuc, Dictionnaire de l'architecture française, t. 1, p. 128. 


414 LA PEINTURE FLAMANDE 


Tout ce qui exigeait des échafaudages, une réunion d'ouvriers, des efforts, 
de la hâte, n’était évidemment pas du domaine des moines. Ceux-ci s° habi- 
tuèrent enfin peu à peu à reconnaitre la supériorité des laïques et £a leur 
confier des travaux dont ils auraient pu se charger eux-mêmes. Ils lais&érent 
ainsi aux futurs bourgeois l'art manuel, progressif et lucratif. 

Dès lors, ce nouveau métier gagna tous les jours en importance, jus qu'au 
moment où une circonstance politique vint mettre le comble à son dévelop- 
pement. 


QUELLE ÉTAIT LA POSITION SOCIALE DES PEINTRES. — Lorsque les ducs de 
Bourgogne devinrent comtes de Flandre et d'Artois, ils importèrent à 
Bruges le luxe et la splendeur de la Cour de France ! « On s’harnachait 
d'orfaverie », dit M. de Laborde citant Martial d'Auvergne ?. 

L'art véritable entra d’abord pour une part médiocre dans leurs préoccu- 
pations 5, mais ils furent entrainés à l’encourager, et ce fut sous leur règne, 
par l'union des provinces sous un sceptre commun, par la prospérité qui 
en fut la suite, que la peinture parvint comme les autres expressions du 
luxe à un haut degré d'éclat et de développement. « Les orfèvres et les 
peintres du duc, disent MM. Crowe et Cavalcaselle, étaient classés parmi 
les valets, parce qu’il était dans l'intérêt des ducs de se les attacher, en les 
nommant à des fonctions qui semblent avoir été plutôt des prétextes à grali- 
fications et à salaires que de véritables emplois, et lorsque ce titre leur arriva 
de France, ses fonctions n'avaient aucun caractère de domesticité. Il perdit 
cependant de son importance lorsque les ducs et les princes cessèrent de 
protéger les arts. La dignité des peintres ne souffrait point de ce titre de 
varlet. Les artistes de ce temps-là étaient des hommes plus remarqués qu'ils 
ne le sont aujourd'hui * ». 

Cette dernière observation nous paraît manquer de justesse, car alors 


! Voir CROWE et CAVALCASELLE, Les anciens peintres flamands, Bruxelles, 1863, trad. Oct. Dele- 
pierre, t. I, p. 13. 

2 C'° pe Lasonve, Les ducs de Bourgogne, Preuves, p. xxi, t. I. 

5 À. WaurTers, Bulletins de l’Académie, t. XV, 2° sér., p. 725. 

# Crowe et CavaLcaseLLe, Les anciens peintres flamands, Bruxelles, 4863, trad. Oct. Dele- 
pierre, t. I, p. 15. 


— us + 


ET SON ENSEIGNEMENT. 15 


(comme aujourd’hui dans les campagnes), on ne faisait point de différence 
marquante entre un peintre d'enseignes ou de bâtiments et un peintre de 
tableaux; l’un a plus de talent que l’autre, mais tous les deux appartiennent 
au même métier, à la même confrérie, et tous les deux fournissent pour de 
l'argent leur travail et leurs couleurs au plus juste prix. Tel est le raisonne- 
ment de nos paysans flamands, et tel doit avoir été le sentiment général 
au moyen âge. 

Dans les premiers temps, et, sauf de rares exceptions, jusqu’au XVIe 
siècle, les peintres furent des ouvriers faisant à l’occasion tout ce qui con- 
cernait leur métier pourvu que ce ne fût pas prohibé par les statuts de leur 
corporation !. Îls recevaient de l'argent en prêt afin de se procurer des 
couleurs. 

Dans les grands travaux on leur fournissait des feuilles d'or aux frais 
des communes. 

Les accords ou engagements qu'ils prenaient avec leurs commettants 
stipulaient dans le détail le plus minutieux quel était l'ouvrage à exécuter. 
Celui de Saladin de Scoenere en 1434 peut servir de modèle en ce genre ?. 

On trouve des miniaturistes, tels que Simon Marmion, exécutant des 
décors et des tableaux d’autel; d’autres, comme Pol de Limbourg, soignant 
la construction d'une église; Baudouin de Bailleul, peint des écussons, noircit 
et armoie la chaire de la chambre du conseil, fait des patrons et des devises 
de tapisseries 5. 

Hue de Bouloingne, varlet de chambre du duc, orne la plete de mer de 
son maître, en couleurs et battures à oille (1427 )#. A l'époque la plus 
florissante du moyen âge, c'est-à-dire sous les règnes de Philippe le Hardi 
et de Philippe le Bon, on voit Jean de Hasselt et Melchior Broederlam, 
peintre du duc, orner des étendards à la devise de leur seigneur. 


{ Les artistes appliquaient leurs talents à une foule d’objets pour lesquels leur coopération 
n’est plus réclamée aujourd’hui. Ce qui faisait le luxe de certains meubles, c'étaient les peintures 
et les sculptures dont ils étaient ornés; voir Éd. Fénis, Bullelins de l’Académie, t. XXII, 
Are sér., p. 597. 

2 Disricxx, Mémoires sur la ville de Gand, t. II, p. 257. 

8 C'° pe Lasonne, Les ducs de Bourgogne, Preuves, t 1, p. 164, n° 533 et p.172, n° 574. 

, Id. , Les ducs de Bourgogne, t. IX, p. 416. Preuves. 


16 LA PEINTURE FLAMANDE 


Le second peint des sculptures et des décorations de volets en rempplace- 
ment de Jean Malouel qui lui-même avait colorié des retables, des harnais 
de tournoi, etc.!; ce Malouel fit en 1415 le portrait de son maître, comme 
plusieurs autres choses de son « mestier », que « son dit seigneur lui fi 
faire ». 

Jehan Coste ?, Jehan et Nicolas le Voleur, P. Coustain et presque tous 
les peintres de leur époque s'occupent à des ouvrages ainsi disparates, 
On prisait, non pas l’homme, mais les œuvres qu’il était capable de 
produire. 

Primitivement , aucune distinction n'existait entre l'artiste et l'artisan dont 
il était le confrère par la force du règlement de la gilde 5. Il n’y avait pas 
d'artistes proprement dits. Les menuisiers peignaient ou doraient leurs 
ouvrages. Avant l'érection d’une gilde séparée, les peintres faisaient partie 
à Malines du corps des menuisiers, les sculpteurs de celui des maçons ; leur 
situation était pareille dans toutes les villes. 


AVANT LE XIV° SIÈCLE LA PEINTURE LAÏQUE EST PUREMENT INDUSTRIELLE. — 
Aussi presque tous les peintres primitifs que nous rencontrons qualifiés du 
litre de pictor ymaginum doivent-ils être considérés au XII, au XHII et 
même encore au XIV: siècle comme ayant exécuté surtout de la décoration 
monumentale et du coloriage de statues, et il est assez probable que ce terme 
d'Ymagines représente des sculptures plutôt que des figures ou tableaux. Il 
est bon de remarquer qu’au moyen âge l’enluminage de statues paraît avoir 
été considéré comme ayant une certaine importance. 

En 1290-1291, Lamsin, peintre d’Ypres est chargé de peindre une 
image près d'une fontaine sublique ( UE super arenam ), sans doute au 
Sablon, à Bruges {. 

En 1384, Jacques Labas peint le visage de l’ymage de Notre Dame de 
la Halle d'Ypres. 5 


1 C* pe Laponne, Les ducs de Bourgogne, Preuves, t. I, pp. 6, 44 et 47; t. III, pp. 551 et 565. 
2 Bibliothèque de l'école des chartes, 2° sér., t. 1,1844-1845, p. 544. 

5 Ém. Neerrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. 1, p. 5. 

# Comptes de la ville de Bruges, 1290-1291. 

5 A. VANDENPEEREBOOM, Ypriana, 1878, p. 85. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 17 


En 1396, Robert Van Cotthem peint à l'Écluse un crucifix en or et en 
couleurs à l'huile. 

En 1442, Thierry Aelbrechts fournit un modèle pour le peinturage de 
la statue de la Sainte Vierge à Louvain, mais il n’est pas adopté et cette 
commande, payée fort cher (20 saluts d'or), est confiée à Rodolphe Van 
Velpen ‘. 

Au XIVe, au XV® et même encore au XVI: siècle, les imagiers étaient 
quelquefois les enlumineurs de leurs statues polychrômes; on trouve des 
peintres-sculpteurs à Tournai, à Gand, à Louvain, à Malines, à Anvers. 
Souvent il n'était fait mention que de l'enlumineur, et le sculpteur restait 
inconnu. Nommons : en 4417 à Gand, Chrétien Van den Wincle ?, Corneille 
Boone, maitre peintre et sculpteur en 1452; et pour citer enfin des noms 
plus connus, en 1440 Rogier Van der Weyden le vieux, qui reçoit 40 ridders 
de 4 gros de Flandre pour colorier un bas-relief de Jean Van Evere 5. 

En 1451, Jean Van der Goes peint et dore une Vierge en bois pour la 
chapelle du palais de la Haye #. 

Quant à la décoration intérieure, il ne faut pas se faire lusion sur Sa 
valeur artistique, car elle se composait le plus souvent de couches de couleur® 
unie, à peine relevées par quelques ornements. 

En 1297, l'artiste Arnould peint les salles du tonlieu à Louvain, l’une 
en vert, l’autre en rouge 

Il ne manque pas de mentions semblables, qui n’indiquent que des 
travaux vraiment industriels. | 


{ Ed. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 50. 

2 Comptes MSS de la ville de Gand; voir Ed. Ds Busscuer, Recherches sur les anciens peintres 
ganlois, p. 51, etc. 

8 A. PincuanT, Archives des arts, p. 115. 

& Compte de la recette générale de Hollande, etc., 1451, Archives du royaume, à la Haye. 

5 Ed. De Busscuer, Bulletins de l’Académie, 2° sér., t. V, 14858, p. 217. 

6 Jean de S'-Omer, en 1561, à Utrecht, travaille avec ses aides pendant six mois à décorer 
les stalles du château de Schoonhoven; en 1399, Gilles de Man, avec ses ouvriers, consacre un 
an de travail à la peinture de vingt-huit niches à l'hôtel de ville de Bruges; en 1455, Gérard 
de Bruyne peint la chapelle du château de Louvain, entièrement en rouge, et enlumine les 
quaronte-six soleils de la voûte; voir E. Van Even, Louvain monumental, p. 121, et A. Sirer, 
Dictionnaire des peintres. 


Tome XLIV. 5 


18. LA PEINTURE FLAMANDE 


Cependant aux époques où ils furent exécutés, il y avait déjà de véritmbles 
artistes que l’on verra à la fois consacrer leur pinceau à des fresques ou à 
des tableaux d’autel, et à des ouvrages de l’ordre le moins relevé. Ainsi en 
1353 Jean Van der Most, en 1370 Hugues Portier, peignent des Sujets 
d'histoire pour l’abbaye de St-Bavon, à Gand. 

En 1385-1386, Jean de Hasselt, peintre de Louis de Male et de Ph lippe 
le Hardi, fait pour ce dernier un tableau d’autel destiné aux Cordeliers de 
Gand. 

En 1384, Jean Van Woluwe peint un diptyque pour l'oratoire de la 
duchesse Jeanne à Bruxelles. 

En 1396, Ph. de Brouwere peint la Nativité pour l’abbaye de St-Bavon. 

En 1419, Jean Martins et G. Van Axpoele retouchent les portraits des 
comtes dans la maison échevinale à Gand. 

Cette note semble indiquer deux choses d'un certain intérêt; d'abord le 
peu de durée de la plupart des peintures murales anciennes, soit à cause du 
procédé à l'eau , soit à cause de l’humididé des bâtiments ; ensuite l'existence 
de peintures décoratives artistiques sur murs pendant le cours du XIVe siècle 
ou antérieurement. Mais il suffit de parcourir le livre de Théophile qui donne 
des détails sur la peinture au XIIIe siècle pour se convaincre que l’art de 
cette époque était encore, comme théorie et comme perfection pratique, 
véritablement dans l'enfance !. 


ANCIENS OUVRAGES ARTISTIQUES. — L'une des plus anciennes de ces pein- 
tures qui nous soit connue est celle du couvent des Dominicains à Louvain, 
détruite en 1762, mais dont le dessin existe encore; ce travail, fait sans 
doute par les religieux vers 12752, ceux des vitraux de la chapelle des 
ducs et du Béguinage de la même ville (1305) ont une telle ressemblance 
avec les sujets de miniature exécutés à la même époque, que nous croyons 
pouvoir , par voie de comparaison , émettre un jugement sur l'art antérieur 
au rêgne de Philippe le Hardi. Si nous examinons les manuscrits à minia- 


Tué oPui1, Schedula diversarum artium. Paris, 4843, in-4°; trad. de M. de l'Escalopier. 
2 X. ne Ram, Recherches sur les sépultures des ducs de Brabant à Louvain, p. v. 


ÉRPENEt 


ET SON ENSEIGNEMENT. 19 


tures du XII: siècle, entre autres la Bible de 4148 !, du British Museum, 
qui provient des moines de Parc, et les numéros 4782, 11142, 9222, 
de la Bibliothèque de Bourgogne, nous trouverons dans l'ornementation 
comme dans l'illustration de la plupart de ces ouvrages des caractères 
pareils à ceux de la peinture de vitraux ?, un style raide archaïque, 
inhabile, d'une simplicité d'exécution qui dénote le défaut d'études, des 
contours grimaçants et maladroits: ces particularités se retrouvent dans la 
peinture murale de l’ancienne église des Dominicains de Maestricht (1387), 
dans la verrière de l'église de Sichem, dans les peintures découvertes à la 
Byloke (1250) et même dans celles de la chapelle dite Leugemeete qui 
leur sont postérieures. Celles-ci sont peut-être les premières peintures 
murales exécutées par des laïcs dans notre pays. 

Sans doute , si les éléments d'appréciation ne faisaient point absolument 
défaut , il serait intéressant, par une longue étude, de différencier dans ce 
style général, des époques dignes de remarque, ou des travaux de maitres 
spéciaux ; mais pour le moment, il n’est pas encore possible de penser à un 
semblable travail et il nous suflira de classifier la décoration artistique du 
moyen âge en trois périodes assez distinctes. 


Division DE L'ART DU MOYEN AGE. — Ces périodes sont : celle des temps 
antérieurs à la maison de Bourgogne, c’est-à-dire la suite naturelle de la 
peinture franque et saxonne ; celle du règne de Philippe le Hardi et celle 
de l’époque de Philippe le Bon et de son fils. 

La première a tant de rapports avec les productions de l’ancienne école 
colonaise que l’on a pu supposer que celle-ci fut la nourricière de nos 
plus anciens artistes, opinion que nous devons répudier ; mais il faut avouer 
que les procédés de composition et d'arrangement sont les mêmes : le goût 
des fonds d'or emprunté aux Byzantins est commun aux deux écoles. La 


1 Chromolithographié dans la Grammar of ornament, par Owen Jones; Raymaeers, F.-d., 
Recherches historiques sur l’ancienne abbaye de Parc, Revue caruolique, 1858, vol. 1, 
pp. 406-413; Brabandsch Museum, 1860, pp. 57-66. 

2 Srraus, Analyse des vitraux de l’ancienne collégiale de Haslach et de l’ancienne abbaye 
de Walbourg. Caen, 1860 ; Gaizuasaun, L’Architecture et les arts qui en dépendent, t. II. Dipron, 
Annales archéologiques, t. XII, s. 137. 


20 LA PEINTURE FLAMANDE 


sécheresse des contours devient souvent chez nous de Ja grossièreté, mais 
le choix des couleurs est toujours plus harmonieux. 

Les retables !, tels que celui du monastère de Valduc, avec fond de 
vermillon et or, nous fournissent un type pour caractériser la deux ième 
période qui a pour représentants Melchior Broederlam , Meister Wilhelm et 
les peintres colonais de son époque *. 

Enfin la troisième est celle du naturalisine dont nous avons par bonheur 
assez d'exemples à donner en commencant par les Van Eyck, pour pouvoir 
à dater de ce moment considérer notre école flamande comme complète, 
. homogène et brillamment constituée. 


mm 


PÉRIODE ANTÉRIEURE A LA MAISON DE BOURGOGNE. 


CARACTÈRE PIEUX DE L'ART..— Au moyen âge et dans les commentt- 
ments de la renaissance, les arts n'étaient que l’expression du sentiment 
religieux. | 

On ne pensait pas qu'ils pussent avoir une autre destination 5. Les com- 
munautés religieuses profitèrent donc presque exclusivement des largesses 
arlistiques des grands et pendant longtemps les artistes ne cherchèrent point 
en dehors du domaine religieux (c’est-à-dire, pour eux, de la tradition), 
l'inspiration de leurs travaux. Les tableaux sur bois, diptyques ou polyp- 
tiques que l’on avait l'habitude de suspendre au-dessus des portes des villes, 
des cimetières et des édifices publics, représentaient des sujets pieux. 

Ceux que possédaient les particuliers et même ceux qui ornaient les 


cabarets, comme de nos jours, dans les hameaux, étaient de la même 


catégorie. 
La protection méme des ducs de Bourgogne s’exerça presque exclusive- 


{ Ed. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 34. 

? Voir le MS de l'évêque Arnestus de Pardubitz (Bibliothèque de Prague, 1344-1364 ); 
Wouruanx, Geschichte der Malerei, p. 569. 

3 Éd. Féris, Bulletins de l’Acudémie, t. XXW, 1"° sér., p. 594. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 21 


ment en libéralités envers les édifices du culte, qui étaient, semble-t-il, 
regardés comme de véritables musées en ce temps de piété : la dévotion avait 
au moins autant de part que le goût des arts, dans les commandes que l'on 
faisait à cette époque; les travaux faits pour le compte des communes, 
quand ils ne consistaient pas en badigeonnage ou en peinturage, représen- 
taient des sujets religieux , tels que les crucifix ou les jugements derniers qui 
ornaient les salles de justice et auxquels les meilleurs artistes attachèrent 
leurs noms !. 

Nous avons donné quelques-unes des plus anciennes mentions d'ouvrages 
de décoration industrielle faits pour les souverains ou les communes. Il y 
en a de semblables qui regardent les seigneurs ou les corporations religieuses. 

En 1295, le comte d'Arras fait peindre une des salles de son château 
par Jehan du Parket. 

En 14297, Arnould Gaelman exécute des travaux à l’église de Parc au 
prix de 20 sols d'argent ?; Wauthier Van Maerc et ses apprentis, en 1309- 
1310; Jacques Compeer et ses ouvriers en 14328, font des travaux sem- 
blables pour les villes de Bruges et de Gand; Arnold Raet en 1404 pour 
l’église de St-Pierre à Louvain ; pendant tout le cours du XIV: siècle, Notre- 
Dame de la Flamingerie, de Tournai, fournit de louvrage décoratif à de 
nombreux ouvriers gantois. Tout cela était de l’industrie. 

Comme les peintres de vitraux furent partout classés parmi les vitriers, 
on peut considérer au même point de vue les verrières qui pendant plus de 
deux siècles défrayèrent la générosité des souverains envers les églises et 
les couvents. 

En 1338 le roi Édouard III donne une verrière à Notre-Dame d’Anvers 5; 
en 4357 Louis de Maele, vainqueur de Wenceslas, en fait pe une dans 
le chœur de la même église. 

En 1391, G. de Berchem et sa femme en font placer une également. 

À dater de cette époque, les archives artistiques fourmillent de notes 


! Compte de la ville d’Alost (1422), registre n° 30886 de la Chambre des comptes aux 
Archives générales du royaume; Annales de la Societé d’émulation de Bruges, p. 368. — 
Recherches sur les anciens peintres et sculpteurs de Gand, par Ed. DE Busscaer, 1866, p. 20, etc. 

? Compte de l’abbaye de Parc, 1297. 

3 Voir O. L. V. op *t staeksken le Antwerpen, door P. GÉnanD, 1855, p. 49. 


ke. tRER.E 


29 LA PEINTURE FLAMANDE 


semblables qui prouvent que la mode d'alors était non-seulement aux vitraux 
dont la fabrication avait sans doute fait tout à coup un grand progrès, mais 
encore et toujours à l’ornementation religieuse. Bientôt elle devait, dans ce 
but, absorber les tableaux de chevalet. 

Mais nulle part, dans cette première période, nous ne trouvons de preuves 
réelles de l'existence d’un art laïque autre que le métier de peintre décora- 
teur, qui comptait d'assez nombreux représentants, car les bannières parois- 
siales portant l’image du patron de chaque église n'étaient encore que des 
travaux décoratifs 1. | 

La peinture n’était encore recherchée généralement que dans ses applica- 
tions utiles ; et les peintres avaient à s'occuper plutôt d'ouvrages vulgaires 
que de sujets artistiques. C’est un fait qu'il importe d'établir, parce qu'il 
caractérise une époque et permel, pour ainsi dire, ou le brusque 
essor de l’art au siècle suivant. 

C'est donc dans le giron de l’Église que nous devons rechercher le germe 
de l'art proprement dit. C’est en elle également que nous retrouvons celui 
de l’organisation artistique qui a influé d’une manière si puissante sur l 
vitalité de notre école. 


ORIGINE DES CONFRÉRIES DE PEINTRES. — Les Gildes naquirent ou gran- 
dirent à l'ombre des saeristies et les chapelles furent leurs premiers lieux 
de ralliement. 

Les associations primitives d'artistes, à lésiéaiéé des autres corps de 
métiers, semblent s'être confondues dans les premiers temps avec les confré- 
ries purement religieuses, ayant pour but une mort pieuse, un enterrement 
décent. 

Comme nous avons eu déjà occasion de le dire, de toute antiquité, l'esprit 
d'association a existé dans la race saxonne ? et plus d'un auteur affirme que 
toujours il y a eu des corps d'industrie ou de commerce 5. Mais dans le 
principe les confréries d'artistes n'avaient rien de mercantile; les peintres, 


{ Ed. De Busscaer, Bulletins de l’Académie , p. 199, 2° sér., t. V, 18548. 
2? Carericue, Churlemagne. Bruxelles, 1842, t. [, p. 701. 
5 Taiuian, Recueil d'actes du XII° et du XIII° siècle. Douai, 1849, p, 187. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 23 


perdus dans les rangs d’une classe plus nombreuse et par conséquent plus 
puissante, n'eurent pas d'existence propre et, partant, fort peu d'intérêt 
matériel à leur union en corps, qui n’était, pour ainsi dire, qu'un prétexte à 
la confraternité. 

Par des privilèges et des règlements successifs, ils parvinrent plus tard 
à former une corporation séparée et, l'instinct du lucre s'étant éveillé avec 
les commandes, l’esprit de cette association changea complètement de nature. 
Quant à l'origine des confréries primordiales de S'-Luc (antérieurement aux 
livres d'inscription qui témoignent eux-mêmes déjà d'une rénovation du 
métier), il nous paraît certain qu'elle dut avoir quelque rapport avec les 
associations maçonniques, ou les confréries de sculpteurs qui en dérivérent, 
d'autant plus que primitivement on faisait peu de différence entre les sculp- 
teurs et les peintres enlumineurs de statues. 

Les travaux à effectuer pour les églises et les couvents étaient de deux 
sortes : ils avaient pour but la décoration monumentale ou bien l'embellisse- 
ment des objets du culte. Cette dernière partie, comme nous l'avons vu, 
resta longtemps le domaine des religieux eux-mêmes et ceux qui les imitèrent 
durent évidemment se conformer d’abord aux habitudes de ces artistes pieux 
et chercher à acquérir un talent où la patience, le soin et la gravité tenaient 
lieu de science, d'études ou de génie !. 

Quant aux travaux de grande dimension , il n’en était plus de même et, 
dès les premiers essais, la nécessité de la collaboration de plusieurs ouvriers 
dut se manifester. 

Or le travail en commun existait déjà dans d’autres branches de l’art. 


CONFRÉRIES MAÇONNIQUES. — Les confréries de constructeurs, depuis long- 
temps, avaient prouvé leur bonne organisation, leur entente du travail: 
leur hiérarchie était à peu de chose près celle que nous retrouvons dans les 
corporations de métiers, et de plus elles étaient directement affiliées au 
pouvoir religieux qui les employait à des travaux dont l'espèce d'uniformité 


{ Le manuscrit de Sigcbert de Gembloux, à Berlin, MSS 52, Kupfersticheabinet, donne un 
échantillon de ce style monacal primitif (légende de Sainte Lucic); voir aussi n° 8556 à 8545, 
4782, etc., de l’Inventaire général de la Bibliothèque de Bourgogne. 


2 LA PEINTURE FLAMANDE 


sur tous les points à la fois prouve qu'ils étaient le résultat d’un mot d'ordre, 
d’une entente préalable, avec le Saint-Siège. 

Ces maçons voyageurs disparurent, mais ils durent laisser après eux pour 
surveiller l'achèvement de leurs ouvrages, peut-être un noyau de confrérie 
libre fondée sur les mêmes bases, peut-être des étrangers instruits par eux, 
mais à coup sûr des modèles à suivre et des imitateurs : les maitres ès-œuvres 
et maçons du moyen âge. 

Dans les églises encore inachevées de cette époque s'étaient groupés des 
hommes de même mélier, associés pour travailler en commun aux ouvrages 
d'art que les maçons avaient laissés à l’état informe. Les uns avaient pour 
spécialité de tailler des crucifix ; c'étaient les Jhesus mannen. | 

D'autres exécutant, sous la direction du clergé, les sculptures innombrables 
des chapiteaux, des gargouilles, des porches, etc., prenaient leur nom de 
l'église qui les nourrissait; à Louvain c'étaient les Sinte Peeters mannen, et. 
N'est-il pas plus que probable que les hommes chargés de mettre en couleur 
ces sculptures et cette architecture, et qui ne furent peut-être autres, au 
commencement, que les sculpteurs eux-mêmes, se formèrent aussi en asso- 
ciation sur les mêmes bases que leurs congénères ? 

Assurément nous manquons de preuves convaincantes à cet égard ; pour- 
tant nous ne pouvons nous empêcher de voir là non-seulement la naissance 
des confréries de S'-Luc, mais de plus l’origine même de l'art laïque dans 
nos provinces. | 

Les confréries de maçons avaient un système préconçu, mystique el 
expérimental tout à la fois basé sur les nécessités du métier et de l'art, sur 
l'expérience des prédécesseurs et des frères réunis, et en même temps asservi 
à des idées symboliques, à des nombres, à un plan allégorique ou qui devai 
conventionnellement respecter certaines formes. 

Ces idées imposées provenaient d’une autorité religieuse, car on retrouve 
dans tous les plans d’édifices élevés par les soins de ces architectes nomades, 
la croix de la nef, le triangle d'Euclide, l'élévation générale en trois parties, 
un nombre conventionnel de portes, de chapelles, d'arcades, etc. 

Il est fort probable que tout ce joug mystique a été imposé aux archi- 
tectes par les ordonnateurs des premières constructions, d'autant plus que 
les noms de ceux-ci seuls sont parvenus jusqu'à nous, et ces ordonnateurs 


manne 5 © moment "ES en 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 25 


soumis au Saint-Siège, recevaient une instruction générale qui devint enfin 
une des règles de l'ordre maçonnique. 

En 1165, Saint Bénézet fonda la pieuse confrérie des pontifes, c'est-à- 
dire constructeurs de ponts, à laquelle on doit celui d'Avignon (1188); 
elle se répandit ensuite partout, offrant ses services pour ce genre de travail 
et pour édifier ou restaurer des églises. Quant à l'art de la construction, il 
avait naturellement ses nécessités causées par la solidité, l'économie d'espace 
et de matériaux, etc., tout cela formait le secret de profession qui ne pouvait 
être divulgué à la tourbe inconsciente chargée du travail manuel. 

Pierre de Montreuil, Hugues Libergier, Erwin de Steinbach faisaient 
partie de ces francs-maitres dont les pérégrinations étaient fréquentes et 
dont le secret traditionnel n'était révélé aux initiés que dans la mesure de 
leurs grades. 

Cette union dans le métier explique la ressemblance que l’on trouve entre 
des travaux très éloignés les uns des autres, ce qui serait inexplicable 
autrement, vu l'absence d'écoles et de communications faciles. 

En Lombardie les arts et métiers étaient tous organisés en confréries à 
la manière des loges maçonniques !. Pourquoi dans nos provinces ces mêmes 
loges, admirablement organisées, n'auraient-elles pas servi de modèle à l’éta- 
blissement des confréries de sculpteurs et de peintres ? Celles-ci, d’ailleurs, 
étaient la suite obligée des autres, et puisque, d’après la plupart des auteurs 
qui ont traité ce sujet, les corporations laïques de maçons reçurent des loges 
(quand celles-ci portèrent ombrage aux souverains}, les connaissances 
nécessaires pour leur travail, pourquoi ne serait-ce point par la même voie 
que le dessin linéaire et la science géométrique parvinrent aux peintres ? 

Mais les compagnons tailleurs de pierre ou sculpteurs qui devaient para- 
chever l’œuvre des maçons, jouissaient d’une certaine liberté dans le choix 
de leurs sujets, tant que leur fantaisie ne nuisait pas trop à l'ensemble: il 
est à supposer que leur choix cependant était limité à un certain nombre 
de types établis, qui durent par ce fait même être les modèles d'où devait 
dériver la pratique des peintres ornemanistes ou décorateurs. 

Nous croyons donc que les associations de peintres sont le produit de 


1 C. Canru, Hisloire universelle, t. Il, pp. 567 et 555. 
Toue XLIV. 4 


26 LA PEINTURE FLAMANDE 


coufréries d'architectes et de constructeurs du haut moyen âge et se song 
constituées primitivement comme les Sinte Peeters mannen !, comme les 


hommes de St-Bavon à Gand, de S':-Marie à Tournai, de S'--Gertrude à 
Nivelles, etc. 


CARACTÈRE RELIGIEUX DES MÉTIERS PRIMITIFS. — Dans le pays de Liège, 
notamment à Huy, jusqu’en 1666 les réunions de métiers eurent lieu dans 
le couvent des Frères-Mineurs. En 1359 à Bruxelles, les tisserands pra rent 
l’habit et la règle de l’ordre de St-François ?. Chaque corporation avait son 
patron, son autel, sa chapelle, ses obligations religieuses, telles que= les 
redevances en livres de cire, les processions de grandes fêtes, les corm vois 
funébres, les messes de mort, de mariage, etc., etc. 

La première préoccupation des associations d'artistes fut partout de ppos- 
séder un autel ou une chapelle. 

Le premier local de celle d'Anvers était l’église de Notre-Dame; la cha pelle 
de la Trinité à l’église de St-Pierre de Louvain était jadis entretenue Sous 
l'invocation de Saint Luc, par les peintres qui l’avaient obtenue du co maseil 
de fabrique. Chaque apprenti devait fournir à l'autel une livre de cire. ; 

Les statuts de la gilde étaient calqués sur ceux de la confrérie du 
St-Sacrement de l'église de S'-Pierre. 

A Gand les peintres en bâtiments devaient pour leur chef-d'œuvre pes nadre 
une staluelte de la Sainte Vierge. 

Les librariers et enlumineurs de Bruges furent installés par Philippe Île 
Bon en 1454, sous le patronage de Saint Jean-Baptiste, et leur inventaire 
ne mentionne, pour ainsi dire, que des objets de piété 5, | 

Enfin en 1434, les peintres qui entraient dans la gilde d'Anvers payèrent 
un florin du Rhin dd à l'église de Notre-Dame, et cette gilde avait SON 
chapelain. 


Tout cela prouve assez, croyons-nous, le caractère pieux de ces aSS07 
ciations primitives. | 


1 Sur les Sint-Peetersmannen ou Hommes de S:-Picrre de Louvain; par H. Lavallée, Z? ulle- 
tins de l’Académie, Annexes 1853-1854, — E. Van Even, Molice sur l'église de S'-Pier re» sé 
Louvain monumental, p. 168. 

2 F. De Vicne, Recherches historiques sur les corporations de métiers, p. 45. 

8 GaizLianD, De ambachten en neringen der stad Brugge, 1854, pp. 15, 34, 161, etc. 


ET SON ENSEIGNEMENT. - 27 


Voici au surplus un exemple de la facon dont se constituait un corps de 
métier ; il s'agit ici des merciers de Tournai. En 1369 ils s’érigent en corps 
sous la protection du chapitre de Tournai, et sous l’invocation de Saint Maur; 
mais depuis lan 1330, ils étaient dans l'usage d'offrir tous les ans à la 
cathédrale, le 5 janvier, une chandelle de cire dont on leur remettait le 
coupon !. | 

L'influence cléricale est manifeste; mais la formule du serment des doyens 
à Tournai montre plus encore que celles en usage dans les Flandres, le 
caractère dévôt des confréries ?. 


CONSTITUTION DES GILDES DE PEINTRES. — Les anciennes corporations se 
composaient de trois classes : apprentis, compagnons ou valets (ouvriers 
ayant fini leur apprentissage ) et maîtres travaillant pour leur compte. 

Chaque corps choisissait annuellement dans son sein deux ou plusieurs 
jurés et doyens. Le président se nommait chef-homme; le titre de prince, 
tout honorifique, répondait à celui de président honoraire. 

La plupart des gildes existaient depuis fort longlemps quand on jugea 
nécessaire de leur donner une constitution sérieuse et durable, ce qui se 
fit à peu près à la même époque partout, c’est-à-dire vers le milieu du 
XVe siècle. Cependant nous n'avons de notions de leur existence qu'à dater 
du milieu du XIVe, car c'est à 1339 que nous reporte celle de Gand; celle 
de Bruges à 14351; celle de Tournai remonte, dit-on, à 13414, mais sa 
constitution légale n'eut lieu qu'en 14403, et sa fondation définitive en 1426, 
selon Leboucq {. | 

En 1382 une ordonnance régla à Anvers les privilèges du métier des 
orfèvres, mais la gilde fut instituée en 1400 ; à Louvain elle date d'avant 
1360, car un acte du 16 octobre 1360 est scellé du sceau des peintres 
comme métier séparé 5. 


{ HovenLanr, Essai chronologique, t. XIII, p. 94. 
3 R. De Hunces, Afémoires d'eschevin de Tournai, p. 250. 
3 Almanak der S"-Lukas-Gilde, 1855, p. 16. 
# Lesouco, Histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valenciennes, 1630. 
3 Chartes de Brabant, aux Archives générales du royaume. 


28 . LA PEINTURE FLAMANDE 


Chose étrange, en Italie, en France, en Hollande, c’est à peu près à la 
même époque que l’on voit grandir l'esprit d'association artistique. 

Des confréries de S'-Luc se forment en 14349 à Florence, en 13 55 À 
Sienne. Celle de Paris fut constituée d’une façon indépendante pour la 
peinture et la sculpture !, en 1391. Celle de Prague date de 1348 2. 

Dans la plupart des villes secondaires, il y avait primitivement une Seule 
gilde principale constituée par acte échevinal. C'était celle dont le commerce 
intéressait le plus particulièrement la cité; ainsi à Malines, à Lierre, à 
Termonde, à Audenaerde, à Léau, etc., ce furent les drapiers, à Namur €! 
à St-Trond les forgerons, à Eecloo les boulangers, à Menin les francs- 
brasseurs, à Ath les marchands de toile, à Turnhout les courtiers 5. Plus 
tard s’y adjoignirent un certain nombre de métiers les plus importants, 
auxquels des keures temporaires, mais qui devinrent définitives, avaient 
. été accordées 4, 

Dans de petites villes telles qu’Aardenbourg, il y eut six métiers, à 
Hasselt treize Ÿ, à Menin douze 6, qui absorbaient les autres. 

L’historien de Boussu assigne la date générale de 1300 à l'institution, 
à Mons, des corps de métiers; celle assertion qui n’est appuyée d'aucune 
preuve pourrait cependant être exacte quant aux peintres, et, dans la plupart 
des villes, il nous parait assez probable que ce fut vers cette époque que 
durent se constituer du moins les métiers ayant quelque rapport avec l’art. 

Les peintres étaient généralement considérés comme égaux ou méme 
inférieurs à certains métiers qui n’avaient parfois aucune relation avec h 
peinture; les orfèvres, vitriers, peintres, étainiers et plombiers formaient 
une bannière à Tournai ?. 

A Lille les peintres et verriers, à Mons, les fourbisseurs de hauberts , les 


‘ Elle existait au siècle précédent, sous un régime fort peu restrictif, mais dépendant diret- 
tement du clergé. 

3 WoLTmanN, Geschichte der Malerei, p. 393. 

5 P.-J. Heuvezmans, Xronyk der stad en vryheid Turhout, 1844, pp. 29, 82 et 99. 

“ Histoire de la ville de Diest, Revue trimestrielle, 1863-1864, p. 362, etc. 

5 Deviene, Recherches sur les corporations, pp. 70 et 75. 

6 Annales de la West-Flandre, t. II, p. 22. 

7 Deviens, Recherches, etc., pp. 59 et 63, et Mœurs et usages des corporations, elc., P- 6. 
— HoverLanT, Constilutions de la ville de Tournai, pp. 34 et 39. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 29 


hautelisseurs, les tapissiers, les brodeurs et tailleurs d'images, les enlumi- 
neurs, les selliers, les potiers, les tailleurs formaient une seule corporation. 

À Maestricht, lés maçons, sculpteurs et menuisiers. 

À Liège les sculpteurs et les orfèvres (la dernière des trente- deux 
corporations) servaient de tuteurs aux peintres. | 

À Bruxelles ! les batteurs d'or, peintres et vitriers , faisaient partie de la 
nation de Saint-Jean ; à Ypres et à Gand les peintres marchaient avec les 
sculpteurs et les vitriers ?, 

À Malines la gilde faisait partie des vingt petits métiers ; elle était la 
trente-troisième dans l’ordre des métiers et était réunie aux menuisiers. 

A Louvain seulement, les peintres étaient jugés dignes de formef un 
métier séparé. 

À Namur 5 les peintres étaient unis aux merciers ; l’origine des corps de 
métiers namurois # ne paraît guère remonter au delà du XIV: siècle et ils 
durent sans doute leur organisation aux souverains qui réunirent sous leur 
sceptre les comtés de Flandre et de Namur. Le répertoire des causes et 
questions ÿ qui donne l’énumération des métiers en 1483, ne mentionne point 
les peintres, mais il contient un jugement de 1421 qui prouve que le corps 
des merciers n'avait pas de règlement pour les verriers, mais que voirrie 
appartenait a la mercerie , car ils poindatent et les « poindeurs » étaient 
dénommés dans leur charte. 

À Courtrai, ils formaient un métier avec les sculpteurs, les vitriers, les 
lailleurs de pierre, les imprimeurs et les libraires, sous le patronage de 
Saint Luc. 

À Bruges le métier contenait sept professions parmi lesquelles on comptait 
les selliers et les batteurs d’or. | 

À Anvers il comprenait les imprimeurs, les sculpteurs, les enlumineurs 
et les vitriers. 


1 Henne et WaurTens, Histoire de Bruxelles, p. 568. 

? Annales de là Société d’émulation de la Flandre occidentale, 1849, p. 263. 
3 Archives de la ville de Namur, fol. 83 et fol. 19 v°. 

* Messager des sciences historiques de Belgique, 1847, p. 69. 

5 Archives de la ville de Namur, fol. 83 et fol. 19 ve. 


30 LA PEINTURE FLAMANDE 


TRAVAIL EN FAMILLE. — D'après l’ancienne constitution des gildes ? le 
travail en famille était une sorte de nécessité et la collaboration, comme 
l'apprentissage, entrainait une sorle de familiarité, d'existence en con mun 
qui faisait de l'élève ou de l'ouvrier plus qu'un aide passager, plutôt un 
membre nouveau de la maisonnée. Le fils était, pour ainsi dire, de par sm 
père , engagé dans la profession que ce dernier exerçait; alors, à la différence 
de ce qui se passe aujourd'hui, on se faisait un devoir d'embrasser et de 
poursuivre en la perfectionnant la carrière de ses aïeux. 

À l'époque où un métier distinctif était comme une propriété ou un priwi- 
lège du sang, l’art et l'industrie n'avaient rien à perdre à ce système, qui 
conservait dans les races, les traditions et les préceptes du métier. L'enfant, 
dès qu'il venail au monde, suivait de l'œil les travaux de son père et s} 
associait fatalement ; il s’identifiait avec la profession paternelle parce quil 
savait qu'il devait la pratiquer plus tard; il en connaissait le mécanisme 
avant d'en venir à l'application. Celle remarque est déjà de nature à nous 
faire comprendre comment parmi ces artistes du moyen âge qui n'eurenl 
aucun des moyens de développement que l’on prodigue de nos jours, on en 
trouve tant doués d’un sentiment artistique profond, délicat et élevé, qui 
excite encore à présent notre surprise. 

Certainement les modes d'instruction du XVIe et du XVII: siècle dure! 
(comme ceux de notre époque) mieux réussir à développer l’habileté 
pratique, la facilité d'exécution; mais celte existence retirée, solitaire, celle 
union artistique d’une famille entière devait exalter le sentiment de l'arl, 
exciter une sorte d'opiniâtreté, d'enthousiasme qui permettait à ces homniés 
de produire des œuvres effrayantes de patience et de volonté. 

Ce travail en famille était une circonstance dépendante de la façon 
d'envisager l’art comme un commerce ou un métier. Il en était d’ailleurs 
de méme dans toutes les branches. Au XVI: siècle encore beaucoup de 
peintres tenaient boutique de couleurs, ce qui mettait la femme et les enfants 
directement en jeu dans le travail journalier et même dans les entreprises 
de peinture qu’ils faisaient. On comprend que ce mode d'organisation en 
corporations séparées et privilégiées était une garantie, sinon de progrès, du 


1‘ Em. Necrrs, Histoire de la peinture, etc., à Malines, 1. L°", p. 124. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 31 


moins de stabilité; car la profession spéciale devenant un domaine de famille, 
le chef s’efforçait de la développer ou plutôt de l’affermir chez les siens, 
(toujours dans la mesure assez étroite de ses moyens, il faut l'avouer), 
pendant que chacun de ses enfants y apportait sa part d'intelligence et 
contribuait, comme il le pouvait, à son perfectionnement. 

Les archives de la corporation de Saint Luc à Gand montrent que l’art 
était un legs transmis religieusement de proche en proche 1. On y trouve des 
noms souvent répétés tels que ceux de De Rycke, Martins, de Scrivere, 
Van der Goes, Van der Meire, Van Herpe; à Anvers ceux de Codde, Snellaert, 
Massys, et plus tard les Collaert, les Devos, les Francken, les Van Oost ?; 
à Malines les Goedweert, les Van Battel, les Van den Broeck; à Tournai 
les Daret; à Bruges les Claeissens, les Lombaert, les Van den Bussche, les 
Braem, les Alaert, etc. 

Les familles se perpétuaient ainsi pendant des siècles 5 exerçant toujours 
le même état, et se transmeltant de génération en génération, les uns des 
mœurs simples, une probité sans tache, un attachement sincère à la religion, 
un zèle ardent pour les franchises communales; les autres, des idées étroites, 
de l'intolérance, de l'égoïsme local et personnel. 

Cette collaboration entre parents et amis, mais en petit nombre, dans 
des travaux minutieux, difficiles et soignés (ici nous ne parlons que des 
ouvrages d'intérieur ou de chevalet) suppose une certaine gravité dans le 
travail, de la conviction, et une véritable absorption de l'artiste, ce qui est 
peu possible en compagnie d'élèves jeunes, bruyants ou maladroits ; aussi ne 
voit-on presque jamais dans les registres des gildes l'inscription de plusieurs 
élèves à la fois chez un maitre. Il fallait cependant à l'artiste un apprenti 
ou un ouvrier intelligent pour l'aider dans ses manipulations compliquées, 
pour broyer les couleurs avec le soin nécessaire, préparer les vernis selon 
la recette, enduire les panneaux, etc. 


APPRENTISSAGE ARTISTIQUE PRIMITIF. — Cet apprentissage était tout manuel, 
car il n’y avait point de théorie à cette époque. 


‘ Éd. De Busscuen, Motice sur l’ancienne corporation, elc., ANNALES DE LA Soc. DES BEAUX-ARTS 
BT DE LITTÉRATURE DE GAND, t. IV. 

4? Revue d’histoire et d’archéologie à Gand, 1859, t. I. 

3 Henne ct Waurens, Histoire de Bruxelles, p. 568. 


32 LA PEINTURE FLAMANDE 


Il est indubitable que les œuvres plus ou moins artistiques antérieures 
aux Van Eyck ont été exécutées en détrempe, les couleurs à l’huile n'étant 
employées que pour la peinture de bâtiments; les élèves destinés, surtout, 
en qualité de compagnons, à employer le procédé à l'eau, durent s'exercer 
de cetle façon et non pas à l’huile ou à l’eau d'œuf, procédés plus coûteux 
et peu employés dans les grandes entreprises où les ouvriers étaient le plus 
nécessaires. 

Mais aussi, chez les peintres, assez nombreux, auxquels on commandait 
des miniatures, la gouache de petite dimension devait être d’un usage quoli- 
dien, et il est plus que probable que les maitres confiaient à leurs élèves, 
aussitôt que ceux-ci possédaient quelque expérience, des miniatures à essayer, 
voire même des lettrines ou des ornements de manuscrits à colorier. 

La plupart des travaux décoratifs d'appartement étant exécutés à la 
détrempe sur toile, c'élait en ce genre que s’essayaient au maniement de la 
brosse les élèves qui avaient en outre bien des monuments, des murs ou des 
surfaces extérieures pour s'exercer à la peinture à l’huile. 

Les couleurs à l’eau étaient encore employées en 14340 pour les targes 
des communiers, pour des décors nombreux, pour des bannières (waier- 
bannieren )! et sans doute bien des peintures ont dù leur destruction au peu 
de solidité de ce procédé. 

Rappelons-nous que les ouvrages de cette catégorie furent, pour ainsi dire, 
jusqu’au temps de François Floris, l'occupation la plus lucrative, et qu'ils 
donnèrent une besogne presque continue à la plupart de nos peintres; les 
noms de Jehan Barrat, Liévin de Witte, Jean de Hasselt, Dreux, Jehan 
l'Enlumineur, J. de Pestinien, Loys Leyder, P. Fruyt, G. Weylandt, Jean 
Cloët, Pol de Limbourg et ses frères, Juste de Gand et tant d’autres, sont 
des preuves palpables , à l'appui de ce dire, de même que la coopération 
peu contestée à ces ouvrages de nos plus grands peintres de tableaux, les 
Van Eyck, les Memlinck, les Vanderweyden, etc. 

De plus, les Bibliothèques de Vienne, de Paris et de Bruxelles renferment 
assez de miniatures de médiocre valeur, produits de mains inhabiles, pour 
nous permettre de croire que leurs auteurs furent des apprentis ou plutôt de 


‘ Éd. De Russcugr, Bulletins de l’Académie, t. V, 2° sér., p. 200. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 33 


jeunes ouvriers, car l'apprenti officiellement inscrit dans la gilde était le 
plus souvent un souffre-douleur, chargé des besognes les plus fastidieuses, 
comme les garçons d'atelier de nos modernes décorateurs. 

Cest ainsi que uous trouvons l'explication des articles trouvés par 
M. de Laborde. Colart de Laon donne un reçu au nom de ses ouvriers 
employés dans la librairie !. 

Philippe le Bon distribue aux varlets de Jean Van Eyck une gratifica- 
tion ?, elc., elc. 


L'ACTION DES MAÎTRES ÉTAIT PRESQUE NULLE. — Mais au XIV: siècle, est-il 
probable que les maîtres peintres se soient efforcés de développer la science 
en leurs élèves; en un mot y avait-il une éducation artistique, ou bien au 
contraire, ces hommes cherchaient-ils à mettre la lumière sous le boisseau ? 
Les conseils et les corrections des maîtres devaient être peu de chose, car 
autrement il y eût eu progrès sensible dès l’origine. 

Le secret des procédés tient de l'essence même de l’époque ; qu'y a-t-il 
en effet de moins connu, de plus obscur, de moins appréciable que l'alchi- 
mie, la philosophie du moyen âge, les tendances des Voehmegerichten, des 
templiers et des mille institutions ténébreuses de ces siècles d’adolescence ? 

Le secret est pour ainsi dire le cachet de l’art gothique; un novice, un 
enfant fait mystère et s'enorgueillit du moindre progrès qu’il a effectué par 
lui-même. 

Les dessins et les plans des constructions des loges étaient l’objet d'une 
surveillance sévère et, l'ouvrage terminé, ils étaient envoyés en Allemagne 
où on les conservait dans la loge principale sans les communiquer. 

Au moyen àge, les choses les plus simples devenaient importantes quand 
elles étaient peu connues, et pour le possesseur d'un procédé ou d’une 
connaissance quelconque, le monopole de ce secret devenait une question 
vitale. 

Au XIe siècle un évêque d'Utrecht fut tué par le père d'un jeune Frison 
nommé Pléber $ parce qu'il avait dérobé à celui-ci le secret (urcanum 


1 C De LaBonDE, H., Les ducs de Bourgogne. Preuve 5805. 
3 Id. » Preuve 939. 
$ Canru, Histoire universelle, t. XI, pp. 554 et 868. 


Tome XLIV. | 5 


34 LA PEINTURE FLAMANDE 


magisterium } de jeter les fondements d’une église : il s'agissait sans doute 
de l’un de ces plans mystiques de la franc-maçonnerie. Îl est donc probable 
que les maitres ne transmirent à leurs élèves que les principes élémentaires 
qui élaient indispensables à ceux-ci, après tout, pour les aider utilement ou 
parfois les remplacer en cas de maladie ou d’empéchement au travail. 

Tout le monde connait l’histoire d'Andrea del Castagno, et celle d’Antonello 
venu de si loin pour s’enquérir du secret de Van Eyck, qui devait cependant 
se résumer à peu de chose. 

IT est donc improbable que les maitres peintres se soient empressés de 
divulguer à leurs élèves ce que, par leur propres efforts, ils étaient parvenus 
individuellement à connaitre, et de là une sorte de trame sans cesse reprise 
et n’aboutissant pendant longtemps qu'à un résultat ordinaire. Il est positif 
que même dans l'architecture, et à plus forte raison dans les autres arts, 
l'artiste ne devait compter que sur lui-même pour développer sa science et 
son expérience. 

En Italie, Brunelleschi étudiait par lui-même, recherchait les édifices 
antiques et les copiait avec une ardeur fiévreuse. 

Alberti, l’auteur du traité de Re Acdificatoria (imprimé à Florence en 
1485), dessina et mesura par toute l'Italie les anciens monuments ; déguisé, 
il courait les boutiques, recueillait des informations sur les arts et surpre- 
nait des secrets pour les améliorer. Il réussit dans la peinture, et s’adressai 
aux enfants et aux ignorants pour avoir leur opinion sur ses portraits. 

Peut-on imaginer un moyen plus naïf de se perfectionner et après des 
exemples pareils, doit-on s'étonner, dans nos provinces, du peu de dévelop- 
pement de l’enseignement artistique ? 

Quoi qu’il en soit, il est indubitable que les sciences mathématiques furent 
au moyen âge extrêmement considérées, el peut-être regardées comme la 
seule base effective de l’art. 

Dès 1317, les Vénitiens appliquaient à l’art nautique la dé 
Les travaux nbéntiioes de quelques Italiens du XV: siècle, entre autres 
Gaspard Nadi et Aristote de Feravante, furent remarquables". 

Plusieurs peintres et architectes se distinguèrent dans la perspective el 
les sciences exactes ayant un rapport avec le dessin. 


1 Lisri, Histoire des sciences mathématiques, t. II, p. 202. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 35 


Si l’on compare les œuvres de nos peintres à celles de leurs contem- 
porains italiens, nous sommes forcés de convenir que leur but et leur 
technique devaient être de même nature, mais infiniment moins avancés !. 


L'ART ÉTAIT STATIONNAIRE. — Le progrès dans celte période (sauf en ce 
qui regarde la partie manuelle) était pour ainsi dire impossible, car toul 
effort était produit isolément, L'art a de nombreux points de contact avec 
l'intelligence et son perfectionnement ne peut s'effectuer que par l'association 
ou le contact de plusieurs aptitudes humaines. Les efforts isolés ne peuvent 
que le soutenir, non le faire progresser, à moins qu'ils n'aient chaque fois 
leur soutien dans des exemples antérieurs. C’est ainsi que la barbarie a pu 
si longtemps couvrir de son linceul l'Occident de l’Europe, après la civilisa- 
tion si raffinée de l'époque romaine. La liberté absolue n’est pas réellement 
utile au progrès artistique, car elle dégénère aisément en licence et par là, 
de nouveau en efforts isolés, sans but ni base assurée. 

Mais si une certaine sujétion ne semble pas avoir d'effet contraire à 
la production en fait d'art, nous ne devons pas en conclure qu'un état 
raisonnable de liberté politique ou individuelle puisse être un obstacle au 
développement des qualités picturales; le contraire est plutôt vrai. 

Lorsque la condition sociale d'un artiste est dépourvue d’entraves, il est 
plus apte à donner l'expression complète de son talent, et si, en outre, il 
est en mesure de pouvoir dédaigner les soucis journaliers de l'existence 
ordinaire, il concentrera plus aisément ses facultés dans la production et le 
soin de ses œuvres. 

Or vers le XIV: siècle l’histoire de nos contrées nous montre clairement 
que la situation morale et matérielle du peuple fit un pas énorme ?. À ce 
progrès dans la civilisation répondit aussitôt un progrès dans l’art, déterminé 
par la naissance d'une institution tout à fait démocratique, celle des confréries 
artistiques. 


1 Voir le n° 2910-2920, MSS de la Bibliothèque de Bourgogne ( Algorithmus), vignettes 
géométriques et calligraphiques. 
3 L. Van per Kinpere, Le siècle des Artevelde, pp. 209 à 242. 


56 LA PEINTURE FLAMANDE 


TRAVAUX DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIV: SIÈCLE. 


ENLUMINURE DE MANUSCRITS. — La miniature est le genre de peinture 
artistique le plus ancien dans nos provinces !. Elle seule avec l'émaillerie qui 
déjà au XIVe siècle produisait des compositions parfois pleines de grâce 
naïve et de coloris, peut nous donner une idée du style des travailleurs 
antérieurs aux Van Eyck; car c'étaient les mêmes peintres qui exécutaient 
pour ainsi dire à la fois les miniatures, les cartons de tapisseries (dont 
l'existence dès le XIVE siècle nous est attestée par les comptes de Bourgogne, 
et qui représéntaient déjà des scènes de genre, des pastorales, elc.), et 
enfin, beaucoup de ces travaux industriels qui sont de nos jours laissés à 
des manœuvres. Mais la miniature resta longtemps plus appréciée que les 
autres genres de travail; sa valeur demeura plus élevée d’après les soins 
qu'on y meltait, et si nous trouvons sous Philippe le Bon, par exemple, un 
vrai larif élabli pour les compositions peintes, les vignettes et les lettres, il 
n'en est pas moins vrai que pendant longtemps un bon enlumineur put se 
faire par son travail une position plus sûre et plus belle que les peintres de 
tableaux les plus renommés, et que tous ceux-ci ont été formés par la 
miniature. 

L'époque où ce genre fut le plus en honneur est sans contredit celle des 
règnes de Charles le Sage en France, et de ses fils ?. Ce prince avait formé 
dans le château du Louvre sa librairie qui comptait neuf cent et vingt 
manuscrits, la plupart historiés et qui furent achetés en 1449 par le duc de 
Bedford, frère de Henri V, pour 1,200 livres sterling, puis rachelés en 
partie par Louis XI pour 2,420 écus. 

Ce luxe trouva des imitateurs dans nos ducs et nos comtes, qui, tout 
en enrichissant certaines églises des productions des meilleurs artistes de 
l'époque, employèrent presque continuellement ces mêmes artistes à enlu- 


1 Les comptes de Blois montrent que le luxe en 1350 était encore principalement à 
l'orfévreric; voir CG! og Lasoroe, Preuves, t. IlT, p. 286, etc. 

2 Les grandes heures du duc de Berry (Bibliothèque nationale de Paris, lat. 919), terminé 
en 4409; style très ornemental et architectural. 


EE ———— ne 


nu — 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 37 


miner les manuscrits destinés à servir d'amusement intellectuel à la Cour, et 
parfois même leur confiaient aussi une foule d'occupations étrangères à la 
peinture ; car il semble que les peintres fussent encore regardés par eux 
comme les successeurs de ces serfs adroits qui au siècle précédent décoraient 
les demeures seigneuriales. 


PREMIERS TABLEAUX D'HISTOIRE. — Quoi qu'il en soit, dès lors on leur 
commandait de vrais travaux d'artiste, et cela, sans doute encore sous la 
pression religieuse, du moins dans nos provinces, car les premiers tableaux 
d'histoire que l’on trouve mentionnés sont destinés à des abbayes. 

En 1353 Jean Van der Most peint un martyre de Saint Liévin, en 1370 
Hugues Portier et en 1396 Philippe de Brouwere, d’autres sujets historiques 
pour l’abbaye de St-Bavon, à Gand *. 

En 1384 Jean Van Woluwe peint un diplyque pour l'oratoire de la 
duchesse Jeanne à Bruxelles, Jean de Hasselt, peintre de Louis de Male et 
de Philippe le Hardi, fait un tableau d’autel pour les cordeliers de Gand. 

Il ne faut cependant pas se faire illusion sur l'importance attribuée à l'art 
dans cette période initiale. 

Si déjà quelques tableaux .ornent les églises, si parfois des fresques à 
personnages commencent à décorer les murs des bâtiments de la commune 
ou des corporations, si les miniatures plus nombreuses attestent déjà en 
général un véritable progrès dans le sentiment et l'expression du talent, la 
peinture ornementale constitue le fond du véritable métier de peintre *. 

Les artistes n'avaient pas encore à s'occuper de grands travaux décoratifs, 
car on ne peut regarder comme tels les écussons, les branchages et les 
tentures que l’on employait aux fêtes de Louis de Male ou aux entrées des 
souverains ; mais ils puisaient leurs ressources en dehors du genre naissant 
des tableaux de chevalet, dans les vitraux, les cartons pour tentures, la 


1 Diericxx, Mémoires sur la ville de Gand; Edm. De Busscuer, Recherches sur les anciens 
peintres gantois du XIV" et du XV" siècle ; Ad. Singer, Dictionnaire des peintres. 

3 La peinture murale était toute décorative; voir WoLTmann, Geschichte der Malerei, p. 383. 
— Le style nouveau de décoration en Allemagne nait en 4300, chez nous vers 1350; voir 
WoLrmann, op. cil., p. 3717. 


38 LA PEINTURE FLAMANDE 


peinture héraldique ou ornementale des meubles, et dans les miniatures 


pour lesquelles l'engouement grandit à partir de la seconde moitié du 
XIVe siècle. 


VALEUR DES MANUSCRITS À MINIATURES. — En 1302 les statuettes en ivoire 
et les objets d'art du même genre valaient bien moins que les missels 1, les 
antiphonaires ou les graduels, qui donnaient d’ailleurs plus d'ouvrage aux 
artistes que les livres profanes. 

En 1304 Guillaume et Nicolas d’Aerschot, en 1346 Jean de Wesemaele 
écrivent et enluminent des missels à Louvain *?. 

Jacques Clinkart en 4351 est scribe à l’abbaye de Parc 5. 

En 1342 Robert de Valenciennes enlumine des antiphonaires pour le 
chapitre de S'e-Waudru. 

On peut juger du degré de valeur intrinsèque qu'atieignait l’enluminure 
dans nos provinces par le prix de quelques livres de l’inventaire # des biens 
du seigneur de Naast à Mons, en 1337; il varie entre 48 et 8 sols, ce qui 
est assurément peu de chose, puisque Daunou Ÿ affirme qu’un livre in-Folio 
valait en France, quelques années plus tard, 4 ou 500 francs d’aujourd'Eui. 
On voit que, parmi nos seigneurs, le goût liltéraire ne s’éveilla que par 
l'exemple de la France, car 5 sols étaient le prix d’une vignette en 139 8°, 
et 40 sols représentaient l'entretien d’un insensé pauvre pour compte de la 
ville de Louvain 7. 

Au surplus lenluminure faisait partie d'une vraie industrie ( la fabrica tion 
des livres ) et les peintres étaient souvent de plus entrepreneurs de relaure 
et d'illustrations ; ce métier fut surtout lucratif sous les règnes de Charles Ÿ 
de France et de ses fils. 


En 1416 un livre d'heures de Pol de Limbourg et de ses frères était prisé 


1 A. PincuanT, Archives des arts, t. I, p. 84. 

2 Id. id, t. I, p. 94. 

3 E. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 20. 

4 A. PincuarT, Archives des arts, t. 1, p. 84. 

8 Histoire littéraire de la France,t. XV, p. 35. 

6 C'e pe LABORDE, 0p. cit., Preuve 5879. 

7 E. Van Even, Louvain monumental, p. 38, etc. Comptes de Louvain , anno 1364, foL 14. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 39 


500 livres tournois, haut prix comparé à ceux que valurent les manuscrits 
enluminés pour Philippe le Bon ‘. D'ailleurs, en 1411-1412, un tableau 
d'or garni de pierreries était estimé à 500 francs. Une composition qui 
coûtait d'ordinaire un jour d'ouvrage à un peintre habile lui était payée 
10 sols tournois en 1398, une lettre à vignette 5 sols tournois ?, 

En 1395 Thevenin l'Angevin reçoit 300 francs pour l’enluminure de 
quatre volumes et autres livres el l'année suivante il est payé de nouveau 
pour d’autres ouvrages 5. Î] était donc mieux traité que Melchior Broederlam, 
(en 1385, peintre de Philippe le Hardi), qui recevait 200 francs de gages 
annuels. Or ce salaire était environ double de celui d’un peintre ordinaire, 
qui recevait en 1419, 6 ou 8 sous parisis de gages journaliers, et dont les 
dépenses montaient à 2 sous par jour *. 

Le médecin du duc en 1396 touchait 100 francs par an de pension ÿ. 

Angelot de la Presse, en 1398, reçoit 10 sols tournois par composition 
enluminée, 5 sols lournois par vignette et 12 livres 15 sous 8 deniers 
tournois pour 8304 lettres. La reliure valait 4 sous 6. 

En 1427 un religieux obtient 100 sous pour cinq images de saints et 
dix-neuf personnages lui sont payés 12 livres ”. Une grande figure valait 
donc environ 20 sous. Quant à la peinture, elle était précisément, comme 
valeur intrinsèque, estimée comme la sculpture, la menuiserie, la ferron- 
nerie, elc. Lorsque des peintres enluminaient des statues ou des meubles, 
étaient d'ordinaire payés sur le même pied que les ouvriers qui avaient fait 
ces ouvrages. 


VALEUR DE LA PEINTURE INDUSTRIELLE ET ARTISTIQUE. — En 1381, à 
Louvain, on donna à J. Van Lokeren 7 peters d'or pour la sculpture en 


! C'° ne Lasorne, Les ducs de Bourgogne, Preuves, p. cxxi1, Inventaire des biens du due 
de Berry et Preuves 926 et 1967. 
2 C' De Lasorne, Preuve 843. 


: Id. id. 5678 et 5709. 
5 Id. id. 22 et p. Lxxui. 
S Id. id. 3994. 

. " Id. id. 5879. 

7 


Id. id. 443. 


A0 LA PEINTURE FLAMANDE | 


bois d'un mannequin, et 4 peters au peintre qui dora et coloria cette pièce !, 

La proportion est ici en faveur du sculpteur; plus tard de nombreux 
exemples établissent une réelle égalité entre les deux métiers. 

En 1398 Garnier de Furnes reçut 16 sous parisis pour la peinture | 

| 


d'une grande bannière de cuivre ? et un chaudronnier obtint 18 sous parisis 
pour une de ces bannières. 

Les peintures sur verre se payaient à 16 sous parisis le pied 5. 

En 4399 uu sculpteur, pour la taille de trois pierres tombales, est payé à | 
raison de 6 livres parisis 4 Cette même somme est le prix d’une armoire en 
chène pour chapelle, et un escrinier reçoit 62 sous parisis pour deux beaux 
écrins en bois. Or, un tableau aux armes du duc à Zierickzée est payé 
60 sous et un enlumineur en 1396 reçoit 100 sols parisis pour avoir fine- 
ment décoré un tableau de bois. La comparaison nous semble aisée à faire. 

En 1401 un huchier recoit 6 sous 8 deniers pour un court travail dans 
le chœur d'une église, et un peintre qui repeint la robe d’une statue obtient 
5 sous ÿ. ÎT y avait peu d'ouvrage pour le huchier, car le même travail est 
taxé à 20 sous dans le compte précédent. De plus, les travaux étaient, pour 
ainsi dire, tarifés. 

En 1396 Jehan Parchet reçoit 20 livres tournois pour la peinture de 
deux berceaux pour l'enfant du duc d'Orléans et, en 1371, Jehan d'Orléans: 
avait reçu 86 francs pour celui de Jean sans Peur. 

Les comptes donnent les éléments de nombreuses comparaisons de ce 
genre (voir Preuves 5851, 5690, 5708, etc. ). 

En 1398 un écusson peint valait 2 sous parisis, c'est-à-dire la moitié du 
prix d'une lettre à vignette d’un missel 7. 

Tout indique la prédominance de l'élément purement manuel dans l'art 
de cette époque. 


= Rn 


nn PE eg ne, 


1 Éd. Van Even, Louvain monumental, pp. 46 ct 194. 
4 C' pe LABORDE, 0p, cit, Preuves 5908 et 5840, t. LI, p. 186. 


3 Id. Preuve 5849. | 
‘ Id. id. 5891, 4932 et 5814. 

Id t. 111, p. 479, Preuves 7360 et 7361. 

d Id. p. LxxIH1 et Preuve 5673. | 
7 Id. Preuves 5878 et 5879. | 


ET SON ENSEIGNEMENT. Ai 


Le miniaturiste Jean de S‘t-Éloy reçoit en 1399, 7 livres parisis pour 
des ouvrages certifiés par le charpentier du duc d'Orléans !. 

En 1342-1343, le duc de Gueldre retient à son service un orfèvre et 
un scribe aux gages de 1 livre de gros et une paire de souliers par an *. 

Un peintre ou un badigeonneur, c'était tout un 5. 

Le maitre des œuvres de Namur, en 1371, touchait de 20 à 30 livres 
par an. En 1354, celui de Blois avait 40 livres tournois de gages ; la 
pension du bâtard d'Orléans était de 300 livres tournois #. 

Or nous trouvons que Jehan Coste en 1355, au château de Vaudreuil 5 
décore avec ses ouvriers, de figures sur mur et d’imitations de marbre, une 
salle pour le prix de 600 moutons ou 240 livres tournois. Ce travail ne 
devait sans doute pas durer six mois, et si nous faisons entrer ses couleurs 
en ligne de compte, il était certes mieux traité qu'un architecte; ces prix 
n'étaient pas le fait d'un accord isolé, car si nous nous rappelons que 
Chr. Van den Wincle à Gand, en 1416-1417, avec ses apprentis touche 
environ 68 livres tournois pour l’enluminage des statues de la Boucherie °, 
nous remarquons que la proportion est assez bien gardée. 

Comme en 1337, 8 sous tournois représentaient la valeur d’un mouton ?, 
on peul approximativement juger de la situation aisée d'un ouvrier peintre, 
qu'il fût miniaturiste, peintre de portraits ou peintre en bâtiments. 


SITUATION AISÉE DES PEINTRES. — Nous sommes en effet fondé à supposer 
que Jean de Hasselt, en 13585-13868, employa pour faire un tableau d’autel, 
environ dix mois, qui lui valurent un salaire de 60 francs, et que Vranque Ÿ 
employa environ un mois pour achever le portrait de la Duchesse qui lui 


1 C'° pe LABORDE, op. cit., preuve 5916. 

2 A. PincuarT, Archives des arts, t. Il, p. 188. 

3 C'° 0e Lasonpe, op. cit., Preuve 5328, t. III. 

‘ Id. id. id. D355. 

5 Id. id. id. 7286, p. 460, t. III. 

6 Edm. De Busscuen, Recherches sur les peintres gantois du XIV' et du XV" siècle, pp. 7 
et 132. 

7 A. PixcaanT, Archives des arts, t. 1, p. 87. 

8 C'° pe LABoRDE, 0p. cit., Preuves 54 ct 269. 

9 Id. id. 


“Tome XLIV. | | 6 


42 LA PEINTURE FLAMANDE 


fut payé 6 francs 45 sous, ce qui prouve une fois de plus qu’à cette époque, 
rien ne différenciait l’art du métier, car ces prix équivalent au salaire de 
J. Coste. 

L'ornementation décorative était une suite naturelle des travaux barbares 
du XIe et du XI siècle, car elle constitue le premier luxe que l’on se permet 
après avoir fait exécuter de la peinture unie dans un but de conservation, 
d'hygiène ou de propreté ; d’abord les enduits préservateurs et les couches 
colorantes destinées à rafraîchir l'aspect ou à simuler des matières que lon 
n’a pas employées par mesure d'économie ; plus tard, les ornements destinés 
à flatter l'œil, à produire l'illusion et l'agrément. Enfin, les ouvrages de 
pure fantaisie, qui n’ont pour raison d’être que le goût, la profusion ou le 
caprice. Aussi le plus souvent les artistes dont nous rencontrons les moms, 
sont-ils des peintres héraldiques ou ornemauistes. 

En 1317-1318, Pierre le peintre ! orne une bannière et l’étenda rd de 
Malines. 

En 1328-1329 , Jacques Compère peint des targes, etc. ?. 

En 1351, Henri de scildere retouche un étendard, à Malines !; celte 
qualification de peintre, que l’on retrouve ailleurs aussi, semble indiquer 
que la ville contenait peu d'hommes du même métier. 

C'est vers 1338 que l'on trouve les premières décorations peintes sur le 
dais de Notre-Dame de Tournai; ainsi que les premières effigies de saints 
sur les bannières paroissiales de Gand. 

Malgré le développement graduel du goût chez les grands, les mœurs du 
temps étaient encore bien loin d'admettre la distinction si nettement établie 
de nos jours entre l’art et l’industrie; car non-seulement dans les confréries 
de St-Luc se trouvaient mélés les peintres de dernier ordre et ceux qui 
s’occupaient de tableaux ou de miniatures, mais encore le plus souvent, un 
ouvrier entreprenait sans hésiter des travaux de l’un et de l’autre genre. 

Nous pouvons même dire qu'en tout temps les gildes présentérent une 
prédominance du métier sur l’art, de nature à expliquer bien des vicissitudes. 


ÉTABLISSEMENT DES GILDES. — Cette époque ayant vu naître l’organisation 


1 Compte de la ville de Malines, ad annos. 
2 Edm. De Busscuer, Recherches sur les peintres gantois du XIV* et du ÆV° siècle, p. 125. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 43 


presque générale des gildes de peintres, il serait intéressant de dire en quoi 
consistait primitivement la réglementation de ces sociétés. 


ADMISSION DANS LES GILDES. — Le premier et le plus ancien règle- 
ment des échevins de Gand stipula que, pour être admis dans la gilde, il 
fallait être domicilié à Gand; on n’admettait pas d'étrangers, les jurés 
devaient recevoir du récipiendaire 8 escalins de gros; il payait en outre 
6 livres de gros d'entrée !, et faisait don au métier d’une coupe d'argent 
armoriée pesant une once de Troyes. 

Cette redevance était assez forte; on est donc en droit de supposer que 
ceux qui faisaient partie du métier élaient dans une position aisée, ce qui 
explique comment l'art est resté pendant fort longtemps pratiqué par un 
nombre assez restreint d'individus. Cette disposition nous fait présumer 
aussi que bien des compagnons, avant d'atteindre la maitrise, devaient 
souvent attendre un temps assez long , tant à cause de la redevance que du 
degré d'habileté qui était exigé d’eux. | 

Tout peintre devait, sous peine d’une amende de 40 livres parisis, employer 
de bonne incarnadine, de l'azur, et du sinople fins ?. Cette prescription 
dénote une certaine aristocratie artistique; elle était de nature à maintenir 
le haut prix des ouvrages, en même temps qu’à relever dans les artistes le 
sentiment du respect personnel et les empêchait de se faire les uns aux 
autres une concurrence nuisible à la généralité de leurs intérêts. 

Elle indique aussi, de même que la précédente, qu'à Gand Îles maitres 
faisant partie de la corporation devaient s'occuper souvent de travaux 
soignés ou artistiques exigeant des couleurs fines, mais encore que la 
peinture était envisagée comme une sorte de coloriage de couleurs vives. 

Le travail des femmes était défendu : nous trouvons la même disposition 


1 Désiré Van pe CasTeee, Keuren, livre d'admission et autres documents inédits, AnNnaLes 
pe LA Société D'ÉMULATION DE Bruces, 5° sér., t. 1, 1866, p. 417, — En 1397 une ghelte de vin 
coûtait 8 gros ou 4 escalins de Flandre; donc 6 livres de gros valaient 120 escalins ou 50 gheltes. 
Une once de Troyes d’argent valait en 1288, 5 escalins 1 ‘} gros; Voir Antiquités belgiques de 
Marshall et Bogaerts. 

3 À Tournai, on spécifiait les outils et les couleurs à employer; voir plus loin une note 
communiquée par Monsieur A. Pinchart. 


44 LA PEINTURE FLAMANDE 


à Bruxelles où il n'était permis de les employer qu’au broyage des couleurs !: 


ce que confirme l'ordonnance de 1415. 

Cette défense prenait sa source dans la fausse idée qui mettait la femme 
dans un état d'infériorilé (son travail pouvait donc nuire à la réputation 
de la corporation); mais cet article fut fort peu observé, même à Gand et à 
Bruxelles. 

À Bruxelles, pour être admis, il fallait être poorter, payer 6 vieux écus, et 
donner une ghelte de vin du Rhin pour les jurés et un quarteau pour le valet, 
mais on pratiquail largement la fraternité, car on était dans l'habitude d'offrir 
un banquet aux nouveaux confrères. Comme la redevance était infiniment 
plus modique que celle exigée à Gand, nous sommes en droit de supposer que 


l’affluence des aspirants était bien moindre, maïs aussi qu’il y avait moins 


d'artistes dans la corporation et qu'on cherchait par là à les attirer. 

À Louvain il fallait aussi être bourgeois. D'après la charte du 7 juillet 1331 
du duc Jean IIE, la franchise de la bourgeoisie s’obtenait au prix d’un gros 
tournois et d'une redevance annuelle de 40 escalins. Celui qui avait habité 
Louvain pendant un an et un jour payait 20 escalins au profit du prince & 
20 au profit de la ville. La somme à payer était de 42 sous pour l'entrée, 
prix d’une livre de cire. On ne pouvait introduire en ville une œuvre peinte 
sans payer 2 florins du Rhin. Dans cette ville régnait un esprit de tolérance 
artistique fort remarquable et qui ne lui nuisait pas, comme on peut sen 
convaincre par les travaux du XV: siècle. Mais aussi, contrairement à Gand, 
cité démocratique où les peintres réunis en corps devaient se soutenxr par 


leurs propres forces, à Louvain il y eut toujours une protection sérieusse de 


la part du clergé et des patriciens. | 
A Maestricht, le droit d'entrée à payer était de 6 à 8 florins de Horn. 
Les étrangers donnaient le double et fournissaient à la ville un seau à 
incendie. 
À Courtrai, pour ouvrir une boutique ou un atelier, il fallait payer 3 livres 
parisis, et, pour obtenir la maitrise, verser 40 gros dans la caisse de la 
confrérie. | 


: 4 Registre des ordonnances de métiers (1365-4501), fol. 9; ordonnance du 2 novembre 1387: 
Archives de la ville de Bruxelles. 


ne ame = ” 


Cl 


ET SON ENSEIGNEMENT. 45 


À Anvers, l'ordonnance de J. Van Immerzeele datée de 1382 exige du 
récipiendaire la qualité de Poorter ‘, plus 2 sware guldens pour l'entrée en 
apprentissage et la même somme pour la maitrise. Remarquons que partout 
ll y avait un article bienveillant et restrictif qui permettait à la gilde 
d'exempter pour des motifs particuliers un récipiendaire soit du payement 
en tout ou en partie, soit des conditions d'apprentissage. À Maestricht la 
régence se réservait le droit de prononcer des exemptions dans des cas 
particuliers. 

En 14921, le métier des peintres à Gand, d'après un document publié 
par M. Félix de Vigne, avait pour complaire à la duchesse Michelle, admis 
Hubert et Jean Van Eyck à la libre pratique de l’art. Il y avait donc déjà 


des hommes auxquels on reconnaissait un talent digne de récompense, 
mais nous verrons bientôl jusqu'à quel point on croyait devoir leur témoigner 


des égards exceptionnels et quelle position leur était dévolue. A Bruges les 
frais de maitrise s’élevaient à 2 livres de gros ; pour les étrangers à 3 livres. 

Ces sociétés étaient, semble-t-il, fort bien organisées sous le rapport de 
l'administration. 


DIRECTION ET ADMINISTRATION DES GILDES. — Le fond en élait toujours 
identique, mais selon l'esprit de chaque ville, les échevins avaient varié 
quelque peu la composition du Serment, c'est-à-dire des notables du métier 
astreints à préter le serment en leurs mains. 

A Louvain, la confrérie fut d'abord régie par quatre meesters élus par les 
membres. Les meesters (gouverneurs) faisaient les comptes annuels; chaque 
année deux d’entre eux quittaient leur emploi et étaient remplacés par deux 
autres (article vu). Ils avaient le droit d’assigner la gilde à se réunir au 
jour qu'ils indiquaient. Le banquet annuel était obligatoire. | 

A Gand, d’après l'ordonnance provisionnelle de 4541 (article xvi), les 
fouctions du doyen et des jurés ou sous-doyens étaient annuelles; ils étaient 
obligés de rendre compte de leur gestion en présence d'un échevin délégué 
et de leurs successeurs. Cette direction élait, à peu de chose près, la nee 
dans toutes les gildes. 


1 3.-B. Van Der STRABLEN, Jaerboek der vermaerde en kunstryke Gilde van Sint Lucas, p, 3. 


46 | LA PEINTURE FLAMANDE 


La gilde de Bruxelles avait un doyen, un sous-doyen et des jurés. 

Celle de Bruges un doyen et deux gouverneurs ou trésoriers. 

À Malines les échevins choisissaient deux fonctionnaires parmi six roms 
d'élus. Outre les deux doyens il y avait un doyen d'àge, deux trésoriers ou 
busmeesters, deux jurés ou waerdeermeesters. 

À Maestricht, le jour de la S'-Remi , se faisait l’élection des experts et du 
gouverneur ou doyen. 

La gilde d'Anvers était sous l’autorité d’un Prince, d’un chef-homme, 
d’un doyen et de deux commissaires dont l’un échevin d'Anvers et l'auire 
secrétaire de la ville. [y avait trois jurés, un pour chaque métier. 

Le doyen se nommait opperdeken et était assisté d’un sous-doyen #2ede- 
deken nommé chaque année ; il administrait la gilde et rendait ses comptes 
aux commissaires. | 

D'ordinaire les gildes avaient encore un doyen d'âge ( ouderling ) ?. 

Dans le pays de Liège les méliers avaient des rewardeurs ou jurés, des 
gouverneurs, des grefliers et des rentiers outre le varlet de la corporation. 

À Namur, au 1% mai de chaque année on élisait quatre jurés, obligés 
d'accepler cette charge sous peine d’une amende de douze florins ou de 
privation du métier. Ces jurés élaient tenus de paraitre au mariage ou à 
l'enterrement d’un confrère. | 

A Mons la gilde était administrée par des maîtres connétables, nommés 
par les échevins pour faire observer les règlements, et par deux regards; 
les comptes étaient rendus aux échevins comme dans les autres villes. On 
conserve aux Archives communales de Mons trois comptes de la corporation 
des peintres, des sculpteurs et des vitriers ; le valet s'y nommait sergent. 

À Tournai l'organisation était plus stricte et plus sévère que dans d’autres 
villes, ce qui dépendait de l’ingérence des métiers dans les affaires de la 
commune. 

Il y avait un doyen et un sous-doyen dont l'élection se faisait tous les ans 
le lendemain de la S'-Luce. Les élus se rendaient alors à l'hôtel de ville 
pour prêter serment: il fallait qu'ils fussent nés à Tournai ou habitant là 
ville depuis sept ans. Le doyen et le sous-doyen, d'après le règlement 


‘ A. VANDENPEEREBOOM , Annales de la West-Flandre,.t. I, p. 55. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 47 


homologué par Charles VIT en 4424, connaissaient des délits de leurs 
suppôts et pouvaient prononcer contre eux une amende qui n'outre-passait 
pas 10 sous tournois. Ils nommaient aussi les eswardeurs (jurés) pour juger 
de la bonne qualité des travaux. Le grand doyen (élu entre les doyens) tenait 
le siège de la juridiction, dans la chambre des arts et métiers, pour juger 
les contestations et déterminer tous les détails de l’organisation des métiers !, 

À S'-Trond, en 4404 2, les seigneurs prescrivirent un règlement des 
métiers. Dans cette ville la corporation des fêvres ou forgerons, la plus 
mait le métier des peintres avec plusieurs autres 5. Elle avait un doyen et un 
conseiller (ractsman ). 

L'emploi de doyen consistait à maintenir l'ordre, le règlement et la 
qualité du travail, à juger et à punir les contraventions, sauf appel au 
magistrat, qui d'ordinaire renforçail la peine pour obliger les confrères à la 
subordination f, 

Les vinders ou jurés l’aidaient dans l'accomplissement de sa tâche et 
devaient examiner l'ouvrage des suppôts. 

Le juré de service était obligé de veiller à ce que le greffier fit bien son 
office. 


UTILITÉ DES GILDES. — En général pendant cette première période, voici 
quels étaient les résullats de l'institution des gildes : 

Le travail était surveillé et soigné ; le nombre des peintres venant parti- 
ciper aux commandes était restreint , et les apprentis obligés d'atteindre une 
certaine habileté pratique avant de leur faire concurrence. Par cela même 
le prix des œuvres et leur valeur d'estimation dans le public restaient plus 
élevés, mais la quantité en était moindre, ce qui n'était pas un mal, vu Île 
degré assez faible de l'expression artistique. 

Dans les villes où, comme à Gand, les révoltes ou la constitution 
démocratique ne laissaient pas aux artistes beaucoup d'occasions de parti- 


{ PourTrain, Histoire de Tournai, p. 586 

2 CourrTeioie, Histoire de la ville de S'-Trond, p. 317. 

8 J. Heunic, Histoire de lu peinture au pays de Liège, p. 97: 
# J. Girard, De ambachten en neringen van Brugge, p. 34. 


48 LA PEINTURE FLAMANDE 


ciper aux faveurs de la Cour, l'union de la gilde leur permettait d’être 
considérés el pris au sérieux par les riches bourgeois et les confréries 
religieuses (füt-ce même pour des ouvrages industriels), et de maintenir 
leurs prix en rapport avec leur capacité ou les nécessités de la vie. 

La constitution de la société et la garantie des doyens donnaient une 
certitude aux amateurs pour l'exécution de leurs commandes, parce qu'ils 
n'avaient pas à craindre de les confier à des mains inexpérimentées. 

En somme donc, celte institution était utile au XIVe siècle pour les 
artistes. Quant au progrés de la peinture, elle dut avoir fort peu d'influence 
pour des motifs que nous avons déjà déterminés plus haut, et les rap ports 
fréquents et fraternels des artistes entre eux ne furent sans doute utiles que 
pour l'exécution en commun de grandes commandes. En effet, chacun gardant 
le silence sur ses travaux particuliers, il n’en résultait aucun échange d’idées 
et tous ayant un même degré d'éducation, peu de perfectionnement. 

C'était évidemment dans la garantie d’un bon travail et de la bonne 
qualité des matières employées que gisait pour le public (que représen- 
taient les magistrats), l'utilité de la gilde; mais elle offrait des avantages 
sérieux aussi aux peintres en les protégeant contre une concurrence désor- 
donnée, dangereuse à la fois pour leurs intérêts, et pour l’art lui-même. 


DISPOSITIONS RELATIVES AU TRAVAIL. — Dans la période primitive surtout, 
les dispositions qui regardaient l'exercice du métier et la garantie des tra vaux 
avaient donc une importance extrême, car elles donnent la mesure des choses 
regardées comme indispensables à un bon ouvrage. 

Elles indiquent aussi quel était le genre d'occupation le plus habituel aux 
suppôts ; ainsi, à Mons un article des statuts homologués le 17 juillet 4 481 
porte : « que nulz peintres ouvrer ne puissent de couleur à oïlle, se le fons 
n'est bien empriemez ne aussi d'or party avec fin or et que nul ne mette ce 
dit or party en or couleur se ce n’est pour le jouste , pour le tournoy ou pour 
la guerre, et avec ce, que nulz ce dit or party ne brunisse sur bos Sur 
enquéyr qui feroit du contraire pour chacun de ces poins en l’amende de 
x sous tournois, appertenant le tierch à nostre redoubté seigneur et ung 
aultre tierche à la dite connestablie et le surpluz à celui ou ceulx qui feroient 


ET SON ENSEIGNEMENT. 49 


rapport, avecq l'ouvrage estre amendé ! »; à Bruxelles les peintres batteurs 
d'or et vitriers ? pouvaient seuls faire des tables d’autel, des ouvrages d'église 
ou de tentes, en or fin; il leur était interdit d'exposer ces objets au marché 
sans qu'ils fussent garantis. | 

Cette disposition mentionne précisément le même genre de travaux que 
nous avons désigné, plus haut, comme ayant été le plus ancien sur lequel 
l'art laïque ait eu à s'exercer. De même nous trouvons dans les statuts de 
la confrérie d'Anvers qu'on ne pouvait peindre ni vendre des pièces sculptées 
non marquées et que les jurés devaient examiner et garantir toute pièce déjà 
peinte, pour assurer la qualité de l'or, etc. 

L'ordonnance de l'écoutête J. Van der Brugghen ne parle point de 
tableaux 5, mais bien du coloriage de sculptures. Un peintre ne peut étoffer 
de statues ou de tables qui ne soient de bois sec et poinçonnées par les 
régents. De même il ne peut le faire par un temps de gelée; il emploiera 
de bon or sans mélange. Tout ce que l’on étoffera en fait de mains, de 
visages, etc., sera d’abord ébauché ( gedootverwet ), etc.; c'est encore la 
peinture de la première période. 

À Bruges les statuts anciens n'’établissaient peut-être pas une démarcation 
très nelte entre les artistes et les peintres artisans , mais en 1458 il fut établi 
que les décorateurs ne pouvaient se servir de couleurs à l'huile dans la ville. 

La grande renommée acquise par les œuvres des Van Eyck était certai- 
nement pour beaucoup dans cette prohibition. Toutefois il leur était permis 
d'étoffer des statues et d'autres objets à condition de ne pas les exposer , el 
encore celte clause ne put-elle tenir que jusqu'en 1462, car les décorateurs 
formèrent depuis lors une section avec les autres peintres #. 

Or les registres qui datent de 1453 avaient élé commencés dans un esprit 
très aristocratique en ce qui concerne la peinture, ce qui n’empéchait pas 


{ Cartulaire des métiers, t. 1, fol. 31 à 36. Archives de la ville de Mons. 

2 Henne et WauTens, Histoire de Bruxelles, t. 11, p. 570. 

5 Ordonnance du 9 novembre 1470 ; Jaerboek der vermaerde en kunstryke Sinte-Lukas Gilde, 
1855, p. 15. 

# GaizuiarD, De ambachten en neringen der stad Brugge, 1854, biz. 15, 34, 161 et 615; 
Annales de la Société d'Émulation de Bruges, 3° sér., 1866, t. 1, p. 57; Le Beffroi, t II, 
p. 298, etc., et J.-J. Desuer, Recueil de mémoires, t. Il, p. 580. 


Tone XLIV. 7 


50 LA PEINTURE FLAMANDE 


les décorateurs de tentures de cuir, les selliers, de faire depuis 1356 parlie 
du même métier. 

L'intérét général de tous les métiers les portait à se fusionner et en 
même lemps à former une fédération formidable pour empêcher tout abus 
de pouvoir, pour se mainlénir en possession du monopole industriel ou 
commercial, pour être mieux à même de secourir chacun de leurs mem bres 
en cas de malheur, el comme nous l'avons dit, pour soutenir par la bonne 
qualité du travail sa valeur intrinsèque, qui était, pour ainsi dire, le capital 
social. 


CARACTÈRE RELIGIEUX ET MORAL DES CORPORATIONS DE S'-Luc. — Aussi long- 
temps que le pouvoir religieux sembla aux ouvriers artistes la meilleure 
protection pour leurs intérêts, tant par son action morale sur les princes etles 
seigneurs , que par ses richesses et son organisation complète qui s'étendait 
au loin , ils ne songèrent pas à s’en affranchir, malgré le désir d'indépen- 
dance qui couve au fond du cœur de tout artiste. 

Mais dès le milieu du XIVe siècle, quand les souverains commencèrent à 
faire preuve de quelque goût pour les arts, et que d'autre part les privilèges 
oblenus par les communes eurent gratifié celles-ci d'une existence presque 
autonome el, par suite, permis aux magistrats d'exercer leur pouvoir même 
sur les clercs, les métiers de peintres et de sculpteurs voulurent jouir aussi 
d’une existence propre. 

Le clergé n’y mit point d'opposition , car il sentait que déjà la puissance 
lui échappait, mais il consacra désormais ses efforts à organiser de nouvelles 
confréries de pure dévotion, qui indirectement lui laissaient l'ingérence 
dans toutes les questions, parce qu’elles comprenaient des hommes de toute 
condition. | 

L'esprit des corporations était incontestablement basé sur l'ordre, la morale 
et surtout sur la piété; dans les Flandres, on s’occupait davantage de l'intérêt 
mercantile , et l’esprit des corporations wallonnes était plus guerrier. 

Non-seulement les compagnons faisant partie de la frairie, selon l’expres- 
sion namuroise, devaient se prêter mutuellement secours; non-seulement des 
peines sévères étaient comminées contre celui qui insultait ou battait un de 
ses confrères , n’assistait pas aux noces ou à l'enterrement des membres de 


ET SON ENSEIGNEMENT. 1 


la corporation , négligeait de se rendre aux réunions obligatoires , insultait 
ou violentait les jurés ou le valet et refusait d'obéir à leurs ordres !, mais 
encore les apprentis et les aspirants à la maitrise devaient être de bon nom ct 
bonne fame et les premiers étaient tenus de servir leur maitre léallement ?. 

Pour obtenir la franchise à prix réduit, il était nécessaire d'être enfant 
légitime. Dans les premiers temps 5 l'admission des femmes n’était pas Lolérée; 
plus tard on admit les jeunes filles de bonne réputation au même prix que 
les hommes. 

Ces dispositions sont générales ; à Namur il était stipulé que les étrangers 
légitimes, possesseurs d’une attestation de prud'homie et n'élant pas sortis 
de leur résidence pour vilain cas, payeraient 30 florins pour pouvoir tenir 
boutique. 

À St-Trond, en 1523, un bâtard 5 n'obtint la franchise qu'à condition 
de faire peindre la légende de Saint-Éloi dans la chambre du métier. 

À Bruges #, il fallait justifier de son origine et de sa bonne conduite; s’il 
arrivait-à un apprenti de ne pas se conduire loyalement envers son maitre 
ou le métier, il devait faire amende honorable avant d'obtenir la franchise ÿ. 

Sous le rapport moral, il est évident qu'en ces siècles on ne pouvait 
demander mieux et, de toute facon, il n'a jamais nui à un artiste d’être 
honnête homme , malgré le proverbe populaire qui veut qu'une conduite 
déréglée aiguise le génie. 

La corporation faisait preuve de prévoyance et de charité fraternelle. Le 
montant des amendes revenait pour un tiers à ses pauvres 6, car chaque 
corporalion avait sa caisse des pauvres ou de secours (armbussen), légalisée 
par le magistrat. L'admission de personnes ayant plus de 40 ans à ces sortes 
de tontines était interdite et il fallait y contribuer un an après l’inscription à 
la maitrise ’. 


BoncnerT, Hisloire du comté de Namur, p. 155. 

Livre des trente-deux bons métiers de la cité de Liège, p. 349, MS 52. 

J. HeLsic, Aistoire de la peinture dans la principauté de Liège, p. 97. 
Annales de la Société d’Émulation de la Flandre vccidentale, 1866, t. 1, p. 2. 
F. De Vicne, Mœurs et coutumes des corporations, pp. 21 et 33. 

Messager des sciences et des arts de Belgique, 1847, p. 60. 

Henne et WaurTers, Âistoire de Bruxelles, t. 11, pp. 570 et suivantes. 


JO D Œ OO D — 


52 LA PEINTURE FLAMANDE 


L’apprenti ou le compagnon qui épousait la veuve d’un maitre obtenait 
la moitié de la franchise. | 

L'union entre confrères semble avoir été en tout temps satisfaisante el 
plusieurs dispositions tendaient à traiter la gilde sur le pied d’une véritable 
famille. À Liège, s’il advenait qu'un maitre ou fils de maitre eût plusieurs 
femmes ou enfants, ils étaient tous considérés comme natifs du métier et la 
dernière femme survivante était mise au rang de fille de maître; mais cette 
faveur ne s’étendait à la veuve d’un bâtard que durant le temps de son 
veuvage. Et ce qui est le moins contestable, c'est l'esprit de piété qui régnait 
dans ces corporations. Après la réception de la maitrise, on était tenu de 
prêter le serment d'usage ?. 

À Louvain le 4° article du règlement ordonne l'entretien dévotieu x de 
l’autel et de la chapelle 5. 

Dans cette ville chaque apprenti devait fournir à l'autel une livre de cire. 
Chaque membre devait assister aux funérailles d'un confrère décédé, et le 
18 octobre , à la messe solennelle de St-Luc , sous peine d'une amende de 
4 ou 2 plecken. Cette amende montait à Maestricht à 2 livres de cire. 

A Tournai, avant de commencer les plaids à la chambre des arts et métiers 
on célébrait la messe, et la gilde assistait tous les ans à la procession de la 
Ste-Croix , précédée de ses doyens en robe rouge 

À Courtrai la corporation conclut le 10 janvier 4585 avec les marguil- 
liers de St-Martin un accord dont les articles prouvent que les préoccupations 
pieuses était de la plus grande importance pour elle 5. 

Nous aurons plus tard à nous occuper encore de ces tendances religieuses 
des corporations, qui n'ont rien de surprenant, vu que c'est sous l’égide 
protectrice du clergé que l'art a pu éclore et commencer à se développer. 

1] y avait au moyen âge des dispositions spéciales se rapportant aux 
métiers et dont il est bon de parler parce qu’elles caractérisent l'époque- 

Ainsi parmi les premières nous remarquons celle qui permettait aux 


1 J. Gaiuuiano, De ambachten en neringen van Brugge, p. 54. 

2 F. De Vicne, Mœurs el coutumes des corporations, pp. 21 et 33. 

8 Ed. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 215. 

* Bozière, T'ournai ancien et moderne, p. 311 ; Cousin, Histoire de Tournai. 
% Archives de Courtrai, fol. 43. Registre des actes et contrats, 1584-1586. 


> nus ER SR 


ET SON ENSEIGNEMENT. 03 


patriciens de se faire inscrire dans un mélier sans l’exercer, ce qui se faisait 
souvent pour atteindre aux fonctions échevinales. 

La peinture, faisant partie des pelits métiers, ne pouvait servir à ce but, 
et comme on ne trouve qu'à Louvain des personnes d’un rang élevé inscrites 
dans la gilde de S'-Luc, il est intéressant de constater que leur mobile était 
vraiment l'amour de l'art. L'article 41 du règlement de cette ville stipule 
que les personnes des lignages qui voudront se récréer à la peinture ou en 
faire métier, ne peuvent être forcées à prendre la maitrise et ne seront 
gênées en aucune manière. 

Cependant, en 4529, un jugement des échevins statua contre un patricien, 
parce qu'il vivait de son pinceau, ce que prouvérent les régents {. 

Il était permis à tout ouvrier de faire travailler quelqu'un à sa place, 
mais lui-même ne pouvait pendant ce temps s'occuper ailleurs. 

Le père qui travaillait avec son fils ne pouvait tenir qu’un ouvrier et 
celui qui avait deux enfants ou plusieurs peignant avec lui ne pouvait 
avoir aucun ouvrier; mais cette règle fut souvent enfreinte; par exemple, 
dans les ouvrages importants qui exigeaient l’action collective de plusieurs 
travailleurs, un maitre peintre engageait un certain nombre de compagnons, 
ayant déjà fini leur apprentissage, comme Gilles de Man à l'hôtel de ville 
de Bruges, ou Jean de St-Omer, à Utrecht, ou bien il s'accordait avec 
d’autres maitres qui travaillaient chacun avec leur apprenti, ainsi que nous 
le voyons dans les comptes des entremets de Bourgogne. 

La durée du travail était déterminée au moyen âge; il était défendu de 
s’y livrer pendant la nuit ?. 


CHANGEMENT DE CARACTÈRE DE LA PEINTURE AU XIVe siÈcce. — C'est avec 
la naissance des gildes que nous voyons une modification se produire dans 
l'expression artistique ; au lieu de cette sorte de peinture archaïque, barbare, 
composée d'un naïf contour et de couleurs vives et plates, nous voyons peu 
à peu surgir de l'adresse manuelle, une ornementation riche, des formes 
d'un style assez noble et caractérisé, quoique peu correct et plus raide que 


Ed. Vax Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 213. 
2 Henne et Waurens, Histoire de Bruxelles, t. I], pp. 570 et suiv. 


4 LA PEINTURE FLAMANDE 


naturel, mais en même temps des fragments symétriques tels que, par 
exemple, la tiare du Père éternel, les auréoles, les banderoles, les ca éru- 
bins à ailes, des anges dans les coins du tableau et certains détails tout 
à fait monochromes t; il y a enfin des qualités décoratives, unies à un soin 
minutieux, et ayant quelque ressemblance avec les caractères de l’&vcole 
de Cologne, qui, elle-même, les avait empruntées aux œuvres byzantänes, 
idéal inspirateur de tous les artistes pieux de cette époque. 

Cette situation subsiste jusqu’à l'ère nouvelle des Van Eyck. 

Parmi les peintres de nos provinces, ces caractères décoratifs ou étran- 
gers (car les opinions sont divisées à cet égard) ne se montrent ja maïs 
séparés de réminiscences du style national, réaliste ou même un peu barbare, 
et ce mélange constitue une des grandes attractions de notre art ancien. 

Il est évident que chez eux ce style outré et conventionnel était le produit 
de l'éducation, et c’est ainsi que l'on a cru pouvoir affirmer leur dépendance 


de l’école germanique. Mais nous croyons qu'il est possible d'expliquer plus 


sûrement celle anomalie. 


LA BASE DE LA PEINTURE ARTISTIQUE ÉTAIT LA DÉCORATION RELIGIEUSE. — 
L'école allemande eut d’abord à s'occuper de décoration pieuse et son style 
a été la suite nécessaire des travaux des compagnies de sculpteurs, car il a 
fallu que les peintres se missent au niveau de ces derniers, non-seulement 
par la polychromie de statues, mais par toute l’ornementation accessoire des 
églises. 

Ce fait n’est pas particulier à l'Allemagne , il en fut de même en France 
et dans nos provinces ; seulement, chaque nation a traduit cette expression 
proposée dans le langage qui lui était propre. La nôtre n’a pu s'empêcher 
d'y mettre son sentiment réaliste qui contraste souvent avec des nécessilés 
de convention. 

Il y avait donc une tradition ?, dont les modèles étaient journellement 
à la portée de tous dans les églises, comme sulpture d’abord et peinture 


1 Caows et CavALCASELLE, Les anciens peintres flamands, t. 1, p. 20. 

2 Crowe et CavaLcaseLLe, Op. cil., t. 1, p. 150; le buste sculpté de Saint Pierre à l'église 
S'-Jean de Latran (XIV° siècle) nous montre le type de détails conventionnels usités par les 
maîtres germaniques, les Van Eyck, ete. ; voir Seroux D'Acincounr, Histoire de l’art par les 
monuments, t. IV, pp. xxv1 à xxx. 


0 2 0000 Pom oo mm mm 


ET SON ENSEIGNEMENT. DD 


décorative plus tard; ces deux métiers d’ailleurs se rencontrent toujours réunis 
au moyen âge. Les églises étaient les musées de nos ancêtres. 

L'expression artistique devait revêtir des formes et un aspect qui ne 
fussent pas en contradiction avec le milieu auquel elle était destinée. 

La dorure et le coloris éclatant, la lumière diffuse, les formes sculpturales 
des draperies, des poses, des ornements qui s’alliaient admirablement avec 
la peinture héraldique et avec la peinture monumentale en détrempe, tout 
nous indique que la base de l'éducation des peintres était le travail décoratif 
religieux. D'ailleurs l’ornement était partout de même nature et s'appliquait 
aux châteaux comme aux églises ; mais la figure décorative était essentielle- 
ment sculpturale et religieuse , et inspirait l'artiste dès ses premières années. 


L'APPRENTISSAGE ÉTAIT PUREMENT PRATIQUE ET PROFESSIONNEL. — Î] suffisait 
à l'apprenti, pendant les quatre années qu'il passait chez un maitre, de 
compléter par le dessin géométrique, dans ses moments de loisir, les notions 
d'ornement qu'il rassemblait forcément (comme les ouvriers de nos jours ), 
en aidant les peintres dans leurs travaux industriels, c'est-à-dire, en 
préparant les couleurs, en traçant les poncis des cartons du maitre, en 
suivant au pinceau des ornements indiqués ou Îles draperies dont les plis 
étaient bien accentués; plus tard seulement, quand il donnait des preuves 
d'habileté, il osait s'attaquer aux carnations. Le jeune peintre arrivait ainsi 
à ce qu'exigeait l’art de ce temps, à gagner une grande facilité de main, à 
classer dans sa mémoire les contours, les attitudes, les ornements, les plis 
. habituels, dont on retrouve des traces dans les tableaux même les plus 
réalistes du XIVe et du XVe siècle; enfin, il s’habituait à la lumière 
demandée par l'art monumental, de manière à ne pas se laisser distraire, 
en voyant la nature, par l'effet du soleil ou les mystères de l'ombre; enfin, 
à certaines alliances de couleurs chatoyantes que nous retrouvons surtout 
dans l’école allemande, dans T. Bouts et plus tard dans J. Massys, et qui 
avaient pour origine une nécessité décorative. 

On avait senti de bonne heure le besoin de reproduire certaines choses 
d'une façon idéale, symétrique, ornementale ‘. 


1 Voir l’Album de Villard d'Honnecourt, architecte du XDI° siècle (publié par Lassus); voir 
aussi les MSS n° 2910 à 2920, 281, 1795-1796, 50, 56 et 40 de la Bibliothèque royale de 
Bruxelles, et le Passional de l'abbaye de S'-Gérard de Brogne (au séminaire de Namur). 


56 LA PEINTURE FLAMANDE 


LE TRAVAIL NE SE FAISAIT PAS D'APRÈS NATURE. — Le travail était coraven- 
tionnel ; l’enluminure dans cette période ne comportait pas l'étude directe 
d'après nature, comme on la rencontre souvent chez nous au XV: siècle; 
tout s’y faisait de mémoire et de convention, principalement dans l’école 
allemande. 

Il ne faut pas oublier que le déplacement d’un artiste exigeait alors de 
grandes difficultés ; la détrempe demandait du feu comme l'huile (des bziches 
à ardoir) des récipients, escabeaux, chevalets, etc. 

On ne pouvait done, comme aujourd'hui, aller prendre la nature sur le 
fait. Les modèles vivants étaient rares : tout au plus des amis, des serviteurs, 
la famille du peintre, ou peut-être un mendiant çà et là; le temps d'un 
artiste était compté ; il devait fournir sa besogne comme un artisan, coûte 
que coûte. La détrempe excluait les repeints, il fallait donc savoir pour 
oser affronter un tableau et avoir, par un long exercice manuel, acquis la 
confiance nécessaire pour aborder une œuvre magistrale. Tout cela éloignait 
. du travail direct d’après nature et le remplaçait par l'action de la mémoire, 
d’un sentiment profond et sincère, et par l’habileté pratique. 

De plus, chose que nous remarquons surtout au XV: siècle, tous les 
peintres, même les plus coloristes par tempérament, avaient adopté une 
lumière uniforme. 


ÎL Y AVAIT UN PRINCIPE CONVENTIONNEL DE LUMIÈRE. — Cet effet lumineux, 
tranquille, que l’on observe surtout dans les peintures monochromes, élait 
indispensable à l'aspect des travaux d'église ; aussi, point de touches heur- 
tées, de tons diversement composés, dans une carnalion, par exemple; 
un ton général qui parfois tient plus de la cire que de la chair et qui 
arrive au relief par le clair, l'ombre et d’infinies demi-teintes de transition, 
tel était le travail de ces nombreux décorateurs, tels que Jehan Coste, 
Girart d'Orléans, Malouel, etc., desquels un Broederlam, par exemple, n€ 
se distingue encore que par un sentiment plus profond de la nature, un 
goût plus délicat. 


L'ÉDUCATION ÉTAIT BORNÉE A L'APPRENTISSAGE MANUEL. — Dans une pareille 
situation, de quelle sorte pouvait étre l'éducation artistique ? Évidemment, 


RP js 


me gn n 


ET SON ENSEIGNEMENT. 57 


dans un art qui semble tout entier de tradition, dont les données étaient 
le plus souvent imposées, et qui se formait infiniment plus de métier que 
d'art proprement dit, l'enseignement ne pouvait prétendre à quelque initia- 
tive, à quelque progrès dans la méthode. Sans être absolument astreints 
comme en Égypte à des types immuables, à une série de modèles dont il 
était défendu de s'écarter, les artistes ne jouissaient cependant, dans les 
premiers temps, que d’une bien faible liberté morale. 

Le code de la gilde retracait leurs principales obligations ne 
et parfois dans une grande minutie ; les doyens et les anciens exerçaieat sur 
leurs travaux une surveillance sévère et continue et enfin les commettants 
leur indiquaient souvent, d'une manière fort stricte et détaillée, de quelle 
façon ils voulaient que l'ouvrage ! füt traité. 

Nulle part on ne saurait découvrir de traces d'écoles de dessin ou de 
peinture, parce que, loin de songer au développement de l’art, comme 
de nos jours, les maitres étaient de simples ouvriers, entrepreneurs ? ou 
travaillant en famille, et considéraient les commandes qui leur étaient faites 
comme une besogne manuelle qui devait leur donner la subsistance et non 
comme une sorle de capricieux délassement. 

Il n'y avait pas alors des artistes faisant à l’occasion œuvre d’ouvrier, 
comme on le vit plus tard au XVI: siècle ; il y avait bel et bien des artisans, 
convaincus et désireux de faire œuvre d'artiste, ce qui leur était parfois 
(trop rarement ) permis, et qui, dans ces grandes occasions, s’élevaient au- 
dessus de leur sphère, par un effort d'enthousiasme et d'ambition. 

De nos jours nous n'avons plus cette foi ardente et profonde, nous 
n'avons plus cette naïveté d'impressions , ce sincère élan vers un idéal qui 
pourrait faire comparer ces hommes primitifs à des sauvages admirablement 
doués, et cependant que verrait-on encore parfois, autour de soi, si l’on 
voulait s’en donner la peine ? Des enfants sans maitre aucun , débutent dans 
la carrière artistique par des essais étonnants de sentiment ou de couleur, 


4 Voir les contrats de Saladin de Scoenere à Gand, Thierry Bouts à Louvain (Comptes de 
Louvain, fol. 460, 4479-1430), et Mémoires sur la ville de Gand, par Dierickx, t. Il. 

2 À WauTens, Histoire des environs de Bruxelles, p. 178, et E. Vax Even, Louvain monu- 
mental, p. 157. 


Tome XLIV. 8 


D8 LA PEINTURE FLAMANDE 


des ouvriers sans éducation aucune, exécutent parfois des enseignes ou des 
portraits que l’on peut trouver burlesques, mais qui, incontestablement, 
possèdent souvent des caractères semblables à ceux des œuvres du haut 
moyen âge. Nous en avons vu produire sous nos yeux et cela nous a donné 
la conviction que la peinture dans ces siècles était autodidactique et, pour 
ainsi dire, sans éducation autre que l'impression de la nature guidée par la 
vue continuelle d'œuvres de même style. | 

On comprenait le rendu par le trait et la couleur, non par l'effet. La 
couleur ne s’enseigne pas, elle existe en germe dans l'organisation de l'artiste, 
et de nos jours, dans nos ateliers, on n'en fait pas éclore le sentiment, on 


cherche seulement à le développer et à le raffiner. 


ÉLÉMENTS DU DESSIN AU XIV® sièce. — On ne saurait trouver, avant 
les Van Eyck, que peu de traces de dessins en clair-obscur ou de 
grisailles . En revanche la ligne est remarquable et mérite de nous arréter 
un instant ?. | 

La gravure n'existait pas encore et ne pouvait donner de modèle aux 
élèves. Les ouvriers de peinture , en fait de dessins , ne faisaient évidemment 
que ceux qui leur étaient utiles ; par exemple, des cartons ou modèles pour 
sculptures ou tapis, ou le dessin de leurs tableaux , qui demandaient eux- 
mêmes un temps fort long. 

Mais déjà ce petit nombre de dessins exécutés sous les yeux des apprentis 
constituaient un enseignement; serait-ce là tout ce que nous pouvons inférer 
de ce passage 5 de J. Gailliard, que les peintres de Bruges au XIVe siècle 
donnaient des leçons de dessin dans leur propre demeure ? Évidemment 
non, car par le fait de leur accord avec leur apprenti, ils devaient mettre 
celui-ci à même de gagner sa vie par son métier et d'entrer dans la confrérie. 
Or le plus court et le plus sûr moyen était certainement celui de la peinture 


‘ Les maîtres d’un ordre supérieur semblent avoir cependant préparé leurs enluminures par 
une grisaille très avancée dont le MS n°11060 de la Bibliothèque de Bourgogne, par Jacquemart 
de Hesdin , exécuté vers 1400, offre deux beaux exemples ; mais ce manuscrit laisse entrevoir 
aisément l'influence de la peinture italienne de Giotto et de son école. 

2 Voir plus loin les restrictions apportées à l'étude du dessin. 

3 GaizcianD, Ephémérides brugeoïses, p. 55. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 59 


en bâtiments ou industrielle, la plus demandée, la plus nécessaire et qui 
seule , en ce temps, pouvait mener à l'art les laïques. 

Plusieurs métiers dépendant de la gilde nécessitaient des éléments de 
dessin, que les peintres étaient, plus que d’autres , aptes à donner !. 

J.-B. Van der Straelen ? dit que les peintres donnaient souvent des leçons 
de dessin aux garçons orfèvres ; c'était naturellement du dessin d'ornement 
ou linéaire. 

En Italie les peintres de ce temps étaient orfèvres ou sculpteurs, ou 
même architectes et géomètres. 

Il n'était pas rare chez nous, même à la Renaissance, de voir sortir un 
peintre des ateliers de sculpteurs ou d’orfèvres; il en fut ainsi de F. Floris, 
de Dürer, comme en Italie, de Baccio, de Cellini, Ghiberti, Brunelleschi, 
Verocchio, Ghirlandajo, etc. 

D'un autre côté, les principes de la figure humaine étaient si peu connus, 
même des maitres , que l’on découvre dans leurs ouvrages les fautes les plus 
grossières, et que, par l'opiniâtreté seule ils arrivaient à uné correction 
relalive. 

Il faut considérer que les maitres, étant surtout peintres de décoration et 
d'ornements, devaient chercher à tirer parti du travail de leurs apprentis, 
el ce n'élait évidemment pas dans leurs rares tableaux ou miniatures qu'ils 
pouvaient le faire, tandis que la peinture, unie d’abord, et les ouvrages 
d'ornement, ensuite, leur donnaient l’occasion de se faire aider. 

Or cette besogne ne pouvait que former la main, et laissait intact tout 
ce qui dépendait de l'enseignement théorique, intellectuel ou purement 
artistique. Mais le but en était de former sûrement un compagnon capable 
déjà de chercher le progrès dans des entreprises auxquelles il se faisait 
associer. 

C'étaient de pareils compagnons que Colart de Laon , que J. Van Eyck, 
Coustain, etc., se donnaient comme élèves. — Il est certain que le dessin 
géométrique où architectural était alors en grand honneur, car, dans tous 


1 Jaerboek der Sinte-Lukas Gilde, p. 73. 
: 3 Dans chaque métier le dessin était toléré, pourvu que l’on n'empiétät pas sur le domaine de 
la gilde de S'-Luc. 


60 LA PEINTURE FLAMANDE 


les produits artistiques de l’époque , on observe qu'il était pour les peintres 
une préoccupation principale. C'était l'art le plus avancé, le plus sûr, le plus 
exact ; il était le mieux apprécié et utile tous les jours. 


L'ÉTUDE DU DESSIN NE SE CONSTITUAIT QUE DE GÉOMÉTRIE ET D'ORNEMENT 
LINÉAIRE. — Puisque les jeunes peintres étaient donc en mesure de devenir 
suffisamment dessinateurs sous le rapport géométrique, architectural ou 
ornemental, il ne manquait à l’enseignement du dessin que l'étude des 
proportions et des formes humaines pour répondre aux aspirations de l'an 
de leur époque (en ce qui regarde la ligne ), car personne ne songeait 
alors encore à l'effet, ni à la théorie des ombres ou à la perspective. 

Ce progrès, les maîtres étaient impuissants à le donner à leurs élèves; 
la preuve en est dans le manque absolu de proportions et de formes réelles 
que l’on trouve dans des tableaux d'artistes de grand mérite d’ailleurs, et 
cela même à l'époque de la plus grande perfection de l’art du moyen âge. 

Il suffira de citer ceux de Thierry Bouts ( dans la Justice de l'Empereur 
Othon ) et même ceux des Van Eyck. 

Pour les genres secondaires, nous sommes autorisé à dénier toute impor- 
lance au paysage avant 1380 1. 


LES GENRES SECONDAIRES ÉTAIENT NÉGLIGÉS. — Les funds étaient le plus 
souvent quadrillés, dorés ou à échiquier, et un simple terrain ou de larchi- 
lecture en formait la partie pittoresque; sur le ciel d’or se découpaient des 
rochers ou des montagnes fortifiées d'une teinte plate et unie ?, sur l’avant- 
plan quelques herbes et plantes péniblement réunies figuraient la campagne. 

Tout cela n'indique aucune étude, aucun enseignement, mais, au contraire, 
upe inexpérience absolue, un véritable dédain des fonds, et une réminiscence 
incontestable d'œuvres étrangères. 

Quant à la peinture d'animaux, elle était réellement grotesque au moyen 
âge et l'inspection de n'importe quel fragment de ce genre , que contient une 
œuvre gothique, prouve aussitôt à l'évidence que jamais le modèle vivant 


1 Waacen, Manuel de l’histoire de la peinture. Trad. L. Hymans et Petit, t. 1, p. 55. 
2? Voir le retable de Broederlam au Musée de Dijon, le n° 4483 de la Bibliothèque de Bour- 
gogne, les n° 4782 et 2893, 8536-8543, etc. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 61 


n'a été employé par l'artiste, et que c'était de mémoire seulement qu'il 
exécutait son travail. Mais il n’en était pas de même du rendu de la figure 
humaine : non-seulement elle était parfois le produit d’une imitation sincère, 
quoique souvent mesquine, mais on y découvre un sentiment soulenu et 
même le soupçon d’ün vague idéal qui influe sur l'inspiration. 


INFLUENCE BYZANTINE. — Quel pouvait être l’idéal de nos artistes ? 


Par les croisades, les Occidentaux avaient eu maïinte occasion d'acquérir 
ou de conquérir de nombreux objets d'art byzantins ou d’un style analogue, 
que, par goût artistique ou par motifs de piété !, ils avaient rapportés dans 
leur patrie. 

Les relations régulières qui s'établirent entre le littoral flamand et les 
villes de lltalie ne firent qu'augmenter ces occasions, et il est plus que 
probable que vers la fin du XIII: siècle, les églises et les chapelles, et même 
les châteaux des grands seigneurs devaient être ornés à profusion de pareilles 
œuvres qui étaient en même temps objets de luxe et de piété. Nous citerons 
comme exemple les Vierges de S'-Luc, ces madones byzantines si communes 
alors dans nos contrées. 

Journellement les peintres pouvaient donc s'inspirer de modèles ( soit 
germaniques ? ) soit romano-byzantins, soit même orientaux, qui naturelle- 
ment leur étaient proposés comme types dans les ouvrages que leur 
commandaient les seigneurs ou les religieux, et dont la vue devait opérer 
sur leur sentiment artistique une pression continue, de façon à produire 
enfin un style mélangé que nous pourrions nommer franco-byzantin; car 
nous ne devons pas oublier qu'ils étaient instinctivement portés vers la 
formule franque? dont il restait évidemment alors, aussi, des vestiges 
nombreux , en sculptures, châsses, diptyques ou miniatures. 

Il serait difficile de déterminer si l’école germanique influa aussi sur 
notre art, mais il est certain qu’il nous venait d'elle de nombreuses œuvres. 


1 C. Canru, Histoire universelle, t. X, p. 2; voir 1° feuillet du n° 41060 MSS, Bibliothèque 
de Bourgogne. 

3 Dinant, Liège, Huy, la Flandre avaient des relations commerciales suivies avec l'Angleterre et 
l'Allemagne, depuis le temps de Charlemagne, tandis que les seuls rapports avec le Midi furent 
la suite des croisades et des pèlerinages ; voir Histoire du pays de Liège, par F. HÉNaux. 


62 LA PEINTURE FLAMANDE 

C'est ce style hybride que nous retrouvons dans les travaux du XIV: siècle 
et même encore au XV°, car peu à peu il s'imposa, fit école, pour ainsi dire, 
et tint, comme nous l'avons dit, lieu de tradition, autant parce que les 
commeltants conservèrent l'habitude d'indiquer aux peintres des types à 
imiter, que parce que ni les uns ni les autres n'avaient d'autre base pour se 
former le goût. 

C'est ainsi que l’on comprend comment tous ces artistes semblent avoir 
travaillé dans le même sentiment. Il y avait en effet une influence plus 
forte que l'apprentissage, dans cette vue quotidienne au sein des édifices 
religieux ! de formes sculpturales toujours les mêmes , de peintures conçues 
d'une facon identique ; et cette tension continue devait imprimer dans le 
cerveau des jeunes artistes une trace indélébile. 

L'imitation est naturelle à l’homme et plus encore à l'artiste, qui subit 
aisément des influences diverses. 

Mais à une même époque, sous l’action des mêmes idées et des mêmes 
mœurs, et la pression de tant de causes d’uniformité, il n’est pas surprenant 
que l'expression artistique semble se couler dans un même moule. 

Quelle que puisse avoir été l'affluence des œuvres de l'école colonaise 
dans nos contrées, nous sommes convaincu que jamais nos artistes n'onl 
été inféodés à l'esprit germanique. Ces objets d'art étaient pour eux une 
sorte de tradition, un point de repère. 

Ce vague idéal qui tourmentait nos artistes, c'était bien en Orient qu'il 
existait pour eux. L 

Les légendes des pêlerins et des navigateurs, le prestige religieux, la 
tradition byzantine, tout se réunissait pour leur parler d’un inconnu bizarre, 
éclatant, et pour exalter leur imagination. 


LES TYPES DE L'ART GRAPHIQUE ÉTAIENT PUISÉS DANS LA STATUAIRE. — SOUS 
le rapport des formes, la plus grande part d'influence était attribuée aux 
œuvres de sculpture et nous croyons pouvoir affirmer que ce fut de France 
que vinrent les modèles et les inspirations premières. 


! Voir les grandes figures de l'église de S'-Sévère à Cologne. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 65 


Dès 1220 !, Paris, Reims, étaient ornés de magnifiques bas-reliefs , de 
statues colossales ou tombales, et ce fut en France que les confréries 
d'artistes voyageurs laissérent les plus beaux produits de leur ciseau. 

Hätons-nous de dire que ces confréries paraissent avoir élé interna- 
tionales !, et qu'avant le XIII: siècle, nulle part on ne fait mention d’autres 
artistes laïques. 

Les constructeurs, d’ailleurs, ont été les subordonnés des personnages 
religieux qui ont attaché leur nom aux sculptures et aux travaux d’archi- 
teclure. | 

C'est ainsi que pour nous l’art du XIV: siècle se relie à celui des confréries 
pieuses qui ont érigé les cathédrales du XI°. 

Cest avec raison que M" de Laborde attribue à la France l'influence 
primordiale sur les poses, les formes, le style, en un mot; mais il n’est pas, 
toutefois, absolument certain que ce style fût le produit direct de l'influence 
royale ?, 

Se trouvant éloignés de la cour de France, il devait être difficile à nos 
artistes de s’assimiler le cachet des modes de l'époque; celles-ci passaient 
dans nos cours (un peu alourdies ou modifiées , il est vrai), mais cette 
inspiration ne suffisait pas pour donner ainsi un style général à toute une 
école. 

La sculpture, dont le style était français, devint sans doute le criterium 
et le modèle des jeunes artistes5, et les gens de la cour, dont les attitudes 
el les poses avaient peut-être donné les types de celte sculpture, devenaient 
dans la nature réelle les modèles inspirateurs des maitres ; mais ceux-ci 
nourrissaient en eux le souvenir de l'idéal byzantin qui planait au-dessus 
de toutes leurs préoccupations. 

On ne peut certainement pas attribuer à l’imitation seule de la nature, 


1 Philippot Wiart entreprend les 56 stalles du chœur de la cathédrale de Rouen avec plusieurs 
ymaginiers flamands. 

3 La renaissance des arts à la cour de France, pp. xx et xx. 

5 M. Thausing constate ces rapports intimes de la sculpture et de la peinture (voir Albert 
Dürer, sa vie el ses œuvres, p. 71). Kraft ct Woblegemuth, marchaient d'accord ; Dürer suivait 


le premier, autant que le sccond, et cependant, déjà alors, la peinture laissait derrière elle son 
initiatrice. 


2 


64 LA PEINTURE FLAMANDE 


l'action entière sur le travail artistique; si l’on n'envisageait que les miniatures 
du XIVe siècle, la chose serait à peine possible; mais si l’on se rappelle 
que leurs auteurs produisaient des décorations toutes conventionnelles, il faut 
reconnaitre qu'il y avait encore autre chose dans leur éducation. 


LA PEINTURE ÉTAIT UN MÉTIER EXERCÉ AVEC GOÛT, MAIS A L'AIDE D'ÉLÉMENTS 
PROFESSIONNELS ET ROUTINIERS. — Nous ne devons pas oublier que les modèles 
de tapisseries ont joué dès lors un grand rôle dans les occupations journa- 
lières des peintres, et que ce travail était industriel, comme la décoration 
monumentale et comme l’ornement, c’est-à-dire qu'il n’était pas le résultat 
de limitation de la nature. 

Prenons pour exemple un ouvrier décorateur de nos jours, dépourvu de 
toute instruction artistique et que lon soumettrait à un apprentissage de 
quatre ans, dans des conditions spéciales, c'est-à-dire un travail varié, 
composé de calligraphie, de décoration ornementale, de compositions colo- 
riées, le tout dans le style du XIV: siècle; n'est-il pas certain qu'il en 
arriverait à produire des ouvrages dignes d'être mis en parallèle avec la 
grande masse des travaux antérieurs au XV: siècle , au moins au point de 
vue de la pratique ? 

Il serait extrêmement difficile, si l’on n'avait pas la ressource de lar- 
chéologie et surtout du costume , d’assigner un âge certain à des miniatures 
du VIle et du Ville siècle, quand on les compare à d’autres du XIVe. Le 
procédé semble être le même et le système également. 

La même comparaison peut se faire entre l’art chinois et celui du XIV° 
siècle, et l’on sera souvent étonné de découvrir dans certains crépons de 
Chine un choix de couleurs, un caractère, un dessin même, absolument 
semblable à ceux de nos miniatures gothiques, à part le type tout asiatique 
des yeux et de quelques minimes détails. Nous avons fait cet essai fort 
souvent. | 

Or les Chinois ne dessinent point d’après la nature, car ils ont des yeux 
d'artistes, et ils la rendraient tout différemment. D’un autre côté, leurs 
compositions si variées, pleines de sentiment et de caractère, ne peuvent étre 
uo simple produit de la routine. Ils travaillent de mémoire , de sentiment, 
par une tension de leur intelligence vers la nature à laquelle ils rapportent 


ET SON ENSEIGNEMENT. 65 


tout, et qu'en toute occasion, ils cherchent à s'assimiler par l'observation, 
comme forme et comme couleur. Seulement ils restent pendant toute leur 
vie astreints à un systême pratique, uniforme, dont ils ne peuvent dévier, 
qui fait passer leurs impressions par le même moule, et qui, par un long 
apprentissage, devient chez eux, pour ainsi dire, une seconde expression 
naturelle, 

Il en était de même chez nos anciens artistes, miniaturistes ou autres ; 
une hrstoire hâtivement exécutée en un ou deux jours ne pouvait être étudiée 
d’après nature, ni même d’après des dessins préalables. La naïveté ! de ces 
composilions prouve qu’elles n'étaient ni des copies ni des pastiches. Le 
peintre arrivait à l'habileté par des essais nombreux , tous dirigés par le 
désir impérieux de se conformer à l’aspect des travaux de son maitre ou de 
ses rivaux, ou bien des miniatures qui lui étaient proposées comme modèles. : 

Il pratiquait un métier, et le désir d’être personnel devait céder devant 
les exigences de l'apprentissage, comme, par exemple, un menuisier est 
astreint à débiter son bois et à le raboter selon les usages adoptés. | 

Le style dont on était ainsi tenu de se rapprocher se montrait d’ailleurs 
en rapport avec les mœurs, le costume, avec les monuments de Part, ‘et la 
mémoire seule de l'artiste introduisait, comme chez les Chinois, de la variété 
dans les groupes, dans les personnages et les détails. 


INFLUENCE DE L'APPRENTISSAGE MANUEL SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'ART 
PRATIQUE. — C'est dans la partie professionnelle de la peinture qu'il faut 
chercher le motif de tout ce que l’art du moyen âge peut offrir de général 
ou de conventionnel, et l'organisation des gildes a certainement eu une 
grande influence sur le développement de l’art pratique ?. 

Les confréries, en venant jouer un rôle si important dans l'exercice du 
métier et dans la condition des artistes, ne pouvaient évidemment pas omettre 
d'en régler une des phases principales : l'apprentissage. 


1 J1 y a de rares exemples de miniatures reproduisant d’autres travaux connus, mais ces 
copies sont une sorte de traduction libre telle que les dessins faits par des enfants d'après des 
gravures ou des tableaux. 


4 Oct. Deuepienne, Galerie d'artistes brugeois. Bruges, 1840, in-8°, p. 6, et Sanderus Flandria 
illustratu, t. 1, p. 148. 


Tome XLIV. | 9 


66 | LA PEINTURE FLAMANDE 


Seulement, si l'explication de leur conduite ne se trouvait pas dans les 
œuvres mêmes, on serait en droit de s'étonner qu’elles se soient bornées à 
s'occuper de l’enseignement d'une facon générale et réglementaire, et que 
dès les premières années, comme elle furent amenées à le faire plus tard, 
elles n'aient pas jugé convenable de soigner l'éducation artistique des futurs 
confrères. 


DISPOSITIONS DES GILDES RELATIVES A L'APPRENTISSAGE. — Voici quelles 
étaient les dispositions généralement adoptées : 

Tout peintre non encore admis dans la gilde était tenu de travailler 
pendant quatre ans chez un franc-maitre en qualité d’apprenti, moyennant 
une redevance qui variait selon les localités et une épreuve effective ou 
fictive; il obtenait ensuite la franchise. 

Cette redevance était d'ordinaire la moitié de celle de la maitrise. 

Les fils de maitres jouissaient du privilège, à Tournai, d'être admis à 
vingt et un ans, sans apprentissage et sans épreuve; ils étaient exempts de 
la taxe d'entrée et ne payaient aux jurés que la moitié de la taxe ordinaire. 

À Louvain ils pratiquaient librement au prix d’une livre de cire. 

Les prérogatives politiques attachées généralement à la maîtrise étaient 
cause de la répugnance que l'on avait à admettre des étrangers. 

On accordait parfois (à Bruxelles) dispense de l’apprentissage, moyennant 
une aumône à faire aux enfants trouvés. Dans cette ville, anciennement, 
l'épreuve n'était pas obligatoire ; mais au XV® siècle on fil passer un 
examen aux aspirants à la maitrise !, en alléguant ce motif : qu'il était 
arrivé que des étrangers, aussitôt après leur admission, s'étaient fait payer 
d'avance une partie du prix des objets commandés et avaient quitté la ville, 
au détriment de leurs confrères que l’on avait arrêtés de ce chef. 

La raison était puérile, car l'épreuve ne pouvait en rien atténuer ce mal 
et le but était plutôt, comme à Tournai, à Paris et dans toutes les autres 
localités où existait l'épreuve, d'empêcher l’affluence d'étrangers qu'attiraient 
la liberté relative et l'hospitalité en honneur à Bruxelles, où anciennement 
la gilde offrait un banquet aux récipiendaires. 


! Ordonnance du 20 juin 1453, Archives de la ville de Bruxelles. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 07 


À Louvain, l'apprentissage était de trois ans ; d'ordinaire il donnait lieu 
à la signature d’un contrat qui stipulait une somme à payer par le père de 
l'apprenti. Cet acte élait rédigé par-devant les échevins et le maitre s’y 
engageail à loger et à nourrir l’élève, moyennant une indemnité qui, en 1456, 
montait à 18 sols d'argent !, 

Il n'y avait pas d’épreuve à passer; mais comme il était ordonné que 
l’aspirant à la maitrise devait être citoyen de Louvain et avoir appris la 
peinture dans cette ville, cet apprentissage même tenait lieu d'épreuve. 

Si un apprenti quittait son maitre avant le temps sans venir s'acquitter 
‘endéans les six semaines, il devait à la gilde 2 florins du Rhin la première 
année, 4 la deuxième année, et était obligé de le satisfaire avant de pouvoir 
travailler ailleurs. 

Cette clause était fort grave et de nature à arrêter un jeune homme 
dans sa carrière. 

À Malines, quatre années d'apprentissage chez un maitre ou chez des 
maitres différents étaient exigées. 

À Mons, le chef-d'œuvre se composait de trois pièces faites en présence 
des maitres connétables et des regards. Le magistrat avait la haute main 
sur la corporation et accordait parfois des privilèges d'exemption. 

Les doyens fermaient aussi les yeux sur ces infractions au règlement. 

Jean Dhervy de Valenciennes, qui peignait sous les ordres de P. Coustain, 
voulut travailler à son compte en 1474, mais il dut payer la maitrise. Par 
considération pour son maitre, varlet du duc, on lui fit grâce de l’appren- 
tissage ?. 


LES MAÎTRES NE DONNAIENT DONC AUCUN ENSEIGNEMENT VÉRITABLE. — Les 
clauses mêmes que contiennent les règlements sur l'apprentissage et qui sont 
partout semblables, prouvent le peu d'importance de l'éducation dans l’art 
de cette époque. En effet, si l’on avait eu au XIV: siècle la moindre -idée 
didactique, sur les moyens de développer les dispositions d’un élève, ou le 
moindre désir d'y arriver, on eût évidemment inséré dans les règlements 
de gildes quelque article relatif à l’enseignement. 


1 Éd. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, pp. 21, 28 et 253. 
2 Annales de la Société d’Émulation de Bruges, 1866, t. 1, p. 86, etc. 


68 LA PEINTURE FLAMANDE 


D'après les dispositions que nous venons d'énumérer tout était laissé à 
l'arbitraire du maitre et au génie de l'élève; aussi les artisies vraiment 
distingués étaient-ils extrêmement rares; on peut même croire que sans des 
circonstances fortuiles de protection religieuse ou seigneuriale ils seraient 
tous restés dans l'obscurité. 


MODE DE TRAVAIL DU MAÎTRE ET DE L'ÉLÈVE. — Ainsi l'élève peintre, au 
XIVe siècle, travaillait avec son maitre à toutes les besognes que celui-ci 
lui faisait faire. 

Tout au plus aussi avancé que le peintre de la Casa Carolina à Pompéi, 
dans l'atelier duquel l’on voit un ouvrier broyant la couleur et un jeune 
homme qui dessine dans un coin, l’artiste de celle époque n'avait qu'un 
apprenti, quand ses enfants ne travaillaient pas avec lui {, et cet apprenti, 
souvent tout à la fois broyeur, préparateur de panneaux, peintre en bâl- 
ments ou traceur d'ornements, s’habituait par la nécessité à toute espèce 
d'ouvrage. Îl était bien rare qu'il eût le temps de se livrer à l'étude qui 


consistait uniquement dans le dessin géométrique et perspectif, ou pour 


les cas exceptionnels, dans un dessin au trait d’après des sculptures; 
mais pendant les quatre ans de son apprentissage, il avait la faculté, tout 
en devenant un ouvrier rompu à toutes les besognes manuelles, d'apprendre 
assez de géométrie élémentaire pour oser lui-même entreprendre une œuvre 
en concurrence avec son maitre, et qu'il exécutait un peu au hasard. 

C'était un tâtonnement continuel, et quand le maitre enfin se sentait sûr 
de sa pratique, c'est qu'il était arrivé par la routine à se former la main à 
des lignes et tons habituels, c'est-à-dire à s'interdire tout progrès. Un 
pareil système ne pouvait évidemment pas le mener loin et ne doit pas nous 
inspirer grand regret pour les ouvrages de celte époque qui sont perdus 
aujourd'hui ?. 

Il y a dans les anciens statuts des corporations un article défendant aux 


1 Voir Journal des beaux-arts, 22° année, n° 6, p. 43. Notice de M. A. Everaerts sur le cadran 
peint par Q. Metsvs. 

3 Le règlement de Tournai spécifiait les outils, les couleurs et les matériaux en usage dans 
le métier des peintres, et restreignait à cette liste leur facu'té de travail; il y avait là une idée 
protectrice, mais aussi antipathique à tout progrès. C’était d'ailleurs bivn là le caractère de la 
gilde de Tournai dont les coutumes soulevèrent au XV1° siècle des protestations véhémentes. 


ET SON ENSEIGNEMENT. . 69 


femmes, filles ou servantes des peintres de travailler avec eux sauf pour 
broyer les couleurs *, 

Mais cette disposition tomba bientôt en discrédit, vu la propension habi- 
tuelle d'un ouvrier à employer ses proches, dans l'intérêt de son industrie. 
Mais ce ne fut naturellement que dans les travaux patients et minutieux, 
tels que la miniature, que les femmes purent s'employer utilement ; et les 
quelques noms féminins que contiennent les registres doivent se rapporter 
à de semblables occupations. 

C'est ainsi que nous trouverons à Bruges (1468) Babet Boons, béguine 
et enlumineuse, Agnès Van den Bossche, à Gand (1469), schiltrigghe ; 
Marguerite Van Eyck, plus tard Catherine Pepyn, Catherine Van Hemessem, 
Liévine Bennings, à Bruges ?, et tant d’autres. 

L'avantage que présente un travail isolé est celui d’exalter et d’absorber 
l'artiste, de le rendre capable d'éprouver une impression profonde et de 
produire des œuvres consciencieuses. À dater de 1410 environ, la peinture 
devint plus naturaliste et ce qui n'existait que dans les aspirations du peintre, 
composant de mémoire, passa à l'état de chose sensible. 

C'était là un progrès immense que favorisèrent bientôt les voyages, les 
échanges d'idées, les grands travaux. 


PREMIERS PROGRÈS DANS L'ART, PROVOQUÉS PAR LES CONFRÉRIES. — Mais il 
faut reconnaitre que cette époque marquante fut préparée par l'influence 
lente et sourde du travail professionnel, de l'amélioration dans la condition 
des peintres et par-dessus tout par les confréries artistiques. En effet la voie 
décoralive où nous avons vu s'engager les artistes du XIV: siècle, quoique 
leurs efforts personnels ne pussent dépasser un certain niveau, donna une 
vive impulsion au perfectionnement de l'habileté pratique, et on en éprouva 
les conséquences avantageuses dès que leurs successeurs, enfin maitres du 
procédé, se retournèrent sérieusement vers la nature. 


RÉSULTATS DE LA PREMIÈRE PÉRIODE DE L'EXISTENCE DES GILDEs. — L'art fit 
assurément un premier pas dans la période initiale de l'existence des gildes, 


{ Ordonnancie der ambachten, fol. 9, Archives communales de Bruxelles. 
3 Oct. DeuePienRe, Annales de Bruges, p. 142. 


70 LA PEINTURE FLAMANDE 


et les travaux que fit exécuter Philippe le Hardi ne furent pas étrangers à 
ce succès. Mais le but de l’art était toujours de se rapprocher de la tradition, 
et si de rares audacieux s'avisaient de remplacer par un paysage ou une 
perspective le fond uni, damassé ou à damier qui faisait ressortir leurs 
figures, ce champ nouveau était plat, découpé, peu naturel. 

La bizarrerie du goùt général est attestée par les accords ou les comptes 
des commellants qui semolent décrire un vérilable coloriage en teintes 
plates d’or, d'azur, de vermillon, etc.; c'est l'éclat et la richesse des couleurs 
que l’on prise et non la finesse ou l'habilelé d'exécution. 

Le fond le plus habituel était un damier de deux couleurs ou orné de 
fleurs de lys sur fond d'or tel que nous en voyons de beaux exemples dans 
l'histoire de Richard (1399 ), au British Museum et dans quelques manu- 
scrils de cette époque. 

Qui fut le premier ‘ à s'affranchir de cette routine dans nos provinces ? 
il serait difficile même de le présumer, mais dans les travaux de Broederlam 
et dans les miniatures, nous voyons quelques compositions d’un style déjà 
assez naturel. 

Le perfectionnement artistique pourrait donc nous étre arrivé à cette 
époque de la Bourgogne, à la suite des souverains, et peut-étre cette 
province qui avait des relations avec Paris et avec la Provence fut-elle en 
cela tributaire de Florence et de Giollo. 

En 1356, Jehan Coste, qui exécuta sous la surveillance de Girard 
d'Orléans, de la décoration à personnages au château de Vaudreuil ?, Jacques 
le peintre, qui travaille aux environs de Dijon en 1370, Jehan de Beaunes 
en 1384, Arnout Picornet en 1387 ( près de Dijon ), Colart de Laon 5 en 
1391, sont peut-être les vrais précurseurs de Melchior Broederlam, de 
Jean d'Orléans, de Malouel , d'Henri Bellechose ( de Brabant ), successeur 
de Malouel 4. 


1 Voir les MSS n° 11060, 2893 et 4483 de l'inventaire général de la Bibliothèque royale à 
Bruxelles. 

3 C'° pg LaBonve, Les ducs de Bourgogne, Preuves, pp. 286 et 460, t. LIL. 

3 Id. , Preuves 5708 et 7286. | 

* Bibliothèque de l’école des chartes, 2° sér., t. 1, 1844-1845. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 71 


Charles V de France fut un des propagateurs de l’art naturaliste nouveau, 
de Cimabue et de Giotto. 

On sait que le pape Clément V avait emmené ce dernier à Avignon en 
1305. La nouvelle méthode pouvait donc déjà être en France avant 1350, 
mais elle ne se manifesta en Belgique que vers la fin du XIV: siècle. 

Quand Philippe le Hardi put juger de la valeur de ses nouveaux sujets 
en fait d'art, il leur donna bientôt la préférence et ainsi se produisit cette 
deuxième époque qui nous mène jusqu’à l'invention de Jean Van Eyck. 

Ainsi, au XIV° siècle, après une période primitive , autoritaire et reli- 
gieuse, nulle au point de vue de l’enseignement , nous voyons s'établir un 
régime laïque, professionnel, relevant plutôt d'une association que de 
l'autorité, et sous lequel l'apprentissage est purement manuel et pratique. 


LA PEINTURE AU XVE SIÈCLE, de J. VAN EYCK à Q. METSYS. 


PERTES POUR L'ART. — L'avènement d’un duc de Bourgogne à la souve- 
rainelé de la Flandre d’abord, ensuite du Brabant, n'avait pas été le signal - 
d’une prospérité calme et confiante pour nos provinces. 

Pendant de longues années l'esprit remuant de nos communes qui 
semblaient atteintes d'une sorte de pléthore, et leurs démélés avec leurs 
princes , devaient encore çà et là changer la face du pays et arrêter ou 
parfois détruire l'élan artistique que donnaient les corporalions. 

Il est certain que les révoltes nombreuses de nos cités indomptées 
causérent des pertes irréparables à l'archéologie artistique et à l’histoire du 
pays. 

En 1383, Francois Ackerman fit brüler les archives d’Audenacrde; dans 
les ravages successifs de Bruges, de Gand, de Liège, de Dinant, des Quatre 
Métiers, des châteaux féodaux, dans les luttes terribles dont le Limbourg, 
Liège , Namur et le pays tout entier furent le théâtre pendant tout ce siècle 
et le suivant, combien ne devons-nous pas avoir perdu de documents 
précieux ? On sait que presque toutes les églises de Liège étaient ornées de 


72 LA PEINTURE FLAMANDE 


peintures ! ; que les évêques de Liège et leurs chapitres encourageaient les 
miniaturistes et les peintres héraldiques. Lucas de Heere cite dans sa chro- 
nique Engelbert et Corneille qui vendaient des images au commencement 
du XV: siècle. 

Les manuscrits historiés de Jean de Stavelot ? et les noms de J. Lambert, 
de Jacques de Libermé, de G. Hardy, N. Quento, Jean de Meuse , Jean de 
Werth, Laurent, etc, nous affirment toute une série de travaux intéressants 
disparus à jamais, et pourtant dans les archives de Liège il ne nous reste, 
cà et là, qu'un nom inconnu, tel que celui de Jean Rigal (1442), bien 
que nous sachions que la ville possédait des peintres nombreux ; Antoine, 
auteur de plusieurs tableaux pour les églises de Liège, était sans doute le 
plus renommé d’entre eux en 4475 , car c'était lui que la justice des échevins 
de Namur avait choisi pour exécuter un tableau qu’un bourgeois de cette 
dernière cilé était condamné à payer 5. 

Dans les provinces flamandes , l’essor artistique était indubitablement 


plus grand, et cependant là aussi presque rien ne nous reste des peintres 
antérieurs au XVe siècle. 


PROTECTION DES PRINCES. — Sous le règne de Philippe le Bon, la facilité 
“croissante du procédé pratique, le nombre des artistes et leur rapidité 
d'exécution déià sensible devaient les engager à se livrer à la peinture 
décorative. Les magnificences de la Cour de ce souverain et le luxe dont 
faisaient parade nos riches provinces, fournirent bientôt à ce côté de l'art 
des ressources innombrables; aussi vit-on les artistes, plus qu’au siècle 
précédent, se livrer tour à tour à la miniature, à la peinture de tableaux 
( Taverneelkens ) et à la décoration intérieure ou à la confection de modèles 
de tapisseries. 

Dès la fin du XIV: siècle, le luxe ne se borna plus à l'orfèvrerie et aux 


magnificences des tournois, mais se communiqua à la peinture et aux arts 
d'ornementalion. 


‘ Testament de Jean de Heren de Griengene en 1438, Archives de la province de Liège; voir 
aussi Histoire de Huy, d’après Laurent Mélart, par Gorrissen, p. 362. 

2 Bulletins de l’Acudémie, notice de M. Azvin, 1"° sér., t. XX, 1853. 

8 A. PincuanT, Archives des arts, 1. 11, p. 158. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 73 


Les princes et les prélats, désireux de se former un train de maison 
digne des Cours souveraines, attachèrent à leur service des hommes habiles 
el ingénieux, capables en toute circonstance de leur prêter le secours de 
leur adresse et de leur esprit d'invention. 

Dans les réceptions, les fêtes et les cérémonies, comme pendant les 
heures de loisir, ils utilisaient largement le savoir multiple de cette espèce 
de factotums qui, par une coïncidence curieuse, furent presque tous des 
artistes de quelque mérite. Il est même probable que leur habileté a d’abord 
aitiré sur eux l'attention des seigneurs, mais il est certain aussi que leur 
imagination vive et déliée, leur caractère souple et leur présence d'esprit ont 
prouvé aussitôt ce qu'on pouvait attendre d'eux. 

Hue de Boulloigne ! gouverne la gaïole, l'horloge et les autres objets 
d'esbattement du château d'Hesdin. 

En 1472, Pietre André est peintre et huissier de salle de la duchesse 
d'Orléans ?. Presque tous les valets de chambre des ducs de Bourgogne 
pratiquent un art ou un mélier quelconque. 

Nous avons vu que ce fut surtout aux artistes qui s’occupaient de minia- 
ture que ces princes lémoignèrent un véritable intérêt. Les trésors de leur 
Librairie existent encore pour le prouver. Leur émulation était d'ailleurs 
stimulée par l'exemple du duc de Bedford, du duc d'Orléans, des rois de 
France, et c'était entre eux une sorte de lutte de magnificence. 

Colart de Laon, J. Dreux 5, n'étaient que les directeurs d’un atelier de 
miniature ct de calligraphie, et les noms de S. Marmion, N. Spierine, 
Jacq. Pilavaine #, L. Leyder, Fruyt, et tant d’autres que l’on retrouve dans 
les comptes, n'étaient évidemment que ceux des auteurs des nombreuses 
miniatures inédites que nous admirons encore aujourd’hui. 

D'autres varlets de chambre dirigeaient pour les princes des travaux de 
décoration d'appartement ou de meubles. Girard d'Orléans fait achever des 


1 C'° ps LaBonDE, Les ducs de Bourgogne, Preuve, t. I, p. Lv. 
3 Id. , Preuve 7033. 

5 À. PincuanT, Archives des arts, t.I,p. 103. 

* Léon Pauer, Jacmart Pilavaine, Bruxelles, Decq, 1858. 


Tome XLIV. 10 


74 LA PEINTURE FLAMANDE 


ouvrages par Jehan Coste 1, Girard de Beaumeteau peint le char de la 
duchesse d'Orléans ?, etc. etc. 

Le commerce heureux avait fait des bourgeois riches comme de grands 
seigneurs ; les communes avaient une sorte d'existence propre qui leur 
permellait de se mesurer trop souvent avec leur souverain ; en même temps 
avaient paru quelques artistes hors de pair, dignes en tout point de la faveur 
générale ; aussi celte époque, marque-t-elle dans l’histoire de l'art un progrès 
véritable. 


SITUATION DE JEAN VAN Eyck A LA cour pu puc. — Ce fut le 19 mai 1425 
que le duc Philippe nomma Jean Van Eyck son peintre en titre : la mort de 
l'évêque de Liège, Jean de Bavière, dont le grand artiste était le valet de 
chambre, venait de rendre celui-ci à la liberté. Le duc lui forgea de nou- 
velles chaines dorées, mais dans des conditions inusitées de faveur et de 
gloire, car aucun autre peintre ne fut mis sur le même pied que lui dans 
notre pays , jusqu’au temps des archiducs Albert et Isabelle. 


Et pourtant il resta toujours entre la noblesse et lui une de ces distances : 


respectueuses qui semblent formées par un abime. 

Pendant son voyage en Portugal, il reçoit une somme de 160 livres, 
autant que les sires de Molembaix et de Morny 5, respectivement gouverneur 
de Lille et conseiller chambellan ; mais dans l’ordre énoncé, il les suit, et 
marche immédiatement avant les écuyers, secrétaires, échansons ce qui, 
pour l’époque, parait déjà une place fort honorable #. 

D'ailleurs il importe de se rappeler que si la famille Van Eyck n'était pas 
noble, elle tenait du moins par certaines attaches au monde des emplois, 
car un Henri Van Eyck, maitre veneur de Jean IV de Brabant et Hollande, 
fut nommé en 1442 espriveteur 5 de Philippe le Bon et les ducs eurent 
plusieurs receveurs de ce nom. 


1 C'° pe Lasonpe, Les ducs de Bourgogne, Preuve 7286. 

3 Id. , preuves 5516 et 5690. 

8 GacuanD, Rapport sur les archives de lu chambre des comptes de Flandre à Lille, p. 261, 
et C'° pe LaBonDE, Op. cit., t. 1, p. 251 , n° 858. 

# Crowe et CAvALCASELLE, Les anciens peintres flamands, cc, & Il; complément-Annotations 
de MM. A. Pixcuarr et Ch. RuELens, Bruxelles 1865. 

5 Van Minis, Groot charter boek van Holland, t. IV, p. 159. 


CE | 


ET SON ENSEIGNEMENT. 75 


Philippe louait pour son peintre une maison appartenant à Jean Ravary; 
mais il en fit autant en 1428 pour un ouvrier chargé de soigner ses arcs et 
ses arbalètes *. Jean et Nicolas le Voleur qui étaient de simples décorateurs 
devinrent également peintres et valets de chambre du duc et le fils, Nicolas, 
toucha 100 livres par an, soit les mêmes gages que Jean Van Eyck. 
Une ordonnance de 1426 nous apprend que ce titre donnait droit à un 
valet à la livrée du duc, et à deux chevaux à gages. 

Van Eyck était cependant privilégié; mais un tel privilège ne s'étendait 
ni à d'autres artistes de mérite, ni même à la famille du peintre lui-même, 
car, si le duc se fil représenter par le seigneur de Charny au baptême du 
premier enfant de Jean, il ne fit don plus tard, en 4449, à Liévine 
Van Eyck que de 24 francs pour payer sa dot de religieuse à Maeseyck, et 
cette médiocre libéralité est ainsi libellée : pour don que Mon dit seigneur 
lui a fait pour une fois, pour Dieu et en aulmosne, pour soy aidier à mettre 
religieuse, etc. ?. 

Philippe et son fils avaient des favoris, de même que Louis XI, et 
voulaient bien regarder comme leurs compères, des parvenus tels que 
Coustain, venu pauvre à la cour et qui était riche de 10,000 florins de 
rente quand il fut décapité à Rupelmonde; « avoit de condition encore, 
qu'en chambre, Philippe se tenoit clos souvent avec valets et s’en indignoient 
nobles hommes » 5. Notre peintre Van Eyck était l’un de ces valets, et 
d'après sa charge il devait servir le duc , avec le premier valet de chambre. 

Ce titre avait été conféré à d'autres hommes de métier, horlogers, 
sommeliers etc., et plus d'un fut traité par le duc aussi bien que le fut 
Van Eyck. 

Ainsi, Pierre Lombard, orlogeur reçoit une pension le 20 août 1436 #, 
Gérard Loyet est qualifié d'orfèvre et valet de chambre de Charles le 
Téméraire. 

Les trésoriers du duc n'avaient pas pour l'illustre peintre les mêmes 


{ GacuarD, Rapport cité p. 268 : Chan. Carton, Les trois frères Van Eyck, Jean Hem- 
ling, ete., p. 39, etc. 

3 C'° pe Lasonpe, Les ducs de Bourgogne, t. 1, pp. x1 et 595, n° 1407, Preuves. 

8 Esloge de Chastelain, dans Bucuon, Collection de documents, etc., p. 29 t. XLH. 

& Registre n° 46767, fol. Lxxvij, v° de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. 


76 LA PEINTURE FLAMANDE 


égards que Philippe lui-même, qui devait leur ordonner itérativement de lui 
payer l’arriéré de ses gages. 

On aurait donc tort de croire que le succès de quelques artistes leur 
permit de s'élever au-dessus de leur condition et de montrer des tendances 
aristocratiques. Rogier Van der Weyden, « maistre ouvrier de peinture de 
Bruxelles », ainsi que l'appelle l'abbé de Cambrai, resta loute sa vie un 
bourgeois considéré, et son titre de peintre de la ville n'eut pour effet que 
de lui permettre de porter le manteau sur l'épaule droite, tandis que les 
ouvriers et valets le portaient sur la gauche, et de lui faire octroyer un 
derdendecl de drap, au lieu d’un vierendeel comme les architectes. 

Thierry Bouts, peintre de la ville de Louvain, recevait chaque année 
une robe, comme les autres mecsterwerclieden et overste cnapen van der 
stadt, il avait en plus droit à 90 plecken pour la doublure et à un pot de 
vin après chaque procession à laquelle il était obligé d'assister. Il épousa 
en 1473 la veuve d'un boucher, et deux de ses filles se firent religieuses, 
ce qui était d'ordinaire le moyen de sortir d'une position fausse ou équivoque. 

Cependant l'art jouissait à Louvain d’une considération exceptionnelle el 
plusieurs patriciens le pratiquèrent dès le commencement du XV: siècle ou 
s’allièrent à des familles de peintres. 

Il n’est pas certain non plus que Jean Van Eyck ne finit pas par tomber 
en disgrâce. Dans tous les cas, son successeur, Daniel Daret en 14449 fut 
valet de chambre aux honneurs, mais sans gages, et depuis, l'emploi perdit 
beaucoup de son prestige !. 


SITUATION PÉCUNIAIRE DES PEINTRES. — Les peintres, au XVe siècle, étaient 
mouleurs , maîtres de cérémonies, conducteurs de travaux , ornemanistes, 
organisateurs de cortèges et de processions, entrepreneurs de fêtes publiques, 
fournisseurs de l’armée, costumiers et acteurs de mystères?. On en voit 
livrer à l'occasion, des masques, des tentures, des étoffes pour bannières, 
des perruques. En 1549 nous trouvons encore Pierre Pourbus se chargeant 


1 C'e pe LaBone, La renuissance des arts à la Cour de France, t.1, P. XxXVI. 
3 Id. id. id. t. I, p. 95. 


qq qe nee CE |. A ne, eq, 


ET SON ENSEIGNEMENT. 77 


de fournir des costumes, et des accessoires, à une société de rhétorique pour 
la joyeuse-entrée de Philippe IT à Bruges !. 

Toutes ces circonstances nous indiquent une condition absolument plé- 
béienne et une protection qui ne dépassait les bornes d’un achat ordinaire 
que dans des cas exceptionnels. 

Examinons si la situation pécuniaire des artistes se modifia sérieusement 
au XV: siècle. 

En ce qui concerne les travaux purement décoratifs, nous possédons les 
meilleurs documents pour en établir la valeur comparée à celle d'ouvrages 
d'une autre nature. | 

Dans les Preuves de M. le comte de Laborde ? nous trouvons les prix de 
main-d'œuvre pour des peintres de diverses catégories. Ainsi, parmi les maîtres 
estimés, qui travaillèrent aux décors des entremets de Lille et de Bruges, 
Jean Hennecart, peintre du duc, Simonnet Marmion, venu d'Anvers, Pierre 
Van Elle et son varlet, Saladin d’Audenaerde « en regard d’être venu à 
cheval » Frans Stock, maistre ouvrier de peinture de Bruxelles, sont payés 
à raison de 16 et 24 sols par jour. 

Jacques Daret, le chef de l'école tournaisienne en reçoit 20 et Hugo 
Van der Goes ainsi que Godard d'Anvers, 44 sols par jour. Voilà les plus 
hauts prix , réservés sans doute à des hommes de grand mérite, car le taux 
ordinaire des compagnons est de 10 à 12 sols. 

Jean de Boulloigne, varlet et peintre du duc, touche cette somme, de 
même que Luc Adriaen et Henri Bastin portés l'annéc suivante sur le liggere 
de la corporation de St-Luc à Anvers, ce qui fait croire qu'ils n'étaient 
encore que compagnons. D’autres ouvriers, en grand nombre, reçoivent 
6, 8, 9 et 10 sols par jour, sans doute pour les ouvrages courants les plus 
ordinaires. 

En dehors de ces prix, Pierre Coustain et Colart le Voleur qui probable- 
ment dirigeaient les travaux en qualité de varlets touchent d'après un accord 


{ Comptes du Franc de Bruges, Archives de la Flandre occidentale (1548-1549). 

3 De Banane, Histoire des ducs de Bourgogne, t. X, p. 254; C'* De Lasonns, Les ducs de 
Bourgogne, preuves, p. Lxxix et table 556; Chronique métrique de Chastelain et de Molinet, 
par le baron De ReiFrenNBerG, 4836, p. 136-151. 


78 LA PEINTURE FLAMANDE 


fait, 20 livres chacun. Ces prix sont pour nous une excellente base 
d'appréciation. 


SALAIRE DES MINIATURISTES. — Par exemple, si nous envisageons à ce 
point de vue les travaux de miniature, nous voyons en 1452 Jehan Dreux, 
enlumineur et varlet des ducs obtenir 110 livres 8 sols pour six mois de 
gages, soit un peu plus de 13 sols par jour, pour histoires, enluminures et 
escriplures. (S. Van Valgaerden aussi écrivait et enluminait ses livres!) 
On sait que les enlumineurs laïques étaient le plus souvent chargés de livrer 
les fournitures, le parchemin, la reliure et les férmoirs des manuscrits, ce 
qui les obligeait à employer divers ouvriers. Ils se faisaient même aider 
dans l'exécution de leurs miniatures ?. 

En 1467, Loys Leyder est payé à 18, 12, et 24 sols l’histoire 5, cest- 
à-dire, le travail supposé d’un jour; G. Weylant, à 24 sols par composition. 
Les grandes lettres sont calculées à 2 gros ou 12 deniers pièce , soit quel- 
quefois le même prix que l’on payait la peinture d’un écusson en 1424 el 
auparavant {. | 

En 1454, Jean le Tavernier, enlumineur d’Audenaerde, reçoit pour 
une Crucifixion avec 6 vignettes, 2 écus !/,, c'est-à-dire le salaire de cinq 
jours environ; pour une madone avec enfant, un écu ‘2; pour trois histoires 
de Troie, un écu, ce qui revient à 16 sous l'histoire; pour une lettre d'or 
il n'obtient que 4 deniers 5. 

En 1470, Jean Hennequart reçoit 36 sols pour une grande histoire avec 
vignettes et devises, et 24 sols pour une composition sans vignettes; 8 sois 
pour cent lettres de deux points, fleuries 6. 

On voit que vers le règne de Philippe le Bon, la profession des minialu- 
ristes avait déjà diminué la valeur du travail de chacun d'eux, et qu'il n} 
avait plus d'avantage matériel à préférer la miniature a la peinture décorative, 


{ A. PincuanT, Archives des arts, etc., t. II, p. 403. 

2 Voir l'estimation du manuscrit de J. Van Battel, A. PixcuanrT, Archives des arts, t. Il, p. 215. 
5 C'° p8 LABoRDE, Preuves 1950 et suivantes. 

“ Voir Michel Morel, Preuve 914, Les ducs de Bourgogne, par le C'° pe Lasonpe. 

5 C'° pe LABORDE, 0p. cit., Preuve 4021. 

6 Id. , Preuve 4035. 


us nn —— ] læ æ] = 


ET SON ENSEIGNEMENT. 79 


ce qui explique pourquoi plus d'un enlumineur s'occupait parfois, comme 
Simon Marmion , d'ouvrages tout à fait industriels. 

En 1467, ce S. Marmion toucha 100 livres comme à compte sur la 
somme de 490 livres, 15 sols, de 40 gros de Flandre, à lui due pour trois 
ans de travail à un bréviaire, ce qui établit son salaire à 48 sols par jour !. 

Il est à remarquer aussi que les travaux industriels, voire même de 
badigeonnage, semblent avoir été au moins aussi lucratifs que la peinture 
de figures et de tableaux. 

En 1459, à Malines, Jean de Hollander peint (au prix de 4 livres de 
Brabant), sur un dais, diverses figures, et deux fois le sujet de l'Ascension ©. 

En 1451-1452, il peint la châsse de St-Rombaut qu'il garnit de drap 
d'argent, et colorie le grillage de la chapelle du Saint, pour 4 livres, 
8 sols de gros; il décore un salon d'histoires (les trois âges du monde) 
pour 2 livres, 10 sols de gros. En 1454-1455 il peint un sujet sur mur, 
décore les poutres d’un plafond , blanchit et peint les murailles et un crucifix, 
retrace divers sujets de la Bible et de l'Évangile, le tout pour 4 livres, 
4 deniers de gros. 


VALEUR DES TABLEAUX. — En 1475, Antoine de Liège5 obtient pour un 
grand tableau (le jugement de Jésus-Christ), sur estimation d'ouvriers à ce 
cognoissans, 4O florins du Rhin, somme qui fut portée à 55 florins par 
faveur spéciale. 

Le florin fut un moment très en faveur à cette époque et valut, dit-on, 
jusqu'à 48 sous. 

À ce taux élevé, le travail d'Antoine, qui ne pouvait durer moins de six 
mois, vu le fini exigé à cette époque, ne lui eût rapporté que 14 sous par 
jour. 

Il est donc probable que, sauf des scéogilané assez rares, les artistes qui 
peignirent les tableaux anciens de nos musées ne furent pas mieux payés de 


1 Preuve, n° 1922, t.1, p. 496. 

3 Em. Nesrrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. I, p. 109. 

8 Registre n° 10948, fol. xxvij, v° de la chambre des comptes aux ‘Archives du royaume et 
fol. xLiij, v°. 


80 LA PEINTURE FLAMANDE 


ce chef que les peintres qui exécutaient surtout des travaux de bâtinn ent. 

Th. Bouts fit en 1468 ses deux grands tableaux de la Justice d'Oë Ron, 
pour 230 couronnes, de 72 Philippes!. Son grand travail du Juge ment 
dernier, qui dura près de cinq ans (avec des reprises, il est vrai» ; fut 
estimé par H. Van der Goes à 306 florins, 36 plekken 2, ce qui rabais Se 
journée à celle d'un médiocre apprenti. 

Il est vrai que le nombre croissant des artistes devait opérer de bru = qué 

écarts dans les prix des œuvres de longue haleine. 
- N. Van der Meersch, de Gand , fut infiniment mieux payé deæ Sn 
tableau vendu au chevalier Vilain (516 livres parisis), soit quatre fo ss les 
émoluments annuels du receveur du duc, J. Mansel (140 livres paris is) € 
cinq fois le traitement annuel de Jean Van Eyck, à moins que ce ta Dlea 
ne lui coûtât aussi plusieurs années de travail. 

De toute façon le salaire d'un ouvrier peintre de dernière caté gori 
suffisait amplement à ses dépenses, car 6 sols par jour étaient nn taux trés 
convenable. 

La pension de Hue de Boulloigne était de 6 sols par jour en 1449 #. 

L'entretien d'un maître ouvrier de la ville de Louvain coûtait en 4 Æ 25, 
8 sols par jour, ce qui était aussi le salaire quotidien de Mathieu de Lay en, 
en 44625. 

La pension de l’astronome de Bourgogne était en 1475 de 50 livres pa 
an, infiniment moindre que les gages d’un apprenti peintre 6, et l'entretien 


d'un reclus à Louvain en 1455 ? était évalué à 2 ‘/ iii par jour, Soit 
moins d'un sou. 


Enfin Josse Metsys $ demanda une pension de 4 sols par jour à la ville 
de Louvain qui ne lui accorda que 12 sols par semaine. 


1 Messager des arts, 1833, p. 18. 

3 À. Waurers, Thierry Bouts, Bruxelles 1863, p. 24. 

5 À, Siner, Dictionnaire des peintres. 

# C'° pe Lasonpe, op. cit., Preuves, t. II, p. 215. 

5 Éd. Van Even, Louvain monumental, pp. 38, 68, etc. 
6 Preuves, t. Il, n° 4043. 

7 Comptes de la ville, fol. #9, v°. 

8 Éd. Van Even, Louvain monumental, pp. 177, 186, etc. 


CR il 


ET SON ENSEIGNEMENT. 81 


Ces articles peuvent servir à déterminer la position d'un peintre au 
XV: siècle. Malgré le prix des matières colorantes, de l'or, etc., ce métier 
eüt été l’un des plus lucratifs, si l'ouvrage n'avait jamais manqué; mais la 
nature vulgaire de bien des travaux auxquels se livraient des artistes de 
haute valeur prouve qu’il n’en était point ainsi. 

Nous voyons également qu'en général la valeur du travail du peintre 
avait diminué depuis le XIV: siècle, mais dans la même PEOpOruoN d'ailleurs 
que les autres métiers. 

Jusqu'au milieu du XVIe siècle on vit, comme au temps de Philippe le 
Hardi, des sculptures peintes être payées sur le même pied pour la peinture 
que pour la sculpture . 

Rogier Van der Weyden, le Vieux, en 1439, peint pour 40 ridders, un 
bas-relief dont la sculpture avait coûté 38 ridders ?. Cela donne la mesure 
d’une haute estime pourle travail du peintre, mais aussi d'un engouement 
véritable pour un travail assez peu artistique en somme. 

En 1448, le retable de l’abbaye de Flines fut payé à raison de 60 livres 
pour la peinture et 73 pour la sculpture 5. 

En 1451, J. Van der Goes peint, à Delft, une image en bois de la Vierge, 
pour 16 sous, et le sculpteur obtient 28 sous de gros 4. 

En 1441 5, une stalue en bois de Notre-Dame, coûte 28 saluts d’or et le 
coloriage de cette pièce, le même prix. Un HIEUAUE 216 plekken et la 
peinture 270 plekken. 

Avec les premières années du XV: siècle se montre la peinture de portraits. 
Vranque, peint à Malines (1413-1414) le portrait de Catherine de Bour- 
gogne 6. En 1417 la comtesse de Hainaut fait peindre le sien par Pierre de 
Mons, au prix de 10 écus d’or de Hollande 7. 


t A. Pixcaarr, Archives des arts, t. 1, p. 247. 


2 Id, id. t., p.145. 
3 Id. id. t. |, p. 43. 
8 Id. id. t.1, p. 247. 


5 Comptes de la ville de Louvain, fol. 410, v°. 


# Archives de Lille. — L’Angleterre semble nous avoir devancés de beaucoup sous ce rapport; 
voir Georges Scaarr, Observations on the Westminster abbay. Portrait of the King Richard II. 
Fine arts quaterly review, 1867; voir aussi Waacen, Treasures of art, I, s. 150. 

T A. Pincuanr, Archives des arts, t, I, p. 157. 


Tome XLIV. | 411 


82 LA PEINTURE FLAMANDE 


En 1419, Jean Martins et G. Van Axpoele retouchent des peintures 
murales à l'huile daus la maison échevinale de Gand (les portraits des comles, 
semblables à ceux qu'on a découverts à Courtrai). 


DE QUELLE NATURE ÉTAIT LA PROTECTION DES SOUVERAINS. — L'habitude 
de faire retracer sa ressemblance est évidemment fort ancienne, mais les 
preuves matérielles en sont infiniment rares, et c'est à dater de l'époque 
brillante des Van Eyck qu'elle entra définitivement dans les mœurs, grâce 
surtout à la protection des grands, parmi lesquels il faut noter d'abord 
Philippe le Bon. Ce prince était-il vraiment épris des arts? Il y a lieu d'en 
douter, car dans ce cas, il eûl été assez puissant et, assez riche pour leur 
imprimer un élan vraiment grandiose, bien que son siècle mere un progrés 
immense sur ses devanciers. 

Il a plutôt été entrainé par la valeur extraordinaire de quelques hommes 
qu'on lui avait fait remarquer, et surtout de ce Van Eyck, dont l'invention 
semble avoir révolutionné le monde artistique à cette époque. 

Un souverain qui marchait de pair avec les rois de France et d'Angleterre 
et dont le faste étonnait toute l'Europe, pouvait-il laisser échapper une telle 
occasion de s’enorgueillir du génie de l’un de ses sujets ? Quoi qu'il en soit, 
il est acquis à l’histoire qu'il encouragea J. Van Eyck et plusieurs autres 
peintres, que non-seulement sa dévotion se traduisit en de nombreuses 
commandes d'œuvres destinées au culte, mais que pour son goût person nel 
il fit exécuter ! plus d'un tableau profane sans compter les miniatures de s3 
librairie et les décors de ses fêtes. 

Avant lui, la maison de Bourgogne s'était déjà distinguée par ses donations 
pieuses : son fils, le comte de Charolais, suivit son exemple, et les maisons 
religieuses puisèrent si largement à cette source de libéralités, qu’elles y 
gagnérent pour leur propre compte le désir de faire travailler les artistes. 

En effet, en 1414, 1433, 1440, les ducs donnèrent des verrières et des 
tableaux à de nombreuses églises 2. 


_{ Facus, De viris illustribus, etc., p. 46, etc. 
2 À. Pincaanr, Archives des arts, t. 1, p.178, etc., t I, p. 251 , etc.; voir aussi À. WauTERS, 
L’Ancienne abbaye de Villers, 1856. p. 89, 


= un 


ET SON ENSEIGNEMENT. 83 


En 4456 le comte de Charolais, imitant son père, commanda une verrière 
pour la chapelle de Notre-Dame de Grâce, près Bruxelles. 

Luc Codde et Luc Ariaens en firent pour l’église S'-Catherine à Breda et 
pour celle de St-Brice à Tournai. (Nous ne mentionnons que les commandes 
principales.) 11 est bon de remarquer que vers celte époque l'art de la 
peinture sur verre fit tout à coup.de grands progrès et que Jean Van Eyck, 
dit-on, venait de découvrir les émaux à deux couches qu'il avait substitués 
aux verres colorés dans leur masse f, 

La noblesse suivit naturellement Pstégié du souverain. En 1426 la 
famille Kinschot, de Lierre, donne à l'église de S'-Gommaire une verrière 
faite par un Louvaniste, N. Van Goethem ?. (On sait que les voiriers de 
Louvain étaient renommés.) Cette générosité fut imitée successivement par 
le sire de Imlicorte, par Godefroid Vilain, par l'évêque de Bourbon, le 
sire de Selencourt, le seigneur ot. le chevalier Jean Colibrant, 
Ch. d’Affaitadi, le prélat de S'-Bernard 5. | 

En 1425, Jean Van Rode fait peindre des sujets sdligiéus dans l'église 
de St-Sauveur, à Gand. 

Les monastères dont la richesse était proverbiale ne purent se soustraire à 
la contagion du luxe nouveau et commandèrent eux-mèmes les travaux qui 
leur manquaient #, | 

Les charireux de Notre-Dame de Scheut firent exécuter, vers 1464, de 
nombreux manuscrits et des miniatures dès leur inställation dans ce couvent. 
À cet égard les monastères de Groenendael, Rouge-Cloitre, Hérinnes, Sept- 
Fontaines, méritent également d’être cités. D'ailleurs, les inventaires faits 
après les dévastations du XVI< siècle prouvent combien de richesses 
artistiques les maisons religieuses avaient déjà amassées vers celle époque. 


| Mémoire sur le commerce aux XV° et XVF siècles, p. 32 ; voir DE REIFFENBERG, Histoire 
de la peinture sur verre uux Pays-Bas. | 

2 A. BenGmann, Geschiedenis der stad Lier, p. 114. 

3 Id. id. id. 

# A. Waurers, L’Ancienne abbaye de Villers, 1856, p. 89; Archives de Gand, Juerregister, 
fol. 59 et 75; Éd. De Busscuen, Recherches sur les anciens peintres gantois du X V* siècle; 
Dimricux, Mémoires sur la ville de Gand, 1. 1, pp. 115, 235, 343, etc. 

5 A, Waurens, Histoire des environs de Bruxelles, t. X, p. 36. 


81 LA PEINTURE FLAMANDE 


Jusque dans les villages les plus reculés, cette influence se faisait sentir 
dans le sens de la décoration pieuse. 

En 1430, Jean Van Caudenberghe et Marc Van Ghistele peignent, au prix 
de 11 livres de gros, un polyptique pour l'église de Ruysselede !. 

En 1455, les habitants de Zonnebeke obtiennent une chapelle à condition 
de la décorer convenablement à leurs frais ?. | 

En 1460, Gherolf Van den Moortele exécute un tableau d’autel pour 
l'église d'Everghem lez-Gand. 

En 1465, Gilles Van Everen, peintre de Bruxelles, en fait un pour celle 
du village de Brecht 5, etc. 

Ces travaux plus en vue, plus librement exécutés et représentant des sujets 
qui intéressaient la généralité, mirent le comble à la réputation de quelques 
artistes de mérite qu'avait distingués la faveur des magistrats. 

Dès lors, la bourgeoisie aisée comprit quel devait être son rôle dans 
l'encouragement de l'art qui entra enfin dans le domaine populaire et nous 
prépara peu à peu les grandes manifestations de la Renaissance. 


* CARACTÈRE INDUSTRIEL DE LA PEINTURE EN GÉNÉRAL. — Mais la partie de la 
peinture la plus positive était toujours celle qui avait provoqué l’éclosion 
de l’art laïque : la peinture industrielle était pratiquée, pour ainsi dire, par 
tous les peintres et ceux-là étaient rares qui pouvaient s'élever jusqu'à des 
travaux artistiques et vivre ainsi de leur pinceau. 

L'ornementation décorative avait progressé en même temps que l'art 
proprement dit; on faisait toujours peu de différence entre l'art et l’industrie, 
et encore moins entre le commerce et le métier artistique. 

En 14140, le verre peint coûtait le double du blanc, c'est-à-dire 6 sous 
parisis le pied * Les tapisseries historiées se trailaient à l'aune; il en était 
encore ainsi en 1560, ce que nous voyons par l'inventaire des biens du 
comte d'Egmont. 


- # Diericex, op. cit., t. IT, pp. 115, 255, 343, etc. 
2 J. Diecenicr, Inventaire des archives d’Ypres, 1868, t. VII, p. 151. 
8 P.-Th. Moons Van Den STRAELEN, Vlaemsche school, 1859 p. 175. 
# A. PincuarT, Archives des arts, t. 1, p. 69. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 85 


Michel Van Coxcyen se fit payer des cartons à 3 sous le pied comme un 
décorateur du XV: siècle. 

La miniature même avait un caractère industriel, car S. Marmion, 
N. Spierinc et leurs confrères se chargeaient de la reliure, de la livraison 
du parchemin et mème du port des livres à destination. Longtemps après, 
même en 4504, le relieur Antoine de Gavre était chargé par Philippe le Beau 
de restaurer les miniatures et les lettrines d'un manuscrit !; on n'avait donc 
pas encore une idée bien nette de la séparation de l’art et du métier. 

Parmi les premiers exemples de décors exécutés dans un but profane, 
nous devons noter l'organisation de l'Ommegang de Louvain : en 4391, 
Rombout de Hynghene; en 4 401, Jean de Graven et les peintres en titre de 
la ville qui leur succédèrent, composèrent des engins et des peintures destinés 
aux ébattements populaires. 

La décoration qui servit pour l'entrée de Jean sans Peur à Malines, en 1405, 
se composait de blasons, de branchages et de tentures ?; mais en 4412-1413, 
comme décors d’une joute, nous trouvons, outre des trophées et des emblèmes 
blasonnés, quatre figures. | 

En 1414, Roger de Bruxelles reçoit 8 gros pour douze petits écussons 
armoriés, pour les députés gantois 5, 

En 1429, Arnould Van Voorspoele 4, décorateur du cortège populaire de 
Louvain, exécuta beaucoup de figures décoratives, sans doute sur toile, car 
elles furent transportées de l'hôtel Van Rode aux Halles de Louvain. 

Il est probable, d'après les documents publiés sur les entremets de Lille et 
de Bruges, que les blasons et les ornements formaient la partie la plus 
impociaute de l'ouvrage décoratif qu'exécutèrent à cette occasion les nom- 
breux artistes embauchés dans les villes principales. Mais en 4#77 5 Mathieu 
Van Roden peignit des figures allégoriques pour l'entrée de Maximilien à 
Gand. 


1 A. PixcranT, op. cil., t. I, p. 61. 

3 Comptes de la ville de Malines, 1405-1406 et 1412-1413. 

5 Edm. De Busscren, Rerherches sur les peintres gantois du XI V' et du XV" siècle, p. 53. 

6 Éd. Vax Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 27. 

5 Edm. De Busscusr, Recherches sur les peintres gantois du XIV' et du XV* sidele, p. 112. 


86 LA PEINTURE FLAMANDE 


De 1468 à 1474, à la Joyeuse-Entrée de Marguerite d'York à Gand, 
Daniel de Rycke, H. Van der Goes et leurs apprentis décorent de blasons 
et d’ornements la ville de Gand, et le second peint des figures !. 

De 1493 à 4498, Corn. Van der Goux exécute des peintures décoratives 
du même genre pour la Joyeuse-Entrée de Philippe le Beau et de Jeanne de 
Castille à Gand, et en 1495, lors de leur entrée à Anvers, les régents de la 
gilde de S'-Luc font orner la Grand'place des figures de Vénus, de Juno, 
Pallas, etc. ?. Cette mention nous conduit directement au goût italien com- 
mençant déjà dans les œuvres de Jean de Maubeuge et de Q. Metsys. 

On pratiquait, ainsi que nous l'avons déjà vu plus haut, la collaboration 
pour les travaux décoratifs, que le plus souvent un peintre entreprenait, sauf 
à s'adresser à des compagnons en nombre suffisant pour l’aider ; mais il n’en 
était pas de même dans la peinture de tableaux, où | cel usage n "entra qu'au 
XVIe siècle. 

.… Ces travaux, de nature diverse, prouvent dan côté que he ouvrages pure- 
ment artistiques n'étaient pas en nombre suffisant pour faire vivre les artistes; 
de l’autre, que des hommes dont nous pouvons encore apprécier la valeur 
par les tableaux qu'ils nous ont laissés, trouvaient tout naturel de consacrer 
leur temps à des occupations serviles que dédaignèrent leurs successeurs, à 
l'époque où l’on commença généralement à établir une distinction entre l'art 
et les travaux de peinture purement manuels. 

Comme dernier et curieux exemple du peu de scrupule que les peintres 
officiels éprouvaient à se livrer à des ouvrages vulgaires, nous citerons encore 
Baudouin Van Battel, peintre en titre de la ville de Malines (1465-1508), 
qui entoura le perron de l'hôtel de ville de dix figures dans un but assez 
étrange que les comptes mentionnent comme suit : Ome dat men aldaer niet 
pissen soude S. | | | | 

D'ailleurs, ce qui montre que les magistrats 1 n'avaient pas encore e pour les 
artistes de mérite les égards que professèrent plus tard leurs successeurs, c'est 
la sévérité des pénalités qu'encourut Nabur Martins, à Audenaerde, où il fut 


1 Edm. De Busscaer, Bulletins de l'Académie, 2° sér., 1858, p. 191. 
2 Romsours et Van Lénius, Liggere de la gilde de S'-Luc à Anvers. 
. 5 Em. Ngerrs, Histoire de la peinture, etc., à Malines, t. 1, pp. 132-156. 


— 


ET SON ENSEIGNEMENT. 87 


‘obligé de terminer son tableau, sans quitter la ville, sous peine d’une livre de 

gros d'amende pour chaque absence constatée. Pour un autre tableau destiné 
à l’église de Lede, il fut menacé de la suspension des franchises du métier, et 
de plus, de 6 livres d'amende. Parfois il était question de prison comme, par 
exemple, en 1466, pour Daniel de Rycke, à propos de ses peintures faites 
pour l’évêque de Cambrai. 

Ainsi donc nous sommes autorisé à dire que si l'on appréciait assez géné- 
ralement la valeur des œuvres d'art, on ne se piquait pas de bienveillance 
envers leurs créateurs. D'ailleurs à l'étranger la mansuélude ne semble pas 
avoir été plus grande; les Clouet n'obtinrent des lettres de naturalisation 
qu'en 4544, plus de vingt ans après leur installation en France! 


FoiREs, VENTES ET EXPOSITIONS. — Comment le germe du talent d'un artiste 
pouvail-il être distingué par les Mécènes et comment celui qui n'avait pas le 
bonheur d’être attaché à un maitre en renom ou en relation avec les grands, 
parvenail-il à attirer l’attention sur ses productions ? Par les mêmes moyens 
que ceux que l’on emploie de nos jours, c'est-à-dire l'exposition, les ventes 
publiques, l'entremise des marchands. 

Dans les ordonnances des magistrats communaux, comme dans la relation 
de Guicciardini, dans les archives des villes, on reconnait l'existence des 
expositions d'œuvres d'art, soit dans les églises, soit dans les foires, soit dans 
les maisons particulières. On sait que l'Agneau Pascal fut exposé publique- 
ment le 6 mai 44321. 

Les marchés ou foires étaient au moyen âge, pour ainsi dire, les seuls 
moyens de transactions commerciales. Avant 1450, les artistes colportaient 
eux-mêmes leurs ouvrages, ou bien leurs femmes en tenaient boutique. 
En 1460, ïl y avait à Louvain un marchand de tableaux : « Nicolas Van 
Holland ?, coopman in schilderien. » Un acte échevinal mentionne la livraison 
de deux châssis (remen) travail de peinture. 


! Voir A. PixcuanT, Les historiens de lu peinture flamande, ete., covi; et VrienTius dans 
Sanderus De Brugensibus eruditionis fama claris, Anvers, 4624, in-4°, p. 59. 
? Éd. Vax Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 78. 


88 LA PEINTURE FLAMANDE 


Dès 1419, il y avait des marchands de couleurs, mais qui les livraient 
brutes sans s'occuper du broyage !. 

La corporation était alors un inappréciable bienfait pour les peintres, car 
Iles amateurs, désireux de s'adresser à eux, avaient par cette institution toute 
facilité pour obtenir des doyens les renseignements désirables et pour entrer 
en relation avec les artistes de chaque ville, mais l'initiative appartenait à 
l'amateur et il fallait d’autres moyens pour éveiller le goût du public indiffé- 
rent et pour exciter l'émulation parmi les protecteurs de l'art. 

Ces moyens, on les chercha par l'intermédiaire des marchands et par 
l’exposition en public des œuvres de peinture. 

La première foire spécialement destinée aux tableaux eut lieu sur le Pand 
à Anvers, en 1460. C'était une sorte de galerie dépendante de l’église de 
Notre-Dame et divisée en compartiments que louaient les marguilliers à des 
peintres et sculpteurs qui s'en servaient en guise d'ateliers. Au milieu 
s’étendait un terrain qui servit de marché aux deux gildes réunies d'Anvers 
et de Bruxelles; car les chapelains de cette dernière confrérie furent députés 
aux marguilliers de Notre-Dame pour stipuler l'accord définitif en 4481 ?. 

Les places dans ces foires ou marchés étaient distribuées par la voie du 
sort et se renouvelaient tous les trois mois, au moyen de jetons qui restaient 
en la possession des jurés. 

Les échoppes ne purent dépasser la longueur de 7 pieds à la foire de 
Gand en 1305; toutes celles qui se trouvaient dans les rues devaient être 
placées dos à dos 5. 

L'accord stipulait en 4480 que l'on forcerait tous ceux qui colportaient 
des tableaux à étaler à la foire d'Anvers qui devait durer deux ans ; chaque 
pied de terrain coûtait deux gros de Flandre. 

Cette foire était organisée pour un terme de 32 ans après les deux 
premières années. L'étalage se faisait sur deux rangées; on devait fournir 
aux exposants tout le nécessaire, et aux organisateurs une chambre pour se 
tenir et une place pour les tréteaux, tentes, elc. 


1 C pe Lasonve, Preuve 586, 580 et 516, t. I. 
3 Archives d'Anvers, 13 novembre 1481. Registre parchemin, n° f, fol. vin à x. 
3 Deviene, Mœurs et coutumes des corporalions, etc., p. #5. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 89 


Une ordonnance du sous-écoutête Lancelot Van Urssele indique quelles 
espèces d'ouvrages on y exposa : tables d’autel, tableaux, statues, taber- 
nacles, retables peints et non peints. 

En dehors de ces expositions spéciales, les peintres et marchands d'objets 
d'art pouvaient, comme les autres commerçants, élaler et vendre leurs 
marchandises aux foires annuelles et populaires de la ville où ils étaient 
inscrits sur les registres de la corporation, mais les doyens surveillaient avec 
un soin scrupuleux la vente d'œuvres importées de l'étranger. En 1514, 
Josse Sammeling, peintre à Gand, fut condamné par les échevins de la 
Keure pour vente illicite d'objets d'art, hors du temps de la foire franche de 
la mi-carême 1. | 

Les artistes habitant des localités éloignées ou de peu de ressources 
envoyaient parfois leurs ouvrages dans les grandes villes pour être taxés el 
exposés aux regards du public. 

En 1463, Guil. Goestelinc, de Grammont, exposa à Gand, dans l’église 
de S'-Nicolas, un tableau d’autel ayant pour sujet la Nativité ?, 

En 1513, Philippe Van Orley, de Bruxelles, apporta à Louvain un 
carton pour tapisseries et l’exposa à l'église de St-Pierre 5. 

Il faut croire que, dès lors, le commerce des brocanteurs faisait déjà du 
tort aux peintres, car en 4504 les régents de la gilde d'Anvers obtinrent 
derechef l'autorisation de faire dans la chambre de la corporation des ventes 
de tableaux et d'accessoires de peinture sans être tenus de passer par l’inter- 
médiaire des fripiers ou de les indemniser de ce chef. Il est vrai que ces 
derniers, qui formaient une corporation importante, s’attribuaient sans doute 
la part du lion dans ces sortes de transactions. 

Il y avait un autre débouché plus en rapport encore avec nos mœurs 
modernes : la loterie officielle. Les archives de Malines contiennent une 
pièce datant de 1479 et qui n’est autre que l'annonce d'une loterie de 
tableaux ouverte par la ville de Bruges (de lotinge van der scrooderye). 


1 Edm. De Busscuer, Recherches sur les peintres du X VI° siècle, p. 242. 
2 A.Simer, Dictionnaire des peintres. 
3 Éd. Van Even, Louvain monumental, p. 181. 


Tome XLIV. 12 


90 LA PEINTURE FLAMANDE 


M. Scourion a trouvé un cahier de loterie tirée en 1445 et à laquelle à 
participé la veuve de J. Van Eyck !. 

Cependant il est à supposer que ce procédé était assez rarement employé 
encore à celle époque ; en revanche, le siècle suivant nous en offre plusieurs 
exemples qui prouvent que, du monde officiel, la loterie d'objets d'art était 
passée dans les mœurs et que les marchands en firent bientôt abus. 


INSUFFISANCE DE L'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE. — Dans le chapitre consacré 
au XIV: siècle ?, nous avons vu de quelle façon les peintres traitaient leurs 
élèves et comment ceux-ci parvenaient à atteindre péniblement la maitrise. 
Ces usages ne changèrent pas beaucoup durant tout le XVe siècle; la nais- 
sance du naturalisme et les progrès du goût nécessitèrent pourtant quelques 
modifications de détail. Si les maitres, comprenant mieux la dignité de leur 
talent, s'occupaient moins du métier vulgaire, ils étaient loin d'en écarter 
leurs élèves, car c'était sur ceux-ci qu’ils se déchargeaient de la plupart 
des travaux serviles et l'on ne voit plus autant cette sorte de promiscuité 
entre le maitre et les ouvriers qui, au XIV: siècle, interviennent comme ses 
égaux dans des commandes absolument incompatibles avec l’art 5. Jean Van 
Eyck abandonne les ouvrages vulgaires à ses varlets auxquels Philippe le 
Bon distribuait des largesses. Rogier Van der Weyden peint un tableau 


1 C'° DE Lasonpe, Preuves, p. ci, Les ducs de Bourgogne, 1. I. 

# L'album de Villard de Honnecourt (publié par O. Lassus) donne, ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, de curieux détails sur la façon dont procédaient les artistes des XII< et XIV® siècles 
pour établir leur dessin d’une façon géométrique. La formule variait selon le sujet, mais le 
procédé restait borné à certaines figures simples, telles que le triangle, le carré, la croix, qui ne 
pouvaient manquer d'amener de la raideur dans les poses, mais qui s'unissaient bien au travail 
architectural. Villard était architecte ct l’on ne peut considérer son procédé comme généralement 
employé. Dans certains manuscrits on trouve des figures au trait qui dénotent une vue d’ensem- 
ble plus naïve et plus spontanée; mais on y reconnaît cependant encore toujours une base 
d'études et de travaux linéaires et géométriques. 

3 Selon les statuts de Tournai, publiés par M. Pinchart, il était défendu d'apprendre le dessin 
autrement qu'avec un franc-maitre et sous le régime de S'-Luc, et, si l'élève n’était pas apprenti 
du métier, il ne pouvait se livrer à autre chose qu’au dessin. Pendant un an ou deux, le maître 
avait le droit de l'utiliser à son usage personnel, mais uniquement pour le dessin; les enfants de 
francs-mureliers, brodeurs, graveurs de lames, tapissiers, etc., pouvaient recevoir de leurs pères 
seuls les leçons de dessin relatif à leur métier. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 94 


pour l'abbé Jean le Robert, mais Hayne, jeune peintre, est chargé d’en 
orner le cadre î. 

Hugo Van der Goes cesse de se livrer à la peinture décorative après le 
milieu de sa carrière. 

Thierry Bouts a treize élèves connus et ne s'occupe que de la peinture 
d'histoire. | 

Memling est un bourgeois riche et considéré de Bruges ?. C'est l’origine 
d'une aristocratie artistique qui grandit avec les siècles. 

Il faut reconnaitre que, pendant ce même temps, les peintres secondaires 
continuaient à suivre les errements anciens, et que chez eux l'apprentissage 
jusqu’au XVII: siècle resta ce qu'il était au commencement de la peinture. 
Mais à tout mouvement il faut des meneurs et il est évident que quelques 
artistes extraordinaires et considérés comme tels par leurs concitoyens 
dominérent leur époque, autant par leur génie personnel que par certaines 
innovations dans l’enseignement. 


NAISSANCE DU DESSIN A EFFET. — Ainsi les Van Eyck attribuaient une 
grande importance à la grisaille et exécutaient des dessins finis à effet. Avant 
eux, il n'existe que peu de grisailles : en 1383, Philippe le Hardi en fit 
exécuter à Malines en peinture sur verre #. Notons celles de Francon Van 
Endout dans la même ville #. 

Au contraire, à dater de 44920, il en existe des exemples assez nombreux, 
soit dans les miniatures, soit dans les tableaux anonymes. On peut citer celles 
de Simon Marmion, à Valenciennes 5, celles des Van Eyck 6, celle de Rogier 
Van der Weyden à l’hôpital de Beaune, celles qui décorent l'extérieur du 
martyre de S'-Hippolyte et les deux volets du S'-Christophe de Memling ?, 
celles de la galerie du roi de Hollande, etc. 

En général, le progrès du dessin à effet indique que le goût s'épure. 

{ C'° ps LasonDe, Preuves, p. Lix, 1°" vol. 

2 Notice de M. Weace, Journal des beaux-arts, 4861. 

3 De ReirrenBEerG, Vouveuux mémoires de l’Académie, 1832, t. VII. 

4 Em. Neerrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, 4 1, p. 97. 

* 8 A. PincmanT, Archives des arts, 1. Il, p. 204. 
6 Musée de Bruxelles, galerie T. Baring, etc.; voir Crowe et CavarcaseLLe, Les anciens 


peintres flamands, t. 1, pp. 406,153 et 179. 
7 À l'Académie de Bruges. 


92 LA PEINTURE FLAMANDE 


Le tableau commencé de S'°-Barbe, du Musée d'Anvers, les dessins de Van 
Eyck, du Louvre et du British Museum sont des travaux merveilleux dont 
la vue quotidienne seule était déjà pour les apprentis un élément puissant 
d'éducation. Il est certain que si l’un des varlets de ces peintres était ch argé 
du broyage des couleurs et de la préparation des panneaux, les autres, Selon 
leur habileté, devaient, sous les yeux du maitre, s'occuper de travaux plus 
relevés. 


CALLIGRAPHIE ET ENLUMINURE. — Nous ne voyons pas Jean Van Eyck 
imiter Colart Le Voleur, Pierre Coustain et les autres varlets de chambre 
qui entreprenaient des ouvrages décoratifs. En revanche la gilde de Bruges 
comptait de nombreux enlumineurs ! et il ne manque pas de manuscrits 
dont on a le droit d'attribuer les miniatures aux Van Eyck et à leurs élèves. 

Lambert Van Eyck était dépêché par son frère, au duc, pour certaines 
besognes indéterminées qui semblent se rapporter à la librairie; enfin il est 
presque certain que Marguerite, leur sœur, s’occupait d'art. 

Toutes ces circonstances rapprochées nous font croire que les élèves ou 
compagnons des Van Eyck travaillaient à des enluminures. 

Ce travail permettait l'emploi de mains différentes, même d'artistes peu 
habiles, vu les prix séparés des histoires, des lettrines , des vignettes , des 
petites lettres et d’autres ouvrages accessoires; de plus c'était une préparation 
naturelle à la peinture de tableaux finis ©. 

Il est indubitable que les artistes chargés d’enluminer des manuscrits n'y 
travaillaient pas seuls, que les travaux à l'huile des Van Eyck devaient 
leur prendre un temps fort long, le tableau de l'Agneau leur ayant coûté 
quatre ans. 

M. le comte de Laborde a découvert un miniaturiste du nom de Jacques 
Undelot, qu’il attribue comme élève à Rogier Van der Weyden. Si les 
peintres de cette époque avaient, comme celui-là, songé à signer leurs 
travaux, il est certain que nous trouverions au bas des vignettes des manu- 


4 C'° pe Lavorne, La renaissance des arts à la Cour de France, t. 1, p. 19. 
2 Id. id. id, t. I, p. 169. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 93 


scrits de Bourgogne, plus d'un nom d'élève marqué sur les registres des 
corporations f. 


ON NÉGLIGEAIT ABSOLUMENT LA COPIE. — Les maitres faisaient parfois des 
répétitions de leurs ouvrages quand ceux-ci avaient du succès * et déjà leurs 
meilleurs élèves les copiaient parfois avec certaines modifications propres à 
leur inspiration personnelle 5; mais dans l'école flamande, il y a fort peu 
d'exemples de cette façon d'agir. Nos peintres du XV: siècle étaient-ils 
dominés par une sorte d'amour indépendant de la nature qui les portait à 
mépriser l’imitation des ouvrages d’un confrère habile, ou bien plutôt les 
commeltants tenaient-ils à faire exécuter des tableaux selon leur propre 
goût personnel, souvent agrémenté de détails absurdes? Telle était sans 
doute l’une des causes du peu d’emploi que l’on faisait de la copie, car en 
plusieurs circonstances nous voyons des artistes, S. de Scoenere, T. Bouts, etc.#, 
suivre les indications détaillées d’un contrat. 

De plus, chaque maître n'ayant qu'un seul apprenti légal (les autres 
étaient des ouvriers), et devant livrer ses œuvres après achèvement, il n'était 
pas donné beaucoup de latitude aux copistes. | 

Cependant Memling semble avoir copié dans l'Adoration des mages, de 
l'hôpital de Bruges, la composition de l’Annonciation de Van der Weyden à 
Munich. 

Le bréviaire Grimani contient des réductions des tableaux de Memling et 
existe lui-même en réduction à la Bibliothèque de Bourgogne. P. Cristus, 
dans un tableau du Musée Staedel à Francfort, a reproduit le tapis de la 
madone de Lucques, de Van Eyck, et sur les montants antérieurs du trône 
de la St-Vicrge, limitation d'Adam et Éve du Musée de Bruxelles. 

La Descente de Croix de H. Van der Goes a deux éditions, la Madone 
de Van der Paelen aussi; le martyre de St-Hippolyte également; mais les 
copies semblent aussi authentiques que les originaux. 


{ Voir Preuves, t. 1, p. 358, n° 1234. 

2 Crowe et CavALGASELLE , Les anciens peintres flamands, t. 1, p. 120. 

8 C'° pe Lasonve, La renaissance des arts à la Cour de France, t. 1, p. 435. 

# Duericxx, Mémoires sur La ville de Gand, t. II, p. 257; et Éd. Van Even, Louvain monu- 
mental, etc., p. 140. 


94 LA PEINTURE FLAMANDE 


LES ÉLÉMENTS DU PEINTRE ÉTAIENT LE DESSIN DÉCORATIF OU CALLIGRAPHIQUE.— 
Naturellement un varlet n'entrait pas chez un artiste de la valeur des Van 
Eyck sans avoir acquis des éléments pratiques suffisants, tout au moins pour 
se livrer soit à la peinture décorative, soit à la calligraphie *, selon la direc- 
tion de ses aptitudes. 

Et comme nous l'avons vu plus haut, les principes du dessin géométrique 
élaient en usage journellement chez les peintres les plus vulgaires et l'emploi 
de la plume leur était familier ?. 

D'après le règlement de la gilde de Gand, en 1463, les scribes faiseurs 
de vignettes (verlichters met de penne) étaient bien distincts des peintres 
(schilders met de pencheele) et leur étaient inférieurs en position, car ils ne 
payaient, comme entrée, que le quart de la rétribution due par ceux-ci, 
auxquels étaient réservé le droit de faire des miniatures 5, 

Le naturalisme n’était pas encore assez développé pour permettre les 
études sur le vif à des apprentis. 

Il n'en faut d'autre preuve que les tableaux et portraits que les maitres 
exécutaient avec une patience et un soin minutieux, et en particulier les 
deux académies de Jean Van Eyck (les volets de l’Agneau) qui se présentent 
à nous plutôt comme un tour de force et une excentricilté magistrale que 
comme des études anatomiques que les mœurs et les préjugés interdisaient 
au vulgaire. 


L’ENLUMINURE S'ÉTAYAIT SUR DES CROQUIS. — Mais l’art était déjà assez libre 
pour permettre aux élèves des croquis à la craie ou au charbon, des dessins 
de pelite dimension d’après nature, pour servir de jalons à leurs compositions 
enluminées. 

La besogne d'atelier était toute de patience, comparable à un travail 
d'horlogerie, mais les croquis n’allaient point encore jusqu’au dessin com- 
plet, tel que l’entendaient les contemporains d'Albert Dürer, d'Holbein, sinon 
on en eût conservé du moins quelques-uns. 


1 C'° ne LABORDE, La renaissance des arts, etc., voir Notices sur Poyet, Vérart,t. F, pp. 275 
à 275. 

2 C'° ps LaABoRDE, Preuve 4665, Les ducs de Bourgogne. 

5 Ordonnancien en wysdommen der dekenen van de neringen van Gent, Archives commu- 
nales de Gand. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 95 


Regardés comme des essais sans valeur, ils ont été anéantis sans remords. 
D'ailleurs le parchemin était cher et le papier rare !. 


LA PEINTURE DEMANDAIT UNE GRANDE HABITUDE DU DESSIN INDUSTRIEL. — 
C'était simplement comme contours relevés de teintes plates que les artistes 
de cette époque faisaient ces patrons ou cartons sur papier, modèles de bas- 
reliefs à sculpter ou de tentures d’orfévrerie ou d'architecture, tels que ceux 
de Jehan Hennequart, de Hubert Stuerbout, etc. 

En 1481, le plan sur papier d'une tour, fait par ce dernier, fut exposé à 
l'église de St-Pierre à Louvain *; il fit des modèles pour les bas-reliefs de 
l'hôtel de ville. | 

Les croquis d'artistes en voyage nous sont prouvés par ceux de Wohl- 
gemut 5. Jean Van Eyck ne peignait pas d’après nalure toutes les parties de 
ses tableaux, bien que l’on puisse croire au premier abord qu'il en fût ainsi. 
Ses fonds de paysages représentant des arbres de Portugal n'étaient certai- 
nement faits que d’après des dessins exécutés pendant son voyage : son 
architecture était dessinée d’après des châsses ou des monuments, mais ses 
figures étaient perntes tout à fait d'après nalure. Seulement il suivait le 
modèle avec un parti pris, un système, pour ainsi dire, sous le rapport de 
la lumière, chose que prouve l'examen attentif de ses ouvrages. 

La couleur s'appliquant du premier coup exigeait un dessin préalable 
très minutieux : il n'y avait pas de repeints; le procédé à l'eau d'œuf les 
permettait difficilement, et les premiers essais à l'huile encore moins. Si on 
les trouve dans les tableaux italiens d'Antonello de Messine, c’est que la 
dessiccation des couleurs était favorisée par le climat. Aussi J. Van Eyck 
ébauchait-il très net et achevé #. On peut s’apercevoir aussi que les maitres 


1 Le traité de C. Cennini montre la manière de préparer les tablettes qui servaient pour le 
dessin. Le plus souvent c'était une sorte d’ardoise qui.ne recevait que le dessin nécessaire au 
moment du travail; il en était ainsi à l'époque de Giotto pour les fresques. Au XV" siècle on fit 
de nombreux dessins sur papier, mais considérés surtout comme de vrais patrons, ils n’ont pas 
été conservés. 

2 Éd. Van Even, Louvain monumental, p. 485. 

5 M. Tuausinc, Albert Dürer, sa vie et ses œurres, p. 51. 

& K. Van Manner, Het leven der schilders, p. 202. 


96 LA PEINTURE FLAMANDE 


colonais, par exemple, dessinaient en hachures serrées et glaçaient au-dessus 
de ce dessin leurs draperies de couleur, etc. 

Il est positif que l'on peignait les portraits d’après nature, mais que l'on 
usait de la ressource des croquis pour les établir et ne pas rendre les séan ces! 
trop fastidieuses, et que l’on faisait parfois des masques, des moule s en 
cire coloriée et en papier mâché ?, procédé que l’on n’employait point ænté- 
rieurement au XVe siècle, dès les premières années duquel l’habileté pra tique 
semble avoir fait des progrès surprenants. 


L'HABILETÉ DÉCORATIVE AVAIT FAIT DE GRANDS PROGRÈS. — C'est avec une 
véritable stupéfaction que nous lisons dans le compte % de Fastré Hollet, par 
exemple, toute l'énumération détaillée des ustensiles, des matériaux employés 
à l’occasion des entremets, par les meilleurs artistes. 

Ces travaux répondaient, dimension à part, à ce que nous appelons 
aujourd’hui la décoration théâtrale : la peinture à la colle, les vernis à la 
glaire d'œuf, l'assiette pour dorure, les paillettes et les fleurs de pâquerettes 
à coller sur le mordant, tout indique une expérience de cette sorte de travail 
et une ingéniosité que l’on n’a pu dépasser jusqu'ici 4. 

Fort peu de peinture à l’huile fut exécutée en cette circonstance et d’après 
tous les renseignements du compte, cette décoration devait être brillante, 
mais d’une durée éphémère. 

Plus tard, pendant tout le règne de Charles V, plus d'une anecdote nous 
prouve la généralisation du procédé à l'eau et des travaux décoratifs. 

L'habileté avec laquelle Jean Gossart, chez le seigneur de Vère, avait 
imité sur papier le dessin et la texture d'une étoffe, ne montre en lui que le 
successeur de Colart de Laon, de Jean Hennequart, de Jean Malkin, de 
Broederlam et de tant d’autres varlets de Philippe le Bon chargés de 
contrefaire des étoffes; les images coloriées qui avaient éveillé la vocation 


1 C' pe Laporve, La renaissance des arts à la Cour de France, t. 1, pp. 59 et 60. 
2 Id. p. 48 et Preuve 1182. 

d Id. Les ducs de Bourgogne, Preuve 4741. 

4 Id. id. id. 4657, 4747 et 4794. 

8 Id. id. id. 53,t1. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 97. 


de Quentin Metsys !, les compositions en détrempe qui commencêrent la 
réputation de P. Coucke, de P. Breughel et de la plupart des artistes de leur 
temps sont la suite naturelle des décorations du XV: siècle et nous expliquent 
la disparition d'un nombre immense de peintures qui n’ont eu aucun rapport 
avec les iconoclastes. | 

Si nous rapprochons mentalement de travaux ainsi entendus (auxquels 
prenaient part des minialuristes, tels que Hugo Van der Goes, S. Mar- 
mion, elc.), ce qui nous reste-de l’art de cette époque, noùs reconnaitrons 
que les principes de la peinture au XV siècle ne pouvaient se composer 
que de la routine du peintre d'ornements, alliée à limitation minutieuse de 
la nature, quand l'artiste dis se procurer des modèles. 


LES MAÎTRES SEULS PEIGNAIENT D'APRÈS NATURE. — Nous avons les preuves 
de l'emploi d'hommes d'armes ? comme modèles vivants en 14914, par 
l'enlumineur de Louis XI, Jean Bourdichon 5, qui peignait aussi des ban- 
nières et des meubles; il y a aussi les dessins et peintüres faits par Jean 
Perréal, pendant l'expédition de Louis XII, et par-dessus tout, limitation 
naïve de modèles vivants par Quentin Metsys, dans son admirable tableau du 
Musée d'Anvers #; mais tout cela appartient déjà en propre à l'époque appelée 
ordinairement Renaissance. 

Cependant cela nous indique que la difficulté de se procurer des modèles 
et la nécessité d'avancer le travail journalier étaient les seules causes qui 
poussaient les artistes peu fortunés du moyen âge à peindre parfois quelque 
fragment d'idée ou d'après un simple croquis, et pour les figures, à se borner 
le plus souvent à reproduire les traits d’un proche parent ou d’un ami. 

Aussi les principes du dessin élémentaire, loin de s'appliquer à la figure 
humaine, ou à la sculpture, comme plus tard, ne dépassaient les figures 


! Les images paraissent avoir joué un rôle assez important dans les débuts de pcintres du 
XV: siècle; en 1468, Huge Van der Goes et Josse Van Wassenhove se portent garants pour Îe 
payement du quart de franchise exigé d'un enlumineur d'images, Alexandre Bening; vair 
Edm. De Busscuer, Recherches sur les peintres gantois des X1V°et X V" siècles, p. 141. 

2 M. Tuausixc, Albert Dürer, sa vie et ses œuvres, p 171. 

8 C' pe Lasorne, La renaissance des arts à la Cour de France, t I,p. 173. 

# Voir aussi M. Taausine, Op. cut. » P- 457. 


Tome XLIV. . a | 43 


98 LA PEINTURE FLAMANDE 


géométriques que lorsqu'il y avait nécessité de reproduire quelque fragment 
de la nature et cela quand l'élève était déjà assez habile pour être de quelque 
utilité à son maitre. 

Pour contester cette insuffisance des éléments du dessin, il faudrait év\dem- 
ment attribuer quelque valeur à la forme dans les chefs-d'œuvre de l’époque, 
chose qui ne serait pas possible en présence des tableaux des Van Eyck, de 
Van der Weyden, etc., et à plus forte raison devant ceux de Van der Meire 
et de tous les peintres secondaires. 

D'après Facius ! Jean Van Eyck était savant, versé dans la lecture des 
auteurs anciens el surtout en géométrie ; cette dernière assertion nous semble 
incontestable, si l’on entend par géométrie le dessin linéaire ou ornemental, 
car la science exacte de la perspective lui faisait complètement défaut; 
P. Uccello, Jacopo Bellini et d’autres Italiens sont infiniment au-dessus de 
lui en ce genre. | 

Se mesurer avec la nature vivante était alors considéré comme le nec plus 
ulirà du talent, et le peintre expérimenté pouvait seul en avoir l’audace. Les 
conseils des maîtres ne portaient que sur l’ingéniosité pratique, les élèves 
devaient presque tout à eux-mêmes, et le goût peu éclairé de leurs contem- 
porains ne voyait encore l'art que dans la patience et les infinies petitesses. 


LES RESSOURCES MANQUAIENT A NOS PEINTRES POUR ÉTUDIER LA NATURE SELON 
LEUR DÉSIR. — Par le fait du climat, des préjugés de l'époque et des mœurs 
du pays, nos peintres ne jouirent jamais ici de la liberté d’allures qui distin- 
guait les artistes de la péninsule 2, et si nous voyons F. Lippi, Masacci, 
G. da Fiesole, nés au milieu des ruines du monde romain, reproduire là 
nature vivante, comme on pourrait la comprendre de nos jours, ce n'’êl 
point par simple maladresse que R. Van der Weyden, Van der Goes t! 
T. Bouts nous offrent souvent une anatomie impossible, des contorsions; 
des chevaux grotesques, c'est par manque de ressources, de modèles 01 
d'encouragement. Leurs draperies d’anges qui voltigent sont des pièct 
d'éloffes neuves, déployées à terre pour la circonstance, leurs Christs def 


{ Liber, De viris illustribus, in-4°, 1745, p. 46. 
2 Voir M. Tuausixe, Albert Dürer sa vie et ses œuvres, pp. 173 et 174. 


So mo comen cmd 


ET SON ENSEIGNEMENT. 99 


cendus de la èroix, paraissent être des mendiants souffreteux qu'on a décidés 
à poser patiemment; leurs enfants divins, de petits rachitiques, qu'ils cher- 
chent parfois, en vain, à rendre plus gras et mieux proportionnés. Certains 
portraits de hauts personnages sont péniblement faits d'idée 1, et l’on ren- 
contre dans le même tableau des fragments évidemment copiés d'après nature 
et d’autres sur lesquels n’a jamais passé la comparaison avec le modèle. Enfin, 
l'on y reconnait la lutte de la passion pour la vérité avec tous les obstacles 
d'un état social dominé par le préjugé. 


LES MOEURS DE L'ÉPOQUE ENTRAVAIENT LE PROGRÈS DE L'ART. — La surveil- 
lance rigoureuse qu’exerçaient alors sur les mœurs les inquisiteurs diocésains, 
les habitudes de piété que nous remarquons chez les ouvriers employés aux 

“travaux hâtifs des entremets de Bruges, les tendances générales de l’époque, 
enfin, tout nous explique les lacunes qui existaient dans l'éducation des 
artistes. 


: PERFECTIONNEMENT DES ÉTUDES ARTISTIQUES. — Après l'apprentissage, il y 
avait pour la plupart des ouvriers un laps de temps, un arrêt forcé que nous 
nommerons compagnonnage , -pendant lequel, tout en gagnant leur pain par 


S leur travail, ils pouvaient se perfectionner par l'expérience propre et par une 
collaboration assidue avec des maitres; mais surlout par les voyages dans 
: des villes voisines, où leur transplantation dans un autre lieu ouvrait des 


ï ressources nouvelles à leur industrie. La sphère de ces pérégrinations était 

| bornée et par là même le progrès limité. | 

2 Ce ne fut que vers la fin du XV: siècle que l'influence du Midi, si propre à 

L élever le niveau artistique de nos peintres, commença à se faire sentir, et c'est 
à celte circonstance que nous devons un nouveau progrès dans l’art de notre 

é école. 

| Mais ces voyages d'étude n’élaient pas exempts de difficultés, ni de frais, et 

x. quand une occasion favorable se montrait au peintre pour s'établir dans une 

ville étrangère, il avait à compter avec la corporation et à lutter souvent 

contre les obstacles qui lui interdisaient la franche maitrise. 


1 Portrait d’Agnés Sorel, par Foucquer, au Musée d'Anvers; voir aussi OEuvres de 
Jean Foucquet, Cunmen, Paris 4865; et WoLTmann, Geschichte der Malerei, 1879, p. 77. 


100 LA PEINTURE FLAMANDE 


Une sentence de Philippe le Bon !, datée de Hesdin en 1444, montre 
que les métiers des grandes villes étendaient leurs privilèges au delà de 
leurs limites, quand il leur était possible. Le duc ordonnait que dorénavant 
il ne pourrait y avoir à l'Écluse que deux peintres ayant deux ou trois 
ouvriers et apprentis et ne pouvant vendre en n gros sous peine d’une amende 
de 50 livres. 

Voici d’ailleurs quelles étaient les difficultés que rencontrait un ouvrier de 
peinture voulant se perfectionner au dehors ou aller vivre de son pinceau à 
l'étranger. 

lui était onéreux, sinon interdit, de transporter avec lui des modèles, 
des études ou des bien devant servir à le faire connaitre, car à Louvain, 
par exemple, personne ne pouvait introduire en ville une œuvre de peinture, 
sans avoir payé 2 florins du Rhin. 

_ Comme de plus nul ne pouvait y pratiquer la peinture sans être admis au 
métier et avoir payé une somme de 12 sous, prix d’une livre de cire dont le 
maitre était responsable, on conçoit qu'il était ainsi indispensable à un compa- 
gnon étranger de se remettre en apprentissage chez un maitre, ce qui offrait 
de nombreux inconvénients, quand on ne parvenait pas à être admis chez 
un artiste de mérite. C’est sans doute ainsi que T. Bouts compta successive- 
ment treize apprentis, qui peut-être élaient déja doués d’un talent réel. 

Dans la plupart des villes il y avait des dispositions analogues : à Bruxelles, 
les étrangers ne pouvaient exercer leur état pendant plus de quatorze nuits, 
sans étre sujets à rétribution; passé ce terme, ils devaient verser À sous par 
an, pour les frais de la messe de S'-Luc et se faire inscrire au métier ? 

L'amende d'un vieil écu était infligée à ceux qui travaillaient sans être 
inscrits ou qui allaient travailler chez un autre maître sans autorisation 5. 

À Bruges il était nécessaire d’être admis dans le métier, ce qui ne s’obtenait 
que moyennant le titre de poorter, la redevance de 40 escalins de gros pour 


"{ Annales de la Société d'émulation de la Flandre occidentale, 3° sér. t. 1, p. 57, etc; 
Keuren, livre d'admission et autres documents inédits concernant la: gilde de S'-Luc, par 
Dés. VAN DE CASTEELE. 

2 Ordonnancie der Ambachten, fol. 49 et suivants; Ordonnance du 13 décembre 1465. 
3 Ordonnance du 20 juin 1453, Archives de la ville de Bruxelles. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 104 


l'apprentissage et la franchise, et 26 gros au Serment : il fallait de plus 
connaître le mélier, melter hand. 

_ À Audenarde, un ouvrier, faisant un travail de commande avec un franc 
maitre, élait tenu de payer 5 escalins parisis au profit du Saint, sous peine 
de 20 hé parisis d'amende à payer par le maitre. 

__ À Tournai, il fallait prendre : une lettre de marchand Lo vendre au 
public les produits de son art. 

À Liège, après quinze jours de travail, tout ouvrier ou apprenti étranger 
devait payer 2 couronnes de France et faire acte de soumission au métier f. 

Le livre de corporation de S'-Trond, commencé en 4461, nous apprend 
que les peintres étrangers, quand ils voulaient travailler en ville, étaient 
tenus d'acheter la maitrise * | 

À Anvers enfin, tout forain , voulant travailler comme ouvrier (Knaep- 
schap), était redevable, après quatorze jours de travail, de 6 gros par an et 
son maitre payait la même redevance 5, 

Les peintres chargés de commandes pour le souverain ou pour des auto- 
rités civiles ou religieuses étaient seuls exempts de la contribution de 
bourgeoisie. 

À Liège, il y avait une indulgence particulière pour les verriers : ceux 
qui désiraient obtenir la franchise pouvaient, après un essai de quinze jours, 
travailler librement pendant un an, pourvu que leurs maitres payassent 
pour chacun d'eux deux patards de Brabant, 

Mais à Namur régnait en revanche une disposition arbitraire qui inter- 
disait, pour ainsi dire, aux membres de la corporation le séjour à l'étranger, 
l’un des meilleurs éléments de progrès ; en effet il leur était défendu de 
quitter la ville pendant plus de quarante jours, sans payer 40 sols, sauf après 
six mois de terme écoulé. | 2: ne 

De même à Bruges un Énape qui’ travaillait soit en ville, soit au dehors, 
sans un accord connu par la gilde, encourail une amende. 

L'artiste voyageur était donc d'ordinaire astreint à de grands frais profes- 


! Livre des irente-deux bons métiers de la cité de Liège, p. 349. 
3 J. Heumc, Histoire de la peinture au pays de Liège, p. 97. 
8 Register met der berderen, fol. 219, Archives d'Anvers. 


102 LA PEINTURE FLAMANDE 


sionnels, à des démarches souvent infructueuses pour se faire admettre 
dans les différents métiers ou chez des maîtres répondant de lui. 

Antérieurement à la Renaissance, il y eut ainsi fort peu de rapports 
professionnels , d’une ville à l’autre, entre les artistes ; et il fallut l'attraction 
puissante de l'Italie pour mettre fin à celte vie casanière ; mais ausssi, en 
quittant le pays, la plupart, alors, partaient sans idée de retour, parfois 
sans se mettre en règle avec leur confrérie, qui souvent, lorsqu'ils se déci- 
daient à revenir, leur suscitait des difficultés ; l'élève était donc réduit à 
s'élever par lui-même des principes de la peinture industrielle, à une 
expression artistique, où le sentiment concentré, el l'inspiration produite 
par la vue des travaux de maitres aussi naïfs que lui, tenaient la plus large 
place. | | 

En somme l'art du XV: siècle ne diffère de ses devanciers que par 
l'influence de quelques hommes d'élite. 

Comme habileté pratique, une grande distance sépare Broederlam de 
J. Van Eyck et plus encore de R. Van der Weyden. Nous avons pu faire 
minutieusement cette comparaison au Musée de Dijon et à l'hôpital de 
Beaune. 

Après Van der Wevden et T. Bouts, Metsys fait un pas plus grand encore; 
mais, ni comme enseignement, ni comme exercice de l’art, ces hommes n€ 
représentent leur siècle en général ; ils le dépassent, et de beaucoup. 

L'invention des Van Eyck semble avoir fait naître une sorte d'aristocralie 
artistique; avant eux, les enlumineurs, les peintres en bâtiments ou barbouil- 
leurs, les peintres de tableaux formaient une sorte d'armée commune ; il ÿ 
avait même une foule de sections ou professions industrielles, telles que 
leerscrivers (peintres d’arabesques sur cuir), les enlumineurs de lisières de 
drap, etc., qui donnaient asile aux peintres dépourvus d'études suffisantes: 


LE TRAVAIL ÉLÉMENTAIRE EN FAIT D'ART ÉTAIT LIBRE. — De 41454 à 1 #58, 
les peintres à l’huile, désormais assez nombreux et voulant se constituer € 
confrérie artistique, repoussèrent les décorateurs en détrempe {, tandis dqué 


{ J. Gaicuuno, De ambachten en neringen der ‘stad Brugge, 1854, pp. 615; Éphémérides 
brugeoises, p. 416. 


mm mm mm 


ET SON ENSEIGNEMENT 103 


d’un autre côté, les scribes, les enlumineurs à la plume et les enlumineurs 
d'images de piété, jusqu'alors libres, constituaient une confrérie spéciale 
dépendante des libraires (elle fut installée en 4454 par Philippe le Bon) !. 
Cette séparation dura pour ces derniers jusqu’en 4500, pour les décorateurs 
jusqu'en 1462 seulement. Mais pendant la principale période du moyen âge, 
c'est-à-dire jusqu'après J. Van Eyck, la calligraphie et l'enluminure d'images 
pieuses, deux branches élémentaires d'enseignement, furent libres et indé- 
pendantes, sauf à Tournai, où le dessin même était réglementé. 

À Gand, ce travail, de nature inférieure, fut libre jusqu'en 1463. Mais 
les verlichiers met de pincheele © ne pouvaient toucher à la miniature. Ils 
coloriaient simplement des images de piété, comme à Bruges, ce que prouvent 
trois sentences échevinales publiées dans le Beffroi : 

En effet, le jugement du 2 mars 1405 défendit aux scribes qui entre- 
prenaient d'écrire des livres ou des rouleaux, pour gages, de faire aucun 
accord pour la confection d'images dans les dits livres ou rouleanx, c’est-à- 
dire des miniatures 5. 

Or en 1426 le doyen des peintres soutint que des compagnons, se réunis- 
sant dans le cloître de S'-Donatien, contrevenaient à ce règlement, en 
achetant à Utrecht des images qu’ils revendaient en ville soit fixées dans des 
hvres, soit à part. | | 

Les inculpés, tout en reconnaissant qu'il leur était défendu de faire des 
miniatures dans Îles livres, croyaient permis d'acheter des images qu'ils ne 
pouvaient se procurer de cette qualité dans la ville de Bruges, et d’en tra- 
fiquer. 

Mais cette importation d'images isolées leur fut défendue tandis que le 
magistral permit celle des livres et rouleaux d'images. 

De plus, par la sentence du 1° avril 4426, il fut permis à chacun de faire 
de ces images, à la main, et sans apprentis; mais si les compagnons scribes 
ou libraires n'avaient point en magasin de quoi contenter l'acheteur, ils 


1 J. GaiLLianD, op. cit., p. 161. 

3 Duricrxx, Mémotres sur la ville de Gand, t. I, p. 112; et Edm. De Busscuer, Recherches 
sur les anciens peintres gantois du X1V* et du XV" siècle, p. 109. . 

5 Beffroi, 1879, p. 238, Bruges, Ed. GaiLLiarD. 


104 LA PEINTURE FLAMANDE 


étaient tenus de renvoyer celui-ci aux artistes brugeuis, car Jean Coene ct 
treize autres personnes dont quatre francs maitres avaient alors la spécialité 
de faire de ces images à Bruges. Ce métier devint pauvre et malheureux 
à Bruges en 1457, à cause de la concurrence étrangère. 

Il est évident qu'il ne s’agit point ici d'enluminure artistique de manuscrits. 

En effet, la gilde des enlumineurs et libraires n’eût pas eu de raison 
d'exister à côté de celle des peintres, si elle avait dû séparer les miniatu ristes 
des peintres à l'huile, car il est prouvé que S. Marmion, J. de Hasselt et 
d’autres encore s'occupaient des deux genres d'ouvrages comme, sans doute, 
c'était l'habitude générale. D'ailleurs la même sentence !. mentionne les 
membres du mélier des peintres qui s'occupent de la peinture d'images dans 
les livres et rouleaux, et qui soutiennent que la fabrication de celles que 
l'on achetait à Utrecht était de leur métier ?. 

Nous croyons ne pouvoir passer légèrement sur celte question, parce que 
sa solution est de nature à éclairer pour nous l'apprentissage de la peinture 
du XV: siècle et que le terme de verlichters pourrait induire en erreur, en 
faisant croire qu'il était défendu aux peintres à l'huile de s'occuper de 
miniature à Bruges. 

Le noyau de dévote confrérie 5 qui eut ces différends avec les peintres 
soutint que Jean Coene #, doyen de ces derniers, avait fait longtemps de ces 
images, sans avoir élé franc ou mi-franc du métier, c'est-à-dire comme 
profession préparatoire à celle de peintre ÿ. 

Ainsi, ces images en rouleaux ou volantes n'étaient point des histoires 
peintes sur parchemin el se rapportant au texte d’une chronique ou d'un 
roman, et tout au plus pouvaient-elles s'adapter à l'illustration d’un missel. 
Il eùt été à peu près impossible d'acheter à Utrecht, à l'avance, des feuilles 
illustrant un texte déterminé; de plus, il fut statué dans la sentence de 


{ Beffroi, 1879, 4° livraison, p. 240. 

% En 1464 à Gand, un marchand de ces images étrangères fut également e: en contestation avec 
le doyen des peintres; voir Edm. De Busscuer, Recherches sur les peintres gantois du XIV el 
du XV" siècle, p. 109. 

8 Archives de Bruges, Portefeuille de la gilde des librariers, groenenbouck, 4, fol mi, c, xxxv°. 

# Beffroi, 1879, 4° livraison, p. 242. 

5 Chaque espèce de métier avait ses apprentis propres, mais il était permis, par exemple à un 
apprenti enlumineur, de passer en cette qualité chez un peintre à l'huile et vice vers. 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 105 


1426 que ces images seraient dorénavant signées et poinçonnées : Où sont 
dans les manuscrits les exemples de cette marque de garantie ? 

Il y avait donc à distinguer les scribes (bouc scrivers) et rubricateurs 
(verlichters met de penne), métier indépendant de la peinture et libre pour 
tous. Les francs-suppôts enlumineurs (verlichiers met de pencheele) libres à 
Bruges jusqu'en 1457, à Gand jusqu'en 1463, et qui ne purent, à dater 
de ces époques, peindre des miniatures ou des tableaux ! que moyennant 
payement de la franchise entière ?; enfin, les miniaturistes ou peintres. 


LE TRAVAIL PERMIS AUX COMMENÇANTS ÉTAIT TOUT A FAIT INDUSTRIEL. — Mais 
ce mélier de verlichter était positivement industriel comme aussi celui qui 
consistait en pression d'images à l'huile avec or et argent 5 et confection 
d'images au pinceau, sur couvertures de sièges, sur serge et autres draps, 
et qui dépendait directement des peintres à l’huile #, 

Ainsi donc, l'exercice élémentaire de l'art, c'est-à-dire le dessin, la calli- 
graphie et le coloriage d'images, était libre, et l'apprentissage du métier de 
peintre se composail de broyage ou de préparations de couleurs, de peinture 
unie ou ornementale et enfin de miniature; les tableaux à l'huile étant un 
ouvrage supérieur réservé aux maitres. Le fondement de la peinture artis- 
tique élait toujours professionnel et décoratif ÿ. 

Le talent des Van Eyck lui-même décèle une orgine décorative, et sans 
doute l’ainé des frères, en intéressant l’autre, de bonne heure, à son travail, 
a-t-il rendu facile à son génie naissant, le passage des éléments industriels 
à la peinture purement artistique. Bien qu'on ait supposé à Jean Van Eyck 
comme élèves, les P. Cristus, les Van der Meire et tant d’autres, qui furent 


1 Edm. De Busscaer, Recherches sur les peintres gantois du XIV' et du XV" siècle, p. 407. 

3 Mais ils pouvaient colorier leurs images au prix du quart de cette franchise du métier; 
voir Edm. De Busscuer, op. cit , p. 107. 

5 Beffroi, 1879, 4° livraison, p. 247. 

* Au XVI: siècle à Malines, la fabrication de la dentelle et du cuir doré relevait de la gilde 
des peintres; Em. Neerrs, 0p. cit., p. 18. | 

$ Voir les différends entre les dessinateurs d'habits et les peintres de tableaux en 1458, 
Annales de la Société d’émulation pour l’étude de l’histoire et des antiquités de la Flandre 
occidentale, t. 1, pp. 11, 12 et GO. 


Tous XLIV. | 44 


106 | LA PEINTURE FLAMANDE 


peut-être en effet des maîtres, soumettant leurs tableaux aux corrections du 
grand artiste, il nous semble positif que les ouvriers ou varlets qu'il eut 
dans sa maison furent des miniaturistes, qu'il dirigeait comme Île firent 
P. Coustain, Colart de Laon, etc., dans l'intérêt de la librairie du due, et que, 
dans tous les cas, il ne s’occupa point de donner un enseignement élémen- 
taire que chacun, selon l'habitude de l'époque, pouvait acquérir par un 
travail isolé. 

Comment pourrait-on autrement s'expliquer la disparition des travaux de 
plusieurs disciples des Van Eyck et des autres peintres de cette époque, 
des treize apprentis de T. Bouts, ctc., tandis que les chefs-d’œuvre des maitres 
sont restés à peu près intacts ? 

Il y avait une double source d'éducation artistique au moyen âge. Les 
moines pouvaient se développer par limitation des missels et autres objets 
religieux et par une routine longue et patiente. Les laïques, par Île travail 
industriel, pour en arriver au but artistique qui était toujours la peinture 
religieuse. Les deux caractères se confondaient donc, ou plutôt le second 
finit par exister seul. 

C'est ainsi que S. Marmion, Foucquet, Jean Hennequart, J. de Hasselt !; 
plus tard J. Van Battel et tant d’autres firent à la fois de la miniature et 
de l’art professionnel. Pourquoi n'en aurait-il pas été de même de ceux que 
l'on ne connaîl encore que par leurs miniatures, tels que Jacquemart de 
Hesdin ? et son élève André Beauncveu, J. Undelot, J. le Tavernier, ou par 
leurs travaux à l’huile, comme les Van Eyck, P. Cristus, les Van der Meire, 
Van der Weyden, etc. ? 


NAISSANCE DE LA SUPRÉMATIE ARTISTIQUE D'ANVERS. — De tout temps 
certaines villes jouirent d'une sorte de prédominance artistique sur les 
autres. | 

Ainsi, au XIV: siècle, Gand posséda longtemps la suprématie qui lui fut 
enlevée par Bruges, à l'époque des Van Eyck. 


1 Voir A. PixcuanT, Archives des arts, t. 11, p. 147; Jcan Van Woluwe, peintre et miniatu- 
riste. 

2? Notice de M. L. Delisle, Académie des inscriptions (séance du 6 février 1880), MSS de la 
Bibliothèque de Bourgogne, n° 11060. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 107 


On trouve sur les listes de la confrérie gantoise des noms d'artistes 
liégeois ou namuroiïs, de 1367 à 1375, etc; et le nombre des peintres y 
était considérable, ce qui n'existait pas à Bruxelles, par exemple t. 

Après la mort de Rogier Van der Weyden, c'est-à-dire vers le dernier 
quart du XV: siècle, ce fut vers Anvers que les peintres commencèrent à se 
diriger, émigrant de Bruges à la suite du négoce et attirés peut-être par le 
goût artistique que ses habitants témoignaient déjà. 

Nous ne connaissons point ceux qui vinrent y travailler fortuitement en 
qualité de compagnons, mais l'inscription sur les registres de la gilde de 
S'-Luc nous fournit les noms suivants : 

En 1469, Sandere Van Hulst; en 1472, Daniel de Romerswale; en 
1473, Chrétien de Diest; en 1474, Jean de Diest, Jean de Tournai, 
Corneille le Zélandais, Hanneken de Bruges ; en 1475, Claes d'Utrecht, Claes 
de Zierickzee; en 14479, Coppin de Hainaut, Hacquin du Maret, Jean de 
Tournai; en 14814, Henri d'Utrecht, Lenaert de Mons (sculpteur); en 1482, 
Paul de Mons; en 1483 et aux années suivantes nous trouvons Henri 
de Woluwe, Claes le Hollandais, Jean de Nimègue, Henneken de Male; 
Henri Baumanteau dont le nom parait dans les comptes de Bourgogne ; 
Henri de Clèves, Jérôme de Bruxelles, Gérard d’Yssche, Roland de Wulpen, 
Josse de Bruges, Jacques de Santvliet, Michel de Bruxelles, Mathieu Geleyn, 
Chrétien et Husson de Bruges, Antoine et Gérard d'Utrecht, Hennyn de 
Soignies, Bartholomé de Damme, Corneille de Mons, Colin de Bruxelles 
(qui peignit les anges de la voûte de la chapelle de S'-Luc), Philippe de 
Louvain et beaucoup d’autres qui prouvent l'attraction déjà naissante de la 
future métropole artistique. 

La gloire de Bruges et de Gand s'effaçait tout à coup et laissait place à 
une ère nouvelle, à la peinture de la Renaissance. 

La gilde de St-Luc d'Anvers, qui devait absorber loutes les forces arlis- 
tiques de nos provinces, naquit plus tard que celles des autres villes et 
ce fut peut-être à sa fusion avec la chambre de rhétorique de la Violette 
qu'elle dut, dès 1480, son organisation plus intellectuelle et plus puissante, 
car elle peut servir de type pour l'étude de ces corporations. 


1 Revue d'histoire et d'archéologie, 1860-1861, p. 83. 


108 LA PEINTURE FLAMANDE 


Cette période est celle de la pleine influence de la gilde, mais déjà ans 
un sens artistique et plus autant comme profession mercantile. 

Le régime est celui de la protection, encore toujours compressif el æ &ato- 
ritaire sous le rapport théorique, mais favorisant le perfectionnement prat à que 
individuel. 

Par le développement du goût et des relations entre artistes, se cons t itue 
aussi le germe de l'enseignement futur qui a pour éléments, au XVe si cle, 
l'art industriel, l'influence restreinte d'un maitre et enfin quelques voy ages 
de ville en ville. 


LE XVI: SIÈCLE JUSQU'A RUBENS. 


INFLUENCE ITALIENNE. — Vers les premières années du XVI: siècle se 
produisit dans l'Europe civilisée un mouvement surprenant, général, dans h 
politique comme dans la guerre, dans le monde religieux comme dans le 
domaine philosophique, dans les sciences comme dans les arts. Ce n’était pas 
un progrès, c'était une rénovation complète, un bond énorme de la civilisa- 
tion, honteuse d’être restée en retard depuis une si longue suite de siècles. 
Des génies inimitables se levèrent en Italie et, secondés par l'intelli gente 
protection de grands monarques, tels que Léon X, Charles V, François Î", 
agitérent librement le flambeau fulgurant qui devait révolutionner l'Europe 
artistique. 

Quels qu'ils soient, sortis de la noblesse ou de la plèbe, à dater de ce 
moment ils marchent de pair avec les plus grands seigneurs et vivent fami- 
lièrement avec les souverains. Le Vinci meurt dans les bras du roi de 
France, Michel-Ange brave le terrible Jules 1}, Charles V ramasse le pinceau 
du Titien; André del Sarto, le Primatice, le Rosso sont appelés au Louvre ou 
à Fontainebleau. Notre Michel Coxcie dédaigne de quitter sa patrie pour 
obtenir le même avantage; Raphaël, le prince des peintres, ne marche 
qu'escorlé par une véritable cour. 

C'est en Italie que nos peintres désormais iront, exclusivement, pendant 


ET SON ENSEIGNEMENT. 109 


plus d'un siècle, rechercher leurs modèles ; c'est sur leurs émules ultramon- 
lains qu'ils se façonnent dans leurs études, leurs idées et leur exécution. 
Leur nombre s'accroit dans une proportion considérable et tous tiennent à 
honneur d'importer dans leur pays les habitudes fastueuses dont ils ont été 
témoins en Îtalie, car l’émigration vers le Midi fait désormais partie de leur 
éducation. 

L'enseignement de la peinture se modifie, les projets s’agrandissent, 
l'audace se marque dans toutes les entreprises. L'art lui-même approche de 
son apogée de gloire, de considération et aussi de valeur intrinsèque *. 

Déjà Quentin Metsys présente des tendances italiennes très caractérisées 
et Jean Gossart est tout à fait passé dans le camp ultramontain; mais Lam- 
bert Susterman et son élève Lampsonius à Liège; Frans Floris et Lucas de 
Heere à Anvers et à Gand; Van Orley à Bruxelles, les Van Coxcyen à 
Malines, Pourbus et H. Goltzius à Bruges, ne tardent pas à imprimer un élan 
grandiose à la méthode étrangère. 

Le goût décoratif? était aux grandes choses et la mode tout entière à 
l'Italies aussi la protection ne manqua-t-elle pas dès lors aux artistes. 


PROTECTEURS DE L'ART. — Le nom d’Adolphe de Bourgogne, grand bailli 
de Gand, qui était le Mécène des liltérateurs et des artistes de son temps, est 
inséparable de ceux de Lucas de Heere, de Lomhard, de Gossart; ceux 
d'Egmont, de Hornes5, de Guillaume d'Orange, de Mansfeldt, ont un rapport 
étroit avec l’histoire de F. Floris el de ses contemporains. 

La protection élait générale, sans distinction de parti ou d'opinion ; le 
duc d’Albe et son fils Ferdinand ne le cédaient pas, à cet égard, aux plus 
enthousiastes des partisans de l'indépendance des Provinces-Unies et le 
pauvre Key paya, dit-on, de sa vie, celte terrible faveur, 

Parmi les amateurs espagnols, le roi Philippe IT donnait l'exemple, et, 
bien qu’il préféràt les Îtaliens, savait rendre justice à quelques-uns de nos 
meilleurs artistes, à M. Van Cocxyen entre autres; ses ministres, ambassa- 


1 Gazette des beaux-arts, 1° décembre 1879, p. 507. 
3 Voir C'° pe LaBsonDs, La renaissance des arts à la Cour de France, t. 11, pp. 820 et xxxvin 
8 Archives du royaume, pièces du XVI: siècle, t. I, fol. 413, MSS fol. 354. 


110 | LA PEINTURE FLAMANDE 


deurs et généraux, F. Vargas, F. D'Avalos, le cardinal de Granvelke, 
A. Spinola !, l'imitêrent avec magnificence. 

ll est à peine nécessaire de citer les principaux appréciateurs de Rubens 
et de son école, Corn. Van der Gheest, les Van Halmale, N. Rockoex, 
l'évêque de Gand, Maes, le duc Charles de Croy°, don A. de Altuna, le duc 
d'Olivarès et les grands d'Espagne dont la fortune alors était immense et la 
dépense plus grande encore; enfin Philippe IV, le roi-artiste, qui mérita les 
éloges et l'estime particulière de notre plus grand peintre. Nous n’en finärions 
pas si nous devions mentionner les personnages éminents qui se distin- 
guérent à celle époque par leur goût pour la peinture. 

Mais il faut ajouter que beaucoup de nos amateurs étaient éclectiques 
el savaient apprécier les chefs-d'œuvre des autres écoles autant que les 
étrangers recherchaient ceux de nos artistes. 

C'est ainsi que les frères Van Veerle, négociants anversois, avaient une 
collection importante de tableaux italiens qui ont été reproduits en 1649 
dans un recueil qui existe à la Bibliothèque de la ville d'Anvers. 

Les relations fréquentes entre les riches amateurs et les artistes distingués 
finirent par opérer une sorte de rapprochement entre ces deux classes 
d'hommes auparavant séparées par l'un des préjugés les plus puissants. Le 
charme de l’art avait apprivoisé plus d’un de ces farouches contempteurs de 
la roture et les hautes classes commencèrent même à lui fournir quelques 
représentants; il y a, dans la peinture de cette époque, je ne sais quoi 
d'aristocratique dans les tendances, qui semble lutter avec les coutumes 
établies , les préjugés consacrés par le temps. 


NAISSANCE DES ÉTUDES THÉORIQUES. — Aussi les principaux maitres de ls 
première partie du XVI: siècle se préoccupèrent-ils vivement d'études intel- 
lectuelles. Ils sentaient qu'il leur manquait beaucoup sous ce rapport, el 
dans leur désir de s'élever, cherchaient à s’instruire, sans essayer encore de 
donner l'instruction aux autres, car, le plus souvent, leur passion pour 


! Dunesniz, Histoire des plus célèbres amateurs étrangers, Paris, 4860, p. 15. 
2 A. PincuanT, Archives des arts, t. 1, p. 158. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 111 


l'étude s'était tournée inconsciemment vers des branches ayant peu de rela- 
tion avec la peinture. 

Quentin Metsys était rhétoricien, dit Van Mander; Famitié qui unissait 
entre eux Metsys, Erasme, Ægidius, Thomas Morus, Albert Dürer, et les 
nombreux échanges d'idées entre savants et artisles, que nous révèlent les 
voyages de Dürer, de L. de Leyde, de Gossart, de Holbein, de Lombard, 
nous prouvent quelle était la tournure de l'esprit à cette époque. 

J. Gossart rapporta dans notre pays la manière de composer, et les sujets 
mythologiques qui étaient alors en usage au delà des monts'; mais ce fut 
Lambert Lombard qui s'occupa, pour ainsi dire seul, de théorie artis- 
tique. | 

Van Mander* l'appelle le père de notre art de dessin et de peinture, qui 
fit disparaitre la manière ancienne et barbare et la remplaça par le beau 
style antique. | 

Il était poète et philosophe, mais surtout antiquaire; il collectionnait des 
dessins, des pierres gravées et des médailles ; il étudia, dessina et mesura les 
slatues antiques pour y trouver une règle de proportion pour le corps 
humain. 

Il est probable qu'il eut connaissance des travaux de Léonard de Vinci, 
qui, en 4496, dessina les figures de la Divina proporzione (traité que publia 
avec lui, en 4509, le frère Luca Paciolo), et qui fut le seul ltalien de ce 
temps qui comprit ee que devait étre une théorie de la peinture. 

Lombard composa une grammaire de l'art, des règles sur l'antique; ses 
constructions architecturales firent sensation à Liège et dans le pays; il fut 
un des peintres les plus capables de faire comprendre à ses élèves les prin- 
cipes dont il avait recherché la formule pour lui-même, et cependant, chose 
remarquable, il forma plutôt des praticiens que des hommes théoriquess. 

Parmi ses élèves, ceux qui s'occupèrent le plus d'enseignement, F. Floris 


1 L. Guicciannint, Description de tous les Pays-Bas, 1609, p. 105. 

2 K. Van Manper, Het leven der vermaerste schilders, cte., p. 147. 

5 Dans son traité des proportions du corps humain, Dürer écrit qu’il n'a jamais rencontré 
que J. de Barbari qui cüt disserté sur ce sujet: Vitruve était sa seule source. Il est dune probable 
que Lambert Lombard n’a point divulgué ses principes à d’autres qu’à ses élèves immédiats; 
voir Tuausixc, Albert Dürer, sa vie et ses œuvres, pp. 222-428. 


412 LA PEINTURE FLAMANDE 


et Gollzius, n'ont jamais développé la partie scientifique de l’art et se sont 
bornés, comme après eux, presque tous nos peintres, à imiter servilement les 
habitudes italiennes, la composition du Sanzio, les formes lourmentées du 
Buonarotti. 

F. Floris qui avait débuté par la sculpture, comme plus d'un maitre italien, 
était, selon Van Mander, aussi remarquable par son intelligence et son 
savoir lilléraire que par son adresse manuelle. 11 était versé dans la poésie, 
la philosophie et l'anatomie”; mais rien ne vient prouver qu'il ait transmis la 
moindre méthode à ses élèves, dont le plus érudit, L. de Heere, ne parait 
pas même avoir clairement compris qu'il y eût une théorie... L'imitati on, à 
tort et à travers, des modes italiennes, même dans ce qui contrastait avec 
les mœurs et le climat de notre pays, tenait lieu de science. F. Floris ? avail 
peint lui-même de grands sujets allégoriques sur la façade de son habitation; 
Charles d’Ypres peignait à fresque sur les pignons des maisons, selon l'habi- 
tude vénitienne; P. Vlerick, à Tournai, prenait plaisir à habiller ses filles à 
l'italienne *. 

En 1598, Ortelius écrivait qu'Otto Van Veen, le premier, avait joint le 
culte des lettres à la pratique de la peinture et qu'il comptait composer un 
traité sur cel art À, 

Il est certain du moins qu'avant lui les principes classiques, dans nos 
provinces, n'avaient pas encore été réunis en système, mais d’autres, bien 
avant le peintre-gentilhomme, avaient inculqué à leurs élèves des notions 
plus ou moins théoriques. 

Son contemporain, W. Cobergher 5, publia un traité sur la peinture, la 
sculpture et l'architecture; avant lui, en Îtalie, de nombreux ouvrages de 
perspective et d'architecture avaient été publiés. L'un des premiers date 
de 4505 %; celui de B. Zénale 7, architecte milanais, de 4524. Lomazzo 


1 L. Guicciannini, Description de tous les Pays-Bas, 1609, p. 103. 

2 Culalogue du Musée d'Anvers, 1857, p 102. 

5 K. Van ManDer, Levens der vermaerste schilders, leven van P. Vlerick. 

4 Catalogue du Musée d’Anvers, 1857, p. 137. 

$ A. Micmecs, Histoire de la peinture flamande, p. 483. 

6 De artificiali perspectivd, voir B. Fion, Lettres écrites de la Vendée à M. À. de Montai- 
glon, Paris, 1861, p. 22. 

7 Voir Lowzzo, Tratlate dell’ arte de la Pittura, p. 275. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 113 


écrivit son ouvrage sur la peinture en 4584; la correspondance d’Agrippa 
nous prouve que certains peintres s’intéressaient vivement à la science *. 
P. Coucke, d’Alost, a traduit en flamand les œuvres du Bolonais Serlio, 
selon le dire de Guicciardini ?. 

Lambert Lombard, l'homme réputé le plus savant de son siècle, était à la 
fois antiquaire, architecte et littérateur 5. 

Lampsonius et Lucas de Heere, des archéologues et poètes remarquables 4, 

Charles Van Mander, tout en n'étant pas un modèle quant à la littérature, 
prouve assez dans son poème : De grondt der Edelvrye Schilderconst, son 
amour du progrès et de la théorie, et bien avant tous ces artistes, Quentin 
Metsys ne cultiva-t-il pas avec succès les lettres flamandes et ne fut-il pas 
Jié avec les hommes les plus érudits de son époque 5? 

La numismatique semble avoir été l’une des bases, peut-être la seule, de 
l'archéologie artistique de ce temps. 

Vers 14550 une foule de personnages marquants, dans nos provinces 
flamandes et la principauté de Liège, possédaient des collections de numis- 
matique ou de livres, d’estampes, etc., qui étaient ouvertes au petit nombre 
des artistes érudits, entre autres celles de l’évêque Robert de Berghes et de 
l'archidiacre Torrentius à Liège 6. Lombard sut en profiter largement et 
Goltzius suivit son exemple en 1556, car dans la seule ville d'Ypres, ce 
dernier trouva quatre cabinets d'amateurs de médailles 7. 

La différence entre les œuvres de la Renaissance et celles du bas moyen 
âge se remarque non-seulement dans les tendances, mais encore dans Ja 
pratique, dans le rendu des sujets. Ce cachet de nature, de simplicité, de 
persévérante ténacilé dans l'imitation naïve, que l'on rencontre au moyen 
âge, se transforme en convention, en engouement pour le style étranger et 
en une apparente facilité dans le procédé d'exécution. 


1 Voir Agrippae Opera, t. II, p. 834. 

2 L. Guicciannini, Description de tous les Pays-Bas, 1609, p. 102. 

3 GozTaas, Histoire des lettres, des sciences et des arts, en Belgique, 1844, t. IV, p. 40. 

® À. Siner, Dictionnaire des peintres; À. PixcaarT, Archives des arts, etc, t. [°", pp. 143 et 
280; Ph. BLommaenT, Annales de la Société royale des beaux-arts et de littérature à Gand, 1853. 

5 Catalogue du Musée d’Anvers, notice de M. De Laer, p 42. 

6 Gonraacs, Histoire des lettres, des sciences et des arts, en Belgique, t. II, p. 60. 

7 A. VanDENPERREBOOM, Essai de numismatique yproise, Bruxelles, Gobbaerts, 1877, in-8°. 


Toue XLIV. 45 


114 LA PEINTURE FLAMANDE 


VoyaGEs ARTISTIQUES. — Déjà nous avons vu le goût des voyages com- 
mencer à se répandre parmi nos artistes, dès l’époque où les transa ctions 
commerciales devinrent fréquentes avec l'Espagne et avec l'Italie. Le Po rtugal 
surtout eut d'abord le privilège de les attirer, peut-être à cause des faciles 
relations que Bruges avait avec ce pays; mais vers le règne de Phili ppe le 
Beau, ce fut surtout l'Espagne, devenue par les récentes découvertes de 
Colomb l’entrepôt des richesses du Nouveau Monde, qui fut le but de leurs 
pérégrinations. Sans compter l'ambassade dont fit partie Jean Van Eyck, en 
Portugal, nous avons à citer! Huet (1420), G. Belles, maître de verrières 
(1448), Jean Annes (1454), Gilles Eannes (1465), Jean (1485), Christophe 
d'Utrecht et R. Van Velpen (1490), Antoine de Hollande (1495), ue de 
Gand (1496), qui tous travaillèrent dans cette contrée. 

Dés le commencement du XVI: siècle, on voit partir pour l'Espagne Juan 
Flamenco (Memling ?), Jean de Bourgogne, attaché en 1495 à la suite de 
l'évêque de Tolède, J. Vermeyen, À. Moro, et pour l'Italie, suivant l'exemple 
de Van der Weyden, de Jean Gossart, de Van der Goes, de Juste d’Alle- 
magne, les Van Orley, les Schoreel, les Van Coxcyen, les P. de Kempeneer* 
et tant d’autres qui inaugurent le défilé immense des Néerlandais vers la Ville 
Éternelle, « Combien nos artistes ne devaient-ils pas être impatients de 
franchir les limites de l’étroite sphère * où était renfermée leur intelligence, 
et d'aller admirer les merveilles dont la distance et de séduisants récils 
augmentaient encore le prestige ». Aussi en revinrent-ils avec une tendance 
extraordinaire vers une sorte d'universalité pratique. 

A l'instar des Italiens, une foule de nos artistes se montrent à la fois 
ingénieurs, peintres, sculpteurs, géomètres, architectes; ils sont pour 
plupart intimement liés à l’histoire du perfectionnement des sciences et font 
un usage passionné des nouveaux procédés de vulgarisation des arts. 

Leur manie d'expatriation ne fit qu'augmenter par les troubles politiques 
qui ne cessèrent d’agiter le XVI: siècle et qui se compliquaient si gravemeïl 
de questions religieuses. Ces perturbations eurent pour résultat dans nott 


1 Ce pe Lasonne, Les ducs de Bourgogne. Introd. Preuve cxxxu. 
2 À. WaurTers, Bulletins de l’Académie royale de Belgique, 2° sér., t. XXIV, p. 552. 
3 Ed. Féris, La famille des Sadeler, Buzuerins De L’Acanémie, 2° sér., t. XXI. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 115 


pays, de tarir plusieurs fois les sources de la prospérité publique, à laquelle 
la production artistique est liée d'une manière indissoluble. 

En 1572, après le sac de Malines, près de quarante peintres de cette 
ville obtinrent de pouvoir exercer leur art à Anvers, pendant six mois 
environ. Le serment de S'-Luc le leur permit par charité *, ce qui prouve 
aussi bien que les visites entre confréries et les concours de rhétorique, la 
bonne entente qui régnait entre les différentes corporations. 


TRAVAUX INDUSTRIELS. — En 1566, de jeunes Flamands ou Hollandais 
travaillaient à Fontainebleau *. Bon nombre de nos peintres allèrent s'installer 
en Allemagne, en Hollande ou en Angleterre. Cette situation fâcheuse 
eut aussi pour effet d'abaisser le niveau de l'art, parmi les peintres peu 
favorisés de la fortune, car tout travail pouvant donner à court délai des 
moyens d'existence devint pour eux une sorte de spéculation industrielle 5, 

Tel fut, par exemple, celui de la peinture en détrempe sur toile qui procu- 
rait de la besogne à tant d'ateliers, notamment à Malines et à Courtrai 4. 

D'un autre côté, les artistes qui obtenaïent de grandes commandes, excités 
par le souvenir des colossales entreprises des grands maitres de l'Italie, dont 
ils n'étaient plus à même de suivre les errements, vu leur éloignement des 
bons modèles, se faisaient aider par de nombreux élèves, et devançaient de 
ce côté des Alpes, le triste maniérisme qui allait bientôt envahir l’école 
italienne. 

L'habitude d'employer un pinceau étranger pour certaines parties d’une 
œuvre nous vint de l'Italie. | 

Les plus grands peintres de figures, dit Baldinucci, employèrent des artistes 
flamands pour exécuter leurs fonds de paysage. 

Comme nous lavons vu déjà, au XIV: siècle, on peignait à la gomme et 
au blanc d'œuf de grandes toiles pour tapisseries d'appartement; les Tour- 


1 Romours et Van Lérivs, Liggere van de Sinte-Lucas Gilde, t. 1, p. 246. 

3 K. Van Manoer, Leven van Jeronymus Francken, etc. 

3 Voir la notice sur Stradanus qui dessina pour des orfèvres et collabora avec Vasari, Zucchi 
et Naldi, Bulletins de l’Académie, t. XXII, 1"° partie, pp. #53 et 457. 

& Van Manner, Schilderboek, 4648 ; Leven van P. Vlerick. 


116 LA PEINTURE FLAMANDE 


naisiens, Robert Davy et Jehan de l'Ortie y acquirent une réputation; plus 
tard Rogier Van der Weyden et Baudouin de Bailleul, que cite la couronne 
margaritique, P. Coucke d’Alost, Bernard Van Orley ! et une foule d’autres, 
distingués comme Michel Coxcie ou humbles comme Vlerick ou Molenaer, 
continuèrent à alimenter cette industrie de leurs productions. 

Toujours à limitation des Îtaliens les plus grands artistes se chargèrent 
sans fausse honte d'ouvrages industriels ?, répondant peu à l'idéal qu'ils 
s'étaient imposé, mais qui avaient l'avantage de fournir aux dépenses que l'art 
même leur occasionnait. 

Holbein dessina beaucoup pour les orfèvres, les graveurs, les sculpteurs 
en bois 5. | 

Rubens * lui-même fit de nombreux modèles de tapisseries, tirés de l’histoire 
sacrée et de l’histoire profane; Van Bronckhorst et Van Diepenbeeck com- 
mencèrent par la peinture 5 de vitraux. Ce genre devint avec la détrempe et 
les cartons pour tapisseries la plus grande ressource des artistes $, mais des 
travaux aussi nombreux et d'aussi grande dimension devaient engendrer la 
collaboration la plus étendue. a 


COLLABORATION ARTISTIQUE. — Van Mander dit que les peintres à Veau 
de Malines font chacun une partie du travail commun qui passe ainsi de main 
en main. Les Valkenborgh, Hans de Vries, Van Steenwyck, etc., travail- 
laient à ces ouvrages. 

Corn. Enghelrams peignit avec H. Vredeman l’histoire de David, sur 
l'ordonnance de Lucas de Heere 7. Celui-ci reçut 6 escalins de gros par jour, 


{ B. Van Orley exécuta les vitraux de la chapelle d'Orléans à Paris. Voir Lenoin, Trailé 
historique de la peinture sur verre; Description des monuments de sculpture réunis au Musée 
des monuments français, Paris an VIII, in-8°, p. 581. 

3 Raphaël fit, outre ses cartons, des dessins pour le garde-meuble de France, etc. ; voir 
C'° pe Lasorpe, La renaissance des arts à la Cour de France, t. Il, p. 1000. 

3 Van Manoen, Schilderboek, 4648 ; Leven van Holbein. 

& Hooxan CanrENTER, Mémoires et documents inédits sur À. Van Dyck, ete., p. 171, trad. 
Louis Hymans. 

5 Corn. De Bi, Gulden cabinet, 1661, p. 284, in-4°, Antwerpen. 

6 Van LenBerGus et Ronsse, Audenaerdsche mengelingen, pp. 248 à 272, etc. 

7 Voir aussi Edm. De Busscuga, Recherches sur les peintres et sculpteurs gantois du 
XVI: siècle, 1866, p. 29. | 


ET SON ENSEIGNEMENT. 117 


pour les patrons des verrières de l’église S'-Jean ; il était renommé pour ses 
cartons de tapisseries. 

Floris utilisait ses élèves dans ses grands travaux; les Van Coxcyen 
employèrent Hans de Vries; Stradanus !, G. Tons, P. Breughel, J. Snel- 
linck, à Audenarde ?, C. Molenaer *, M. Van Cleef, les Vinckeboons et une 
foule d'autres s'occupèrent de ces ouvrages industriels #. 

En 1526-1527, Willem de Hollandere dessina des cartons pour les 
tapisseries de l'hôtel de ville de Bruges; il fut remplacé l’année suivante 
par Lancelot Blondeel 5. 

En 1558 on trouve mentionné dans le Liggere d'Anvers un doekschilder 
van groole personnagien. 

On sait l'importance de l'emploi des tentures au XVIe siècle 6. Paul Bril, 
selon Félibien, se servait de ses nombreux élèves pour les parties accessoires 
et les ornements de ses cartons de lapisseries. 

On reprochait à G. Congnet de-vendre comme œuvres originales des copies 
de ses élèves, qu'il avait simplement achevées 7; enfin l’histoire d’Audenarde 
fourmille de noms d'artistes qu'employèrent les marchands tapissiers de cette 
ville 8, | 

La collaboration entra bientôt si bien dans les usages qu’elle s'étendit à 
tous les genres de peinture et qu'il devint assez rare de rencontrer des 
ouvrages d’une main unique. Le titre de stoffeerder, qui, à cette époque, 
remplace souvent celui de peintre et qui n'indique plus l’enluminage des 
sculptures, prouve à lui seul la généralisation de ce système, provenant 
directement des maitres italiens alors en honneur. Nous aurions tort de le 
condamner dans nos artistes parce qu'il était naturellement exigé par la 
multiplicité des travaux qui leur étaient confiés. Ils croyaient perfectionner 
leurs œuvres par la réunion de talents spéciaux et leur noble ambition de 


1 Éd. Féris, Les artistes belges à l'étranger, Jean Stradan. 

3 P. GÉnanD, Album der Sinte-Lukas Gilde, p. 59. 

3 Van Enrsonn, Recherches historiques sur l’Académie d'Anvers, 1817, p. 28. 

& C“ ne Lasonog, La renaissance des arts à la Cour de France, t. II, pp. 789 et 971. 
5 Annales de la Société d’Émulation de Bruges, 3° sér., t. 1, p. 505. 

6 C' pe LaBonne, 0p, cit., t. J1, pp. 978 et 985. 

7 Catalogue du Musée d’Anvers, 1857, p. 122. 

8 Van LERBERGE et RONSsE, 0p. cit, pp. 248 à 272, cte. 


118 LA PEINTURE FLAMANDE 


produire, prouve l'énergie des travailleurs de cette époque et leur ardente 
décision à marcher sur les traces des grands maitres de la Péninsule. 


CARACTÈRE PROFESSIONNEL DE LA PEINTURE. — Seulement ce progrès lant 
désiré était entravé par une foule d'obstacles causés par la routine, les cou- 
tumes de l’époque et les lois. Aussi l'état de choses que nous avons remarqué 
au moyen âge au sujet de la condition des artistes subsista-t-il pendant 
longtemps encore, avec de bien faibles modifications, et l'on voit encore les 
peintres de tableaux enluminer, dorer et vernir des statues et des accessoires 
divers. Ils ne sont plus, il est vrai, des artistes de réputation, mais cela 
prouve tout au moins que les mœurs étaient peu modifiées sous ce rapport. 
En 1545-1519, dans les archives de Gand, on trouve mentionné Michel 
Hebscaep, peintre et sculpteur ?. André Van Male dore et revernit l’image de 
Notre-Dame à Gand, en 1567. En 1548, M. J. Crans étoffe des statues, etc. 
pour les marguilliers de Notre-Dame d'Anvers ?.J.-Q. Massys colorie en 
1554-1555, deux crucifix et le bäton d'une croix 5. 

Lambert Van Noort, en 1569, peint des portes, des boiseries d'orgues el 
deux bannières funèbres pour l'église de Notre-Dame. Gcorges Van der 
Riviere reçoit huit livres de gros pour le coloriage de la statue de la Justice, 
taillée par Jean de Heere, en 1576 *. 

Chrétien de Bruyne, à Malines, fait des travaux analogues. Il faut croire 
pourtant que des hommes, tels que L. Van Noort et J.-Q. Massys furent con- 
traints par la nécessité d'accepter une semblable occupation. Les Recherches 
sur les peintres et sculpteurs de Gand nous donnent toute une liste d'artistes 
qui travaillèrent ainsi, accompagnée d'indications caractéristiques ; comme au 
siècle précédent, les peintres se chargent d'ouvrages disparates 6, tels que la 


‘ Actes ct contrats, 4515-1519, Archives de Gand. 

2 Liggere de S'-Luc, t. 1, p. 102, Anvers. 

3 Comptes de la fabrique de la cathédrale d'Anvers, 1554-1555, Extraits, par M. L. DE Bua- 
BURE. 

# Catalogue du Musée d'Anvers, 1857, p. 105. 

5 Comptes de da ville de Gand; voir Edm. De Busscuer , Recherches sur les peintres et sculp- 
teurs gantois du XVI° siècle, 1866, p. 52. 

6 C'pg Lasonne, La renaissance des arls à la Cour de France, t. 11, p. 769. 


RS © ee R RE 


ET SON ENSEIGNEMENT. 119 


démolition d'une chapelle, une carte de fortifications !, le peinturage de seaux 
à incendie ou des gouttières de la maison échevinale, la peinture d’éten- 
dards, la dorure de cadrans d'horloge, de retables, de pignons, des plans 
d'écluses, etc. 

La plupart des peintres tenaient boutique de leurs œuvres?. Liévin de 
Vos était marchand de couleurs et sous-doyen de la Gilde de Gand (1530). 
Les graveurs du XVe et du XVI: siècle étaient marchands d’estampes 5. 

… Maur Moreels (1550-1631), à Malines, et plusieurs autres que cite Van 
Mander vendaient des couleurs et des ustensiles nécessaires à la peinture, à 
l'usage de leurs confrères. La femme de Jean den Hollander allait au 
marché vendre les tableaux de son mari*. En 1596, R. Van Coxcyen et 
G. Van Veen, pour quatre peintures, portent en compte le prix de leurs 
toiles, de la caisse d'emballage, etc.°. 

Dans les contrats d'engagement, on continue à stipuler les moindres 
détails d’une facon qui prouve le peu de latitude que le commettant laissait à 
l'artiste et qui fait comprendre comment, dans les rares occasions où celui-ct 
se sentait affranchi, il ne pouvait s'empêcher de montrer l'exagération de 
style qui caractérise tout le XVI: siècle. 


PRIX DES TRAVAUX DÉCORATIFS. — Les comptes du receveur de la ville de 
Gand mentionnent les salaires des peintres employés aux décorations de la 
Joyeuse-Entrée des archiducs, les 28 et 30 janvier 1600. Parmi eux se 
trouvent plusieurs artistes, qualifiés comme tels dans d'autres documents, et 
recevant par jour de 5 à 10 escalins de gros. D’autres, de même que les 
apprentis, reçoivent 3 escalins 4 deniers de gros. Il est probable que 5 esca- 
lins de Brabant ou la somme de 1 florin à 4 ‘2 florin par jour, représen- 
taient le taux du peintre ordinaire, tandis que les artistes qui touchaient, 


{ C'° pe LasonDs, La renuissance des arts à la Cour de France, t. I, pp. 918 ct 956. 
4 Edm. De Busscuer , Recherches sur les peintres et sculpteurs gantois du XVI° dois pp. 265 
et 354. 

* Basax, Dictionnaire des graveurs, Bruxelles, 1791, p. 424. 

# Van ManDen, Schilderboek, p. 158. 

$ A. PixcuanT , 0p. oit., t. 1, p. 283. | 

6 Edm. De Busscuenr, op. cit., p. 92; recueil MS des Archives de Gand. 


120 LA PEINTURE FLAMANDE 


comme Pierre Pieters, 10 escalins, avaient quelque réputation. I] y avait 
donc peu de diminution dans les salaires et la valeur des travaux décoratifs, 
malgré le nombre croissant des travailleurs et la répartition évidemment 
plus rare des commandes, si l'on tient compte de la diminution de la valeur 
monétaire. 

C’est à l’action protectrice de la Gilde qu'il faut attribuer ce fait; un tel 
prix était encore fort rémunérateur !, car en 4589, Denis Pesser, peintre du 
prince-évêque de Liège, ne toucha que 6 florins de Brabant pour avoir fait 
un portrait du prélat?; en revanche, les armes de Bavière, peintes sur un 
autel, lui valurent 36 livres. | 

En nous livrant à une petite étude comparative sur les prix connus de 
quelques travaux, nous reconnaitrons que si le travail purement artistique à 
toujours été rémunéré un peu au hasard, selon la loi de l'offre et de la 
demande, la peinture industrielle a généralement gardé une valeur plus 
constante et vraiment avantageuse ; ce qui explique, d'un côté, pourquoi 
tant d'artistes l’ont pratiquée, de l’autre, combien l'influence de la corpora- 
tion agissait sur le maintien des prix de main-d'œuvre et de livraison. 

Notre évaluation ne saurait être qu'approximalive et basée le plus souvent 
sur des probabilités3; un pareil calcul n’entre point dans notre cadre, maisil 
est essentiel pour nous d’esquisser, de faire entrevoir la situation pécuniaire 
des artistes après le XV: siècle. 


VALEUR DU SALAIRE JOURNALIER. — En 1507, Josse Metsys avait 46 plek- 
ken pour ses honoraires d'architecte ; en 1530, il était alloué à un architecte 
de la ville de Diest 5 sols par jour de travail en été, 4 sols en hiver, le 
logement et 6 florins pour son costume. 

En 1517, Mathieu Keldermans, architecte et tieuk recevait de la ville 
de Louvain 4 sols par journée de travail. 


1 A. PincuanT, Archives des arts, t. I, p. 234. Picrre Alamire reçoit plus tard comme garde 
des livres de la chapelle de l'Empereur, 4 sous de Flandre par jour. 

2 A. PincaanT, Archives des arts, t. 11, pp. 124, 521, etc. 

8 Nos réductions de monnaies sont basées sur les traités de l'abbé Ghesquière, sur Marshall 
et Bogaerts, Bibliothèque des antiquités belgiques; sur Kiliaen (Dictionnaire des étymologies 
teutonnes) et sur des comptes tirés des Archives d'Anvers, etc. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 12 


Une robe de deuil en drap noir coûtait six livres, en 1505 !, et une loge 
au Pand d'Anvers en 1492 coùtait comme location 12 escalins par an. 

En 1516, Henri Bredeniers, organiste de Charles V, recevait une pension 
annuelle de 400 livres?. C'était un homme important qui se bâtissait une belle 
maison à Lierre; cette somme équivaut à un peu moins de 6 escalins par 
jour. 

En 1508, l'évêque suffragant de Cambrai, accompagné de son chapelain et 
de son valet, reçoit 7 escalins 9 gros pour honoraires de la cérémonie de 
bénédiction d’une croix, à la cathédrale d’Anvers5. 

En 1529, H.-C. Agrippa est élevé par Charles V aux fonctions de conseil- 
ler indiciaire et d’historiographe au traitement de 200 livres de gros* ou 
11 escalins par jour. En 4524, un sculpteur, Jean Beyaert, sollicite des 
échevins de Louvain une pension viagère de 4 sols par jour, mais on ne 
lui accorde que 12 sols par semaine. 

Ces annotations nous permettent de donner une valeur relative aux œuvres 
d'art et aux salaires journaliers des peintres de la même époque. | 

La Gouvernante, Marguerite d'Autriche, choisit Van Orley pour être le 
peintre de la cour, au traitement de 49 livres par an ou À escalin par jour. 
Remarquons que ce traitement, comme celui du maitre des œuvres, n’empé- 
chait pas les profits des commandes et des gratifications, mais il devait être 
basé sur les nécessités de la vie. 

En 1518, les habitants de Rykel font exécuter des peintures muralesdans 
leur église, et, selon l'inventaire, le salaire est, pour trois mois de travail, de 
24 florins 5 sous, soit À escalin 3 deniers par jour. Leur tableau d’autel 
leur coûta 100 florins de Brabant, acheté à Anvers. 

Un peintre ordinaire touchant un salaire de À escalin par jour avait donc 
une situation pécuniaire suffisante, sinon enviable, car, en 14515, Jean Schooff, 


{ Archives du département du Nord à Lille, registre n° F 191 de la Chambre des comptes. 

2 Id. id. id. n° F201 id. 

3 ManrsHar et BoGaerTs, Bibliothèque des antiquités belgiques, t. 1, p. 219. 

# A. PincuanT, Archives des arts, t. Il, pp. 1284 ct 321, etc. 

5 Éd. Van Even, Louvain monumental, p. 186. 

6 J. HeziG, Histoire de la peinture au pays de Liège ; comptes, Estrait fait par MM. J. Wear 
et C. Ds Bonman. 


Tome XLIV. 16 


122 LA PEINTURE FLAMANDE 


de Malines, recoit 25 escalins pour prix d'un grand tableau avec portraits 
représentant une séance du grand conseil*. Ce tableau n’a pas coùté moims de 
vingt-cinq jours de besogne : il existe au Musée de Malines. Le peintre ne peut 
donc avoir touché plus de 1 escalin par jour. 

Van Orley reçut 10 philippes d’or ? de 40 gros de Flandre, soit 50 escalins 
de Brabant environ, pour la mort de la Vierge, destinée au couvent des Sepi 
douleurs à Bruges; un portrait de Marguerite de Parme, pour Charles V, elun 
Saint Suaire sur satin blanc, plus un autre sujet. 

En comptant à quinze jours le temps que prit l'une de ces œuvres, nous 
trouvons un salaire journalier de plus de 5 escälins. 

Jean Van Battel travaille pendant trois ans à un manuscrit qui lui est payé 
1024 livres 6 sols, en 1552, soit près de 20 escalins par jour. Ce livre Gonte- 
nait 120 feuillets, et encore ce taux journalier était-il très modéré, car J. de 
Roovere de Bruxelles reçoit 9 livres de 40 gros pour une grande miniature en 
1526-1527 5. 

Remarquons que la miniature fut toujours mieux appréciée que la grande 
peinture et que Van Battel dut payer des ouvriers et des fournitures#. (En 
1639, le cardinal-infant Ferdinand était grand amateur de miniatures. Ce 
genre de travail était si estimé qu'il avait ses marchands spéciaux en 469456.) 
J. Van Battel reçut 6 livres 44 sous 3 deniers pour le triptyque qui existe 
encore à l'hôtel de ville de Malines, soit 3 escalins par jour si l’on évalue le 
temps employé à six semaines. Jacques et Jean Van Battel reçoivent 6 florins 
Philippe, 38 sous, pour réparer les blasons et les bannières de S' Rombaut el 
peindre un portrait de Charles V, soit treize jours de travail à 4 ‘/2 escalin 
pour chacun. 

Le triptyque de Quentin Metsys coûta 300 florins à la corporation des 


‘ Azeveno, Æorle chronycke der stadt en provincie Mechelen, etc., anno 1514-1515. 

2 Gogruaus, Lectures pour servir à l'histoire des lettres, des sciences et des arts, t. UK, p. 52. 

5 A. PixcuanT, Archives des arts, t. 1, p. 18. 

& J. Van Battcl recevait 8 carolus par figure, et les fonds de paysage ct d'ornement lui 
étaient payés à 5 carolus l'un. Les armoiries en grand à 8 carolus chacune. On voit que la pein- 
turc héraldique était estimée au même titre que la peinture de figures (A. Pincaanr, Archives 
des arts, t. 11, p. 215). 

5 A. PincaarT, Archives des arts, t. 11, p. 24. 

5 Rousouts et Van Lenius, Liggere der Sinte-Lukas Gilde, t. 1, p. 517. 


_. =. 7 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 123 


menuisiers t; il prit au maître pour le moins trois mois de travail à 5 escalins 
par jour : ce tableau, commandé en 1508, ne fut payé que longtemps après, 
mais il est probable qu’il fut repris plusieurs fois par l'artiste; cependant, 
comme nous l'avons vu pour T. Bouts, il semble que l'art ne fût pas plus 
lucratif que la peinture industrielle, car celle-ci pouvait fournir un travail plus 
régulier. 

De plus, comme au siècle précédent, en 1586, on estimait encore les 
cadres au même taux que les tableaux : F. Franck reçut 144 livres de 
4O gros pour une œuvre de maitre-autel, évaluée par les doyens, tandis 
que l’escrinier en reçut 150 pour le cadre ?. 

JT n’y avait donc de changement que dans la valeur des monnaies, mais non 
dans les mœurs et usages ; en effet, le chiffre des pensions accordées est d'ordi- 
naire le même que celui que l’on avait fixé au XVe siècles. 

Vers le milieu du XVI: siècle, les troubles politiques firent le tort le plus 
grand aux artistes ; mais heureusement cette tourmente ne fut pas de longue 
durée et le duc d’Albe lui-même, avec son fils, et ses principaux officiers, se 
mirent à encourager les arts. 

Michel Van Coxcyen oblenait pour ses tableaux 700, 800, 1,800, 
2,000 florins, ses cartons étaient payés au prix de 40 à 92 florins ou 3 sous le 
pied ; cependant, en 1589, il fut dans une nécessité extrême et le duc de 
Parme dut s'intéresser à lui. Comme chez Floris et d’autres artistes, la pré- 
voyance n'était pas son fort #. 

En 1562, A. Van den Houten, de Malines, reçut pour son tableau du siège 
de Neuss, 61 livres 6 sous, ce qui équivaudrait à 14 escalins par jour, pen- 
dant trois mois environÿ. 

En 1565, un tableau de maitre-autel fut payé à Luc de Heere 20 livres de 
gros et une gratification de 24 florins, soit quarante-huit jours à 10 escalins ; 
ces prix sont rémunéraleurs, car, à cette époque, 6 escalins étaient $ pour un 


1 Musée d'Anvers, Ensevelissement du Christ. 

2 A. PincuanT, Op. cil., t. 1, p. 52. 

3 Id. Archives des arts, t. 11, pp. 62, 124 et 322; t. 1, pp. 9 et 275. 

4 Id. id. 11, p. 520. 

$ Em. Neerrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. I, p. 269. 

8 Edm. De Busscner, Recherches sur les peintres gantois du X VI" siècle, pp. 24 et 43. 


124 | LA PEINTURE FLAMANDE 


déplacement une somme assez convenable, et 40 escalins le traitement jour- 
nalier d’un peintre attaché à la Cour. 

Dès l’arrivée des troupes espagnoles, en 14567, nous trouvons une dimi- 
nution énorme du prix accordé pour les tableaux ; en 1567, Jean Vincke- 
boons avait livré à un brocanteur des tableaux pour 5 florins carolus, 
19 sous, ce qui est une somme dérisoire !, 

De grands artistes se trouvèrent alors sans commandes et même sans 
ressources. Floris mourut dans la misère; Van Mander nous dit aussi que 
P. Vilerick, en cette époque désastreuse, devait céder ses tableaux pour 
4 livres. 

Ces exemples, qui pourraient devenir plus concluants au moyen de 
recherches nombreuses, prouvent suffisamment que le métier en valait un 
autre au point de vue pécuniaire. 


VENTES, LOTERIES ET EXPOSITIONS. — Au XVIe siècle, les ventes publiques 
de tableaux, devenant de plus en plus nombreuses, provoquèrent de fré- 
quentes contestations entre les gildes et les marchands, et même des dispo- 
sitions nouvelles des magistrats. La corporation de Bruxelles, entre autres, 
intenta des procès aux marchands d'Anvers qui avaient apporté des tableaux 
à la foire?, ce qui prouve que les peintres cherchaient à ne pas manquer 
une occasion de vendre. De plus, les expositions avec loterie étaient en trées 
dans les mœurs, surtout avant les troubles politiques et religieux. En 4 559, 
Claude Dorizi, en sa maison dite le Bélier d’or, rue S'°-Catherine, à Malines, 
ouvrit une exposition d'objets d'art avec loterie. I] annonça de beaux 
tableaux, des albâtres, des miroueries d'acier et aultres, sculptures € 
bronze, etc. L'exposition devait durer du 4° avril 4559 au 29 juillet 4 560 
et chaque lot coûtait 3 patars. | 

Malines était alors la capitale du pays, la résidence de la Gouvernante, du 
Grand Parlement; la ville centrale recherchée par les étrangers de distinction, 
enfin la localité offrant le plus de ressources. 


‘ Em. Neurrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. 1, p. 236. 
3 Henne et WaurTers, Histoire de Bruxelles, p. 584. | 
5 Em. Necrrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t.1, p. 519. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 125 


Aussi est-il à croire que cet exemple se répéta souvent; mais il est probable 
aussi que les tableaux qu'on présentait ainsi en loterie étaient dus à des 
peintres italiens plutôt qu'aux nôtres. 

En 1564, il y eut aussi une loterie organisée par messire Pierre de Vado, 
sans doute amateur ou marchand étranger. 

Enfin, en 4607, nous trouvons encore une ordonnance du magistrat de la 

même ville, concernant une loterie de tableaux. Dans la plupart des villes, il 
y avail ainsi invasion de marchands étrangers, ilaliens ou anversois. 
_ En 1688, le 21 février, un édit fit défense aux marchands étrangers de 
venir étaler et vendre des peintures ou tableaux, dans le palais de Son Altesse 
le prince-évêque, au détriment des peintres de la cité; ceux-ci étaient tenus, 
par la même ordonnance, de chercher un lieu propre à exposer leurs pro- 
duits avantageusement pour les bourgeois amateurs et pour eux-mêmes ?, 

C'était dans un but ahalogue que les gildes enjoignaïent aux sculpteurs et 
aux peintres de poinçonner leurs ouvrages. 

Les idées encore étroites de l’époque faisaient naître des différends sur 
des points parfois d’une mesquinerie sans pareille. 

On avait contesté aux doyens d’Anvers le privilège, à la mort d'un con- 
frère, de faire vendre ses outils et ses peintures, dans la chambre du inétier, 
au plus offrant, par le valet, et en 1504 ils furent forcés de passer par 
l'entremise des fripiers. | 


PREMIERS SYMPTÔMES DE MÉCONTENTEMENT CONTRE LA GILDE. — Avec ses 
tendances un peu exagérées, le XVI: siècle donna aussi naissance à un esprit 
de rébellion contre le joug des usages. 

La liberté artistique dont on Jjouissait en Îtalie ne fit qu'accentuer ce 
penchant qui s’accusa franchement après Rubens. Un désir d’affranchisse- 
ment de travail et de pensée agitait tous les esprits et l'effet de la domi- 
nation étrangère excitait de plus nos compatriotes à secouer toute contrainte 
morale. 


1 Archives de Malines, carton xuix. 
3 Pozan, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, p. 116, 1. 1, 3° sér.; Archives 
du conseil privé, dépèches (1687-1691), K. 55. 


126 LA PEINTURE FLAMANDE 


Or la gilde était essentiellement conservatrice, policière ! ou du moins auto- 
ritaire et profondément religieuse, ce qui ressort de chaque page du Liggere 
anversois. 

Dès les premières années de la Renaissance, il semble y avoir eu presque 
dans toutes les villes un mouvement parmi les membres des gildes de S'-Luc, 
et le malaise produit par les coutumes anciennes se traduisit, tantôt par une 
demande de modifications aux statuts, tantôt par une organisation nouvelle: 
mais partout aussi les règlements nouveaux prouvent que les échevins peu 
au courant sans doute des besoins de l'art se bornaient à donner une forme 
rajeunie aux anciennes prescriptions et ce commencement de trouble persista 
jusqu'en 1540, année où l'empereur y mit assez maladroitement la main. 

À Louvain, le 23 octobre 1494, le magistrat accorda aux peintres des 
statuts qu’ils avaient sollicités et que renouvela plus tard Philippe I (le 
A7 octobre 1565); à Lille, les règlements scabinaux datèrent de 1540 et 
de 4577 ?; ceux de Courtrai datent des mêmes époques, environ; à Namur, 
en 1499, une charte fut accordée par le magistrat et homologuée cent ans 
après par l’archiduchesse Isabelle 5. 

Dans le métier de Bruges, en 1500, les enlumineurs furent réunis aux 
peintres et il se fit une séparation entre les artistes et les peintres en bâti- 
ments #. 

À Anvers, lorsqu'en 1470 et en 1493, se produisirent des modifications, 
celles-ci se firent dans un sens assez peu favorable à la gilde, que les magistrats 
semblent avoir vu de mauvais œil, car en 1471, ayant décidé le doyen 
Jean Verhagen à leur remettre les titres de la confrérie, ils se laissèrent prier 
pour les rendre; ce fait motiva la mise sous clef de ces actes 5. 


‘ Elle ne l'était pas sculement chez nous, car nous voyons qu'à Venise, A. Dürer fut cité trois 
fois devant la Seigneurie pour payer le droit de 4 florins à la Scuola; voir TuausixG, op. cit. 
p. 261. 

2 Registre aux lettres de stiltz et mestiers, n° 1, fol. 110 et n° 2, fol. 15 v°. Archives commu 
nales de Lille. 

3 GazLior, Histoire de la ville et du comté de Namur, recueil des chartes, t. VI, p. 495. 

# J. Gaicuiand, Éphémérides brugeoises, p. 416; ct idem, De ambachten en neringen der 
slad Brugge, 1854, p. 615. 

5 Rowsours ct Van Lénius, Liggere der Sinte-Lukas Gilde. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 127 


Quoi qu'il en soit, ce ne fut que vers le milieu du siècle que des mesures 
radicales furent prises et cela dans un sens tout à fait inintelligent. 


RÈGLEMENTS DU XVI° SIÈCLE. — Pendant le courant de cette période les 
corporations artistiques subirent des vicissitudes nombreuses. 

Les souverains (sauf peut-être Philippe le Bon qui en 1429 et 1432 
octroya des privilèges aux métiers, notamment à celui des peintres et sculp- 
teurs de Gand) avaient toujours élé assez peu portés pour la cohésion de ces 
masses populaires et profitérent de plus d'une occasion pour essayer de 
restreindre les libertés accordées. C'est ainsi que Charles V ne manqua pas, 
à la suite de la révolte des Gantois, de donner en 1540, de nouveaux statuts 
aux corporations, pour pouvoir réduire fortement l'importance de celles-ci, 
tout en laissant intactes les prescriptions professionnelles les plus vulgaires. 

D'après l’article LIX de la concession Caroline, les peintres, sculpteurs, 
verriers et batteurs d’or furent réunis aux merciers, aux ceinturiers, aux 
chapeliers, et plus tard encore aux brodeurs et aux fondeurs en cire. La 
vulgarité de ces éléments nouveaux sembla désorganiser la section artistique 
de la gilde !. De 1542 à 1574 il y eut désordre et anarchie et les peintres 
durent se donner des sous-doyens intérimaires pour soigner leurs intérêts, 
car Anvers profitait de l’état de choses en cherchant à écouler ses produits 
dans les autres villes. 

Aussi, après 1574, le premier soin de la corporation fut-il d'essayer 
d'empêcher les ventes illicites de tableaux étrangers, hors des époques de 
foires franches. 

La centralisation commençail à se faire sérieusement à l'avantage d'Anvers. 
Dans la plupart des villes, d'ailleurs, il y eut à cette époque par le fait de 
limmixtion de l'autorité royale dans les affaires des métiers, une perturbation 
dans leurs statuts, et Anvers même en subit le contre-coup. 

À Tournai, en 1521 ?, Charles V fit dépendre la nomination des doyens 
et eswardeurs, des commissaires envoyés par le souverain. 


1 Edm. De Busscnen, La corporation des peintres de Gand; Bulletins de l'Académie, 
4re sér., 1853; Ordonnancien en wysdommen der dekenen van de neeringen van Gent, Archives 
communales de Gand. 

2 Boziène, Tournai ancien et moderne. 


128 LA PEINTURE FLAMANDE 


À Mons, ‘en 1592, le 22 juin, les peintres barbouilleurs furent séparés 
des enlumineurs et érigés en corps de stile. 

À Namur !, la charte donnée le 9 février 1599 par l’Infante Isabelle aux 
merciers, contenait une mention assez dédaigneuse pour les poindeurs con- 
fondus avec les polthiers d'étain, les selliers, les graissiers, etc., et dont les 
devoirs professionnels n'avaient aucun rapport avec l’art. 

À Courtrai, le règlement scabinal promulgué sur l’ordre du roi en 1575 
stipula une redevance des maitres et des apprentis pour l'entretien de la 
chapelle du métier, et une taxe à payer par les compagnons étrangers qui 
venaient travailler à Courtrai durant plus de quatorze jours; ainsi out 
d'autres prescriptions d'admnission à l'usage des peintres qui venaient alime nter 
de leur travail les ateliers décoratifs de peinture en détrempe de cette ville. 
Les peintres y étaient réunis aux sculpteurs, aux tailleurs de pierre, aux 
vitriers, aux imprimeurs et aux libraires ?, 

A Maestricht la régence accorda à la gilde de nouveaux statuts (en 1593, 
le 48 janvier), par lesquels il était enjoint de payer pour les apprentis que 
l'on acceptait, 5 sols par an à la corporation. Les gens de métier ne pouvaient 
admettre des étrangers dans leurs ateliers et les bourgeois reçus cornme 
ouvriers payaient annuellement 5 à 10 sous. Une épreuve (proef-stuk) étail 
exigée. 

À Liège aussi, il y eut un grand règlement donné au métier des orfèvres, 
le 14 juillet 1544, et les seuls articles qui concernent les peintres montrent 
suffisamment le peu de souci que les gouvernants avaient de l'art : 

« 25. Îlem, au membre des pointres est ordonné que nul ne deverat 
mettre en œuvre oir parly, ni argent tente livrer pour fin oir. » 

« 26. Item, au semblant que l'on ne deverat faire ny livrer colleur à 
eauwe ni autre fraude en lieu et pour celles que deveroient estre à l'huile. » 

Ne dirait-on pas des prescriptions datant du XIVe siècle? et combien de 
semblables préoccupations devaient répugner déjà à des hommes tels que 
Lambert Lombard et ses élèves, bien qu’elles fussent parfois en harmonie avec 


1 Note manuscrite de M. L. De Villers, Archives de la ville de Mons. 
2 F. Ds Porren, Geschiedenis der stad Kortryk, p. 188, 2° vol.; et notes manuscrites de 
M. Brinck, archiviste de la ville. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 129 


la multiple besogne à laquelle la majeure partie des peintres devaient se 
livrer ? 

Dans les villes de second ordre, telles que Huy, Tirlemont, Ath, S'-Trond, 
Lierre, etc., qui possédaient quelque vitalité artistique, mais où les peintres 
étaient trop peu nombreux pour former un mélier spécial, ils restaient soumis 
à l’une des confréries les plus importantes et leur situalion était forcément 
plus vulgaire encore, car il n’est pas fait mention d'eux dans les statuts. 

Pour donner une idée de ce qu'était le genre de vie d'un artiste dans une 
de ces villes, nous donnerons un article du règlement de police d’Ath, de 
4612 1, qui statue que l’on ne peut recevoir, loger ni soutenir serviteurs ou 
ouvriers étrangers sans lettres testimoniales suffisantes de leur conduite, et 
que les gens de métier doivent nourrir leurs apprentis, sans leur permettre 
de mendier, le tout sous peine d'amende. 

Ce régime n’a rien de très brillant pour les peintres qui y étaient soumis 
également, et cependant les comptes des massards du XVe, du XVI: et du 
XVIe siècle font mention de peintres athois, chargés tantôt de la décoration 
d’un char de triomphe, d’une église, d'une chapelle, tantôt de la confection 
d'un portrait de souverain ou de l’image d'un saint ou d’une sainte ?. 

À Gand, l'ordonnance scabinale de 1541 5 défendit à tout peintre de faire 
achever ses ouvrages par un autre, soit dans un couvent, soit ailleurs, sans 
autorisation préalable, et avertissement à la gilde. Les jurés devaient visiter 
les travaux faits par les suppôts et vérifier leurs comptes. 

Les peintres en bâtiments devaient, pour leur chef-d'œuvre, peindre une 
statuette de la Vierge. 

En 1574, la confrérie, si fière deux siècles auparavant, dut admettre 
dans son sein les barbouilleurs, les décorateurs et d’autres métiers tout 
manuels, tandis qu'au contraire, vers la même époque, certaines gildes 
étrangères s'affranchissaient de leur patronage pour développer leur section 
artistique. 


1 Chartes, statuts et ordonnances de police de la ville d’Ath, 1612, p. 53. 

3 Inventaire des archives d’Ath, par Em. Fouupi et note manuscrite du méme. 

3 Bulletins de l’Académie, 1"° sér., t. XX, 1853; Edm. De Busscuer, La corporation des 
peintres à Gand; Ordonnancien en wysdommen der dekenen van de neeringen van Gent, 
Archives communales de Gand. 


Tome XLIV. 17 


130 LA PEINTURE FLAMANDE 


Il y eut sans nul doute durant la deuxième partie de se siècle un véritable 
désarroi dans la plupart des gildes artistiques ! et c'est peut-être de ce 
moment qu'il faut déjà dater leur commencement de décadence. 

La preuve en est que par décret du 12 juillet 4641, l'archiduc Albert 
enjoignit à toutes les villes restées en retard depuis 1540, de faire homo- 
loguer leurs coutumes et de les soumettre à la sanction royale 3. 

Ainsi donc les règlements nouveaux des métiers loin de marcher avec le 
siècle et d'aider au développement de l'art ou à lintérêt des artistes, 
restreignaient, pour ainsi dire, ceux-ci au métier et les rejetaient vers les 
occupations vulgaires. 

Il faut supposer cependant que dans plusieurs villes les règlements de 
Charles V eurent comme effet utile d'établir un certain ordre dans la gilde 
et de lui donner une existence propre; car à Malines (1541), par exemple, 
ils consacrèrent la séparation définitive des peintres et des menuisiers, et 
par conséquent l'indépendance de la gilde des peintres et sculpteurs. 

Il est à remarquer aussi que sous le rapport pécuniaire l'alliance des 
peintres avec d'autres métiers semblait ne pas avoir de mauvais résultats, 
car c'est surtout à dater du XVI: siècle que se montre une certaine pénurie 
dans leurs ressources sociales. | 

En 1521, la gilde de Malines, qui n’était indépendante que depuis 4479, 
et qui déjà en 1480 cherchait à augmenter le nombre de ses membres par 
l'adjonction des verriers, était si pauvre, qu’Albert Dürer, faute de local, ne 
put être reçu que dans la maison d’un confrère. 

Comme la question d'argent primait toutes les autres dans les associations 
de peintres, il fallut plusieurs fois élever la contribution annuelle, ce qu 
pour la plupart des membres était une dépense très sensible, car au milieu 
du XVIe siècle, il y eut pour beaucoup d’entre eux une gêne voisine de la 
misère. 


GRIEFS DES ARTISTES CONTRE LA GILDE. — On conçoit que des artisles 
imbus d'idées étrangères, revenant de voyages lointains avec le désir d'imiter 


‘ Annales de la Société d'Émulation de Bruges, 3° sér., 1866, t. 1, p. 415. 
? K. Wyrsman, MVotice historique sur la ville de Termonde, p. 97; et De Suer, Histoire el 
description de la ville d’Alost, pp. 31 et 109. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 131 


les grandes choses qu'ils avaient vu exécuter là-bas et avec l'intelligence 
ouverte déjà à tous les genres de progrès, devaient, en se retrouvant au 
milieu d'une société étroitement organisée, se sentir gênés à tout instant et 
froissés d’être assimilés à tout ce qui maniait la brosse ou le ciseau. Ceci 
devait provoquer insensiblement un mécontentement sérieux contre les insli- 
tutions du métier. 

Les jeunes peintres s'aperçurent dè bonne heure des obstacles que mettait 
à leur développement dans le sens des principes italiens, le système com- 
pressif et routinier de la corporation, et beaucoup d’entre eux s’expatrièrent. 

Dans son Schilderboeck, K. Van Mander, le meilleur historien de l’art du 
XVI: siècle, se répand en plaintes amères contre la gilde de Tournai parti- 
culièrement. 

Il invoque la déesse Pictura et fait une sortie véhémente contre la manière 
dont les autorités comprenaient l'exercice de l’art dans cette ville où, suivant 
l'habitude très inintelligente (heel onverstandelick), de Paris ! et d’autres 
cités, on avait édité des règlements dans le but d'empêcher les étrangers de 
venir rivaliser avec les citoyens. Il se plaint de ce que l’on ne puisse peindre 
à son propre compte ou ouvrir un atelier sans être né dans la ville, avoir 
été apprenti pendant plusieurs années sous la direction d’un franc maitre, 
et de plus sans faire une épreuve comme les gens de métiers. A Bruges et 
à Haarlem, dit-il, on assimile les peintres à des selliers et bourreliers, ou à 
des plombiers et fripiers, et l'on ne fait que peu de différence entre l'art et 
le métier le plus commun. 

Cependant, vers cette époque il devait déjà s'être produit à Bruges une 
séparation assez nette entre les artistes et les peintres en bâtiments, car les 
premiers s'étaient annexé les sculpteurs et les horlogers, tandis que les autres 
étaient unis aux charpentiers et à une foule d'autres métiers ?. 

Mais dans plusieurs villes, surtout dans les provinces wallonnes, il est 
positif que l'art n'entrait point dans les préoccupations de ceux qui régis- 
saient les corporations; et l'on voit pour tous les membres de celles-ci, 


4 À Paris, les peintres et sculpteurs étuient confondus avec des broyeurs de couleurs, des 
doreurs, des étoffeurs et des marbriers et la contribution à payer était assez forte. 
4 J. GaizcunD, Éphémérides brugeoises, p. 416. 


132 LA PEINTURE FLAMANDE 


jadistinctement, l’obligation d’être pourvus d'armures et d'uniformes (comme 
à Mons et dans d’autres villes), de faire le service de la garde de la ville, 
d'entretenir les fortifications en bon état, etc. 1. 

Il en était de même à Maestricht (statuts renouvelés en 1593, le 18 jan- 
vier); on y trouve de plus les titres d'officiers, de connétables, etc., qui 
indiquent une organisation plutôt militaire que professionnelle. 

La corporation pouvait donc entraver les progrès d'un artiste et en tout 
cas lui causer des désagréments sérieux. 

Il n’est pas étonnant, dès lors, que partout les peintres les plus connus 
cherchassent à se faire investir de fonctions relevant du clergé, ou qu'ils 
remplissent des fonctions électives telles que, au moyen àge, celle de doyen 
de la draperie ? (Albert Bouts, Jean Van Diependaele, etc., à Louvain); à 
Malines, il y eut des peintres carillonneurs (E. Bonnejonne) 5, archers, ou 
même balayeurs de la cathédrale (Luc Franchoys), le tout dans le but d'ob- 
tenir exemption de charges communales. 


DiFFICULTÉS DE L'ADMISSION DANS UNE GILDE. — Les mémoires de l'échevin 
de Hurges, de Tournai (de 1609 à 1611), font voir, en effet, quels étaient 
les inconvénients que l'insuffisance des doyens et leur mesquine opposition 
pouvaient occasionner dans les localités où le goût artistique n'était pas 
encore venu réagir contre ces abus. 

« Sur la plainte de quelques artisans auxquels les maîtres du métier * 
enjoignaicnt d'étranges chefs-d'œuvre pour les passer maitres comme eux, 
élant iceux chefs-d'œuvre ou de très grande dépense ou inutiles fut ordonné 
que les consaulx modéreraient ce que les maîtres auraient enjoint de superflu, 
le restreignant à quelque chef-d'œuvre raisonnable et utile ; comme de fait, 
il en fut lors usé envers un ouvrier qui se plaignait de l'impossibilité à lui 


en ce imposée, et lui fut donnée une pièce raisonnable et plus facile que la 
première enjointe. » 


1 Revue numismatique, 1847, p. 308. 

2 Éd. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 219. 

5 Em. Neerrs, Hisloire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. 1, pp. 342, 351, etc. 
“ R. De Hurces, Mémoire d’esrhevin de Tournai, p.199, Bruxelles, 4855. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 133 


Dans les villes wallonnes principalement il y avait parmi les doyens une 
singulière propension à garder le monopole de leur industrie et à empêcher 
les étrangers de venir faire concurrence aux confrères de la ville. 

« La pièce que l'on donne ! à faire comme chef-d'œuvre » dit de Hurges, 
«est d'ordinaire de si longue facture, que l'aspirant étranger est le plus 
souvent ruiné, vu que pendant qu'il y est occupé, les chefs nommés boivent 
et font grande chère à ses dépens, avant que tout soit achevé. Quant aux 
enfants de la ville qui désirent être faits maîtres, ils le deviennent à bon 
marché, et font quelque pièce légère comme épreuve; mais on donne aux 
étrangers à exécuter des pièces fort laborieuses et longues et, qui pis est, 
inutiles, ce qui détourne totalement le bien et l'honneur de la ville, les bons 
esprits ne pouvant ou n'osant s'exposer à de si grands frais. Et partant, il 
fut ordonné en 1609 qu'indifféremment les enfants de la ville et les étran- 
gers aspirant à la maîtrise seraient reçus à mêmes chefs-d'œuvre, etc. » 

N'était-ce pas là une simple question administrative et les échevins, s'ils 
s’en étaient donné la peine, n’eussent-ils pas aisément remédié aux vices des 
statuts? Il se commettait bien des abus, il n’en faut pas douter, mais une 
surveillance sévère les eùt fait cesser, mieux que des ordonnances souvent 
renouvelées; une application mauvaise ne doit pas faire rejeter le principe 
en lui-même. | 

Dans la formule du serment des jurés se trouvent indiquées encore quel- 
ques-unes des circonstances qui pouvaient se produire et qu’il est bon de 
consigner ici : : 

a Vous jurez de n'exiger ni recevoir, ni souffrir être exigés ou reçus 
aucuns droits ou salaire pour visitation ou antre empêchement des chefs- 
d'œuvre, fors ceux notamment et expressément accordés et déclarés par les 
dites ordonnances, et que lorsque quelqu'ouvrier se présentera pour passer 
chef-d'œuvre, avant de l’'admettre, vous l’enverrez vers le grand doyen et le 
* procureur fiscal de la dite ville, par lesquels il sera informé du droit qu'il 
devra payer et des devoirs qu'il aura à faire, et principalement de ne payer 
banquets, boitoires ou autres salaires, fors ceux portés par les ordonnances 
du style dont il sera question, à peine de perdre la franchise d'icelle, et sur 


{ R. De Hurces, Mémoires d'eschevin de Tournai, p. 50. 


134 LA PEINTURE FLAMANDE 


le billet qu'il apportera des dits grand doyen et procureur, il sera passé 
outre au chef-d'œuvre et pas autrement. » 

Dans la vie de P. Vlerick, Van Mander raconte que cet artisie, pour étre 
admis à Tournai, dut recourir à la protection d’un chanoine et de l'évêque 
bien qu'il se fût astreint à l'épreuve, qui, pour lui, avait été une peinture à 
l’eau représentant le Massacre des Innocents. Il dut se livrer dans cette ville 
à toute espèce de travail servile, ce qui prouve qu'à cette époque il y avait 
peu de débouchés artistiques, soit à cause de l'incertitude de la politique, soit 
par l'insuffisance même de certaines villes. | 

À Anvers, à Bruges, à Gand, à Malines, à Louvain, il en était autrement 
et l’art étant déclaré libre (vryekunst) était exempté d’épreuve. 

Cependant le mot metterhant, employé dans plusieurs règlements des villes 
flamandes pour indiquer que l'aspirant devait connaître le métier d'une 
façon manuelle, prouve à l'évidence que, pour obtenir la maitrise, il fallait 
témoigner d'une aptitude suffisante, soit par l'exposition ou le don d'une 
œuvre, Soit par l'attestation du maitre ou des doyens. On sait que ceux-ci 
avaient droit de visite et de contrôle sur les maitres et les apprentis dont ils 
devaient ainsi connaitre le degré de talent !, 

À Gand, ce fut à partir de 1541 que l'on exigea une sorte d'épreuve ou 
plutôt la présentation d’un ouvrage (behoorlyÿke preuve). 

Cette même condition fut plus tard insérée dans les statuts de la gilde 
d'Audenarde. 

Les voyages d'artistes, d'une ville à l’autre, qui, à dater du XVI: siècle, 
ont été un si puissant moyen de perfectionnement, étaient singulièrement 
entravés, il faut l'avouer, par les règlements locaux. 


TOLÉRANCE DES MAGISTRATS. — Cependant remarquons que les désagré- 
ments dont se plaint Van Mander n’atteignaient pas les privilégiés, car par- 
tout, même à Tournai, nous trouvons les traces d’indulgence et d'intervention 
des échevins dans des cas considérés comme exceptionnels : 

Jean Ewalletz, voirier, natif de Muys, lez-Cologne, demanda aux consaulx 
de Tournai, le 19 avril 46114, à être affranchi ; les autres vitriers s’y oppo- 


* Ordonnance de l'écoutète d'Anvers, du 25 juin 1689. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 135 


sérent par requête, alléguant qu'il était tenu de travailler quatre ans avant 
cet affranchissement. « Toutefois, dit de Hurges!, comme il nous eut apparu 
que c'était un maitre ouvrier, nous, jugeant que ce terme de quatre ans 
n’était que pour les apprentis et que nous n'avions que des brouillons de ce 
métier en ville, le reçcûmes à faire un chef-d'œuvre au mieux contre tous 
ceux qui s'offraient d'en venir à l'épreuve, et pour ce leur furent donnés 
quinze jours de terme. Îl présenta un chef-d'œuvre de sa façon, fait avec 
tant de délicatesse et d'industrie que, sans plus de délai, on l'admit au 
nombre des verriers de cette ville qui jusqu'alors n’en avait vu de pareil. 
Et quoique cette admission füt extraordinaire, parce qu'il faut que tout autre 
apprenne ou pratique son métier le terme de quatre ans avant d’être reçu ; 
cependant, considérant l’incommodité des habitants qui devaient avoir recours 
aux ouvriers de Valenciennes et de Douai, ceux de Tournai n’y entendant 
rien, il fut admis, malgré les opposants, qui n’osèrent point appeler de cette 
décision. » 

On peut dire, à la vérité, ajoute l’échevin, qu'admettant cet homme, les 
consaulx admirent, pour la première fois, ce métier à Tournai, ceux qui s’en 
élaient mélés auparavant n'étant que bien maigres apprentis à côlé de lui. 

Considérant le retard que mettaient les doyens à donner leur décision, le 
47 mai, il fut accordé à cet homme d'exercer en attendant son métier, et on 
chargea le procureur fiscal d'engager les doyens à rapporter leur avis, car 
Ewalletz avait déjà demandé cette autorisation auparavant. 

Les règlements n'étaient donc pas toujours inflexibles, et principalement 
dans les villes flamandes. | 

Michel Van Coxcyen peignit sans difficulté à l'hôtel de ville d'Anvers, à 
Malines, à Gand (sa copie du tableau de Van Eyck), dans sa maison de 
Bruxelles, etc.; peut-être aussi contribuait-il à la caisse des gildes de ces 
différentes villes. 

P. Franchoys, bon artiste, ne fut inscrit comme franc maître à Malines 
que plusieurs années après son retour de voyage”. 

Josse Van de Wiere, en 1515, est autorisé spécialement par le magistrat, 


{ R. De Hunces, Mémoires d’eschevin de Tournai, p. 199. 
1 Em. Neerrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Mulines, t. I, p. 343. 


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136 LA PEINTURE FLAMANDE 


car il n'avait point les années d'apprentissage voulues par les status de 
Malines. 

Mathieu Van Oultre, en 1569, est admis à la maitrise avec permission 
de la chambre de police de la même cité, en dehors des conditions ordi- 
naires. | 

On perdait sa qualité de maitre en quittant la ville, condition générale- 
ment fâcheuse au point de vue de Ia liberté artistique et qui frappa Hans 
Bol, et Michel Van Coxcyen; ce dernier rentra dans la confrérie en 1561, 
sans doute à prix d'argent, ce qui aplanissait toutes les difficultés. 

Pour sortir de la confrérie il fallait également payer une somme qui était 
de 20 sols tournois, à Mons, par exemple. 

D'ailleurs, dès le XV® siècle, nous avons vu des exemptions motivées soit 
sur le degré de talent du récipiendaire, soit sur des sollicitations de hauts 
personnages. L'article premier de l'ordonnance de 1449 * marque spécia- 
lement, à Anvers, le motif d'une semblable exemption. « Het en ware, dat 
eenich goet gheselle der vryheyt van der voerscrevene gulde weerdich ware, 
soe mach men dien ontfaen in de gulde voerscreven, by consente en de 
goelt duncken van den gemeyne gulde bruederen. » La gilde tout entière 
était donc consullée en pareil cas. 


MODE D'ENSEIGNEMENT. — Si les formalités d'entrée étaient toujours celles 
du temps passé, la méthode ancienne et routinière d'enseignement qui 
jusqu'alors avaient semblé suffisante aux peintres, parut, dès les premières 
années du XVI° siècle, absolument impossible à conserver, aux yeux 
d'hommes intelligents, ardents pour le progrès, excités par le succès de leurs 
confrères de l'Italie. | 

La tendance de nos maitres les plus ambitieux n'était autre que d'imiter, 
autant que possible, ce qui se faisait dans cette contrée et surtout dans l'école 
romaine. 


1 22 juillet 4449, cartulaire de la gilde de S'-Luc, in-f°, aux Archives de l’Académie d'Anvers : 
« À moins que quelque bon compagnon ne fût digne de la susdite gilde; dans ce cas, il peut 
être reçu par consentement général des membres de la confrérie. » 


bon mu 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 137 


Or, Raphaël, et après lui Jules Romain!, formaient leurs élèves pour être 
architectes, sculpteurs, peintres, habiles à diriger ou à exécuter tous les 
détails d’un ouvrage vaste et compliqué. 

Après avoir dessiné soigneusement d’après Raphaël et l'antique, tel 
peintre italien copiait quelques maîtres afin d'être en état de copier enfin 
Raphaël et le Corrège : ainsi firent Calvaert, G. Campi, L. Carrache 5 et 
leurs élèves. Mais, même en Italie, la théorie était encore peu enseignée par 
les peintres, car Crespi conjecture# que le Guide démontrait à ses élèves les 
principes de l’art et de l'imitation! 

L'imitation des maitres était la base de la méthode des Carracheÿ, 

Les Campi enseignaient moins à peindre qu'à copier leurs tableauxé, 

L'orfèvrerie était l’apprentissage des plus célèbres graveurs *; tout cela 
était purement pratique. 


L'ART FLAMAND ÉTAIT PEU THÉORIQUE. — La seule théorie claire, complète 
et applicable était alors celle de L. de Vinci, et quand on en étudie les prin- 
cipes, on resle convaincu que nos artistes n'ont jamais eu avec elle qu'un 
rapport bien vague et bien éloigné, tout au plus par ouï-dire, et par des 
conversations avec les peintres italiens les plus érudits. 

Plusieurs de ces principes étaient cependant conformes à leur manière 
d'agir ; ainsi, l'élève, disait le Vinci 8, devait s’accoutumer d'abord la main 
à copier les dessins des bons maîtres, à les imiter parfaitement et ensuite à 
dessiner d’après la bosse. La mémoire était, selon lui, d'un grand secours, 
et la théorie, la base de l’art. | 


4 Voir Vasani, Vie de J. Romain; et Lan, Histoire de la peinture en Italie, t IV, pp. 24, 
22 et 239. 
2 Lanzi, op. cut., t. IV, p. 277. 
Id. id. t. IV, pp. 239 et 266. 
id. t. IV, p. 317. 
Id. id. IV, p. 317. 
Id. id. t. IV, p. 52. 
T Id. id. t.)V, p. 267. 
8 Traité de la peinture, trad. de R. De Fresne, Paris, an IV, pp. 9 et 15; voir aussi Ch. RLanc 
et P. Manrz, École Florentine, vie de L. de Vinci, p. 13; Dsécuuze, L. da Vinci, Paris, 
4841, in-8°. 


Tome XLIV. 18 


@ OO © 06 
. 


138 : . LA PEINTURE FLAMANDE 


Mais, où il n’était plus suivi même par ses compatriotes, c'était quand il 
disait qu’un peintre ne devait pas en imiter servilement un autre, mais étudier 
la nature, car pendant tout le XVI: siècle, rien ne fut plus en honneur que 
limitation. 

Mais c'est dans l'académie des Carrache que nous pouvons le mieux 
découvrir le système général d'enseignement de cette époque, car ils s’effor- 
cèrent de réunir les meilleures méthodes de leurs prédécesseurs. 

Leur école était, comme celles de leurs rivaux, pourvue de plâtres, 
d’estampes, de dessins; ils y joignirent un cours de nu, de perspective et 
d'anatomie, considéré comme enseignement supérieur ; la théorie semble 
n'avoir élé que le sujet de leurs conversations; en un mot, c'était le type 
primitif de nos académies modernes de dessin; c'était là le modèle que sui- 
vaient de bien loin nos maitres revenus de l'Italie, mais nous verrons bientôt 
que les ateliers qu'ils ouvrirent dans nos provinces n'avaient d'académie que 
le nom, et que si leur pratique était puissante et rapide, leur méthode 
d'enseignement resta toujours aussi loin de celle des écoles d'Italie, que 
leurs compositions exagérées des sublimes chefs-d'œuvre que produisirent 
là-bas les grands maitres de la Renaissance. 

Jaloux d’imiter les ouvrages immenses de Raphaël, de Michel-Ange et de 
leurs successeurs, nos peintres dédaignaient les petits panneaux du XV: siècle 
et remplissaient de vastes toiles, où il leur était loisible d’étaler leur faux 
savoir en anatomie, en archéologie, leurs souvenirs de la sculpture antique, 
et enfin un arrangement inspiré des maitres italiens. 

Mais on concoit que de semblables entreprises prenaient tout le temps de 
l'artiste, et que celui-ci devait chercher à se faire aider, pour peu qu'il eût 
à la fois plusieurs commandes pressées. 

Cet usage explique en partie les nombreux changements de maitres et les 
déplacements fréquents des jeunes peintres du XVI: siècle, à la recherche 
à la fois de travail payé et de progrès pratique. Ces voyages de ville en 
ville devinrent en effet une habitude générale à cette époque. 

En 1531, à Louvain, les peintres-verriers qui désiraient former une 
section (nering) à part ‘, se refusèrent à faire payer par leurs apprentis la 


{ Ed. Vax Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, p. 219. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 159 


taxe réglementaire d'entrée, et comme ils firent valoir que des élèves étrangers 
venaient fréquemment passer deux ou trois mois dans un atelier de Louvain 
et que celle taxe les éloignerait, ils obtinrent gain de cause. 


FONDATION DE L ACADÉMIE D'ANVERS. — La première innovation qui nous 
vint de l’ltalie, nous fut apportée sous le nom d’Académie par un homme 
d'un esprit orné, philantrope et aimant les arts, qui la transplanta à Anvers; 
c'était l'avocat de Formantel !. En 41510, il fonda une école particulière qu'il 
mit sous l'autorité des doyens de S'-Luc, et où les élèves entre eux venaient 
s'exercer pour pouvoir être admis plus tard dans la confrérie. Chose étrange, 
on rencontre dans ce germe de l'enseignement moderne les véritables bases 

de perfectionnement sur lesquelles on pourrait, même à notre époque, édifier 
un sérieux progrès artistique : ce sont celles qui font l’objet de notre conclu- 
sion; mais il était difficile à cette époque d'arriver à l'application pratique 

d’un principe qui n’est pas encore tout à fait admis aujourd'hui. 
= Avant 1693 on se borna ainsi à fournir un local aux aspirants-peintres, 
et l'on ne donna pas d'enseignement public du dessin, mais les maitres 
peintres tenaient chez eux des écoles particulières dont les élèves, apprenant 
le dessin, et devenant apprentis de la gilde, avaient un avantage pour obtenir 
la maitrise ?. | 


ÉCOLES DE PEINTURE. — Quant à l’enseignement supérieur, celui de la 
peinture, quelques hommes d'initiative, tels que Lombard, F. Floris, Van 
Orley, Lucas de Heere, Van Mander, Goltzius, en introduisant à leur profit 
dans nos provinces la mode de l'Italie, opérèrent bientôt de fait, sinon de 
droit , une distinction entre l’art et le métier, et ce fut dans quelques ateliers 
que se centralisa l'étude de la grande peinture. 

Profitant du chômage de la gilde de Gand jusqu’en 1574, Luc de Heere 
put ouvrir une école et s'affranchir ainsi des règlements du métier concer- 
nant l'apprentissage ; ce fut celte académie que K. Van Mander, Kornélisz et 
Goltzius transplantèrent en 1583, à Haarlem. Les cent vingt élèves que 


4 Bon Van ErTBoRN, Geschiedkundige aenteekeningen over de Sinte-Lukus Gilde, p. 24. 
2 J.-B. Van DER STRAELEN, Jaerboek der Sinte-Lukas Gilde, p. 73. 


140 LA PEINTURE FLAMANDE 


Van Mander attribue à Frans Floris ? quoique considérés comme des com- 
pagnons travaillant avec lui, n’en étaient pas moins des élèves comme ceux 
de nos maitres contemporains, car il en employait un grand nombre, dans 
son atelier, à ébaucher d'après ses cartons les grandes pièces qu'il avait 
toujours en train. 

A. Van Noort, chez lequel affluaient les demandes d'admission, dut établir 
une rétribution à payer par les élèves et il en eut encore un grand nombre. 
C'était là une violation directe des règlements de la gilde, mais que celle-ci 
n'eût pu empêcher, car, à cette époque elle était assez démoralisée. D'ailleurs 
ce nouvel enseignement répondait aux idées générales et l'essentiel était 
que par un travail en public on ne portât point atteinte au prestige de la 
corporation; la preuve en est qu’à Bruges le même arrété qui défendait aux 
peintres décorateurs l'usage de l'huile, tolérait qu'ils peignissent sur toile et 
sur panneau, pourvu que ce fût en secret ?. 

Dès que les principes italiens et l'étude du nu s'imposèrent aux masses, 
il ne suffit plus que l’on tolérât l'étude du dessin, en dehors de la confrérie, 
il fallut admettre et même protéger la peinture d'après le modèle vivant, et 
ce fut un des premiers assauts qu’essuya l'existence de la corporation. 


INTÉRIEUR DE CES ACADÉMIES PARTICULIÈRES. — Aussi ne pouvons-nous plus 
nous figurer l'atelier d’un peintre de la Renaissance comme semblable à celui 
des artistes du XV° siècle. IT devait évidemment ressembler, autant que 
possible, à celui des maitres italiens qui travaillaient en compagnie de leurs 
élèves et, pour ainsi dire, en plein air, au grand jour, selon les mœurs faciles 
de leur pays. | 

Une gravure de Baccio-Bandinelli, le malencontreux antagoniste de 
Michel-Ange, nous représente l'atelier même de l'artiste. On y voit plusieurs 
élèves dessinant à la lueur d'une lampe; trois personnages entourent le 
maitre et d'autres élèves sont groupés vers la gauche. Une autre estampe 
nous représente cinq élèves à une table et dessinant d'après l'antique à 
la clarté d'une lampe; le professeur, assis à droite à côté d'un élève qui 


{ K. Van Manoen, Levens der vermaersle schilders, etc , t. 1, p. 229. 
3 Annales de la Société d’Émulation de Bruges, 5° sér., t. 1, Introduction. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 141 


dessine, tient une statue en main et semble donner des explications théoriques; 
sous la table on lit : « Academia di Bacchio Brandin in Roma, in luogo detto 
Belvedere, 1531 — (gravé par Aug. Vénitien, élève de Bacchio). » Le sol 
est jonché de plâtres et de pièces anatomiques. Ces détails dévoilent toute la 
première moitié du XVIe siècle. En effet, tout artiste étranger qui mettait le 
pied sur le sol de la Péninsule abdiquait forcément toute manière de voir 
originale pour s'absorber désormais dans une double étude que lon regar- 
dait alors comme la plus haute expression de l’art : l'antique et l'anatomie. 

De plus, l'habitude de se réunir le soir dans l'atelier du maitre, après la 
collaboration de la journée et d'y dessiner en commun, s’introduisit bientôt 
dans nos contrées et constilua désormais le véritable enseignement des arts 
graphiques. 

La gravure de Corneille Cort (1578) représentant l'académie de Stradan 
est également intéressante à examiner; non seulement nous y trouvons le 
broyeur ou apprenti relégué dans un recoin obscur, mais l'école renferme, 
selon le goût éclectique du temps, le maître, travaillant à une de ses grandes 
toiles; des hommes faits, ses aides, s'occupant de dessin d'architecture, de 
gravure ou de sculpture , un adolescent, dessinant d'après l'antique et enfin 
de jeunes garçons groupés autour d'un squelette dont ils dessinent des frag- 
ments pour étudier peu après la myologie. Tout le système didactique du 
siècle se trouve là. 

Sans doute, nous rencontrons à cette époque des génies naturels dépourvus 
de l'éducation italienne, raffinée, mais fausse, et ce sont là les purs Flamands. 

Les Breughel, les Vinckeboons, David Teniers, le vieux, semblent n'avoir 
jamais effleuré une reproduction de l'antique ni ouvert un traité de Vésale; 
mais il faut les regarder comme des arriérés, se tenant volontairement à 
l'écart, et suivant en fait d'enseignement les us et coutumes du siècle passé, 
avec lequel leur pratique a même un certain rapport, si nous considérons 
que tout, autour d'eux, tendait à la largeur, à la facilité de la brosse et à des 
compositions exagérées el conventionnelles. 

Ceux que l’on appelle les petits maîtres, depuis J. Bosch et P. Breughel, 
jusqu'à G. Coquès, G. Dow, G. Metsu, ont toujours dû vivre retirés, comme 
les peintres du moyen âge, travaillant avec un soin minutieux en compagnie 


142 LA PEINTURE FLAMANDE 


d'un apprenti ou d'un ami et d'un broyeur de couleurs, quand leur femme 
ou leur fille ne leur rendait pas ce service ; et le tableau d’A. Van Ostade, 
qui figure au Musée d'Amsterdam (n° 205), nous rend, pour ainsi dire, 
l'aspect d’un atelier gothique; l'artiste est vu de dos, éclairé par une fenêtre 
à petits carreaux. Dans la pénombre, un élève prépare une palette et plus 
loin un homme broie des couleurs. Il a gravé à l'eau-forte cette même 
composition. 

1! est intéressant de comparer cette scène à la peinture satirique de la casa 
Carolina de Pompéi (l'atelier du peintre), ainsi qu'à des miniatures qui 
représentent des scribes et des peintres du moyen âge !. 

Quant aux artistes de troisième ordre, à ceux dont les misères nous ont 
élé racontées par Van Mander et d'autres biographes, la gravure satirique 
d'André Both (le pauvre peintre) retrace leur intérieur d'une façon à la fois 
comique et navrante. 

Mais de tels exemples de dénuement étaient encore assez rares au 
XVI: siècle, grâce an goût des arts qui se répandait peu à peu dans toutes 
les classes de la société, et les artistes que la fortune favorisait, au contraire, 
ne révaient qu'entreprises colossales et progrès illimité. 


LA COPIE ÉTAIT LA BASE DES ÉTUDES. — Mais l'enseignement qu'ils don- 
naient à leurs élèves ne répondait pas à leurs aspirations personnelles. Les 
élèves se bornaient généralement à copier la manière de leur maitre, c'est- 
à-dire que limitation des qualités, mais plus encore des défauts de ce dernier ?, 
formait toute l'éducation. Pour se perfectionner on prenait un maitre plus 
célèbre. 

Après s'être exercé tout seul au dessin, Hans Van Aken passe un an chez 
un mauvais maitre Ÿ, puis chez un autre qui était devenu habile par la 
nécessité de peindre ses portraits d’après nature. Ensuite il s’habitue à 
dessiner d'après Sprangher, et enfin rencontre en Jtalie un mauvais peintre 


1 Voir Bibliothègne nationale de Paris, Manuscrit des clères et nobles femmes, côté supplém. 
français, 40, 8, 2. 

? M. Tuausinc, Albert Dürer, sa vie et ses œuvres, p. 69; K. Van Manver, Het leven der 
doorluchtige schilders, etc., Haerlem , 1604, fol. 145 et 250. 

5 K. Van Manoer, op. cit. fol. 289 v°. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 143 


brocanteur qui donnait de l'ouvrage aux étrangers et chez lequel il s'adonne 
à la copie. 

Aart Claassoon de Leyde dessine d'après ses différents maîtres, changeant 
plusieurs fois de manière !. Bloemaart copie des dessins de F. Floris, et son 
père le met successivement chez un barbouilleur, puis chez J. de Beer, élève 
de Floris, qui lui fait copier des tableaux de Blocklandt, etc. ?. 

J. Schoreel commenca à dessiner d’après des vitraux et des tableaux d'église; 
puis il pa ya ses trois ans d'apprentissage à Cornelisz qui le fit travailler pour lui. 

La permission donnée à l'élève de faire parfois quelques travaux pour son 
compte personnel était considérée comme une véritable faveur . 

Ces exemples montrent quelle était la marche suivie généralement. 

Les paysagistes et ceux que l’on nomme à présent les petits maitres se 
formaient souvent par un travail solitaire *; mais pour la majeure partie des 
peintres la copie des tableaux d'un maitre constituait, pour ainsi dire, toute 
l'étude de la peinture, jusqu’au moment où l'élève se sentait la force de voler 
de ses propres ailes, c’est-à-dire de voyager et de s'adresser à des maitres 
plus en renom. 

On copiait beaucoup au XVI: siècle 5. Andrea del Sarto et J. Romain 
copiaient Raphaël; Michel-Ange copia de nombreux maitres 6. Après de tels 
exemples ?, il eüt élé surprenant que nos peintres flamands ne se livrassent 
pas à la même occupation. Le chef-d'œuvre de Van Eyck fut copié par 
Lancelot Blondeel, par Van Coxcyen, etc. 8; la copie devint même plus tard 
la base de l'éducation pittoresque. Le Dominiquin copia assidûment les 
Carrache et fut leur garçon d'atelier ©. 


{ K. Van Mans, op. cil., fol. 257. 


2 Id. id. fol. 297. 
3 Id. . id. fol. 254. 
+ Id. id, fol, 219 et 299. 


S FéLIBIEN, Entreliens sur la vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. I, pp. 104, 
48 et 71; BeLLont, Le vite de Pittori, etc., 4672, pp. 171, 291 et 366; Gazette des beaux-arts, 
4er août 1879, p. 176. 

6 C* pe LasonoE, Lu renaissance des arts à la Cour de France, t. 1, pp. 137 et 140. 

T Vasani, Vies des peintres, t. XIV, p.37 ; K. Van Manoer , op. cil., fol. 233; Féuisiex, op. cit., 
t V,p. 199 

8 L. Guicciaroint, Description de tous les Pays-Bas, 1609, p. 101. 

9 BecLori, Le vile de Püitlori, etc., 1672, p. 291. 


144 LA PEINTURE FLAMANDE 


Mais les éléments du dessin ne s’acquéraient que par une pratique con- 
stante et le plus souvent sans maître, par limitation, soit de gravures !, soit 
de tableaux ou de vitraux ?, car les peintres tenaient à ne s’'entourer que de 
jeunes gens déjà capables de leur être utiles. 

On aurait d’ailleurs tort de croire que l'apprentissage eût déjà un carac- 
tère quelque peu moderne. Ab. Bloemaart fut confié à un peintre en bäti- 
ments par son père, qui élait architecte, ingénieur et sculpteur, et cela pour 
y apprendre le maniement de la brosse et des couleurs! Ce même artiste dut 
se faire laquais pour obtenir quelques leçons de peinture ÿ. 

Le Journal de voyage de À. Dürer nous apprend que les artistes em- 
ployaient encore toujours leurs apprentis à des besognes serviles, telles 
que courses, broyage de couleurs, et se les prétaient en certaines occasions, 
comme le font les décorateurs de nos jours. Dürer utilisa ainsi les services 
de l'apprenti de Joachim Patinier et ceux d’un autre apprenti bruxellois‘. 

L'artiste allemand avait été apprenti orfèvre, et avant son entrée dans 
l'atelier de Wohlgemut il dessinait tout seul, en s'inspirant toutefois des 
gravures de ce dernier 5. 


ÉDUCATION TOUTE PROFESSIONNELLE. — Le peintre H. Arnold s’engagea 
envers lui à envoyer son frère Jacques, apprenti de Dürer, vendre des 
œuvres d'art pour compte de celui-ci 6. 

Aart Claassoon allait les lundis avec ses apprentis se réjouir dans une 
auberge et se plaisait à leur raconter des histoires de l’ancien et du nouveau 
Testament ÿ. 

La routine remplaçait les conseils théoriques que les maîtres n'avaient 


{ FéuiBien, Entreliens sur la vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. I, pp 104, 
48 et 71; BecLori, Le vile de Püttori, etc., 1672, pp. 171, 291 et 366; Gazette des beaux-arts, 
4° août 1879. p. 176. 

2 M. Teausinc, Albert Dürer, sa vie et ses œuvres, p. 262 ; et FéLIBIEN, op. cit., t. III, p. 925 

5 K. Van Manoer, Levens der schilders, fol. 257 ct 297 — Dürer se plaignait du peu de 
science des peintres de son temps, voir M. TaausinG, op. cil., p. 550. 

& Voir F. Cawre, Reliquien von Albrecht Dürer, Nürnberg, pp. 82, 133 et 143. 

5 M. Taausinc, Albert Dürer, sa vie et ses œuvres, 1878, pp. 29 et 44. 

Id. op. cit., p. 111. 


ET SON ENSEIGNEMENT 145 


point le temps de donner à leurs élèves; c'était une sorte d'enseignement 
mutuel, par la collaboration et les voyages, et surtout par le travail inces- 
sant que produisait la masse de commandes, éducation toute pratique, par 
conséquent. Les grands ouvrages de F. Floris étaient, selon Van Mander, 
cause de l’habileté de ses élèves ! ; il leur donnait à ébaucher ses grandes toiles, 
après leur avoir indiqué seulement son idée par une esquisse à la craie, en 
leur ordonnant d'y mettre telle et telle figure dont l'étude se trouvait dans 
l'atelier. Ils y gagnaient, dit le peintre-biographe, de l'audace et de l’initia- 
tive. Ce système était général; les peintres livraient des croquis à leurs aides 
qui exéculaient parfois plus que l'ébauche ?. 

Îls travaillaient en commun dans un atelier, le plus souvent au grenier, 
à peindre d’après le modèle vivant ou à portraiturer (conterfeyten) 5, lorsque 
manquait l'ouvrage aux tableaux du maitre ; encore ces études étaient-elles 
destinées à être reproduites sur les grandes toiles quand elles convenaient à 
l'un ou à l’autre sujet *. 

F. Floris employait même des paysagistes à ses grands tableaux 5, 

C'était d'ailleurs, pour ainsi dire, une obligation professionnelle d’em- 
ployer les élèves à des travaux déterminés et consécutifs; de cette façon 
seule pouvait étre éludée la prescription de la gilde, de se borner à un 
apprenti. 


IMPORTANCE DE LA GÉOMÉTRIE AU XVIe SIÈCLE. — Bien que les hommes 
les plus distingués de l’époque n'eussent pas de préoccupation plus vive que 
q 
la réforme de l’enseignement, comme ils se trouvaient surchargés de travaux 
[e) 9 
positivement au-dessus de leurs forces, leurs intentions restaient à l’état de 
projet, et, en attendant le moment de pouvoir en faire l’essai, ils se servaient 


de leurs élèves comme d'ouvriers à utiliser pour l'achèvement de leurs 
œuvres. 


Comme dans les entreprises décoratives du moyen âge, c'était donc encore 


1 K. Van Manner, Het leven der doorluchtige schilders, etc., fol. 242. 

2 M. Trausinc, op. cil., pp. 127, 130 et 148. 

5 K. Van Manpen, op. cil., fol. 227, 229, 231 et 232. 

” Id. id. fol. 237, 268 et 282, Vie de L. Lombard, etc. 
8 Id. id. fol. 230. 


Tome XLIV. | 49 


146 LA PEINTURE FLAMANDE 


le dessin géométrique qui formait la base de l'éducation de ces derniers, car 
il fallait de l'exactitude à leurs copies et plus encore à leur collaboration avec 
le maitre. 

Pour se convaincre de l'importance que la géométrie acquérait alors, même 
dans le dessin de la figure humaine, il suffit de jeter un coup d'œil sur les 
méthodes d'Albert Dürer !, de L. de Vinci, de Jean Cousin, d'Annibal 
Carrache, elc., etc. 

Peu à peu ce domaine primitif s’augmenta de l'architecture et de la 
perspective, dont les règles nous vinrent d'Italie; mais ce progrès ne s’effectua 
que bien lentement dans notre pays, malgré les efforts personnels de quelques 
artistes. 

Ce qui est digne de remarque, c’est que plus que jamais la géométrie et 
l'architecture ?, comme base de travaux d’art décoratif, furent estimées au 
XVIe siècle 5, bien que les peintres ne se missent point en peine de les 
enseigner à leurs élèves #. 

Lucas de Heere, qui avait appris le dessin chez ses parents, fut très utile 
à F. Floris pour l'exécution de ses cartons . Ce dernier devait son habileté en 
dessin à son père. 

L'architecture et la géométrie 6, sur lesquelles se basait la ligne, donnaient 
une grande sûreté au talent des peintres. Quelques petits maîtres formés par 
le hasard furent, on’ peut le dire, les seuls qui suivissent des errements diffé- 
rents. Mais ces sciences étaient de toute nécessité 7 dans les grands ouvrages 


1 Le titre de l'ouvrage général qu'il projetait était « La nourriture des apprentis peintres ». 
Son traité des proportions qui a paru en 1528 était tiré des ouvrages d’Alberti, et son art de 
mesurer, des éléments d'Euclide. 

2 K Van ManDen, op. cit., fol. 287. 

 FÉUBIEN, Entretiens sur la vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. INT, pp. 90 
et 92. 

# K. Van Manpen, op. cit., fol. 255. C'était chez les architectes que l'on allait apprendre le 
dessin de construction et la géométrie, et beaucoup de peintres se rendaient, comme Dürer, 
dans d'autres villes pour étudier mieux ces sciences. 

$ K. Van Manper, op. cil., fol. 259, 255 et 258. 

6 FÉLIBIEN, Entretiens sur la vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. HU. pp. 125 
et 521. 

7 Voir les ouvrages de L. da Vinci (Lisri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, 
t. 11) et ses MSS à la Bibliothèque de l’Institut à Paris et à la Bibliothèque Ambrosienne à Milan. 


ET SON ENSEIGNEMENT. | 147 


décoratifs qui s'exécutaient en toute occasion, et dans lesquels se distinguèrent 
P. Coucke, d'Alost, et Breughel, son gendre, Vredeman de Vries, etc. Crispin 
Van den Broeck était excellent architecte. Tobie Verhaeght, le premier maître 
de Rubens, était très versé dans l'architecture et la perspective. Lambert Van 
Noort, le père du deuxième maitre de notre grand coloriste, était bon 
architecte. J.-Corneille Vermeyen était habile en géométrie, et les nombreux 
patrons de tapisseries qu'il exécuta, de mème que la plupart de ses contem- 
porains, nous démontrent le style tout décoratif de la peinture de cette 
époque. | 

Bernard Van Orley ‘, dont Jean Jordaens copia plus tard les patrons pour 
Maurice de Nassau; C. Enghelrams, qui peignit à l’eau des toiles pour l’église 
de St-Rombaut; Mare Willems, de Malines, qui dessinait pour les vitriers, 
les tapissiers, etc.; Franc. Crabbe, qui peignit à l’eau une Passion pour les 
Frères mineurs de Malines, étaient de vrais décorateurs. À partir du milieu 
du XVI: siècle, tous nos artistes ont touché à la peinture industrielle ou 
ornementale. 


PEINTURE EN DÉTREMPE. — Tout cela indique des mœurs peu en rapport 
avec les grandes idées des novateurs italianissimes. 
= La plupart des jeunes peintres s’exerçaient d'abord à la détrempe sur toile, 

procédé décoratif peu coûteux, expéditif, utile dans les nombreuses ornemen- 
tations du temps et pour développer l'habileté pratique. 

Le témoignage de Van Mander est positif à cet égard; Lucas de Leyde, 
peignit ainsi, étant enfant, une histoire de St-Hubert *. Les paysagistes, tels 
que P. Bom, Jean den Hollander, Luc Gassel, etc., employèrent ce genre de 
peinture, qui parait avoir été complètement de mode, car Philippe I fit 
acheter, en 1549, une grande composition à l’eau, de Schoreel. L'un des 
frères Cock (Mathieu) peignait en détrempe, et l'autre, Jérôme, était brocan- 
teur en toiles à l’eau et à l’huile. | 

G. Snellaert 5 était le plus habile des nombreux peintres à l’eau de Courtrai, 


1 Voir pour Albert Dürer, M. THausine, op. cit., pp. 141, 509, 512, etc. 
3 Id. id. id. p. 141. 
3 K. Van Manper, Het leven der doorluchtige schilders, etc., p. 168. 


148 | LA PEINTURE FLAMANDE 


ville qui partageait avec Malines la spécialité du commerce de toiles décora- 
Lives. 

P. Vlerick, à son retour d'Italie, peignit à l’eau des perspectives, des 
temples, des fabriques, etc. C'était la suite naturelle de la méthode ancienne, 
car il est plus que probable que les élèves-peintres, durant la première partie 
du XV: siècle, s'exerçaient à la miniature avant de toucher aux couleurs à 
l'huile. 

De même, à l’époque suivante, où la décoration et les grands travaux 
furent d'usage journalier, ce fut la peinture à la colle qui facilita leurs essais; 
ce procédé, ne l’oublions pas, était d'ailleurs employé depuis les temps les 
plus reculés. 

On accusa Rubens d'avoir, par envie, engagé Jordaens à cultiver ce genre 
de travail, qui devait à la longue lui faire perdre ses qualités de premier 
ordre. Le reproche est certainement calomnieux, mais il prouve l'emploi que 
l’on faisait encore de la peinture à l'eau. 

Le XVIe siècle fut celui du dessin, et cependant les crayons des maitres se 
ressentaient de la hâte qui présidait à l'exécution des commandes. Les artistes, 
pleins d'ambition et surchargés de grands travaux, ne pouvaient s'arrêter à 
terminer leurs dessins et se bornaient à une sorte d'esquisse fougueuse et 
caractéristique, suffisante pour les guider dans la retouche de leurs tableaux 
qu'ébauchaient leurs apprentis. 

Il en fut ainsi même de Raphaël et de son école !, de Holbein et surtout 
de tous nos peintres italianisés. 

Auparavant déjà, et dans toutes les circonstances officielles, on peignait 
d'après des dessins. Le Titien fit ainsi le portrait de François [er?. Clouet, 
Holbein et plus tard Rubens, Van Dyck agirent de même. Cet usage fut 
général au XVI- et au XVII: siècle. 

Comme preuve supplémentaire du peu d'attention que prêtaient les grands 
“maitres à leurs élèves, notons encore que lorsque Floris chômait un jour 
dans l'intérêt de ses disciples, ceux-ci lui payaient 18° à 20 florins; Van 


1 C'° pe LasonDe, La renaissance des arts d la Cour de France, pp. 611 ct 972; et Fécimiex, 
Entretiens sur La vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. I, p. 107. 
2 C'° ve Lasonve, op. cit., t. 1, p. 78. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 149 


Mander, en consignant ce fait comme peu habituel, nous donne la certitude 
que l'apprentissage de l’art au XVIe siècle était presque entièrement pratique 
dans nos provinces. 


MobE D'ENSEIGNEMENT. — En résumé, ce que nous rencontrons de nouveau 
au siècle qui nous occupe, c'est d’abord un semblant d'enseignement élémen- 
taire, libre et mutuel, sous le nom d’Académies, soit dans les ateliers de 
peintres, soit dans le local de la gilde, et qui, organisé à côté de l’apprentis- 
sage ancien, prouve l'absolue nullité de cet apprentissage au point de vue 
didactique. 

En effet, puisqu'on jugeait comme un perfectionnement de laisser les com- 
mençants s'exercer lout seuls, on reconnaissait par là le peu de profit qu'ils 
tiraient des conseils de leur maitre. 

Comme enseignement moyen, nous trouvons des aides, pourvus déjà 
suffisamment d’habileté manuelle pour avancer la besogne du maitre et lui 
faire épargner du temps. Cette adresse n’est acquise par eux que par la copie 
et en peignant d'après nature, pour ainsi dire sans conseils. 

Enfin, comme éducation théorique, nous voyons les maitres en certains 
jours de chômage, ou le soir après leur travail, donner à leur entourage sous 
forme de souvenirs de voyage, des règles et des conseils pour limitation des 
grands modèles, sur l'esthétique et l'archéologie, telle qu'ils la comprenaient, 
ou même parfois des séances de poésie et de musique *: c'était l'habitude de 
D. Calvaert et des Carrache, mais elle ne prévalut que chez un petit nombre 
de nos peintres flamands. 

Cet enseignement supérieur avait toujours pour but et couronnement le 
voyage tant désiré vers la métropole religieuse et artistique ÿ. 

Quant aux rares préceptes de théorie que les meilleurs maitres pouvaient 
parfois transmettre à leurs disciples, ils n'avaient, comme nous l’avons dit, 


1 FÉLIBIEN , 0p. cit, t. III, p. 531. 

3 Id. id. t.11f, pp. 186 et 307. 

3 M. Tuausinc, Albert Dürer, sa vie el ses œuvres, p. 75; après son apprentissage, le père 
de Dürer le fit voyager pendant quatre ans. Tous les peintres du XVI siècle allèrent ainsi de 
ville en ville chercher un accroissement de science ou d’habileté pratique. 


150 LA PEINTURE FLAMANDE 


d'autre source possible que les ouvrages si peu connus de Léonard de Vinci!, 
déjà assez compliqués d'ailleurs pour rebuter la plupart de nos praticiens 
acharnés. | 

Ce ne fut qu'au commencement du XVILe siècle, qu'Otho Van Veen 
d'abord et après lui son illustre élève surent s’assimiler assez l'essence des 
principes italiens pour opérer un progrès nouveau dans notre art national et 
dans son enseignement. 


APPRENTISSAGE. — Îl serait par conséquent inutile d’insister sur l'influence 
didactique de l'apprentissage légal qui, en rapport avec les us et besoins du 
XVe siècle, devint au XVIe une pure formalité; la gilde ne fit qu’empécher 
l'essor prématuré de peintres encore inhabiles, et les conditions par lesquelles 
elle déterminait l'étude de la peinture ne produisaient d'autre avantage que 
de protéger les hommes de quelque talent contre l'invasion de la médiocrité. 
Quatre années de stage étaient une garantie d'expérience et de travail ?, et, 
comme il s'agissait ensuile d'obtenir la maitrise, cette garantie était plus que 
suffisante; mais il faut considérer l'inscription comme une nullité réglemen- 
taire, car, chez les uns, les véritables apprentis n'étaient employés qu'à un 
travail servile durant leur stage; chez d’autres, ils figuraient sur le livre, 
mais puisaient leur instruction à des sources tout autres que celles que leur 
offrait la gilde, même après l’institution de la première académie. 


EFFET DES CORPORATIONS SUR L’EXERCICE DE L'ART. — Quant aux avantages 
que présentaient les corporations de St-Luc aux francs maîtres qui en faisaient 
partie, nous avons déjà vu qu'ils étaient sérieux au point de vue matériel et 
pécuniaire ; il est vrai qu’elles génaient les voyages, si importants au XVIe 
siècle, mais, une fois admis dans une nouvelle confrérie, l'artiste étranger se 
trouvait chez lui, bénéficiant des prérogatives de l'association, couvert par sa 


1 Traité de la peinture par L. de Vinci, trad. par R. Du Fresne, nouv. édit., Paris, an IV; 
Traité de la lumière et des ombres, Bibliothèque Ambrosienne à Milan; Amorerri, Hémorte 
storiche di Leonardo da Vinci, pp. 22 et 150; Lanz1, Histoire de la peinture en Italie, t IV, 
p. 83. 

2 L'apprentissage commençait dès l’âge de 10 à 12 ans et était suivi de 2 ou 3 ans de compa- 
gnonnage et puis de la maitrise; ce régime était favorable aux études élémentaires.; voir 
JamiTscuek , Die gesellschaft der Renaissance in Italien und die kunst, etc., Stuttgard, 1879, p. 48. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 151 


protection et soumis à sa surveillance; ce qui était utile à lui-même, aux 
amateurs et par suile à la situation des artistes en général. Mais le progrès 
et le développement de l’art n'éprouvaient par le fait des gildes aucune 
impulsion nouvelle, car ils dépendaient des artistes eux-mêmes et de leur 
manière d'enseigner. Tout au plusles relations de confraternité qu’elles établis- 
saient pouvaient-elles avoir quelque influence sur le relèvement du niveau 
intellectuel des artistes, et, en ceci, les Sociétés de rhétorique étaient 
l'agent principal ‘. 

Cependant la gilde tolérait le progrès et empéchait le recul, et s’il se 
produisit au XVIIIe siècle une décadence marquée par suite de la servile et 
inintelligente imitation que l'on fit de l’école de Rubens, elle fut, plus qu'on 
ne croit, favorisée par la coalition générale contre l'existence des corpo- 
rations, obstacles à une licence que l’on confondit avec la liberté. 

La tradition, l’ordre, la réglementation, étaient les principes fondamentaux 
sur lesquels se basait la vie entière de nos ancêtres et toute innovation, 
toute tentative de secouer le joug imposé provoquait une perturbation 
immense. On l’a vu au temps de la réforme. 

On croyait alors, et peut-être élait-on dans le vrai, que l’art devait être 
soumis à des règles, que la méthode ne pouvait être enfreinte sans 
inconvénient. 

Des hommes imbus d'idées pareilles, habitués à obéir aux usages reçus, 
nés sous un régime autorilaire et ne voyant autour d'eux que réglementation 
dans les petites choses, pouvaient-ils éprouver, par suite de la nécessité 
d'obéir à des lois, cette contrainte morale qui serait insupportable aux artistes 
de nos jours, et qui les empécherait peut-être absolument de produire? 
Évidemment non, et les œuvres qui remplissent les galeries de toute l’Europe 
sont là pour l’attester. | 

Certainement, de par leur caractère artiste, ils cherchaient à s'affranchir 
de toute pression, de toute surveillance, et aspiraient à la fantaisie, à leur 
libre arbitre, à avoir les coudées franches; mais il y avait beaucoup 
d’emphase dans leurs récrimipations, et, en réalité, le mal qu'ils éprouvaient 


{ Voir L. Guiccuanoini, Description de tous les Pays-Bas, p. 102. 


152 | LA PEINTURE FLAMANDE 


élait loin d’être aussi grand que plusieurs de leurs confrères versés dans la 
littérature l'ont prétendu. 

Au contraire, il semble même que, plus ces hommes vivaient dans un 
inilieu autoritaire et compressif, plus leur expression pratique gagnait en 
énergie, en largeur ct en abondance. C'est là encore un de ces mystères de 
l’organisation humaine, si féconde en contrastes. 

Si nous ne craignions pas d'aborder un sujet qui nous ménerait trop loin 
el qui serait sans doule au-dessus de nos forces, nous insisterions ici sur 
l'influence sérieuse de l'association, sur la conduite, l'esprit d'ordre et la 
moralité des arlistes. 

On pourrait objecter que les doyens et jurés des métiers, en général, 
n'étaient pas scrupuleux sur les moyens d’exlorquer aux nouveaux confrères 
une bienvenue en argent ou en festins; en effet, le banquet était un usage 
que l'on doit désapprouver, surtout parce que les dépenses imposées à un 
récipiendaire étaient parfois immodérées (Il avait toutefois l'avantage d'établir, 
dès le premier jour, des liens de familiarité et de confraternité entre le 
nouveau membre et les anciens associés). Mais, si l’on écarte ce grief, on ne 
trouvera dans toute l’histoire des gildes, à charge de ses administrateurs, 
qu’une sévérité excessive à l'égard des contrevenants aux moindres disposi- 
tions du règlement, et l’on peut être convaincu que l'ordre et la bonne 
conduite étaient de rigueur pour rester dans l'association. 

Ajoutons que l’organisation de la caisse de secours, comme garantie contre 
un malheur immérité, était digne des plus grands éloges, et que la dévotion 
était dans l'essence même des confréries; or, à cette époque, il eût été 
absurde de songer à la morale sans l’associer à la dévotion. De plus, la 
présence de femmes et parfois de personnes du plus haut rang aux assemblées 
des gildes donnait à celles-ci un caractère de convenance très marqué. 

Les recherches consciencieuses faites par les persévérants investigateurs de 
nos archives permettent de faire justice des sottes et calomnieuses assertions 
des écrivains du siècle passé, qui, se copiant l’un l’autre sans vergogne, ont 
reproduit et propagé dans le monde entier la plus détestable opinion de la 
conduite privée des peintres flamands. | | 

Il y eut toujours et partout des exceptions fâcheuses; mais, en général, 


ET SON ENSEIGNEMENT. 153 


nos artistes furent des hommes d'ordre et de travail, ce qui doit leur valoir 
d’aulant plus d'éloges que leurs préoccupations intellectuelles et les exigences 
de l’art dont ils étaient esclaves, étaient de nature à leur mériter beaucoup 
d'indulgence sous ce rapport. 

Tout ce que nous avons observé quant aux confréries artistiques nous 
fait croire qu’elles entrèrent pour beaucoup dans les causes qui amenèrent ce 
résultat favorable. 

L'accord ne se rompit entre les gildes et ceux qu'elles étaient censées 
protéger, que parce que les souverains ou gouverneurs se contentérent 
d'homologuer d'anciens règlements ou même de les réduire à de véritables 
puérilités, sans se préoccuper de la marche de leur époque, et les gildes 
eurent un effet utile aussi longlemps que la société put se soumettre, sans 
trop de peine, à un régime suranné, ce qui devint absolument impossible 
au XVIIIe siècle. 

Nous remarquons au XVI: siècle un progrès constant dans l’habileté 
pratique, mais aussi une sorte d'anarchie causée par l'affaiblissement de 
l'influence de la corporation et par l’envahissement des habitudes étrangères, 

C'est le régime de la concurrence et de l’entreprise, mélange singulier 
de tendances industrielles et idéales, de compression et de licence ; en somme, 
une période de transilion. 

L'enseignement pratique et théorique est fondé, mais il est mutuel, les 
ateliers et les académies étant plutôt des locaux de travail que des établis- 
sements d'instruction. 

Bien que le goût et le sentiment ne semblent plus aussi intenses qu’au 
siècle précédent, il y a cependant un développement réel dans l'art et dans 
son enseignement. 

À dater de l'introduction des modes italiennes, la corporation semble 
s’éclipser, et le seul principe que reconnaisse l'art flamand est celui de 
limitation volontaire. 

L'époque de Rubens devient, sous le rapport des lois et règlements, et 
mème des mœurs artistiques, presque une époque de liberté, et pourtant 
l'influence du grand maitre et surlout des grands modèles que reconnaissail 
ce dernier, fait de chaque artiste un véritable esclave. 


Tome XLIV. 20 


154 LA PEINTURE FLAMANDE 


L'apprentissage se compose d'une soumission absolue à l'exemple théorique 
et pratique du maitre, dans l'atelier de celui-ci et le plus souvent à son profit: 
il est donc très imparfait, bien qu'il soit arrivé à des résultats extraordinaires, 
grâce à une réunion de circonstances exceptionnelles. 

Mais malgré tous les tätonnements que l’on observe dans la marche de 
l'art depuis le XIV: siècle, cette marche est au fond lentement progressive, 
autant dans l'exercice de la profession que dans l’enseignement artistique, et 
constitue un acheminement rationnel vers notre état actuel de progrès. 


PEINTURE DU XVII ET DU XVIII SIÉCLE. 


CENTRALISATION DE L'ART A ANVERS. — Dès l’époque où Anvers avait 
commencé à se substituer à Bruges, dans le commerce et dans l'art, c'était 
vers les bords de l'Escaut que nos peintres s'étaient dirigés, et toutes les 
provinces envoyaient leur contingent de récipiendaires à la gilde de la 
première de ces villes : en 1505, Adrien, de Mons, et Liévin, de Tournai; 
en 1506, Thierry, de Mons, et Jean, de er os 1507, Jean, de Maubeuge; 
en 4508, Corneille, de Tournai, etc., etc. ‘. 

La ville de Gand, si florissante peu d'années auparavant, n'offrait déjà pi 
alors de ressources suffisantes en fait d'art, car, en 1514, Josse Sammeling 
déclara, dans un procès que lui avait intenté la gilde, qu'il allait chercher à 
Anvers, à Malines et hors du pays, des tableaux qu'aucun peintre de Gand ne 
pouvait exécuter. | 

En 1519, le secrétaire J. Van Melle dut aller chercher à Alost et à 
Termonde des peintres pour les décors de l'entrée du roi Charles-Quint. 

Vers 1588, ce fut le Malinoïs Raphaël Van Coxcyen * que les échevins de 
Gand choisirent pour exécuter le tableau du Jugement Dernier, qui fut estimé 


{ Voir Romsours et Van Lérius, Liggere de la gilde de S'-Luc. 
? Edm. De Busscuer, Recherches sur les peintres gantois du X VI" siècle, p. 282. 
5 Id. op. cit, p. 172. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 155 


à 4,400 florins d'or carolus par des peintres anversois, appelés comme 
experts. 

En 1599, les Gantois durent recourir aux artistes d'Anvers pour les 
travaux de décor de l'entrée des archiducs. Aussi, J. Sandrart dit-il qu'Anvers 
peut lever la tète et se glorifier de l'emporter, sous le rapport de l’art, sur 
loutes les autres villes; et c'était 1à le sentiment général, car, parmi ceux qui 
lui payèrent le tribut de leurs études ou de leur talent déjà EE on voit 
les noms les plus distingués. 


DÉVELOPPEMENT DU GOÛT ARTISTIQUE. — Le goût grandissant pour les 
arts avait envahi jusqu’à la noblesse. En 1517, A. Cornelis, chevalier 
brugeois, fit un tableau pour la corporation des foulons * 

Vers 1565, Josse et G. Borluut, l'un chevalier et échevin de Gand et 
l’autre avocat au Conseil de Flandre, sont cités par Lucas de Heere comme 
artistes de mérite. 

Les Van Coxcyen étaient de noble origine; J. Schoreel, peut-être aussi 
B. Van Orley, Mostaert, Otho Van Veen et son frère l’étaient également. 

Néanmoins, il ne faut pas inférer de là que l’art constituät déjà une sorte 
d’aristocratie. Ce fut un privilège inouï que les lettres patentes conférées aux 
Van Coxcyen par le roi d'Espagne. 

On sait que plus tard Teniers * sollicita en vain une semblable faveur et 
que Rubens lui-même n'était pas tenu en bien haute estime par la noblesse 
belge *; mais ce qui surprend davantage, c’est l'opinion de la régence 
d'Anvers, qui écrivait aux archiducs : « Ce privilège (l’exemption de charges 
d’accise, etc.), qui n’a jamais été accordé à Ortélius ni à Plantin, Rubens et 
Otto Vœnius en ont été gratifiés, ce qui est d'un mauvais exemple; elle fait 


1 Academia nobilissimae artis picloriue, 1685, p. 282. 

2 Annales de la Société d'Emulation de Bruges, 1866, 3° sér., t. L, p. 276. 

8 Un avis du 4 novembre 1657, signé A. Colibrant, incline à l'octroi de la demande du peintre 
« pourvu qu'il ne lui sera plus permis d'exercer l’art de sa ditte profession publiquement pour 
aucun gain ni salaire, à peine d’être déchu de noblesse. » Archives générales du royaume, note 
publiée par M. le chevalier de Burbure. 

# Em. Gacuer, Lettres inédites de Rubens, p. uix, Introd. 


4156 LA PEINTURE FLAMANDE 


très respeclueusement remarquer à Leurs Allesses que la gouvernante Marie 
de Hongrie n'avait jamais exempté aucun personnage de sa Cour ‘. » 

On le voit, le génie ne suffisait pas encore à vaincre l’orgueil de caste ni les 
préjugés ; l’art restait toujours plébéien, et celte situation devait faire sentir 
ses effets dans la façon d'agir de bien des artistes, comme dans l’enseigne- 
ment de la peinture. 

Chose étrange, au temps glorieux où Rubens et sa pléiade rayonnaient de 
Lout leur éclat sur nos provinces, les principales préoccupations de la gilde 
sont des contestations au sujet de ventes illicites d'objets d'art! 


CONDITION DES PEINTRES. — C’est qu'à cette époque le nombre des artistes 
était devenu extraordinaire et que, malgré les efforts de la protection, pour 
beaucoup de peintres il devenait bien difficile de vivre de leur pinceau. 

Plus d’un, déjà au siècle précédent, était forcé de cumuler des commerces 
ou des fonctions assez peu compatibles avec l'exercice de l'art. 

Des peintres étaient graissiers, ciriers, fabricants de chandelles, armu- 
riers, elc.*. En 1583, Gaspard Rutz était peintre sur verre et marchand 
de bois blanc, à Anvers; d’autres étaient orfèvres, etc. 4. Cette situation ne 
restait pas circonscrite à nos provinces, où la guerre sévissait presque sans 
relâche, et les mœurs en général se ressentaient toujours des idées 
anciennes. 

En 1648 5, il y avait encore à Paris un peintre, valet de chambre du 
roi, et des peintres et gens de métier attachés à la Cour $ comme au 
XV: siècle. 


Lucas Vorsterman fut à la fois graveur et marchand (kunstkooper). 


LA GILDE PERD SON ANCIEN CARACTÈRE PROFESSIONNEL. — Cependant l’époque 
la plus brillante de la peinture flamande, l'apogée de sa gloire est certes celle 


* A. PincuarT, Archives des arts, etc. t. 1, p. 191. 

3 Em. Neerrs, Hislotre de la peinture et de la sculpture à Malines, t. I, pp. 294, 299, etc. 
5 Romsours et Van Lénius, Liggere der Sinte-Lukas Gilde. 

4 Ed. Van Even, L’Ancienne école de peinture de Louvain, pp. 219 et suivantes. 

8 C pe Lasonoe, La renaissance des arts à la Cour de France, t. I, p. 856. 

| Id. id. id. t. 11, p. 888. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 197 


du chef de notre école, et la gilde de S'-Luc, alors célèbre et florissante, 
obtenait le bénéfice de l'immense réputation du maitre et de ses émules. On 
peut même dire qu'elle se soutenait par eux, car après leur disparition elle 
tomba dans un marasme, précurseur de sa fin. Îl est vrai que, sous l’impul- 
sion du grand maitre, les excellents artistes, ses contemporains, étaient par- 
venus à modifier la composition de la gilde d’une facon désormais artistique, 
et que le métier n'y était plus prépondérant. Les noms de Janssens, Pourbus, 
Hals, Breughel, Jordaens, Van Noort, Van Dyck, Rombouts, Coquès, Biset, 
Van Balen, illustrèrent le décanat ou la fonction de juré. Rubens lui-même, 
dit-on, fut doyen en 1631-1633, pour prêcher d'exemple, mais Snayers 
remplit cet office à sa place. 

Puisque ces hommes, les meilleurs juges de ce qui était profitable à l’art 
et aux artistes de leur temps agirent ainsi; H faut croire que l'association 
leur paraissait chose bonne et utile. 


SES INTÉRÊTS SOUFFRENT PAR LE FAIT D'UNE DIRECTION ARTISTIQUE. — Mais 
il faut avouer que ce changement de direction de la gilde avait un grand 
inconvénient, en ce que les artistes ont toujours été de détestables adminis- 
trateurs ; aussi la voyons-nous depuis lors se débattre contre des difficultés 
pécuniaires, de facon à faire mettre en suspicion, non seulement sa capacité 
d'enseigner, mais encore l’utilité même de sa propre existence; cela ne serait 
jamais arrivé si les ressources de la Société avaient été sous le contrôle de 
véritables hommes d'affaires. Déjà, telle qu'elle était administrée, la gilde 
imposait aux artistes une sujétion indispensable qui provoquait une Li 
tion sourde, mais systématique. 

L'artiste est essentiellement cosmopolite et répugne aux étroites limites de 
clocher et les différentes juridictions mettaient des entraves au séjour 
momentané dans l’une ou l’autre ville, dès qu'il y avait en jeu quelque 
intérêt professionnel. 


OPPOSITION DES ARTISTES ENVERS LA CORPORATION. — Îl s'élevait de nom- 
breuses sollicitations d’exemption des devoirs de la gilde et d’autres charges 
de tous genres, et l’on recherchait même dans ce but des fonctions parfois 


158 LA PEINTURE FLAMANDE 


infimes à la cour des souverains ou dans les églises, mais qui procuraient un 
privilège. | 

Par lettres patentes des archiducs, Robert de Nole fut nommé maitre 
sculpteur de l'hôtel de Leurs Altesses, sans aucuns gages, avec pouvoir 
d'apprendre à ses serviteurs son dit art « sans être assubjetty à ceulx du 
métier ‘. » C'était gràce à semblable immunité que Rubens avait groupé son 
école autour de lui. 

En 1610, par requête aux archiducs, J. Breughel sollicite l'emploi de 
peintre domestique de Leurs Altesses « et de lui donner de grâce spéciale la 
mesme liberté des gardes et tonlieux comme à leurs aultres peintres et servi- 
leurs domestiques ». [l est probable que J. Breughel s'absentait souvent 
dans le but de peindre des paysages et qu'il tenait à ce que ses allées et 
venues fussent peu onéreuses pour lui. 

Hans Verbeeck, de Malines, obtient cette mème faveur ; Antoine Van Dyck 
paye 9 florins pour dégager sa parole au sujet de la promesse qu'il avait faite 
de devenir franc-maitre; Corn. Schut se libère du décanat en payant 
100 florins *. 

En 1642, Abr. Van Diepenbeke refuse de bus sd son office de doyen, 
bien qu'il ait prêté serment”, 

En 1664, à Anvers, il fallut fixer une amende de 5 sols pour forcer les 
confrères à suivre le convoi funèbre d’un des leurs. 

En 1672, les doyens y firent hausser jusqu’à 100 florins la dette de 
mort, usilée quand on quittait la gilde, et qui ne s'élevait auparavant qu'à 
40 florins, et cela pour empêcher les suppôts de se soustraire au décanat et 
aux autres charges. 

En 1676, on dut en venir à des mesures coercitives contre les doyens 
eux-mêmes. 

Tout cela nous prouve suffisamment que désormais la gilde n'était plus 
dirigée avec ordre ou bien n'était plus en rapport avec le progrès intellectuel 
et le mouvement général. S'il en était ainsi à Anvers, combien dans les 
autres villes un artiste devait-il éprouver de désagréments ! 

{ A. PincuanT, Archives des arts, cle., t. II, p. 302. 


2 Romsours et Van Lérius, Liggere der Sinte-Lukas Gilde, t. 11, pp. 70 et 71. 
3 Id. id. t. 11, p. 138. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 159 


Mais toutes ces plaintes étaient-elles la juste expression de l'intérêt général 
des artistes, ou bien simplement motivées par le désir égoïste de se soustraire 
aux charges collectives, en les faisant peser plus durement sur les collègues ? 


AVANTAGES DE L'ASSOCIATION. — Sous le rapport pécuniaire, la gilde était 
en principe une protection el une garantie pour les artistes. Elle ne les génait 
que pour des travaux ou des ventes à effectuer dans les villes étrangères, 
mais là, comme de nos jours, des marchands se substituaient d'ordinaire 
à eux. Mais elle mettait obstacle à leur liberté d’allures par des réunions obli- 
gatoires, des banquets ou des services funèbres, par les visites des doyens 
et par une foule de statuts inutiles ou vexatoires, auxquels il faut attribuer, 
sans nul doute, la dégénérescence rapide de l’art dans les villes de province. 

En revanche, elle offrait un grand avantage matériel : celui de fixer une 
valeur aux œuvres d'art que l’on soumettait à son estimation. Par ce moyen, 
on ne voyait pas, comme aujourd'hui, avec une déplorable fréquence, des 
ventes publiques où les ouvrages sont vilipendés et donnés à des sommes 
dérisoires. 

L'art restait ainsi debout comme un métier, faisant vivre ses adeptes. La 
gilde jugeait les tableaux des peintres et en fixait la valeur en réunion de la 
chambre; il y a au Liggere des articles marquant soit une réunion des doyens 
au domicile du sieur David Teniers jeune, pour l'examen d'un tableau, soit 
le jugement d'un tableau envoyé de Termonde, etc. *. 

En 1644, la chambre jugea si un tableau qu'on avait envoyé de Hollande 
élait un original ou une copie”, et fit une évaluation de dessins pour le 
sieur Van Diepenbeeck et P. de Jode, le graveur. Mêmes mentions pour 
Siberechts et Van den Berghe, etc. 


FONCTIONS DU DOYEN. — Jusqu'ici tout cela était avantageux pour la géné- 
ralité. Mais le décanat était positivement une fonction à redouter pour un 
artiste absorbé et travailleur ; il en était de même de celle de juré. Les 


! Romsours et Van Lénius, Liggere der Sinte-Lukas Gilde, 2° vol., p. 209. 
2 Id. id. t. 11, pp. 84, 139, 140 et 64. 


160 LA PEINTURE FLAMANDE 


inconvénients en étaient d'autant plus graves que d'ordinaire elles étaient 
dévolues à un homme de mérite. 

Les doyens et les jurés examinaient les ouvrages faits ! et quand il y avait 
contestation jugeaient le différend ou nommaient des experts. 

Souvent c'était en leur présence que l'on effectuait les payements; au 
moyen âge, au moins, il en était ainsi selon le compte du receveur Fastré 
Hollet *. 

Lors d'une réception à la franche-maitrise, le doyen présidait avec les 
jurés. S'il naissait une dispute entre les confrères, le doyen et les jurés 
devaient intervenir; avant de procéder à une élection, ils déclaraient par écrit 
les noms de tous ceux qui étaient redevables envers le métier, afin qu'ils 
pussent être expulsés du local de S'-Luc *. 

Dans le cas où le chef de la gilde faisait plus de frais dans son office, que 
ce qui avait été décidé par la corporation, il était rendu responsable et mis 
sous la correction de son successeur. Les doyens et jurés sortants étaient 
obligés de conserver leur costume de parade jusqu’au jour du Saint-Sacre- 
ment de l’année suivante, sous peine d'amende; ils devaient figurer avec ce 
costume dans la procession. 

Dans toute réception, élection, réunion du métier, noce ou mortuaire, 
messe patronale, etc., le serment devait se présenter, accompagné d'une 
députation ou de la confrérie entière. Quand la gilde devait faire le guet, le 
doyen devait toujours être présent. 

On en conviendra, il y avait là des corvées fatigantes et inconciliables 
avec l'exercice de l’art, et bien que dans les gildes artistiques on ait de 
bonne heure pris l'habitude , quand le doyen était un personnage de mérite, 
de confier ses fonctions à un sous-doyen, il arrivait encore de trop nom- 
breuses occasions où le doyen ne s’appartenait plus, devant sacrifier tout son 
temps à la confrérie, sans compensation suffisante et avec l'immense regret 
de soustraire ainsi un temps précieux à l'art qui le réclamait impérieu- 
sement. 


1 Bulletins de l’Académie, 2° sér., t. V, p. 158, notice de M. Edm. De Russcagn. 
3 De BananTe, Les ducs de Bourgogne, édit. Reiffenberg, t. X, p. 251. 
3 F. De Vicne, Mœurs et coutumes des corporations, pp. 11 et 17. 


TE 


— 


ET SON ENSEIGNEMENT. 161 


D'un autre côté, il fallait une victime expiatoire, il était nécessaire que la 
gilde eût un chef honoré et influent; d’ailleurs jamais elle n’a dû manquer 
de titulaires dévoués, car de nombreux artistes étaient, comme G. Congnet, 
Pourbus, elc., pourvus de grades dans les gildes armées où les devoirs 
étaient infiniment plus assujettissants. 

Il est à supposer aussi que l’étroite connexion des usages de la gilde avec 
le pouvoir municipal dût faire rejaillir sur elle l’animadversion que parfois 
inspirait une autorité un peu tracassière. 

D'ailleurs, un coup d'œil sur les règlements des confréries et spécialement 
de celle d'Anvers, tels qu'ils étaient en vigueur vers l’époque de Rubens, 
pourra nous permettre d'apprécier s'ils concordaient assez peu avec les 
mœurs et le degré de perfection de l’art pour donner réellement prise à des 
_ attaques sérieuses. 


ORGANISATION DE LA GILDE DE S'-Luc A Anvers. — Nous avons indiqué 
déjà les tendances religieuses des gildes ! qui, loin de se borner aux pratiques 
pieuses ordonnées par les statuts se doublaient encore de sodalités qui com- 
prenaient toute espèce d'état; par exemple, les confréries de S'-Jacques 
de Compostelle et de S-Croix, à Bruxelles, celle de l'Annonciation, à 
Anvers, etc. 

Quand l'Italie devint l'objectif de nos artistes et que le pèlerinage obligé à 
Rome eut établi une sorte de privilège aristocratique pour ceux qui l'avaient 
accompli et qui avaient contemplé les antiquités romaines, il s'établit à Anvers 
une confrérie nouvelle : celle des Romanistes, qui reçut dans son sein toutes 
nos illustrations et pour laquelle Rubens montra une réelle prédilection. 
C'était là, pour ainsi dire, la vraie corporation. Il y eut encore dès les premières 
années, à côlé de nos associations de peintres, des sociétés qui avaient pour 
but la littérature, l’art dramatique et auxquelles il faut assigner la première 
influence sur les moyens de développement littéraire. En 1450 la chambre 
de rhétorique de Gand eut pour doyen Nic. Van der Meersch, peintre de 


1 A. VANDENPEEREBOOM, Ypriana, t. 1, 1878, p. 157; et Em. Necrrs, Histoire de la peinture 
et de la sculpture à Malines, t. 1, p. 11. 

3 Herman, HMengelwerk over de provincie Noord Braband, 11° deel, pp. 129, 139; et 
C. Rucuens, Revue d’histoire et d'archéologie, t. I, p. 220. 


Tome XLIV. 21 


162 LA PEINTURE FLAMANDE 


celte ville; celle de la Violette eut les peintres pour principaux soutiens; 
celle-ci, la plus importante de notre pays, se confondit avec la gilde de S'-Luc 
d'Anvers, en 1480, et eut une grande action sur le développement et la 
valeur intellectuelle de cette association que nous pouvons considérer à juste 
litre comme Île type des corporations qui nous occupent. 


ADMission. — L'ordonnance du magistrat d'Anvers, de 1434, stipule que 
pour être admis dans la confrérie, il faut connaître le métier metterhand. 

Les peintres étaient exempts d'épreuve ainsi que les graveurs, imprimeurs 
et fondeurs en caractères, métiers que l’on nomma vrystielen au XVII: siècle, 
tandis que le titre de proe/fslielen était acquis à ceux des brodeurs, peintres 
en bâtiments, doreurs, vitriers, encadreurs et faiseurs de clavecins. | 

Les doyens choisissaient dans chacun de ces métiers un ancien pour les 
aider. 

Ce fut en 1574 que les proefstielen furent soumis à l'épreuve qui, pour 
les peintres en bâtiments consistait (en 1664) ‘ en une porte et ses acces- 
soires, à représenter en bonnes couleurs, selon les règles de l'architecture 
et de la perspective. Cette pièce était jugée par les doyens. 

Les fils de maitres (wynmeesters) pouvaient librement apprendre ou 
obtenir la franchise du métier et tout compagnon étranger pouvait travailler 
chez un maitre, à la journée, sans rétribution à la gilde; ils n'étaient sous la 
juridiction de celle-ci que s'ils entreprenaient eux-mêmes un ouvrage. 

Il est probable que cette tolérance amena à Anvers de nombreux élèves el 
artistes et contribua puissamment à déplacer le centre arlistique. 

Les habitants pouvaient louer un ouvrier pour un mois afin qu’il travaillät 
chez eux à leur usage particulier. | 

L'ordonnance signée Grapheus (du 22 juillet 4442), défend qu'un kraape 
quitte son mailre avant d’avoir satisfait à son apprentissage; avant ce ter me, 
on ne pouvait louer l'apprenti d’un autre. Cet acte de réorganisation noname 
les peintres, les enlumineurs, les imprimeur, les sculpteurs en bois, les sculp- 


4 J.-B. VAN DER STRAELEN, Jaerboek der vermaerde en kunstryke Sinte-Lukas Gilde, 1 85; 
p. 104. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 163 


teurs en pierre et les vitriers; le métier des sculpteurs en bois était l'un des 
plus anciens de la confrérie dont il faisait déjà partie en 1434 1. 

Les deux métiers réunis avaient reçu de la ville ?, le 26 novembre 1434, 
quelques points et franchises pour le bien de la confrérie et de l’art, ce qui 
avait fait leur constitution jusqu'en 4 442. 


UNION PROFESSIONNELLE. — Le noyau du métier se composait des vitriers 5 
et depuis longtemps les écrivains et enlumineurs étaient réunis aux peintres. 

En 1557, les facteurs de clavecins demandèrent à faire partie de la gilde, 
el l'année suivante, l’écoutête força les imprimeurs, libraires, relicurs, etc., 
jusqu'alors récalcitrants, à s’y enrôler de fait, ce qui souffrit quelque difi- 
culté. 

Il faut remarquer que dans le sein de l'association générale , chaque métier 
constituait une section ; ainsi, les peintres artisles répudiaient les peintres 
en bâtiments qui le leur rendaient à l’occasion, car en 1663 +, ceux-ci 
réclament contre un étoffeur qui exerçait leur métier. 

Mais l’union des diverses professions profitait à la caisse sociale, et il eût 
été politique de la maintenir en faisant dériver vers les besoins de l’art les 
ressources qu'elle produisait. 

À Anvers, on admettait les femmes à la franche maitrise ce qui n'avait pas 
lieu à Gand ni à Bruxelles : Le Liggere mentionne en 1629 une veuve Van 
Nuffel; en 14653 Cath. Pepyn; en 1681 une fille de maitre, schilderesse ; 
un reçu indique de plus les hommes et les femmes qui sont dans la gilde. 

C'est vers 1680 que l’on découvre dans le registre la dénomination de 
chonst schilder, distincte de celles de stoffecrder et de huisschilder. Aupara- 
vant on se bornait au terme générique de peintre; il y eut donc proba- 
blement à cette époque une modification dans les idées, et peut-être cela 
indique-t-il plus de considération pour les artistes. 


APPRENTIS. — La surveillance des doyens sur les maîtres et les apprentis 


! Chev. L. ne Bunsure, Toestand der beeldende kunsten te Antwerpen, omtrent 1454, p. 81; 
Album der Sinte- Lukas Gilde. 

2 Register met ter berderen, fol. 219, Archives d'Anvers. 

$ J.-B. Van DER STRAELEN, Jaerboek der Sinte-Lukas Gilde, 1854, p. 4. 

# Liggere der Sinte-Lukas Gilde, t. 11, p. 543. 


164 LA PEINTURE FLAMANDE 


était regardée comme sérieuse, car, par l'ordonnance du 25 juin 4689, tout 
maitre qui prend un apprenti doit le déclarer aux doyens afin que ceux-ci 
l'éprouvent. Mais il ne faudrait pas voir là une preuve de sollicitude pour 
l'enseignement, car voici tout ce que prescrivait à cet égard l'ordonnance ! 
de 1586. 

Aucun maitre ne pourra instruire un garçon comme apprenti pour moins 
de trois ans. Celui-ci inscrit sur le livre par les doyens travaillera pendant 
celte période, sans profit pour lui. Le maître ne pourra recevoir un deuxième 
apprenti avant la deuxième année de stage du premier. 

Il n'y avait pas davantage dans les règlements des autres villes; au con- 
traire, en province, on a lieu d’être étonné quand on lit les prescriptions 
surannées et coercitives que des magistrats inintelligents laissaient subsister 
à l'égard des peintres de toutes Îles catégories. 


INFÉRIORITÉ DE LA SECTION ARTISTIQUE DANS LA GILDE. — Îl ressort de 
là que, dès la fin du XVI: siècle, on eût dû procéder à une séparation des 
méliers au sein de la gilde même, et donner à la section artistique une auto- 
nomie tout à fait en rapport avec les progrès de l’époque et la liberté néces- 
saire aux occupations artistiques. 

En effet, Courtrai, par exemple, conservait l'obligation d'une épreuve qui, 
pour les étoffeurs ou doreurs, était la décoration d'une statue haute de quatre 
pieds; mais, de plus, suivant le statut de 1664, les artistes devaient, comme 
pièce de maîtrise, exécuter un tableau de trois ou quatre personnages, soil 
d'après un dessin proposé, soit autrement, selon les conditions qu'imposaient 
le doyen et les anciens. 

À Audenarde ? aussi, une behoorlyke preuve à passer dans la maison du 
doyen, était ordonnée. 

Si les obligations s'étaient bornées à cet examen, le mal eût été minime, 
car, à tout prendre, il était utile que les doyens fussent édifiés sur la valeur 
d'un nouveau membre; mais cette clause était suivie d’une foule d’autres que 


1 J.-B. Van Der STRAELEN, Jaerboek der vermaerde en kunstryke Sinte-Lukas Gilde, pp. 72, 
73 et 104. 


2 Van Lensençue et Ronsse, Audenaerdsche mengelingen, 1854, p. 243; Archives de la ville, 
registre fol. 114. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 165 


l'on appliquait aux artistes comme aux simples ouvriers et qui devaient 
révolter plus d’un d'entre eux. 


DISPOSITIONS DES. GILDES DE COURTRAI ET D'AUDENARDE. — D'après la 
keure du 12 février 1664, à Courtrai , on ne pouvait se livrer au travail 
que dans le genre pour lequel on avait fourni un chef-d'œuvre. 

Les doyens et jurés devaient régaler, en diverses occasions, les suppôts ; 
ce qui fut défendu par le magistrat. Seulement il resta stipulé que le doyen, 
endéans les deux ans de son entrée en fonction, payerait 6 livres de gros 
comme dédommagement. 

À Audenarde ?, des prescriptions professionnelles qui, au XVII: siècle, 
semblent absurdes de minutie, venaient se joindre à celles-là pour entraver 
l'exercice de l'art, quand les doyens n'avaient pas le bon esprit de fermer les 
yeux. 

Les peintres ne pouvaient dorer un ouvrage quelconque sans avoir au 
préalable coloré et doré le fond, sous peine de 3 livres d'amende. Un membre 
de la gilde ne pouvait donner d'ouvrage à un ouvrier non affranchi. L'usage 
de la colle était toléré pour lous les métiers (sans distinction) faisant partie de 
la gilde. L'exécution d'un simple dessin ou d’une image quelconque était 
subordonnée aux clauses du règlement. C'était là de la protection locale, 
mesquine et purement professionnelle, ne pouvant convenir à une section 
artistique. 

On le conçoit, une réglementation ainsi entendue devenait, à l'époque 
brillante de Rubens, un véritable abus, et cela nous explique comment Anvers 
finit par obtenir le monopole complet de la peinture artistique. 

La tendance de la corporation était partout la même : l’intérét collectif de 
ses membres. ('était une coalition intéressée qui visait à la fois les concur- 
rents étrangers, le public qui fournissait les commandes et même parfois les 
citoyens qui eussent pu en distraire une partie. La condition de n’avoir qu'un 
apprenti à la fois, l'élévation de la taxe d'entrée (comme à Malines, le 
9 octobre 1606), la fréquence des demandes de répression que devaient 


{ F. De Porren, Geschiedenis der stad Kortrijk, 2° vol., p. 188. 
3 Van Lenpenoue ct Ronsse, Audenaerdsche inengelingen, 1854, p. 243. 


166 LA PEINTURE FLAMANDE 


adresser les syndics aux échevins contre des fraudes incessantes, le prouvent 
parfaitement. 

La corporation n'était pas, tant s’en faut, une institution nuisible, à cette 
époque, pour la généralité; mais pour les doyens, par exemple, c'était un 
tissu de vulgaires contestations, de corvées, de frais et de pertes de temps 
qu'occasionnaient les expertises sur les falsifications de couleurs *, la prési- 
deuce des épreuves de maitrise, les réunions et banquets, les messes, les 
procédures, etc. *, 

Plus d'une fois les doyens se plaignirent au magistrat de ce que des dis- 
cussions oiseuses allongeaient outre mesure les réunions dont la présidence 
leur rapportait fort peu. 

En revanche, l'autorité considérait les dignitaires de la gilde comme la 
représentation officielle de tous les peintres de la ville, et comme elle 
choisissait elle-même les doyens sur présentation de la liste émanant du 
métier, elle était d'autant mieux disposée à accorder à ceux-ci ce qu’elle eût 
durement refusé à des particuliers. Plus d'une fois le serment obtint ainsi 
grâce ou remise des peines encourues par l'un de ses suppôts. 

Rien ne saurait mieux donner une idée de l'avantage de la protection des 
gildes sur les intérêts des peintres qu’une comparaison de la valeur des objets 
d'art avec celle des produits d’autres industries nécessaires. En l'absence de 
documents suffisamment explicites à cet égard, nous allons essayer, en pro- 
cédant par analogie et probabilité, de rechercher si la position des artistes 
élait encore au XVII: siècle aussi bonne qu'aux époques précédentes. 


VALEUR INTRINSÈQUE DE LA PEINTURE. — Lors de l'Introïtus Fernandi, 
en 1635, à Anvers *, la peinture de dix-sept petits écussons, autrefois comptée 
comme l'ouvrage de dix-sept jours, se paya 35 florins, soit 2 florins par jour 
ou 40 escalins. 

En tenant compte de la diminution constante de la valeur monétaire, il est 


{ Em. Neerrs, Aistoire de la peinture et de la sculpture à Malines, p.15. 

2 Van DoorEn, {Inventaire des archives de Malines, t. I, p. 229, n° 388. 

5 P. GénanD, P.-P. Rubens. Aanteekeningen over den grooten meester, etc., 1877, p. 458. 
Nos calculs ont pour base les ouvrages cités plus haut et le Dictionnaire des élymologies teu- 
tonnes de KiLiAën. 


CE el 


En ON 


ET SON ENSEIGNEMENT. 167 


certain que l’ouvrier qui pouvait obtenir de son travail 10 escalins, s’estimait 
heureux, car c'est, à À escalin près, le traitement de $. Noveliers, peintre de 
l’hôtel de la cour en 1618 *. 

En 1635, Th. Rombouts peignit à Gand deux tableaux décoratifs qui, s’il 
faut s’en rapporter à ceux de ce maître que possède encore le Musée de cette 
ville, doivent chacun lui avoir coûté au moins trois mois de besogne. Or, ils 
furent payés 133 livres 14 sous 8 gros ?, c’est-à-dire environ 45 escalins 
par jour. 

En 1621, G. de Crayer reçut 213 livres 18 escalins d'Artois pour trois 
grands portraits des souverains, soit environ 40 escalins de Brabant par jour, 
en comptant un mois pour chacun de ces ouvrages ° 

En 4594, Martin de Vos fait son triptyque de la Tentation de St-Antoine 
pour 50 livres de gros *, soit cent jours d'ouvrage au taux de 10 escalins. 

En 1600, Gilles Claessens livre un Christ pour la chapelle du palais pour 
1 livres 40 sous de Flandre, soit vingt jours de besogne au méme prix *. 

En 1606, G. Britseels, de Louvain *, livre un Christ en croix pour 66 flo- 
rins (un mois à 10 eséalisé) 

En 1628 et en 4631, le couvent de l'hôpital de Turnhout ? fait peindre 
à Anvers des tableaux dé même genre pour 67 et 82 florins, ce ” équivaut 
à peu près à la somme journalière indiquée. 

En 1665, J. Berinckx et J. de Hornes® reçoivent, pour les décors de 
l'estrade faite pour la Joyeuse Entrée de Charles IT, 474 florins et 5 sous. 

Pour celle de l'inauguration de l'archevêque de Berghes, ils obtiennent 
45 livres 15 sous. Ces travaux hâtifs, qui ne peuvent pas avoir coûté plus de 
deux mois dans le premier cas et d’un mois dans le second, rapportèrent sans 
doute plus de 40 escalins à leurs auteurs. 


1 A. PincuanT, Archives des arts, t. 11, pp. 322 et 294. 

2 Comptes de la ville de Gand, anno 1655. 

5 Registre n° 28244, 6° fol. xvj v° et xvjj v° de la Chambre des comptes, aux Archives du 
royatime. 

# Catalogue du Musée d’Anvers, pp. 109-120. 

S A. PincuanT, Archives des arts, t. II, p. 321. 

6 Archives du royaume, comptes de l'église de Wesemael, 1605-1606. 

7 Heuveumans, Kronyk der stad en vryheid Turnhout, 1844. 

8 Em. Ngerrs, Aistoire de la peinture et de la sculpture à Malines, 1. I, p. 200. 


168 LA PEINTURE FLAMANDE 


À Anvers, en 1635, un entrepreneur monte un arc de triomphe pour 
900 florins ‘, et Ryckaert obtient avec Jean Van Eyck, pour la décoration de 
ce même arc, 730 florins. 

Pour un autre édifice décoratif, il est payé à T. Rombouts et à ses trois 
collègues 950 florins. 

Îl'est donc probable que, comme auparavant, sous l'influence protectrice de 
la corporation, les prix des peintures conservaient toujours un certain niveau 
analogue à celui des travaux de menuiserie, etc. 

De plus, il nous parait établi que la peinture, en quelque genre que ce fût, 
était encore un bon métier. 

Quant à la situation des privilégiés, il ne faut pas de Ron preuves 
pour affirmer qu'elle était brillante. 

En 1616, Paul Van Somere reçoit 480 livres d'Artois pour un portrait de 
l'archiduc {, 

En 1622, Jacques Francquart obtient 400 livres de Flandre par mois pour 
son travail de la chapelle ardente de l'archiduc. 

En 1621, Otio Vœnius fait pour 1,000 livres de Flandre les portraits des 
archiducs. | 

La progression est assez sensible pour ne pas nous arrêter plus long- 
temps, mais il est intéressant de jeter un coup d’æœil sur la situation excep- 
lionnelle que Rubens avait su se créer. — Albert et Isabelle l'avaient retenu 
à leur service, au traitement de 500 florins de gages par an; mais on sait 
que le tarif qu'il avait mis lui-même à son travail était de 400 florins par 
jour, à l’époque de sa plus haute splendeur ?. 

Son Adoration des mages de 1633 lui valut 920 florins *. Son Portement 
de croix du Musée de Bruxelles, 4600 florins de change *. La Communion 
de S'-François, 150 florins *. Mais il ne voulut recevoir que 75 florins du 
Martyre de S'-Georges, fait pour les arbalétriers de Lierre, en peu de jours *. 

1 A. Pincuanr, Archives des arts, 1. 11, pp. 179,185 , etc. 

3 Voir pour le prix de ses dessins, H. Hywans, Histoire de la gravure dans l’école de Rubens, 
mémoire couronné par l’Académie, 1879, pp. 54, #7. 

5 Ed. Van Even, Louvain monumental, p. 265. 

# Mozs, MSS n° 5728 de la Bibliothèque de Bourgogne. 


$ Catalogue du Musée d’Anvers, p. 154, etc. 
6 Biographie universelle, ancienne et moderne, t. XXXIX, 1825, Paris, p. 230. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 169 


Il est évident que sans la foudroyante rapidité de son exécution, il n'eût 
point été mieux traité qu’un peintre secondaire ; mais il tenait à faire excep- 
tion. Dans une de ses lettres à sir Dudley Carleton, il écrit que la différence 
de dimension de ses peintures ne fait rien pour le prix et qu'elles ne se 
vendent pas comme les tapisseries ; les unes se payent à la taille, les autres 
suivant leur bonté, le sujet et le nombre des figures. 

Une semblable observation faite à un diplomate, grand amateur d'art, 
suffit pour caractériser l'esprit d’une époque. 

D'après le prix énorme que coûtèrent les décors de l'entrée de l’archiduc 
Ferdinand en 4635, on remarque que Rubens lui-même ne faisait point de 
différence entre ses tableaux de chevalet et ses travaux décoratifs, car il 
s’attribua une part de lion dans les sommes dépensées en cette occasion par 
la ville d'Anvers, et ses élèves préférés y furent également privilégiés ; son 
salaire était plus que double du prix de son chef-d'œuvre, la Descente de 
croix (2,400 florins *.) 

L'Assomption lui en valut 4,600, l’Adoration des mages, faite pour l'abbaye 
de St-Michel? 4,300, la Péche miraculeuse de Notre-Dame de Malines 1,000, 
les tableaux de l’église de St-Jean dans cette même ville 4,800 florins, le 
St-Roch 800; le tout selon le taux déjà indiqué. | 

Après son décès, le Martyre de S'-Pierre fut vendu au banquier Jabach 
pour la somme de 1,200 florins et le duc de Richelieu acheta le bain de 
Diane pour 3,000 florins. Les prix n'élaient pas encore sensiblement modi- 
fiés, et même en 1727, l’Apparition de la Vierge à S'-François d'Assise ne 
fut payée que 4,000 florins. 

Son disciple favori, À. Van Dyck, ne put jamais, sous ce rapport, rivaliser 
avec le grand coloriste. 

Le tableau de St-Augustin lui rapporta 600 florins, mais il se contenta 
de 300 florins pour sa composition de S'e-Rosalie, et de 450 pour celle de 
St-Herman Joseph, toutes deux faites pour la sodalité des célibataires. 

Le St-Martin de Saventhem lui fut payé 200 florins *. 


1 Em. Gacuer, Lettres inédites, etc., Introd. xvi. 
3 Snra, Catalogue raisonné de l’œuvre de P.-P. Rubens. 
5 À. Waurers, Histoire des environs de Bruxelles. 


Toue XLIV. 22 


4170 LA PEINTURE FLAMANDE 


Ces prix se rapportaient assez à ceux qu'obtenaient d'ordinaire ses collègues 
et expliquent pourquoi lui vint l'intention de porter son activité et son génie 
sur un théâtre plus vaste que nos provinces des Pays-Bas. 

Il ne se fit pas faute de se plaindre à ce sujet. 

D'ailleurs le régime de la corporation engageait sans doute les peintres à 
s'occuper minutieusement de leurs intérêts. Il semble qu'à cette époque 
chaque artiste fût doublé d’un marchand. 

Il suffira de consigner ici les lettres de Rubens !, le procès intenté par 
J.-B. Barbé à N. Lauwers, etc., etc. 

On pourrait relever dans les archives une interminable liste de procès et 
de contestations soulevées dans un but d'intérêt mercantile, souvent mesquin 
el étroit, et qui contraste étrangement avec les allures un peu emphatiques 
el les visées grandioses de nos artistes. 


VENTES D'OBJETS D'ART. — Le commerce d'objets s'élait généralisé d’une 
facon remarquable sous l'impulsion du progrès et du goût que montraient les 
souverains et les grands. 

Loin de se borner comme jadis aux foires où à l'exposition dans les églises 
(les ‘objets d'art ayant enfin acquis une valeur marchande connue), on les 
colportait de ville en ville et des marchands, souvent artistes eux-mêmes, les 
vendaient publiquement au plus offrant. Comme Anvers s'était dès lors déjà 
conquis le monopole de l’art, c'élaient surtout des marchands anversois qui 
allaient ainsi supplanter les peintres locaux et dès lors les confréries des 
autres villes, et même celle d'Anvers, durent se défendre contre les agisse- 
ments de négociants qui menaçaient de devenir les véritables intermédiaires 
entre le public et les artistes producteurs. 

A Namur, où les peintres étaient considérés comme merciers, les étran- 
gers venant opérer un déballage obtenaient licence des jurés endéans les deux 
jours, pourvu que leur opération ne durât pas plus d’une semaine; mais dans 
les autres villes, les choses ne se passaient pas aussi simplement. 

À Mons, la vente des tableaux par des marchands étrangers et surtout des 


1 Ém. Gacuer, Lettres inédites de P.-P. Rubens, Bruxelles, 1840, Lxiv et p. 258 ;et Bulletin 
des Archives d'Anvers, IV, pp. 460 et suivantes. 


SERRE ee mn 


ET SON ENSEIGNEMENT. 471 


Anversois, élait libre pendant la durée de la foire de la Toussaint à la 
kermesse. Les marchands de tableaux établis en ville avaient seuls le droit 
d'en vendre en un autre temps moyennant de payer 20 sols par an au profit 
de Ja chapelle de S'-Luc'. | 

Cependant des marchands étrangers venaient parfois faire des ventes à 
l'enchère. C'est ce que défendirent des ordonnances des années 1654 et 1701. 

À Malines en 4619, par suite de plaintes contre les brocanteurs de la 
ville, qui faisaient du tort aux francs maitres, le magistrat permit aux doyens 
d'opérer à certains jours, avec l'autorisation échevinale, des visites domici- 
liaires chez les négociants incriminés. Comme chaque maitre faisait serment 
de dénoncer tout ce qui pouvait porter préjudice à la gilde, cette surveillance 
n'était pas illusoire. 

A Courtrai, d’après la keure du 12 février 1664, il était permis aux 
étrangers d'exposer librement en vente, aux foires, des œuvres d'art. 

En 1702, une pétition signée Snellaert exposa au magistrat que les peintres 
de Courtrai avaient demandé précédemment qu'il fût interdit aux étrangers 
de venir vendre publiquement des peintures dans cette ville. Le magistrat 
avait fait surséance jusqu'à ce que les pétitionnaires eussent prouvé qu'ail- 
leurs on aurait pris des mesures semblables à celle qu’ils demandaient *. 

Les pétitionnaires fournirent un extrait du Resolutie Boeck de Bruges, à 
la date du 44 août 14654, où se trouvait rapporté le fait de peintres d'Anvers 
vendant publiquement des peintures à l'auberge enseignée « à la Panne. » 

Sur la plainte des Brugeois, il fut fait défense aux étrangers de vendre à 
cri public aucune marchandise : scilderyen, bestialen ofte andere coopmans 
goederen ten stocke vercoopen, sous peine de confiscation et d'une amende 
de 20 escalins par pièce exposée en vente . 

Une attestation des doyens et anciens doyens de Gand établit aussi qu'il 
n'est pas permis aux marchands de vendre des peintures à cri public; elle 
est datée du 7 avril 14700. | 

Dans la charte de 1641, de la confrérie de S't-Luc à Audenarde, nous 


1 L. Deviccers, note manuscrite, Archives de la ville de Mons. 
3? Décision du 28 août 1698 au Daghinckboek, Archives de Courtrai. 


3 Extrait authentiqué en 1701 avec attestation de la corporation de Bruges, Archives de 
Courtrai. 


172 _ LA PEINTURE FLAMANDE 


trouvons à cet égard l’article suivant : Aucune personne dépourvue de la 
franchise ne pouvait accepter pour les vendre des objets d'art étrangers, sans 
l'autorisation du Serment, sous peine d’une amende de 40 livres parisis, et le 
doyen ainsi que les jurés avaient droit d'enquête à cet égard. 

Aucun peintre étranger ne pouvait exposer en vente des peintures autre- 
ment qu'aux foires annuelles, excepté par permission expresse du magistrat, 
sur l’avis du doyen (la loi Caroline avait enlevé aux Gantois toute juridiction 
sur Audenarde et sur Termonde). 

Déjà, à dater de 4574, le premier soin de la gilde gantoise avait été 
d'empêcher les ventes illicites de tableaux étrangers hors des époques des 
foires franches, car Anvers cherchait déjà à supplanter les Gantois. 

À Anvers, dès le 3 octobre 1575, on prit aussi des mesures contre les 
marchands de tableaux *; mais ce fut sans grand résultat, car plus tard 
ceux-ci éludèrent les obstacles que leur suscitaient les doyens en se faisant 
inscrire comme bourgeois forains pour un terme d’une ou de plusieurs 
années ?, 

En 1631, la chambre de St-Luc, à Anvers, accorde une autorisation de 
vendre des tableaux sur la place de Meir, au prix de 12 florins*. 

Elle en fit autant en 1635, en 1636 et 1637. Les maîtres de cette 
époque ouvraient fréquemment des expositions de tableaux dans Feurs 
maisons *. 

Vers 1650, il y eut tant de mouvement dans le commerce d'objets d'art, 
et des ventes publiques si souvent répétées, qu'il fallut une ordonnance (du 
42 mai 1651) pour prévenir les abus qui se commettaient à Anvers, con trai- 
rement au réglement du 12 avril 1649, et il fut statué que dorénavant ces 
ventes se feraient toutes au Marché du Vendredi. 

‘En 1687-1688, le Liggere mentionne la somme perçue pour une vente 
sans autorisation faite par un Bruxellois au dit marché. 

Au surplus, l’objet d'art devenait, grâce aux nombreuses transactions, 


1 Rowsours et Van Lérius, Liggere de la gilde de S'-Luc, ad annun. 
‘2 Registres de la bourgeoisie d'Anvers, 20 juin 4654 (Poorterye), Archives commu nalcs 
d'Anvers. | 
8 Romsours et Van Lérius, Liggere de la gilde de S'-Luc, ad annos. 
# J. Deuaer et Van Lénius, Catalogue du Musée d'Anvers, 1857, p. 265. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 173 


une valeur commerciale et souvent les peintres, surtout vers la fin du 
XVIIe siècle, s’acquittaient envers la gilde, au moyen de la cession de 
tableaux, que l’on vendait au plus offrant dans la chambre même au profit 
de la caisse générale. 


RÔLE AVANTAGEUX DE LA CORPORATION. — Somme loute, le rôle que jouait 
la corporation dans les intérêts des artistes était donc tout à fait avantageux ; 
mais elle semblait répudier l’enseignement ‘, probablement parce qu’elle n’y 
voyait pour elle aucun profit direct, mais en revanche beaucoup de suggestion. 


ENSEIGNEMENT. — D'ailleurs, enfin, quelques maitres s'étaient décidés à y 
pourvoir eux-mêmes, car le niveau artistique avait fait un grand pas; les 
artistes commencaient à admettre l'utilité qu’avaient pour eux la science et 
l'étude théorique et n'abandonnaient plus à la facilité de la brosse le soin de 
les faire distinguer du vulgaire. 


THÉORIE DE L'ART. — Déjà, vers la fin du XVI: siècle, en Italie, les peintres 
se préoccupaient vivement des études intellectuelles ayant quelque rapport 
avec l’art. Il se publiait des traités, quelques maitres donnaient des confé- 
rences à leurs élèves; l'anatomie, la perspective, l'optique, l'architecture 
avaient fait des progrès sensibles. Comme suite au Traité de Vinci, 
G.-P. Lomazzo développa, dans son Traité de la peinture, en 1584, les 
principes qu’il avait puisés chez son maître, G. Della Cerva *, et dans toute 
l'Italie. 

Comme ceux de Zuccaro, ses écrits sont emphatiques et diffus, car les 
hommes de cette époque, affamés de savoir, coordonnaient mal leurs connais- 
sances ; mais il n’y manque point d'idées justes. 

Ses règles sur la perspective étaient extraites des manuscrits de Foppa, de 


! L'apprentissage était considéré souvent comme un acte de charité de la part du maître, et 
comme une domesticité pour l'élève. Une requête des sculpteurs malinois, en 1618, démontre 
qu'en multipliant à l'excès les leçons, on verrait les apprentis, devenus maîtres, porter ailleurs le 
gagne-pain de la corporation. Voir Em. Neerrs, Aisloire de lu peinture et de lu sculpture à 
Malines, p. 27, t. 1. 

2 Lanzi, Histoire de la peinture en Italie, t. IV, p. 117. 


174 LA PEINTURE FLAMANDE 


Zenale, de Mantegna, de Vinci, de Bramentino; et, chose remarquable, il bat 
en brèche, dans ce traité, la base même sur laquelle reposait, à son époque, 
l’enseignement de l'art, c'est-à-dire l’imitation des tableaux ou des estampes. 

Il veut que le peintre vise à être original, en formant dans sa pensée sa 
composition et en copiant les détails de celle-ci d’après nature. I] faut croire 
que ce principe reflétait une propension nouvelle des écoles italiennes, car 
Gandenzio Ferrari et plusieurs autres peintres, ses contemporains, nous en 
montrent la manifestation. 

Comme il était d’ailleurs parfaitement conforme. à notre sentiment natio- 
nal, c'est sans doute sur lui que devaient se baser les études de nos artistes 
les plus intelligents de l'époque d'Otto Vænius et de Rubens. Mais comment 
leur fut-il loisible d'appliquer ce principe, excellent en lui-même? L'art ita- 
lien était placé partout au premier rang, la nature flamande peu apte à se 
plier aux exigences de la mode; les grands modèles étaient lettre-morte pour 
l'artiste, une fois de retour dans sa patrie; la théorie acquise lui restait 
seule. 

Comment nos peintres, si engoués de l'art méridional, n'auraient-ils pas 
été frappés de Putilité du perfectionnement intellectuel dont les [taliens, et 
les Espagnols après eux, proclamaient bien haut la nécessité ? L'école de 
Bologne, en y comprenant D. Calvaert, était profondément théorique. 

Pacheco, le maître de Velasquez, écrivit, en 4649, son Arte de la prie 
ouvrage extrêmement important. 

L'Italie possédait, nous venons de le dire, de nombreux théoriciens parmi 
ses artistes. | 

Il était, pour ainsi dire, impossible à nos hommes intelligents « et surtout au 
disciple d'Otto Vœnius, à Rubens, l'élève érudit des jésuites, de se soustraire 
à la contagion. | 

Nous n’avancerons pas que nos artistes flamands du XVII: siècle aient été 
assez imbus de la noble mission du génie pour comprendre clairement qu'ils 
devaient, dans leurs efforts, rester les interprètes des sentiments les plus 
élevés, et contribuer à la civilisation des peuples, selon les principes de l'art 
des anciens. Ils sont restés de beaucoup inférieurs à leurs maïlres de 
Florence et de Rome, parce qu’ils étaient encore toujours imitateurs et qu'ils 


ET SON ENSEIGNEMENT. 175 


outraient ainsi les défauts de leurs modèles; mais au moins ils entrevoyaient 
le but suprême des chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne, et si leurs essais 
dénotent une grandeur factice, leur enthousiasme pour Île vrai beau était 
sincère, bien que Lanzi les considère avec raison comme s'étant attachés 
surtout à perfectionner l'habileté pratique. 

Otto Van Veen, après avoir fait ses premiers essais décoratifs et architec- 
toniques dans le style de P. Coucke et de Vredeman de Vries, se fit franche- 
ment seclateur de l'école romaine; il est positif que les grands travaux 
décoratifs dont il fut chargé et ses préoccupations d'ingénieur durent influer 
sur l'éducation de Rubens, qu'il guida, pour ainsi dire, vers l'Italie. L'opuscule 
emphatique de T. Zuccharo !, où se mélent la philosophie et des considéra- 
lions diffuses sur le dessin, la musique et la peinture, servit sans doute de 
base à la théorie d'Otto Van Veen, et nous en retrouvons vaguement le 
reflet dans certaines considérations de Rubens sur l'idéal en peinture. Toute- 
fois, Otto Vænius est réputé avoir le premier compris et déterminé le grand 
principe de la lumière et de l'ombre *. 

Une lettre de Rubens mentionne de lui une théorie universelle, outre son 
traité : De arte pictoria et sculptoria nova et vera praecepta. 

Heureusement, l'esprit lucide de notre grand peintre ne s’égara pas long- 
temps à la recherche des abstractions de son maitre et il fit passer la pratique 
avant tout. 

Il inculqua cependant des notions théoriques à ses élèves, non seulement 
en fait de composition, de formes ou de proportions, mais encore sur le 
coloris”. Ceci nous est prouvé d’abord par la méthode de couleur qui est 
générale à son école, ensuite par les ouvrages qu'il composa sur cette matière ; 
son système, basé sur les contrastes de couleur et sur le prisme, fut employé 
aussi par Van Noort, qui peut-être en a eu l’idée primordiale *, mais, bien 
certainement, Rubens, par sa valeur intellectuelle, a su coordonner ct 
déterminer les principes que son second maitre mellait en œuvre presque 


l Lanzi, Histoire le la peinture en Italie, t. 11, p.137. 

3 Suiru, Historische levensheschryving van Rubens, 1840, p. 386. 

3 FéuiBten, Entretiens sur la vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. U, p. 281. 

® Voir les tableaux de A. Van Noonr, à l'église de S'-Jacques, à l’hôpital et au Béguinage 
d'Anvers. 


176 LA PEINTURE FLAMANDE 


involontairement, par le seul effort d’une habileté géniale. Il est du plus 
haut intérêt de comparer entre eux les tableaux de ce dernier, ceux de 
Rubens et de Jordaens qui est resté le dernier dans l'atelier de Van Noort, 
subissant davantage son ascendant. 

Il était indispensable à Rubens de dresser ses élèves à une méthode 
pratique de dessin et de coloris, en rapport avec la sienne propre, car il 
ne sde au pas d'occasions de les employer à couvrir ses toiles gigan- 
lesques . 

Bellori assure avoir feuilleté un livre que Rubens avait illustré à la plume 
de dessins représentant les expressions et passions de l'âme, de fragments 
d'après l'antique, de considérations sur l'optique, la perspective, les propor- 
tions, l'anatomie, l'architecture, la théorie des ombres. Ses éléments de la 
figure humaine étaient conformes à la méthode de L. de Vinci; ainsi le cube, 
le cercle et le triangle en formaient la base *, etc. 

En architecture, Rubens préconisail une juste proportion et une symétrie 
générale conforme aux règles des anciens Grecs et Romains”. En fait d’imi- 
tation de l’antique, il trouvait nécessaire de faire un choix judicieux parmi les 
modèles, les mauvaises stalues élant même dangereuses“, Il condamnait 
l’exagération de l’anatomie et de l'imitation servile et conseillait pour certains 
détails d’allier l'étude de la nature à celle du marbre, mais on ne peut, 
disait-il, considérer avec trop d'attention les statues antiques ?, 

Il s'intéressait à tous les ouvrages qui se publiaient sur l’art ou l'antiquité, 
et montre dans des passages de ses lettres une connaissance très minutieuse 
de l’optique et de la perspective, science qu'il présente comme étant à son 
époque connue vulgairement de tous ° 

On sait que le Poussin fit copier par son beau-frère Dughet un Traité de 


{ Suit, Historische levensbeschryving van Rubens, pp. 93, 252 ct 390. 

2 Voir Théorie de la figure humaine, trad. du latin de P.-P. Rubens avec xuiv planches 
gravées par P. Aveline, 1775, Paris. 

3 Voir Architecture alone: etc. ; Édifices de la ville de Gênes, p par P.-P. Robes, 3° édit. 
Amsterdam et Leipzig, 1755, in-f°. 

# Voir Mois, MSS 5728, p. 75. 

$ De Pires, Cours de peinture par principes, p. 127, 1766, in-12 ; et F. Jumus, De pictura 
velerum. 

6 Ëm. Gacuer, Lettres inédites de P. _p. Rubens, pp. 115 ct 271. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 177 


perspective du père Matheo, maitre du Dominiquin, et des règles de Vitel- 
lione, etc. ?. 

Il fit de plus exécuter par son élève Bereltoni des dessins d'après les 
édifices antiques. C'était l'habitude de Rubens également, pour les fragments 
qu'il avait à sa disposition *. 

La géométrie et l'architecture faisaient partie des connaissances indispen- 
sables à un artiste sérieux se destinant à-la grande peinture. Les plans des 
arcs de triomphe qu'inventa Rubens et qu'il fit exécuter par Van Thulden et 
ses autres élèves *, son recueil des Palais + de Gènes (1622) et enfin les 
nombreuses réminiscences de Véronèse que l'on remarque dans ses tableaux, 
nous prouvent que lui, plus que d'autres encore, reconnaissait la nécessité 
des sciences exactes ayant rapport à la peinture. 

Après sa mort et jusqu'à la fin de son siècle, il se rencontre plus d’un 
artiste profondément versé dans cette étude qui donne au talent un fondement 
si stable. Abr. Genoels, surnommé Archimède, apprit sérieusement la géomé- 
trie, les mathématiques et la perspective, connaissances auxquelles il dut 
sans doute la faveur de Lebrun ÿ. 

Balth. Gerbier, ce singulier Protée, était également savant dans l’archi- 
tecture, les mathématiques et plusieurs autres sciences $; G. de Lairesse * 
montre aussi un savoir très solide en fait d'optique et de perspective; dès sa 
jeunesse, son père l'avait initié à ces connaissances, et surtout à la repré- 
sentation des bois et des marbres, ce qui prouve que la base de l’art du 
X VII: siècle était encore toujours décorative. 

Le système d'éducation et de travail généralement en usage à cette époque 
était limitation de celui que les meilleurs maîtres de l'Italie avaient adopté 
et que nous avons déjà indiqué, mais auquel les plus intelligents ajoutaient 


1‘ FéuiBien, Entreliens, etc., t. IV, p. 54. 

3 Em. Gacuer, Lettres inédites, etc., p. 274. 

5 Voir Pompa tntroïtus Ferdinandi Austriaci, Hispaniorum In[antis, etc., in urbem Ant- 
verpiam, 1641. 

4 Waeicez, Kunst catalog., IV, p. 51. 

5 Éd. Féris, Les artistes belges à l’étranger, p. 217. 

6 Corn. De Bie, Gulden cabinet der edele vrye schilder Const. 

7 Le grand livre des peintres ; The art of painting in all its branches by Gérard de Lairesse, 
translated by J.-F. Fritsch, London, 1778, p. 295, etc. 


Tome XLIV. 23 


178 LA PEINTURE FLAMANDE 


une connaissance plus intime de l'antique * et de l'anatomie et enfin plus 
d'étude du modèle vivant. | 

Seulement l'enseignement élémentaire n'éveillait aucune sollicitude et il 
fallait que le jeune artiste doué de dispositions heureuses s’élevät par lui- 
même au-dessus de la foule ordinaire, pour pouvoir participer aux leçons des 
maitres. | 

Aussi la copie des dessins et des tableaux de ceux-ci était-elle, pour ainsi 
dire, l'unique étude préparatoire. 

Les Italiens avaient l'avantage d'y joindre le travail d'après l'antique ?. 
Dans nos provinces il était nécessaire de le remplacer par la nature et 
beaucoup de nos peintres s'adonnaient au portrait dans ce but. Zuccaro , 
Jacomone de Faenza, pour se perfectionner, copièrent sans cesse les bons 
peintres. B. Franco copia à Florence et à Rome tout ce qu’il vit en peinture, 
en dessin, en statues. Plus tard il copia le Titien , et fut initié à la perspective 
par un architecte. 

À. Sabattini +, élève de Raphaël, devint un fort bon copiste de ses tableaux. 
Ant. Barbalunga fut un imitateur du Dominiquin, son maitre, qui l'avait 
exercé pendant longtemps à copier ses ouvrages 5. Le Poussin fit, d’après le 
Titien, des copies restées célèbres. 

L'enseignement se composait donc de copies, de géométrie et d’arch \et- 
ture, et le soir, de dessin dans les académies 6. 

À Rome il y avait des peintres qui tenaient boutique et qui logeaient <hez 
eux des jeunes gens pour leur faire copier des tableaux 7. 

On sait que Rubens alla en 1604 faire des copies dans cette ville ©, à 
Venise, à Madrid, etc. 


1 Baroccio fut exercé par son maître à dessiner assidüment d’après l'antique. BeuLomt, Le 
vile de Pillori, p. 171. 
3 Lanzi, Histoire de la peinture, etc., t. I, p.152; Em. Gacuer, Lettres inédites, etc. p.274. 


3 Id. id. t. Ü, pp. 151, 109, 416, etc. 

# Id. id. LIT, p. 364. 

S Id. id. t Il, p. 202. 

6 FéLIBIEN, Entreliens sur La vie et les ouvrages des plus excellents peintres, t. JV, p. 278. 
7 Jd. id. id. t. IV, p.136. 


8 A. Bascuer, Gazette des beaux-arts, t. XX, p. 401, etc.; CRowE et CavaLcasELLE, 7'aliafh 
his life and times, London, 1877, vol. IF, p. 40. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 179 


En France et dans nos provinces, il en était de même. D'ordinaire on 
copiait pour se former la main avant de se livrer à l'étude du portrait *. 

Des libraires, des merciers, employaient de jeunes garçons payés à la 
journée, pour copier des estampes . 

Van Dyck commença à s'exercer seul, sous la direction de sa mère *, 
Callot apprit sans maitre les éléments du dessin *. Philippe de Champaigne 
s’instruisit par lui-même en copiant des tableaux 5, puis il fit ses quatre années 
d'apprentissage. Fouquières lui prêta alors des dessins; il finit par peindre 
d'après nature et par aider ce dernier dans ses travaux : à Paris, un maitre- 
peintre l'employa à peindre pour lui des portraits d'après nature, puis il dut 
exécuter en tableaux les esquisses de Lallemand. 

Ces diverses occupations montrent combien l'art sortait peu du métier 
mercantile. | 

L'apprentissage était toujours de valeur à peu près nulle dans l’enseigne- 
ment, mais le terme de quatre ans, par l'habitude sans doute, semblait le 
temps nécessaire aux éludes. 

Rubens, après avoir passé ce temps comme élève chez Van Noort, étudia 
quatre autres années encore chez Otto Vœnius 6. 

Quelle différence avec nos jeunes adeptes d'aujourd'hui, qui passent 
maitres d'emblée, sans aucun effort! Mais l'inscription en qualité d’apprenti 
était désormais une formalité illusoire, simplement observée pour obtenir la 
franchise du métier? ou un moyen, pour les jeunes gens pauvres, de s’habituer 
à la profession, en s'astreignant à une véritable domesticité. | 

Le dessin eut une importance infiniment plus grande qu'on ne pourrait le 
supposer, non seulement à l’époque, mais dans l’école même du plus célèbre 
de nos peintres. On sait les peines qu’il prit pour former un atelier de 
graveurs afin de reproduire dignement son œuvre. 


1 FéLisien, Op. cit., t. IV, pp. 179-183. 

3 Bulletin des archives d’Anvers, IV, pp. 460 et suivantes. 

5 Baroinucci, Delle notizie de professori del disegno, etc., Florence, 1772, t. XV et XVE, p. 54. 

& FéLiBien, op. cût., t. III, p. 238. 

5 Id id. t.IV, pp. 209 et 237. 

6 P. GÉnaro, P.-P. Rubens, Aanteekeningen over den grooten meester en zyne bloedverwan- 
ten, 1877, p. 326. 

7 FÉLIBIEN, op. cit., t. IV, pp. 269, 277, etc. 


180 LA PEINTURE FLAMANDE 


« Jusqu'au milieu du XVII: siècle *, la fabrication des images de piété 
fut pour la Belgique l’objet d'une industrie considérable dont la ville d'Anvers 
était le siège. C'est dans cette pépinière que se sont développés les plus 
babiles graveurs, qui furent les initiateurs du reste de l’Europe. » 

L'Espagne et l'Amérique espagnole faisaient grand usage d'images reli- 
gieuses qui émanaient de nombreux artistes flamands et, le plus souvent, 
étaient faites sous l'influence ecclésiastique. Ces graveurs travaillaient d’ordi- 
naire sur des dessins, parfois composés par eux-mêmes ; mais, à partir des 
premiers succès de l'élève d'Otto Vœnius, ils se mirent à graver d’après les 
compositions du grand maitre, et ainsi se fonda l’école de gravure qui eut 
tant d'importance au point de vue de lenseignement du dessin sous Rubens. 

Ce dernier s'occupait largement lui-même du dessin de vignettes pour 
l'imprimerie plantinienne *; il dessina à Rome, outre ses antiquités romaines, 
soixante-dix-neuf estampes de la Vie de S' Ignace *. Van Dyck en fit autant 
pour J. Meyssens, peintre et marchand d’estampes, et son illustre maître 
retoucha parfois des parties de ses dessins destinés à la gravure *. 

C'était d'ordinaire d'après ses propres dessins et ses grisailles que Rubens 
faisait ébaucher la plupart de ses tableaux, dont il retouchait le plus souvent 
d'après nature les parties principales. | 

Il n’était d’ailleurs en cela que le continuateur des errements de son maître 
Van Noort, de F. Floris et des Italiens *. 

Cette remarque nous met sur la voie d’une autre assez intéressante au 
sujet de la collaboration des élèves de Rubens à l'œuvre du grand artiste. 
Celui-ci exerçait surtout ses élèves au dessin à effet, voire même à la gri- 
saille, dans le but d'utiliser leur talent pour ses graveurs, et en même temps 
pour l’ébauche de ses tableaux. C'était d’ailleurs une habitude assez générale 


1 ALvin, Catalogue raisonné de l’œuvre des trois frères Wiericx, Bruxelles, 1866, p. xxur. 

2 Titres et portraits gravés d’après P.-P. Rubens pour l'imprimerie plantinienne, Anvers, 
1877, in-fe, p. 1; Electorum libri, II. Antwerpen, 1608, etc. ; voir H. Hyaans, Histoire de la 
gravure, mémoire couronné par l’Académie. 

3 F. Basan, Catalogue des estampes gravées d’après P.-P. Rubens, Paris, 1767, p. 206, n° 8. 

* BezLoni, Le vite de pittori, scultori ed archiletti, Roma, 17928, p. 151 ; voir aussi Manterre, 
Abecedario, p. 69; et Micuez, Histoire de la vie de P.-P Rubens, 1771, p. 402. 

5 Lanzi, op. cit., t. I, pp. 109-116, etc. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 181 


de se servir de dessins et d’études préparatoires. Lanzi rapporte que Caro- 
selli eut cela d’extraordinaire qu'il ne faisait point de dessins sur le papier 
ni d’autres études préparatoires pour ses tableaux sur toile ‘. P. Véronèse, 
selon Félibien, n’employait point non plus de dessins préalables *, 

Rubens, qui s'était habitué à voir la nature d'après un système de couleur 
préconçu, peignait évidemment le modèle vivant selon les mêmes principes 
qui le guidaient dans les grandes compositions, qu'il exécutait à la fois d’après 
ses esquisses *, ses dessins arrêlés et des fragments de modèles qu'il faisait 
poser devant lui. Mais il n'en pouvait être de même de ses élèves. Ceux-ci, 
qui adoptèrent son coloris sans le baser comme lui sur des principes déter- 
minés, se détournèrent peu à peu de l’imitation franche de la nature, prirent 
l'habitude de tout considérer d'une façon décorative et de ne plus se servir 
que de teintes conventionnelles. 11 en résulta que plus tard ils se bornèrent 
à exécuter des dessins d'après le modèle pour être plus libres de se livrer 
sans arrière-pensée à toute la fougue de leur pinceau et à la recherche de 
leur palette claire et brillante. 

Or, c'est à ce fait que nous devons tant de mauvais tableaux provenant 
d'hommes d’un talent incontestable *. Jordaens, par exemple, eut, vers la fin 
de sa carrière, toute une période remplie de défaillances que nous attribuons 
sans hésiter, non à l'emploi de la détrempe, comme on l’a dit, mais bien à 
l'usage exclusif de dessins, en négligeant l'inspiration d'après le modèle. 

Rubens fut donc, sans le savoir, comme Michel-Ange, le principal auteur 
de la dégénérescence de ses successeurs. 

Voici donc dans quel sens était dirigé l’enseignement dans l'atelier de 
Rubens : le dessin d’après le maître et la peinture selon sa méthode toute 
décorative, pour arriver à le remplacer autant que possible. 

La prodigieuse fécondité du grand homme mettait journellement à la dis- 
position de ses disciples des modèles capables de leur donner une routine 


" Lawzi, Histoire de la peinture en Italie, t. 11, p. 199. 

3 FéLiBien, op. cit., t. IV, p. 191. 

3 Em. Gacusr, Lellres inédites de P.-P. Rubens, p. 281. 

® Voir certaines compositions de 3. Jordaens, de Bocyermans, de T. Rombouts, de Van 
Cleeff, etc., aux Musées de Gand et d'Anvers. 


182 LA PEINTURE FLAMANDE 


artistique qui n'avait de rapports avec la nature qu’à travers un prisme 
rubénien. 

C'est à tel point que même les chefs-d'œuvre de l'Italie leur étaient livrés, 
traduits par son génie absorbant, dont l'ascendant presque tyrannique ne 
laissait à aucun d'eux son libre arbitre; et l’on voit, jusque dans ses principes 
pour limitation des statues, percer le désir d’être personnel et de modifier 
selon son goût le modèle présenté *. | 

C'était, nous l'avons dit, la grande époque de la collaboration artistique, el 
personne n’ignore de quelle façon Rubens sut utiliser ses aides, selon leurs 
aptitudes spéciales. 

Dans ce but, il avait ouvert dans sa propre maison un atelier d'élèves ou 
académie *? à l'instar de celles des maitres italiens, où ses collaborateurs 
s’exerçaient entre eux et où ils ébauchaient les grandes toiles qu'il leur livrait 
(déjà, en 4611, les Arquebusiers, allant visiter son atelier, firent présent de 
vin d'honneur à ses élèves) *; il donnait aussi l'hospitalité à ses graveurs, et 
Lucas Faidherbe demeura chez lui pendant trois ans *, mais Rubens ne 
travaillait point avec eux, car le cabinet qui lui servait de chambre de travail 
et qui était dessiné en forme de rotonde et éclairé par le haut, était orné 
d'antiquités de haut prix *, et il le faisait fermer soigneusement pendant ses 
absences, y renfermait ses études originales, qu'il évitait de laisser alors dans 
l'atelier des élèves *. Le nombre de ceux-ci dut être fort grand; s’il faut s'en 
rapporter aux termes d'une lettre qu'il adressa à Jacques de Bye en 1611, 
il avait déjà dû refuser plus de cent élèves, et plusieurs jeunes gens avaient 
été obligés d'entrer chez d'autres peintres en attendant qu'il y eût place 
dans son académie . 

La salle où Rubens donnait l'hospitalité à ses nombreux disciples n'était 


1 De Pies, Cours de peinture par principes, p.127, in-12,1766. 
2 Mous, MSS n° 5730, p. 22; c'était une vaste salle à la romaine propre à faire de grands 


ouvrages. 
8 Em. Gacuer, Lettres inédites de P.-P. Rubens, p. 282. 
$ Id. id. P- XVI. 


5 Id. id. pp. xiv et 281. 
6 Voir aussi Mocs, MSS 5726, p. 17, Plan de la maison-Rubeniana. 
7 A. PincuanT, Archives des arts, etc. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 183 


‘donc autre chose qu’une académie du même genre que celles des Carrache 


et de leurs émules, avec la différence que le maitre ne travaillait point avec 
eux, car il avait l'habitude de recevoir dans son atelier et de causer avec 
les visiteurs. Îl avait d'ordinaire un lecteur qui pendant qu'il peignait lui 
récitait des passages des auteurs anciens. Mais il allait visiter ses élèves 
dans leur atelier, leur donner ses conseils, ses corrections et distribuer la 
besogne aux plus adroits d’entre eux. 

Ils y faisaient des études d’après le modèle vivant, qu'ils employaient 
pour l’esquisse et l’ébauche des grands tableaux du maitre, comme chez 
Floris, et surlout pour des dessins, car Van Dyck et les élèves graveurs de 
Rubens n'ont pu arriver à leur habileté sans une pratique longue et acharnée. 

Mais ceux que l’on a l'habitude de nommer ses élèves, les Van Dyck, les 
Jordaens, les Van Thulden, etc., n’apprirent point chez Rubens les éléments 
de l’art *, et ce fut plutôt pour se perfectionner qu'ils vinrent travailler sous 
sa direction. 

De même que Rubens s'exerçait au dessin, sans maître et même pendant 
la nuit *, il est probable que ses meilleurs élèves durent acquérir les élé- 
ments de l’art, comme la plupart de leurs contemporains, car si l’on s’en 
rapporte au livre à dessiner gravé par P. Pontius *, les modèles élémentaires 
qu’il leur eût proposés eussent été bien insignifiants ; une planche de géo- 
métrie appliquée à la figure humaine, des fragments de têtes et d’extrémités, 
un écorché, des têtes, des animaux, et enfin un dessin d’après l'antique, le 
tout traduit dans un langage approprié à la seule étude de Rubens. 

Mais il est plus que probable que lorsqu'il s'adressait à des artistes déjà 
capables de le comprendre, il élevait sa technique a une hauteur digne de 
lui et d'eux, et son manuscrit : de Figuris humanis avec cinquante feuilles 
dessinées, ainsi que celui qu’il écrivit sur les corps slatuaires (statues et 
peintures anciennes et modernes), étaient sans doute de cette nature. 

Au surplus, le dessin d’après le modèle vivant ! sous sa direction venait 


1 Smiru, Historische levensbeschryving van P.-P. Rubens, 1840, p. 245. 
2 Mocs, MSS 5724 de la Bibliothèque de Bourgogne, p. 11. 

3 Id. MSS 5725, p. 13. 

“ Modèles de dessin, Antverpiae, apud Alex. Voel. 


184 LA PEINTURE FLAMANDE 


donner à ses collaborateurs le perfectionnement le plus complet, car Rubens 


était avant tout l’homme de la vie, de la chair et du mouvement. 

L'usage de se servir de mains étrangères fut continué par les successeurs 
de Rubens, dans tous leurs grands ouvrages et même dans leurs portraits. 
Ph. de Champaigne, quand il fut parvenu à se faire connaître, fut forcé 
d'employer son neveu et d’autres artistes 1. 

Il en fut de même de tous ses contemporains. 

Rubens faisait ébaucher ou même peindre complètement ses tableaux par 
ses meilleurs élèves À, entre autres J. d'Egmont, et les chargeait de toutes les 
besognes accessoires, telles que le placement, par exemple. 

Lui-même avoua au pléban de S'-Jean de Malines qu’il avait l’habitude 
de faire ébaucher ses ouvrages d’après des esquisses et de les retoucher 
ensuite *, | 

Imitant et appliquant au portrait les usages de son maitre 4, Van Dyck, 
pendant les douze années qu'il vécut en Angleterre, employa à ébaucher les 
draperies et les fonds de ses portraits et à en faire des copies, des élèves 
qui demeuraient chez lui, et d'autres peintres encore tels que Dobson, 
H. Stone, etc. Ce système se généralisa tellement en Angleterre que, sous le 
règne de Georges Le", les peintres de portraits en renom firent exécuter 
tout leur travail par des gens loués à cet effet et se hornèrent à peine à 
prendre la ressemblance ÿ. 

De plus, chose remarquable, que l’on peut invoquer en faveur des 
Société artistiques, Van Dyck, qui avait pu apprécier les inconvénients de la 
gilde, au point de se libérer par une somme d'argent de la nécessité d'en 
faire partie, n'eut rien de plus pressé en Angleterre que d'instituer une 
confrérie du même genre, mais libre, sorte d'académie qu'on appela S'-Lucas 


1 FéuIBIEN, op. cil., t. IV, pp. 209 et 227. 

3 Bauninucci, Votizie, etc., 1. XV et XVI, p. 54, Vie d’A. Van Dyck. 

5 Voir Sir, Historische levensbeschryving van P.-P. Rubens,1840, pp. 50, 139, 494 et 
498; et W. Hooxgan CarpenTeR, Mémoires inédits sur Rubens et Van Dyck, Anvers, 1845, 
pp 174 ct 195. 

# H. Wazpous, Anecdoctes of painting in England, liv. IV. 

5 Bezcon:, Le vite de pitiori, scultori ed archiletti, etc, Roma, 1728, p. 151. 


nr _— 


ET SON ENSEIGNEMENT. 185 


Clubb, dont le local était dans la taverne de la Rose, Fleet street, et dont le 
registre existe encore ‘. 

Ce fait seul prouve de quelle utilité étaient alors aux artistes l’union et la 
confraternité. Cette institution, d’ailleurs, devait concorder avec les idées de 
Rubens, car presque en même temps (1648) nous voyons fonder l'Académie 
de Paris par des peintres flamands, ses anciens élèves, Van Mol, Van 
Opstal, etc., ensuite celle d'Anvers par D. Teniers et d’autres artistes. 

D'après ces exemples, pourrait-on conclure avec Van Mander et les autres 
ennemis de la corporation, que l'abolition de celle-ci eût été un bienfait pour 
l’art? n’était-ce pas plutôt une réorganisation qu’exigaient les progrès effec- 
tués depuis 4500 ? 

Et cependant ce fut dans un sens radical et tout contraire à une interpré- 
tation saine et calme des nécessités de l’art que se produisirent les efforts 
des peintres progressistes et les mesures prises par les autorités. 

Sous le rapport didactique, il n’y a rien à dire de la nombreuse école de 
peintres de genre qui s'éleva dans les Pays-Bas, dès la fin du XVIe siècle, 
et qui brilla d’un si vif éclat, à côté des vastes décors de Rubens et de ses 
successeurs. | 

Ils étaient les meilleurs soutiens de la gilde et travaillaient, ainsi que les 
vieux maitres, en compagnie de leur apprenti ou d'élèves déjà pourvus de 
la franchise ou sortis d'apprentissage. Mais ils n'étaient point faits pour 
l'enseignement, et une école, même peu nombreuse, Îles génait; car ce sont 
les plus brillants d'entre eux que nous trouvons comme restaurateurs à la 
fois de la gilde et de l'Académie anversoise, et employant à cet effet le 
moyen le plus rationnel, la réunion des deux institutions. 

Depuis que G. de Formantel l'avait installée, en même temps que la troi- 
sième Chambre de rhétorique, l'Olyftak ?, l'académie végétait, ne donnant 
aucun résultat. 

David Teniers conçut avec quelques-uns des anciens doyens le projet de 
la réorganiser, et par lettres patentes de Philippe IV, le 6 juillet 1663, 


1 Catalogue du Musée d’Anvers, p. 217, etc. 
2 Van ErTBonN, Geschiedkundige aenteekeningen aengaende de Sinte-Lukas Gilde, pp. 26 
et 54. 


Tome XLIV. 24 


186 LA PEINTURE FLAMANDE 


l’autorisation de l’établir sur le pied de celles de Rome et de Paris, lui fut 
accordée. L'année suivante le magistrat concéda à la gilde, à titre provisoire, 
un local et l’on appropria aussitôt une salle pour l'étude du modèle vivant. 
Mais les ressources mises à la disposition de la gilde étaient insuffisantes. 

Louis XIV fit mieux les choses en 1663 par l'octroi d'un local, de 
statuts définitifs et d’un revenu de 4,000 livres, à l’Académie de Paris, 
dont les organisateurs étaient flamands ‘ et de plus, comme nous l'avons 
dit, anciens élèves de Rubens. Avec un pareil subside, et la protection 
qu'accordaient à l'institution le comte de Monterey et les meilleurs peintres et 
sculpteurs qui ornèrent le local de leurs œuvres (entre autres J. Jordaens, 
Boeyermans, Th. Van Delen, Devos, Willemsens, etc.), l'union de la gilde 
et de l'école nouvelle eût produit des résultats constants et avantageux. 

La preuve en est que Lucas Faydherbe, appuyé de beaucoup d'artistes, 
présenta en 1684 une requête à l'autorité communale de Malines, pour qu'elle 
voulût permettre l'établissement d'une gilde purement artistique, sous le 
nom d’Académie, comme elle existait déjà à Anvers et à Bruxelles, selon les 
termes de la requête. 

Cette demande fut rejetée *. 

C'est qu'en effet la constitution d'une Académie à Anvers avait été tout 
autre chose que celle d'une école de dessin reconnue indispensable, et la 
gilde qui s’en était instituée la protectrice s'aperçut bien vite que la section 
artistique qui faisait sa gloire et parfois son soutien, ne tarderait pas à se 
séparer d'elle pour se concentrer dans l'enseignement. | 

Il ne fallut pas bien longtemps pour que l'espèce de scission qui se dessi- 
nait portât ses fruits, et, comme à Paris, plus d’un artiste de mérite échappait 
aux ennuis et aux vexations de S'-Luc, en se faisant inscrire dans le corps 
nouveau *, il est probable que les peintres anversois en firent autant, dans 
l'espoir secret d'en arriver bientôt aussi à reformer une sorte de gilde nou- 
velle purement artistique, un club, dans le genre de celui de Van Dyck. 


‘ FéLiBieN, op. cul., L. IV, p. 121; Mous, MSS 5724-5730, voir le curieux Plaidoyer de 
M de Lamoignon en faveur de G. Van Opstal, en 1667 ; il y est prouvé que les arts ne sont 
pas un métier vil et abject. 

2 Em. Nesrrs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. I, p. 51. 

8 Éd. Fénis, Les artistes belges à l'étranger, t. 1, p. 218. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 187 


Au siècle suivant, en effet, ce fut sur les académies que se porta la faveur 
des magistrats, car au titre 4°" de l'ordonnance de Lille ‘ sur les académies, 
on voit qu’il est Énjoint aux maîtres des différents corps d'arts et de métiers, 
dont les apprentis désirent prendre des leçons publiques, de les y envoyer, 
sous telle peine qu'il appartiendra. Au paragraphe XX VII il est statué que 
les lauréats seront exempts des droits de réception dus aux corps d'arts et 
de métiers dont ils voudront acquérir la maitrise, 

La gilde avait à l’époque de l'installation de l’Académie, de 4,800 à 2,000 
florins de revenu, dont la majeure partie était employée au repas annuel, à 
la messe de St-Luc et aux représentatious théâtrales de la Violette, mais les 
arlistes ne furent jamais calculateurs ni administrateurs. 


PÉNURIE DE LA GILDE DE St-Luc. — Dès le moment où l'élément artiste 
commença à prédominer dans l'administration de la gilde d'Anvers, la situa- 
tion pécuniaire de celle-ci ne put que péricliter. 

En 1618, la gilde de Malines fut forcée de demander à pouvoir s’annexer 
les batteurs d'or, comme l'avait fait celle d'Anvers, et la section littéraire 
de celle-ci dut être relevée par l'assistance de quelques artistes. 

En 1630, Abr. Janssens dut s'unir avec des confrères et anciens doyens 
pour venir en aide à la caisse obérée de la gilde elle-même. 

D'un autre côté, les brocanteurs faisaient le plus grand tort aux intérêts 
des francs maitres ; les apprentis, travaillant en secret, rendaient inutile la 
surveillance du Serment. 

Les maitres furent peu à peu forcés de se rejeter sur des travaux pure- 
ment mercantiles, qui donnaient déjà lieu à une concurrence désordonnée. 

En 1668, il fallut à Malines que l’on imposàt un tarif officiel pour la 
confection des blasons. 

Vers 4679, les maitres eux-mêmes, renonçant à résister désormais au 
torrent, voulurent du moins avoir leur part de profit, Tout le monde se mit 
à éluder les prescriptions de la corporation, et il fallut enfin recourir à des 
mesures de police ; il y eut même de nombreuses amendes encourues par 
les doyens et anciens doyens. | 


1 Recueil des principales ordonnances du magistrat de Lille, 1771, p. 455. 


188 LA PEINTURE FLAMANDE 


On voit que le désir de liberté commençait à porter des fruits amers, et 
l'exemple des privilèges de tout genre dont Rubens et ses élèves avaient 
joui semble avoir donné à tous le désir de les suivre d4ns cette situation 
avantageuse. 

Peu à peu, faute d'une bonne direction et d'une protection bien étendue, 
l'Académie souffrit de sa réunion avec la gilde qui dépensait en fêtes et en 
cavalcades ce qui devait servir à l’enseignement, et dont les doyens dispu- 
taient l'autorité aux six directeurs-professeurs. L'anarchie devint complète 
et l'Académie finit par être réduite à vivre de l’aumône de personnes 
charitables. 

En 1741, les doyens ayant reçu une plainte du Conseil de Brabant, de 
ce que leur négligence faisait dépérir les arts à Anvers, alléguëèrent pour 
leur défense, que les dépenses pour l'Académie n'étaient plus possibles tant 
qu'ils n'auraient pas soldé toutes leurs dettes. 

Il est bon de remarquer que des procès interminables avec les gildes 
armées avaient, pour ainsi dire, ruiné complètement la confrérie de S'-Luc, 
à cette époque. 


SÉPARATION DE LA GILDE ET DE L'ACADÉMIE. —— Enfin le mauvais vouloir 
persistant des doyens fit décréter, en 1749, la séparation de la gilde et de 
l'Académie. 

Nous voici donc en présence d’une situation où la confrérie parait pour 
la première fois disposée, du moins en la personne de ses chefs, à contrarier 
le développement de l'art. 

Et cependant elle n’était pas si coupable que cela ; elle était débordée, 
Lout simplement, et ses notables n'étaient pas à la hauteur de leur mission !. 

En effet, cette époque n'était que le juste retour d’un moment d’exubé- 
rance et de prospérité sans pareille; les années de stérilité suivaient la 
période d'abondance, et les peintres, comme écrasés par l'immense supé- 
riorité de Rubens, végélaient sans force, sans courage et surtout sans 
encouragement intelligent. 

Leur union seule eût pu produire un relèvement, et, au contraire, il y 


! Voir Em. Necers, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, 1. 1, pp. 38, 39 et 50. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 189 


avait, nous l'avons vu, une véritable coalition déjà, tendant à diviser le 
faisceau artistique en détruisant la corporation. 

Un homme de génie et d'initiative eût encore été capable, sans doute, de 
masser autour de lui assez de ressources pour réorganiser la section des 
artistes, et les aider à remonter la pente fatale. 

Cet homme ne se trouva point. Au contraire, à celte situation, tont le 
monde s’accordait à ne voir qu’un remède: la liberté pure et simple. 

À notre avis ce n’était pas le meilleur, à cette époque surtout. Déjà, au 
XVIIe siècle, il était permis de vendre librement des estampes. La chose est 
prouvée par le procès de Lauwers et Barbé, dans lequel intervint Rubens !. 

La France nous suivit dans la voie de la liberté artistique : l’édit de S'-Jean 
de Luz (1660) constata que les graveurs étaient libres d'exercer sans mai- 
trise et que cet art ne devait dépendre que de l’imagination de ses auteurs. 

Nous ne doutons pas que ces exemples et la constitution de l’Académie, 
en dehors de la gilde, n'aient éveillé dès lors l'attention sur la question de 
l'affranchissement des beaux-arts. 

Mais ce ne fut qu’au XVIII: siècle que les corporations virent enfin tomber 
leur vieux privilèges et se délabrer leur organisation sous l'influence crois- 
sante des idées d'indépendance. 


PREMIÈRES PROPOSITIONS DE LIBERTÉ ARTISTIQUE. — En 1735, le peintre 
E. J. Smeyers, de Malines, se faisant, comme plus tard A. Lens, l'interprète 
du sentiment général de ses confrères, demanda au magistrat de sa ville 
natale l'abolition de l'apprentissage et la liberté absolue de l'exercice de l’art ; 
il démontra ? que les échevins avaient jadis fait exception aux formalités 
d'admission, en faveur de Van Heemskerk, Van Coxcyen, Van Aken, 
Huysmans, Doms, Van Winselhoven et Herremans, à raison seule de leurs 
excellentes dispositions. 

Cette proposition prématurée n'avait point encore de chances d’être 
admise par les échevins, désireux avant tout de conserver intactes les préro- 


1 H. Hyaans, Histoire de la gravure dans l'école de Rubens, mémoire couronné par l’Académie, 
pp. 35 et 564. 
? Em. Nesres, Aistoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. 1, p. 406. 


190 . LA PEINTURE FLAMANDE 


gatives de leur pouvoir, et convaincus, en leur qualité d’administrateurs, 
de la nécessité de la réglementation, mais les circonstances et le décourage- 
ment même des artistes finirent par exiger des mesures réparatrices. 

Le compagnonnage, l'apprentissage, la maïtrise n’existèrent bientôt plus 
que de nom et se vendirent à prix d'argent. 

En même temps l'art fut négligé, perdit de sa valeur dans l'opinion du public, 
et la corporation des peintres redevint ce qu’elle avait été à son origine, c'est- 
à-dire purement ouvrière et mercantile; les académies n'avaient plus d'utilité 
que pour les ouvriers intelligents et dégénéraient en écoles professionnelles. 

Cet état de choses faillit causer la ruine complète de l’art flamand. 

Le Gouvernement de l’Impératrice, voyant la nécessité urgente de modi- 
fier enfin des prescriptions surannées et, dans son embarras, ne sachant 
dans quel sens agir, finit par décréter la liberté artistique. 

C'était pousser à une révolution dont les effets utiles ne sont peut-être 
pas encore bien démontrés. 

Mais l'autorité n'était pas tenue de comprendre mieux que les peintres 
eux-mêmes, ce qui était profitable à l’art; Rubens, Van Dyck et Teniers en 
avaient bien eu une vague idée, mais comme les artistes ne furent jamais 
organisateurs, les institutions nées sous leurs auspices, c’est-à-dire l’Aca- 
démie, la confrérie des Romanistes, le club de S'-Luc ne purent combler les 
lacunes que présentaient les gildes de peintres, genre d'association dont 
la stabilité était démontrée et qui pourrait même de nos jours, moyennant 
certains perfectionnements, rendre encore les plus grands services. 

Pour les sauver, il eût suffi à leur époque (comme au siècle passé) de 
s'attacher à former une fédération des Sociétés des différentes villes sous la 
garantie d'une réglementation unique; ainsi eussent été permis une sorte de 
libre échange et un franc exercice de l’art sous la sauvegarde de l'union 
des artistes. 

L'épreuve de maîtrise, les statuts protecteurs de la vente, l'apprentissage 
lui-même pouvaient utilement être maintenus, mais de plus, l’enseignement 
eùt dû être absolument confié à la gilde, c'est-à-dire que celle-ci, ouvrant 
un local à ses apprentis et leur fournissant les modèles, eût dû aussi 
nommer des maîtres devant enseigner sous sa direction. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 191 


Ainsi eût été atteinte la plus large somme de liberté dans le choix des 
méthodes et l'exercice de l'art. 

On peut se figurer l'immense force qu’aurait pu déployer cette union des 
artistes, non seulement en vue de la vente de leurs ouvrages et de la pro- 
tection contre les abus, mais pour le développement des relations avec 
l'Italie, de l'importation des bons modèles dans nos provinces, pour la per- 
sonnalité des talents. 

Nous sommes convaincu que sous un pareil régime l'élan de nos peintres 
eùt été énorme dès le XVI: siècle. 

Il est certain que l’organisation à peu près identique de toutes les confréries 
locales de.corps de métiers, devait répondre plus ou moins aux exigences de 
leur époque et des mœurs artistiques; comme elle émanait de l'autorité 
communale, il est permis de croire de plus qu’elle s’accordait avec l’avan- 
tage de la généralité. Il est donc probable que linstitution des gildes n'a 
manqué, pour aider au progrès, dans le sens que de nos jours on attache 
à ce mot, que de quelques intelligentes modifications a leurs statuts et 
surtout de ressources pécuniaires. | 

Lorsque, enfin, l'impératrice crut devoir consacrer la distinction déjà 
établie, en reléguant le métier dans les bornes des anciens règlements et en 
affranchissant les arts, elle prit une mesure peut-être trop radicale; il eût 
été sage d'essayer si une réorganisation n'était pas possible. 


EFFETS DE LA LIBERTÉ BRUSQUEMENT ACQUISE. — Aussi, dans les premiers 
temps, n’eut-on pas à se louer de la liberté nouvelle. 

Les ouvriers ou artistes, se dispensant d’études et d'apprentissage, faisant 
une concurrence ardente aux anciens maitres qu'ils décourageaient par le 
taux dérisoire auquel ils offraient leurs services, gâtaient, en même temps que 
leur propre avenir, le goût du public, surtout des bourgeois qui s’habituèrent 
à se contenter de travaux vulgaires pourvu qu'ils ne coûtassent point cher. 

Les amateurs les plus difficiles se firent un code spécial qui n'avait plus 
rien d’artistique ni de vrai. Tout devait, selon eux, être réformé d’après le 
caprice d'une mode fausse et affectée. 

Mais le mieux naît parfois de l'excès du mal et ce fut dans les académies 
qui avaient été, pour ainsi dire, l'élément primitif de la ruine des corporations 


192 LA PEINTURE FLAMANDE 


que se retrouva la force nécessaire pour reconstituer l’enseignement sur des 
bases nouvelles; celles de l’émulation d’un travail collectif, des études soute- 
nues par une méthode intelligente et suivies d’après de bons modèles fournis 
par l'initiative privée. 


ABUS DES CORPS DE MÉTIERS. — L'ordonnance suivante ! du magistrat de 
Lille, datée du 6 juillet 1720, montre à peu près à quelle sorte d'abus 
pouvaient encore donner lieu à cette époque les statuts des corps de métiers 
appliqués à une profession artistique : 

a Par ordonnance de police du 29 août 14709, ... nous avons défendu à 
tous aspirants à la maîtrise de se présenter à faire chef-d'œuvre avant d’avoir 
accompli entièrement le temps d'apprentissage marqué . . . et de s'adresser 
à Nous pour obtenir dispense du temps de l'apprentissage et Nous avons 
même déclaré nuls et de nul effet les permissions, grâces et relâchements 
qui auraient pu être accordés par la suite. Mais ayant remarqué que cette 
ordonnance élait très-préjudiciable au public en ce que d’habiles ouvriers 
ne pouvaient plus s'établir sans avoir fait leur apprentissage, quoiqu'ils 
sussent parfaitement leur profession, que des enfants capables ayant perdu 
malheureusement leurs pères et mères étaient privés de continuer leur pro- 
fession, parce que les uns n'avaient point fait d'apprentissage et que les 
autres ne l'avaient point entièrement achevé; qu’elle avait donné lieu à quel- 
ques maitres des corps de métiers d'admettre des particuliers à chef-d'œuvre, 
sans avoir achevé le temps de l'apprentissage prescrit par les lettres, et que 
de tous les temps nos prédécesseurs et nous avions dispensé de l’appren- 
tissage. et admis à la maitrise des corps les bons et habiles ouvriers et les 
sujets qui par leur travail et autrement l'avaient mérité, parce que par 
toutes les lettres des corps des arts et métiers nous nous sommes réservé 
la faculté de les interpréter, augmenter, changer ou diminuer . . . Nous 
avons révoqué et révoquons notre ordonnance du 29 aôut 14709. » 

Une autre ordonnance * réitère la défense, faite en 14602 aux récipien- 
daires, de faire une dépense de bouche dans les cabarets pour obtenir la 


1 Ordonnances du magistrat de Lille, 1774, p. 470. 
2 Id. p. 474. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 193 


maitrise, et aux maîtres des corps de recevoir autre chose que ce qui leur 
est attribué par les lettres et les statuts. 

On le conçoit, de semblables conditions n'étaient plus en rapport avec 
les mœurs d’une époque qui déjà se piquait de philosophie, de démocratie 
et en même temps d’une certaine grandeur dans les idées; et si un examen 
ou un diplôme était une chose bonne en soi, si un temps d'études était une 
garantie réelle, dans l'application, on eût dû chercher à ne pas en faire des 
obligations vexatoires. | 

Aussi ne doit-on pas s'étonner des termes presque injurieux qu’emploie 
À. Lens, l’auteur probable du mémoire adressé à S. A. Charles de Lorraine, 
en 1769, et que ce prince renvoya au magistrat pour obtenir son avis. 


MÉMOIRE DE LENS EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ. — Les arts croupissent ici, 
à certains égards, dans une bassesse dont l'Italie n’a jamais vu d'exemple. 
ce qui influe tellement sur leurs productions que, malgré l’élévation d'esprit 
de nos grands maitres, on pourrait donner plusieurs exemples de leur infé- 
riorité pour la façon de penser et la noblesse des idées... 

. De tous les pays où les arts ont choisi leur demeure il n'y en a pas où 

les désagréments soient si nuisibles qu’à Anvers, où l’on n’est pas seulement 
obligé d'entrer dans un corps de métier, qui vous oblige par serment; un 
corps qui contient quinze ou seize métiers, qui tous n'ont pas la moindre 
connexion avec les beaux-arts, etc., et qui oblige les artistes de servir en 
qualité de doyen, service qui ne consiste proprement qu’à exlorquer au 
pauvre ouvrier, qui ne peut payer, sa maîtrise et à maintenir d’autres pareils 
droits du corps, etc., etc. 

Ainsi, rien ne serait si utile que de voir élever par l’Académie les jeunes 
gens qui promettent de se distinguer, du marais de ces corps de métiers. 
sans qu’ils fussent obligés de connaître en aucune façon les dits corps de 
métiers qui peuvent exister, sans ce petit nombre de vrais artistes !. 

Il est bon de remarquer la perversion du goût de cette époque, l'amour 


1 J.-B. Van DER STRABLEN, Jaerboek der vermaerde en kunstryke Gilde van Sinte-Lukas, 
p. 199. 


Toxe XLIV. | | 25 


194 LA PEINTURE FLAMANDE 


du système et la direction fausse de la mode, souvent toute-puissante sur 
les amateurs et les artistes. | | 

Lens croyait de bonne foi améliorer et relever le niveau de l’art en le 
dirigeant vers l'antique et vers une exécution qui n'avait plus rien de la 
pature, et l’on n'était pas loin de répudier les chefs-d'œuvre de l’école de 
Rubens, en déplorant la vulgarité et lincorrection de leur dessin. 

La réponse de l’avocat Norbert Bom, échevin de la ville d'Anvers, fut 
conçue en des termes non moins énergiques, car elle traita le mémoire 
susdit de calomnieux, de scandaleux et de méprisable; elle prouve que les 
métiers étaient dans la gilde suffisamment séparés pour que le service de 
doyen ne fût pas une corvée vulgaire; que strictement ils ne formaient que 
quatre classes distinctes qui nommaient un doyen choisi par le magistrat 
et qui avaient leurs anciens, de façon à ne devoir recourir au doyen que 
dans des cas exceptionnels. 

L'avocat se livre alors à une réfutation ponctuelle des assertions de Lens, 
dans laquelle nous relevons ce détail, par lequel il veut défendre le travail 
industriel. Il n’y a que peu d'années, dit-il, un certain artiste (Corneille Lens, 


doyen en 1751), peintre de fleurs, a daigné s'occuper de peinture et de 


vernissage de voitures, etc. | 

Il soutient que les diverses branches de professions de la gilde ont ceci 
de bon que l'homme doué de peu de génie peut trouver dans l’une ou 
l’autre à gagner son pain. Il cite les nombreux artistes de réputation, qui 
surent allier les devoirs de la profession aux aspirations de leur génie et de 
leur talent: Otto Van Veen, A. Van Dyck, etc., etc... 

Toute cette argumentation fut inutile. 


DÉCRET DE MARIE-THÉRÈSE AFFRANCHISSANT LES BEAUX-ARTS. — Malgré 
les efforts des magistrats et des gildes, le règlement ‘ de l’Impératrice-reine 
Marie-Thérèse ?, en date du 20 mars 1773, décréta que les artistes peintres, 


1 J.-B. Van Den STRAGLEN, Jaerboek der vermaerde en kunstryke Gilde van Sinte-Lukas, 
pp. 1499, 210, etc. 

3 GacesLoor, Documents relatifs à la formation et à la publication de l'ordonnance de Marie- 
Thérèse des 20 mars et 13 novembre 1773, Anvers, Buschmann, 1867, p. 41. 


——— es ol DU PR PES OO © =. 


ET SON ENSEIGNEMENT. 195 


sculpteurs, graveurs et architectes étaient libres et exempts de devoir subir 
la loi de n'importe quel corps. 

Ensuite de quoi les doyens de S‘-Luc remirent, le 45 mai 4773, les clefs, 
archives, etc., de la gilde aux bourgmestre et échevins d'Anvers, car la 
confrérie avait absolument fini son rôle. 

Quant à l’Académie, elle ne manquait que de ressources pécuniaires et 
d’une bonne direction pour vivre et produire d'excellents résultats; on le 
vit dès qu'un homme tel que Herreyns ? prit la résolution de la relever, car 
depuis, l’art national a traversé heureusement la tourmente révolutionnaire 
et trente cinq années de domination étrangère. 


1 Voir Em. Necrrs, Histoire de lu peinture et de la sculpture à Malines, t. I, p. 60. 


196 LA PEINTURE FLAMANDE 


CONCLUSION. 


Nous venons de suivre le principe puissant de l’as$ciation artistique à 
travers les phases les plus diverses, depuis les temps ténébreux de l’art, 
jusqu'à la fin du siècle dernier, et de le voir changer de forme pour se 
concentrer dans l’enseignement avant de reprendre son essor, de nos jours, 
par la création des cercles et des sociétés modernes. Nous avons pu voir 
aussi cet enseignement, stationnaire pendant deux siècles, acquérir enfin 
une importance énorme par l'impulsion de D. Teniers, et, après un temps 
d'incertitude, devenir la planche de salut de notre art national, pendant la 
domination française. | 

De cette étude ressort clairement pour nous que l'association des artistes 
est nécessaire autant à leurs intérêts qu’au progrès de l’art lui-mème. Mais 
que pour être forte, elle doit tendre à s’unifier dans tous les centres intel- 
lectuels, et à résister à la licence, cause immanquable de décadence artis- 
tique. 

Le régime auquel était soumise la condition des peintres aux siècles passés 
a élé favorable à ceux-ci, car les gildes ont toujours été les gardiennes de 
leurs intérêts, et par l'apprentissage, ont servi à empécher l'encombrement 
de la route que les artistes véritables avaient à parcourir. 

Ce régime permit même le progrès aussi longtemps que l'art resta un 
métier, surtout manuel. Mais dès qu'il sortit de l'adresse pratique pour entrer 
dans le domaine intellectuel, la corporation, composée avant tout d'éléments 
professionnels, entrava les efforts des hommes à idées grandioses , principa- 
lement de ceux qui ne possédaient aucune fortune. Les progrès de l'ensei- 
gnement furent faits en dehors de la participation de la gilde et Rubens ne 
put former sa pléiade que grâce à des immunités particulières. Dès lors il eùt 
fallu une scission et la constitution d’une société purement artistique, mais 


ET SON ENSEIGNEMENT. 197 


tout aussi solidement réglementée que l'était la gilde; car l'union, le temps 
d'apprentissage et l'épreuve avaient des résultats généraux très-avantageux, 
et lorsque la corporation fut débordée, l'art tomba dans une décadence 
complète. | 

Si de nos jours, avec une ère, des mœurs et des idées nouvelles, il s’est 
relevé par la liberté absolue, il n’est cependant pas difficile d’entrevoir déjà 
une période prochaine de désorganisation et il semblerait utile d’aviser aux 
moyens de restreindre le nombre des œuvres médiocres, et d'étendre celui 
des bonnes. 

Les associations artistiques contemporaines sont évidemment en mesure 
d'y aider puissamment et de fournir à l’art un élément inappréciable de 
force et de prospérité, pourvu que leurs attributions deviennent plus étendues. 

Leurs moyens d'action devraient s'appuyer sur une fédération des cercles 
du pays autant que sur l'appui du Gouvernement, dont le contrôle devien- 
drait indispensable à leur administration. 

Il est nécessaire que leurs efforts tendent à soutenir la valeur des œuvres 
d'art, et à diminuer la quantité de la production pour en améliorer la 
qualité. Par conséquent, il serait utile que le pouvoir leur fût donné de 
relever le niveau artistique, et d'enrayer les excès de la fantaisie, par les 
expositions, les récompenses et les concours, et par un examen donnant 
droit à un diplôme. 

En outre, comme les antiques gildes, elles devraient être chargées de tous 
les intérêts des artistes. 

Ce retour à la protection ancienne ne serait pas incompatible avec une 
sage liberté. En effet, il est assez rationnel de n'’admettre aux expositions 
officielles que des artistes ayant fait leurs preuves, c’est-à-dire munis d’une 
sorte de diplôme, et d'y contrôler les œuvres admises, au moyen d’une 
estampille ou marque de garantie. — Quant à l’enseignement de la peinture, 
nous avons pu remarquer que depuis le XIVe siècle jusqu'à l'installation des 
académies, les travaux industriels ou décoratifs en furent la base et l'essence. 

Ne serait-il pas avantageux qu’il en fût de même aujourd'hui, puisqu'il 
n'est point difficile de démontrer par des exemples que ce genre d'ouvrage 
fut une sorte de pépinière pour une foule de bons artistes ? 


198 LA PEINTURE FLAMANDE 


. Rien nest meilleur, en effet, pour former le goût et développer l’adresse 
manuelle; d’ailleurs le décor contient en lui-même les principes de l’art, 
basés tant sur la nature que sur lillusion optique, et la décoration théâtrale 
principalement renferme autant de science exacte que de fantaisie. 

Mais nous ne préconisons ce travail élémentaire que comme un fondement 
solide, remplaçant les copies interminables, énervantes, du siècle passé, et 
pouvant supporter victorieusement l'étude subséquente de la nature. 

En un mot, il faut, pour se servir de celle-ci, l’interpréter, c’est-à-dire la 
dominer en artiste, savoir appliquer des principes et non pas se sentir 
dominé par elle, ce qui arrive au travailleur consciencieux, dépourvu de 
guide et de règles préparatoires. 

C'est donc dans le sens décoratif que devraient être dirigés les premiers 
éléments de l'art; l'étude de l'antique peut d’ailleurs parfaitement se com- 
biner avec eux. 

On a vu au XVI: siècle, de quoi étaient capables nos peintres ainsi 
élevés, et cela malgré l'absence de bons modèles, de principes sûrs d’ana- 
tomie, de perspective, de théorie artistique. 

Mais, dès que le premier résultat d'éducation est atteint, négliger la 
nature serait absolument insensé. C'est alors qu'il importerait d’en revenir, 
non tout à fait au système de Rubens, mais bien à celui de la véritable 
Renaissance artistique, celle de Masaccio en Italie, de Dürer en Allemagne, 
de Metsys en Belgique; il s'agirait de réformer le travail actuel d’après le 
modéle vivant, en évitant des études trop longues et dépourvues de sen- 
timent, et d'y intéresser l'élève en lui laissant, dans la mesure du possible, 
son libre arbitre pour l'usage et l'intelligence de son modèle. Pour arriver 
à ce résultat, la composition est souveraine. De même que les maitres de la 
Renaissance, le jeune artiste s’enthousiasmerait pour un sujet de son choix 
et chercherait à rivaliser avec les grands modèles; mais il serait tenu de 
pousser ce travail aussi loin qu'il le pourrait en le comparant avec la nature, 
et, par conséquent, d'exécuter rigoureusement d'après celle-ci tout ce qui 
est nécessaire à l’accomplissement de son œuvre. 

En ceci, l’action des maîtres et leur surveillance seraient encore indis- 
pensables. | 


ET SON ENSEIGNEMENT. 199 


Plusieurs artistes célèbres de nos jours estiment que le portrait est le 
meilleur moyen de perfectionnement pratique; la chose est vraie, et n’est 
point en désaccord avec notre manière de voir, car où trouverait-on des 
modèles plus admirables en ce genre que dans les œuvres de Metsys, de 
Dürer, de Holbein ? mais une composition plus compliquée offre l'avantage 
de ne point comprimer l'élan de l'artiste, en l’astreignant systématiquement 
à l'agencement d’une seule figure , travail où le goùt peut fort souvent tenir 
lieu de théorie. 

Enfin le principe de la fédération des Sociétés artistiques, appliqué déjà 
avec succès en Allemagne sous le nom de Cycles (en matière d'expositions), 
pourrait donner à l'enseignement supérieur de l’art une ressource puissante, 
sous le rapport des voyages, dont le XVI: et le XVIL: siècle nous ont prouvé 
l'utilité; car il permettrait d'envoyer un peintre (reconnu capable de pro- 
duire une œuvre de quelque valeur), dans le milieu le plus convenable à 
ses aptitudes, pour y travailler sous la direction du cercle local. 

Ce sont là de simples desiderata dont l'application rencontrerait peut-être, 
nous l’avouons, des difficultés sérieuses, mais tout progrès ne passe-t-il 
point pour une utopie, jusqu’au jour où des essais tentés franchement en 
démontrent enfin le fondement et la possibilité ? 

Il est certain que l'idéal en fait d'enseignement artistique serait le système 
des grands maitres de l'Italie et spécialement de Raphaël qui travaillait au 
milieu de ses élèves, enseignant par l'exemple et par la théorie; mais cette 
façon d'agir n’est plus dans nos mœurs, et dans le Nord surtout, le travail 
sera loujours plus ou moins isolé. 

D'ailleurs, bien que l’Italie semble avoir, de tout temps, exercé sur notre 
art national une attraction irrésistible, il ne nous semble pas qu'il y ait plus 
d'avantage à retirer pour nos artisles de l’inféodation au style antique, 
fondement de l’éducation italienne, que de l'étude sincère et pure de la 
nature qui a toujours inspiré L. de Leyde, Dürer, Holbein et notre inimi- 
table Quentin Metsys. 


NOTES ADDITIONNELLES. 


Nous avons un devoir à remplir envers quelques personnes dont l'extrême obligeance 
a plusieurs fois facilité notre tâche; c'est de leur exprimer ici notre sincère gratitude, 
notamment à Messieurs les archivistes A. Wauters, À. Pinchart, L. Devillers, dans les 
travaux desquels nous avons pu largement puiser. Nous nous plaisons à remercier aussi 
MM. Brinck, S. Bormans, le chevalier Léon de Burbure, Fourdin, Henri Hymans, 
conservateur des estampes à la Bibliothèque royale, et M. le chevalier E. Marchal dont 
l'affabilité à notre égard ne s'est jamais démentie. 


—————_—_—_— ——— 


Page 9. Norre-Daue Des Dunes. — Il s'agit de la première église fondée en 1107, car il est 
probable que la reconstruction au X1II° siècle, sur les plans de l'abbé Picrre, fut 
le fait d'ouvriers laïques ou voyageurs, ou serfs de l’abbaye, peut-être des oblati. 


Page 10. Susmansores. — Ce terme indiquait la famille de l’église : c'était dans son sein que se 
recrutaient ses ouvriers, comme les seigneurs employaient leurs serfs, comme les 
esclaves romains étaient employés par leurs maîtres. — D'un ordre tout inférieur 
et pratique, ils étaient évidemment obligés d'exécuter une sorte de travail méca- 
nique et suivant des modèles imposés. De cette façon l’ornementation principale- 
ment constituait un art pour ainsi dire htératique. 


Page 12. Picron. — Le caractère aristocratique de l’art à Louvain ne semble-t-il pas à l'appui 
de notre hypothèse au sujet des hommes de Saint-Pierre ? 


Page 135. AnT Laïque. — Viollet-Leduc assigne le milieu du XHI° siècle à la Renaissance laïque, 
en constatant que la sculpture du X° et du XI° siècle est hiératique. (Voir Diction- 
naire de l’Architecture française, p. 219, t. 1). Auparavant les ordres religieux 
avaient le monopole des arts. {Il établit que Libergier, Robert de Luzarches, etc., 
étaient laïques ( Op. cit., p. 109), ce qui n’excluait pas leur affiliation aux compa- 
gnies maçonniques. 


Page 22. ORIGINE DES CONFRÉRIES DE PEINTRES. — Aux X°, XI° et XII° siècles, les artistes laïques 
employés par le clergé, étant membres de la famille de l’église, constituaient en 
même temps les éléments des premières confréries dévotes. — De nos jours, aux 
environs de Gand, M. de Béthune a, eroyons-nous, organisé une sorte de colonie 
artistico-religieuse analogue à celle dont nous parlons. 


Tome XLIV. 26 


202 NOTES ADDITIONNELLES. 


Page 24. Lisez : Des S'°-P&eëTERSMANNEN. — Cette explication du nom d'hommes de S'‘-Pierre est 
peut-être hasardée. Nous ne la présentons que comme une simple hypothèse de 
leur origine obscure, car leur constitution subséquente, parfaitement élucidée par 
M: H. Lavallée, comprenait des hommes de toute condition et ce nom devint un 
titre qui donnait droit à des privilèges importants. Mais comme dans le principe 
ils formaient la clientèle de l’église, qu'ils prirent naissance probablement en 
même temps qu'elle, c’est-à-dire vers 1047, il nous semble probable aussi qu'ils 
prirent part les uns comme protecteurs, les autres comme ouvriers à la construc- 
tion de l'église et à la décoration qui la suivit. Voir Bulletins de l’Académie 
royale de Belgique, 1853-1854, annexe pages 71 à 73, 76, 77, 82, 108 ; voir aussi 
C. Canru, Histoire universelle, t. XI, pages 557 ct 595. 


Page 25. Pierre DE MonTReuiL, cite. — Quoique laïques, d'après Viollet-Leduc, ils étaient sans 
doute affiliés à ces sociétés nomades. Les dessins de Villard d’Honnecourt décélent 
des pérégrinations lointaines faites dans un but architectural et qui pourraient 
faire supposer également des rapports avec les loges. 


Page 25. Sous les Longobards existaient des corporations de Magistri comacini ou maçons. 


Page 54. Voir C. Canru, Histoire universelle, t. XI, p. 554. Le développement de la puis- 
sance communale, qui dès le principe se posa pour ainsi dire en rivale de l'influence 
religieuse, doit être considéré comme le promoteur véritable de l’art laïque. Dés le 
XIII: siècle les communes s’attachent des architectes, dans le but d'édifier des 
monuments civils dignes de lutter avec les constructions somptueuses des abbés et 
des évêques. — Mais ces mêmes architectes laïques sont chargés de l'édification ou 
de la reconstruction d'églises telles que S“-Reparata, S'-Maria del Fiore (par 
Arn. di Lapo), ce qui introduit déjà l'influence de l’autorité civile dans le domaine 
religieux. C’est à la même époque que la peinture civile commence à se faire remar- 
quer. Il est vrai que, surtout en Italie, plus d’un ingénieur-architecte des communes 
appartint à cette époque aux ordres religieux. On en a des exemples à Florence, 
à Padou, etc. 


Page 53. CARACTÈRE PIEUX DE L'ART. — Les statuts de la corporation des peintres de Sienne 
en 1355 commencent ainsi : « Nous sommes, par la grâce de Dieu, appelés à mani- 
festèr aux hommes grossiers qui ne savent pas lire, les choses miraculeuses 
opérées par la vertu de la sainte foi : notre foi consiste principalement à adorer et 
à croire un Dieu éternel, un Dicu d'une puissance infinie, d'une sagesse immense, 
d'un amour et d’une clémence sans bornes. » 


Page 68. Note. — M. A. Pinchart a publié les articles du règlement de Tournai relatifs aux 
outils, etc. Voir Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2° série, tome Il, 
n° 9-10, septembre et octobre 1881. 


Page 171. Note de M. Brinck, archiviste de la ville de Courtrai. 


ANNÉES. 


516. 


VIe siècle. 
VIIT: siècle. 
JIX° siècle. 


800. 
958. 
X° siècle. 
X° siècle. 
XI° siècle. 
XI° siècle. 
1073. 
1148. 
1165. 
1173. 
XII° siècle. 
XII: siècle. 


XTI° siècle. 


1188. 
4220. 
1225. 


XIII: siècle. 


1250. 
1250, 
1275. 
1288. 
1290-1291. 
1292. 
1293. 
1297. 
1297. 
1502. 
1304. 
1305. 
1305. 
1505. 
4505. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Fondation des monastères dans les Gaules. 
Influence des missionnaires irlandais, etc. 
Artistes religicux. 

Id. ; 
Inspection des œuvres d'art sous iChailémegne x 
Établissement des marchés sous Arnould et Baudouin . 
Artistes religieux . 


Anéantissement du mouvement éentifique de l'époque de Charlemagne : 


Vol du plan d'une église 

Artistes religieux . : 

Accroissement de la Dobiston else 

Bible des moines de Parc . 

S'-Bénézet fonde la confrérie des onlifes 

Orfévrerie religieuse. 

Dévastations . 
Liberté des communes et naissance de l'art industriel : 
Serfs affranchis, premicrs peintres laïques 

Construction du pont d'Avignon. 

Bas-reliefs à Paris et à Reims 

Erlebold , architecte laïque. 

Liberté du travail inaugurée . 

Jean le statuaire . 

Peintures de Ja Biloke à Gand: "E 

Peinture du couvent des Dominicains à Louvain 

Valeur d’une once de Troyes d'argent. . . 

Lamsin peint une image (sculpture) à Bruges. 

Châsses peintes à Liège. 

Jéhan du Parket peint les salles d'un château 

Arnould peint les salles du Tonlieu à Louvain 

Arnould Gaelman peint à Parc 

Valeur des objets d'art . 

G. ct N. d’Aerschot, illuminatores 

G. d'Aerschot , enlumineur laïque 

Vitraux à Louvain . . . RE 
Le pape Clément Vemmène Giotto à Avignon HU SITE 
Foire de Gand. . . . . . . . . . . . . . . 


Pages. 


OT 


© © © Ci OO © © JS © ED 


= DO 
Ot Cr 


204 


ANNÉES. 


XIV: siècle. 
1309. 
1311. 

XIV: siecle. 
1317. 
4517. 
43528. 
1328. 
1551. 
4357. 
1358. 
1558. 
1358. 
1559. 
1540. 
1341. 
1342.. 
1542. 
1546. 
1548. 
1549 
1551. 
1551. 
4551. 
1553. 
1554. 
455. 
5595. 
1556. 
41556. 
1557. 
1369. 
1561. 

1567-1375. 
4570. 
4570. 
1311. 
1371. 
4580. 
1581. 
1582. 
4382. 
1383. 
1383. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Lecons de dessin données par les peintres à Bruges 
Wauthier Van Maerc travaille à Bruges 

Arnould Gaelman, peintre. 

Toiles peintes en détrempe US 

Les Vénitiens appliquent la trigonométrie. 

Pierre le peintre orne une bannière. 

Jacques Compeer entreprend des travaux à Gand . 
Jacques Compère orne des targes 5 
Charte déterminant à Louvain le droit de ourseuise. 
Valeur d'un mouton. 

Valeur des livres. : 

Premières décorations Fies es N.- D. de Tournai 
Édouard II donne une verrière à N.-D. d'Anvers 
Origine de la confrérie de S'-Luc à Gand . 

Emploi des couleurs à l'eau pour les targes 

Origine présumée de la gilde de Tournai 

Robert de Valenciennes, enlumineur à Mons. 
Gages d'un orfévre et d’un scribe. 

Jean de Wesemael, scribe laïque. 

Constitution de la confrérie de Prague. 
Formation de la confrérie des peintres à Florence . 
J. Clinckart, scribe à Louvain 

Henri le peintre retouche un étendard. 

Origine de la confrérie de Bruges 

J. Van der Most peint un tableau d'histoire à Gand. 
Gages d’un maitre ès-œuvres . 

Formation de la confrérie des peintres de Sientis 
Jehan Coste décore une salle . 

Jehan Coste exécute de la décoration . 
Le métier de Bruges contient RIusIQurs profescions. 
Louis de Maele donne une verrière à N.-D. d'Anvers 


Acte échevinal constatant l'existence de la gilde de Louvain . 


Jean de S'-Omer décore le château de Schoonhoven 
Artistes étrangers à Gand . 
Hugues Portier peint un tableau d’ histoire à Gand 
Jacques le peintre à Dijon . 

Jehan d'Orléans reçoit le prix de sine 

Gages d’un maître ès-œuvres . 

Naissance du paysage dans les fonds 

Prix d’une sculpture en bois . 

Ordonnance de l’écoutète d'Anvers . 

Privilège du métier des orfévres . Ru 
F. Ackerman fait bruler les archives d’ Abdenarde 
Grisaille sur verre à Malines . 


. 32 et {16 


34 
. … 4 
21 et 42 
[2 
44 
ai 
. + 08 
21 et 42 
21 
97 


4i 
40 et 58 
28 
928 
38 
42 
PRE :| 
18 et 37 
4i 
28 
H 
10 
50 
91 
97 
17 
. . 107 
18 et 37 
70 
40 
41 
60 
. + à 
97 et 45 
27 
71 
1 


ANNÉES. 


1384. 
1584. 
1584. 
1385. 


1385-1386. 


1387. 
1387. 
1391. 
1391. 
1391. 
1391. 
1395. 
1396. 
1396. 
4396. 
1396. 
1396. 
1397. 
1598. 
1398. 
1398. 
1399. 
1399. 
1399. 
1599. 
1399. 
4400. 
4400. 
4401. 
1401. 
4401. 
1403. 
1403. 
4404. 
4405. 
1410. 
1411. 
1412. 
14153. 
1414. 
1414. 
1415. 
4415. 
4416. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


J. Van Woluwe peint un diptyque . à 
Jacques Labas peint une statuette de la Vierge à à Ypres. 
Jehan de Beaunes, peintre. 

Gages de Melchior Brocderlam 

Jean de Hasselt fait un tableau d'autel . 

Peinture murale à Maestricht . 

Arnout Picornet, peintre . : 

G. de Berchem fait exécuter une verrière . 

Constitution de la confrérie de Paris. 

Ommegang de Louvain . 

Colart de Laon, peintre. 

Prix d'enluminurcs . ss 

Robert Van Cotthem peint un critiié. : 
Philippe de Brouwere peint pour l’abbaye de S'-Bavon 
Pension du médecin du duc MM Eu 
Prix d’enluminures . . . . .… , 

Valeur de peintures . 

Prix d’une ghelte de vin 

Prix d’un écusson. 

Valeur des miniatures . Lee 

Prix de la peinture de bannières . . . . . . 

Prix de la taille de pierres . 

Ouvrages de miniature expertisés x 
Gilles de Man travaille à l'hôtel de ville dé Bruges ; 
Ouvrages de peinturc industrielle ; 
Manuscrit du Brit. Museum 

Institution de la gilde d'Anvers 

Maauscrit peint par J. de Hesdin. 

Arnold Ract fait des travaux décoratifs. 

Prix de sculptures en bois. 

Peintures de l'Ommegang . ; 
Sentence échevinale de Bruges carertnant nageris , 
Constitution légale de la gilde de Tournai . 

Règlement de S'-Trond . 

Décorations de l’entrée de Jean sans Peur à Malines 
Prix du verre peint. 

Valeur d'un tableau d'or 

Figures décoratives . . 
Vranque peint le portrait de Catherine ‘de DoutRoEne 
Dons de verrières par les ducs de Bourgogne. 

Écussons peints par Roger de Bruxelles 


Les femmes ne peuvent sc livrer qu’au broyage de couleurs à Bruxelles : 


Portrait fait par Malouel . . . . . . 
Ch. Van den Wincle (ses gages) . . . . . 


205 


Pages. 


18 et 


18 et 


37 
16 
70 
39 
2 | 
49 
70 
21 
28 
85 
10 
39 


105 


206 


ANNÉES. 


41416. 
4417. 
1417. 
1419. 
4419. 
4419. 
1419. 
4420. 
1421. 
1421. 
1493. 
1424. 
1424. 
4425. 
1425. 
1426. 
1426. 
1426. 
1426. 
1427. 
1427. 
1429. 
41429. 
1430. 
1432. 
1432. 
1433. 
1433. 
1434. 
1454. 
1434. 
1454. 
1436. 
1439. 
4440. 
4440. 
1441. 
1442. 
1442. 
1442. 
1444. 
41445. 
1448. 
1448. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Pages. 
Prix d’un livre d’heures de Pol de Limbourg. . . . . . . . . . . 38 
Portrait de la comtesse de Hainaut . . . . ON RE de I 
Ch. Van den Wincle à Gand colorie des culsinrée RE 
Portraits des souverains retouchés à Gand. . . . ‘Ga 18:eL82 
Le duc de Bedford achète la librairie de Charles le Sage Din du à mi E. COÛ 
Marchand de couleurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88 
Salaire d'un peintre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 
Artistes flamands en Portugal. . . . . ïs 5: à à MA 


Jugement constatant l'existence d’une charte ou les cites à Namur . . 58 
La gilde de Gand admet les Van Eyck . . . . . . . . . . . . . 45 


Salaire d’un maitre-ouvrier de Louvain. . . . . . . . . . . . . 80 
Règlement de Charles VI pour la ville de Tournai . . . . . . . . . 47 
Prix de la peinture d'un écusson . . . RE 
Jean Van Eyck est nommé peintre du due D NS UGS 7E 
Sujets religieux peints à Gand. . . . . . . . . . . . . . . . 83 
Droits d’un valet de chambre du duc . . . . . . . . . . . . . 75 
Sentence échevinale de Bruges . . . MUR a ee Sie 08 
Constitution définitive de la gilde de Tournai RE 
N. Van Goethem fait un vitrail pour Lierre . . . . . . . . . . . 83 
Prix d'enluminures . . . MU ee ie, 200 
Hue de Boullogne peint Ja plète den mer ‘du due de Poe ei oeC 1 
Figures décoratives sur toile . . . . . . . . . . . . . . . . 85 


Privilèges accordés aux métiers . . . . . . . , . . . . . . . 427 
Polyptique pour l’église de Ruysselede.  . . . . . . . . . . . . 84 


Privilèges accordés aux métiers . . . RE 
Exposition publique du tableau des Van Ey ï RUN UNS ne A7 
Don de verriéres par les ducs de Bourgogne . . . . . . . . . . . 82 


Gérard de Bruyne peint une chapelle à Louvain, . . . . . . . . . 17 
Les sculpteurs en bois font partie de la gilde d'Anvers. . . . . . . . 463 


Contrat de Saladin de Scoenere . . . . . . . . . . . . . . . 45 
Ordonnance du magistrat d'Anvers . . . . . . . . . . . . . . 162 
Première réunion de la gilde d'Anvers. . . . . . . . . . . . . 26 
Pension d’un orlogeur du duc. . . . . . . . . . . . . . . . 75 
Prix d'un bas-relief peint . . . . DUR A EE. cree 81 
Don de verrières par les ducs de Éoutaognel. D D Les eur 02 
Rogier Van der Weyden colorie un bas-relief. , . , . . . . . . . 17 
Coloriage d’une statue . . . . «+ 81 
Thierry Aelbrechts fournit un aitle: jour le céloriege d une édone + 17 
Ordonnance du magistrat d'Anvers . . . . . . . . . * . . . . 4136 

Id. id, ne Net D Ge n 102 
Sentence de Philippe le Bon . . . . . . . . . . . . . ,. . . 100 
Loterie à Bruges . . . DM US MR Sa 000 
Artistes flamands en Portugal. MORE Sd Ne er ar SU AIS 


Retable de l’abbaye de Flines. . . . . . . . . . . . . + . . 81 


ANNÉES. 


1449. 
41449. 
41849. 
1450. 
1451. 
1451. 
1451. 
1452. 
1452. 
1453. 
1453. 
1453. 
1454. 
41454. 
1454. 
1455. 
1455. 
1456. 
1456. 
1457. 
1458. 
1458. 
41459. 
1460. 
1460. 
1460. 
1461. 
41462. 
1462. 
1463. 
41463. 
41463. 
1464. 
1464. 
1465. 
4465. 
41465. 


1465-1508. 


1466. 
1467. 
1467. 
1468. 
1468. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Don fait à la fille de Jean Van Eyck. 

Pension de Hue de Boullogne . 

D. Daret est valet de chambre du duc . 
Élection d’un doyen de la chambre de rhétorique de Gand 
Peinture décorative de Jean de Hollander . 

Imagc en bois, peinte par J. Van der Goes. 

Jean Van der Goes peint une Vierge en bois 

Corneille Boonc colorie des sculptures . 

Jehan Dreux, cnlumineur . | 

Date des registres de S'-Luc à Écigés : 

Ordonnance échevinale de Bruxelles. 

Ordonnance de Bruxelles . 

Philippe le Bon installe la gilde des librasicrs 

Artistes flamands en Portugal. 

Prix d'une enluminure de J. Le Tavernier. 

Décoration de la chapelle de Zonnebcke 

Entretien d’un prisonnier à Louvain 

Indemnité d'apprentissage . . . ré : 
Verrière commandée par le comte dé Charolais . 

La concurrence étrangère ruine l'imagerie brugeoise . 
Différend entre les peintres et les dessinateurs d’habits 


Les décorateurs de Bruges ne peuvent se servir de couleurs à l'huile . 


Peinture décorative de Jean de Hollander. 

Marchand de tableaux à Louvain . 

Tableau d’autel pour Everghem . 

Foire du Pand à Anvers. 

Prescription de la corporation de S'- Trond 

Salaire de l'architecte de Louvain 

Réunion des décorateurs avec les autres entres à Bruges 
Exposition d’un tableau. 

L'enluminure d'images est soumise au er de Gand 
Scribes, faiseurs de vignettes à Gand 

Livres exécutés pour la chertreuse de Scheut . 
Contestation à propos d'images à Gand . 


‘Tableau pour l'église de Brecht . 


Ordonnance échevinale de Bruxelles. 

Artistes flamands en Portugal 

Baudouin Van Battel, peintre de Malines 

Pénalité encourue par D. de Rycke . 

L. Leyder, enlumineur . “ 

Prix d’un bréviaire de S. Nannion SSD RE 
Babet Boons, enlumineuse . ; 
Hugo Van der Goes se porte garant d un énluminent è 


1468-1474. Peinture de blasons et d'ornements . 


207 


Pages. 
75 


80 

76 

161 

79 

. 17 ct 81 
17 

17 

78 

50 

66 

. . 68 
926 ct 105 
414 

78 


88 

101 

. . 80 
50 et 103 
89 

103 

95 

83 

104 

84 

100 

114 

86 

87 

78 

79 

69 

97 

86 


208 


ANNÉES. 


1468. 
1469. 
1469. 
1470. 
1470. 
1471. 
4471. 
1472. 
1472. 
1473. 
4473. 
1474. 
1475. 
4475. 
1475. 
4475. 
1477. 
4479. 
1479. 
1479. 
1480. 
4480. 
1480. 
1481. 
1481. 
1481. 
1482-1483. 
1485. 
4487. 
4490. 
1491. 
1492. 
1493. 
1493-1498. 
1494. 
1495. 
1495. 
1495. 
41496. 
1496. 
1499. 
1500. 
1500. 
1504. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Prix des tableaux de T. Bouts. . . . Her D ne O0 
Agnès Van den Bossche, enlumineusc à Gand. | 
Artistes étrangers à Anvers . . . . . . . . . . . . . . . + 107 


Jehan Hennecart, enlumineu . . . . . . . . . . . . . . . 18 
Ordonnance de l’écoutête d'Anvers . . . . . . . . . . . . . . 4 
Jean Dhervy paye la maitrise. . . M ce 107 


Différend entre le magistrat d'Anvers el jé eintés er s 6 à 516.420 
Piètre André, peintre du duc d'Orléans . . . . . . . . . . . . 175 
Artistes étrangers à Anvers . . . Fute a ds mie 2 107 
T. Bouts épouse la fille d’un boucher de Loncin SHC 6 ed à 00 
Artistes étrangers à Anvers . . . . . . . ,. . . ,. . . . . . 107 


Id. id. D Ne On dé te eu ie 007 
Prix d’un tableau d'Antoine de Liège . . . . . . . . . . . . . 19 
Antoine le peintre, à Liège. . . . . . . . . . . . . . . . . ‘1% 
Pension de l'astronome de Bourgagne . . . . . . . . . . . . . 80 
Artistes étrangers à Anvers . . + . . . . . . ,. + . . . . . 107 
Figures allégoriques à Gand . . . . . . . . . . . . . . . . 8 
Loterie de tableaux . . . . . . ... . . . . . . . . . . . 89 
Artistes étrangers à Anvers . . SR Et een Sd x 107 


Indépendance de la gilde de Malines à jé + + + + 150 
Fusion de la gilde avec la Chambre de la Violette, à re . + . . 107 et 162 


Adjonction des Verriers à la gilde de Malines . . . . . . . . . . 450 
Alberti parcourt l’Italie en dessinant . . . DRM RS 00 
Accord entre les gildes d'Anvers et de Bruxelles. ds du ln net + de 108 
Plan exposé à Louvain . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 
Artistes étrangers à Anvers . . . . . DM GE EE SAUT 
id. id. D nr ele Au nn 26 407 
Artistes flamands en Portugal. ne Ve te M ME AN IE 
Statuts de la corporation de Mons . . . . . . . . . . . . . . 4 
Artistes flamands en Portugal. . . . . SEE ue RC GR SN 
Modèles vivants employés par Jean Bourdichon M M à 607 
Location d’une loge au Pand, à Anvers. . . | 
Différend entre le magistrat d'Anvers et les Sue b, & ne © 6 4 & A 
Joyeuse entréc de Philippe le Beau . . . . . . . . . . . . . . 86 
Statuts des pcintres à Louvain . . . . . . . . . . . . . . . 1% 
Artistes flamands en Portugal. . . . . . . . . . . . . . . . 114 
Artistes flamands en Espagne. . . . . . . . . . . . . . . . 414 
Figures décoratives à Anvers . . . . . . . . . . . . . . . . & 
Artistes flamands en Portugal + . . . . . . . . . . . . . . 114 
Léonard de Vinci dessine les figares d'un traité . . . . . . . . . . 411 
Charte concernant les peintres de Namur. . . . . . . . . . . . 126 
Les libraires se réunissent aux peintres, à Bruges . . . . . . . . . 105 


Changement dans la gilde de Bruges . . . . . . ... . . . . . 1% 
Ventes d'objets d'art. Ur « …« 89 


ANNÉES. 


4504. 
1504. 
4905. 
4505. 
4505. 
1506. 
1507. 
1507. 
1508. 
1508. 
4508. 
1509. 
1510. 
4510. 
1913. 
4514. 
1944. 
1515. 
1515. 


1515-1519. 


1516. 
4517. 
1547. 
1518. 
4519. 
1521. 
41521. 
15923. 
1524. 
1524. 
1526-1527. 
1526. 
1528. 
1529. 
1529. 
1530. 
1530-1651. 
1530. 
1551. 
4551. 
1540. 
1541. 
1541. 
1541. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 209 

Pages. 

Ventes de tableaux et d’objets de peinture 125 
Restauration d’un manuscrit . 85 
Prix d’une robe . 121 
Artistes étrangers à Anvers 154 
Publication d'un traité de perspective . 112 
Artistes étrangers à Anvers 154 
Id. id. 154 
Honoraires d'architecte. 120 
Commande d'un tableau à Q. Metsys. 154 
Artistes étrangers à Anvers . . . . . . . . . . . 154 
Honoraires d’un évêque. 121 
Publication du traité de L. Pacioli 411 
Règlements de Lille . : 126 
Fondation d’une école de dessin à Ant ers, sous le ones de S'- Éüe 139 
Exposition d’un carton . 89 
Vente illicite d'objets d’art. . 89 
Procès intenté par la gilde de Gand . 89 et 154 
Prix d’un tableau à Malines 122 
Autorisation spéciale à Malines 155 
Peintre sculpteur à Gand . 4118 
Pension d’un organiste . 421 
Honoraires d’un architecte. ; 120 
Tableau fait pour les foulons à Bruges . 155 
Salaire d’un peintre. 121 
Peintres étrangers employés à Gand. 154 
Règlement de Charles V à Tournai . 4197 
Pauvreté de la gilde de Malines . 130 
Admission d’un bâtard à S'-Trond . DA 
Publication d'un traité de perspective . 112 
Pension d’un sculpteur . 121 
Prix d’un manuscrit. : 122 
Cartons pour tapisseries à Bruges 4117 
Traité des proportions d'Albert Dürer . 146 
Jugement échevinal à Louvain 53 
Traitement d’un historiographe . 121 
Liévin de Vos, marchand de couleurs 119 
Marchands de coulcurs-peintres . 119 
Honoraires d'architecte . 120 
Opposition des peintres verriers de Loüvei 158 
Académie de Baccio Bandinelli 4141 
Réglement de l'empereur Charles V. : 126. ct 127 
Ordonnance provisionnelle de Gand. . . . . . . . . . + 129 
Épreuve exigée à Gand et à Audenarde. . . . . . . . + . . 134 
Naturalisation française de Clouet . . . . . . . 87 


Tour XLVI. 


27 


210 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


ANNÉES. 

— Pages. 
1541. Épreuve exigée dans la gilde de Gand . . . . HR ss 
4541. Séparation des peintres et des menuisiers à Malines. SUR ce 8 00 
45#1. Réglement scabinal de Gand . . . . . . . . . . . . . . . . 

4542-1574. Désordre dans la gilde de Gand . . . . . . . . . . . . . . . 427 
1544. Règlement des orfèvres à Liège . . . . . . . . . . . . . . . 128 
41548. Peinture décorative de statues . . . à à à M8 
4549.  P. Pourbus fournit des costumes à une Société de hétorique 6 GS es, 10 
4549. Philippe 11 achète une peinture de Schoreel . . . . . . . . . . . 147 
4552. Prix d'un manuscrit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 
1554. Peinture industrielle . . . . UE NE NC ta CI 
1556.  Goltzius visite les cabinets de naique Em OR MAT RS 
1557. Nouveaux métiers dans la gilde . . . . . . . . . . . . . . . 165 
49558. Peintures en détrempe . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117 
1559. Exposition avec loterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124 
4560. Prix des tapisseries historiées. . . Sn Ge à ie SNS 
1561. M. Van Coxcyen rentre dans la confrérie FE Malines. GS eut NS 30 
4562. Prix d’un tableau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 
1564 Loterie d'objets d'art. . . . . . . « . . . . . . . . . . . 495 
4565. Renouvellement des statuts de Loeat D te de cn nu des Cl 20 
4565. Prix d’un tableau. . . . DM da TEE Cr de ri à. 46 420 
1565.  J. et G. Borluut, artistes gantois NE EN er SR CS ne ne 4 308, 2100 
1566. Artistes flamands en France . . . . . . . . . . . . . . . . 415 
1567.  Diminution du prix des tableaux . . . . . . . . . . . . . . . 124 
1567.  Pcinture décorative de statues . . . . . . . . . . ,. , . . . 118 
1568. Prix des tapisseries . . . . . . . . . . . . , . . . . . . 84 
1569. Peinture industrielle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118 
1969. Admission en dehors des statuts. . . . SR a Sn 9 
1572. Accord entre les gildes de Malines et d’ Aves D 4 ee 80 ee 0 9 Ge 6 0 
1574. Luc de Heere ouvre son école. . . . . . . . . . . . . . . . 159 
1574. Épreuve exigée pour les proefstielen. . . + . . . . . . . . . . 162 
1974. Ventesillicites à Gand . . . . DS ft 2 RS es a 72 
1574. Réunion de métiers à la gilde de Gand . Bus ét de nr Det ne en ES 
1975.  Ventesillicites à Anvers. . . . . . . . . . . . . . . . . . 172 
1575. Réglement scabinal de Courtrai . . . . . . , . . . , . . . . 198 
1576. Coloriage de statues . . . . . . . . . . , . . . . + + 418 
1977. Règlements de Lille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1% 
1578. Académie de Stradan . . . . . . . . . . . . . . . . . . A 
4583. Peintre marchand de bois. . . . US de D NS ea 100 
4583. Établissement de l’Académie de Haarlem RE 159 
158%. Publication du traité de Lomazzo. . . . ER à 1 15 et 175 
1585. Accord conclu par les peintres de Courtrai avec cle fibéique de l'église . . . 53 
1286. Estimation des cadres . . . , . . . . . . . . . . . . . . 12 
4586. Ordonnance à Anvers . . . D es à 16 0 2 3 0e UE 
1588.  R. Van Coxeyen exécute le Jünemient re SN 0% où s & à + & 408 


INDEX CHRONOLOGIQUE. au 


ANNÉES. 

. Pages. 
1589. Misère de M. Van Coxcyen . . . 1495 
4589. Prix d'un portrait. . , . . . . SR No er 0e Li 790 
1592. Séparation des barbouilleurs et des enluminurs NS ss dE © HS 
1593. Statuts de Maestricht . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198 
1595. Id. renouvelés. . . . . . . . . . . . . . . 198 
4594. Prix d’un triptyque. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467 
4596. Comptes de peintres. . . . . . . . ; Di à ue es 149 
4598.  Otho Van Veen se prépare à composer un traité hédbique EE 
1599. Charte concernant les peintres à Namur . . . . . . . . . . 198 
1599. Artistes anversois à Gand . . . . . . . . . . . . . . . 128 et 154 
1600. Salaires de peintres décorateurs . . . . . . . . . . . . . . . 119 
4600. : Valeur d’un tableau. . . . NE NE DOS ur 4067 
4601. Rubens fait des copies en Jtalie, CCS DO SR RE Nu 78 
1606. Valeur d’un tableau. . . , UE ee Ce SR te 07 
1606.  Élévation de la taxe d'entrée à Malines | RU RU nn 105 
4607. Loterie de tableaux . . . SU OU RU ES NE AU RNA 100 

4609-1614. Décisions de l’échevinat de Tournai. 
4610. J. Breughel sollicite une exemption . . . . . . . . . . . . . . 158 
4611. Décision relative à un verrier. . . . . . . . . . . . . . . . 1454 
4611. Homologation des coutumes des villes .  . . . . . . . . . . . . 130 
4611. Les arquebusiers visitent l'atelier de Rubens . . . . . . . . . . . 182 


1611. Lettre de Rubens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4182 
4612 Règlement de police à Ath. . . . . . . . . . . . . . . . . 1429 


1616. Prix d'un portrait . . . . RE 
1618.  Annexion des batteurs d'or à la gilde de Malines. à EE 
1618. Traitement du peintre de la Cour à Bruxelles. . . . . . . . . . . 167 
1618.  Requëte des sculpteurs malinois. . . D SU et 4 670 
4619. Visites domiciliaires des doyens . . . . . . . . . . . . . . . 171 
1621. Prix de portraits. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167 
1624. Prix d’un portrait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168 
1622. Prix de décorations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 468 
1622. Édition du recueil : « Les Palais de Gênes, par Rubens ». . . . . . . 177 
1628. Valeur d’un tableau. . . . M nee ot ce OT 
1629. Admission de femmes dans la gilde. D D PM ME Een T0 
1650. Pauvreté dela gilde d'Anvers. . . . . . . . . . . . . . . . 187 
1631. Autorisation de vendre des tableaux. . . . . . . . . . . . . . 17 
1631. Valeur d’un tableau. . . RE 
1631-1653. Rubens doyen de la gilde d’ andere SUR MEME 6 A EE et 07 
1635. Prix de tableaux de Rubens . . . . . . . . . . . . . . . . 168 
1655. Entreprise d'un arc de triomphe. . . . . . . . . . . . . . . 168 
1635. Prix de décors de Rubens . . . . . . . . . . . . . . 169 
1655. Prix de peintures à Anvers et à Gand . . . . . . . . . . 166 ct 167 
1655 Autorisation de vendre des tableaux. . . . . . . . . . . . . . 172 


4636. Id. id. D MM SE SN 72 


212 
ANNÉES. 


1657. 
16#1. 
1642. 
1644. 
1648. 
1648. 
1649. 
1649. 
1651. 
41695. 
1654. 
165% 
1654. 
1657. 
1660. 
1665. 
1663. 
1665. 
1664. 
1664. 
1664. 
1664. 
1665. 
1667. 
1668. 
1672. 
1676. 
1679. 
1680. 
1681. 
1687-1688. 

1688. 
1689. 
1694. 
1698. 
1700. 
4701. 
4701. 
4702. 
1709. 
4720. 
4727. 
1759. 
1741. 


INDEX CHRONOLOGIQUE. 


Autorisation de vendre des tableaux. 

Charte de la confrérie d'Audenarde . 

A. Van. Diepenbeke refuse l'office du doyen 
Jugement d'un tableau . 

Fondation de l'Académie de Paris. 

Peintre valet de chambre du Rai. 
Collectionneurs de tableaux à Anvers . 

Pachéco écrit son « Arte de la Pintura » : 
Ordonnance sur les ventes publiques à Anvers . 
Admission de femmes dans la gilde . 

Résolution du magistrat de Bruges . 


Ordonnance de Mons. 


Inscription de bourgcois forains à ter. 

Octroi de noblesse à D. Teniers ne fav Hub: : 

Édit de S:-Jean de Luz . 

Lettres patentes de Philippe IV concernant l'Académie d'Anvers 

Octroi de statuts à l’Académie de Paris . 

Différends au sein de la gilde d'Anvers. 

Statuts de la gilde de Courtrai 

Keure du 12 février, à Courtrai . 

Épreuve des peintres en bâtiments . : 

Pénalité contre les suppôts de la gilde à Anvers . 

Salaire de décorateurs . é 

Plaidoyer en faveur de Van Opstal 

Tarif établi à Malines : 

Pénalité édictée contre les confrères d Anies 

Mesures prises contre les doyens. 

Désordres dans la gilde de Malines . 

Chonst schilder : 

Admission de femmes dans la gilde 

Vente sans autorisation à Anvers 

Défense faite aux marchands étrangers. 

Ordonnance de l'écoutète d'Anvers . 

Marchands de miniatures . 

Décision échevinale de Courtrai . 

Attestation des doyens de Gand . 

Extraits de résolution du magistrat de Bruges. 

Ordonnance de Mous contre les ventes à l'enchère . 

Pétition au magistrat de Courtrai : 

Ordonnance du magistrat de Lille sur sbprent ie 
Id. id. id. 

Prix d’un tableau de Rubens . 


Requête au magistrat de Malines concernant la liberté que ; 


Plainte du Conscil de Brabant à la gilde d'Anvers 


Pages. 
172 
471 
158 
199 
185 
196 
110 
174 
172 
163 
171 
171 
172 
155 
189 
185 
186 
163 


. 464. et 465 
. 465 et 171 


162 
1958 
167 
186 
187 
198 
158 
. . 4187 
. + 165 
| 163 
172 
129 
164 
122 
4171 
171 
171 
4171 
171 
192 
192 
169 
189 
188 


ANNÉES. 


1749. 
4751. 
4769. 
1773. 
1773. 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


Séparation de la gilde et de l’Académie . 

C. Lens, peintre de fleurs et de voitures. 

Mémoire sur la liberté artistique . 

Décret concernant la liberté des arts. 

Remise des clefs de Saint-Luc au magistrat d'Anvers. 


TABLE ALPHABÉTIQUE 


DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 


A 


Abus de l’administration des gildes. 
Académie végétant faute de ressources 


Id. 


des Carrache 


Admission d’un bâtard à S'-Trond . 
anti-réglementaire à Tournai . 
dans la gilde d’Anvers au XVIT* siècle 


Id. 


Jd. 


id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 


d'Anvers 

de Bruxelles . 

de Courtrai RE 
de Gand. |. …. . . . . . 
de Louvain. 

de Maestricht . 


Administrations de la gilde de Bruges 


Id. 
Id. 
* Id. 
id. 
Jd. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 


id. de Bruxelles 
id. de Gand . 
id. de Louvain . 
id. de Liège . 
id. de Malines . 
id. de Maestricht 
id. de Mons . 
id. de Namur 
id,  deS‘-Trond. 
id. de Tournai . 


Affranchissement de l’art dE 
Altare portatile . 
Album de Villard d’ Honnccoürt : 


213 


Pages. 


. 188 
. 194 
. 195 
. 194% 
. 495 


. 132 
. 188 
. [158 


1 


. 155 
. 162 


45 
44 
45 
43 
44 
44 
46 
46 
46 
45 
46 
46 
46 
47 
46 
47 
47 
13 
12 
 H) 


214 TABLE ALPHABÉTIQUE 


EE 
Id. dans ia-gilde:. :: à 4 wc à à de D cé ns 2e à 249 
Anciennes peintures murales. ,. . . . . . . + . . . . . . . . . . . 1 


Apprentissage artistique primitif . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 
Id. RE 
Id. au LVI'SIèclé.: 2 à SE DS RS HORS He se M 


Hd. de l’art au XIVe siècle. . 55 
Architecture étudiée au XVIT: sièele . |... 177 


Id. son étude au XVIe siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . 446 

Art flamand peu théorique . . . RMS MN SNS ES 107 
Artistes étrangers dans la gilde d'Anvers . | 
Id. voyageurs au XV: siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . .100 
Art stationnaire +: . . Le eue GORE Le RS 
Arts et métiers en Lombardie. DRE eu RE CB ie 6 On 2 GO 2e de DU 
Architectes et sculpteurs laïques primitifs . . ,. . . . . . . . . . . . . 10 
Art religieux antérieur au X{II< siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . 10 
Artistes des Ville, JX° et X° siècles . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 
Art septentrional, barbare et primitif . . . . . . … . , . . . . . . . . 7 
Avantages du travail en famille . . . . SAS D MS M St ir 5, FO 
Association des élèves aux travaux des maitres . . . . . . . . . . . . . . Y9 
Ateliers anciens . . . DS OR ST RS EU CR NN ENS EU te 
Atelier d'élèves de Rubens Re D en On ii en M AN UE 102 
Avantages de la confrérie au XVIl° cle. JU ne Re 0 les 8 

B 
Bonnes relations entre les gildes de peintres. . RE ee RS AS 
C 

Caisses de prévoyance des ee D Sol RUE EUR MU EM Se 00e 
Calligraphie . . . . je nn GO te 6 Qi à 72:ct 105 
Caractère professionnel de ja tan DR MD D te CE dir ce «LI 


Id.  compressif du régime des gildes 

Id. religieux et moral des corporations . 

Id. religieux des métiers primitifs. . . . . . . . . . . . 
Id. pieux de l'art D dr et RU de SE 
Id. de la première période de l'art du, moyen ge RE 
Id. de la seconde période. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 


LY&E 


Id. de la peinture du XIV°* siècle . . . . . . . . . . . . . . . . 5 
Id. industriel de la peinture au XV° siècle . . . . . . . . . . . . . 72 
Cartons pour tapisserie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 


Id. au XVIIe siècle |... 4 . . . . . . . .  . . . , . . . . 1481 


DES MATIÈRES. 


Centralisation de l’art à Anvers . 
Cercles artistiques modernes . 
Changements de maîtres au XVI: siècle 


Id. de caractère de la gilde au XV1I° siecle . 
Id. id. de la peinture au XIV° siècle . 
Chef-d'œuvre des peintres en bâtiments . 
Id. + àexécuter . . He 
Classes composant une confrérie. .  . . . . . . + 


Collections de numismatique. 
Collaboration au XVI: siècle . 

Id. décorative . 

Id, artistique au XVII< siecle 
Comparaison des salaires au XVI:* sièle. 
Commencement de la suprématie d'Anvers . 
Compagnonnage . . . PR 
Commencements du aime 
Comparaison du prix des travaux 

Id. entre l’art chinois et celui du XIVe dede 

Conduite privée des peintres . 
Construction d’édifices ns 
Conclusion. —— 
Constitution d'un corps dé métier . 
Confrérie de S'-Luc à Paris 

Id. id. à Prague. ; 
Conditions d'admission dans la gilde de Bruxelles . 


Id, de moralité pour faire partie des gildes de peintres . 


Confréries de constructeurs . 
Copies de Rubens , 
Copie, base des études au x vie sibcle : 

Id.  négligée au XV: siècle . 
Corporations d'artistes . 

Id. maçonniques. 

Croquis pour l’enluminure 

Id. d'artistes en voyage . 


D 
Décoration intérieure des premiers édifices . 
Id. id. peu artistique 
Id. peinte . . . . 


Décorateurs à Bruges . 
Décoration pieuse : 

Id. profane et civile . 
Décadence des gildes . . . . . . 


215 


Pages. 

. 454 

. 1497 

. 142 

. 197 

54 

. + + 26 
162 et 164 
. 27 

. 1415 

. 415 

86 

. 1484 

. 421 

. 107 

99 

69 

41 

64 


. + 9 


. 430 


216 TABLE ALPHABÉTIQUE 


Pages. 


Découragement des artistes au XVII* siècle . . . . . . . . . . . . . . . 149! 
Décret de Marie-Thérèse . . . GG M Te Ne NS TUE 
Défense de vendre des objets d'art à l'étraiger: OR OEM MEN Mn Eu AI 
Id. de faire des dépenses pour la maitrise. . . . . . . . . . . . . . 4193 
Demande d'octroi d'une Académie à Malines. . . . . . . . . . . . ,. . . 186 
Désordre dans l'administration des gildes, . . . . . . . . . . . . . . . 150 
Dessins au XIV* siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 08 
Id, d'après l'antique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137 
Id. linéaires et géométriques. . . . , . . . . . . . . . . . . . . (60 
Désorganisation prochaine de l'art . . . . . . . . . . + . . . . . . . 4197 
Desiderata. . . . RE | 
Désorganisation des Sildes. ER 
Dessin du soir dans les Académies . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178 
Détrempe au XVI: siècle ,.  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148 
ld. id. PE RE 
Développement de l'habileté décorative RE 
Id. du goût artistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1455 
Diptyques. . . D, MS te ER A Se Su Sete 
Difficulté d'admission Fr les gildes RM En à is 1 192 
Jd. de travailler d’après nature. . . . . . . . . . . . . . . . . 98 
Id. d'étudier à l'étranger. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 
Direction des gildes. . . . MU UN de GR di 40 
Dispositions des gildes de Courtrai ct d'Audenarde. RE 
Direction artistique de la gilde . . . . | 
Dispositions des gildes relatives à pprentiéage a Sr et de PT 00 
Id. relatives au travail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49 
Division de l’art du moyen âge en périodes . . . . . . . . . . . . . . . 149 
Dispositions spéciales relatives aux métiers . . . . . . . . . . . . . . . Do 
Doyensetjuréss 2% 2 Ho à à € à Re US © BE à à & 4 47 
Droit de bourgeoisie . . . . . . . . . . . . . ,. . . . . . . . . 44 
E 
Ébauche des œuvres de Rubens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184 
École colonaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . (692 
Id. allemande. . . . SR RM ST D et lt Eu UE 
Écoles de peinture au XVI: siècle RE 
Écrits théoriques au XVII: siècle. PRE . 175 
Éducation bornée à l'apprentissage manuel . . . . . . . . . . . . . . . 86 
Édits contre les ventes illicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 
Éducation toute professionnelle . . . . . . . . . . . . . . . ,. . , .144 
Effets désastreux des troubles sur l’art. ,. . . . . . . . . . . . . . . .12% 
Effet des corporations sur l'exercice de l'art. . . . . . . . . . . . . . :.450 


Effets de la liberté artistique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4191 


DES MATIÈRES. 


Éléments de la peinture au XV° siècle. 

Id. du dessin au XIV: siècle . 

Id. professionnels de la peinture. 
Emploi de dessins pour l'exécution de tableaux. 
Enseignement moderne 


Id. artistique au XV° site. 
Id. primitif du dessin 
Id. mutuel au XVI° siècle 


Engagements et entreprises . 
Enluminage de statues. 
Enluminure de manuscrits 
Id. 
Encouragements à l’art rlideus au | XVIe süéle. 
Époques de constitution des gildes artistiques . 
Épreuve . . . . . . . . . . 
Id. à Anvers au XVI[° siècle . 
Id. à Bruxelles. 
Étude du dessin primitif . . 
Établissement des gildes . 
Études artistiques supérieures 
Id. id. au XVII* siècle 
Id. préparatoires pour les tableaux. 
Id. élémentaires chez Rubens . 
Évaluations de travaux au XVIf° siècle. 
Id. d'œuvres d’art 
Id. des salaires au XVI° siècle. 
Exemptions au XVI°* siècle. 
Expositions au XVI* siècle. 
Id. au XV° siècle . 
Exemptions et tolérance de la gilde. 
Id. et privilèges . 


Fabrication des livres . 
Id. d'images de piété. 
Familles d'artistes 


Faveur des magistrats  epustde sur les Académies | 


Fédération des cercles du pays . 

Fin de la gilde d'Anvers . 

Fonds de tableaux . 

Foires, ventes et ÉD oaiLobse au xv: siècle 
Fondation de l’Académie d'Anvers . . . . . 
Fonctions du doyen, 

Fusion de la gilde d'Anvers et de la Violette. 


Tour XLV. 


27 


128, 151, 134 


. 1462 
66 
. 60 


. 38 
. 104 
. 51 
. 1487 
. 199 
. 195 


60 et 70 


. 87 
. 1439 
+ 199 


107 et 1410 


218 


Gages et appointements comparés . 
Géométrie au XVI° siècle . 

Genres secondaires négligés . 
Germe religivux de l'art 

Gilde de S'-Luc à Anvers . 


Id. à Bruges . 
Id. à Florence 
Id. à Gand. 

Id. à Louvain. 
Hd. a Sienne . 
ld. à Tournai. 


Gravité de l’art du moyen äge 


Grandeur des cntrepriscs au XVI{° siècle . 


Grisailles . . ,. . . ; 
Griefs des artistes contre les gildes. 


Habitude du dessin industriel 


Idéal du moyen âge. 

Id. des artistes du moyen âge. 

Id. dans l’enseignement artistique 
Idées imposées aux constructeurs . 
Imagerie ; 

Id. buse au XVII: sièele 
Importance de la copie au XVII: siècle. 


Id. de la géométrie au XVI siècle. 


Imitation de tableaux et de gravures . 
Impression d'images à l'huile. 

Images de piété en roulcaux . 
Imperfections dans le dessin . 

Inanité de l’enseignement au XIV° be 
Influence religieuse . 


Id. de la sculpture sur le désine au noie âge . 


TABLE ALPHABÉTIQUE 


G 


Id. de l'apprentissage manuel sur l’art pratique. 


Id. de l'Italie . 


Infériorité de la scelion résiique de la gilde 


Id. de nos peintres à côté des maitres italiens. 


. 130 


Pages 
39 


+ 145 


60 
22 
27 
27 
28 
27 
27 
28 
27 
| 


. 138 


65 


95 


DES MATIÈRES. 219 


Pages 

Influence des maîtres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 
Id. de Charlemagne. . . . US Se Ce HE ee OS ne LT 
Insuffisance de l'enseignement au XV° siècle RE 
Id. de l'apprentissage . . M RM en a 70 
Institution du Lukas Clubb par Van Dy k D D pl ON AS Es tt, 108 
Installation de la gilde des librariers à Bruges . . . . . . . . . . . . . . 26 
Id. de la confrérie de Mons . . . . . . . . . . . . . . . . . 98 

Id. des confrérics de peintres. . . . , . . . . . . . . . . . . Ÿ7 
Intérieur d’un atelier au moyen âge . . . . . . . . . . . . . . . . . 68 
Introduction . . . MR EE NM EM LT 
Intérieur des ateliers du XVIe siècle | 
Id. de l’Académie de Stradan. . . D Ce DRE On Sel 


Inutilité de l'apprentissage légal au XVI° siècle. Ce 00 


J 
Jean Van Eyck à la Cour du due . . 74 
Joyeuse Entrée des souverains . . . . A 
Jugement contre un patricien exerçant la attire RE 

L 
Lettres de noblesse accordées à des peintres... . . . . . . . . . . . . 459 
Liberté artistique. . . . ER nt de à HAN UE LS 2 93001708 
Id. des tailleurs de icrre DM GR M A ir lee de NA 0 LR 20 
Id. de l’art élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102 
Librairie . . . se as te 
Lotcries au XVI: siècle. DR SE CU OR UE ne MON SR SUEDE 
Id. de tableaux au XV: siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89 
Luxe des seigneurs. . . Se 0 ne CN et Are Er CE MSN, Le US 
Id. de la cour de Douriopre M SEL TE A D Ci TUE 

MN 
Maniére de travailler au XIVe siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . O6 
Manque de ressources des gildes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187 
Mantiscrilss =: 2 214 dé dE D ne ER À 8 ON 08 de & & à © «00 
Id: AACIENSS 2 SOUS DR RE RU ES MS cn ut 6 20 
Marasme de l'art. . . . . . . . . . de DS re Le sr tol 
Marchands de couleurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1449 
Masques et moules au XV* siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96 
Mathématiques au XVII siècle . . . . . . . UN ie ds LE 
Id. id. M RS SR ee Sr CM SRE CE TOR 


Mauvaise administration des gildes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157 


220 TABLE ALPHABÉTIQUE 


Mémoire de Lens sur la liberté des arts . . . 1493 
Mesures prises contre les marchands de tableaux . . . . . . . ,. . . . . . 171 
Métiers primitifs: < 4: 4 à 4 à ie ce 6 0 8 ae eh de 408 de où & 44 
Méthode de Rubens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176 
Miniatures du XIE siècle . . . ee . . * . 149 


Miniaturistes . . . 6 A  , 
Missionnaires saxons et Mharbares RE 
Missi dominici . . . M ME TN Ut AS A ne nr 
Mode d'enseignement au XVIe siècle. ee ee + … + + + 156, 141 et 144 
Modèles byzantins . . . D Se or 0] 
Mode d'éducation et de travail au  noyen ie Mu it le ea sr ol 
Id de travail du maitre et de l'élève . . . . . . . . . . . . . . . . 68 
Mœurs anti-artistiques au XV: siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 
Moyens de perfectionnement artistique . . . . . . . . . . . . . . «. . 33 
Jd. id. proposés. . . . . . +. +. + + + . . + . . . 1498 

N 
Naissance des Ghildes . . . . . 9 
Id. de Part laïque |... . ee . + + . . 10 
Id. du dessinà effet. . . . . | 


Nécessité d'une réorganisation au XVil° siècle un rit CN UE nee 2 M8 
Id. d’une constitution He de la gilde artistique . . . . . . . . . . 196 


Négligence des doyens. . . RE 
Nouveaux statuts du XVI° cie Pois Courir. ds A de er AG Re Te 
Id. id. pour Gand & à à à à 44 à 5 à à. le 427 
Id. id. pour Liège. . . . . . . . . . . . . . . 128 
Id. id. pour Maestricht . . . . . . . . . . . . . 128 
Id. id. pour Mons. . . . . . . . . . . . . . . 128 
Id. id. pour Namur . . . . . . . . . . . . . . 128 
O 
Obligations religieuses des gildes _. . . . . . . . . . . . . . . . . . 2% 


Id. des confrères . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151 
Obstacles mis à l'exercice de l'art... . . . . . . . . . . . . . . . . 1432 
Occupations des scrfs . . . . RE 
Octroi de faveurs à l’Académie de Paris. ou Hit De DU dr re. 4180 
Occupations des dames. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 
Opposition à la gilde , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157 
Ornementation religieuse . . . DR NRA NS re es LE 

Id. suite naturelle des D Héniers travaux . . . . + . . . . . . . 42 
Organisation du travail dans les gildes. . . . . . . . . . . . . . . . . 49 


DES MATIÈRES. 


Origine des études théoriques. 

Id. des confréries . $ : 
Organisation de la confrérie au XVII siècle ‘ 
Ordonnances échevinales d'Anvers. 

Ornementation pour fêtes. 
Orfèvrerie religieuse ; 
Ordonnance de Lille au sujet de opprentieaue 
Ouvrages artistiques primitifs. 
Ouvrages vulgaires . 
Id. de décoration industrielle 
Id.  disparates confiés aux artistes ; 
Id. industriels au XVI* siècle. . . . . . 
Id.  disparates au XVI! siècle . 


Patriciens de Louvain ES d'art. 
Peinture primitive . ù 
Id. industrielle phbitive ; 
Id. monastique . . . . . : 
Id. regardée comme un métier . . 
Id. laïque purement manuelle. 
Id. autodidactique 
Id. d'animaux. EE 
10 “AM ÉV ARElES LA Lee LS SRE ss 
Id. d’après nature . . . . 
Jd. à Ath , . 
Id. à l’eau au XVI° ee : 
Id. d’après dessins 
Peintres primitifs, ouvriers . 
Id. à l'eau . + 
Id. d'ornementation . . 
Id. de la Bourgogne . 
Id. secondaires du XVI° siècle . Du 
Id. marchands. . . . . . . . . . . 
Id. de deuxième ordre . 
Pénurie de la gilde de Malines Ju D Rs 
Période du XVII° et du XVI siècle . . . . . . . . . . . 
Id. antéricure à la maison de Bourgogne 


Pensions de divers personnages . . . . . . . . . . . . 

Pertes pour l’art. 

Petits maitres. … : dé à . 
Piété des membres de le gilde. EE 


Plaintes des doyens . . 


. 192 


. 22 


. 429 
. 148 
. 148 


221 


Pages. 


. 1410 


22 


. 161 
. 462 


37 
42 


18 


22 
PL 


. 419 
. 118 


222 TABLE ALPHABÉTIQUE 


Population des provinces belges . . . . . . . . . .. . . . . . . . ., 8 
Position sociale des peintres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , {y 


Portraits . . . DNS NS Re NU R tn n de ten nNl 
Premiers tableaux d'histoire D RM ie di CGT 
Id. travaux, tout a fait manuels. . . | 

Id. miniaturistes et scribes laïques . RE 
Id. progrès dans l’art provoqués par les coufréries NS Ua RE 0) 
Prix d'un mouton en 1337. . . . . . . . . 
Id. d'ouvrages divers. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . ÿ 
Principes conventionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ÿ 


Privilèges de Jean Van Eyck . . . . 7% 
Id. des peintres en titre des villes . . . . . . . . . . . . . . . , 7 
Prix de main-d'œuvre . . . D SN A RU NS CUS A US 077 
Id. d'œuvres d'art au XV° siècle SG RS DR LR ati oi 
Id. comparatifs de travaux de décoration. . . . . . . . . . . . . . . .1% 
Id. de tableaux, miniatures, etc., au XVI: siècle. . . . . . . . . . . . . . 19 
Procès au sujet des ventes de tableaux. . . . . . . . . . . . . . . . .1% 
Procéd éde peinture à l'eau . . . DU Ce De dE Cned 00 
Professions réunies dans une méme gilde. DR ann dE Re ed re 0 
Progrès dans l’art par le fait des confréries . . . . . . . . . . . . . . . 5 
Protection des souverains, sa nature . . . . . . . . . . , . . . . . . 8 
Id. de l’art au XVI: siècle... . . . . . . 109 
Id. de l’art à Louvain. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 
Id. des ducs de Bourgogne . | 
Id. QCS PRINCES. 5 à D DR M DEN RU RC RO A En a 


XIV site. 2 


Redevance d'entrée, à Anvers . . . . . . . . . . . . . . .  . « + 2 
Réductions de tableaux au XV* sièele . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Refus d'office dans la gilde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .' . 11 
Réglementation au XVII: siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 
Réglements des corporations. . | 

Id. du XVI siècle. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . 19 
Régime des gildes, favorable à l'art. . . . D ds dot Ga Qt 


Remèdes à apporter à la dégénérescence de l'art . 190 
Réorganisation de l’Académie d'Anvers. . . 185 
Réponse de N. Bom au mémoire de Lens . | . . 194 
Requête de Smeyers pour obtenir la liberté des arts . , - 18 

Id. adressée au magistrat de Courtrai . . . . . . . . . . . UT 
Résumé du XV£° siècle... . . . . . . . , . , 454 


DES MATIÈRES. 295 


Pages 
Résultats de la première période des gildes . , . ,. . . .:. . . . . . . . (69 
Restrictions à la liberté artistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 


Retables de la seconde période . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 
Réunion des peintres avec d’autres métiers . . . . . . . . . : . . . . . 29 


Rübricaleurss 2 à 25 à ke Ge ee D 8 GO EE D OR & à & 105 
S 
Salaire des miniaturistes . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . 18 
Scribes faiseurs de vignettes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 
Id. et enlumineurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 
Sculpteurs et ymagiers. . . PR 
Sections diverses de la gilde d'Anvers RE 
Secret professionnels 2 22.24: 26 “es à 4 4 4e à ne ds 8 © 4 de où où à % 95 
Id: ‘des procédés. 5 à & fe, à. de de Ce 0 We à de KO + Le 6 Ne à + 39 
XVI: siècle jusqu’à Rubens _ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108 
Sentiment artistique du moyen âge. . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 
Séparation de la gilde et de l’Académie . . . . . . . . . . . . . . . . 188 
Serment des jurés de Tournai . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133 
Situation pécuniaire des peintres . . . . . . +. . . . . . . . . . . . 76 
Id. des peintres à la cour des ducs . . . . . . . . . . . . . . . . 73 
Id. toute plébéienne des peintres . . . . . . . . . . . . . . . . 45 
Surveillance des doyens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164 
Sujets pieux . . . : M M M MM RS nn ie OÙ 
Id. de peinture hiaorque state | 
Submansores . . . dE ROME Ce À RME MMS EC ST 
Statuts relatifs au travail dans les gildes | 
Style archaïque . . . . DM M M CS SUR 0 20 


Symptômes dé mécontentement Doitre le gilde RE 


T 
Tableaux des salles de justice. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91 
HAPISSRES 2 D M MSN nd ni me ou 756 
Temps de stage . . . SE de ce Sr RP A ne 09 
Tendances italiennes au XVIe ie RE 
Théorie de l'art. . . 0 


Id. id. au XVII siècle. . . . . . . . . ue D CE à 
Id. de Rubens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177et181 
Tolérance des magistrats . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . 134 
Travaux décoratifs au XVII: siècle . . 168 


Tradition franque . . . D SRE GS M SN en 10) 
Travail des élèves de Rubens. MM de PR dE Re Ch SL 2 10 
Travaux de Rubens. . . 168 


14: “dé Van Dyck à à a Be ce GE SA N & 8 5 à 469 


294 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


Pages, 

Travail des élèves au XVI° siècle. . . . . . 19 
Id. des paysagistes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .14 
Travaux théoriques au XVI: siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . .119 


Id. vulgaires au XV: siècle . . , . . . . . . . . . . . . . . . . 8 
Travail du peintre au XV°* siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9% 
Id: des femmes: à 5 à où ie Aou à ie & Ré 4 4 
Tradition ornementale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 


Travail en famille . . . 
Travaux religieux . . . MR SN D ES US cn 00 
Troisième période de l’art flamand . D D D OR NS Se SA 
Travaux industriels laïques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 
Id. vulgaires faits par des artistes . . . . . . . . . . . . . . . . 46 
Types de convention avant le XIV* siècle. . . . .… . . . . . . . . . . ,:10 
Id. symboliques . . . SN RU AN NS DR RE AN ce COR 
Id. de la forme au XIV: siècle D RS MMS te D GUN SN à 4001 
Li 


Union des membres de la gilde +. . . . . . . . . . . . . . . . , . . 5l 
Id. des professions dans la gilde. . . . . . . . . .  . . . . . . .16 
Utilité des gildes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 


V 
Valeur des miniatures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3% 
Id. comparée de travaux divers. . . Due CE UE DNS ET Tr 0) 
Id. de la peinture industrielle et éque UM OMR SD De 607 
Id. des tableaux au XV° siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79 
Jd. comparée des salaires ct des gages. . . . . . . . . . . . . . . . 80 
Id. des salaires au A VI° siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 
Id. intrinsèque de la peinture . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166 


Ventes de tableaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 
Id. au XVI siècle . . . . ER 
Id. d’objets d’art au XVII: UE DR dde nt Cdt 0 ae us ie 0 de IR 
Id. sans autorisation . . . . . . . . . . . . . . . . . ,. . . . 17 

Verrières et vitraux au XV° siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 

Visites domiciliaires des doyens à Malines . . . . . . . . . . . . . . . 171 

Vitraux et verriers . . . RE 

Voyages à l'étranger au XV° ele A ee RD Gr. Dé 2-20 00e 
Id. artistiques au XVI: siècle . . . . . . . . . . . . . . , . . . 114 


LES RELIQUES 


ET 


LES RELIQUAIRES DONNES PAR SAINT LOUIS 


ROI DE FRANCE 


AU COUVENT DES DOMINICAINS DE LIÉGE 


M. Juzes HELRBIG. 


(Mémoire présenté à la Classe des Beaux-Arts dans la séance du 7 avril 1881.) 


— eee. 


Touz XLIV. . À 


LES RELIQUES 


ET 


LES RELIQUAIRES DONNÉS PAR SAINT LOUIS 


ROI DE FRANCE 


AU COUVENT DES DOMINICAINS DE LIÉGE. 


La ville de Liége, qui a possédé un grand nombre d’abbayes et des 
établissements monastiques considérables jusqu'à la fin du siècle dernier, a 
conservé bien peu de restes de leurs anciennes constructions. Au nombre 
des couvents les plus importants placés au centre de l’ancienne cité, se trou- 
vait celui des Frères Précheurs ; mais le couvent des Dominicains n'a pas 
élé plus heureux, à cet égard, que d'autres maisons religieuses. 

Cependant, lorsqu'on parcourt l'une des rues les plus commerçantes et les 
plus animées, qui porte aujourd’hui le nom de Pont-d'Ile, — bien que depuis 
longtemps il n'y ait plus apparence d'eau ni de pont dans ce quartier, — on 
aperçoit une construction dont les murs hors-plomb, les fenêtres en plein 
cintre de grandeur très-inégales, accusent l'antiquité. Cette devanture étrange 
et qui forme un peu saillie sur les autres maisons — les contours sinueux 
de cette ancienne voie ont eu la fortune d'échapper au cordeau communal, 
— a beau être badigeonnée de blanc tous les ans et tenue avec la propreté 
des façades voisines, ses baies percées irrégulièrement, garnies en partie de 
barreaux de fer; une large porte offrant des traces de remaniement, et qui 
dans sa forme dernière semble appartenir au XVII: siècle, — tout cela 
semble accuser un passé peu en harmonie avec la destination actuelle de la 
construction. Lorsqu'on dépasse la porte, on se convainc du premier coup 


4 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


d'œil qu'on est dans une brasserie, mais du même coup d'œil aussi on se 
rend compte que celte brasserie a dû faire des efforts et même commettre 
des violences pour s'accommoder des bâtiments dans lesquels elle se trouve 
installée aujourd'hui. 

Si, poussé par le goût des recherches archéologiques, on franchit le seuil 
de la porte, on se trouve dans une cour assez spacieuse. En tournant à droite, 
on rencontre une sorte de salle voûlée en ogives aiguës, composée de deux 
travées, et qui parait avoir été plus considérable autrefois. Les nervures de 
la voüte d'arête retombent sur des piliers du style sévère des constructions 
monastiques du XIIIe siècle. Si l’on pousse plus loin les investigations en 
s'avançant dans la cour, on verra appliqué contre l’une des façades intérieures, 
et masqué en partie par des cuves servant à laisser refroidir la bière, un 
ancien Christ de jubé, dont l'expression austère et les formes émaciées 
appartiennent à peu près à la même époque que les restes d'architecture dont 
il vient d'être question. Ce Christ est taillé dans le bois de chène, mais il est 
bien près actuellement de tomber en poussière malgré les couches de couleur 
à l'huile dont, par esprit de conservation, il a été recouvert maintes fois. 

Dans le fond de la cour se trouve un bâtiment assez considérable, mais 
qui ne peut guère remonter qu'au siècle dernier. La visite des magasins 
spacieux que renferme celle aile, celle des combles de la construction située 
sur la rue, fera connaitre encore quelques figures de saints, et la statue en 
bois de la sainte Vierge et de l'enfant Jésus, due sans doute au ciseau de 
quelque imagier liégeois.... Mais après cela les recherches que l’on pourrait 
tenter resteraient infructueuses. C’est aujourd'hui tout ce qui reste de l’an- 
cienne maison des Dominicains de Liége. 

Ces restes, toutefois, n'ont été que des bâtiments de service. Ils n'ont rien 
de commun, ni avec l'habitation des moines, les cloitres et les autres licux 
réguliers, ni avec l'ancienne église conventuelle. Celle-ci a été remplacée par 
une salle de théâtre dont la construction a absorbé une partie des matériaux 
provenant de l’église, laquelle se trouvait à une centaine de mètres des locaux 
que nous venons de décrire. Cet espace, couvert aujourd'hui par la rue qui 
porte le nom de rue des Dominicains, prouve combien devaient être consi- 
dérables les bâtiments conventuels. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 5 


Si aujourd'hui nous évoquons, par ces lignes, le souvenir du couvent des 
Dominicains de Liége supprimé et démoli lors de la Révolution française, 
— maison qui a eu son histoire et son influence, — c'est surtout pour faire 
connaitre d'importantes pièces d'orfévrerie qui lui ont appartenu jusqu'au 
jour où la communauté a été dispersée, et que l’on a pu croire irrévocablement 
perdues. Des circonstances heureuses nous ayant permis de les retrouver 
loin de notre pays, il nous a paru qu'il ne serait pas indifférent au lecteur 
d'en connaitre l'existence et la description, et d’en avoir sous les yeux la 
reproduction fidèle. 

Mais avant d'en aborder l'examen détaillé, quelques mots sur l’histoire de 
ces monuments de la plus belle époque de l'orfévrerie religieuse du moyen- 
âge ne paraitront pas hors de propos. 


Hugues de Pierpont avait été investi évêque de Liége, au printemps de 
l'année 1200, de la main même de l’empereur Othon IV, alors de passage 
dans la capitale de la principauté. A la fin d'un règne agité, mais glorieux 
et qui avait rempli le premier tiers du siècle dont l'aurore avait salué l’avé- 
nement de Hugues, celui-ci ne croyait pas avoir assez fait pour le peuple 
dont les intérêts spirituels et temporels lui étaient confiés, s'il n'appelait à lui 
les fils de Saint Dominique. On sait combien ceux-ci étaient actifs dans la 
chrétienté'au cours du premier siècle de la fondation de l'Ordre. Aussi, sen- 
tant déjà les approches de la mort qui devait l'enlever quelques jours plus 
tard, l’évêque de Liége recommanda vivement la réalisation de son désir à 
Jacques de Vitri, évêque d’Acre ou Ptolémaïde, ainsi qu'à Jean d'Eppes, 
le prêtre qui semblait désigné pour succéder à Hugues sur la chaire épis- 
copale. 

Hugues de Pierpont mourut le 3 des ides d'avril 1229, et une charte datée 
du 41 du même mois, relative à la fondation d'une maison de l'Ordre des 
Dominicains est rapportée par l'historien Chapeauville. Au mois d'août, Jean 
d'Eppes, nouvellement élu évêque de Liége, écrivit à Jourdain, chef de l'Ordre 
des Frères Prècheurs, pour le presser de fonder un couvent à Liége. 


6 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


Le bienheureux Jourdain de Saxe, premier successeur de Saint Dominique, 
— le même qui devait périr en 1237, dans une terrible tempête qu'il essuya 
devant Saint-Jean-d'Acre, — voulant avec les compagnons amenés par lui 
fonder de nouvelles maisons en terre sainte ‘, montra les dispositions les 
plus favorables à l'évêque de Liége. Mais il paraît que l'on se mit difficile- 
ment d'accord pour le terrain où devait s'élever le couvent projeté. Ce ne fut 
qu'en 4234 que l'on trouva un emplacement répondant aux vues de la com- 
munauté à établir. 

Celle-ci fit choix d'un terrain à proximité du pont qui reliait alors à la 
ville l'ile entourée d'un bras de la Meuse et qui a donné son nom à la rue 
que nous venons de rappeler. On s'empressa d'y construire les fondations 
de la nouvelle maison, édifiée en grande partie au moyen des dons faits 
généreusement par Erasme Boulanger et deux frères, les chevaliers Jean et 
Pirard de Neuvice. | 

Lorsque la construction de l’église fut achevée, elle fut solennellement 
consacrée le 13 août 1242, par Robert de Torote, évêque de Liége, succes- 
seur de Jean d'Eppes, assisté par Gui, évêque de Cambrai et Boniface, évêque 
de Lausanne. L'église fut dédiée à Sainte Catherine. 

Il faut admettre que la communauté prit bientôt des développements con- 
sidérables et que probablement elle renfermait dans son sein des hommes de 
haute distinction, soit par Je talent, soit par leurs vertus. Vingt-cinq ans après 
la consécration de l'église rapportée plus haut, nous trouvons les Pères 
Dominicains de Liége en rapports intimes avec le roi de France, Saint 
Louis qui, au surplus, aimait, comme on sait, à employer les religieux de cet 
Ordre aux missions que nécessitait parfois sa politique. Il devait avoir une 
prédilection particulière pour les Frères Prêcheurs de Liége, car à cette épo- 
que il les combla des dons les plus somptueux. Ici, nous céderons la plume 
à l’un des chroniqueurs encore inédits de l'ancien pays de Liége : 


« L'an mil deux cents soixante sept. S. Louis roy de France en témoi- 
» gnage de l'affection et amalié qu'il portait à la cité et frères prescheurs de 


! Histoire des Ordres monastiques, par le P. Heliot, t. III, p. 209. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 7 


Liége, leur envoyat diverses présents entre lesquels y avoil UNE DE SES cou- 
RONNES, ung calice de platene d'or, qui se voient présentement aux frères 
prescheurs et spécialement une des espines de la couronne du Suulveur du 
monde, ainsi que le tesmoigne la lettre suivante que j'ai copié hors de celle 
desdits prescheurs estant escript sur parchemin. (Sachez que l'evesque 
Groesbeek at oblenu une portion de la dite espine, dont le reste est enchassé 
dans une belle croix de cristalle ainsi que j'ui appris desdits prescheurs) 
dont la teneur s'ensuit: » | 


| 2 


Après avoir transcrit le texte de la lettre, sur lequel nous allons revenir, 
l'écrivain liégeois ajoute : 


a Jci un scel de cire jaulne : Un roy séant en chère et tenant a dextre un 
» lis, a gauche une baguette plustôt que sceptre. 

» La teste du roy rompue aussi, le bout de la dite baguette ou sceptre. Le 
» contre scel un lis: le roy vestu d’une robe 1. » 


Remarquons en passant que la note de Van den Berch décrit de point en 
point le sceau royal et le contre-sceau représentés en phologravure dans la 
belle édition de Jean Sire de Joinville, Histoire de Saint-Louis, donnée par 
Didot, Paris 14874, p. 548. Seulement la photogravure ayant été prise sur 
une empreinte intacte, le bout de la baguette est formé par une sorte de 
fleur de lis, et constitue donc bien un sceptre. D'ailleurs le roi est couronné; 
il est revêtu d’une lunique ou bliau au-dessus duquel il porte la chlamyde. 
Autour du sceau se trouve la légende : LV DOVICVS DI (dei) GRA (gratia) 
FRANCORVM REX. 

Eo donnant la reproduction de ce sceau, l'éditeur ajoute que ce dernier fut 
employé par Saint Louis jusqu'à sa première croisade, vers 1250 environ ; 
mais le roi resta entièrement fidèle au type de ce sceau jusqu'au moment où, 
partant pour la seconde croisade, en 1270, il jugea nécessaire de nommer 


1 Chronique de Van den Berch, 1.1, p. 249. MS. n° 145 de la bibliothèque de M. le chevalier 
X. de Theux de Montjardin. — Nous devons à l’amitié de M. de Theux et aux recherches qu’il 
a bien voulu entreprendre pour nous, l'extrait du manuscrit cité. 


8 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


des régents et de leur laisser le sceau d'un type différent, dont la même 
planche donne également une reproduction. 

Mais le roi de France avait accompagné le don envoyé aux Frères 
Précheurs d'une lettre qui devait encore rehausser à leurs yeux le prix du 
présent. La lettre a été imprimée à diverses reprises. Toutefois il n'est pas 
inutile de la reproduire ici. 

Voici la traduction de cette lettre adressée au prieur et aux Frères Pré- 
cheurs de Liége : | 


« Louis, par la grâce de Dieu, Roi des Français, à ses bien-aimés dans le 
Christ, le Prieur et les Frères Précheurs de Liége, salut et affection. Inspiré 
par le sentiment d'amitié sincère que nous portons à vous et à votre Ordre, 
considérant les mérites éminents de votre maison et de votre Église de Liége, 
et voulant la décorer d’un don pelit, mais précieux, nous vous adressons par le 
présent porteur l’une des épines de la sacro-sainte couronne de Jésus-Christ. 
Nous supplions votre charité, lorsque vous recevrez cette épine honorablement, 
comme il convient au respect et à la révérence dus au Sauveur lui-même, et en 
vous efforçant de lui conserver toujours l'honneur auquel elle a droit, de vous 
souvenir dans vos prières, et de recommander encore à celles des personnes 
pieuses qui, dit-on, abondent dans vos régions, nous-mème, la reine et nos 
enfants, en vous adressant en notre faveur au Roi des Rois. 

Fait à Senlis, fête de la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, l'an du 
Seigneur 1267 !. » 


4 Ludovicus Dei gratia Francorum Rex. Dilectis sibt in Christo Priori et Conventui Fratrum 
Prædicatorum Leodiensium salutem et dilectionem. Ex sincero charitatis affectu, quem erga 
vos gerimus, et Ordinem vestrum, exigentibus ejus meritis tam prætclaris, domum et Eccle- 
siam vestram Leodiensem, pretioso volentes munusculo decorarc; vobis per latorem præsen- 
tium unam de Spinis Sacrosanctæ Coronæ Jesu Christi transmittimus cum præsentiunr testi- 
monio litterarum, charitatem vestram rogantes in Domino, quatenus eandem Spinam recipiatis 
honorifice, sicut decet, ob ipsius Salvatoris reverentiam : et ipsam debito honore conservare 
studeatis; et in vestris orationibus nostri memoriam habeatis facientes pro nobis, et Regina, et 
liberis, a devotis personis quæ in vestris partibus abundare dicuntur, Regem Regum et Domi- 
num exorari. Actum Silvanecti, in festo Nativitatis B. Mariæ Virginis, anno Domini millesimo 
ducentesimo sexagesimo septimo. — B. Fisen, Historiarum Ecclesiæ Leodiensis, pars secunda, 
liber I, n° XLIII, P. 17. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE 7) 


Cette lettre qui non-seulement a été transcrite par l’auteur que nous venons 
de citer, mais qui a été imprimée entre autres par Fisen, prouve que Saint 
Louis attachait un si grand prix à la relique insigne envoyée aux Frères Pré- 
cheurs, qu'il ne juge à propos de mentionner ni le reliquaire précieux qui la 
contenait, ni d'autres dons de très-haute valeur sur lesquels nous aurons à 
revenir. Au surplus, pour apprécier l'importance du don que le roi faisait aux 
Dominicains de Liége, il suffit de rappeler les circonstances dans ANA il 
avait lui-même reçu la Sainte Épine. 

On sait dans quelle détresse se trouvait l'empire d'Orient en 1237, au 
commencement du règne de Baudouin If, réfugié alors à Saint-Germain. De 
toutes parts, il élait question de lui venir en aide; plusieurs princes avaient 
pris la croix, beaucoup de fidèles firent vœu d'aller combattre en Romanie. 
On cherchait à se procurer les ressources nécessaires pour subvenir aux frais 
de la guerre; mais ni les secours en argent ni les homines n'arrivaient assez 
vite. Ou avait beau lever des impôts sur les biens ecclésiastiques, engager les 
terres des seigneurs, frapper d'une lourde taxe les juifs du royaume de France, 
les fonds n’arrivaient pas à Constantinople. 

Les barons qui gouvernaient en l'absence du nouvel empereur se virent 
obligés d'emprunter une somme de quatre mille marcs d'argent à des mar- 
chands vénitiens. Encore ne purent-ils y parvenir qu'en offrant, d'accord en 
cela avec Baudouin, de donner en gage le joyau É plus précieux de l'empire: 
la Sainte Couronne du Christ. 

Le gage fut accepté, mais au jour de l'échéance, l'empereur ne se trouvait 
pas plus en mesure de faire honneur à ses engagements qu'au moment où il 
avait contracté la dette. Alors un négociant vénilien du nom de Nicolas 
Querini s’interposa ; il consentit à se mettre à la place des prêteurs. Toutefois 
il stipula, pour prix du délai qu’à son tour il voulait accorder, que le gage 
fut transporté à Venise pour y demeurer en dépôt. 

La couronne d'épines du Christ allait donc devenir la propriété d'un finan- 
cier. Ne pouvant se libérer, Baudouin s'adressa au roi de France dont la 
piété devait s'émouvoir facilement en présence de cette situation. 

Déjà le roi avait reçu le comté de Namur en gage pour la somme de cin- 
quante mille livres parisis. 

Tome XLIV. 2 


10 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


Entrant dans les vues de Baudouin, il envoya deux pères Dominicains. L'un 
était André de Lonjumeau, précisément de retour de ses missions d'Orient; 
l'autre était un religieux du nom de Jacques, qui avait gouverné pendan 
quelque temps la communauté des Frères Précheurs à Constantinople. 

Déjà, nous venons de le rappeler, les barons avaient engagé la Sainte 
Couronne aux Vénitiens. Îl avait été convenu que si la relique n'était pas 
retirée à la Saint-Gervais, c'est-à-dire le 17 juin 1239, elle resterait pour 
toujours aux Vénitiens. 

Les barons de Constantinople, après avoir pris connaissance des lettres 
de l'Empereur, leur maitre, convinrent avec les Vénitiens que les deux reli- 
gieux, envoyés par Saint Louis, accompagnés d’un ambassadeur de l'Empire, 
porteraient la relique à Venise. La caisse qui contenait le trésor fut scellée du 
sceau des seigneurs français qui se trouvaient à Constantinople. 

L'Empereur d'Allemagne ayant, de son côté, accordé libre passage au 
dépôt sacré que les moines étaient chargés de rapporter en France, ceux-ci 
partirent pleins de confiance. Malgré la saison la plus rude de l’année et la plus 
mauvaise pour la mer, ils s'embarquèrent vers les fêtes de Noël de l’an 1238. 
Plus que les tempêtes cependant, ils avaient à redouter les vaisseaux 
ennemis. L'Empereur grec, averti de ce qui se passait par ses espions, avait 
envoyé des galères bien armées dans les différents détruits; et les Génois, 
- alors en guerre avec les Vénitiens, n'étaient pas moins attentifs à les sur- 
prendre et à profiter de tous les avantages que pouvaient leur présenter les 
chances de la guerre. La Providence permit que le vaisseau arrivât sain et 
sauf à Venise. 

Immédiatement après le débarquement, la Sainte Épine fut déposée dans 
l'une des chapelles de Saint-Marc, où elle resta sous la garde d'André de 
Lonjumeau, jusqu’à ce qu'il fût satisfait à toutes les conditions du marché 
avec les Vénitiens. L'autre religieux, frère Jacques, fut député vers Saint 
Louis, et bientôt il revint accompagné d’autres ambassadeurs avec de nou- 
veaux pouvoirs et la somme nécessaire pour dégager la Sainte relique. 

Les ambassadeurs du roi ayant reconnu l'authenticité des sceaux, 
reprirent le chemin de la France, où, de son côté, Saint Louis se porta au- 
devant de ses mandataires. André de Lonjumeau eut l'honneur de présenter 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 11 


la relique au roi. On ouvrit d'abord la caisse de bois qui renfermait la 
Sainte relique, et l’on vérifia encore une fois les sceaux avec les actes qui en 
établissaient l'authenticité. On ouvrit ensuite la châsse d'argent, et puis le 
récipient d’or qui renfermait la Sainte Couronne, et on la fit voir au roi et à 
tous les assistants. C'était le jour de la fête de Saint Laurent; le lende- 
main, 44 août 1239, la Sainte Épine fut transportée à Sens. A l'entrée 
de la ville, le roi et Robert d'Artois, l’ainé de ses frères, la prirent sur 
leurs épaules, étant l’un et l’autre nu-pieds et en costume de pénitents. Îls 
la portèrent ainsi à l'église métropolitaine de Saint-Etienne, entourés de tout 
le clergé de la ville, venu processionnellement pour la recevoir ?. 

Le 13 août, le roi partit pour Paris, où se fit, huit jours après, la récep- 
tion slbielle de la Sainte relique. 

Rien ne pouvait être à la fois plus touchant et plus solennel que l'entrée 
du cortége apportant la Sainte Épine dans la ville capitale du royaume de 
France. Il semblait, en effet, au roi qu’il ne pourrait jamais accueillir avec 
des honneurs suffisants le diadème empourpré du sang du Christ. 11 faut lire 
dans quels termes les historiens du temps rapportent la solennité avec 
laquelle Saint Louis voulut recevoir à Paris, le gage rachetéaux banquiers de 
Venise. Après avoir annoncé au peuple le spectacle dont celui-ci allait être 
témoin, le roi alla, accompagné de son frère le comte Robert, revêtu de la 
simple tunique des pénitents et les pieds nus, au-devant de la Sainte Épine. 
A ses côtés se trouvaient l'archevêque de Sens, Gautier Cornu et Bernard, 
évêque du Puy. Ils revinrent processionnellement, Saint Louis portant lui- 
même la relique insigne, précédé et suivi de détachements d'une armée 
nombreuse dont les soldats marchaient déchaussés comme leur roi. À la tête 
de ces guerriers bardés de fer et couverts de cottes de mailles étincelantes, on 
voyait un clergé considérable, régulier et séculier, portant des châsses et les 
reliques des saints qui, eux aussi, accompagnaient dans son entrée glorieuse 
leur roi représenté dans cette circonstance par sa couronne de douleur. 


1 Voir Les hommes illustres de l'Ordre de Saint Dominique, par le P. Tournon, t. I, pp. 159 
et suiv. — Voir aussi Gosselin, Couronne d’épines. Paris, 1828, cité dans le #émoire sur 
les instruments de la Passion de N.-S.-J.-C., par Ch. Rohault de Fleury. Paris, Lesort, 1870, 


p. 205. 


12 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


Les facades des maisons bordant la voie triomphale, par laquelle passait le 
royal cortége, étaient ornées de riches tapis, de tentures historiées, de verdure 
et de fleurs. L'entrée de la procession , où se confondaient l'armée et le clergé 
unis dans un commun enthousiasme, se fit au son joyeux des clairons alter- 
nant avec le chant des psaumes. Plus éloquentes que ces démonstrations, 
plus touchantes que les élans du peuple, étaient les larmes que répandait le 
saint roi, porteur de la relique qu'il allait déposer à la cathédrale 
Notre-Dame... 

Elle ne devait pas y rester longtemps. Dix ans avant que Saint Louis 
la recût, une faible partie de la Couronne d'épines avait élé détachée et 
donnée aux Pisans. En 1230, le Sénat de la ville de Pise, aidé d’ailleurs 
par les dons des familles Gualandi et des Gatiosi, avait fait édifier pour y 
placer cette relique, la chapelle consacrée sous le nom de Santa Maria della 
Spina, véritable reliquaire en pierre et en marbre, l’un des joyaux de l'archi- 
tecture italienne à cette époque. Ce que les dignitaires de la république de 
Pise avaient fait sur les bords de l'Arno, le chef du catholique royaume de 
France le fit sur les bords de la Seine avec une magnificence plus grande, 
servi qu'il élait d'ailleurs par un art plus pur, par un maitre mieux 
inspiré. La sainte chapelle du palais s'éleva comme par enchantement sur 
les plans de Pierre de Montereau. Ce que le maitre de l’œuvre avait com- 
mencé en 1241, était achevé en 1248. Rarement on avait mis autant de 
soin et de recherche à orner extérieurement et intérieurement un sanctuaire, 
et cependant on était à une époque et dans un pays où surgissaient les mer- 
veilles dans toutes les provinces. L'œuvre demanda à l'artiste tous les efforts 
d'un génie sûr de lui-même. Au roi, elle coùta la somme de 40,000 livres 
de son temps. 

Nous allons voir que, de même qu'un temple magnifique lui semblait 
nécessaire pour recevoir la couronne entière, il voulut aussi, en en détachant 
une simple épine destinée aux Frères Précheurs de Liége, que la beauté du 
récipient répondit à l'importance du contenu. Cependant ces religieux ne 
furent ni les seuls, ni les premiers à avoir part à la relique prisée si haut. 

Saint Louis fit enchässer quelquefois simplement, d'autre fois avec un 
grand luxe, mais toujours avec cet art remarquable qui caractérise son siècle, 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 413 


les insignes reliques de la Passion obtenues de l'empereur de Constantinople, 
Baudouin. Guillaume de Nangis estime à cent mille livres, somme énorme 
à celle époque, l'or, l'argent et les pierreries consacrées à cel usage. 

Aussi, l'orfévrerie qui, au surplus, correspondait à un besoin de faste et 
d'expansion dans le domaine des arts, prend-elle un très-grand développe- 
ment à Paris et à Limoges sous le règne de Louis IX. L'importance des 
orfèvres de Paris porta Saint-Louis à les réunir en corps de métier, de 
même que les autres artisans. L'ordonnance relative à la corporation des 
orfèvres fut consignée dans les Registres des métiers et marchandises de la 
ville de Paris, rédigés par Estienne Boileau *. L'un des points les plus 
remarquables de cette ordonnance c’est que l'exercice de l'art de l'orfévrerie 
était reconnu libre de toute entrave; tout artiste capable pouvait s'y adonner. 
« Îl est à Paris orfèvres qui veut ; et qui faire le set, pour qu’il oevre ad us 
et as coustumes de mestier. » Ils étaient libres du guet et jouissaient de 
quelques autres privilèges qui n'étaient pas sans importance, mais dans leur 
travail ils étaient tenus à n’employer que l'or et l'argent le plus pur. « Nul 
orfèvre ne puel ouvrer d'or à Paris qu'il ne soit à la touche de Paris ou 
mieudres (meilleur), la quele touche passe tous les ors de quoi on oevre en 
nule terre. » | 

À la fin du XIII: siècle, Paris comptait plus de cent et seize orfèvres, 
ainsi qu'il résulte du rôle de la taille de l’année 12992 ?. L'orfèvre en titre de 
Saint Louis et son artiste favori s'appelait Raoul. L'année même de la mort 
du saint roi, Raoul fut anobli par Philippe IT, premier exemple, dit le 
président Hénault, de ce genre d’anoblissement 3, 

Le bon roi Louis IX qui aimait à répandre autour de lui une joie chré- 
tienne, qui aimait à donner — et pour lequel la générosité était la consé- 
quence naturelle de la charité dont débordait son cœur — ne fut pas plutôt 
en possession de l’inestimable trésor qui lui avait été rapporté d'outre-mer 
par les frères Dominicains Jacques et André, qu’il songea à le partager, en 


{ Règlements sur les arts el métiers de Paris au XIII‘ siècle, publié par G.-P. Depping. 
Paris, 1837, p. 58. 

2 Paris sous Philippe le Bel, par Giraud. Paris, 4837, p. 526. 

5 Hist. des arts industriels, par Labarte. Paris, 1854, t. 11, p. 502. 


14 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


quelque sorte, avec ses préférés. IT voulut, tout au moins, en donner des par- 


celles aux hommes religieux qui les recevraient dans le même esprit de 
respect et de foi avec lequel il avait lui-même reçu la Sainte Couronne d'épines. 

Dans un ouvrage consacré particulièrement aux reliques de la passion du 
Christ, publié il y a peu d'années, nous trouvons la mention des dons que 
fit Saint Louis des différentes épines qu'il détacha de la Couronne. Voici le 
détail de ces dons : 

4° Saint Louis donna une épine à Bernard, évêque du Puy, le jour même 
où il reçut la Sainte Couronne à Sens. 

2° Ilen donna également une au chapitre de Valence, en Espagne. 

3° Au bienheureux Barthélemi de Brégence, évêque de Vicence dans 
l'État de Venise. 

4° A l'abbaye du Bourg-Moyen de Blois. 

5° A celle de Saint-Éloi, près d'Arras. 

6° Aux Cordeliers de Séez. 

1° À l’abbaye des Bénédictins de Cluny !. 

Le même auteur signale encore l'existence d'une épine de la Sainte 
Couronne existant au couvent des Dominicains, à Carpentras; toutefois il ne 
semble pas que ce füt un don fait par Saint Louis. 

Le couvent des Dominicains de Gand possédait également deux épines de 
la couronne du Christ, mais le don ne provenait pas non plus de Saint Louis, 
comme on l'a cru quelquefois. Elles avaient pris pour arriver dans cette mai- 
son un assez étrange détour : volées au trésor du comte de Flandre, Louis de 
Maele, elles furent restituées à son successeur l'empereur Maximilien, et c’est 
sur les instances de son confesseur, Nicolas Brugman, évêque de Sélivrée en 
Thrace, in partibus infidelium, et autrefois prieur du couvent de Gand, que 
l'empereur consentit à s'en dessaisir en faveur de ce dernier ?. 

Mais les renseignements donnés par le Mémoire sur les instruments de la 
Passion de N.-S.-J.-C., où sont omises d’ailleurs les reliques envoyées par le 


© 


{ Mémotre sur les instruments de la Passion de N.-S.-J.-C., par Ch. Rohault de Fleury. 
Paris, Lesort, 14870, p. 210. 
2 Dejonghe, Belgium dominicanum, p. 66. 


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DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 15 


roi de France aux Frères Prêcheurs de Liége, sont loin d’être complets. Saint 
Louis donna encore une épine au couvent du même ordre à Barcelone, par 
l'entremise de Pierre de Centra !. La lettre d'envoi de cette relique a été 
imprimée, et, chose digne de remarque, hormis le nom du porteur qui y 
est ajouté, la lettre est à peu près de la même teneur que celle qui a été 
adressée aux Dominicains de Liége quelques années plus tard. 

Saint Louis fit également don d'une épine au prieur et à l'abhaye 
d'Agaune, laquelle, heureusement, a non-seulement conservé la lettre d'envoi 
originale datée du mois de février 1261, mais aussi la relique et le reli- 
quaire ?. Îl est très-remarquable que, de même que pour les Frères Prêcheurs 
de Liége, l'envoi de la Sainte Épine enchâssée dans son reliquaire, parait 
avoir élé accompagné d'un autre reliquaire avec une parcelle de la vraie 
croix, dont il n’est pas plus fait mention que dans la lettre adressée à Liége. 
Cette croix se trouve encore à Saint-Maurice d’Agaune, et le style du travail 
permet de rapporter cette pièce d'orfévrerie au règne de Louis IX. 

Cependant les dons faits aux Dominicains de Liége dépassent, aussi bien 
par le nombre des objets que par la beauté des reliquaires, de beaucoup, 
ce que les auteurs nous rapportent de la munificence de Saint Louis envers 
les différentes maisons religieuses que nous venons d'énumérer. Nous le 
verrons, du reste, en étudiant les pièces d'orfévrerie qui se trouvent actuel- 
lement à Dresde. 

Après la note de Van den Berch que nous avons transcrite, les extraits 
de quelques autres auteurs nous feront connaitre, en attendant, en quoi con- 


1 Tournon, Les hommes illustres de l’Ordre de Suint Dominique, 1. 1, p. 485. 

3 Voici le texte de la lettre d'envoi : 

Ludovicus Dei gracia Francorum Rex dilectis sibi in Christo privri el conventui sancti 
Mauricii Agaunensis salutem et dilectionem sinreram. De preciosis bealurum martirum 
Agaunensium corporibus que nobis per renerabilem abbatem et concanonicus nostros uc nun- 
cium nostrum vestra liberalitas venerabiliter destinavit, caritatem vestram dignis prosequimur 
actionibus graliarum. Mitlimus autem vobis per ipsum abbalem sacrosancte corune dominice 
spinam unam, quam propler redemploris reverenciam pelimus a vobis devotissime honvrari, 
el ut nos el nostros vestris habeatis oracionibus specialiler commendatos. Datum Parisiis, 
anno Domini M° CC° sexugesimo primo, mense februarii. — Trésor de l’Abbaye de Saint- 
Maurice d’'Agaune, par Ed. Aubert. Paris, V° A. Morel et C!*, 1872, p. 228. 


16 | LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


sistaient ces présents. Déjà, on se le rappellera, l’annaliste liégeois nous a 
appris que la Sainte Épine était accompagnée d'autres dons, de l’une des 
couronnes du roi, et d'ung calice de platene d'or. 

Dans uue pièce imprimée à Liége, in-4° de deux feuillets, sans nom 
d’imprimeur, intitulé: « La rejouissance sur la naissance de Monseigneur le 
Dauphin, laquelle s’est faite à Liége le 29 septembre 1638, se trouve à la 
page 2 l'indication suivante : 


« La messe fut célébrée par Monsieur le chantre de S. Jean Evangeliste 
» dans l’église des Frères Prescheurs où l’on voit encore la cappe royale de 
» S. Louys et sa couronne et quelques autres marques de sa libéralité fort 
» precieuses et curieuses » 1, 


Voici maintenant le témoignage des PP. Martène et Durand qui firent 
quelque séjour à Liége au commencement du dix-huitième siècle, et qui 
visitérent la maison des Pères Dominicains le 5 septembre 1723, en com- 
pagnie du baron de Crassier, antiquaire liégeois bien connu et du juriscon- 
sulte Louvrex. 


« On y conserve une croix très-belle, dans laquelle il y a du bois de la 
vraie croix ; une épine de la couronne de Notre Seigneur, donnée par Saint 
Louis, comme il parois par ses lettres qu’on nous fit voir : un calice d'un 
très-beau travail, dans le pied duquel il y a du bois de la croix de Notre 
Seigneur, donné aussi par Saint Louis : un ornement du manteau de ce saint 
Roy, qui sert le jour de sa feste, le jour de Noël à la messe de minuit, et 
le jour de l'Épiphanie ?. » 


Si l'on compare ces lignes avec le texte du chroniqueur liégeois eracore 
inédit que nous citons plus haut, nous trouvons le don royal augmenté d'une 
croix très belle, contenant du bois de la vraie croix et d'un ornement sacer- 


‘ Un exemplaire de cette pièce imprimée se trouve dans la collection de M. le chevalier X. de 
Theux, qui a bien voulu nous en donner communication. 
2 Voyage litiéruire de deux Bénédictins, 1. 1, p. 182. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 17 


dotal fait avec le manteau du Saint roi. Il est toujours question du calice 
dont parle Van Den Berch, et surtout de l'épine de la couronne du Christ, 
mais, chose étrange, il n’est fait aucune mention de la couronne royale, objet 
qui, cependant, devait être du plus haut intérêt pour les deux Bénédictins 
français qui avaient l'œil exercé de l’archéologue, ainsi que lintelligence des 
monuments historiques ! 11 est hors de doute toutefois que la couronne passa 
sous leurs yeux. Mais nous allons rencontrer un autre Bénédictin qui, ne 
s'occupant pas des autres objets, fixe son attention exclusivement sur cette 
couronne dont il nous a conservé un dessin reproduit par la gravure, tandis 
que S.-P. Ernst se contente de copier à peu près le renseignement trans- 
mis par les deux Bénédictins, sans parler de la couronne royale !. 

Le Père de Montfaucon, travaillant à son important ouvrage : Les monu- 
ments de la monarchie françoise, orné, comme on le sait, d’un grand nombre 
de gravures devenues bien précieuses en ce qu’elles reproduisent des objets 
qui généralement n'existent plus, — voulut y faire figurer l'une des pièces 
d'orfévrerie données par Saint Louis. Mais ce fut la couronne, à la fois insigne 
royal et reliquaire, qu'il désirait reproduire par les planches de son livre. 
Pour en obtenir le dessin, il s'adressa alors au baron de Crassier, avec 
lequel il était depuis longtemps en relations épistolaires. Une lettre datée de 
Paris, 22 octobre 1725, fait connaître le désir du célèbre Bénédictin ?. Son 
obligeant correspondant ne tarda point à y satisfaire, 

Les reliques de la Passion données aux Pères Dominicains passaient pour 
avoir une vertu miraculeuse. Un demi-siècle avant la lettre du Père de Mont- 
faucon, il a été publié à Liége une brochure de quelques pages, relatant un 
miracle opéré par l'application de la Sainte Épine. Nous en citerons un pas- 
sage, ces lignes contenant, sur la forme du reliquaire, un renseignement que 
nous ne trouvons pas dans les auteurs qui se sont occupés de ce sujet. 

Il s'agit d’une religieuse, pauvre Claire, tombée malade à la suite d’une 
émotion subite, un saisissement, el qui, ayant eu vainement recours aux soins 


1 Tableau historique et chronologique des suffragans ou co-évêques de Liège, p. 315. 
3 Correspondance de Bernard de Montfaucon, bénédictin, avec le baron de Crassier, archéo- 
logue liégevis, publiée par Ulysse Capitaine, p. 51. | 


Tous XLIV. 3 


18 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


de plusieurs médecins, demanda des secours à la relique de la Sainte Épine. 
Celle-ci ayant été apportée par un Père Dominicain du nom de Mathias 
Bombée, « elle — la religieuse — pria avec émotion qu'il voudrait lui laisser 
appliquer la croix et la Sainte Épine à la poitrine, lieu de son mal, et l'ayant 
quelque peu de temps tenue serrée avec ses mains sur son estomac, elle 
demanda à boire pour faire épreuve si elle pouvait bien avaler » !, 

Tels sont les principaux renseignements que l’on retrouve sur les reli- 
quaires, sujets de cette étude, avant la suppression du couvent des Pères 
Dominicains. 


Il eût été très-intéressant de connaître les raisons pour lesquelles Saint Louis 
portait au prieur et aux PP. Dominicains de Liége l'affection dont il parle 
dans la lettre datée de Senlis, et dont les reliques avec leurs riches récipients, 
la couronne et le manteau royal, sont les gages éclatants. Car, de ce que nous 
avons énuméré un assez grand nombre d'épines de la Sainte Couronne don- 
nées à des abbayes, à des couvents et à un évêque, — épines qui, sans doute, 
élaient toutes enchâssées dans des reliquaires plus ou moins riches dont, sui- 
vant l'usage, les lettres d'envoi ne font aucune mention, le prix des reliques 
étant estimé trop haut pour qu'il soit fait état des récipients, — il faudrait 
se garder de conclure que le don fait à la maison dominicaine de Liége ne 
füt pas d’une splendeur extraordinaire, même pour la munificence de Saint 
Louis. 11 est facile d'établir, par des comparaisons, que le royal donateur 
entendait honorer d'une manière tout exceptionnelle, ceux auxquels les 
reliquaires étaient adressés. 

Si nous prenons pour point de comparaison le don fait six ans avant celui 
de Liége, mais adressé d'une manière très authentique à l’ancienne et illustre 


{ Voir Miracle approuvé, arrivé l'an 1684, en la personne de Jeanne Françoise Mauger, 
Religieuse pauvre Clarisse, guérie par l’application de la S. Épine miraculeuse donnée par 
S. Louis Roy de France l’an 1267 aux R.R. P.P. Precheurs de Liège, et honorée dans leur 
Église et Couvent. A Liége, chez Henry Hoyoux, sur la place des RR. Pères Jésuites, à Suint- 
François Xavier, MDCLXXXIV. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 19 


abbaye de Saint Maurice d'Agaune, dont le roi de France était chanoine, 
nous nous trouvons en présence de récipients d’une grande simplicité. La 
Sainte Épine s’y voit sous deux verres, enchâssée dans une monture ellip- 
tique portée sur un pied dont le principal ornement est un nœud à côtes et 
une inscription en lettres majuscules. L'encadrement des verres est rehaussé 
de perles et de quelques fleurons. La hauteur du reliquaire est de 25 centi- 
mètres. 

La parcelle de la vraie croix est contenue dans une monstrance, sans pied, 
en forme de croix au pied fiché, comme on dit en langage héraldique. Elle 
est ornée de cinq médaillons; celui du centre représentant un Agnus Dei, el 
les autres les emblèmes évangélistiques ; la hampe et la traverse sont couvertes 
d'élégants rinceaux ; les extrémités de la croix se développent en une sorte de 
fleur de lis. La hauteur actuelle du reliquaire qui a peut‘être perdu son pied est 
de 29 centimètres. — Sans doute, les deux reliquaires sont composés avec la 
pureté de goût de la plus belle époque de l’orfévrerie francaise, et l'exécution 
est trailée avec soin et recherche. Les deux planches XXXII et XXXVI 
du bel ouvrage de M. Aubert sur l'abbaye de Saint Maurice donnent une 
idée très exacte de ces deux pièces d'orfévrerie, mais il suffit de les examiner 
pour reconnaitre que ces reliquaires ne sauraient être mis en parallèle, ni 
comme importance, ni comme valeur au point de vue de l’art, avec le don 
offert aux Frères Précheurs de Liége. 

Le lien qui unissait ces derniers au saint roi reste donc à expliquer ; mal- 
heureusement les renseignements historiques font entRrement défaut, ou tout 
au moins les recherches que nous avons faites dans ce sens sont restées 
sans résultat. 

Assurément, rien n'est mieux établi historiquement que l'affection de 
Louis IX pour l'Ordre de Saint Dominique en général. Comme le rappelle 
l'un de ses historiens les plus récents et les plus éloquents, il aimait à donner 
à ceux qui s'étaient donnés à Dieu : aux Frères Mineurs, aux Frères Pré- 
cheurs surtout *. Afin de mieux peindre la prédilection de son héros pour 
cette famille monastique, le même auteur rapporte encore que lorsque le 


1 Saint Louis, par Wallon. Tours, Alfred Mame, 1878, p. 42. 


20 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


saint roi était dans un couvent et que la cloche appelait les moines aux écoles, 
il s'y rendait avec eux. Il allait particulièrement aux écoles des Frères Pré- 
cheurs, et s’'asseyail humblement sur un carreau à terre devant celui qui pro- 
fessait !. Aussi, une femme qui croyait avoir à se plaindre de Saint Louis, osa 
lui adresser des injures auxquelles l'humilité du roi ne lui permit pas de se 
montrer bien sensible : « Tu n'es que de la race des Frères Mineurs et des 
Frères Précheurs, lui dit-elle, — des prêtres et des clercs! » 

Louis IX aimait les fils de Saint Dominique. C'est parmi eux qu'il choi- 
sissait ses confesseurs, ses amis, et l'on dit que souvent il recevait à sa table 
l'un des plus illustres d’entre eux, Saint Thomas d'Aquin. Aussi ce n'est pas 
sans de bonnes raisons qu'un artiste Dominicain ; — le frère Angélique de 
Fiesole — qui connaissait bien l'histoire de l'Ordre dont il portait l'habit, a, 
dans le ravissant tableau représentant le couronnement de la Sainte Vierge, 
exécuté pour un aulel de l’église de son couvent et conservé aujourd'hui au 
Musée du Louvre, — représenté Saint Louis tout entouré de saints apparte- 
nant à l'Ordre des Frères Précheurs. Le fondateur de l'Ordre est immédiate- 
ment au-dessus du roi de France, et celui-ci semble encore dans les régions 
éthérées du Paradis s’entretenir avec Saint Thomas d'Aquin, l'auteur inspiré 
de l’office d'une des fêtes les plus solennelles de la chrétienté, instituée par 
suite de l'inspiration d’une sainte liégoise ?. 

Mais encore une fois son affection pour l'Ordre des Frères Prêcheurs qui, 
en 4221,— cinq ans après sa fondation et l'année même de la mort de Saint 
Dominique, — compta déjà soixante maisons réparties dans les huit pro- 
vinces d'Espagne, de Provence, de France, de Lombardie, de Rome, d’Alle- 
magne, d'Angleterre et de Hongrie, et qui, en 1267, avait peuplé de ses 
couvents alors au nombre de plusieurs centaines, tous les pays du monde 
chrétien, — cette prédilection générale de Saint Louis, disons-nous, n’explique 
nullement la magnificence des dons offerts par lui au prieur et à la maison 


L Saint Louis, par Wallon. Tours, Alfred Mame, 1878, p. 48. 

3 Dans sa Vie de Fra Angeliro de Fiesole, M. P. Cartier assure que Saint Louis était du Tiers- 
Ordre de Saint Dominique, vov. p. 443. C'est possible, mais il est certain que Saint Louis était 
tertiaire de l'Ordre de Saint François comme l'étublissent un assez grand nombre d'œuvres 
d’art où il est représenté sous le costume franciscain. 


CS 
.- 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 21 


de Liége. Déjà nous avons rappelé que cette maison appartenait à la province 
de France. 

Saint Louis n'a jamais été à Liége. Il faut donc chercher dans l'amitié 
qu'il portait à l’un ou l'autre frère de Saint Dominique, dans ses rapports 
avec les hommes les plus distingués de l'Ordre et dans leurs relations avec 
la maison de Liége, la cause des dons faits à celle-ci. Peut-être le couvent 
abritait-il, en 14267, l'un des religieux envoyés en ambassade à Constanti- 
nople afin d'en rapporter la Sainte Couronne? 

Il convient de rappeler ici que le rôle historique d'André de Lonjumeau 
est loin d'être terminé après l'ambassade à Constantinople qui eut pour objet 
d'apporter la Sainte Épine en France. Nous le retrouvons accompagnant le 
roi à sa première croisade; Saint Louis étant arrivé en Chypre, en 1248, y 
reçut un message fort courtois et même amical du Khan de Tartarie, et il fut si 
charmé de la démarche du prince infidèle qu'il fit traduire en latin la lettre 
du Khan par le frère André et en envoya copie à la Reine Blanche. Bien 
plus, le roi voyant, comme cela lüi arrivait parfois dans les incidents de la 
politique, les avances du musulman au travers du prisme de son angélique 
piété, crut que ce commencement de négociation pourrait amener peut-être 
la conversion du Khan au christianisme. 11 lui envoya une ambassade et 
parmi les envoyés du roi, il y avait trois Frères Précheurs : André, Jean et 
Guillaume. Mais il fut décidé qu'André de Lonjumeau serait à la tête de 
l'ambassade, non-seulement afin d'honorer son mérite reconnu, mais encore 
à cause de sa connaissance des nations et des pays que l'ambassade devait tra- 
verser. Ce ne fut que deux ans plus tard, en 1251, qu'André et ses compa- 
gnons retournèrent auprès de Saint Louis. Ils le trouvèrent à Césarée, en 
Palestine, occupé à fortifier cette place. André de Lonjumeau était encore en 
Palestine en 1253. Après cette date, il n'est plus question de lui. Est-il mort 
vers cetle époque? Est-il relourné dans lune ou l’autre maison de l'Ordre, de 
la province de France, peut-être à Liége ? On comprend que le champ des 
conjectures est vaste : peut-être convient-il de chercher ailleurs les motifs 
de la bienveillance royale pour la maison de Liége. 

Ainsi Théobald, archidiacre de Liége, se trouvait à Paris, précisément dans 
l'année où les reliques furent envoyées par Saint Louis. Saus doute celui-ci 


29 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


était en relations avec ce saint personnage qui devait monter sur le trône 
papal en 142714, sous le nom de Grégoire X, et qui demeura toujours profon- 
dément dévoué à l'Ordre de Saint Dominique, auquel, suivant quelques 
auteurs, il appartenait à titre de tertiaire. Enfin, Gérard de Liége, Gerardus 
leodiensis, lecteur au couvent de cette ville, auteur d’un livre qui a été beau- 
coup lu au moyen âge, liber de doctrina cordis, et qui fut surnommé « le 
divin » à cause de sa science, de son éloquence et de la sainteté de sa vie, 
fut en relations avec le chancelier de Paris à propos de l'institution de la fête 
du Saint Sacrement, et ces relations peuvent également avoir été un lien entre 
le Saint roi et la maison qu’il a honorée de ses présents. 

Le couvent de Liége n'était pas d’une importance exceptionnelle. Toutefois, 
pendant plusieurs siècles, il semble être resté fidèle à l'esprit de l'Ordre et 
aux règles de sa fondation ; aussi les renseignements historiques sur cette 
communauté ne sont-ils pas très-abondants. Elle prit de l'extension et se 
développa. Lorsqu'une assemblée générale de l'Ordre qui se tint à Cologne 
au mois de mai 1427 fut dissoute, 387 religieux Dominicains passèrent par 
Liége. Si tout ce monde fut hébergé dans la maison bâtie sous Robert de 
Torote, il est permis de conclure de ce fait que celle-ci était très-spacieuse. 
Les religieux firent une procession solennelle le jour de la Fête-Dieu, et le 
lendemain on vit arriver à Liége cinquante autres Pères Dominicains. 

C'était à l’église des Pères Dominicains qu'en l’année 1468, si néfaste pour 
le pays de Liége, Imbercourt, nommé régent par Charles le Téméraire, duc 
de Bourgogne, assistait chaque jour à la messe. Logé primitivement à l'hôtel 
de ville, il ne s’y croyait pas en lieu sûr. I] quitta « la Violette » c'est ainsi 
que se nommail la maison communale, pour occuper l'habitation d'un patri- 
cien appelé Cloes d'Amagne, située au Pont-d'Île. A l’aide d'un pont de bois 
qu'il avait fait construire, il communiquait, du jardin de cette habitation, avec 
l'église des Frères Précheurs f, 

L'église des Dominicains avait été complétement reconstruite en 1674. 
C'était une rotonde couverte d'une coupole dans le style italien qui avait une 
si grande vogue alors. Le peintre Bertholet Flémalle qui vivait en relations 


1 Voir Loyens, Recueil héraldique, p. 177. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 23 


d'amitié avec les Pères Dominicains, avait fait un plan très somptueux pour 
la reconstruction de leur église ; afin de mieux faire comprendre sa compo- 
sition, il avait même exécuté un modéle réduit de l'édifice projeté. Le plan 
de l'artiste ne fut réalisé qu'en partie. La charpente de la coupole qui passait 
pour un chef-d'œuvre fut construite par l’un des religieux de la maison; il 
s'appelait frère Columban. 

Les Pères Dominicains eurent d'assez nombreuses relations avec les artistes 
du pays de Liége, et plusieurs des peintres les plus distingués du XVII: siècle, 
entre autres Douffet et Bertholet Flémalle furent inhumés dans leur église. 

Mais il est temps de porter notre attention sur les reliquaires donnés par 
Saint Louis. 


RELIQUAIRE MONSTRANCE DE LA SAINTE ÉPINE !. 


La hauteur de ce reliquaire est de À mètre 5 centimètres. Il est en argent 
doré. 

Cette belle pièce d'orfévrerie se compose d'un pied établi sur un plan 
hexagone dont les angles reposent sur de petits lions passants; en s’élevant, 
le pied forme six pans ou facettes sur lesquels vient, reliée par quelques 
moulures, se fixer la tige du reliquaire. 

Cette tige, divisée en deux parties à peu près égales dans le sens de sa 
hauteur par un nœud peu remarquable, s'épanouit en une sorte de chapiteau 
dont l’encorbellement vient recevoir un édicule également à six pans, d’un 
caractère architectural. | 

C’est à la hauteur de cet édicule que, primitivement, la couronne d eSaint 
Louis a été fixée par deux fortes broches en argent qui la maintenaient dans 
un plan horizontal. Récemment la couronne a été séparée de la monstrance, 
afin de permettre de mieux étudier, séparément, ces deux monuments de 
l'orfévrerie. 


‘ Voir planche I, fig. B 


24 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


L'édicule, dont la partie supérieure se trouve au milieu du reliquaire, 
s'amortit par un loit en forme de flèche assez aiguë sur laquelle vient se 
poser une boule en cristal de roche, traversée au milieu par une tige en 
métal, et sur laquelle est établie la croix dont le centre contient la Sainte 
Épine. 

Nous allons décrire cette croix, en commençant par la face antérieure ou 
l’avers !. 

Le centre de la croix est formé par un disque, un cercle complet; au 
milieu du disque la relique est placée sous une feuille de cristal de roche en 
forme de vesica piscis, tracée dans Île sens vertical. Autour de celte vesica 
quatre médaillons du même tracé, mais un peu plus petits, remplissent ce 
qui reste du cercle, en ne laissant que deux triangles ornés de trèfles formés 
par des ajours. 

Sur les quatre médaillons en forme d'amande, les symboles évangélistiques, 
gravés et dorés, se détachent sur un fond d'émail bleu translucide. 

Dans le sens de la hauteur comme dans le sens de la largeur, ce disque 
central est fixé sur la croix par quatre grandes fleurs dont la forme affecte 
plus ou moins celle du lis, et qui sont ornées chacune d'une pierre fine et 
de trois perles dont la sertissure se détache également sur un champ d'émail 
bleu translucide ; les pierres sont une sorte de lapis, un rubis balais, un gre- 
nat et un saphir; chaque pierre est accompagnée de trois perles fines. 

Le contour du disque est encore orné, entre ces grandes fleurs, de quatre 
autres fleurs plus petites, mais de même forme, enrichiés de quatre perles 
fines chacune. | 

Viennent ensuite, sur les bras de la croix et à la partie supérieure, trois 
médaillons ronds ou roses, ornés de filigranes très-déliés d'un dessin archi- 
tectural rappelant les roses des cathédrales, et dont le centre est formé par 
une perle fine. 

L'extrémité des trois branches de la croix s’'épanouit en une sorte de trèfle 
dont les feuilles se terminent d'une manière aiguë, et ornée chacune de cinq 
pierres, rubis et saphirs. 


{ Voir planche Il. 


nu = 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 25 


Enfiu, par une disposition très originale, la croix vient, à son extrémité 
inférieure, s'appuyer sur un croissant décoré d'émaux cloisonnés verts, d'une 
délicatesse extrême et dont les lusanges sont relevées par des points blancs et 
rouges. Travail qui se retrouve sur le revers comme sur l’avers du croissant, 
dont les extrémités sont finement nuancées de vert turquoise clair et de rouge. 

Sous ce croissant on voit une pierre noirâtre dont la nature n’est pas 
facile à déterminer; elle est posée directement sur la boule de cristal par 
laquelle s'amortit le toit aigu de l'édicule dont nous venons d'indiquer la 
place dans la disposition générale du reliquaire. 

Les angles de ce loit sont ornés de six rangs de douze pierres chacun, 
dont les sertissures très-saillantes forment, en quelque sorte, les crochets de 
ce minaret. Le plat des versants est enrichi par des pierres de plus grande 
dimension : topazes, améthysles, agales et un camée anlique; vient ensuite 
l’édicule proprement dit, à six pans ajourés par des fenêtres ogivales, termi- 
nés par des gables dont les rampants sont garnis de crochets et s'appuient 
sur des contre-forts à minarets. 

Nous avons décrit le bas du reliquaire. Toutefois nous devons rappeler 
que sur le pied se trouvent cinq lentilles circulaires de cristal de roche, 
protégeant les reliques désignées par des inscriptions. 


1. DE : CONFEÆSSORIBVS. 4. DE . MARTIRIBVS. 
2. DE . APOSTOLIS. 5. DE : VIRGINIBVS. 
3. 10H - BAPT . MAR : MAGD. 


Ce pied est également orné de plusieurs camées et de pierres antiques 
taillées, d’un ordre secondaire. 
REVERS DE LA CROIX !. 


Dans la décoration de ce côté du reliquaire, on remarque dans le cercle 
supérieur, au-dessus de la Sainte Épine, une tête de Christ dont la gravure se 


! Voir planche II. 
Tome XLIV. | | 4 


26 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


détache sur un fond d'émail translucide. Cette tête est placée au centre de 
deux triangles qui se pénètrent réciproquement, de façon à former de petits 
triangles remplis d'émaux de différentes couleurs. Le nimbe du Christ est 
rouge. 

Le reste des bras et la tige verticale de la croix sont ornés d'émaux très- 
curieux et très-habilement traités. Ils représentent des sujets profanes. Ce 
sont des paysages, des arbres, puis des chiens poursuivant des cerfs, des 
lièvres, etc. Ces sujets sont taillés avec beaucoup de fermeté dans le métal et 
couverts d'émail vert, jaune et bleu des nuances les plus harmonieuses. 

Il est à regretter que ce reliquaire ait eu à souffrir, moins des siècles passés 
dans le trésor des Frères Prêcheurs sans doute, que des voyages qu'il a eu à 
subir plus tard. — Comme dans d'autres œuvres d'orfévrerie de même style 
et où l’on a employé les mêmes procédés, la matière colorante vitrifiée des 
émaux translucides s'est détachée par éclats, laissant à nu la gravure destinée 
à la recevoir et à la retenir dans ses creux. D'autres détails d'un travail 
délicat ne sont pas restés intacts. Si la relique elle-même n’est plus entière, 
nous en connaissons la cause; Van den Berch nous a appris que le prince- 
évêque Groesbeck en a obtenu une portion des Pères Dominicains. 

L'étude de l’ensemble de cette pièce d'orfévrerie, — en faisant abstraction 
de la couronne avec laquelle elle est représentée en B, dans notre planche I, 
— porte à croire que c'est un travail qui a subi des remaniements considé- 
rables; que ce n’est pas une œuvre conçue et exécutée d'un seul jet. Voici les 
raisons qui nous portent à émettre celle opinion. 

Les proportions de la tige et de l’édicule qui la surmonte s'accordent mal 
avec la croix terminale; ces deux éléments de l'ensemble ne paraissent pas 
avoir élé faits lun pour l’autre. Peut-être faut-il même aller plus loin, et 
séparer encore du reste de la croix, le cercle orné à l'avers de quatre émaux 
translucides en forme d'amande et qui contient la relique, comme une œuvre 
isolée dans l’origine, une sorte de phylactère que plus tard on a fait entrer 
dans un travail remanié. 

La transition entre la croix et la flèche de l'édicule est loin d'être heu- 
reuse; formée par un croissant, puis deux parties sphériques superposées, 
elle semble bien plutôt un expédient de rajustage, que le détail organique de 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 27 


la conception d'un artiste. Remarquons encore que la partie inférieure de la 
tige de la croix, — celle qui vient poser sur le croissant — est élargie sur 
les côtés par un petit perlé qui ne se retrouve ni sur les bras de la croix, ni 
sur la partie supérieure de la tige. 

Enfin, le croissant sur lequel pose la croix, — par sa forme aussi bien 
que par la nature du travail, — parait de provenance orientale. C'est sans doute 
un trophée rapporté de terre sainte que l’on aura utilisé pour enrichir le 
reliquaire. 

Nos planches II et [IT permettent de se rendre compte de ces détails. 


LA COURONNE !. 


La couronne, en argent doré,a 205 millimètres de diamètre à sa base. 
Elle se compose d'un bandeau de huit plaques articulées qui, dans la partie 
supérieure, se développent en une sorte de fleur de lis. Chacune de ces 
plaques a une largeur de 60 millimètres sur une hauteur de 38, sans la 
fleur de lis. Cette dernière n’est pas toujours d'égale hauteur dans les huit 
plaques; il y a une alternance à cet égard. Les quatre plus élevées ont 105, 
les quatre autres 90 millimètres de hauteur. | 

Les huit plaques sont reliées entre elles par de fortes charnières, masquées 
par des figurines d'anges aux ailes éployées, posées sur une petite console 
moulurée et se détachant sur un champ de forme carrée, orné de filigranes. 
Ces petites séparations verticales, couvrant les charnières des couronnes, se 
nomment bastonnez dans les anciens inventaires des trésors royaux. La 
hauteur de ces petits anges jusqu’au sommet des ailes, y compris le socle, 
est de 72 millimètres ; la largeur du champ sur lequel se détache la figurine 
est de 45 millimètres. 

Chacune de ces plaques contient une relique recouverte par une feuille de 
cristal de roche, dont la dimension et la forme sont mises en rapport avec la 
relique qu'elle doit protéger. Le reste de la plaque avec sa fleur de lis est 
richement orné de pierres fines en forme de cabochons et de perles. Parmi 


1 Voir planche IV. 


28 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


ces pierres on remarque quelques intailles antiques. Les contours supérieurs 
des fleurs de lis sont bordés de pierres plus petites, hormis la pointe qui 
s’'amorlit par une pierre de plus forte dimension. Le peu d'espace qui reste 
entre les serlissures est entièrement couvert de filigranes d’où s'épanouissent 
d'élégantes feuilles de chêne, de même type pour toute la couronne. 

Les huit figurines d’anges sont de compositions différentes. Chacune d'elles 
tient un livre ou une banderole, sur lesquels sont gravés les noms des reliques 
qui se trouvent sous la feuille de cristal au milieu de la plaque, à droite de 
l'ange et que celui-ci indique de la main. Ainsi, sur la plaque frontale on 
voit une petite croix en bois, à double traverse. L'ange qui se trouve à 
gauche tient un phylactère sur lequel on lit : 


DE LIGNO-Y. 


L'ange qui suit porte également une banderole avec le mot 
CORONA 


et quelques caractères oblitérés ; le troisième tient un livre, avec les mots 


le quatrième une banderole : 


DE. MARTIRIB ; 
le cinquième un livre : 
DE. VIRG 
INIB 
le sixième un livre : 
DE 
cop 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 29 


le septième une banderole : 
DE . APOSTOLIS. 


le huitième un livre : 


Les pierres précieuses dont l'emploi est le plus fréquent dans l'ornementa- 
tion des plaques, sont : les rubis ou les grenais, les turquoises, les saphirs, 
l'onyx, l'améthyste, le lapis-lazuli; les perles y figurent aussi en assez 
grand nombre; enfin quelques sertissures sont aujourd'hui vides, notamment 
celle, qui, à la plaque antérieure, contenait, d'après le dessin publié par 
Montfaucon, un camée antique. 

Le père Montfaucon, qui, au surplus, n’a probablement jamais vu cette 
belle pièce d'orfévrerie, qui ne l’a connue que par le dessin insuffisant 
procuré par les soins du baron de Crassier et gravé pl. XXVI du tome II 
des Monuments de la Monarchie françoise, nous parait commettre plusieurs 
erreurs, dans la note dont il accompagne cette gravure. | 

D'abord, le savant Bénédictin dit que la couronne est en or ; elle est sim- 
plement en vermeil. Puis, il ajoute : 


« Elle est conservée comme une relique dans Île trésor des RR. PP, 
Dominicains de Liége. Le dessin m'a été envoyé par M. le baron de Crassier 
qui a un grand goût pour les monuments anciens de cette espèce. Cette 
couronne n’a aucune des marques des couronnes des rois de France. Je ne 
doute pas que Saint Louis n’en ait fait présent aux Dominicains auxquels il 
était fort attaché pendant toute sa vie, mais je croirais volontiers qu'il l'avait 
fait faire pour quelque statue de saint, des apôtres. Les anges qu’on y voit tout 
autour semblent le persuader. » 


On ne comprend pas bien la force de ce dernier argument. A en juger par 
le laconisme extrême de la note, il est permis d'admettre que personne n’a 
rendu le père Montfaucon attentif, ni au fait que la couronne est articulée, ni 


30 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


aux reliques qui s’y trouvent, ni enfin aux légendes dont les anges sont 
porteurs. 

Si même l'on n'est pas disposé à accorder une autorilé absolue au texte de 
l'annaliste liégeois que nous avons cité et qui dit que Saint Louis a envoyé 
aux Pères Dominicains « une de ses couronnes » , ni à la tradition qui existait 
à cet égard à Liége, il est d'autres considérations qui paraissent déterminer 
l'usage auquel celle-ci était destinée. 

La première assurément, c'est que ce diadème se compose de huit pièces 
qui, s’arliculant au moyen de charnières, était destinée à prendre la forme de 
la tête et, par conséquent à être portée. Sous ce rapport, le joyau que nous 
étudions, est établi d'une manière plus commode que d’autres couronnes 
qui existent encore, et dont l'usage, que nous sachions, n'a jamais été contesté. 
Nous citerons à cet égard la couronne de l’impératrice Sainte Cunégonde, 
conservée dans le trésor de S. M. le roi de Bavière !, et qui ne se compose 
que de six plaques articulées. Le même trésor possède une autre couronne, 
laquelle, tout en ayant été attribuée à Henri Il, empereur d'Allemagne ?, ne 
parait pas plus ancienne que la nôtre, avec laquelle elle offre d'ailleurs plus 
d’une analogie. Elle ne se compose aussi que de six plaques et devait, par 
conséquent, plus difficilement s'adapter à la forme de la tête. 

Cette couronne nous permettra encore de rencontrer en passant l’objection 
présentée par l’auteur des Monuments de la Monarchie françoise. Des 
figurines d’anges s'élèvent au-dessus de chaque charnière. D'ailleurs, les 
plaques sont ornées de pierres cabochons, et de filigranes s’'épanouissant en 
feuilles de chêne, comme dans la couronne de Saint Louis. 

Il semble donc hors de doute que celle-ci ait été portée; et si elle a été 
posée sur une tête de souverain, elle n'a pu l'être que sur celle du royal 
donateur. Mais nous devons insister ici plus particulièrement sur la présence 
des reliques insignes que le pieux roi tenait en plus haute vénération; parce 
qu’elles ont été associées à la Passion du Christ, — le Roi des Rois, comme 
dit le donateur dans sa lettre aux Frères Prêcheurs. — Certes, en présence 


{ Voir Histoire des arts industriels au moyen-âge, par Jules Labarte. Atlas, pl. XLI. 
3 Jbid., pl. XLVIL. 


DONNES PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 31 


de ses sentiments de piété et de vénération, Saint Louis n'aurait pu permettre 
l'introduction de ces parcelles sacrées dans un simple diadème décoratif 
destiné à l'ornement de quelque statue; il eût regardé un acte de cette nature 
comme une véritable profanation. 

L'introduction de reliques dans la couronne des souverains, et surtout la 
présence d’une parcelle de la couronne d'épines du Christ, est loin d’ailleurs 
d'être un fait isolé, et il n’est pas difficile d'en trouver d'autres exemples. 
Nous n’aurons même pas besoin de sortir du pays pour cela. Dans la belle 
couronne conservée à la cathédrale de Namur, et qui parait y avoir été 
envoyée de Constantinople dans les premières années du XIIIe siècle, se 
trouvent deux petites capsules contenant des épines de la couronne du 
Christ !, Le cercle intérieur de la célèbre couronne de fer de Monza a été, 
dit-on, forgé avec l’un des clous de la Passion, et pour cette raison la 
couronne de Lombardie peut être rangée aussi au nombre des couronnes 
_reliquaires. Sur la croix qui surmonte la couronne royale de Bohëme et qui 
a été faite pour Charles IV, ou lit en minuscules gothiques l'inscription : hic 
est spina de corona Domint, et celte croix qui provient, paraît-il, d’une 
couronne plus ancienne encore, est considérée comme un reliquaire. Toute- 
fois, la Sainte Épine n’est pas visible extérieurement ©. 

Si, maintenant, il était encore nécessaire d'insister sur l'origine et l’usage 
du diadème que nous décrivons, nous trouverions dans sa forme même un 
argument de plus pour combattre ceux qui pourraient partager le doute émis 
par le Père Montfaucon. Nous avons fait ressortir déjà la configuration de la 
couronne disposée en huit fleurons en forme de fleur de lis qui alternent, 
quatre grands et quatre petits. Un archéologue moderne qu'il faut presque 
toujours citer lorsqu'il s'agit des monuments de l’art du moyen-âge, Viollet- 
le-Duc, dit précisément dans son Dictionnaire du mobilier français : « On 
ne voit les couronnes fleuronnées que sur les têtes des rois et des reines, et 


1 Voir l’intéressante notice de M. E. Aus’m Weerth : La Couronne de la cathédrule de Namur 
el son écrin, traduite au tome {X des ANNALES D& LA SOC. ARCHÉOLOGIQUE DE Namur, avec des 
notes de M. Chalon. 

2 Voir Aroninsignien Bôhmens, par F. Bock, MiragiLuncen ner K. K. CENTRAL COMMISSION ZUR 
ERFORSCHUNG UND ER&ALTUNG DER BAUDENKMALE, t. Î[, pp. 251-235. 


32 -__ LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


habituellement, à dater de 14250, les fleurons sont au nombre de huit, quatre 
principaux et quatre intermédiaires plus petits », et quelques lignes plus 
loin il ajoute encore : « Il semblerait que, dès le XIII: siècle, la couronne à 
quatre grands fleurons et à quatre plus petits fût spécialement affectée aux 
rois el reines de France, et que les autres personnages de sang royal, ou 
ayant le titre de roi, dussent être coiffés de couronnes à huit fleurons 
égaux ‘. » 

Nous avons dit que la couronne que nous venons de décrire est fixée 
au reliquaire de la Sainte Épine seulement par deux fiches en argent. Il est 
évident d'autre part, que la couronne royale et le reliquaire auquel elle 
est fixée, forment chacun une œuvre d'orfévrerie complète en soi, et que 
l'artiste qui les a exécutés, si, chose bien douteuse, c'est le même artiste, 
n'a pas prévu leur réunion. Ici se pose donc la question de savoir si la 
réunion de ces deux reliquaires, — la couronne contenant aussi un fragment 
d'épine — remonte à Saint Louis, ou bien si elle a été faite à une époque 
relativement récente, par le caprice des Frères Précheurs P 

Nous croyons qu'il faut adopter la première de ces hypothèses. 

Ceux qui ne connaissent que superficiellement l’histoire du XIIe siècle, el 
l'esprit dont était animé Louis IX, pourraient peut-être témoigner quelque 
surprise en voyant une couronne royale, fixée, en quelque sorte, comme acces- 
soire à un reliquaire. Mais ce fait ne semblera nullement étrange, lorsque l'on 
se rappellera combien, dans tout ce qui touchait aux insignes de l'autorité 
souveraine, ces temps héroïques de la foi catholique aimaient à associer les 
sentiments religieux dont ils étaient pénétrés. 1 suffirait peut-être de faire 
observer que, comme nous trouvons des reliques, et particulièrement celles 
de la couronne d'épines, placées dans les couronnes des rois et des souve- 
rains, — devenir ainsi des reliquaires en conservant cependant le caractère 
d’insigne de l'autorité suprême — on ne s'étonnera plus, en présence surtout 
de la grande piété du roi de France, de le voir disposer de sa propre couronne 
pour honorer et glorifier, en quelque façon, la croix reliquaire renfermant 
une particule de la couronne de douleur du Christ-Roi. 


1 Voir Dictionnaire du mobilier, par Viollet-le-Due, t. H1, pp. 514 et 515. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 33 


Rappelons ici, seulement en passant, que la plupart des cérémonies du 
couronnement, au sacre des empereurs et des rois, avaient un caractère 
essenticllement religieux. Dans cette circonstance, les empereurs d'Allemagne 
étaient revétus solennellement de vêtements identiques aux vêtements sacer- 
dotaux. Ils portaient l'aube, la dalmatique, dalmatica imperialis, le manteau, 
pluviale ou pallium imperiale, et presque tous les autres vêtements de 
moindre importance que portent les évêques en officiant pontificalement. 

Il est donc parfaitement admissible que le royal donateur ait lui-même 
fait fixer sa couronne au reliquaire de la Sainte Épine. 

Nous trouvons, d’ailleurs, la pensée d'entourer des insignes de la royauté, 
comme d'un hommage suprème, les instruments de la Passion « du Roi des 
Rois » ou bien les autels qui lui sont élevés, dans d’autres circonstances 
encore de la vie de Louis IX. 

Dans une lettre patente datée de Villeneuve en Heiz, en 1261, six ans 
avant la lettre adressée aux Frères Précheurs, le roi fait tirer du trésor royal, 
pour les remettre à l'abbé de Saint-Denis, près de Paris, deux couronnes 
ornées de pierres précieuses, que son aïeul, Philippe-Auguste, avait fait faire 
pour le couronnement des rois et des reines de France, et une troisième cou- 
ronne, plus petite, que les rois avaient l'habitude de porter au repas, le jour 
de leur couronnement. Saint Louis veut que ces insignes soient placés dans le 
trésor de l'église de Saint-Denis, — avec d'autres ornements et vétements 
royaux, et d'autres couronnes des rois, ses prédécesseurs, — afin de les placer 
autour de l’autel de la basilique abbatiale, pour en rehausser l'éclat et la déco- 
ration, aux jours des grandes fêtes, — « ainsi qu'on a l'habitude de le faire 
avec d'autres couronnes. » — Toutefois, le roi a soin de faire ressortir que 
les couronnes, ornements etc., ne sont donnés qu'à titre de dépôt; il maintient 
pour ces insignes de la royauté, le droit de possession à ses successeurs et à 
lui-même, et l’abhé de Saint-Denis doit, à son lour, lui délivrer des lettres 
patentes par lesquelles il s'engage à restituer les ornements royaux à pre- 
mière réquisilion !, 


! Ludovicus Dei gralia Francorum Rex... Nolum facimus quod nos duas coronus aureas 
cum lapidibus prelivsis que ab inclile recordulionis Rege Philippo auo nostro pro coronandis 


Toue XLIV. s) 


34 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


À ce document il n’est pas sans intérêt de comparer une miniature sur 
vélin qui semble contemporaine de Saint Louis et qui se trouve dans le 
manuscrit n° 5716, conservé à la Bibliothèque nationale, à Paris. 

Cette peinture représente Louis IX vénérant les saintes reliques. Il est à 
genoux, devant un autel à ciborium, sur lequel sont placés plusieurs reli- 
quaires. On remarque notamment deux croix, dont la plus grande est à 
double traverse. Sur la nappe d’autel, au pied de ces croix-reliquaires, est 
placée une couronne dont la forme est à peu près semblable à celle que le 
roi porte sur la tête. Derrière Saint Louis, à quelque distance, on voit une 
troupe de religieux debout; ils sont de différents Ordres, mais l'un d'eux, 
plus en évidence et qui parait tourner les feuillets d'un psautier pour 
chanter l'office, est Domiuicain. Nous ne savons si le naïf artiste qui a peint 
la miniature a voulu figurer une scène déterminée, mais assurément, s’il 
avait voulu représenter Saint Louis vénérant les reliques enchâssées avant 
de les envoyer aux Frères Précheurs de Liége, il ne s'y serait pas pris 
autrement î. 


regibus et reginis Francorum olim facte, in thesauris regiis seruabantur et unam coronulam 
auream cum lapidibus pretivsis quam consueuit rex die coronacionis sue in prandio depor- 
tare, dileclis nostris ubbati et conuentus beati Dyonisii in Francia custodiendas commisimus et 
deposuimus in thesauro ecclesie memorali gluriosissimi martiris Xristi, ut de ipso thesauro 
cum aliis indumentis et ornamentis regulibus pro coronandis regibus el reginis Francorum 
assumantur et in sollempnitatibus precipuis circa altare una cum uliis coronis regum Fran- 
corum predecessorum nostrorum ad ornatum et decorem ultaris eiusdem secundum quod de 
coronis aliis consueuit, collocentur.… Promiserunt aulem nobis abbas et conuentus predicti et 
nobis de hoc suas patentes lilieras concesserunt quod coronas et coronulam antedictas, nobis et 
nostris successoribus regibus Francorum tradent sine difficultate uel contradictione qua- 
cumque, quociens a nobis uel ipsis successoribus nostris pro coronacione regum uel reginarum 
seu pro alia causa quacumque fuerint requisiti. In cuius rei memoriam presentes litieras 
sigilli nostri fecimus impressione muniri. Actum apud Uillam Nuouam en Heiz, anno Domini 
M° CC° LÆX° primo, mense mayo. 

Voir le beau fac-simile de ce document dans Saint Louis, par H. Wallon. Tours, Alfred 
Mame, 1878, p. 418. — M. Ernest Aus'm Wecrth, dans l'intéressant travail consacré à la cou- 
ronne du trésor de Namur, traduit et annoté par M. Chalon, cite toute une série d’empereurs 
et de rois qui ont fait hommage de leur couronne aux sanctuaires pour lesquels ils avaient une 
dévotion particulière. 

{Voyez la gravure de cette miniature en tête de la préface de Jean stre de Joinville, par 
M. Natalis de Wailly. Paris, Firmin Didot, 1874. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE. 35 


RELIQUAIRE MONSTRANCE DE LA SAINTE CROIX !. 


Hauteur : 1 mètre 32 centimètres. 


Largeur des bras inférieurs de la croix : 46 centimètres. 


Largeur des bras supérieurs » 32 » 
Largeur du pied . . . . » 27 » 
Épaisseur . . . . . . 161/a millimètres. 


Le reliquaire se compose d’une croix à double traverse dont les six extré- 
mités se Lerminent par une fleur de lis de grand style, et d’un pied à formes 
architecturales se développant d'un plan géométral octogone. Ces deux 
éléments divisent, à peu près en deux parties égales cette belle pièce d'orfé- 
vrerie,. | 

La relique, — d'assez fortes particules de la vraie croix, — a naturelle- 
ment sa place à la face antérieure, au point d'intersection de la tige et des 
bras inférieurs de la croix qui sont les plus développés. Elle est protégée par 
une feuille de cristal de roche. 

L'ornementation des six extrémités de la croix est exactement la même 
quant au dessin; la fleur de lis s'épanouit d'un quatre-feuille dont les bords 
moulurés se poursuivent autour des fleurs. À l'intérieur, les quatre-feuilles 
sont décorés par une losange dans laquelle une petite rose, en platine d'or 
découpée, se détache sur un fond d'argent niellé. 

À la hauteur des bras supérieurs se trouvent également, sous une feuille 
ronde en cristal de roche, différents morceaux d'anciens tissus, fixés sur une 
feuille de parchemin. Des caractères d’une écriture oblitérée et qui, jusqu’à 
présent, n'a pu être déchiffrée, se voient sur ce morceau de parchemin. Le 
reste de la face antérieure de lx croix n’a d'autre ornementation que les 
pierres précieuses montées en cabochons et quelques perles. Ces pierres, avec 
leur riche sertissure, la couvrent avec profusion, mais sont disposées avec 
ordre et beaucoup de goût. | 

Les pierres ont été au nombre de cent (il en manque cinq actuellement); il 


1 Voir planche 1, fig. A et planche V. 


36 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


y a, en outre, six grosses perles. Ces pierres sont des améthystes, du cristal 
de roche, du lapis lazuli, etc. | 

Si la face antérieure est plus riche par sa décoration lapidaire, le revers 
de la croix offre plus d'intérêt au point de vue de l’art, par son ornementation 
plastique. 

Au centre, à la hauteur de la première traverse, se trouve, dans un quatre- 
feuille, le Christ assis, comme juge du monde. En dessous, au centre de la 
seconde traverse, dans le même encadrement, un Agnus Dei. À droite et à 
gauche du Christ, sur les quatre-feuilles d'où se développent les fleurs de lis 
des extrémités, un évangéliste sur un siége, ayant devant lui un pupitre. 
Ces deux figurines ont des attitudes étrangement contournées. L'une d'elles, 
qui parait être Saint Jean, semble se relourner pour écouter la voix qui 
J'inspire dans son travail, l’autre est occupée à tailler sa plume. Aux quatre 
autres extrémités se trouvent les symboles des évangélistes, placés dans 
l'ordre traditionnel. 

Aigle 
Lion  Bœuf 


Ange 


Chacun des animaux est posé sur un livre; l'ange le tient en main. Toutes 
ces figurines en relief sont dorées et se détachent sur un fond niellé. Au Christ 
et à l'Agnus Dei le fond du quatre-feuille est décoré de feuilles de vigne; aux 
symboles des Évangélistes ce sont des feuilles de chéne, la végétation s'enle- 
vant en blanc sur un fond niellé noir. Le plat de la tige et des deux traverses 
est orné de trente rosettes découpées dans des feuilles d'argent doré. Enfin 
le plat des fleurs de lis est couvert de filigranes d'une grande délicatesse 
et ténuité. Des tigettes se développe une: charmante végétation de feuilles 
d'érable. IT est à regretter que les six fleurs de lis ont perdu les filigranes de 
la partie centrale. Le pied du reliquaire est d'un travail particulièrement 
remarquable et d'un caractère lout différent de la partie supérieure que 
nous venons de décrire. 

Il s'élève sur une base octogone, comme nous venons de le dire. Quatre 
des angles de cette base portent sur des lions accroupis, quatre autres sur de 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 37 


petits dragons fantastiques dont la tête est encapuchonnée. De ces points 
d'appui s'élèvent verticalement les huit pans de la base, ajourés par une 
arcalure à lancettes aiguës posée sur une forte moulure, et marquée aux angles 
par un petit contre-fort. Au-dessus de cette arcature commence la partie hori- 
zontale du pied. 

Celle-ci est également divisée en huit champs, dont quatre affectent la 
forme d’un carré irrégulier, et quatre autres la forme triangulaire. Les 
champs carrés sont décorés de la manière suivante : au centre, un cercle 
assez richement mouluré, orné de rosettes sur les moulures, et, à l’intérieur 
du cercle des rédents qui entourent une tête de lion en relief. Le cercle est 
lui-même enserré dans un quatre-lobe, bordé et orné de même; les espaces 
vides restés entre les lobes sont ornés d'animaux fantastiques niellés. Enfin, 
les quatre champs de configuration triangulaire, de même que l'espace entre 
les moulures des quatre-lobes et des champs carrés, sont couverts d’une riche 
végétation de feuilles de chêne, en filigrane. Ces filigranes sont traités 
avec un goût exquis; malheureusement des parties notables de cette orne- 
mentation sont perdues. 

De cette base s'élève le pied proprement dit : il se compose d’un dessin 
entièrement architectural. Sur un plan carré s'élèvent deux étages de lan- 
celtes. Le premier et le plus développé est assis sur un soubassement bien 
accusé, el la lancette est surmontée d’un joli gable à crochets. Le second, plus 
simple, reçoit, en s'amortissant, dans la partie supérieure, la croix que nous 
venons de décrire. Huit contre-forts flanquent les quatre angles du pied; ils 
s'élèvent en ressaut à la base, et vont s'amortir en nombreux étages jus- 
qu'aux légers pinacles dont la pointe est au niveau du point où la croix vient 
se fixer sur le pied du reliquaire. 

Nos planches 1 en À, et V permettront au lecteur de se rendre compte de 
la composition de cette magnifique œuvre d'orfévrerie, dont la perfection, 
dans l'exécution des détails, répond à la beauté de la conception de l’ensemble. 
C'est bien là un travail magistral de l'orfévrerie du XIIIe siècle ; et, en pré- 
sence d'une pièce aussi achevée, nous ne nous aventurons peut-être pas trop 
en en attribuant la paternité à Raoul, l'orfévre favori de Saint Louis, anobli 
par son fils Philippe LL. 


38 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


Tels sont les reliquaires qui ont été oubliés, pendant plus d'un demi- 
siècle. Malgré leur importance, notre travail est la première étude qui leur 
soit consacrée. Îls sont restés inconnus aux écrivains modernes qui avaient 
le plus grand intérêt à les connaitre. Comme nous l'avons dit, c'est en vain 
que l’on chercherait dans le beau travail de M. Ch. Rohault de Fleury, 
Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S.-J.-C. publié en 1870, 
la moindre indication relative aux reliques conservées à Dresde. Malgré la 
part si judicieuse que fait M. Wallon à l'art du XIII° siècle dans le magni- 
fique volume publié en 1878 sur Saint Louis, livre écrit d’ailleurs avec 
autant de charme que de savoir, ce serait vainement aussi que l'on croirait 
y trouver une nole ou une gravure consacrée à nos reliquaires. Ces monu- 
ments de l'orfévrerie française du XIIIe siècle sont aussi inconnus en France 
qu'ils l'étaient en Allemagne et dans notre pays *. C'est une satisfaction 
pour nous de penser que ces lignes et les reproductions photographiques que 
nous y joignons, feront entrer, pour la première fois, dans l'histoire de l'art 
ces monuments remarquables. 


4 Un savant français, M. Ch. de Linas, dont les travaux archéologiques jouissent d’une 
incontestable autorité et sous les yeux duquel nous avons mis les reproductions photogra- 
phiques de notre étude, croit y reconnaitre plutôt les travaux de l'orfévrerie mosanc que des 
œuvres de l'art français. Dans son hyporhèse, Saint Louis aurait donné simplement les reliques 
de la Suinte Épine et de la Vraie Croix aux Pères Dominicains de Liège, laissant à ceux-ci le 
soin de faire confectionner les reliquaires destinés à les conserver. 

Malgré notre déférence pour l'opinion du savant archéologue, il nous semble difficile 
d'admettre que Saint Louis qui, certainement, a donné aux Frères Prêcheurs de Liége un calice 
d’or, une couronne et un manteau royal, aurait ajouté à ces dons les reliques insignes de la 
Passion, sans récipient digne de les contenir. 

L'hypothèse de M. de Linas, d'ailleurs, est en désaccord avec le sentiment de plusieurs archéo- 
logues allemands, très-distingués aussi, et qui, après avoir vu les reliquaires à Dresde, la 
première fois qu’ils ont été publiquement exposés, ont tous cru y reconnaître le travail de 
l'orfévrerie française du XIII° siècle, Quant à nous, nous ne connaissons pas de pièces d’orfé- 
vrerie émanant d'artistes des bords de la Meuse offrant assez d'analogie avec les deux croix 
reliquaires que nous venons de décrire, pour nous permettre de leur attribuer celles-ci avec 
quelque fondement. 

Si, cependant, à la suite d’une étude plus approfondie M. Ch. de Linas confirmait sa première 
impression, et si, après des recherches nouvelles, son opinion pouvait devenir une certitude, 
nous serions, en ce qui nous concerne, très-heureux de pouvoir faire honneur de ces reliquaires 
aux orfévres de notre pays. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. 39 


Mais, au commencement de notre étude, nous avons dit que ce n'était pas 
à ces croix-ostensoirs et à la couronne royale que s'était bornée la générosité 
du roi Louis IX à l'endroit des Frères Prêcheurs de Liége. À ce don, déjà si 
somptueux pourtant, il avait joint un ornement liturgique fait d'un de ses 
manteaux et un magnifique calice en or. Que sont devenus ces objets si 
précieux qui, eux aussi, ont disparu lors de la suppression du couvent des 
Pères Dominicains ? 

Sur ce point l'histoire est muette et nos recherches sont restées sans résul- 
tat; nous voudrions bien ne pas abandonner l'espoir de les voir, à leur tour, 
remettre au jour par quelque heureux hasard. Nous voudrions espérer aussi 
voir retrouver la lettre originale de Saint Louis que les moines avaient 
conservée avec un soin religieux aussi longtemps que leur maison fut 
debout. Mais, encore une fois, la destinée de ces piéces historiques est 
restée inconnue. Nous n'avons trouvé qu'un seul document, une lettre de 
Bassenge aîné, procureur de la commune de Liége, lequel se rapporte peut- 
être à notre sujet, et projelterait, dans ce cas, une regrettable lueur sur 
l’objet de nos recherches. Nous transcrivons : 


« 26 messidor, an IV (14 juillet 1796). 
N° 592. 


» Au COMMISSAIRE PRÈS L'ADMINISTRATION MUNICIPALE DE LIÉGE. 


» Les Dominicains de Liége, citoyen collègue, avoient sauvé, près Chevremont, deux 
caisses contenant des effets à eux. Par hazard j'ai découvert cette cache et à ma requête 
le Commissaire près le canton de Fleron s’est transporté au lieu indiqué et a déniché la 
couvée. Les Dominicains ont alors déclaré eux-mèmes que ces caisses contenoient des 
effets cachés là par ordre de quelques-uns d'entre eux. Sans doute, les cachants (sic) ne 
se justifieront pas d'avoir gardé le silence jusqu'à ce que nôtre découverte leur ait délié 
la langue. Quoi qu'il en soit, voilà ces caisses arrivées, les Dominicains m'en préviennent, 
et ils voudroient avoir quelqu'un qui fût présent à leur ouverture. Veuillez donc requérir 
l'Administration municipale de députer quelqu'un. Cette besogne étant une conséquence 
du répertoire déjà fait par elle. 


» Salut fraternel, 


» BASSENGE, ainé. » 


40 LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


Il est probable que les Pères Dominicains ne se justifièrent point d'avoñ 
caché deux caisses contenant « des effets à eux » comme le dit le citoyen 
Bassenge avec une éloquente simplicité qui a bien son prix. Il est probable 
aussi que l'Administration communale fit sa perquisition avec la conscience 
et le zèle qu’elle avait, à celle époque, coutume d'apporter à toutes les 
besognes où il s'agissait de mettre la main sur le bien d'autrui. Mais il y a 
lieu de croire aussi que les deux caisses soustrailes avec tant de soin à ses 
investigations contenaient des objets auxquels la communauté dominicaine 
attachait un grand prix. 

Déjà, depuis le mois de mars 1793, l'argenterie et l’orfévrerie des églises 
de Liége allaient, transportées par fourgons bien chargés, se fondre au creu- 
set de la monnaie de Lille. À cette époque aussi, on utilisait dans la même 
ville, les parchemins des magnifiques archives des ducs de Bourgogne à 
faire des gargousses pour l'armée française. 

Il suffit de rappeler ces faits pour laisser deviner le sort des dons offerts 
par Saint Louis, si, renfermés dans les caisses découvertes par le sieur 
Bassenge, ils sont tombés entre les mains de l'Administration requise pour 
assister à l'ouverture des caisses. 

Il reste à expliquer comment les reliquaires que nous venons de décrire 
furent remis au jour. 

En 1875, on eut la pensée d'organiser une exposition rétrospective d'arts 
industriels à Dresde. Cette exhibition devait se faire sous les auspices de la 
famille royale de Saxe, dans l’une des salles du palais de Kurland. 

Comme on désirait donner à l'exposition le plus de relief possible, S. M. la 
Reine mère, LL. AA. RR. le prince Georges et la princesse Carola, devenue 
Reine depuis, donnèrent à M. le professeur Charles Andreae, peintre d’his- 
loire, la mission de faire des recherches minutieuses dans les différents palais 
royaux, et de leur signaler tous les objets pouvant figurer avec succès à 
l'exposition des arts industriels projetée. 

Ce fut en se livrant à ces perquisitions que M. Andreae découvrit, de la 
manière la plus inattendue, les monuments de l’orfévrerie que nous venons 
d'étudier. 

M. le professeur Andreae mit immédiatement sa découverte sous les yeux 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE. A1 


de la famille royale et tout le monde s’accorda à reconnaitre uné très-haute 
valeur artistique à ces pièces d'orfévrerie. Exposées publiquement à l'exhi- 
bition des arts industriels, elles firent sensation et plusieurs des archéologues 
les plus autorisés de l'Allemagne, entre autres MM. Schmidt de Vienne et 
Bock d’Aix-la-Chapelle, après les avoir examinées avec le plus grand soin, 
confirmérent le jugement formulé par les augustes propriétaires et l'artiste 
inventeur. L'avis des connaisseurs fut unanime pour attribuer les reliquaires 
au XIIIe siècle, et en rapporter le travail au règne de Saint Louis. 

Nous devons ajouter que nous fûmes, dès cette époque, informé de cette 
trouvaille par M. le professeur Andreae, notre ami d'enfance et avec lequel 
nous n'avons cessé de rester en relations épistolaires depuis nos premières 
années d'étude. Nous devons ajouter encore que, lors de cette révélation, il 
ne nous vint pas à la pensée de mettre cette découverte en rapport avec 
l’histoire monastique du pays de Liége. 

Cependant à Dresde on chercha naturellement à connaitre l'origine de 
ce trésor, mais on ne trouva aucun renseignement sur la source de la 
possession. Une sorte de tradition, à ce que l’on assurait, en faisait remonter 
l'origine aux relations que la famille royale de Saxe avail eues avec la 
France, mais il n'existait ni document, ni témoignage d'aucune sorte. Ce fut 
seulement plusieurs années après la découverte, que le prince Georges dit, 
un jour, à M. Andreae avoir entendu émettre l'opinion que ces pièces d'orfé- 
vrerie pouvaient bien venir de Belgique. Connaissant d’ailleurs les rapports 
d'amitié qui nous lient à cet artiste si distingué, S. A. R. pria notre ami de 
s'enquérir auprès de nous, si l'origine belge avait quelque chose de fondé. 
Ceci se passait au mois d'août 1878. 

A celte époque, M. Andreae vint en Belgique et lorsque la question de 
l'origine des reliquaires fut posée, ce fut pour nous une véritable révélation. 
Nous n'hésilâmes pas un instant à penser que c'étaient les reliquaires donnés 
par Saint Louis aux Frères Précheurs de Liége en 1267. Nous avions parfai- 
tement souvenir d'avoir dessiné, en faisant nos premières études de costume, 
la couronne dont la gravure a été publiée en 1730, au 2% vol. des Monu- 
ments de la Monarchie françoise par le P. de Montfaucon, planche XXVI:; et 

Tome XLIV. 6 


42. LES RELIQUES ET LES RELIQUAIRES 


nous possédions quelques renseignements sur cet objet. Nous avions conservé 
ce dessin, et celui-ci, mis sous les yeux de M. Andreae, suffit à constater 
immédiatement l'identité des reliquaires retrouvés. 

Cependant M. le professeur Andreae nous pria de rédiger une note histo- 
rique d’après les renseignements fournis par les auteurs liégeois sur le don 
fait par Louis IX aux Pères Dominicains, ces informations devant, disait-il, 
intéresser à un haut point le royal propriétaire des pièces d’orfévrerie retrou- 
vées au palais de Brühl. 

Cette note fut écrite sans retard, et, en échange des informations que nous 
apportions, nous obtinmes gracieusement du prince Georges la permission 
de faire prendre sur les monuments originaux les clichés photographiques 
et les moulages dont nous avions besoin pour faire connaitre, dans l'étude 
que nous comptions leur consacrer, les reliquaires du couvent des Domi- 
nicains de Liége. C'est à l'amitié de M. Andreae et aux démarches qu'il a 
bien voulu faire pour nous, que nous devons la photographie des planches 
qui accompagnent ce travail. 

Nous avons encore à faire connaître comment les reliquaires sauvés se 
trouvent actuellement en possession de la famille royale de Saxe. 

La maison des Pères Dominicains de Liége fut supprimée en 1796. La 
plupart des religieux dispersés prirent la route de l'exil. I] parait que, dès 
la première invasion française, la couronne et les reliquaires donnés par 
Saint Louis avaient été transportés à Leipzig, par les soins du père Saint- 
Trond, procureur du couvent de Liége. Lorsque les religieux eurent perdu 
tout espoir de reconstituer un jour leur communauté, l'un d’entre cux, le 
père Mossay ! céda les reliquaires avec leur contenu à la princesse Caroline 


‘ Le R. P. Mossay est né à Fraiture, sur l’Amblève. Il prit ses grades de théologie en Allc- 
magne, car il n’était encore qu'étudiant lorsqu'il fut chassé du couvent de Liége. Après avoir 
été attaché, à titre d'aumônier, à plusicurs maisons princières, il fut précepteur des enfants du 
duc de Parme, et c'est grâce à la protection de cclui-ci que, plus tard, il obtint une chaire de 
professeur à l'Université de Gratz. Sa science et sa vertu étaient hautement appréciées par le 
clergé et les fidèles de cette ville. 11 y mourut le 25 décembre 1834. 

Nous devons ces renseignements biographiques à l’obligeance du R. P. Raymond Biolley, des 
Frères Précheurs, qui a eu la bonté de nous donner d’autres indications précieuses pour notre 
travail, tirées des historiens de son Ordre. 


DONNÉS PAR SAINT LOUIS, ROI DE FRANCÉ. 43 


de Saxe. — Ceci a dù se passer en 1803 ou 1804. — À cette époque, en 
effet, une sorte d'enquête sur l'authenticité des reliques fut ouverte auprès de 
quelques religieux Dominicains vivant à Liége, par ME Casimir, baron de 
Stockheim, évêque de Canope, autrefois suffragant de Liége. Deux anciens 
membres de la communauté, le Père Davenne et le Père Leduc, Pun et l’autre 
autrefois prieurs de la maison de Liége, déclarèrent, par écrit, que les reliques 
avaient toujours été regardées comme authentiques et exposées publiquement 
à la vénération des fidèles. Cette déclaration est datée du 20 mars 1804, et 
comme le résultat de cette enquête fut envoyé à Dresde, il est hors de doute 
qu'elle a été faite à la demande de la princesse Caroline !, 


1 Voir Mémoires pour servir à l’histoire monastique du pays de Liége, par le P. J.-B.-A. Sté- 
phani, publiés par J. Alexandre. Liége, 1877, t. Il, p. 410. 


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